CHAPITRE DEUXIÈME
DE l'idéal de l'art CLASSIQUE.
Lorsque nous avons étudié, d'une mânî^e générale , l'idée du beau dans Tar t * , nous avons yv quelle est Fessence yropre de Tidéal. kî nous devons employer ce terme dans le sens spécial de Tidéai doêsique. En traitant de la forme classique de Tart, nous av(His dû nous en former déjà une idée; car ridéal dont nous avons à parler , n'est autre chose que l'art classique parvenu à son plus haut point de p^fectiorf. Ici, ce qui fait le fond de la représentation, c'estresprit, mais l'espritquifaîtrehtrer dans son propre domaine la nature et ses forces , qui , au lieu de se séparer d'elle et de se retirer en lui*mème, se manifeste sous la forme et par les actions humaines. Présent au sein de la réalité sensible , elle n'est plus pour lui simplement une image symbolique; il la
' Première partie.
DE l'idéal IHC« l'art CLASSIQUE. 297
pénètre et la spiritualise au point qu'elle apparaît comme l'existence visible de l'esprit lui-même.
Les idées qui ISfrioeat Vohîit^de o& ehs^ptore, » coordonnent de la manière suivante.
Nous avons d'abord à considérer le caractère général de l'idéal classique , dont la nature humaine constitue à-la-fois le fond et la forme , et qui combine les deux él^ents dans une parfaite harmonie.
Mais y m second lieu , comme le principe qui fait le fond de la nature hiunaiae s'absorbe ici dans la forme corporelle et s'identifie avec la manifestation sensible, il se développe sous une forme déterminée. L'idéal s'offre à nous par là avec un caractère |»arftcu2i€r, et lions avons dès-lors un oercle de divinités particulières et de puissances qui représentent les diffé^ rentes faces de la vie humaine.
En troisième lieu y ce caractère ne reste pas dans sa simplicité abstraite , comme constituant le fond et le principe unique des représentations de l'art; il se développe en même temps par tin ensemble de qualités réunies et harmonisées dans l'unité individuelh. Sans cette richesse d'attributs distinctifs, les divinités , malgré leur caractère particulier y seraient des existences froides et vides. La. vitalité leur échappe* rait, condition qui ne peut cependant manquer à l'idéaL
C'est sous ce triple point de vue de son caractère général, particulier et individuel y que nous allons étudier l'idéal de Fart classique.
^86 D£ l'art classique.
■• 9e rMMtol de rart tUmtn^tme en «Cteéral.
Nous ayons déjà touché plus haut les questions relatives à Forigine des dieux grecs , en tant quHls constituent, à proprenîent parler, le centre de la représentation idéale , et nous avons vu quHIs appartiennent à la tradition modifiée par l'art. Cette transformation ne pouvait s'accomplir que par une double dégradation : d'abord , par celle des puissances générales de la nature et de leur personnification; ensuite , par celle du règne animal , des idées et des formes symboliques qui lui étaient empruntées. La religion et l'art sont arrivés ainsi à prendre l'esprit comme le véritable fond , et la forme humaine comme la véritable forme de leurs représentations.
I. Comme Tidéal classique ne parvient à se réaliser que par cette transformation que subissent les éléments antérieurs, le premier point à développer consiste à faire voir qu'il est bîeii sorti de Tactivité créatrice de l'esprit ; que , par conséquent , il a trouvé son origine dans la pensée la plus intime et la plus personnelle du poète et de l'artiste; en un mot , que la conscience de ceux-ci était aussi claire que leur imagination était libre, et qu'ils ont travaillé dans le but réfléchi de produire une œuvre artistique. C'est ce qui semble contredit par ce fait, que la my-
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ihûlogie grûoque s'appuie sor d'andennes tracUUcMiS , et se rattache aux doctrines religieuses des peuples étrangers, et en particulier à celles de l'Orient. Hérodote , par exemple , après avoir dit y dans un passage précédemment cité , qu'Homère et Hésiode ont inventé les dieux de la Grèce, montre néanmoins, dans un autre endroit, ces mêmes dieux dans un rapport étroit avec ceux de l'Egypte. Car, dans le second livre S îl raconte positivement que Mélampe avait apporté aux Hellènes le nom-de Baccfaus ( Avùw^êf ); qu'il avait introduit le culte du phallus et toutes les cérémonies des sacrifices, avec quelques différences, il est vrai , parce que Mélampe avait appris le culte de Bacchus de Cadmus le Tyrien et des Phéniciens qui vinrent avec Cadmus s'établir dans la Béotie. Ces récits contradictoires ont , dans ces derniers temps, pris de rintérét, principal^nent par suite des travaux de Creuzer qui cherche à retrou-* ver dans Homère , par exemple , les traces des an* ciens mystères et tous les nombreux affluents dont s'est formé le fleuve de la mythologie grecque : les éléments asiatiques, pélagiques, dodonéens, indiens^ égyptiens , orphiques , etc. , à côté des fables infiniment variées qui présentent un caractère indigène ^ et portent la couleur dés influences et des particu*larités locales. Si l'on admet toutes ces origines étrangères, il implique contradiction, sans doute, au
