‹ Cours d'esthétiqueChapitre 16 sur 47 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

mS LA VOBHB CLASMHilJB OE I^'AUT.

INTRODCCTION.

L'union intime du fond et de la forme , la convenance réciproque de ces deux éléments et leur parfaite harmonie , constituent le centre de Fart. Cette réalisation de ridée du beau à laquelle Fart symbolique s'efforçait vainement d'atteindre , s'accomplit , pour la première fois , dans Vart classique.

Nous avons déjà , dans le chapitre consacré à l'idée du beau et à l'art en général * , défini ce qu'on doit

' Première pvtie , ehap. 111 , p. iâ6.

214 DE LKKT CLASSIQUE.

entendre par le classique considéré sous le double point de vue du fond et de la forme. Ses caractères se résument dans Vidéal. Ce mode parfait de représentation remplit la condition qui est le but même de l'art.

Mais , pour que cette condition pût s'accomplir , tous les moments particuliers dont le développement a fait le sujet de la section pré édente éta'( nt nécessaires ; car , le fond de la beauté classique n'est pas une conception vague et obscure ; c'est l'idée libre qui est sa propre signification et qui, par èonséquent, se manifeste d'elle-même ; en un mot , c'est l'esprit qui se prend pour objet. En se donnant ainsi en spectacle à lui-même , il revêt un 3 forme extérieure , et celle-ci , identique avec le fond qu'elle manifeste , devient son expression fidèb et adéquate. La conscience qu'il a de lui-même lui permet de se révéler clairement.

Nous sommes aussi partis , il est vrai , dans l'art syoïbolique de l'unité de l'idée et de sa manifestation ; mais cette unité primitive a'était qu'ûnmej et y par oonséqueni , ne répondait nullement à l'idéaL Tantôt c'était la nature eUe-mème, dans sa substance et dans ses lois générales, qui faisait le fond de la représeutatioii \ aussi , les ot^ets individuels de la nature, quoique considérés comme «yinboles de ces lois , n'étaient que d'imparfaits em* blêmes. Tantôt l'être spirituel que la pensée seule pont saisir était le sujet de ces ccmc^tions. Mm il

ne trouvait dans ce monde étrainger à lui , et dans les existenoes individuelles» qu'uA^ manifestation peu c^miform^ ù sa nature, ^n. général » i! n'y avait i^tre J'idée et la forme q^i'une çj^^ple affinité par laquelle ïu^i^ faisait songer à Tautre ; ,et » quoiqp'elli^^ pji^semt .^ CQpye^ir sofis A]uelques rapports , elles De pré^eiiitaieq.t toujours qu'une correspondance extérieure^ Aiissi cette gi^ossière unité dut se rompre , et se l)risia en effet. Dans les représentations indiennes ^ J' abstraction de Têtre et da multiplicité des phénoiBèmQs -du aapnde physique et moral se posèrent sépa^ parémeat. L'imaigination y dans son nxpuvwieat désordonné^ ^'attacha tantôt à Tun , tantôt à l'autre de ces éléments, sans pouvoir développer Tidéal idans .^ pf^soni\alité ^t sa liberté » le revêtir d'upe forme C^içoqnée^^vec art ât combiner les deux principes dans ieur jb^rjiiofnievse unijbé. En E^gypte, le diiforme e^ le girotesque^ résultat de ce .mélange d'éléments qui se fl^^U^^nt , 4i^p^r^S0nt , il est vrai , mais seuleimui i^oar faire plaoç à un moiide d'énigmes. L'inteUigeuQÇ l^ufîiaine se contente de poser des pro- Mêmes do!|i^ qlle ^e peut domier la solution ; car ici ^MM|^ ^g^i^venl. \^ liberté et la personnalité véntebles^ ImwM^ personnalité pe peut éclore qu'avec 4a coosç^kmce q^e l'esprit pre^d de lui-même et 4e ^a A9;ture infinie. Lfii sq^I ak^*^ est libre. En faoe de ce^e piuissance qui se détermine par elle- •Qfiéiue , qui pense et qui veut , tout le reste n'est que relatijr , pu ne ,par^t qMo ujojpuefltanémout Jouir

