CHAPITRE PREMIER
CICiiCLe «HLIGlËiJK I>£ L'A^T ROMAjHlTIQUE^.
Puisque l'idée fondamentale de Fart romantique , dans toutes ses représentations, est Taccord de Tesprit avec son essence, la satisfaction de Famé, la réconciliation de Dieu avec le monde, et par là avec lui-même , Fidéal parait être ici parfaitement à sa place. Car la félicité , la jouissance intime et profonde , le calme , la liberté et Tindépendance , sont ce que nous avons donné comme le caractère essentiel de Tidéal. — Sans doute nous ne devons pas exclure Tidéal de Fart romantique et de ses oeuvres ; cependant il a une forme toute difiërente dans Fart classique. Quoique cette différence ait déjà été indiquée plus haut d'une manière générale^ nous devons, au commencement de ce chapitre, la déterminer d'une manière plus précise , afin d'expliquer le caractère fondamental de la représentation romantique de l'absolu.
CERCLE RI^LIGISUX DE l'aRT ROMANTIQUE. 994
. DaQS ridéal classique» 16- principe dîvia af^ratt aott$ la forme exclusive de VindivOualité, En outre , dans tes divinîtés partioulière» » Tanie esi eqtièrement fondue avec la forme corporelle, et enfin, comme celte unité esi la base de Tart classique, rq[)positîon et la division qui entraînent à leur suite la douteur physique et morale, le sacrifiée , le renoncement aux clàoses de la vie réelle , ne peuvent apparaître coinme un moment essentiel. Le principe divin , dans Tart classique , se développe bien dans un cercle de dieux particuliers; mais il ne se dédouble pas; il ne parait pas d'un côté comme Tèlre universel, et de l^autre comme une manifestation individuelle , sous la forme humaine. Dèfr-lors , il ne faut pas s'attendre à retrouver ici un monde où régnent le mal , te péché , Ter* reur , et où l'harmonie doive cependant renaître au sein jdexette opposiftion. Dans Tart romantique , au contraire , cette o[^)osition entre Texistence personnelle et la substance universelte est la conditîoA de la sulh jeeliviU absolue ; car , dans Tharmonie qui s'établit entre les deux principes , le sujet se trouve pénétré de Tessence divine , et , de son oôté, Tétre universel s'élève à la véritable conscience de hiinmème et à la libre personnalité. £n second lieu , Tesprit ne parvi^it à la vraie personnalité qu'après avoir engagé une lutte violente contre te monde fini , L'avi^r détruit comni6 tel et l'avoir réconcilié avec Tabsolu. L'in-fini aters , en vertu de. son activité môme , se révète sa prière essence et devient ainsi l'esprit abs(^u. La
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manifestatiOR de cette idée dans ia vie Humaine pré^ sente dè&-lors , sons le rapport de la beauté , un tout autre caractère que dans l'art cl^issique. La beauté grecque montre l^ame entièrement identifiée avec la forme corporelle ; les dii^nités grecques révèlent leur individualité spirituelle dans leurs actions d'une ma* nière tout extérieure , et leur félicité inférieure n'en est pas troublée. Pour la beauté romantiqttè , an contraire, il est absolumait nécessaire que l'âme, tout en se manifestant dans le monde extérieur , montre qu'elle est détachée de cette existence c(H*porelle , et qu'elle vit retirée en elle-même. Le corps ne peut, par conséquent , exprimer ic4 autre chose que l'esprit , et il trahit Tinsuffisance de la forme sensible /comihe incapable de représenter l'esprit d'une nianiène par^^ feite. D'après ce principe , la beauté ne réside phis dans l'idéalisation de la forme sensible, mais dans l'ame eHonméme. C'est une beauté tonte spirituelle et toute ii^^ieure. Dès^lors , comme rinfjérèt <iu'il y avait à embellir la réalité extérieure n^existe plus , comme il se trouve concentré sur un but opposé, celui de pénétrer du souffle d'une^ beauté nouvelle la forme intérieure de l'ame elle-même , l'art se donne peu de souci de la forme extérieure, il la prend comme il la trouve ; il lui laisse le soiii de se développer à son gré. Dans Tart romantique , ruriion de l'ame avec l'absolu est un acte intérieur , qui , à la vérité, apparaît dans l'extérieur, mais n'a pas cetuinci et sa forme réelle pour objet et pour but essentiel.
