‹ Cours d'équitationChapitre 25 sur 26 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

« J'écris de la façon la plus courte qu'il m'ast -< possible, Don pas aax élèves, mais aux maîtres, s l'art de bien dresser les chevaux, lequel n'a jaj mais été connu. »

Quant à l'intitulé de pou livre, vous voyez :

ï Méthode nouvelle, invention extraordinaire de ' dresser les chevaux, les travailler selon la na- 3 ture, et parfaire la nature par la subtilité de l'art, » laquelle n'a jamais été trouvée que par le très- « noble et haut puissant marquis de Newcastle, »

Pour arriver à des résultats paraissant aussi prodigieux, analysons les principes de Newcastle.

A la demande qu'on pourrait lui faire de savoir combien de temps il faudrait pour dresser un cheval, il répond :

« Cela dépend de aa force, de son ig&, de son » esprit et de ses dispositions. Ils ne peuvent pas

> tous avoir les mêmes qualités, pas pins que to'is a les peintres ne peignent de la même tnasière , « que les danseurs ne dansent de la même façon. n Mais, enfin, si un cheval est docile, propre, ades esprits et de la force, on pourra le dresser en trois a mois, c'est-à-dire en quarante-cinq leçons. D'une a chose vous puis-je répondre, que quelque autre » dresse un cheval et le parfasse par son industrie, ' cette mienne méthode nouvelle le parfera en moins

> de la moitié de temps que lui, et il ira encore u et plus juste ou parfaitement , ce que j'ai vu i faire à peu de chevaux que les autres >Tiieiix

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Quels sont donc Ips moyens employés car Newcastle ? c'est encore, dans le début, de placer la tète au cheval et de lui assouplir l'encolure, après les explications préliminaires pour familiariser le poulain.

a II faut, dit^il, que le cavalcador lui place le plus qu'il pourra la tête, et peu à peu, et quoiqu'il » gagne sur lui, soit sur sa tête, soit sur la bouche, ■j il ne doit pas lui donner de hberté, mais l'y garder j en gagnant tous les jours de plus en plus sur lui, » jusqu'à ce qu'il ait placé sa tête au lieu qu'il » veut qu'elle soit; alors il doit la garder là, le » travaillant en bas, avec le bits de la main.

B Trottez-le alors sur des cercles larges au comn mencement, et tirez toujours la rêne de dedans du caveçon, afin que non-seulement il regarde » la volte, mais aussi qu'il ait la croupe plutôt s dehors que dedans, etc. La principale chose est i> de gagner la tête du cheval et de lui donner bon s appui; car.poursa croupe, elle est aisée, ce qui -1 m'a fait étonner de voir des cavaliers commencer ■' parla queue ou croupe du cheval. Sivous placezla ■> tête du cheval, vous pourrez en feire ce que vous » voudrez ; si vous ne lui assurez la tête, vous n'en ferez jamais un cheval pariait; car vous n'avez en tout que la main et les talons pour le dresser, • et la meilleure partie vous manquera. »

Passons à la posture de l'homme à cheval. Il voudrait « qu'un homme fût placé sans formalité; s je n'ai jamais vu aucune formalité qui m'ait

• semUé rapprocher du simple et du niais. Celui ' qui n'est pas bel homme à cheval ne peut être ' bon homme de cheval. »

11 poursuit :

Quant aux rênes de la bride du caveçon.je s vous enseignerai aux discours suivants ce qui n'» » jamais été connu jusqu'ici. «

Newcastle indique alors la manière de se Eervir, de son caveçon. [

B Je prends une long-ue rêne qui a un petit an- 1 neau attaché à un bout ; je mets l'autre bout de -< la rêne dans cet anneau; je la mets autour du n pommeau de la selle, et l'y attache ferme pour » y demeurer sans remuer ; et après je mets la rêne e en bas, et la fais passer dans le liég'e de la selle ; ■> alors je remets la rêne à l'anneau du caveçon, " droit en avant, et fais revenir le bout de la rené » dans la main. J'en fais autantdel'autre côté, etc.

