‹ Cours d'esthétiqueChapitre 20 sur 47 · DÉVELOPPEKENT DE L^ART CLASSIQUE · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEKENT DE L^ART CLASSIQUE

une des feraies de la iialore apparaît comme un châtimeni , poor qudque faute plus ou moins grave , ou même pour un crime monstrueux. Une pareille eiîstenee est celle de Têtre séparé du principe divin; c'est le dernier terme de la souffrance , dans liequel rhomme ne peut se conserver comme homme. Aussi, oe se sont pas des transmigrations d'amesdans le sens égjptîen; car celles«oi sont des métamorphoses qui n'oot pas pour principe une faute et une punition. S» riiomme est changé en bête , c'est pour lui plutôt le pasaage à un état supérieur. Au reste, ces récit» ae forment null^aent un cercle complet de mythes , quelque nondMreux que soient les êtres de la nature dans lesquels l'homme rst métamorphosé.

Quelques aemples peuvent éclaircir ce que nous venons de dire :

Dans les mythes égyptiens , le loup joue un grand rêle ; c'est soufrcette forme , par exemple , qu'Osiris apparaît -eomme le protecteur et le défenseur de son fib Horus , dans le combat qu'il livre à Typhon ; il est représenté de même dans une série de monnaies ^lyptieMies ou il est toujours placé à côté de Horus. En général , le rapprochement du loup et du dieu du .soleil est très-anci^. Dans les métamorphoses d'O* vide , au contraire , le changement de Lycaon en loup est représenté comme la punition d'une impiété en* vers les dieux. Le poète raconte ^ i qu'après la défaite

' Métam. 1 150-243.

250 M l'art CLASSI4W*

d0s Tkans » et lor«}ii'îl& euroil élè crawvelk som des monte entassés y la terre , enoverle éa sailg -ée ses enfante 9 conçut «ne chalear féconde, sonree xle vie pour d'autres êtres à qui elle donna te> figure humaine , afin qu'ils oonserVaiaenl; quelques traces de leur origine. Ma» oMe raoe aussi mépriaa les dieux, fut avide de meurtre el de vwkmce:^ Alors Jupiter convoqua rassemblée des dieux , pou»' détruire cette race mcurtelle. Il raeente eomment lui ^ le KKdtre du tonnerre et le souverain des diel» , il m4^ en btttteaux pièges de Lyeaon. r Le bruit des crimes de ce siècle ayaat frappé mon omlle , j'a^Mquitté lesomm^ de TOlympe pour descendre en Ai^ca* die. J'ann<»iQai, par des signes certains' , la pfé* scBce d'un dieu. Le peuple comnieDçait à prier. Lycaon rit d'abord de ces pieuses invocations* Bientôt , dit-il f une épreuve non équivoque m'apprendra si c'est un dieu ou unoMirtel. La vérité ne sera pas douteuse. La nuit, pendant moMiseniill^^ il s*appràteà me surprendre et à me donner ia nàlrt; voilà par quelle épœuve il Int^ plut dé s'aMÛrer delà vérifié. Mai6 c'était encore trop peu^ un Otage lui avait ébé envoyé du pays des Molosses ;< il Fégorge avec un po^^oard et fait bouiilir une partie des membres encore palpitante , et rôlnr le reste dans 9 un brasier ardent. Ces horriMes mets s«)nt portés n sur sa table. Armé d'une ikamme vengeresse' je » réduis à l'instant son palais en cendres. Il fuit » é(>ouvanlé; parvenu dans la plaine silencieuse, il

DÉVELOPPEM£NT DE l'aRT CLASSIQUE. 254

9 pou8iS6 des huf lemêBls ; mais il s'effièrce en vato de » parler. Il trouve e» lui-même Taiguillon de sa rage^ 9 $a aeif habîtoeUe du meurtre se tourne contre les

V troupeau'^ ; maintenant encore il se plaU dans le

V sang. Ses vètem^^ts se changent en longues soîes , » et ses bras deviennent des jambes. Métamorphosé » en loup^yil (>0Bser.vQ Icis vestig/as de son. ancienne 9 tome. V