2\S De l'art CtAliSiQUË. ^

de 90a braë , ainsi qite de ses «o^rens de <xyis6nralion , ses «liaineauc ,- son cheval , sa knce et son épée. lei se nsanifeste, f>ar opposition à kt iiiol(esae indienne 4t à rabomilon de sot^aèioe , aussi bien qu'aQ panltiéjsine maboMOtan plusnodarna, la dédaigneuse indépcMdanee du oaractère peKSonnel , ^ei 4111 esprit qui laisse aux objets leur réalité « limitée et Jeiir caraetène détermiiié. A cette indépendanee de rindividiHaiité qui commence 4 se montrer , se joignent l'amitié fondée sur un choix libre , Thospétalité, la noblesse d^ame et f élévatiim des s^itimeols ; ^ même aussi le plaisir infini de la V/eageanoe , le sou- Tenir ineSbçaMe de ia baine j^ï «e «satisfait avec «ne implacable passion et une craaulé paréaitement réfléchie. Tout ce qui se pnoduk sur^ce terrain piMrte une couleur toute natunelle Jbt bumaîne. <je sond des actes de vengeance , des traits d'amour , de grandear à'nme ^ 4e dévoûment , d'où le fantastique et le merveiHeux sent bannis. Tout y est déveldpj^é dans un 'ordf^ fi^ et déterminé j selon f enebalitieaient tnécessaire des «boses. Au re^te, cette^manièDe^iacofistdèrer les objets réels, ^ les ramener à^meiiftesure #xe, de les envisager danfr -leur foroo Itfar^? ^ mf. par léureôté ij^ile et prosaïque , nous la iirouvQiifs défi 43hez'les^Hébr0ux. L'iHdépendanceénei^que'daearae- 4ère, râpreté sauvage de ia haine «t b soif de la vengeance , se rencontpent dans la nationalité fuivei son origine, ici <X3p<^dant se fait remorquer une diftévence : les pbéiû»nènes de la nature , auxquels sont

DU CLASSIQUE EN GllNiRAL. 2't&

empruntées les iiMges les plus (értes , sont clémts radins j^cnar euiE^mèmes que pour manifester la puissance de Dieu , vis-à-ns duquel ils pwàent loate va* leur propre. De même aussi , la haine et ta yengeanœ ne paraissent pas personn^ks ; elles se rapportent au serrice de Dieu , comme hmne et tengeance natio* nales contre tous les peuples élrai>gev& Sans parlw des derniers psaumes, c'est ainsi que les prophètes souhaitent et invoquent souvent le malheur et la ruine des autres nations ; et il n'est pas rare que l'énergie de leur langage soit empruntée à ce sentiment qui se répand en imprécations et en anathémes.

Avec les eenoeptions précédentes , nous sont doonés , il est vrai , tous les éléments de la véritalde beauté, mais enecMre séparés, disséminés et plaoés dans un faux rapport. C'est pourquoi l'umlé de Dieu^ purement idéale et abstraite, ne peut produire aueune rqprésentadon artistique parfaite , sous la forme de Hndividu^té réelle , parce que la nature et rhomme ne sont pas rem)^» et pénétré» de l'absolu.. Celte 8éparati<»i de l'idée qui fait le fond essentiel des. choses et de Tapparenoe sensible qui doit b r^ré^ BCatety se manifeste enfin dans la forme œmftmuine à$ r«re. ici les deux éléments sont parfaitement in* dépendant» , et l'unité qui tes maintient réunis et ri^procbés n'est autre que la volonté du sujet qui les compare. Mais le défaut d'un rapport aussi superfieiel se développe dans une progression qui* s'augmenle ineeflvnment , et il finit par se révéler comme le

220 us l'aRX. CtAS&IOUE.

principe qui détruit et fait disparaître la véritable rqf>résentatiou artistique. Cette destructiofi une fois réellement opérée , Vidée ne peut pas rester à Tétat de simple abstraction idéale ; elle doit , en se déver loppant j devenir la personnalité libre qui , da^s son eustence complote , renferme comme partie intégrante d'elle-même Fautre élément , savoir , la forme extérieure ; et celle-ci s'offre alors avec des proportions si exactes, si bien définies , qu'elle est Textes-* «on et rimage fidèle de Tidée.

I. Cette harmonie et cette identité, ee dévdk>pper ment de Tidée qui serretrouve elle-même dans sa forme extérieure , est le vrai en soi , la vérité absolue , puis* que le principe divin , en se réalisant au dehors , ne manifeste que lui-même.