Cette sorte de caveçon est très-e.ïcellente pour B assurer la tête d'un cheval, lui donner le vrai pli j» de son corps, lui préserver labouche.etc. » ■

Kewcastle insiste pour l'assouplissement,

■ Il ne suffît pas de tourner un peu la tête ou >■ le col en dedans de la volte; mais on doit lui •■• donner un pli total depuis le nez jusqu'à la » croupe. Je vous ai montré comment il le faut » faire ; car, quant à ce que aucuns disent que » ce lui rendra le col débile, je n'y saurais dire » autre chose, sinon que ces cavaliers ont l'entent dament débile, qui voudraient que par leiu-travail

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• leur cheval ait le col rairle, saiis être capable de

• tourner. »

Si l'on continue à consulter NewcasUe, que l'on peut considérer comme un partisan outré des assouplissements et des moyens de sujétion, ou verrd néanmoins que, tout en conseillant d'asseoir les chevaux, il veut avant toute chose qu'ils soient d'abord exercés de façon à être rendus francs devant eux. En effet, c'est là condition première et indispensable, quel que soit ensuite le travail auquel op veuille soumettre un cheval.

La leçon suivante de Newcastle, qui a lieu sur un jeune cheval, servira à prouver ce que j'avance.

• Quand le cheval trotte, disait-il, le cavalier le

• doit pousser xm peu plus vite avant que de l'ar- » rêter,etl'arrêterincontinent:après,tirantia rêne i> dededans du caveçon un peu plus fort que l'autre, j et un peu plusversson col, mettant le corps un peu a en arrière, afin que le poids oblige le cheval k se

• mettre sur les hanches. 11 faut, sur toute chose, > que le cheval ne se relève point, mais seulement ' qu'il s'arrête sans se relever , cm- c'est le moyen ' de g^ter un cheval que de l'apprendre à se lever '' avant qu'il trotte et galope franchement. >

Et il ajoute :

« Il faut prendre garde de ne le lever, c'est-à-dire 3 l'asseoir, le mettre sur les hanches, qu'il n'obéisse n franchement aux éperons tant au trot qu'au " galop. "

Ce qui prouve que, tout îa considérant l'aide de

l'éiidron comm'j indispensable psur soutenir l'arrière-main, et la met^ dans le cas de supporter des arrêts tendant à relever le cheval, à l'asseoir et à le rassembler, il pense avec raison que la première connaissance de l'éperon doit s'acquérir en poussant d'abord le cheval en avant.

Newcastle poursuit :

■ Trotter et arrêter un cheval sont le fondement

• de tous airs; placer sa tête et sa croupe, le met

• sur les hanches et le feit lég«r du devant ; aller n en arrière assurer la tète, le mettent sur les v hanches, et le rendent léger du devant. En mettant » la tête au mur, on lui apprend à connaître l'aide » de l'éperon; on lui gagne ainsi les hanches et i> l'asseoit, »

Ici la muraille remplace les deux piliers de Pluvinel; Newcastlen'estpaspartisan des piliers; mais les résultats sont toujours lesmêmes. Il s'agit, pour habituer le cheval à connaître l'action de l'éperon comme aide, de l'empêcher de se porter en avant. Ainsi, qu'il soit maintenu vis-à-vis d'un mur, dans les piliers, ou tenu par un homme au milieu d'un manège ou d'une carrière, tout ceci est pour arriver au même but.

Newcastle s'occupe très-spéci^ement de l'assouplissement de l'encolure, et en (ait une méthode à lui; au lieu de se servir des piliers, il commence, comme je l'ai indiqué , à l'assouplir en place sur le caveçon et la bride; il le travaille ensuite en mouvement, eu agisant d'abord sur le caveQon.

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« Après cet aasouplissement sur le caveçon , je • voudrais que vous prissiez de fausses rênes et que D vous les attachiez à ma mode au banquet de la >• bride ; mais donnez la liberté à la gourmette , en ■ sorte qu'il a moins d'appréhension de la bride , et 1 son appui se fortifie tellement que quand on tra- « vaille de la bride et par conséquent de lagflur-' B mette, la bride le rend léger. Ceci est bon autant 1 pour tous ceux qui ont trop d'appui, que pour tous " ceux qui en ont trop peu, et il lui donne le pli de n la même sorte que le caveçon, sinon que le caveçon '• le travaille sur le nez, et les dusses rênes sur les " barres ; ce qui le rend trèa-sensible, comme il doit = être, et du même côté des barres, comme la bride » doit faire ; et qui l'accoutume tellement, que quand » on le met avec la bride seulement et qu'il a l'aide •> fie la gourmette, il va à merveille.