> Ch. 49,
300 DE l'art CLÀSSIQI^fi.
{Nremièr coup d'oeil , qu'Hésiode et Itonère aient pa donner aux dieux leurs noms et leur forme. Mais ces deux choses , la tradition et Tinvention poétique , se laissent très*bien concilia. La tradition est la donnée première , le point de départ : elle fourait bien des matériaux; mais elle n'apporte pas avec elle Tidée que chaque dieu doit représenter et sa forme vraie. Cette idée , les grands poètes la tirèrent de leur génie propre , et ils trouvèrent aussi, dans le libre exercice de leur imagination , la ^véritable forme qui lui convenait. Par là, ils sont devenus, en effet, les créateurs de la mythologie que nous admirons dans Tart grec.
Cependant, les dieux grecs n'en sont pas pour cela davantage , soit une invention poétique purement personnelle , soit une création artificielle. Ils ont leur racine dans Tesprit et les croyances du peuple grec y dans les fondements de la religion nationale ; ce sont les forces et les puissances absolues , ce qu'il y a de plus élevé dans Timagination grecque , l'essence du bien en général , inspirés au poète par la Muse elle-même.
Avec cette faculté de libre création , l'artiste prend maintenant une position tout autre que celle qu'il avait en Orient. Les poètes et les sages indiens ont aussi pour point de départ des données premières , les éléments de la nature, le del, les animaux, les fleuves, etc. , ou la conception abstraite de Brahman , d'un être sans forme et sans attributs. Mais leur inspiration est Tanéanlissement même de la personnalité. L'esprit se
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pôrd à vouloir représenter des idées aussi étrangères à sa nature intime , tandis que l'imagination , dans Fabsence de règle et de mesure , incapable de se diriger ^ se laisse aller à des conceptions qui n'ont ni le caractère de la liberté , ni celui de la beautés II en est cOBQime d'un architecte obligé de s'accommoder d'un sol inégal , sur lequel s'élèvent de vieux débris , de» murs à. moitié renversés , des collines et des rochers ; gêné par tous ces obstacles , forcé en outre de subordonner son plan à des fins particuli^es ^ il ne peut élever que dés constructions irrégulières ^ sans harmonie , et d'un aspect bizarre. Ce qu'il produit n'ei^ pas l'œuvre d'une imagination libre, créant d'après ses propres inspirations.
D'un autre côté , les poètes hébreux nous donnait les révélations que le Dieu leur a faites. Le Seigneur lui-même a parlé. Ici encore c'est une inspiration qui n'a pas conscience d'elle-même , qui ne s'appartient pas, qui n'émane pas de l'individualité de l'artiste et de l'activité créatrice de son esprit. C'est , du reste , le caractère général du sublime : Dieu , l'Eternel , en se révélant à la créature y ne se communique pas. Toujours une distance infinie les sépare.
Dans l'art classiqne , au contraire , les artistes et les poètes sont bien aussi prophètes et précepteurs. Ils annoncent et révèlent aux hommes ce qu'est Tab* solu et le principe divin;
Mais , d'abord , ce qui fait le fond de leurs dieux n'est pas une nature étrangère à l'esprit, ou l'abstrac-
302 hZ l'art CLASSIOUfi.
tion d'an dieu unique qui ne permet aucune repré* sentation sérieuse ot reste invisible. Ib empruntent leurs idées à Tesprit humain ^ à la vie humaine , k la substance la plus intime du oœur humain. Aussi , l'homme reste libre et se reeonnalt dans ses créations; car, ce qu'il produit au dehors, n'est que la plus belle manifestation de lui-même.
En second lieu , les artistes sont , par là même , d'autant plus poèiê$. Us façonnent à leur gré la ma* tière et J'idée de manière à en tirer des figures libres et wiginales. Sous ce rapport , les artistes grecs se «entrent de véritables poètes créateurs. Tous ces éléments hétérogènes ou étrangers y ils 1^ jettent dans le creuset de leur imagination; mats ils n'en font pas un bi;iarre mélange qui rappelle la chaudière des magiciennes. Tout ce qu'il y a de confus , de matériel y 4'iuipur y de grossier , de désordonné , se eoi^ume à la flamme de leur génie* De là sort une création pure et b^le y où se laissent entrevoir à p^ne les matières dont elle a été formée. Sous ce rai^rt , leur tâche «consistait à dépouiller la tradition de tout ce qu'il y avait en elle 4e grossier , de symbolique , de laid et de difforme , et ensuite à mettre en lumière Tidéë propre qu'ils voulaient individualiser et représenter sous une forme convenable. Gatte forme est la forme humaine , et elle n'est plus employée ici comme simple personnification des actions ou des aooidents de la viev^ll^^pP^^^t comme la ^ule réalité qui réponde à ridée. L-artiste trouve bien aussi ses images dans le
DE L'iDÉAt DE l\M CLAdSiQt^C 303
monde réel; mais il doit éii dTacep ce qu^elle^ offrent d'accidentel et de peu cùnrenêbie , avant qu'elle» paissent devenir propres à ex:primer Télément spiri^ tuel de la nature humaine , qui , saisi dans son es-* sence, sert à représenter les puissances éternelles et les dieux. Telle est la manière libre, quoique nulle-' ment arbitr^re, dont procède l'artiste dans la pro« duction de ses œuwes.