Dans le domaine éd Tart , ce principe n'apparaît pas sous sa formé infinie. Ce n'est pas la pe»sée qui se pense elle-même comme l'absolu > qui se. révèle i elle4n6me comme l'universel. Il se manifeste encore dans une existence immédiate, naturelle et seasiUe. Mais au moins l'idée, en tant qu'elle est libre, doit se chotsirdleHnême dans l'art laformequi lui conviait, et posséder en elle-même le principe de son extériorisor tian. Elle dcHt donc retourner à la nature , mais pour la maîtriser , et les formes qu'elle lui emprunte , au lieu-d'être simplement matérielles, perdent4eur valeur indépendante, pour n'être plus que l'expression de l'esprit. Telle est l'identification, des deux étl^lfents

spirituel et sensible , ainsi qu'elle est réclamée par la nature même de l'esprit* Au lieu de se neutraliser l'un par l'autre, les deux élânents s'élèretit à une harmonie plus haute qui eonsiste à se conserver soimême dans un autre principe, à idéaliser et spiritualiser la nature. C'est cette espèce d^unité qui est la base de Fart classique.

Cette identification de l'idée et de la forme sensible doit être conçue maintenant , dans ce sens , qu'au*cune séparation des deux éléments ne peut avoir lieu, et troubler leur union parfaite. Ainsi le principe intérieur ne peut se retirer en lui-méitie , comme esprit pur, et abandonner l'existence corporelle, la réalité concrète , ce qui pourrait manifester une distinction entré les deux principes. En outre, comme l'élé»ient extérieur , dans lequel l'esprit se manifeste , est en** tièrement déterminé et particulier , l'esprit Vibre tel que fart ici le manifeste, ne peut êlre que l'indiwidma^ Hié spirituelle. Aussi l'homme constitue le centre de l'art véritable et de la beauté classique.

Sous ce rapport , il est évident que la représentation classique , en vertu de son essence, ne peut plus être symbolique dans le sens propre du terme, quoique çà et là apparaissent encore quelques éléments sym** boliques. La mythologie grecque, par exemple , dont l'art s'e^ emparé , et qui , à de titre , appartient à l'idéal classique , prise à son plus haut d^é de pisr* fection , ne présente nultanent le caractère de la beauté symbolique. Elle a été façonnée dans le- vrai

sem de Tidéal artistique » biao qu'an ranan{ue , ainsi que iioiis le verrons , des traces d'une époque anlériewre;. Mais maioteiiaiH, si nous nous. demandons qudle est la forase déterminée sous laqueUe dmi apparaître cette union intimede Télément spjyrituel et de Té^ kâment sensible , ce ne peut être que la f^rme humame.; car elle seule est capable de manifester rcBprit d'une manière sensible. L'expression du vi^e » de l'oeâi , du mainlâen et des gestes , présente^ U est vrai» une apparence matérielle , et ce n'est pas là qu'il faut chercha* l'esprit; mais ii n'en est pas m comme ^hez l^s animaux ; l'esprit perce à travers cette envelopj^ corporelle« L'œil, pour ainù dire, laisse voir dans Tame humaine 9 et, en général, le caractère moral de l'hommeest exprimé par tout son extérieur. Telle est la conrespondance étroite qui existe entre l'e^sprit et le corps, oomme essentii^lament a{^^ropriés l'un. à l'autre. Il est vrai que la forme humaine poilie en soi beaucoup du tjrpe animal ; mais e^tre les animmix et l'homme il y a cette différence essen^îdlé, que» la forme humaine panatt être non-seuiement le j&iége, mais la seule manifestation réelle de l'esprit* U y a dans cette forme de l'inanimé > du laid^ c'est-à-dire quelque chose de déterminé par des influences et des dépendances extérieures* Mais s'il en. est ain^, la tâche de l'art est de faire disparaître cette opposition entre la matière et l'esprit , d'embellir Je corps ,. do rendre cette forme plus pwfiute, de l'animer et 4^ hi spiritualisep.

Ce mode dé repnésenfation n'offre doue plus rien de symbolique. Ici plus de ces làloonements et dd o€)s efforts imitas , plus dé ma oréations bizarres et ée em ébaiiehes moMtraeiises ; car j du moment' (m l'esprit i'est compris comme esprit , tout devient fite, clair et préds-. Son uiiion avec la formé qdi M convient y est aussi quelque chose âe positif ^ q\d â'a plus besoin d'être une ccNEnbinaison artificicUe de rimii^inatiôn (mte en dépit de la réalité. Encore moins Tidéal classique est-il une simple pel^sarinîficatîon supetfieiette , représentée isous la fonne corpo^ relie , puisque Tesprit tout entier y cônune constituant le fond de Touvrage d'art ^ pénétré la forme sensible et doit s'identifier complètement avec elle. On peàtr aussi, d'-Uprès le même principe , apprécia k valeur de cette opinion : que Fart doit imiter la forme humaine^ Selon la maniée babitueile de penser^ ce thmx et eette imitation sont quelque chose d'acci-*dentei et d'arbitraire; tandis qu'il £aut soutenir/ au eantlraire, que l'art, p^tenu à samatérité, à. la plénitude de sa vie ^ doit représMter ses idées -soos h forme humaine ^ parce que c'est seulement diM <)ètle forme que l'esprit trouve sa^ réalisaÉîon eonve» tiable 5 dans fa sphère sensible.