» Posez que vous ayez rendu votre cheval souple, " et que vous lui ayez donné suffisamment le pli » avec le caveçon, et après avec les fiiusses rênes ,

• les rênes de la bride continueront la souplesse de » son corps, et travailleront k merveille surlesbarres pour lui iaire entendre la bride seule : en te- B nant les rênes séparées en vos deux mains, vous ï travaillerez toujours la rêne du dedans de la volte, « et vous rendrez le cheval souple' : cette façon de . le travailler est pour le rendre sensible h la gour- " mette, qui est ânir votre travail pour la main.

» Cette fiiçon de travailler est la quinteecence de

• ta cavalerie, car, au moy«n de ces trois degrés,

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• (lu caveçoD, des dusses rênes et de la bride , oc

■ rend ud cheval aussi parfait, que c'est merveille. ■

Newcastle entre aussi dans une longfue dissertation sur la distinction qui doit exister entre mettre un cheval sur les hanches et l'acculer ; il serait trop long de le suivre dans ses préceptes ; il finît enfin en disant que les aides de la main, des cuisses, du gras de jambe et du pincement des éperons, en un mot toutes sortes d'aides, doivent être plus douces su pa» qu'aux airs relevés.

■ Le doux passagre demande des aides douces, et » lesairsplus forts demandent des aides plus fortes; 1 ce qui est conforme à la raison. ■

Si l'école de Grisou, de Pluvinel, de Newcastle usait de l'emploi de l'éperon comme aide, si elle eu recommandait l'application, néanmoins dans bien des circonstances, avec de certaines natures de chevaux, elle échouait complètement.

Voici ce que disait de la Broue à cet égard :

« S'il est rétif ( le cheval ) pour avoir été trop

■ gourmande ou contraint, il faudra observer au-

• tant de douceur et de cérémonies, comme s'il es-

• toit poulain. Je veux aussi que le cavallerice se

• souvienne que les espérons grands et fort piquants

• sont extrêmement contraires à l'école des jeunes

■ chevaux. Les ch&timents de ces espérons les pour- » ront effrayer et rendre plus timides, et par ccmsé-

> quent les {aire plus tost devenir rétiis, s'ils ne le

> sont, que déterminez s'ils sont ramingues. Kt

• ceux qui seront sanguin? ou colères s'^ pourront

I aiissifacilenientdesdeigiier ou désespérer, au lieu i de se rendre obéissants.

• Voilà d'où vient le plus souvent que les chevaux

• pissent de rage et d'effroy, ou qu'ils sont cherc chant les murailles, ou s'arrêtent tout à fait, ou » quelquefois, h foute d'autres remèdes, se couchent n par terre, ou se mettent au hasard de se précipiter ■ avec celui qui est dessus. ■

Notez qu'à cette époque on ne livrait au travail que des chevaux entiers ; mais si l'application de F.emhlables moyens s'était adressée aaxjuinents,les trois quarts de celles soumises à de semblables étreintes fussent devenues rétives.

Après avoir sigiialé le mal, il indique le palliatif dans le chapitre suivant,

« Si le cheval est rebuté ou rétif pouï avoir esté B trop rudement et longuement exercé et trop as- » prement battu avec les espérons, il le faudra pre- B mièrement laisser séjourner jusques à ce qu'il ait 1. reprins ses forces et premiers esprits ; et s'il n'est " bien sain dedans le corps, il le faudra purger ; car B estant malade ou plein de mauvaises humeurs ,

• le cavallerice perdra le temps et la peine qu'il » mettra, pensant le remettre en son premier et cou- " rag^ux estât, d'autant que cette indisposition le , ■ rendant par accident colère, mélancolique, quoi- ,' > qu'il soit naturellement mieux composé et de