En troisième lieu, comme les dieux ne restent pas isolés dans leur existence indépendante , mais prennent une part active aux événements du monde et aux affaires humaines, la tâche des poètes consiste aussi à reconnattre la présence et Faction des dieux , dfins leur rapport avec les choses humaines , à si-* gnaler les phénomènes particuliers de la nature , les circonstances fatales de la destinée humaine , où les puissances divii^es interviennent , et, par là, ils doivent remplir en partie le rôle de prêtres et de devins. Nous autres modernes, au point de vue de notre prosaïque réflexion , nous expliquons les phénomènes de la nature par des lois et des forces générales , les actions des hommes par leurs vues personnelles et par les desseins dont ils poursuivent de propos délibéré l'exécution. Les poètes grecs, au contraire, voyaient partout le divin autour d'eux, et , en représentant tes actions humaines comme des actions divines, ils montraient par là les différents aspects sous lesquels les dieux révèlent leur puissance. En effet, un grand nombre de ces manifestations divines né sont autre
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chose que des actions humaines dans lesquelles interfient telle ou telle divinité. Si nous ouvrons les poèmes d'Homère y nous n'y trouvons [M^esque aucun événement important qui ne soit expliqué par la volonté ou rinfluence directe des dieux. Ces sortes d'interprétations sont la manièns de voir, ls( croyance , qui se forme d'elle-même dans Tin^agination du poète. Aussi, Homère les exprime souvent en son profM^ nom et ne les met<iu'en partie dans la bouche de ses personnages, prêtres ou héros. Au commencement de riUiade, par exemple, il a déjà lui-même expliqué la peste qui afflige le camp des Grecs ^ par le
courroux d'Apollon , irrité contre Agamemnon de ce
qu'il n'avait pas voulu rendre à Qirysès sa fille captive ; il fait ensuite plus loin ^ prédire aux Grecs le même fléau par Galchas.
Il en est de même du rédt de la 0koH d'Achille , dans te dernier chant de l'Odyssée. Les ombres des amants conduits par Hermès, dans la prairie où fleurit l'ai^hodèle , y rencontrent Achille et les autres héros qui ont combattu devant Troie , Agamemnon lui-*méme , qui leur raconte la mort du jeune héros. « Les Grecs Avaient combattu tout le jour ^. Lorsque Jupiter eut séparé les deux armées, ils portèrent le noble cwps sur les vaisseaux , le lavèrent et l'embau;
• I, V. M-IOÔ.
3 Odys8. XXIV, V. 41-65.
DE l'idéal de l'art CLASSIQUE. 305
tnërenten versant des larmes. Alors on entendit sortir du sein de la mer un bruit divin y et les Achéens elFrayés se seraient précipités vers leurs vaisseaux , si un vieillard, un homme, dont les années avaient mûri reipérience , dont Favis avait déjà bien des fois prévalu dans les conseils , ne les avait arrêtés. » Il leur explique le phénomène en leur disant : « C'est là f mère du héros qui vient du fond de FOcéan avec les » immortelles déesses de la mer pour recevoir le corps » de son fils. Â ces mots , la frayeur abandonne les 9 sages Achéens. n Dès-lors, en effet, il n'y eut plus pour eux rien d'étrange. Quelque chose d'humain, une mère , la mère éplorée du héros vient au-devant de lui. Elle a entendu leurs cris de douleur , elle a vu leurs larmes ; Achille est son fils ; elle mêle ses gémissements aux leurs. Puis Agamemnon , se tournant vers Achille, continue à décrire la douleur générale : « Autour de toi se tenaient les filles du » vieil Océan , poussant des cris de douleur. Elles » étendirent sur toi des vêtements parfumés d'am-
V broisie. Les Muses aussi , les neuf sœurs firent en- » tendre, chacune à leur tour, un beau chant dé
V deuil, et alors, il n'y eut pas un Argien qui pût 9 retenir ses larmes, tant le chant des Muses avait » ému tous les cœurs. »
Une autre apparition divine dans l'Odyssée m'a toujours vivement frappé sous le même rapport : « Ulysse * , jeté sur le rivage des Phéaciens , assiste
» Odyss. VIII, V. 439-200.