Enfin , de même qu'il étiste ub parfait accord entre l'expression du corps humain et tous lés sentiinkents de l'ame^ tous les accidents de la vie intérieure, de ^vt^tne amsi ^ dans l'art elaseique , le corps n'est pas ut) simple objet vivant; île ^ui le caractérise^ c'est

22A vfi i.\rt cl\8«we.

d'èire rinMge de Tesprit , la parfaiieid^itilé de Tnilérîeiir el de rexiérieur.

Maintenant, oomme i'arl dassiqne représente la libre spiritualilé sous la forne. humaine individuelle et corporelle , on lui a souvent adressé le reproelie d^anihmpomêrphfiime. Gwe les Grec», par exanple, Xénophanê attaquait déjà la religion populaire , lorsqu'*il disait que , st lea lions avaient eu parmi eux des sculpteurs , ils auraient donné à leurs dieux la forme de lions. Les Français ont un mot spirituel dont le sens est le néme : < Dieu a ck^ rhomme à » son image , mais Thomme le lui a bîtn reiidu. » — Si on compare la beauté classique avec Tart romantique y il est à remarquer , en effet, que, souscerap* port , elle est imparfaite , même comme rfdigion de l'art. Mais rimperfection ne réssde pas dans l'anthropomar}4iÎ8me oomme tel. Loin delà, on doit admettre, au contraire , que si Fart clas«k|tie est suffisamment anthropomorphique pour Fart ; rdativemem i wia religion pins avancée, il Test trop peu. Ije ^ristianisme a poussé beau^^up plus loin Tanthrc^mor^ phisme^ car , dans la doctrine chrétienne , Dieu n'est pas seulement une personnification divine, sous la forme humaine , il est à4a-^fois véritablement Dieu et véritablement homme. Il appariât avec toutes les conditions de l'existence réelle , et non pas comme simple idéal de la beauté dans l'art , manifesté %om la forme humaine. Si on se représente l'afasoitt ccmime un être abstrait qui ne souffre aucune dualité ; alors ,

Sans doute , toute représentation sensible doit disparaître» Mais , pour que Dieu soit représenté comme esprit, il faut qu^ii se manifesté sous la forme humaine, non comme id^l de Fhumanité , mais comme homme réel , qu'il des<!^ende réellement dans toutes les conditions de la vie temporelle et terrestre. La conception chrétienne renferme, en effet, l'évolution infinie qui consiste à aller jusqu'au terme extrême de Topposition , et alors , comme destruction de cette opposition , à revenir en soi a Tunité absolue. Le moment de la séparation est celui où Dieu se fait homme , parce qu'en s'individualisant et en s'incarnant , il s'oppose à l'unité de la substance absolue. Tombé dans les conditions naturelles du temps et de Tespa^^e , il parcourt toutes les phases de la vie , le sentiment , la soufl^ance , la lutte et la mort , pour arriver par là d'autant mieux à la" véritable harmonie. Ce mouvement , d'après la croyance chrétienne , a son principe dans la nature de Dieu même. En effet , Dieu par là doit élTC conçu comme l'esprit absolu chez lequel le moment del'etistence naturelle et sensible existe sans doute, mais doit disparaître. Dans l'art classique, au contraire , la nature sen9ible ne meurt pas , mais aussi elle ne ressuscite pas à la spiritualité absolue. L'art cktssiqoe et la religion du beau ne satisfont donc pas l'arae humaine tout entière. Quelqu'avancés qu'ils soient , ils restent pour elle encore loin de la vérité , parce qu'au lieu de lui présenter le spectacle de cette opposition et de rharmonîe qui y succède dans la na-