= bonne inclination, le pourra disposer à quelque

• mauvais vice. Mais estant sain, séjourné et bien » nourry, on Bourra après commencer de l'exercer

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• & la campague, au large et en divers lieux, peu » et souvent et sans espérons, évitant tant qu'il sem » possible, toutes les occasions qui pourront le faire e battre. Néanmoins, toutes les fois que le cavalle- » rice cog:noltera qu'il se voudra arrêter et qu'il

• aura quelque dessein malicieux, il ne manquera » pas de le braver et menacer à haute voix ; et s'ils B est besoin, le fouettera h travers les fesses et le » ventre avec un fouet ; et pour une plus grande fe- » cilité, il faudra estre secouru d'un homine qui sui- » vra ce cheval sur un bidet, ordinairement à vingt- » cinq ou trente pas de distance, lequel ee tienne n toujours prest pour mettre diligBmmentpiedàterre « quand ce cheval restif refusera d'aller en avant, n et pour le chasser à grrands coups de fouet sur les » fesses et à travers les jambes, principalement s'il a se défend en ruant. Il faudra aussi que le cavalle- « rice eoît curieux de le caresser quand illui obeyra n librement; car la douceur est autant et plus né-

• cessaire aux chevaux estonnez et rebutez qu'à ceux f que l'on exerce pour leur apprendre ce qu'ils n'ont B jamais sceu. ■

L'école de la Broue, de Pluvinel, de NewcasUe, se continua, tout en cherchant à se modifier pendant la durée d'un siècle. L'équitatlon du tournoi et du carrousel faisant insensiblement place à l'éqtiitation militaire et à l'équitation de chasse, il devait naître une transition qui apport&t nécessairement dans les principes un désorde, un conflit quela G-uérinière ef^aya de rég'ulariser. Sa tâche fiit d'auttuit

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plus difficile qu'après Nowcastle et Pluvinpl, l'équitation trouva des interprètes peu d'accord dans la pratique de cet art. Les uns outraient les préceptes laissés par Newcastle, d'autres, au contraire, reconnaissaient la nécessité de les simplifier.

Je citerai b cette occasion ce que disait, en 1756, Gaspard Saulnier, écuyer de l'Université de Leyde.

Pag-e8 37et38:

B S'il g'ag^sait de plier un cheval comme du » temps passé , je conviendrais d'abord que le B caveçon serait encore le meilleur moyen pour » plier le col du cheval et ftiire venir la tète. Ce n pouvait autrejois être plus difficile avec la bride, " mais ai^ourd'hui le cheval ne doit pas avoir le » col plié comme un arc, ainsi que les anciens l'ont prétendu. »

A la pag:e 86, Gaspard Saulnier parle en homme qui a reconnu le danger de ces assouplissements ; il s'exprime d'une façon un peu acerbe sur les gens qui, avec l'aide de ces moyens, veulent eu imposer au public.

B J'ai vu des écuyers qui poussaient l'estrava- « gance jusqu'à plier le cou des chevaux, de ma-

* nîère que leur tête venait jusqu'à la botte du oa-

* valier ; ils croyaient alors faire des merveilles, et " être fort habiles, et réellement ils passaient pour " tels dans le public. C'est pourquoi je remarque que la pluralité des suffrages n'est pas toujours

* la marque la plus cei-taine de la capacité de ceux B en faveur de qui l'on se déclare, puisqu'il setrouve

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t Jaiis toutefl sortes d'arts plus d'ignorants que

• d'habiles grens. ■

La GuértDière parta^ en cela l'opinioD de Gaspard Saulnier ; laissoDS-le parler :

■ Je regrette que les grands maîtres, tels que les s Duplessis et les de La Vallée, qui firent tant de <• truît dans les temps heureux de la chevalerie, ne » nous aient point laissé dérègles pour nousconduire dans ce qu'ils avaient acquis par une applî- » cation sans relAche et d'heureuses dispositions.