CERCLE REI.161SUX INfi l'aRT ROMANTIQUE. 3&&
Ay6c cetle îndiffiéreDee pour la forme physique , appa<ralt , en œf ^i ooncerae le eôté egctérieur de riodt*vidualité , une maniât de pnoeéder analogue à celle delà peinture de portraits » <fi» n'efface pas les traita particuliers et les formes de la figure, tels qu9 les offrônt rongÎBal , ni ses imperfSections et ses défauts » pour y subtituer qudque chose de plus coiiforaie à ridéal. Sans doute , en général y on doit encore exiger^ Hième sous ee rapport , un c^tain aeeord entre, la réalité et Tidée; mais la forme déterminée est indif*fârehte et n'est pas purifiée de tous les accidents de l'existence réelle.
La nécessité de cecaraotère essentiel de l'art romaur tique s'expKque encore d'une autre manière. Le perr sonnage idéal , dans l'art classique , kursqu'il atteint à sa^ véritable hauteur, est indépendant , retiré en luir même, itfranehi de tout besoin. C'est un être com* plet, parfait, qtai se suffit à lui-mâme. Sa forme est la sienne propre ; il vit tout en elle et seulement par elle; rien en lui ne peut ae transmettre; aucun pmnt de contact ne peut s'établir entre lui et Texistenee aecidenlelle. Par conséquent , en s'approchant de cet idéal , le spectateur ne peut s'identifier avec lui comme avec une nature qui a du rapport avec la sienne. Aussi ces dieux immortels , tout en sWrant à |ios yeux «ous la forme humaine ^ n'appartiennent cqp^dant pas à la nature mcMrtelle ; ils ne partagent pas nos misères ; ils sont élevés au*dessus des imperfections de l'exi-» stence finie. La mbjedivité infinie , l'absolu de l'art ro-
994 tm l'art nMATmoiiB*
imtttiqué y au eonlranbre , n'ait pfts absorbé dans^ sa manifertafioft efxtèrienré ; il vit en Iui«4|i^e; il a en même tMips une forme extérieure; mais non po«r loisettl; il «e oommimque; iKc^e pme à t'Imma* nilé; BieÉ plus, celle nature extérieure dcMt appar$AtiPe soua la fbrme de lleiiisieiice cooMoitiie et de la vie fièelte ^ puiaqu'ictDièii ln^mônie se (ait homne, descend dans le fnetide fini , revêt b forme de Tetistenoe temporelle. Par là , en méom temps, Thomme trovfe un cMé par où s^étabHt une affînttè, un poiat de contact et de réunion entre $Sk nature et celle de Dieu. Il s'approche de Dieu avec confiance , parée que cette forme qui est la Âenne ne le repociase pas , ocmiuie la sévérité daasiqM éloignait tout ce qui présente le earadère particulier et acctdeiiteL Dans la divifiilé qui s'oflVe à tari aous les traits. de rbomme , il retrouve ce qu'il est hiî*méme, ce quil connaît et ce <|ii*il aime. Ce privilège de nous pbcerau sein du monde ôà nous vivons est ce qui fait que Fart romantique exerce un si vif serait par ses Iwmes extérieures. Mais maintenant 9 comme celles^)i ^ par ccia même qu'elles olfrent pkis de prise et que nous 9ymp$tKisons plus vivement avec elfes, mit pour but de nous ramener à la beauté de Famé,: à l'élévation de la pensée intime , à la sainteté du senlmieAty elles exigent que rcon se pdortgié d'autant pèus avant dans les prdbndeurs de la conscience y afin de sentir et de s'approprier les idées qu'elles manifestent.
Ainsi , le prihcipe de l'art romantique n'est pas un
CERCLE RE|4^i|;UX INË L^AAT HI^ANTIQUE. 905
dieu 8oKtidrQ4(^«ftiw le ûim greq; îl^tiectde lui^wtoie eo riippotb a^eo «pe Autre enstooM» miâ$ ({uî ml m^^ core la aieiuie:, 4bAb i laquelle il ee retrouve et reste en luMuéma Bmtk p^i^dre aon unité* Etre aîasè «OHiuêiBe dans ma ^ÂM em^m^we » c*eat ee qwi <KMMtîlue Vm^ MMe de la beauté dana l'art rramtutîque; o'estaon idéal qui a pour lorme et pdur iMiaîi^tatôw esMm«« tblle leiiffMiaMfit. :
YHre eii soi daoa un autre sc^-iiiêne » 42'est aussi ee.quieoiii«tltu0ritiReiir, .
