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DES INTERRUPTIONS DANS LE DISCOURS

Nous avons dit que le discours improvisé est entrecoupé de petits silences.

A'vec un peu d'observation, on constate qu'il y a des silences signijicatifs et d'autres qui ne proviennent que de la nécessité de respirer,

SECTION PREMIÈRE

Silences significatifs

Les silences significatifs sont ceux qui sont employés quand on veut préparer ce

qu'on a à dire. Or, si l'on consulte la na-. ture, en observant ceux qui parlent naturellement et d'une manière intéressante, on constate que l'on fait silence en parlant, dans trois circonstances principales.

1° Quand on veut attirer l'attention de son auditoire ;

2" Quand on passe d'une idée 'à une autre, ou pour faire ressortir une phrase

incidente ;

3° Chaque fois qu'on peut faire presse n-

tir ce qu'on a à dire.

De là nous pouvons conclure qu'il faut faire un silence après les interjections, ainsi qu'après les conjonctions qui ne sont pas purement copulative s.— Exemple : les fleurs sont belles, mais 'se fanent bientôt.

Il faut un silence après une inversion. — Exemple : il faut travailler pour vivre.— Pour vivre il faut travailler.

Il faut en général faire attendre le complément d'un verbe ou d'une préposition, (piand on peut faire pressentir ce complément, ou quand on peut exprimer par le

geste ses qualités sous-entendues. — Exemple : ce loup rencontre. . . .un dogue.

Dire qu'il y a des silences significatifs, c'est dire qu'il y en a qui ne le sont pas. Parmi ces derniers sont ceux qu'exige le besoin de respirer.

SECTION SECONDE Respiration

La respiration est indispensable. Il faut donc en trouver le temps.

La respiration simplement nécessaire doit passer inaperçue. Elle doit se faire souvent, naturellement, sans fatigue. On profite le plus souvent pour respirer du temps des silences significatifs. Comme le langage naturel est rempli de ces silences, il en résulte que la respiration est d'autant plus facile qu'on parle plus naturellement.

§1. Respiration significative.

La respiration peut devenir significative. Dans ce cas, il faut y distinguer trois

temps : 1° l'aspiration, 2*^ l'expiration, 3° la suspension entre les deux.

L'aspiration est ]Au.s intaJe; l'expiration plus inteJUgente. L'aspiration caractérise la douleur, la crainte, la dissimulation ; l'expiration au contraire caractérise plutôt l'abandon de l'âme, la résignation, la confiance, la tendresse, l'insouciance et par suite aussi la légèreté. La volonté réfléchie se manifeste davantage pendant l'expiration ; c'est pendant l'expiration que l'on parle.

La suspension caractérise la réticence, l'inquiétude, l'indécision. — Exemple sur Eli'! (surprise craintive).

La respiration généralement ne s'entend pas. Mais il y a des cas où elle est bruyante, spasmodique, intermittente.

§2. Le soupir.

A la respiration non bruyante se rapporte le soupir. Le soupir est, ou bien une profonde et lente aspiration suivie d'une expiration rapide ; ou bien c'est une prompte aspiration suivie d'une expiration plus lente.

Il y a deux proverbes relatifs aux soupirs :

1° « Coeur qui soupire n'a pas tout ce qu'il désire. »

2° « Coeur content soupire souvent. »

Ces proverbes, contradictoires dans l'expression, ne se contredisent pas en réalité : il y a soupirs dans les deux cas, mais ils ne sont pas de même nature.

Lorsque c'est l'aspiration qui domine, c'est la vie «ensitive qui se manifeste surtout ; il y a plus de chagrin, plus de peine sentie. C'est ce genre de soupir qui vérifie le premier proverbe. — Exemple : « Ah ! que c'est triste ! »

Si c'est l'expiration qui domine, il y, a repos, satisfaction, contentement, ou s'il y a chagrin, il y a résignation. C'est alors que se vérifie le second proverbe. — Exemple : (en s' étendant sur un fauteuil) « Ah ! je suis content. »

Le soupir peut être spasmodique ; c'est ce qui arrive lorsqu'il succède à une grande douleur, qui a produit des pleurs. C'est la transition entre les sanglots et le calme.

Là encore, et même d'une manière plus marquée, se manifeste la différence entre les deux espèces de soupirs.

Ainsi un enfant qui a été corrigé, et qui n'accepte pas son sort, ou qui est sous l'influence de la colère, fait prédominer les spasmes d'aspiration. Si l'enfant, corrigé justement, reconnaît sa faute, s'il est résigné à son sort, ce sera l'expiration qui dominera.

§3. Les sanglots.

A la respiration bruyante doivent se rapporter les sanglots et le rire.

Les sanglots, toujours accompagnés de pleurs, sont ou des séries d'aspirations bruyantes, rapides, comme convulsives, suivies d'une longue expiration ; ou bien des séries d'expirations rapides, suivies d'une longue aspiration.

Le caractère des pleurs varie avec la forme des sanglots. Le sanglot d'aspiration est plus le résultat du sentiment ou de l'émotion physique ; il est moins réfléchi : c'estla vie qui s'exprime. Le sanglot d'expiration est plus volontaire ; il expri-

me plus la possession de soi-même : il est plus réfléchi.

Chez les petits enfants, surtout chez ceux que les parents ont habitués à se calmer en leur accordant ce qu'ils désirent avoir, on peut facilement constater s'ils pleurent sous l'influence d'une douleur vraiment sentie, ou s'ils le font par calcul et parce qu'ils ont l'expérience que c'est le moyen d'obtenir ce qu'ils convoitent. Dans le premier cas, l'aspiration domine ; dans le second, c'est l'expiration : l'enfant j^otisse ses pleurs.