■ Je déplorecette disette de principes qui feit que les élèves ne sont point en état de discerner les dé-

• &utâ d'avec les perfections, et n'ont d'autres resj sources que l'imitation. Les uns, voulant imiter t ceux qui cherchent & tirer parti d'im cheval et de

> tout le brillant dont il est capable, tombent dans

• le défaut d'avoir la main et les jambes dans un

• continuel mouvement, ce qui est contraire à la » gr^e du cavalier, donne une fausse posture au B chev^, lui falsifie la bouche et le rend incertain » dans les jambes. Les autres s'étudient k recher- » cher une précision et une justesse qu'ils voient

> pratiquer à ceux qui ont la subtilité de choisir » parmi un nombre de chevaux ceux auxquels la

■ nature a donné une bouche excellente , les « hanches solides et des ressorts unis et litmts, » qualités qui ne se trouvent que dans un petit » nombre de chevaux. Cela feit que les imita- » teurs de justesses si recherchées amortissent

• le courage d'un brave chevai, et lui ôtent toute

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- 3„i) - ■ la gentillesse que la nature lui avait donnée,

» D'autres, enfin, entraînés par le prétendu bon 3 g^ùt du public, dont les décisions ne sont pas tou- » jours des oracles, et contre lesquelles la timide e vérité n'ose se révolter, se trouvent,, après un 1 travail long et assidu, n'avoir pour tout mérite » que la flatteuse et chimérique satisfaction de se K croire pins habiles que les autres. »

La Guérinière, dans son Traité d'équitation, tout en s'étayantdes principes de la Broue, de Pluvinel, de Newcastle, élagnje de leur école ce qu'il croit inutile à la sienne. S'il conserve encore des allures trides et relevées, il simplifie beaucoup néanmoins le travail des anciens maîtres. L'ordre qu'il introduit dans les reprises de manég-e est plus rationnel, plus en rapport avec ce que l'on doit exiger du cheval dans l'usage habituel. Les principes qu'il offre sont basés sur la raison ; il ne pense pas que tous les chevaux puissent être soumis au même travail, qu'ils puissent tous être dressés dans le même laps de temps. Les exigences sont basées sur leurs moyens et sur leurs forces.

Les courbettes, les voltes doublées, les sarabandes, les terre-à-terre, et tous ces airs qui ne peuvent s'obtenir qu'en possédant les chevaux d'une façon exti-ême, et qui nécessitaient, pour entretenir l'action, l'emploi continuel de l'éperon, ayant fait place è. un travail plus simple, les moyens pouvant servir à pousser l'assouplissement du ciieval à son extrême degré, qu'employait gé-

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iiéralement l'équitatioB de Newcastle et de Pluvi- Del, De furent plus mis en usa^ par la Guérinière que dans l'exception.

La Guérinière comprenait très-bien qu'un cbe vsX ne peut être dressé que lorsqu'il est dans h main ou dans les jambes ; ce résultat ne pouvanl s'obtenir quepar l'assouplisBcment de l'encolure, la connaissance parfaite des jambes et du pincer de l'éperon, il usa de ces mêmes moyens pour soumettre les cbevaus & l'obéissance. Son travail favori,aprèe avoir arrondi le jeune cheval à la longe, après l'avoir mis assez en ctmflance, et après avoir assez avancé son éducation pour lui mettre le mors, est de faire exécuter le travail de l'épaule en

« Cette leçon, dit-il, produit tant de bons effets b «la fois, queje la regMde comme la première et la 1 dernière de toutes celles qu'on peut donner au » cheval pour lui faire prendre une entière sou- ■ plesse et une entière liberté dans toutes ses par- » ties. Cela est si vrai, qu'un cheval qui aura été • assoupli suivant ce principe, et gâté après à l'école » ou par quelque ignorant, si un homme de cheval « le remet pendant quelques jours à cette lecoti, iJ » le trouvera aussi souple et aussi aisé qu'aiipara- > vant. Cett£ leçon assouplit les épaules : peu à peu » le cheval se mettra sur les hanches, se disposera -1 h fuir les talons, et lui donnera un boa appui de 1 la msùn. •

Tout le travail de la Guérinière est pour arriver

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b. l'aBsouplissement de ravant-main et de l'arriéremain ; seulement il exig'eait moins, parce qu'il voulait moins obtenir.

