‹ Cours d'éloquence parlée d'après Delsarte [microforme]Chapitre 4 sur 73 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

$1. Delsarte,

L’éloqnence est un art complexe. Il comprend :

1° Les connaissances qui constituent les Humanités et les Belles-Lettres.

2° La disposition logique de tous ces matériaux pour en composer un discours propre à atteindre son but. C’est l’objet spécial de la Rhétorique.

3° La manifestation extérieure de la pensée par l’action orutoire, ou l’art de

parler son discours. C’est cette troisième partie qui est l’objet de ce petit traité, que pour cela nous intitulons « Cours d’Eloquence parlée ».

Il ne suffit pas d’avoir écrit un beau dise

ne 6 S

Cours, ni même de le lire ou de le prononcer d’une façon quelconque. Le discours le mieux fait, s’il est mal dit, n’atteint pas son but. Les personnes intelligentes, qui s’attachent plus au fond qu’à la forme, sont rares dx un auditoire. La masse est surtout sensible à l’action extérieure, De là l'importance de l’élocution. Car, s’il n’est pas donné à tout le monde d’être poète, tout le monde doit être plus ou moins orateur, On le sait, nascuntur poetæ, funt oratores. Il ne faut donc rien négliger de ce qui peut contribuer à faire bien parler.

Ona beaucoup écrit sur l’élocution ; mais c'est un art si compliqué, qu’il est presque impossible de s'y reconnaître à moins d’avoir un bon fil conductur, Aussi, que de règles arbitraires n’a-t-on pas énoncées à Lropos de déclamation ! Heureusement il n’en est plus de mme aujourd’hui. Cet art a trouvé dans Delsarte son législateur, et est devenu une science positive, ayant ses règles précises d'autant plus fixes qu’elles sont fondées sur la nature,

Delsarte est encor: peu connu au Canada. Il n’y.a à cela rien d'étonnant.

Bien qu'il ait eu une réputation européenne de son vivant, il a été presque oublié en France après sa mort. Chose étonnante !

c'est aux Etats-Unis, pour ne pas , .rler de l'Université Laval au Canada, qu'on « saisi tout de suite l'immense portée des idées de Delsarte, et qu’on s’est mis à enseigner soi-disant suivant ses principes.

Mais voilà qu’en France on semble regretter de s'être laissé devancer, et on revient à cet illustre maître. Dans ces dernières années, des ouvrages importants ont été publiés pour propager ses méthodes.

Mais ces ouvrages sont tous incomplets.

Quelques-uns, écrits par des auteurs incrédules, n’ont pris, pour ainsi ‘ire, que le squelette de la méthode ue Delsarte, sans en prendre l’âme—Elève &e Delsarte pendant quatre ans, nous avons écrit presque sous sa dictée, et nous croyons avoir la bonne fortune d'offrir à nos lecteurs la méthode complète et vivante du maître.

Sans être hostile à la religion, Delsarte

dans sa jeunesse était incroyant, résultat de son éducation première, C’est en remontant de l’Art à son Auteur, qu’il se convertit et devint un fervent chrétien pratiquant, Le célèbre Victor Cousin, qui était son ami, lui dit un jour qu’il trouvait .: son enseignement Magnifique, mais trop religieux en présence d’un auditoire qui ne l'était pas beaucoup, « Que voulez-vous, ion cher Monsieur, lui répondit Delsarte, ce n’est pas la Religion qui m'a mené à l'Art; c’est l’Art qui m’a mené à la Religion. Car l'Art est essentiellement religieux ; et je ne Puis en parler sans le montrer tel qu’il est. »

Nous allons, dans ce chapitre préliminaire, essayer d’esquisser ce que Delsarte regardait comme la philosophie de l’élocution.

$2. Les trois Manifestations de La parole complète.

Delsarte avait remarqué que toute élocution parfaite contient frois espèces de manifestations extérieures qui concourent en-

semble à la perfection de l’art oratoire : la parole articulée, les inflexions de la voix, et la gesticulation. Ce chiffre 3, qu’il retrouvait dans les facultés de l'âme, et que ses études religieuses lui montraient dans la sainte Trinité, fut tout une révélation pour lui.

Il faut dire que, tout en n’ayant qu’une instruction restreinte, il était un homme de génie, et d’un génie hors ligne. D’un coup d’œil il vit, dans cette Trinité auguste, toute une lumineuse synthèse briller à ses yeux. Cette synthèse, ses observations subséquentes et ses études ne firent que la confirmer et la démontrer.

Voici son raisonnement.

Dieu existe essentiellement, et essentiellement aussi il est un en trois personnes, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.

Donc tout ce qui participe à l’existence doit refléter d’une certaine manière cette trinité dans l’unité. Or c’est à l’image de Dieu que l’homme a été créé; évidemment c’est surtout par son âme qu’il doit refléter la Trinité divine.

Que trouvons-nous dans la sainte Trinité ?

1° Le Père, première personne en Dieu, est le principe et la source de la vie divine. C’est en lui que vivent le Fils et le Saint- Esprit.

2° Le Fils, seconde personne en Dieu, luinière de lumière, sagesse éternelle, est l'intelligence du Père et du Saint-Esprit.

3° Le Saint-Esprit, troisième personne en Dieu, est l’emour personnel du Père et du Fils.

Et ces trois personnes, dont chacune est Dieu, ne font pas trois Dieux mais un seul et même Dieu.

Eh bien ! nous trouvons une image de la Trinité dans l’âme humaine. Celle-ci possède aussi la vie, elle est susceptible de comprendre, et peut aussi vouloir, aimer ou haïr. Ces trois facultés de l’âme, vivre, comprendre et vouloir sont tout à fait distinctes, mais appartiennent à une seule et même âme : l’âme vivante, l'âme intelligente, l'âme voulante, ne sont pas trois âmes mais une seule,

Ces trois facultés de l’âme sont les sources de trois espèces d'énergies distinctes, essentiellement actives et qui tendent à se-manifester au dehors. Comme, dans l’ordre actuel établi par Dieu, l’âme ne peut

, manifester ses énergies hors d'elle-même

que par l'intermédiaire du corps, dont elle est la forme, il en résulte que le corps doit être lui-même, d’une certaine manière, fait à l’image de l’âme, et doit par conséquent jouir de trois espèces d'appareils qui soient les organes spéciaux des manifestations correspondantes de l’âme.

Pour constater ces organes spéciaux, Delsarte n’étudie pas l’homme fait ; l’action simultanée de tous les agents à la fois est trop compliquée. En effet, quand l’âme, qui est à la fois vie, intelligence et volonté, se manifeste à l’extérieur, st fout entière qu’elle le fait ; seulement il est bien rare, si le cas existe, que l’âme n’agisse pas sous l'influence prédominante d’une de Les trois facultés. Si, par impossible, l’âme agissait sous l'influence d’une faculté seule, l’organisme du corps s’impressionnerait et pren-

drait une forme caractéristique qui permet: trait de la reconnaître facilement.

emps, manière inégale. De là la istinguer, dans l’

les rapporter aux états Correspondants âa l’âme,

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