Nous pouYOAs» par eou^éque^i.! eQdsidémr r»mow coiuMe eon^tîtuMt le fond de t Vt romaatkiD^ dana sm eerele reli^f^n* jCep^ndaiit » r^mour n'ebtieut son ¥érkaHe d^veloppeoKçut idéal quer Jeu^u'U ev prime rtiarmonie de resfVtt avec Hii^mdoie , d'une manière immédiate et positive. Mais avant que noua puissions parvenir à ce degré , nous avons à parcourir une première phase , celle où Fabsolu apparait comme triomphant du fini et du monde sensible. Elle est mar-. quée par la vie, la passion et la mort de Dieu qui s'immole pour le monde et l'humanité. D'un autre côté , rhum^anité parcourt la même phase pour réaliser en eUe-mtoie cette idée de la rédemption. Or, c'est, entre ces deux moments que se place la représentation de l'amour religieux, le sujet le plus favorable pour les belles créations de l'art.
Pour marquer d'une manière plus précise Tenchaî^ nement des idées que renferme ce premier chapitre , nous avons à parcourir trois sphères dîfff'rentes :
386 1XE l'art ROMANTlQCrE.
D'dhord Thislotre de la rédemptioii du Clirist , les momento du dé? eloppmaent de t'esprit absolii représenté dans Diett même en tani qii*il est homine , qu*il a une existence réelle dans le monde du fini, et manifeste Fabsolu par celte existence imlividueUe.
En second Uéu f Tamolir sous sa forme réelle comme rqurésentam Tunion de Tame humaine et de la naiurë divine, la sainte famille, Famour maternel de là Yierge, l'amour du Christ et Tamour de ses^ifisciple^ ;
En troisième lieu y l'église, l'esprit de IMeu comme présent dans l'humanité par la conversion du cœur et la mort à la vie terrestre; en général , par 4e retour de l'humanité à Dieu , conversion dans laqudle la pénitence et le martyre accomplissent la réconciliation de l'homme avec Dieu.
CERCLE RELUSieirX M l'aRT RiM ANTIQUE. 397
I* Histoire de la Bédesiptloii On Clirlfft.
.Le ..fnoKiepjL tu Tesprit uoîvepsel , dflup^^ son dévek^ppepi^nt qw iCpnstiUie Thistoii^e ab^lue ,. entt^ an harmonie a\6aluîrini$ime, e^ qianqué par l'apparition de J)iau sur; la terre. Cette hariçonie se réalise par Tunijon ,4e la nature divine et dç rki4ivi4n«Uté humaine. Un homme parmi les homioes est. Dieu » et Dieu est un iiomnie réel. Il résulte de là que Tespcit de Thomme, dans^sa, nature et son essence, est vérita^ blement espf it, et que chaque homme comme homqiie a une valeur infinie. Il est le< but de la pensée divine, e| sa destinée est de s'unir à Dieu. Mais alors naît pçm* rhomme, i un depé beaucoup plus élevé, IV bligatioD de réaliser pçtte id^e qui, d'abcwd, n'est qu'une vérité abstraite ; c'est-à-dire de se proposer comme la fin de son eustence ^tte union avec Dieu et d'y parvenir. A4^il resnpli cette donation » il est en soi l'esprit libre, infini. Mais cela n'est possible qu'autant que cette unité est le principe originel, le fond éternel de la nature humaine et de la nature divine ellemême.. En même temps, cette destinée est contenue dans œ principe fondamental de. 1^ eroynnoe chrétienne, que Dieu lui-même est homme 9 qu'il s'est fait chair , que dans sa personne s'est réalisée cette
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harmonie; de sorte qu'elle n'est plus simplement conçue comme un but idéal , mais présentée aux yeux et à la conscience sous les traits d'un homme réel et vivant. Voilà le modèle à imiter. Chaque individu doit y trouver l'image de son union avec Dieu^ qui n'est plus simplement possible ^ mais réelle. Maintenant, eortlftfie ôetCe harmonie n'est pasdonfiée im* tttédiatemétlt, comme elle est le résiittat èa développement de l'esprit , elle dok se réaliser sous la Ibrme historique , célléde l'histoire de lliotn^xie^ieu. Or f cette histoire ne renferme rien autre chose que ce que nous avons déjà indiqué plus haut, ^'est l'homme qui se dépouille corporeHemenf et spirituellement de sa nature individuelle, c^sst'à-dhrc qui souffre et nieurt ; mats qui , d'un autre cdtè , par les souffhinces de la mort même, triomphe de la mort, ressuscite conmie le dieu glorifié , comme le Véritable esprit qui a revêtu , il est vrai ^ la forme de l'existence individuetle , imais n^cst véritablement dieu comme esprit que dans son église.