Le sanglot d'aspiration, produit sous l'influence de la nature, met du temps à se calmer ; les autres, plus volontaires, se calment de suite. Donnez à l'enfant ce qu'il veut obtenir par ses cris, et ses, sanglots cessent immédiatement. Mus par une tendresse inintelligente, beaucoup de parents se laissent prendre à ce petit manège, et ils ont bien tort. Ils paient généralement bien cher plus tard leur condescendance plus égoïste que raisonnée.

Les sanglots des personnes qui parlent

en pleurant sont des sanglots d'expiration et dépendent beaucoup de la volonté.

Quand les sanglots sont d'aspiration, marque d'une douleur indépendante de la volonté, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de parler en même temps. Aussi instinctivement nous sommes moins touchés par les sanglots d'une personne qui parle en pleurant, que lorsque les sanglots étouffent la voix de la personne qui pleure.

§4. Le rire.

L'action de rire, si différente du sanglot dans sa signification, a pourtant beaucoup d'analogie avec lui. C'est une succession de sons fcn^ts, courts, précipités, monotones, produits par expiration spasmodique, le tout suivi d'un son plus ou moins éclatant, plus ou moins prolongé, résultant d'une protonde et bruyante aspiration.

C'est dire que le rire est plus réfléchi que le sanglot, et qu'il y entre plus de volontaire. Aussi est-il susceptible de significations spéciales exprimant, outre la

joie, l'état particulier de l'âme de celui qui rit. Il peut recevoir des modifications volontaires, résultat soit d'habitudes contractées de soi-même, soit d'influences reçues du milieu où l'on s'est trouvé.

Le son des sanglots est un son généralement sourd et de poitrine, tandis que le son du rire est un son vocal dans lequel on distingue nettement une des voyelles. Celle-ci dépend de l'état ou sensitif, ou animique, ou intellectuel dans lequel se trouve celui qui rit. Le rire donne alors à la voix le son des voyelles correspondantes.

Ainsi, en nous plaçant d'abord en dehors des expressions volontaires qui résultent d'habitudes n'ayant rien à faire avec les significations animiques, celui ([ui rit sous l'impression subite d'un sentiment de plaisir irrésistible, fait entendre une des voyelles graves â, o, au, ou, que nous avons désignées par le chiffre 1, et qui expriment plus spécialement l'état sensitif. C'est le rire qu'affecte l'homme du peuple, qui rit sans contrainte, parce qu'il n'est pas habitué à restreindre ses mani-

festations animiques, et qui, par suite, se laisse aller facilement à exprimer sa joie en riant, comme on dit, à gorge déploijée. C'est un rire franc, qui n'a pas de cachette. Aussi n'est-il pas toujours sans inconvénient, parce qu'il peut faire connaître un état qui devrait être voilé. En effet, ce rire, à l'état exagéré, est celui de l'orgie. L'homme modéré, calme, de la bonne société, habitué à se contrôler lui-même, évite toutes les expressions exagérées, et il a soin de ne jamais se laisser aller à ces rires qui sont, en quelque sorte, caractéristiques de la vie animale. En cela il ne fiiit pas d'hypocrisie : il exprime réellement sa joie et il rit ; mais il ne s'abandonne pas, il se renferme dans des bornes modérées. Son rire, au lieu de faire entendre les vovelles o-raves, fera entendre une des voyelles mitoyennes, que nous avons notées du chiffre trois. Ce ne sera que par échappée, et en passant, qu'il rira d'une manière éclatante ; mais il se réprimera aussitôt grâce à la réflexion (jui lui est habituelle.

Nous avons vu un rire excentrique, et un rire normal ; il y a aussi un rire concentrique, c'est-à-dire, intelligent, qui indique préméditation. Ce rire fait entendre une des voyelles No 2. — Par exemple, celui qui a joué un tour, et qui en rit, fait entendre la voyelle /.

Jusqu'ici, j'ai supposé le rire naturel et modifié seulement par l'état intellectuel de celui qui rit. Mais nous avons remarqué que la volonté peut exercer son influence sur le rire. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer des rires modifiés, contrefaits, dont l'habitude a fait une seconde nature, et où il serait difficile de constater les significations dont il a été question jusqu'ici.

Toutefois ces manières de rire, qui sortent des règles, ne sont pas sans signification. Elles indiqueront, par exemple, le milieu dans lequel a été élevé le sujet et qui a laissé son empreinte. Il y a un proverbe qui dit : « la caque sent toujours le hareng ». Il ne faut pas sans doute le prendre d'une manière absolue; mais ce

proverbe fait voir qu'il faut un travail persévérant pour se débarrasser des vices d'une première mauvaise éducation. — D'autres manières de rire indiqueront un certain amour-propre en vertu duquel on a voulu imiter un rire qui aura frappé dans l'enfance. Il y a une foule d'habitudes vicieuses que les enfants contractent ainsi par imitation.

Enfin il y en a qui adoptent un tic quelconque, qui s'y affectionnent et s'en font une habitude, qu'ils ne songent plus à corriger. C'est ainsi que l'on rencontre des personnes qui, pour rire, donnent des coups de gosier aussi laids à voir, que fatigants à entendre.

Que conclure de là? C'est qu'il estasses important d'étudier ses manières de rire, pour constater ou faire constater par d'autres s'il ne s'y glisse pas quelque défaut, et, s'il y en a, en entreprendre courageusement la correction.

Mais pourquoi nous être tant appesantis sur le rire ? Qu'est-ce que cela fait à l'orateur?— Directement cela ne fait pas grand' chose ; indirectement cela fait beaucoup.

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