‹ Cours d'esthétiqueChapitre 33 sur 47 · III. De rEsprlt de fÉgUme · texte numérisé non relu

III. De rEsprlt de fÉgUme

Il est facile de rattacher cette dernière partie du cercle religieux de Tart romantique à ce que nous venons âe dire au sujet de Thistoire du Christ. L'exis» tence immédiate du Christ, comme Dieu, sous la forme d'un homme particulier, n*est qu'un moment qui doit disparaître. Dans la manifestation de Dieu comme homme, il est évident que son existence réelle n'est pas Texistence visible. Dieu ei^t esprit, et la seule manière d'être véritable de l'absolu comme personnalité infinie est l'esprit même. Dieu n'est réellement présent que dans le monde intérieur de la conscience. Cette présence de Dieu qui réside au fond de l'ame humaine, ne se borne donc pas à un seul individu , dont l'histoire représente l'union de la nature humaine et de la nature divine. Elle s'étend à tout homme qui s'unit à Dieu , et, en général , à l'humanité , à l'ensemble des individus qui composent l'espèce humaine. Cependant , considéré en lui-même dans sa personnalité et son individualité, l'homme n'apparaît pas par son côté divin , mais , au contraire, fini, humain. Séulenoent, en tant qu'il efface et détruit en lui-même cet élément de sa nature , il arrive

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à s'unir à Dieu. C'est se rachetant de cette faute originelle y attachée à Texislence finie , que Thumanité se montre comme la réalisation de Tesprit absolu , comme Tesprit de Téglise* Ici s'accomplit l'union de l'esprit de Thomme et de l'esprit divin au sein de la vie humaine elle-même, union qui était déjà en principe dans la nature de l'idée éternelle , comme conséquence et but de son développement.

Les principales formes que présente cette nouvelle conception de l'art romantique peuvent se coordonner de la manière suivante :

L'homme qui , séparé de Dieu , vit dans le péché , daas une iMte oontinueHe avec lui-même et dans les misères de l'existence lime » a pour destination infinie de se mettre en hariiionie av^ lui-même et avec I^. Or, dans rhistotre de la nédemptioo du Christ, Fanéantissemeii t de la mtw»e .n»or telle s'est manif^ comme le moment essentîe} du développement de l'esprit; l'iiidivjdii ne pourra donc s'élever que par mn sacrifiée seiBbM>ie à la liberté et à la félicité es Dieu.

€ette destruction de Ja nature finie sa manifeste ici de trois manières.

D'abwd, par un renouvellement extérieur de l'histoire de la passion , considérée dans ses souffrances physiques : c'est le martyre.

£n second lieu , le changement s'opère à Vinté$im au fond de l'aipe. L^ réunion avec Dieu s'établit par le repentir, l'expiation, la conmsion.

CERCUE RELI4»BV\ DE l'aRT MWANTIQUE. 415

En iroisième lieu enfin , la manifestation de Dieu dans le mcMide visible se conçoit sous la forme d'un ohangenaent qtii s'accomplit dans le oours ordinaire des plwnonrànes de la nature , et qui révèle la {nris* sance et la présence de Dieu, hemirade fait ainsi partie de la représentation religieuse.

I» li« Hfivtyre*

La première manifestation de Tesprit de TégliBe dans rhonmie considéré comme individu /consiste en ce que celui-ci reflète en I|ii*-nième révolution divine^ et reproduit dans sa personne l'histoire éternelle de Dieu* Ici nous voyons disparaître de nouveau Tunioa primitive de Thomme avec Dieu » pour faire place à une union plus haute ; car il ne peut atteindre à celleci que par la destruction de sa nature finie. Ce qui ^ par conséquent, constituait déjà le centre de la sphère religieuse au premier degré , s'accroît maintenant dans une mesure beaucoup plus grande » puisque l'interv valle qui sépare l'homme de Dieu, l'ind^nité de l'homme est le principe qu'il s'a^t d'effacer ; c'est là le problème le plus élevé » Tunique problème.

Ainsi, ce qui fait le sujet de cette partie de la re« présentation religieuse » ce sont les souffrances et les tortures que font endurer la violence et les cruautés ^ ensuite le renoncement, le sacrifice volontaire, les

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privations que Ton s'impose pour exeiter la douleur , Ici martyre et les tourai^its de toule espèce ^ et eela, afin que Fespritse glorifie ^ se sente en harmonie avec lu^même, satinait dans sa propre félicité, dans son ciel à lui. Le mal physique , la douleur est , dans le martyre , un but cherohéet désiré. La grandeur de la glorification se mesure d'après celle des supplices que Thomme a endurés, et de la violence terrible à laquelle il s'est soumis. La première chose que Thomme peut sacrifier pour renoncer au monde et arriver à la sainteté , c'est son existence actuelle , sa vie , ou la satisfaction des besoins les phis essentiels. Par conséquent , Tobjet principal est ici le martyre corporel , tantôt souffert par les fidèles de la part des ennemis et des persécuteurs de la foi animés par la haine et la vengeance, tantôt volontairement recherché comme espialion^ L'homme les reçmt tous les deux dans l'exaltation de k pénitence, non comme une injustice^ mais comme une bénédiction. Par là est domptée la oh^ir rebelle et originairement pécheresse. La dureté • du cœur est brisée , et âin^i peut s'accomplir l'nmion avec Dieu.