Cette histbtre fournit le sujet principal de Fart romantique 'au point de vue reffigiei nt , bien que l'art t^ependant, considéré simplement comme tel, soit ici ««quelque sorte superflu. Car ressentiél ici con^sle ûf^âs la certitude intérieure, daiis le sentiment et la conception de cette vérité éternité , daâs la fin qui porte en ^le-méme le témoignage de là vérité absolue, et , par ^n^uent , résidé dans Ta partie la plus intimé de Tàme,
CERCLE RELIfilBUX D£ l'aRT ROMANTIQUE. 3d8
La foi ; à un degré avaiieé , eonsîtte dans la certitude d*anMr {Hrésente smis les yeux de Id coBsoî^noe^ avec tous les immientsde cette faistcâre y la vérité ette« même. Maïs ai Keasenlîel est ce. seatimant intérieur | la beauté de la repr^s^iiatioii seasible: n'est plus qu'une chose accossoire et ki<]ttiliârente. Gar.la yëffité est rétélée à la cMscience comme indépendante de l'art.
Néanmoins^ sous un rapport ^ Tidée religieuse ren^ ferme également en elle-même un câté par lequel Don-aeulement elle se rend.aeçesaible à Tart, mais a besoin de lui. Il est de Teasence de la pensée ]relv« gieaso daas Tart romantique, ainsi que nous Taiods remarqué plus haut, de porter Tanthropomorphisma à son plus haut degré , puisque Tidée fondamentale est l'union de l'absolu et du diyin avec la fornio humaine ^ corporelle et visible , et que le dieu-hemme doit élre représenté avec les conditions inhérentes i la vie terrestre et au caractère fim de la manifesta-» tion. Sous 'Ce rapport, Tart fournit à fimagination ^ pour la manifestation de IMeu , le spectacle d'une forme particulière et réelle; il reproduit dans un tid^leau vivant les traits exAérieurs^ la personne d^ Christ y les oircoBSiafices qui ont accompagné sa naissance, sa vie , sessouffrssices^ sa mort^ sa résurrection et son ascensien à la droite de fiîeu. Aintî^ la manifestation vislUe de. Dieu , qui est un événe* ment irrévocablement passé , se perpétue et se renou* velle incessamment dans l'art.
400 DE L'àRÎ ftOMANTlQUÉ*
Mais maiiilenanty comme ce qui constitue le caractère ptopte dé cette manifestation , e^est que tHieu a paru sous les traits d^un homme réel qu'il est impossible de eonfondre avec to«l autre personnage de la fable ou de rbwtoire y alors apparaissent de nouveau dans Tart, en vertu de la natnro méntô du sujet représenté, tous les éléments accidentels et partieuliers qui sont inséparables de Feûstencc extérieure et finie, éléments dont la beauté , au point <te vue le plus élevé de l'idéal classique, se trouvait aflPranchie. Ce que ridée du beau avait rqioussé comme ne lui étant pas conforme , ce qui ne répond pas i Tidéal est accueilli ici nécessairement, et représenté comme essentiel au sujet même.