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à des jeux publics. Piqué des reproches que lui adresse Euryale, parce qu'il a refusé de prendre part au jeu du disque, il lui répond d'abord , en lui lançant ud regard sombre, par des paroles vives et amères^ puis il saisit un disque plus grand et plus lourd que les autres et le lance bien au-delà du but. Un des Phéaciens marque la place et s'é- (716 : I Un aveugle même pourrait voir la pierre ; elle 1 n'est pas confondue avec les autres, mais bien I au-delà. Dans ce combat, tu n'as pas à craindre « qu'aucun Phéacien alteigne aussi loin que toi, ou ■ te surpasse. > Ainsi parla le Phéacien, et Ulysse » l'infortuné , le divin Ulysse se réjouit d'avoir trouvé » dansccs jeux un homme bienveillant pour lui. «Or, ce mot , par lequel le Phéacien applaudit au succès d'Ulysse , Homère l'interprète comme une apparition de Minerve, la divinité amie et protectrice du héros.
II. Maintenant s'élève une autre ques>tioa : de quelle nature sont les créations que l'art classique enfante en suivant un pareil procédé? (juels sont les caractères des nouveaux dieux de l'art grec?
L'idée la plus générale que l'on puisse se former de leur nature nous est donnée par leur individualité concentrée, en tant qu'affranchie de la multiplicité des acddents , des actions et des circonstances pariculières de la vie humaine , elle se recueille en elle* aéme au foyer de son unilé simple.
En effet , ce que nous devons d'abord remarquer
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dans ees dieut , c'est leur indWidualité spirituelle et en même temps immuable et suhsianiielle. Loin do monde des apparences où règne la misère et le be^ soin ; loin de Tagitation et du trouble qui s^attaehent à la poursuite des intérêts humains, retirés en euxmétnes, ils s'appuient sur leur propre généralité comme sur une base éternelle ou ils trouvent ie repos et la sérénité.
Par là seulement les dieux apparaissent comme des puissances impérissables , dont Finaltérable majesté s'èlèTC au^lesstts des conditions de Texistence particulière; dégagés de tout contact avec ce qui est étranger ou extérieur , ils se manifestent uniquement dans leur nature immuable et leur indépendance absolue
Mais , d'un autre cêté , ces dieux ne sont pas de simples abstractions , des généralités spirituelles , et ce qu'on appelle des existences universelles purement idéales -, ce sont aussi de véritables individus , et à ce titre chacun d'eux apparaît comme un idéal qui possède en lui-même la réalité , la vie , par conséquent une nature déterminée, c'est-à-dire, comme e^rit^ un caraetère.
Sans earactâre , aucune individualité ne se manifeste. Sous ce rapport, comme il a été démontré phis haut , les dieux spirituels renferment , comme partie intégrante d'eux-même^, une puissance déterminée de la nature, avec laquelle se fond un principe moral également déterminé et qui assigne à chaque divinité
308 BE l'art classique.
un cMvle limité où doit se dé^ùy& son action exclusive. Les différents attributs, les traits distinctifs qui proviennent de cette particularisation , ramonés à l'unité constituent le caractère proi»« de chacun des dieux.
Néanmoins , dans le véritable idéal , ce caract^ iléterminé ne doit pas se resserra- au point d'être exclusif; il doit se maintenir dans une juste mesure et retourna à la généralité qui est l'essence de la nature divine. Ainsi , chaque dieu , en taut qu'il est en même temps une individualité déterminée et une existence générale , est , à-la-f(HS , la partie et le tout. 11 flotte dans un juste milieu entre la pure généralité et la simple particularité. C'est là ce qui donne au véritable idéal de l'art classique cette sécurité et ce calme infinis, une sérénité exempte de soucis, et une liberté qui ne rencontre aucun obstacle.
Maintenant , comme constituant la beauté dans l'art classique^ le caractère déterminé des dieux n'est pas en lui-même purement spirituel. 11 se révèle d'autant mieux bous une forme extérieure et corpordle qui s'adresse aux yeux, comme à Tesprit.
Du moment où cette beauté ne représente plus les formes de la natnre phyùque ou animale comme po'sonnifications de l'esprit , mais res[n-it lui-même ~ous sa forme adéquate , elle n'admet plus l'élément ymWigiM et ce qui a rapport simplement à la naure , si ce n'est dans ses aaiessoires. Son expression iropre est la forme humaine qui seule convient à
DE L^IDÉÀL DE l'aRT CLASSIQUE. 309
Tesprit, en tant que resjurit se manifeste en elle et la pénètre de toutes parts.
La beauté classique ne doit pas non plus affecter le caractère du mblime ; car Têtre universel qui ne se manifeste dans aucune existence particulière, qui ne peut s'incarner dans aucune forme individuelle , donne seul le spectacle du sublime. Or, la beauté classique fait entrer l'individualité spirituelle dans le sein de la réalité sensible. Elle natt d'une harmonieuse fusion de la forme extérieure et du principe intérieur qui ranime.