Il conseille encore de varier les assouplissements de l'encolure, en raison de la construction du cheval.

« C'est le pli qu'on lui donne en maniant qui met le cheval dans une belle attitude-, mais, B prétend-il encore, le pli est expliqué différerait ment par les habiles maîtres. Les ims veulent

* qu'un cheval soit simplement plié en arc, qu'il n'ait qu'un demi-pli, dans lequel le cheval rea garde seulement d'un œil dans le cercle de la volte; les autres veulent qu'il fasse le demi-cercle, c'est-à-dire qu'il regarde presque des deux M yeux en dedans de la ligne. 11 faut convenir que » dans l'un et l'autre pli le cheval a de la grâce; mais" selon moi le pli en arc, qui n'est qu'un » demi-pli, ne contraint pas tant le cheval et le

• tient plus relevé du devant que dans celui où il est plus plié ; et dans cette dernière posture la n plupart des chevaux sont encapuchonnés , c'est- » à-dire baissent trop le nez et courbent l'enco- » lure. »

Cette leçon de la Guérinière est pleine de raison : c'est au cavalier à savoir discerner le point où doit être poussé l'assouplissement, que l'on doit nécessairement varier en raison de la nature des chevaux, de leur force, de l'emploi auqud on les destine, loin de les assouplir et de les rompre tous indistinctement et de la même manière. Si le grand

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pli, dont parle la Guérinière et qui tend à encapu cbonner, peut être employé utilement sur un cheval raide d'encolure et portant au vent, qu'adviendra-t-il si on use du même assouplissement sur an cheval ayant le défaut de s'encapuchonner ? On m pourra nécessairement amener qu'un résultat déplorable.

En régularisant les principes, la Guérinière fi; faire à l'art un progrès incontestable. Admirateur delà Broue, deNewcastle, dePluvinel, il les prit pour modèles. Pratiquant un travail qui tendait beaucoup à assouplir les hanches et les épaules, il conservait à la bouche une légèreté extrême, et ne considérait un cheval ajusté que lorsque, fidèle à l'action des jambes, à l'attaque ou au pincer de l'éperon, il se dirigeait et se maintenait placé du devant par la simple pesanteur des rênes.

L'école des d'Abzac , tout en suivant les préceptes de la Guérinière, dégagea complètement l'équitation de toutes ces superfluités, de toutes ces inutilités en vogue du temps de Pluvinel, et que la Guérinière avait encore trop conservées , bien qu'il les eût cependant modifiées. Les d'Abzac voulaient une équitation moins restreinte et moins assise : ils pressentaient déjà les changements qui devaient un jour s'opérer dans cet art. L'introduction en France des chevaux anglais, montés par lee grands seigneurs aux chasses royales, les courses, l'organisation plus larp;e de notre cavalerie» commençaient il faire comprendre la nécessité de orénarer les che-

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- Ïl3 — TOUX à marcher b. des allures plus franches. Le talent de l'écuyer ne consistait plus alors seulement à faire parader, à fatig:uer inutilement un cheval pour obtenir des airs relevés, mais Men à calculer ses forces, à les uiénag:er et à régulariser ses allures. On ne conservait du tride que ce qu'il en ùkllait pour doimer au cheval de l'élasticité el du mouvement ; on ne l'aEsouplissait que pour I9 rendre liaiit et le soumettreàla volontédu cavalier. I A. côté des d'Abzac marchaient les écuyers militaires, tels que Bohan, d'Auvergne, Mottia de la Balme, Melîbft. Ces hommes sentaient peut-être plus encore la nécessité des modiûcations, leur équitation devant s'adresser h l'instruction de nos troupes à cheval.

Dans son Traité de cavalerie, Mottin de la Balme dit:

« Loin de mettre de la science dans riostructîon à cheval ou de subtiliser l'art, ce qu'il l'a rendu

dangereux et impraticable, il fallat le simplifier,

• réduire le travail k ce que j'exphque ci-dessous.