Ainsi donc, lorsque la perscmne du Christ a été choisie comme sujet de représentation, les artistes qui ont entrepris d'en faire un idéal dans le seins et i la manière de Tidéal classique, ont fait- preuve du plus mauvais goût ; car de partîtes tâtes de Christ et ces belles formes montrent bien , il /est vrai , du sérieux , du calme et de la dignité ; mais :d 'abord , Ik figure du Christ doit exprimer là Gq^intualilé au plus haut degré de profondeur et de généralité^ et en même temps une personnaKlé bien caractérisée. Or , ces deux Conditions s'opposent à ce' que hi félicité soit empreinte sur le côté sensible de la f(»rrne humaine. Combiner ces deux termes extrêmes de Texpression et de la forme est un problème de la phis haute difiiculté , et les peintres prinetpalement se sont
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ttoii vés totj^ours très-embarrassés pour les représenta d'après le type traditionneh Le sérieux et la' profondeur du sentiment doivent dominer dans de pareilles têtes. Mais les ti^aits et les formes du visage , Texté^ rieur de toute la personne^ ne doivent pas plus être d'une beauté purement idéale que ^'égarer dans le commun et le laid j ovt même s'élever à la sublimité proprement dite. Sous le rapport de la forme ex ter rieure, le mieux serait le milieu entre le réel et la beauté idéale. Saisir avee justesse ce milieu convena*r ble est diiBcile , et e^es t en cela que peu vent se montrer principalement rbabileté , le seos, le talent de Tar^ tîste.-r— En général , dans la représentation des sujets qui sont compris dan's ce cercle entier , abstraction faite du fond des idées qui appartient à la foi religirase , nous sommes plus portés à Tarbitraire que dans Tart classique. Dans ce dernier , Fartiste veut représenter , à travers les fornfês du corps humain , Télëment spirituel et divin. Ces farines cirent ^ par conséquent, dans leurs modification^ , lorsqu'elles s'écartent du type vulgaire , un côté essentiellement intéressant. Dans la sphère où nous s(m)mes,. ayi contmre, les formes traditiwnelles isont , Jusqu'à un certain point y indifférentes. C'est quelque chose d'accidentel , qui peut être de telle ou telle lacoa , et, sous ce rapport , se traiter avec une grande liberté. L'intérêt principal se porte tout d'abord sur la manière dont l'artiste, au moyeoi de cette forme .ordinaire et connue , a rd^résenté la spiritualité et le sentiment enjeux*
mêmes ; ensuite sur rexéculion , les moyens teehfri* ques , l'habileté qui rend oafuble de souffler la vie de Tesprit sur ees figures ^ de leur donner le eardotère de vérité frappante qui rend facile à saisir et à comprendre les œuvres oii perce la spiritualité*
Si nous examinons de plus près ce qui fait le fond de la représentation religieuse ^ elle consiste , comme fions Tavoils vu , dansi'Aûtoire nbsolm qui résulte de ridée du développement de Tesprit même. Cette his« toire présente , sous une fwme objective, le spectacle de la nature humaine se dépouillant de son etistenoè finie f à-la-fois corporelle et spirituelle ^ pour retour* ner à son principe universel et absolu ; car runimi de Tame humaine avec Dieu n'apparatt pas immédiat tement comme une harmonie naturelle ; elle est lè fruit d'une douleur Infinie > du renoncement à sot^ ktiême y du sacrifice , de la mort à Tetistence réelle et sen^Me. Le fini et Finfini sont ici réunis , et la pro^ fondeur de cette harmonie se révèle par la grandeur et ta forée de l'opposition , qui se trouve ainri elbeéCi Par là aussi la souffrance , avec ses plus cruds déchirements y le martyre et les totnrments où cette opposi*tion de manifeste, appartiennent A la natiuN^ de l'e^ prit même, dont cependant la satisfadioii absolue fbrme ici le fond de la représentation «
Ce développement de l'esprit, conmdéré en luimétoie , cMstitue l'essence mèn^e de l'esprit en gêné*rai , et , par conséquent , il renferme Vkistoire de VkujMniUéj qui se reptbdùif daM la eotfiscience dfe chaqne
CERCLE REU«I£UX DE l\bT ROMANTIQUE. 403
iv^ivuiu ; car chaque homme , aus» bien que Ten-semble des individus qui compo^nt l'cspèoe boitisiîne ^ réalise en lui-même l'esprit universeL Mais, ensuite, puisque T^^prit absolu se manifeste dans Tindividu comme moment essentiel de S09 exislonce, cette his* toire universelle apparaît comme celle d'un seul homme; elle s'offre comme rbistoirede sa naissance, de sa vie , de sa passion , de sa mort et de sa résur^ rection , et cependant elle conserve sous cette forme individuelle son caractère et son sens général ; elle est rbistoire de res{»*it universel et absolu lui«méme. Le moment suprême dans cette vie de THomme^ Dieu , c'est le sacrifice de Texistence individuelle 1 rbistoire de la passion , des souffrances de la croix , le supplice de Tesprit , les tourments de la mort. Le fojud de cette histoire consiste en ce que Texistence actuellf de rindividu révèle son néant dans k douleur qui accompagne la mort , tandis que Tesprit , par le sa^ crifice delà nature sensible et de l'individualité, arrive à la plénitude de son être et prend possession de son ciel. Dès-lors , cette sphère de représentation dans Tart diffère au plus, haut point.de Tidéal classique { car, d'un côté^ ce corps périssable , avec les infirmjùté^ de la nature humaine , est relevé de son abaissement et honoré, puisque Dieu lui-même a daignç se manifester en lui; mais , d'un autre côté , c'est précisément cette existence purement humaine et corporelle dont le néant est dévoilé , et qui apparaît tourmentée par la souffrance , tandis que dans l'art classiqueelle ne jperd
pas son inaltérable harmonie avec Téléinent spirituel. Le Christ flagellé, couronné d'épines, portant sa croix au lieu de son supplice, expirant dans les longs foiirments d'une mort pleine d'angoisses et de souf* frances , ne se laisse pas représenter sous les formes de la beauté grecque ; mais ce qui est exprimé dans cette situation, c'est la grandeur et la sainteté, Isi profondeur du sentiment , la douleur infinie comme moment éternel de l'esprit , le calme divin dans la souffrance.