Aussi , pour cette raison même , la forme physique, aussi bien que le principe spirituel qui se développe en elle , doit paraître affranchie de tous les accidents qui tiennent à la vie extérieure , de toute dépendance de la nature , des misères inséparables de l'existence finie et passagère , de toute relation aux occupations matérielles. Elle doit être purifiée et anoblie de ma* nière à ce qu'il se manifeste entre les traits particuliers qui conviennent au caractère déterminé du dieu et les formes générales du corps humain , un \\hte accord , une harmonie parfaite. Tout trait de faiblesse et de dépendance a disparu , toute particularité arbitraire qui pourrait la souiller est effacée. Dans sa pureté sans tache , elle répond au prindpe spirituel et divin qui doit s'incarner en elle.
Mais maintenant, comme les dieux conservent, malgré leur caractère déterminé, leur caractère général et absolu , l'indépendance de l'esprit doit se
310 Bfi l'art classique.
révélei* , dans leur représentation , sous Tapparence du calme et d'une inaltérable sécurité*
Aussi , Toyons-nous dans la figure des dieux cette nobfesse et cette élévation qui annoncent en 6ux que, quoique revêtus d'une forme matérielle et sensible , ils n'ont rien de commun avec les besoins de l'existence, finie. L'existence absolue, si elle était pure, affranchie de toute détermination , conduirait au sublime ; mais dans l'idéal classique l'esprit se réalisant et se manifestant sous une forme Sensible qui est son image parfaite , ce qu'il y a de sublime se montre fondu dans sa beauté et comme ayant passé tout entier en elle. C'est là ce qui rend nécessaire dans la représentation des dieux l'expression de la grandeur et de la belle sublimité classiques.
Dans leur beauté ils apparaissent donc élevés au* dessus de leur propre existence corporelle, et par là se manifeste un désaccord entre la grandeur bienheureuse qui résidé dans leur spiritualité^, et leur beauté qui est extérieure et corporelle. L'esprit parait entièrement absori)é dans la forme sensible, et en même, temps plongé en Iui4nême en dehors d'elle. On dirait un dieu immortel sou^ des traits humains.
Sous ce rapport , les dieux grecs produisent , toute différence gardée , une impression semblable à celle que fit , la première fois, sur moi, le buste de Goëtkt par Raueh. Avez -vous vu ce front élevé, ce nez puissant qui annonce la domination, cet<£il iibre, ce menton arrondi, cette bouche expressive, cette pose
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de lêtè pleine de génie , ce regard lègèremenl oblique et dirigé vers le ciel, en môriie temps la foule de traits qui révèlent Thumanité sensible et bienveillante , les muscles fortement dessinés du front et de la face qui expriment rénergie du sentiment et des passions, et, au milieu de cette vitalité, le repos, le calme, la sérénité du vieillard? Vous avez remarqué aussi ces lèvres molles qui retombent sur une bouche dégarnie de dents , le relâchenient des chairs du cou et des joues , ce qui fait ressortir encore mieux les proportions imposantes du nez et du front. La puissance et la majesté de cette figure, dont les traits principaux concourent à exprimer quelque chose d'immuable , apparaissent jusque dans les ornements qui tombent négligemment à la manière orientale. — Vous avez ici Timage de Tesprii qui apparaît dans toute sa grandeur et son impérissable essence sous le masque et entouré des attributs de la forme mortelle, et qui , n'attendant que le moment de laisser tomber ces enveloppes , les laisse librement flotter autour de lui.
C'est de la môme manière que les dieux apparaissent élevés, par leur liberté et leur calme spirituel, au-dessus de leur existence corporelle ; de sorte que leur corps et leurs membres , malgré leur beauté et leur perfection , semblent être pour eux un appendice superflu; et cependant, cette forme tout entière est vivante et animée. Elle est identifiée avec leur nature spirituelle; elle en est inséparable. La distinction, entre ce qui est libre et fort et ce qui est faible
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n'existe pas. L'esprit ne se dérobe pas au corps, ne. le dépasse pas. Tous deux forment une indestructible harmonie qui permet à resfNrit , dans son ind^odance absolue, de conserver une merveilleuse sérénité.