220 DE l'art CLASSlQUl:.

ture divine , ils ont pour base l'harmonie insAtérdi^jifij au sein de Findividualité libre qui reste d'accord avec elle-oiême. Us conservent ce repos dans Texi^eoce actuelle f ce bonheur , cette sati^acti<;tfi int^e et cette grandeur puisés en soi-même , la sérénité et la félicité éterneJUies qi^i , même dans le malheur et.^sQuffirance^ ne perdent pas le privilège diç la liberté et <^e Tii^ pendance. L'art classique n'a pas creusé juMu'à .cette opposition qui est l'essence de rj^>solM. Il ne pe^ ni en dévoiler les profondeurs , ni en rétab^ l'harmonie. Mais 9 par là même aussi i^ ne connaît pas non plus toute cette autre face du monde moral qui s'y rapporte nécessairement , la révolte de l'homme et de sa volonté contre l'curdre et le bien abspjlj^^ , le mal et le péché , ainsi qu^e cette faculté de se retjfef , <Je se concentrer en soi-même , le remorci^ et les di^ireme^its de l'ame , l'abandon et la mélancoUe, çn l^énéral , tout f:e qui se rattache ai; 4<¥39j|û[^6 Âflf Q^ principe de la division qui engendre s^us^i le laid, ifi hideux, le reppussant^ souf le rapport physique ^i moral. LVt classique ne dépasse pas le siqt^ie domaii|0 du véritable idéal,

IL Quant à la réalisation d^e l'art classique daas l'histoire, il est à peine nécessaire d^ dire que c'est chez les Grecs que nous devons la chercher. I^ beauté classique y avep les idée^ et Igs formes d'une richesse infinie qui cpmposeni son domaine, a été donnée en partage au peuple gr^c , et nous devons

rendre hommage à »ee peuple, pour avoir élevé Tart à sa plus lia«rte vhaflité. Les Grecs , à ne considérer leur histoire que parle côté extérieur , vivaient dans rbesréirx milieu où la liberté personnelle se renomtpe avec VûWpite des moeurs publiques, fis n'élàiisnt pas «Mbàlnés dans l'unité immobile de TO- TMBt, iqfm a poBr con8éé[uence le despotisme f^eligieux et politi(|âe^ où 4a personnalité de rindividû s'absorbe et s'aaéatiUt 'daïis mie substance universelle , et n'a ^ès-'lors aucun droit ïA aucun caractère moral. Ils ii'allèi^SBt pa^tioti pltis jusqu'^à ce ïnoment où l'homme ^ ofmcentitk en lui^mêm^ , se sépare de la société et 4u flffmde ^uî l'environne , pouf vivre retiré en soi, et ne pat^^t à rattacher sa conduite à des priiieipe6 invariàhl^ et Vrais , qu'en se tournant vers %iï mondé pifrement spirituel. Mais dans ta vie momie dil pëHf^e grec , l'individu était , il est vrai , indépendant et Hbre , sans cependant pouvoir s'isoler des inténèU généraux de l'Ëtat , ni séparer sa liberté de celle de la ^ité doM il faisait partie. Le sentiment de l'ordre général) comme base de la moralité ^ et celui delà liberté pentdUnelle , restent^ conforHoément au princi|}e de la vie grecque, dans une inaltérable harmonie^ A l'épdqiliii dû ce principe régna dans toute sa pureté , r^pj^ositiôn de la Idi politique et de la loi morale révélée ]pdr la conscience individuelle , ne s'était pas encore riiâfaifestèe. Les citoyens étaient encore pénétrés de l'esprit qui faisait te Tond des mœurs publiofûes. Ils ne chérdiâierit leur propre

228 DE l'art classique.

liberté que dans le triomphe de l'iûtérêt générât»

Le sentiment de cette heureuse harmonie perce à

travers toutes les productions dans lesquels là liberté

grecque a pris conscience d'eUe-mème , et s'est révélé

sa propre essence. Âussi^ cette époque du dévelop^

pement de l'humanité est le milieu dans lequel la

beauté prend véritablement naissance et commence

à étendre son empire plein de sérénité. C'est le milieu

de la vitalité libre qui n'est pas ici seulement un

produit immédiat de la nature , mais une création de

Tesprit et , à ce titre , lest manifestée p^ Tart : mé*-

lange de réflexion et de spontanéité , où Tindivida ne

s'isole pas , mais aussi ne peut rattacher soix nésmt ^

ses souffrances et sa destinée à un principe plus élevée

et ne sait rétablir l'harmonie en lui-même. Ce moment^

comme la vie humaine en général , ne fut qu'une

transition ; mais , dans cet instant si court ^ l'art at<>

teignit le point culminant de la beauté , sous la forme

de l'individualité plastique. Son développi^nent fut

si riche et si plein de génie ^ que toutes les couleurs^

tous les tons y sont rassemblés ; eq même temps >

tout ce qui avait paru dans le passé y trcmyerà sa

place , non plus ^ il est vrai , comtfie absirfu et; inc^

pendant , mais comme éléments accessoires et subal-»

ternes. Par là aussi , le peuple grec s'est révélé à hii-*

même son propre esprit y d'une manière sensible et

visible , dans ses dieux. Il leur a donné dans l'art

une forme parfaitement d'accord avec les idées qu'ils

représentent. Grâce à cet accwd parfait, qui règne

aussi bien âans l'art que dans là mythologie gi*ecque , celui-ci a été, en Grèce, la plus haute expression de Tabsolu , et la religion grecque est la religion même de l'art, tandis qu'à une époque ultérieure, Tart romantique , quoiqu'il soit aussi véritablement l'art , trahit cependant une autre forme de la pensée , trop haute pour que l'art puisse la représenter.