Le cercle de cette représentation est agrandi par la présence des amis d'un côté , et par celle des ennemis de l'autre.
Les amis eux-mêmes ne sont YiuUement des personnages idéalisés , mais des individus qui conservent leur caractère consacré et particulier; ce sont des hommes simples que l'attrait de l'esprit divin a conduits vers le Christ. Quant aux ennemis qui se déclarent contre Dieu, qui l'outragent, le crucifient, ils sont représentés comme intérieurement méchants , et la représentation de la perversité intérieure, de la haine contre Dieu , entraîne comme iconséquencè dans l'expression extérieure , la férocité , la barbarie , la rage empreintes sur ces physionomies. Sous tous ces rapports apparaît ici , en opposition avec la beauté classique, la laideur, comme élément nécessaire.
Mais , le moment de la mort , dans le développement de l'esprit, ne doit être considéré dans la nature divine que comme le point de transition par lequel
CERCLE RELIGIEUX DE l'aRT ROVANTIOUE. 405
s^accomplit riiarmonie de Tesprît avec lui-même; c'est-à-dire où se réunissent et se combinent d'une manière positive les deux éléments qu'il s'agit de concilier , l'élément divin et l'élément humain , l'universel et l'individuel. Cette harmonie , qui est le principe et le but de toute cette histoire , doit donc s'y manifester d'une manière positive. Les sujets les plus favorables pour l'expression de cette idée , sont la résor-^ rection et l'ascension , sans compter les moments oo le Christ appai^t prêchant sa doctrine. Maïs ici se présente, partioulièrement pour les arts figuratifs , une difficulié capitale. Car , d'un côté , c'est l'espri Ij qu'il s'agit de représenter en lui-même dans sa na** Uire intime et |M?ofonde ; en même temps c'^t l'esprit 9hs^VL avec son caractère infini et universel , identifié avec k perswne du Chmt , et élevé au^essus de l'exi&tence humaine. Cette infinité et eette profon^ deur spirituelle doivent cependant se révéla aiiis mi& sous des fornaes extérieures et oorporelles..
DE L ART ROMA>T(Qre.
reltsieax*
L'e^[>rit absolu , cwdiuc tel , s'est pu immédiatement Vob}et de l'art. Il ne peut troDver une parfaite barmonie qu'en hii-mème , daoi le monde intérieur et tout ftpiHtuel de la pensée pure. Par tii , il se dérobe à l'expreMion artistique. L'absolue vérité réside dans une région supérieure à la manifestation du beau , qui ne peut se dégager de la fwme sentie et de l'af^kanekoe visible. NéaniiKRna , ai l'esprit , <Uins 'Son harmonie 'réritabie , doit reeevo» de l'art une ferme qui , saris le faire concevoir par la panée pure, le fasse flonUr et coalempler , il ne reste qu'un seul sentiment «apablede remplboette double eonditio», de se prêter à la représeutation artistiqae, tout &n conservant le caractère de la spiritualité. C'est le sentiment le plus profond et le plus intime de l'ame, celui qui répond seul à l'idée de l'esprit libre se satisfaisanten lui-même : c'est l'amour.