Mais comme, dans de telles situations, la conversion du cœur ne peut Mre représentée qu'eau milieu des cruels traitements que subit le corps; le sens de là beauté se trouve ainsi fadlement blessé. Aussi, les mijets de ce genre sont une matière dangereuse pour l'ai^ En e(fet, d'abord, le (^ractère individuel des personnages doit être ici plus fortement prononcé que

CERCLE REU«1£U\ bk l'aRT ROMANTIQUE. 41 T

dans rhistmre de la pdssîon du Christ. L'empreintô de la vie actuelle et de la faiblesse humaine doit être phis marquée. D'un autre c^té^ les tourments inouïs et les tortures affreuses , les déchirements de la souffrance , les apprêts des bourreaux , les décapitations, les supplices où Ton voit rôtir ^ brûler, faire bouillir dans Thuile, étendre sur la roue, etc. , forment un spectacle odieux et repoussant qui inspire Thor^ reur , et qui est trop loin de la beauté pour que le bon goût dans Tart puisse choi»r de pareils sujets^ Sous le twpfort de Texécution , le travail de l'artiste peut être excetlenl; mais Tintérêt qiie nous prenons à ce genre ée perfection ne s'adresse toujours qu'au talent de l'artiste , et celui-ci a beau paraître se eon^ former aux lois de Tart , il s'efforce cependant vainement de miettre son sujet d'accord avec dles.

Aussi , ces représentatioRS de la souffirance physk|ae ont besoin d'être anoblies par une idée qui s'éfêve au*Klessus de ces tourments de l'ame et du coi^ , et qui laisse entievoir l'expression de la beauté. C'est l'harmonie spirituelle qui réside au fond de l'ame , et qui apparaît comme le but et la récompense des supplices endura. Les martyrs conservent par là dans leurs traits Tempréinte du divin , en opposition avec la grossièreté et la barbarie des persécuteurs de la foi. Ils souffrent la douleur et la mort pour le royaume du <»el ^et ce courage , cette force d'ame , cette constance, la sainteté en n& mot, doivent apparaître en eux d'une manière d'autant plus frappante.

41 s BE l'aut romantique.

G^pendant ^ cette foi » vive et si profonde , l'ardeuf de t'amour céleste » loalgré leur beauté ^irituelle , ne sont pas un baume divin qui guérisse le^ blés-* sures du corps; mais e'eM un seatiment intime qui maîtrise la douleur et lui doune une expression toute spirituelle ; il doit perc^ à travers la souffrance ^ et même 4an8 la glorification renfermer eneore la souf* fiaoce coume élémeut^esseiitîel. La peinture^ en particulier, a pris souvent. pour sujet la représentation d'une pareille sainteté. Le problème consiste prioeî^ paiement à exprimer cette £éUcité. intérkure des martyrs, en opposition avec les tortures de la eliair, sin^^lement dans les traits du visage , dans la regard , conmie un triomphe sur la douleur, oomnse.une sads^ (acÉîon intioMque donne la coascîene&de posséder en soi , de sentir au fond de son ame l'esprit divin. Lorsqu'au contraire , la wulptttre veut offrir aux regards des sujets du mènie genre, elle«st peu eapid»te d^exprimer la prctfomteur du sentiment -avec ce caractère de spiritualité. Elle fkit trop ressortir lasQuffr^ance physique et les tourments qui se iwanifesteot à Ja surface ducorps«

liais, il'un autrec^té, cet osprit d'abn^atiou et de sacrifice , lorsqu'il s'y yÂM m^ aspiration anleiite de l'ame vers le ci^l, au lied.de rest^dansd^just^ bornes ^ peut tomber dain» l'etagér^tiou. Il £urHve alors que las choses.de ce monde,: les iotérêtp de la vie humaine, méiiie lor8i|iiiLlls sont l^gîtimes et conformes à la raison , sonjl rabaissa» et . foulés aux

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pieds. En effet , il est: des honâines d'un esprti peu développé , à qui uu désir aveugle de sainteté et une réligiosKé mal entendue pensent faire regarder eomme profiaiies et proscrire toutes les aiffioctiocis du omir humain ^ les rapports et les devoirs de la m sockUe ; car les relations de la famille , les Uens^ du sang , de l'amitié et de l'amour , les devomdeoik^ieny ceux de la profession ^ tout befo appsfrtient an monde.- Or^ tout ce cfûi tient au monde et n'est pas immé^ dîateintent pénétré dé l'idée religiense / est alors ro^ gardé eomine quelque chose qui n'a aucune Tàleùr par soi^mênie et, par là , «'oppose à la samteté. Une telle dispontion . révèle , dans un oûsuc simple , une foi vive et ardente, mais un esprit étroit. Si nMnntehant , de pareilles am^ , persistant à r^pnrder les dioses humaines comme un pur nésint, brisent les fienSs lespiossacrésdelanatm^, c'est là une gros* sièreté d'ebprit et une vîèlehce' barbare qui des t nous Moquer et nous révolter. — Kous^pouvons donc, au point de vue de nos idées aetiielles, avoir du res*peet et une haute vénération pour les peiisonnages qui sont représentés oomine les types de cette nefigiosité profonde. Si eepc^ant k' dévotion elt poussée jus*qu'au- pepilt où nous la voyons fouler ami pieds Inut ce qui est eonfonne aux kôs de la raison , éa qni est bon et moral en soi , non-seulement nous ne pouvons sympathiser avec un pareil fanatisme de saiMeté, mais un semt^ble nenonceoœnt , déù^uisant cc4|tti est en soi' légitimé el sacré, doit nous paraître immoral

