‹ Cours d'éloquence parlée d'après Delsarte [microforme]Chapitre 6 sur 73 · Circumincession des trois états de l'âme · texte numérisé non relu

Circumincession des trois états de l'âme

Les trois langages qui, dans l’orateur, concourent ensemble pour n’en faire qu’un, tout en restant distincts, ne sont pas exclusifs: chacun d’eux peut refléter quelque chose de ce qui appartient aux deux autres.

C’est là ure espèce de circumincession, qui rappelle la circumincession divine.

Celle-ci consiste en ce que chacune des personnes divines est tout entière dans chacune des deux autres, ce qui résulte de ce que les trois personnes en Dieu n’ont qu'une même nature et ne sont qu’une même substance.

Or l’âme humaine, créée à l’image de Dieu, et dans laquelle nous savons qu’il y a trois facultés distinctes, offre aussi ce merveilleux phénomène que chacune de ces facultés peut emprunter quelque chose aux deux autres sans perdre son individualité.

La démonstration de ce fait est très importante, car nous le retrouverons dans

tous les organes de chacun des trois langages qui servent à traduire au dehors toutes les opérations : l'âme.

Commençons par l'etat sensitif, auquel nous avons appliqué le chiffre 1. Cet état, par opposition aux deux autres, comprend tout ce qui, dans l’homme, se produit d’une manière inconsciente, sous l'influence de la vie.

Comme il est difficile de distinguer dans l’homme ce qui s’ y trouve indépendamment de l'intelligence et de la volonté consciente, considérons une classe d’êtres qui possède seulement la vie sensitive, sans rien de ce qui constitue l’état intellectif et l’état moral de l’homme, c'est-à-dire, les animaux.

Les animaux, comme nous, ne sont mis en relation avec le monde extérieur que par les sens. Les sensations sont donc le phénomène primordial d’où découlent tous les autres. C’est la manifestation la plus élémentaire de la vie sensitive à son état le plus infime, La sensation aura donc le No 1— Mais les animaux ont une espèce

d'intelligence, qui peut même aller très loin, sans cependant jamais atteindre la réflexion. On l’appelle l'instinct. Nous lui appliquerons le chiffre 2, car on peut dire que c’est l'intelligence des êtres sans intelligence. — Enfin les animaux aiment ou haïssent, mais sans aucun raisonnement.

Cette affection qui, comme l'instinct, est plutôt une impression qu'un sentiment, nous l’appellerons sympathie et nous lui donnerons le chiffre 3.

Or tout cela se trouve dans l’homme, non seulement dans l’enfant qui n’a pas encore sa raison développée, mais même dans l’homme fait. Il se produit en nous et par nous une foule de choses instinctives, où la réflexion et le raisonnement n’ont aucune part. Il y a aussi en nous des sympathies et des antipathies naturelles, que la raison et surtout la vertu doivent quelquefois combattre, par exemple, les antipathies pour les ennemis, la sympathie pour les passions dangereuses,

Ce que nous venons de voir forme en nous ce que nous pourrions appeler la par-

tie animale de notre âme, celle qui nous est commune avec les animaux sans raison, et qui est bien plus parfaite dans les animaux que dans l’homme.

Nous constatons déjà, dans l'état sensitif, comme une répercussion des deux autres, Nous allons faire la même constatation dans chacun de ceux-ci. Mais ici nous allons sortir complètement du domaine des animaux sans raison, Ce que nous allons voir est l’apanage spécial de l’homme, de sorte que, entre ce que nous avons vu de l’âme des bêtes et ce qu'il nous reste à voir de l’âme humaine, il y a un abime, que les partisans de Darwin ne réussiront Jamais à faire franchir à leur ige periectionné.

Etudions d’abord l’état intellectif, auquel nous avons affecté le No 2. Les premiers objets sur lesquels l'intelligence s'exerce tout d'abord, ce sont les sensations, les phénomènes, les faits tels qu'ils se présentent ; mais ce n’est pas une simple constatation de présence : c'est une appréciation, un jugement. Seulement ce ju-

gement se fait nécessairement ; l’intelligence ne peut s'empêcher de le faire.