Néanmoins, comme la contradiction signalée plus haut entre l'esprit et la forme matérielle existe réellement, quoiqu'elle n'apparaisse pas comme une opposition manifeste, ce tout harmonieux dans son indivisible unité recèle un principe de destruction qui s'y trouve déjà exprimé. C'est là ce souffle de tristesse au milieu de la grandeur , que des hommes pleins de sagacité ont ressenti «n présence des images des dieux anciens , malgré leur beauté parfaite et le charme répandu autour d'eux. Dans leur calme et leur sérénité ils ne peuvent pas se laisser aller à la joie, à la jouissance, ni à ce qu'on appelle la satisfaction en particulier. Le calme éternel ne doit pas descendre jusqu'au rire et au gracieux qu'engendre le contentement de soi-même. La satisfaction proprement dite est le sentiment qui naît de l'accord parfait de notre ame avec sa situation présente, soit que nous devions celle-ci à la fortune , soit que nous n'en soyons redevables qu'à nous-mêmes. Napoléon , par exemple , n'a jamais exprimé plus profondément sa satisfaction que quand il lui était arrivé quelque chose dont tout le monde était mécontent ; car la véritable satisfaction n'est autre chose que l'approbation intérieure que l'individu se donne à lui-mênie, à ses ae-
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(ions ou à ses efforts personnels. Son dernier degré est ce sentimen't bourgeois de contentement que tout honame ordinaire peut éprouver. Or , ce sentiment et son expression ne peuvent convenir aux dieux immortels de Tart classique. La beauté libre et parfaite ne peut se contenter de cet accord avec une existence déterminée et finie ; son individualité , au moral et au physique , bien qu'elle ait un caractère propre et déterminé, ne se retrouve véritablement que comme puissance universelle , comme esprit libre et absolu. — C'est ce caractère de généralité dans les dieux grecs que Ton a voulu exprimer par ^ce qu'on appelle le froid. Cependant , ces figures ne sont froides que par rapport à la vivacité du sentiment moderne ; considérées en elles-mêmes , elles ont La chaleur et la vie. La paix divine qui se reflète dans la forme corporelle vient de ce qu'elles se séparent du fini; elle vient de leur indifférence pour tout ce qui est mortel et passager. C'est un adieu sans tristesse et sans effort , mais un adieu à la terre et à ce monde périssable» C'est ainsi que l'esprit contemple d'un œil indifférent et tranquille la mort , le tombeau , la destruction , l'existence temporelle, parce qu'à mesure qu'il prend une conscience plus profonde de lui-même , il reconnaît ce moment comme inhérent à son ess^ce. Mais dans ces existences divines , plus le sérieux et la liberté spirituelles se manifestent au dehors , plus le contraste entre ce caractère de grandeur et la forme corporelle se fait sentir. Ces divinités bienheureuses se'
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plaignent à-la-fois de leur félicité et de leur existence physique. On lit dans leurs traits le deêtin qui pèse sur leurs têtes , et qui , à mesure que sa puissance s'accroît , faisant éclater de plus en plus cette contra- <Uction entre la grandeur morale et la réalité sensible, entraîne Fart classique à sa ruine.
IIL Si nous nous demandons maintenant quel est le mode de manifestation extérieure qui convient à l'idéal classique tel qu'il a été défini , les points essentiels que renferme cette question ont déjà été indiqués précédemment dans la considération de l'idéal ^1 général. Il su0it , par conséquent , de rappeler que, dans l'idéal classique proprement dit , rihdiyidualité spirituelle des dieux est représentée , non dans des situations où ils entrent en rapport les uns avec les autres et qui peuvent donner lieu à des luttes et à des combats, mais dans leur éternel repos et leur indépendance , affranchis qu'ils sont de toute espèce de peines et de souffrances; en un mot , avec le calme de la paix divine. Leur caractère déterminé ne se développe pas de manière à exciter en eux des sentiments trop vifs et des passions violentes , ou à les forcer à poursuivre des intérêts particuliers. Au contraire, •affranchis de toute collision , délivrés de tout embarras , de tout rapport avec l'existence finie , ils sont comme concentrés en eux-mêmes et plongés dans leur éternel repos. Ce calme parfait , où n'apparaît rien de raide , de froid et d'inanimé , mais plein de vie et de
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sensibilité, quoiqu'inaltérable , est pour les dieux de Tart classique la forme de représentation la plus élevée et la plus convenable. Si , par conséquent , ils s'engagent dans des situations déterminées , les actions auxquelles ils prennent part ne doivent pas être de nature à engendrer de véritables collisions. Peu sérieux en eux-mêmes ces combats ne doivent pas troubler leur félicité exempte de soucis. Parmi les arts particuliers , c'est par conséquent la sculpture qui, mieux que tous les autres , représente l'idéal classique avec cette indépendance absolue, dans laquelle la nature divine conserve sa généralité tout en manifestant un caractère particulier. C'est surtout l'ancienne sculpture , d*un goût plus sévère , qui s'attache fortement à ce côté de l'idéal. Plus tard ^ on se laisse aller à la j^réseiitation de situations et de caractères d'une vitalité plus dramatique ; la poésie fait agir les dieux j. c'est->à-dire lés met en opposition avec la réalité , et y par conséquent , les entraîne dans des luttes et des combats. D'ailleurs , le calme de la plastique , lorsqu'elle reste dans son véritable domaine , est seul capable d'exprkner le contraste de la grandeur de l'esprit et de son existence finie, avec ce sérieux de la tristesse que nous avons décrit plus haut.