L'hi^oire de Procné ebangiàe en hirondelle , re^ présente autssî lo châymenl d'un acte de cruauté ^. D'autres métamorphoses, au contraire, ont pour [»riacipe des fautes j^s légères^ Cycnus, par exemple, est diangé en: cygne , et Daphné , robjet ée& premières amours d'ÂpoHo» ^, est métamorphosée en laurier ; Clytie , en hétiotrope. Narcîs$e , épris de lui-mômo et qui méprise les femmes , est changé en fleur , et Bibtis ^ qui aimait son frère Gaunus,. lorsqu'elle vient à rougir de sa passion , est méfiaoçiorpJbosée en fontaine q»i porte encore son nom et coi&le' sousiu» chêne d'un épais; feuillage.

C^)endant , pour ne pm nous perdre dans les dé-tails , aous nous contenterocis de raoooter encore la métamorphose dis Piérides , ou filles die Piérus ^, qui ^ selon: le récit d'Ovide , portèrent un dé£i aux Muses» Pourmius, il mru» impute seujemenfcde distinguer ce

' Métam. VI , v. 440-670.

" Métam. I , V. 451-567.

Métam. IX , V. «6i-66i.

Métam. V, 302.

que chantaient les Piérides et les Muses. Les premières oélâ)rèrent les combats des dieux et donnèrent de fausses louanges aux géants; elles rabaissèrent les actions des grands dieux : Typhéc , sorti des profondeurs de la terre, répand la terreur parmi les habitants du ciel ; ceux-ci s'enfuient de TOlympe , jusqu'à ce que , fatigués , ils trouvent un asyle dans la terre d'Egypte ; mais ici encore , continuent les Piérides , ils furent poursuivis par Typhée, et les grands dieux, pour lui échapper , se cachèrent sous des formes trompeuses. Jupiter se fit pasteur de troupeaux ; de là vient que le Jupitar Ammon de Lybie est encore représenté maintenant avec des cornes de bélier. Le dieu de Délos se changea en corbeau , le fils de Sémélé en bouc , la soeur de Phœbus en chatte , Junon en vache blanche comme fa neige. Vénus se cacha dans un poisson , et Mercure sous les plumes de l'ibis.

Ici donc , on fait honte aux dieux de la forme animale. Quoique leur métamorphose ne soit pas la punition d'une faute ou d'un crime et qu'elle soit volontaire , elle a pour principe la lâcheté. Oalliope , au contraire, chante les lûenfaits et l'histoire de Gérés. « Gérés , dit -elle , pour la première fois , a creusé la f plaineavec le tranchant recourbé de la charrue. La » première ellecouvrit les campagnes de moissons et de » fruits ; la première, ell^ donna des lois ; nous sommes V tous un présent de Gérés. Je dois la louer , mais » comment puis-je trouver des chants dignes d'elle. » Gertes, une pareilledécsse mérite bien des chants. »

DÉVCLOPPEMENT DE l'aRT CLASSIQUE. 253

— Lorsqu'elle eut fini , les Piérides s'adjugèrent la vieloire. Mais aussitôt qu'elles cherchent à parler^ et veulent porter sur les Muses, en poussant un grand cri , leurs insolentes mains , elles voient leurs ongles s'allonger en plumes, leurs bras se couvrir de duvet. Chacune voit la bouche de l'autre croître en un long

bec 9 et pendantqu'elles veulent se plaindre , elles sont emportées sur leurs ailes mobiles ; elles planent dans les airs, remplissant les bois de leurs voix criardes : elles sont changées en pies , et encore maintenant , lyoute Ovide , elles conservent leur ancienne loquacité, leur babil désagréable , et un plaisir infini à bavarder.

Nous voyons donc encore ici la métamorphose présentée ccmime un châtiment ; il y a plus , comme la punition d'une impiété envers les dieux.