Dans l'amour, en effet, nous trouvons, en ce qui concerne son essence intime, les éléments que nous avons donnés comme constituant l'idée fondamentale le l'esprit absolu , le retour harmonieux d'un autre oi-mème à soi-même. Cet autre , dans lequel l'esprit c retrouve , ne {>eut être qu'une personnalité spiri-
CERCLE EEU6lfifi% m l'aRT BâMANTlQUE. 40l
%u»lU^; Ia sén\sikU ^^P^nce de FaMOur cMmsiste à abandonner la wn^em^^ de soi . à s'oubfier daas un antre «Q^mi^e, et, némmoin^f dans cette abnéga-f tim ^ pet onMi, à m rptronver et se posiséd^ ainra yéritat^mentp . Cette haroKOûie et cette Mlislacitott prof oi)de« j^Wt tei Tabi^alii , le but Mjpréiws de Teiis*
En Pi4r^, KarniHir ^e préiwte mus la ferme liW ^Qtîment ^newtré qui, ^n Ueu de «e dételopperet 4e ^ maniitoter au deiKH'S) iH^ferme «es trésors en Jw-m^ane. Par ià^ le rnêio^ pHi»eipequi^ dans m gé^éralHé pni^nieni s|)iritti^ , n'aui^k pu se prêter à la i^epré^entittion artistique, denrient aceoessible i l'art 9 iparçie que , d'aèojrd ^ a cause de la profondeur qui ear^atérise le sentiment, il n'a pas besoin de ce- ^é¥9kf>per avee mie letaria parfaite , twidis que , d' un ê^^tùléf le^yenri la sMsibilitéi quelsque soient leur caractère de spiritualité et leur intimité , ont tou^euits un rapport mec. rélé#ienit corpprelet ^nsibie; ils ne pavent se jananifealer m dehor&qsi'à tmvers la forme eftiérîeniie du eo^ ^ par le regard, les traits db vimfsp^st ^nne mamena plus spin^uelte.aQeore pai^ la yim^ h plus ba^ite eiEpreseion de Tesprit. Mais l'exlérieur «e fp^mi appàraUre «ei qu-auiani que e'es| b partie la plus intiâoe d^ Faîne qu'il est appelé à
&'il esjt vrei qitte Tes^^ewe 4e l'idéal s^iA rharaionir del'élémeni spirituels de sa mianifestation exjbérieure^ nous ponvons conwdérer Temour eooime Tidéal de^
406 HE l'art R<MfANttQUE-
Tari romaniiqye. Daiis le eereie religieux^ Tamoiir eu faibeaulé sfMrilu^le propnMienl dite. LHdéal ebs* 8ique oflOrait bien aussi Taccord et rharmonie de l'edjprit avec réiément dans lequel il se développait à l^eMtérieiir ; mais eet élémenl oè Tesprit se reCroave oàmnie dans un antre lui-même est la fo^me sensible, animée et pénétrée par lui , son organisme corporel, fiians Tamour, au contraire, ce qui est pour Tesprit un autre lui-même, n^eslpas un élément pris dans la nature, mais un être spirituel, véritablement semblable à lui, une personne. Il se développe et secMiplète dans son domaine pro^^re. Ainsi, Tamour, dans cette possession de son objet , dans le bonheur et la félicité de cette union , nous offre mie beauté idéale et en même temps toute êpàri^idhquiy à cause de son caractère de concentration mtérieure, nepeut s'exprimer q\te comme le sentiment le plus intime de Tame..
Dieu est Tamour par excellence , et , par oonséqnent , il doit être représenté dans le Christ par cet attribut , comme constituant son essence la plus profonde. Mais le Christ est Tamour divin^ Or, comment Dieu, dans sa nature invisible , s'unit^làThumanité pour opérer la rédemption ? Cette unkm ne peut trouver son image dans celle que nous oflRre Tamour humain. Seulement, IVd^ede Tamour, comme représentant Dieu même , Tabsobi , ne pouvant apparaître avec son caractère universel , ne se révèle que dans la Sphère et sous la forme du sentiment. Il en est de
CERCLE RELIGIEUX IHS l'aAT ROMANTh^E. 409
même de l'expression de Famovr , qui doit présenter aussi un caraolère général comme son objet, et chet laquelle la coiiemtilation dès affections du cœur ne p«it être la chose principale. €'est ainsi qu'en effet ; obeï les Grecs, Tanden Etoh titanique et la VrffitM UnmB , ^|«oique sous un loiit autre rapport , exprimaient une idée générale. Le alj/té de la personnalité et de l'individualité était très-&ible dans ces conceptions. Dans les représentsrtions de l'art romantique, 1& Christ parait bien plongé dans les profondeurs de la nature divine , mais en lui apparaît aussi le côté individuel et personnel , et l'expression de l'amoiA* ptend également un caractère déterminé , humain , sans perdre de son élévation et de sa généralité.