Il, Le cercle de» dleas: paritcolten*
Du moment où la divinité se laisse représenter et contempler sous des traits visibles , où elle- revêt la forme de l'individualité , elle se développe nécessairement dans une pluralité de dieux. Le polythéisme est donc absolument essentiel au principe de Fart classique , et ce serait une entreprise insensée que de vouloir représenter le dieu unique du sublime et du panth^sme , ou celui du christianisme qui est un pur esprit , sous l'apparence de la beauté plastique. De même on aurait tort de croire que chez les Juifs ^ les Mahoméians et les Chrétiens , les formes classiques dont ils revêtent quelquefois le fond de leur croyance religieuse , on t pu naître , comme chez les Grecs , d'une inspiration originale et spontanée.
Dans cette pluralité , le monde divin forme un cercle particulier de dieux , dont chacun est un individu pour les autres comme pour lui-même. Mais ces individualités ne sont pas d'une nature telle qu'elles doivent être considérées seulement comme des êtres allégoriques, représentant des attributs généraux ; par exemple , Apollon comme dieu de la science , et Jupiter de la souveraineté. Jupiter est également la science, et Apollon , dans les Euménides , comme nous l'avons
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VU , défend Oreste , qu'il a lui-même excité à venger le meurtre d'un père et d'un roi. Le cercle des dieuii grecs constitue un ensemble d'individus dont diaque dieu particulier , quoiqu'il ait un caractère propre et original , est cependant un tout complet qui réunit en lui même les qualités distinctives des autres divinités ; car chaque personnage divin , comme dieu y est à-lafois la partie et le tout. Par là , seulement , les divinités grecques possèdent une véritable richesse de caractère , et quoique leur félicité consiste dans le intiment calme de l'indépendance et dans l'absence de tout effort dirigé vers un but déterminé , vers la multiplicité des intérêts et des relations finies , ils ont d'autant plus la puissance de montrer leur activité et leur énergie dans différentes directions. Ils ne sont ni une existence simplement particulière, ni une généralité abstrake. Ils sont à-la-fois l'un ot l'autre , et chez eux , l'un est la conséquence de l'autre.
A cause de cette espèce d'individualité , le polythéisme grec ne peut constituer un toutbien réel , un ensemble systématique. Au premier coup d'oeil, il est vrai y il semblerait que l'on est en droit de demander à l'Olympeet à cette multitude de dieux qui y sont rassemblés, qu'ils expriment la totalité des éléments de l'idée absolue, qu'ils épuisent le cercle entier des puissances de la nature et de l'esprit et se laissent, par conséquent, ranger dans un ordre hiérarchique parfaitement constitué; mais il faudrait eu même temps ajouter une restriction à cette exigence; car
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leg puissances de i'ame et de l'esprit qui , pour là première fois , se développent dans une religion plus tardive et plus élevée, restent exclues du domaine des dieux classiques. Sous ce rapport , le fond d'idées^ que la mythologie grecque était capable de représenter dans ses dieux , se trouvait déjà restreint. Mais , d'un autre c6té , par suite de leur indvoidMÎliti et de leur multiplicité , le lien qui les unit devait être nécessairement faible. Ils se dérobent ainsi à l'exacte coordination qui pourrait s'établir entre les éléments partiels de l'idée totale. Car ce caractère ne permet pas aux dieux de conserver un attribut particulier, comme constituant leur nature propre. D'un autre côté , TuniverMUUy dans le sein de laquelle les individualités divines trouvent leur félidté, empêche de leur donner une forme déterminée et positive. La grandeur des puissances éternelles s'élève dans sa sérénité au-dessus du sérieux froid de l'existence iinie. Sans cette contradiction apparente , ces divinités seraient embarassées par les limites imposées à leur développement et à leur puissance.
Ainsi, quoique les puissances principales du monde, comme embrassant le domaine entier de la nature et de l'esprit , soient représentées dans la mythologie grecque , cet ensemble de divinités , aussi bien en raison de leur caractère divin qui est l'universalité, qu'à cause de leur individualité, ne peut apparaître cependant comme un tout systémaltque. Autrement , au lieu d'être de véritables personnes les dieux ne se-
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raient plus que des êtres allégoriques ; au lieu d-ôtre des persiMioages divins dont la nature est ^fermée dans certaines limites , ils ne seraient que des earac*' l^es abstraits.