Pour ce qui concerne d'autres métamorphoses, d'ailleurs bien connues , dans lesquelles les hommes et les dieux sont changés en animaux , leur principe n'est pas j il est vrai , une faute directe de la part des p^'sonnages métamorphosés. Circé, par exemple, avait le pouvoir de- transformer les hommes en animaux ; mak rétat animal paraît alors au moins comme un malheur et une dégradation qui ne font pas du reste plus d'honneur à celui qui s'est proposé pour but cette métamorphose. Circé était une divinité subalterne et obscure. Sa puissance apparaît comme simplement magique, et Mercure protège

254 HE l'a^t classhuie.

Ulysse, lorsque celui-ci cherche à s'ârffiratichir deâ enchantements de la magicienne. 11 en est de mètae des (fiff&rentes formes i)ue prend Jupiter , lorsqu'il se change en taureau pour surprendre Europe, en cygne, pour s'approcher de Léda , et en pluie d*or , pour descendre dans la prison de Danaé. C'est toujours dans le but de tromper , dans des intentions grossières , immorales , pour satisfaire une passion de la nature sensuelle , ce qui lui attire la jalousie bien fondée de Junon. La représentation du principe générateur de la nature, qui, dans les anciennes mythologies, constituait le fond principal des représentations religieuses, est ici changée par Timagination poétique en une série d'histoires particulières , on le père des dieut et des hommes joue un rôle peu édifiant ; n^is aussi ^ il n'accomplit ces actions , pour la plupart , ni sous sa forme propre , ni sous la forme humaine , mais sous ctlle des animaux ou d'antres objets de la nature.

Ici , enfin , se rattachent à ce qui précède , ees formes mittes , ces mélanges de (a forme animale et de là forme humaine, qui ne sont pits non plus en*tièrement bannis àe Tart grec. Cependant, ranimatité n'y est admise que comme une dégradation , comme quelque chose d'inférieur à l'esprit. Chez les Egyptiens, par exemple , le bouc Mondes est vénéré conmie dieu * ; il représente le principe générateur de la nature, et principalement le soleil. Chez les Grecs, an

» Hérod. II , 46. ( Voy. Creuzer. Symbolique , 1 , 477. )

DÉVELOPPEIIBNT M l'aRT CLASSIQUE. 255

oûotraÎM , Pan représeivte la lerreur que doit inspirer }a présence diiâBe ; el , plus tard , dans les Faunes , fes Satyres, les Pans, la forme du bouc devient seulement aceessoire; elle se relire dans les pieds. Dans les plus belles eeprésenla^ons de ce genre , on ne voit plus apfnrattre que de petites oreilles et de petites cornes ; le reste appartient à la forme humaine,; Fanimalilé est réduije à n'occuper qu'une petite place , et , eepâadant , les Faunes , chez les Grecs, n'avaient pas le rang de grande dieux et de puissances morales. Leur earaotère était cehjî d'une gatté libre et licencieuse. Ils scNDit , il est vrai , quelquefois représailles avec une expKS^n plus profonde , comme, par exemple , le beau Faune qui est à Munich , et qui tient le jeune Bacchus dans ses bras , en regardant Tenfant avec un sourire plein d'amour et de charme. Il ne doit pas être le père de Bacchus , mais seulement son père nourricier , et c'est à ce titre qu'on lui attribue ce beau sentiment de tendresse et de joie que lui inspire l'innocence de l'enfant. C'est ce sentiment qui devient l'amour maternel de la Vierge dans l'art romantique, et qui preiid alors un caractère si élevé et si spirituel ; mais chez les Grecs cet amour , avec son charme ineffable , appartient encore au cercle inférieur des Faunes, pour désigner qu'il a sa source dans la nature animale et sensible , et qu'il doit , par conséquent , être rapporté à cette sphère des affections humaines.

Il faut ranger parmi ces formes mixtes les Centaures , dans lesquels le côté de la nature et l'élément

256 0£ l'art CLASSIQfUE.

sensible , passionné , dominent où le côté spirituel se laisse effacer. Chiron seulement présente un caractère plus noble , il est un médecin habile et le précepteur d'Achille; mais ces fonctions subalternes de pédagogue Tempèchent d'^partenir au carcle des dieux ; elles ne s'élèvent pas au-dessus de Thalnl^ et de la sag^se humées.

De cette manière, le caraetàre que présente la forme animale de Fart classique , se trouve changé sous tous les rapports. Elle est employée pour désigner le mal , ce qui est mauvais en soi et méprisable, les forces de la nature inférieures à l'esprit ; tandis qu'ailleurs, elle était Teiqiiression du bien et de l'absolu.

Page 1