Mais Je sujet le plus accessible à l'art , et en par« ticulier le plus favorable à l'imagination romantique est , ici , l'amour de la Vierge , l'amour maternel: Eminemment réel et humain , il est en même temps. tout-à*fait spirituel ; <]^intéressé , purifié de tout désir , n'ayant rien de sensible , et cependant visible ^ il renferme une joie intime , une félicité absolue. L'amour pur et sans désir est bien différent de l'af-* fection ordinaire y qui , quelque vive et tendre qu'elle soit, demande un objet, aspire à un but déterminé. L'amour maternel, au contraire, est sans aucune arrière-pensée de but* et d'intérêt ; il s'ar'^ r^ au lien naturel qui unit la m^ et l'enfant. Mais ici Famour de la mère ne se renferme pas davantage dan$ ce rapport naturel ; Marie , visrà-vis de l'enfant
qu'Ole a porté daas «o» aeln , qii'aUe a enfanlé éuam h 4<Hi|eur^ a la ooMcieDce at le aastîment parfait A'eït^HOfièmB. £a mtoia wfaAi , le «aagde son sang » ett placé Weo au-dat^asd^eUe. Ëft cependanl, cet être aï grand e«l sa» fila; elte «'ouMîe et 8e fetroiiw en kii* JUe e^té aataral de rammr matmiel e$t aali^raaietii; apiritaalîté. 800 éléniaat esaMtM «t lldéa du éîvin ; maîseatla idée rasta pleine dadoueeur ai denaiTafé ) elle W^ jD^enreilletiaenieiit pénétrée du «entîaieQt na^ tarai ^ buamain. Eu un inot , e*a$t Taniaur maternel dans sa félicité ai €kei la aeule mère i qui appar^ tient easwtielleiaaot la fâlîcité. OataBAOur, il est vrai , n'ai^t pa^ sans douleurs ; iihûs c'est la seaffiranoe da la perte , aa sont les déebtramaaÉi iotériaars à la vue d'uB fils soiifraDt » aspirant et mort. Ce n'est fas , ^lomiae nous le verrons plus loin , la torture eitèivaura et le martyre ^ ai une suite du pécké , le suppliée de Teipistion et du repeadr. Une paeeîUe aitua^r Ijoa y e'est la beauté spirituelle , Tidéal , Fidentifica^ tîon avee Dieu , nn pur oubli y un fiaerifioe absolu de soihmâme ^ dans lequel Tame cependant jouit de la plépituda de son ôtne puisqu^'eUa trouve d^aa eatte union la félicité suprême.
Telle est la beUe forpne sons laquelle^ apparaît dana Tart romantique ^ à la plaee de f e^rit lai-rméme , 'i'aiaour maternel ^ cette image deTiesprit. Car rasprit ae se laisea «aîsîr par Tait ^e sous la lorme du seottmeat , et le seadment de cette union de l'ame liu^ maiae avee Dieu, p'eslnt^»résentédeiamaiiiéreiapltts
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Traie , fe plus réelle et là plus vivante , que dans Tamoiir maternel de la Madone. Cduî-ei doit entrer nécessairement dans Fart, s'il est vrai que I-idéat, rharmonie la plus parfaite ne peut manquer à ^ représentation de ce cercle. Il y a eu , par conséquent ^ une époque où Tamour maternel de la Vierge a dû être considéré comme ce qu'il y a de plus élevé et de plus saint dans le culte , être vénéré et représenté comme tel. Mais si l'esprit , dans son prc^re élément y séparé de tout principe naturel et sensible , prend tout-à-fait conscience de lui-même y alors l'union de l'ame à Dieu par l'esprit pur , est considérée comme la voie véritable qui conduit à la sainteté ; c'est ainsi que, dans le protestantisme, en opposition à ce culte de Marie dans la croyance et dans l'art , l'esprit saint ,. l'union de l'ame avec lui , deviennent plus tard la plus haute vérité.
En troisième lieu , l'harmonie de l'esprit avec luimême, sous la foî*me du sentiment , se montre dans les disciples du Christ , dans les femmes et les amis^ qui s'attachèrent à lui. Ce sont^ pour la plupart, des caractères simples qui reçurent l'idée chrétienne dans; sa sève primitive de la bouche de leur divin ami,, dans les épanchemcnts de l'amitié , dans l'enseignement et les prédications du Christ , sans passer par les tourments extérieurs et intérieurs de la conversion. Après s'en être profondément pénétrés , ils s'y attachèrent de toute la puissance de leur ame et y restèrent fidèles. Il y a bien loin , sans doute , de cette
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union 4 la profoodieur 4|ui caractârise Famour maternel ; cependant, I*ame et le lien de cette société y c'est toujours la personne du Christ , Thabitude de la ^e en conuBun , et Tat^rait tout puissant de Tesprit.
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