» Loin d'exiger des cavaliers qu'il liasse passager, « piaffer ou cheminer des ceux pistes leurs che- ' vaux , il &uâra uniquement leur apprendre

1 quatre mouvements avec lesquels ils pourront n exécuter toutes les évolutions nécessaires à la

• guerre, etc. Voilà à quoi peut se réduire ce fan- » tome d'équitation qui a tant fait désespérer les > cavaliers et extrapasser les chevaux depuis quel- '' qucsannées. •

Après la révolation de 1793, Coupé, Jardin, Gervaîs, et quelques autres débris du manég-e de Versailles , furent mis à la tête de cet établissement ; ils étalent pour la plupart anciens piqueurs des écuries du roi.

En raison de la promptitude avec laquelle il devint nécessaire de former des officiers, Coupé et Jardin, tout imbus qu'ils ét^^t des principes de la Guérinière et des d'Abzac, ftirent en quelque sorte les che& d'une nouvelle école, que l'on peut appeler avec raison école de circonstances.

Deux générations étant en présence, l'one n'ayant pas appris, l'autre n'ayant pas le temps d'apprendre, il devenait difficile de pousser très-loin l'éducation des hommes et des chevaux.

Dans beaucoup de circonstances, un cheval bien ajusté eût été un inconvénient, un danger, au lieu d'être un avantage.

Jardin et Coupé, comme tous les hommes de cheval, savaient fort bien que plus on laisse nn cheval libre et plus on modère les exigences, moins on provoque de sottises. L'emploi des mains et des jambes, très-utile quand on doit s'en servir pour accorder un cheval,le rassembler, le posséder, sont aut^it de moyens dangereux avec ceux qui peuvent en ignorer les effets.

) L'équitation de cette époque consistait dtmc, à peu d'exceptions près, à laisser marcher les chevaux librement. Une fols assuré sur la aelle, le cavalier apprenait souvent, autant uar instinct que

par préceptes, la manière de conduire son cheval , fermant ses jambes pour le faire marcher, tirant lu oride pour l'arrêter ou diminuer sa vitesse ; il laissait flotter les rênes quand il allait h peu près selon son désir. Le fond de presque toutes les leçons données à cette époque était de dire : arrêtez et rendez ; il s'ag^issaît simplement d'arrêter à temps etde rendre à propos. N'ayant ni !e temps ni la faculté d'assouplir les chevaux , de leur gagner les hanches, abandonnés en quelque sorte à eux-mômffl, les cavaliers rest^ent d'aplomb tant bien que mal, mais prenant toujours, en tout état de cause, la position la plus en rapport avec leur nature. C'est avec une équitatioa aussi peu savante, dans laquelle souvent l'instinct faisait tous les frais, que nos armées firent le tour de l'Europe.

Napoléon avait su faire des prodig-es avec une cavalerie où les hommes de cheval étaient en si petit nombre ; il reconnut cependant la nécessité, pour l'avenir, de faire pratiquer de bonne heure l'équitation à la jeunesse.

En même temps qu'il réorganisa les haras pour assurer des remontes à sa cavalerie, il fonda et Rubventionna des écoles d'éqmtanon. Le manège des pages, l'école de Saint-Germain, le manège subventionné de Paris, furent autant d'établissements où les jeunes gens de l'Empire pouvaient venir chercher des préceptes.

Ces divers manège.?, quoique dirigée par des hommes capables, n'amenèrent pas, tout en produî

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Baiitquelque bien, les résultats dé8iral)les.Soageant plus à la guerre qu'à l'équitation, les élèves n'aspiraient qu'au moment de quitter les écoles ; et lorsqu'une fois ils étaient arrivés àrarmie, les mauvaises habitudes, mises généralement en pratû]ne, venaient remplacer l'application de bonnes leçons.

La Restauration fit revivre l'école de Versailles, et c'est à cette réorganisation confiée aux soins du vicomte d'Abrac que l'on a dû les quelques hommes capables qui ont conservé les traditions de l'art équestre en France.

Après 1830, l'école de Saumur, restantseule, devait voir s'agrandir la mission qu'elle avait à remplir; elle a dû, jusqu'aujour où une école plus spéciale et plus normale viendrait s'établir, chercher à propager les saines doctrines dans la cavalerie, et aies conserver dans l'intérêt de l'art, autant toutefois que son organisation peut le lui permettre.

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