III. Nous avons dit que ce qui constitue le fond de l'art classique , c'est l'individualité libre, et, d'un autre côté , nous avons exigé la même liberté dans la forïne. Il en résulte comme conséquence , que la fusion parfaite des deux éléments, quoiqu'elle doive paraître immédiatement aux sens, ne peut cependant ressembler à l'unité d'une production de la nature. Elte doit se manifester comme une combiuaisoii artificielte, comme l'œuvre d'un esprit libre et qui a conscteiiee de son travail. L'art classique, libre dans son tond et dans sa formiC, ne peut sortir que de Factirité libre die l'esprit individuel qui a une coascienoe ckive de lui-m^me» Dès-lors , l'artiste est dans une position différente de celle qu'il occupait dans les temps aYitérieurs. En effet , son œuvre est la création d'un homme qui se possède , qui non-s^ilement sait ce qu'il veut , mais peut ce qu'il veut, qui , par conséquent , sous le rapport de l'idée qu'il songe à représenter, n'a rien de vague et d'obscur dans la pensée, et , quant à l'exécution , ne • retrouve arrêté par aucune difficulté technique.

230 DK l'aht classique.

Si on examine d'une nnanièr^ plus ai4>rqfoiidie cette position nouvelle de Tartiste , on trouve que sa liberté se manifeste y en effet , ^us plusieurs^ points, d^ vue :

i* Sous le rapport du fond^ il n'est pas obligé de le chercher avec cette agitation inquiète qui carac' térise Timagination dans Fart symlK>lique^ Dans Tare symbolique , Fesprit ne peut venir à bout de s'expliquer clairement l'idée qu'il veut représenter. Cette idée, d'ailleurs, est encore élémentaire; c'est l'absolu tantôt sous la forme physique ^ tantôt sous celle de l'être univa'sel dans son, unité abstraite; ou bien encore, la loi du rei^ouveUemeiit des êtres, les diverses phases de la naissance , de la mort et de la renaissance. La juste appréciation des ohoses esC un fruit plus tardif, de la raison. Aussi tes représentations de l'art symbolique qui devaient être des mauifestations de l'idée restent encote dès énigmes et d^ problêmes. Elles témoignent seulement de l'effort de la pensée, pour atteindre à la clarté , de l'ardiçur avec laquel^^ l'e^prîst chevctie .sans repos ni relâche, et ne pouva&t trpuver^ ii^vestev 1^- Qf>po« si/tÎQn avec cet obscur tât^nn^meai, l'artisie classique trpuve son idée toute. pr/^(«. Elle s'c^iïe à son imagina;ipii déjà, déternûoée dans son: caractère essentiel, comme dogme, croyancQtgénérale , ou comme événe^ ment historiq;ae. recueilli et déveleppépar les. chants populaires et par la tradition. Maintenant , l'artiste conserve sa liberté vis-à-vis de cette matière qui s'offre indépendante de lui ; sa pensée se dégage de

ce iravatl' incessant de création et d'enfantement génial des esprits. I! rie se contente point d'aspirer vaguement avec la foule à des conceptions plus pures et plus idéales. Seulement, un sujet lui est oflTert, qu'il accepte et qu'il reproduit librement de lui-mêifaë. Les artistes grecs recevaient leurs sujets de la religion populaire dans laquelle avaient déjà commencé à se transformer les éléments transmis par l'Orient à la Grèce. Phidias emprunta son Jupiter à Horiière , et les tragiques eux-mêmes n*inventèrent rien de ce (|ui touchait véritablement au fond du drame. De même , les artistes chrétiens , Dante , Raphaël;, n*ont fait que mettre en œuvre ce qui leur était déjà donné dans lès croyances et les idées religieuses. On peut eh dire autant , il est' vrai , sous un rapport , de l'art du sublimé , mais avec cette différence que là dépendance absolue de l'artiste , visà-vis dé l'être suprême , ne lui perniet pas de prendre possession de ses droits et ne lui laisse en rien le choix libre dans la représentation. La forme compaï^atîtede Tart, au contraire, a son point de départ dans le choix de l'idée, aussi bien que de l'image employée; mais ce choix reste abandonné à la volonté arbitrafare du sujet et, le fond manquant de l'individualité substantielle qui constitue l'essence de l'art classtqùe, le rtrêhie défaut doit se retrouver dans l'artiste.