Si donc nou3 considérons de plus près le cercle des l^rindpales divinités grecques y d'a(H*ès leur caractère fondamental et simple, tel qu'il apparaît fi^é par la sculpture dans une représentatiim générale au plus haut degré et cependant encore concrète et sensible j nous trouvons bien , il est vrai , des diiSsrences essentielles et une hiérarchie fortement déterminée ; mais, dans les points particuliers, ces différences s'ef'facent toujours ; la rigueur des distincticms est tem* pérée par une inconséquence qui est la condition de la beauté et de l'individualité. Ainsi, Jupiter possède la souveraineté sur les dieux et sur les hommes ; mais sans cependant^ par là , mettre en péril la libi« indépendance des autres dieux. Il est le dieu suprême; toutefois sa puissance n'absorbe pas la leur. Il a^ il est vrai, ua rapport avec le ciel, Téclair et la foudre , avec le principe de la vie et de la génération dans la nature; néanmoins, il est plutôt encore, et d'une manière plus spéciale , la puissance de l'État et de l'ordre établi parles loi^ , le lien sacré des conventions humaines , du serment , de l'amitié et de l'hospitalité , en général, le principe qui unit les hommes, qui est la base de la vie et des mœurs sociales. Il représente aussi la supériorité du savoir et de l'esprit. Ses frères régnent sur la mer et sur le monde souter-
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rain. Apollo» aj^ralt comme le dieu qui a la s(»ence «n partage , comme l'expression et la belle représen- - talion des intérêts de l'esprit , comme précepteur des Muses. * Comuiû-toi toi-même • , telle est l'inscription de son temple à Delfdies , précepte qui n'a pas trait seulement à la faiblesse et aux défauts de l'esprit humain , mais exprime -son essence et se rapporte à l'art et à toute conscience de soi-même. La ruse et l'éloquence, l'habileté dans les affaires, dans les négociations et en général dans tout cet ordre inférieur de relations sociales où il entre beaucoup d'immoralité, mais qui n'en jouent pas moins un rôle essentiel dans la vie humaine j sont les attributions d'Hermès. Il est aussi <^ai^ de conduire les âmes aux enfers. La force militaire est le trait caractéristique de Mars. Vulcatn est habiledanslesarts mécaniques. L'inspiration poétique qui renferme nn élément sensible, la vertu inspiratrice du vin , les jeux , les représentations dramatiques, sontattribuésà/fiKcAtu. Les divinités de l'autre sexe parcourent un semblable cercle d'idées. Dans Junon, le lien moral du mariage est le caractère principal. C&is a ensei^é et propagé l'agriculture; ^le a procuré aux hommes les deux avantages que renfierme l'agriculture : d'abord, l'art de faire croître les productions de la terre qui servent aux besoins de la ™" nuis l'élément moral de la propriété et celui du ige avec lesquels commence la civilisation et l'ortcial. De même, iliftnerve est la modération, la pru- ! et la sagesse ; elle préside à la législation. Elle
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est aussi l'adresse industrieuse dans les arts manuels et la valeur militaire. En même temps , la vierge guerrière , pleine de sagesse et de raison , est la personni*^ fication divirte du génie athénien ; c'est l'écrit libro^ original et {urofond de la ville d'Athènes ; elle le reprès^ite objectivement comme une puissance domina*^ trice qui a droit à des honneurs divins. Diane, entièrement différente de la Diane d'Ephèse , a , comme trait essentiel de son caractère , la fierté dédaigneuse de la chasteté virginale. Elle aime la chasse et elle est y en général , la jeune fille non d'une sensibilité discrète et silencieuse, mais d'un caractère sérieux et sévère, qui a l'ame et la pensée hautes. Vétiuê (Aphrodite) avec l'iémour charmant qui, après avoir été l'ancien Eros titanique, est devenu un enfant , représente l'attrait mutuel des deux sexes et la passion de l'amour.
Telles sont les principales idées qui forment le fond des divinités spirituelles et morales. Pour ce qui conca*ne leur représentation sensible, nous pouvons encore indiquer ici la sculpture comme l'art qui est également capable d'exprimer ce côté particulier de la nature des dieux. En effet , si elle exprime l'individualité dans ce qu'il y a de plus original , par là même elle dépasse cette grandeur immobile , cette raideur des premières statues ; ce qui ne l'empêche pas de réunir et de concentrer la multiplicité et la richesse des qualités individuelles dans cette unité de la personne que nous appelons le caractère. C'est ce dernier
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qu'elle met sous les yeux dans toute sa clarté et sa simplicité ; elle flxe dans les statues des dieux son expression la plus parfaite et arrête sa forme définitive. En efiet , Tidée que nous nous formons d'une divinité dans notre imagination , quanta son existence extérieure et à sa manière d'être réelle > est toujours indéterminée , même lorsque la poésie nous £ait connaître le personnage par une foule d'histoires y d'actions et de circonstances. 11 résulte de là que ^ sous un rapport , la sculpture est plus idéale que la poésie ; tandis que , d'un autre côté , elle individualise le caractère des dieux en les représentant $ous la forme humaine entièrement déterminée. Elle accomplit ainsi l'anthropomorphisme de l'idéal classique. Comme étant cette représentation parfaite de l'idéal réalisé dans une forme extérieure adéquate à. son idée, les images de la sculpture grecque sont des figures idéales au plus haut degré. Elles sont des modèles âd)solus et éternels , le point central de la beauté classique ; et leur type doit rester la base de toutes les autres productions de l'art ^rec où [ces personnages entrent en mouvement » se manifestent dans des ac* (ions et des circonstances particulières.
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