Mais alors on peut se demander : pourquoi classer ce ‘jugement dans l’intelligence? Ne devrait-on pas plutôt le rapporter aux phénomènes de la vie ?—Nullement; car ce jugement est vraiment un acte d'intelligence, bien qu’on ne puisse pas s'empêcher de le faire. L'animal, et même l’enfant dont l'intelligence n’a pas encore reçu un commencement de développement, ne jugent pas : ils éprouvent la sensation, ils la sentent, ils en souffrent ou ils en jouissent, et c’est tout. Il faut que l'intelligence soit développée pour que l’homme apprécie ses sensations et prononce un jugement. Par exemple, un objet est là, grand ou petit, beau ou laid, froid ou chaud, etc. L'animal qui le voit, ne va pas plus loin que cette sensation. L'homme seul, et l’homme intelligent, apprécie l’objet, suivant le genre de préoccupation qu’il a, et constate qu’il est grand ou petit, beau ou laid, froid ou chaud, ete. Pour juger ainsi, il faut donc être essentielle-

RASE TR ere

FRE NTTANER SERA LE AA HSE

M Es EDIT ere veseeneneeneeneene PT VRP ASE AE EL

ment intelligent ; il ne suffit même pas de l'être en puissance, comme l'enfant qui vient de naître, mais il faut l’être en acte. Voilà pourquoi il faut classer ce Jugement dans les manifestations de l'intelligence, ét non dans celles de la vie. Mais, d’un autre côté, cet acte d'intelligence est un acte nécessaire, qui échappe au contrôle de la liberté, et qui est par conséquent l’acte le plus infime de l'intelligence ; c’est la manifestation vitale de celle-ci; nous devons le placer au No 1.

Maintenant tous ces jugements, l'esprit les examine, les compare et en étudie les rapports. Il raisonne sur eux et en tire des conséquences ; ilen déduit des lois qui, tout en résultant de l’ensemble de ces rapports, ne sont pas évidentes par ellesmêmes. C’est dans ce travail de l’intelligence que se manifeste sa puissance ; c’est son domaine propre. Nous l’appellerons induction où raisonnement ; Ce sera Je No 2.

L'intelligence ne s'arrête pas là : elle va jusqu’à l'appréciation morale de ses dé-

ductions, en prononçant sur tout ce qui est sou‘Hi5 à son examen, si c’est bon ou mauvai4, #gréable ;u désagréable. De là, dans lirtsiligence. cette espèce de tribunal supérieur qu’on appelle la conscience. C’est essentiellement une fonction de l’intelligence, qui prononce sur la moralité des actes ; c'est donc la partie morale de l'intelligence, et qui doit être placée au No 3.

Passons maintenant à l’état animique.

C’est là que s'exerce la plus noble de nos facultés, celle où agit la volonté.

Observons, en passant, que nous montons des degrés, et que nous ne pouvons arriver au plus haut sans nous appuyer sur les inférieurs. Ainsi la vie nous fait éprouver des sensations ; l’intelligence les examine et en déduit des conséquences qu’elle classe en bonnes ou mauvaises, agréables ou désagréables.

Cette constatation faite, la volonté se porte naturellement vers ce qu’elle voit bon ou agréable, et son premier mouve-

ions tmemeeenmrnmesmitéremtamiren

ment est de sy complaire. Ce n’est pas cette simple satisfaction de la sensation agréable perçue, comme celle de l’animal, qui jouit instinctivement et sans que sa jouissance s’étende au delà de la sensaton actuelle ; c’est une jouissance bien supé-.

rieure et bien plus étendue, qui est un vrai sentiment de la valeur de la Jouissance volontaire, sentiment qui à son retentissement dans les sens mêmes.— Aussi est-ce Le plus infime des actes de la volonté, contre lequel même quelquefois il nous faut réagir. C’est la partie sensuelle de la volonté. La place de ce sentiment est au No 1.

Nous avons vu dans les manifestations de la vie une espèce d’intelligence, l’instinct. Y a-t-il de même, dans l’état animique, quelque chose qui ressemble à l’intelligence et qui n’en soit pas le produit ?

—Rappelons-nous que le procédé propre de l'intelligence est un travail de raisonnement et de déduction. Si la vérité était évidente, il n’y aurait pas de travail d’intelligence à faire ; la volonté y adhérerait

immédiatement. Il est probable que tel était approximativement l’état d'Adam dans le Paradis terrestre. Notre premier père savait beaucoup de choses par intuition. La dégradation de notre nature causée par le péché a enlevé à l’âme cette claire vision, et rendu le travail de l’intelligence pénible. L'esprit de l’homme est devenu un champ qui produit lui aussi ses ronces et ses épines, et ce n’est qu’à la sueur de son front que l’homme peut cultiver le champ intellectuel de son âme, tout comme il est obligé de le faire pour les champs matériels de la terre.

Toutefois, Dieu, dans sa bonté miséri- ‘.r ruse, n’a pas voulu éteindre complè- W at les belles clartés de l’Eden. Dans la diversité des dons qu’il a répartis à tous les hommes, il a bien voulu quelquefois laisser paraître des exceptions privilégiées qui semhlent refléter quelque lueur de l'état primitif. Ces hommes privilégiés sont appelés des génies. Pour eux on dirait que, tantôt dans un ordre d’idées, tantôt dans un autre, l’effort de l’intelli-

BRAR D HE MEET Le RARE NE TRE

Page 1