2* Maïs plus lé fond (pie Tartiste emprunte à la croyance populaire , aux ré<;îts et aux traditions est

232 DE l'akt classique.

déterminé et indépendant de son iuoagination , plus son activité se concentre sur la forme ex.térîeure qui convient à un tel sujet. Tandis que Fart symbolique s'épuise vainement à essayer mille formes diverses , sans pouvoir rencontrer celle qui est véritablement convenable, etquerimaginaiion, sans mesure ni règle fixe, s'agite en tous sens pour adapter à une idée vague des images qui y restent toujours étrangères , Tardste classique s'enferme dans son sujet dont il sait respecter les limites. En effet avec le fond , la forme est déterminée par le fond même auquel elle doit s'appliquer parfaitement , de sorte que l'artiste paraît seulement exécuter ce qui était déjà tcmt préparé et donné par l'idée même. Si, par conséquent, dans l'art symbolique , l'artiste s'eiforce de façonner la forme pour ridée et réciproquement , Fartiste classique travaille réellement le fond même , lorsqu'il le dégage des accessoires qui ne lui conviennent pas et qai sont mêlés aux matériaux primitifs.

Mais., quoique dans ce trayail rien ne soit abandonné à l'arbitraire et au caprice , l'artiste ne se eon-* tente pas, d'imiter ; il ne s'arrête pas non plus à un type immobile , mais il perfectionne le tout. L'art , qui en est encore à chercher et à trouver son véritable fond , néglige plus ou moins la forme ; mai$ là où le perfectionnement de la forme constitue l'intérêt essentiel et le véritable but , avec le progrès de la représentation , le fond aussi se perfectionne insensiblement. C'est ainsi que nous avons vu , en général , le fond et

DU CLASSIQUE EN GÉNÂlftAL. 383

la forme se donner constamment la main dans leui?

progrès simultané.

Telle est la manière dont Tartiste classique met en œuvre les éléments qu'il emprunte à un monde reli* gieux déjà existant , les sujets traditionels et les représentations mythologiques , et les développe libre-^ ment dans toute la sérénité de Tinspiratioa.

S'* Il en est de même de l'élément ledinique^ L'artiste doit le trouver déjà tout préparé. Les matériaux sensibles doivent avoir dépouillé toute àpreté rebdile et indocile et se plier faoilenient aux, intentions d& l'artiste, afin que, conformément à la nature du classique, le fond puisse apparaître libre et sans contrainte à travers cette enveloppe matérielle.. A l'ai^t classique appartient dope déjà uii plus haut degré d'habileté technique capable de s'assujétir la matière docile à la main de l'ouvrier. Une pareille perfection technique qui permet de réaliser immédiatement toutes les conceptions de l'esprit , suppose le perfec-. tionnement antérieur de$; moyens qu'exige la paictie mécanique de l'œuvre d'art , ce qui a lieu pri^cipalcn ment dans le sein d'une religion stationnaire.. U^e reUgion , comme celle de TEgypte , par exemple > ipvente certaines représents^tions extérieures déterminées ^ des idoles , des constructions colossales , dont le type reste immobile , et alors , à côté de l'identité des formes et des figures consacrées par l'usage , elle laisse une libre carrière à l'habileté mécanique qui va toujours croissant. Ce genre de progrès dans le do-

234 DE l'art GL4SSI0UE.

mâine du mauvais goût et du grotesque , doit s'être accompli , avant que le génie de là beauté classique dépkne lui-même Thabileté que réclame Texécution parfaite de ses œuvres ; car , c'est seulement lorsque l'art ne rencontre sur son chemin aucun obstacle matériel^ qu'il peut marcher librement à la perfection de la forme, condition essentiellement liée à son prc^rès en général.

Pour ce qui concerne maintenant la division de l'art classique y on a coutume d'appeler classique ^ dans une signification phis générale , tout ouvrage d'art parfait dans son genre, quel que soit d'ailleurs son caractère symbolique ou romantique. Nous avons sans doute aussi employé ce terme dans lé même sens de perfection dans l'art , mais avec cette différence : que la perfection doit ici consister dans la complète pénétration de l 'individualité libre et de la réalité extérieure qui la renferme et la manifeste. Nous distinguons ainsi expressément la forme classique de l'art et la perfection qui la caractérisé , de la forme symbofique ou romantique dont la beauté est toute différente.

Si nous n'avons pas à nous occuper du classique dans le sens vague et indéterminé de ce nâot , nous devons également laisser de côté les formes particulières de l'art dans lesquelles l'art classique s'est développé > comme la sculpture , l'épopée , les divers genres de poésie lyrique , la tragédie et la comédie.

t>l3 OliiWSSlQUE SN GÉNÉRAL. 23S

Ces genres paiticuliors , quoiqu'ils portent toujours Tempreinte de Târt classique , ne peuvent ôtre traités que d^ns» la- troisième partie , dans Texposition des arts partîeuliers ; par conséquent, ce que nous avons à étudier ici spécialement', c^est Fart classique tel que nous. l'avons défini* Nous ne devons donc pas chercher la base de notre < division ailleurs que dans les degné^ d<^ déreloppement qui sortent de cette cc»iceptiiminémede Fidéaldâssique. Les moments e^entieis de Qû dévcloppi^aient sont les suivants :

h^: premier/ fmkX sur lequel nous devons diriger notre attention eet^ celui-ci : la fcmne classique de Tari n'^èst pas^ comme la ^ forme symbolique, Torigiioe^ le^oaummieemeat de Fart ; mais , au contraire ^ un résultat. x\ussi , nous avons fait voir coramMt elle sedévekippeà lasuite de Fart symbolique ^ son antécédailinéoessaire. Le point fondrattental qui constitue icritout le: progrès, c^est Favénemeot de la véritable per^onnaliléi qui , pour s'^iprimer , ne peut plus se seipvir! tUs simples . fermes: empruntées à la nature inorganique ou aasinalè^ ni de personnifications gros^. siéres., oè la forme hun»Hfieesti»êléé> aux formes pr黫 cédttnteB ^ mais «e: manifeste dans la vitalité du corps bwMtin animé/ et pénétré par Fesprit* Maintenant, c(mme.Fessence'de la- liberté consiste à ne devoir ce qu'elle est qu'à i eUe^m^me^ , ce ' qw ^ est apparu d'abord , en^dehors dé . Fart classique , comme ^inplé antéoédent et comme' condition de sa naissance, doit tomber dans son cercle propre^ afin que, par une

vicIfMre remportée sur tous les éiémente qui ne conviennent pas à l'idéal et s'o{^sent à lui , il se développe réellement sous la forme pure et véritable. Cette transformation successive, par laquelle la beauté classique , dans le fond comme dans la forme , s'etigéndrè d'elle-même , est donc le point d'où nous devons partir et qui fera l'objet d'un premier chapitre.

Dans le deuxième ^ après avoir franchi cet intervalle , nous aurons atteint au véritable idéal de l'art classique. Ce qui forme ici le point central c'est l'Olympe grec f le monde nouveau des dieux de la Grèce , ces belles créations de l'art. Nous aurons à les caractériser sous le double rapport de leur individualité spirituelle et de la forme corporelle qui lui est intimement ume.

Mab , en troisième lieu , dans l'idée de l'art classique , outre le développaient de la beauté par ellemême f est renfermé aussi le principe de sa destruction, qui doit nous conduire dans un monde plus vaste, à la forme romantique. Les dieux et les Itommes qui appartiennent à la beauté classique , par cela seul qu'ils sont nés , doivent passer. L'art retourne alors à la nature qu'il a laissée en arrière et dans le sdin de laquelle il s'est développé pour arriver à la beauté parfaite ; ou bien il attaque une réalité dépouillée du caractère divin , un monde corroiiipu et prosaïque , afin d'en faire ressortir la fausseté et le néant. Dans ce travail de décomposition , dont le côté artistique doit faire l'objet du troisième chapitre , les éléments

bu CLASSIQUE EN GÉNÉRAL. 237

dont l'harmonieuse fusion produisait la beauté classique, se séparent. L'élément intérieur et la réalité extérieure s'éloignent Tun de Tautre. Alors , la personnalité retirée en soi , ne sachant plus retrouver dans les formes qui lui sont offertes sa réalisation parfaite et son image , aspire à se satisfaire au sein d'un nouveau monde spirituel , celui de la liberté , de Tinfini , de l'absolu , et cherche autour d'elle de nouvelles formes d'expression qui répondent à cette idée plus {Mt>fonde«

298 DE l'art clàmiooe.

Page 1