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et opposé au vérilable espriC religieux. Ce&l ce que nous offrent certakies^ landes , histcMres et poésies; par ex^nple, ce qu'on raooiBled'un homme qui, plein d'amour pour sa femme et sa famiUe j et qui , luimême , chéri de tous les siens, abandonne sa maison poiu* se faire pèlerin. Après aveÀr arré long-temps dans diverses ccmtrées, il revient sous les habits d'un mendiant, ^, sans se £ût*e reconnsétre , reçoit Taurnâne à la porte de sob logis , se fût acoorder par pitié un réduit sons les degrés d'un escalier* Il passe ainsi vingt ans dans sa |Hropre maison , témoin des inquiétudes de sa famille à son sqjet, et enfin ne se fait reconnaître qu'à sa mort. Nous ne voyons là qu^un fanatisme égoïste , que nous ne pouvons vénérer comme la sainteté; Cette constance d'abnégation pleut rappeler les pénitences .extraopdinaûpe& et bizarres que les Indous s'imposeart ai]us&i volontaireà^ent dans un but religieuii. Ge|)endant , les ^ipialions ,des Indiens ont un faut auliçe caractère. En Orient, l'homme s'abkne.dans la stupidité et dans l'oubli de sa propre existence; Ici:, aucontriiire, ic'est la souffrance, avea la consctence-^claire et le seoÉîineDt de la d0uleur9 qui^st recherchée en eUê-même.' On. croit atteindre d'autant mieux- au but que - la cUmleur est plus, intimement *liée avec la connaissance «du prix des objets auxquels on renonce , de l'amour qu'on leur porte, avec la conscience. prolongée de ce.renonceméAL Phis est riche le corur qui se soumet à de pareiltesii^preuves, plus ;il, pes^e^» lui-même de noU^ trésors.

CERCLE RfiLlGif^JX Bfi l'aRT ROMANTIQUE. 421

^ cependant^se croit obligé de les condamnar comme vains et souillés par le pédié; pkis sont t^ribl^ les diseordes et les combats qui s'élèvent dans son ama. Néanmoins , d'après notre manièrede Toir j un homme qui vH ainsi i^ré du monde réel dans un monde porên^ni idéal, qui , au milieu désintérêts de la vie positive ) se regarde comme dans une voie deper- <fition , qui , enfin , attaché à ce monde par loas les points de son coeur, considère ces relations morales comme un pur néant en comparaison de sa destinée absolue, un parril bomme doit nous apparaître, dans les souffrances qu'il se aréc lui^inéme, dans son renoncement et ses sacrifices, comme atteint de démence; de sorte que nous ne pouvons éprouver pour lui de sympallne , ni tirer de ce spectacle une véritable édification. Il manqc^ à de telles actions un but vrai, élevé et général. En eStQt, le but que Ton poursuit est entièrement personnel , c'est celui d'un individu qui ne travaille que pour lui-même, au salut de son ame , à ^ propre sainteté. Or , que précisément cet homme isolé de son espèce devienne un saint ou non , c'est ce qui n'est pas d'une bien haute importance.

li« lje Repentir et la Conversion»

Il est un mode de représentation opposé au précédent, et qui , également éloigné des tourments phy-

422 •£ l'art ROMANTiQUe.

ftk|u6s dn martyre ei d« mépris des affiBCtîons h«« HiaiBes ou de» choftee de la terre , Irouve facHemeiil sa place , ei povr le fond et pour la forme, dans le domaitte de Tart. C'est la eenversion intériewre qui , dès-knrs , exprime seulement par la douleur morale le ^Aaogement opéré au fond de Tame. Ainsi d*abord 4fiqpafaifl8enl le spectacle des cruautés et Taspect her* rîble des supplices corporels. D*un autre côté, ce n'est fimB ce zèfe religieux, presque barbare , qui , se mettant en hostilité avec le monde , se retire en lui-même, ^1 satisfait de vivre dans une solitude spirituelle, foule aux pieds toutes les jouissance» humaines dans la douleur d'un renoncement absolu. L'ame se oon* tonte de se détourna de ce qui est réeilem^it péché, perversité et mal dans la nature humaine. €'est une haute confiance puisée dans cette conviction que la foi , cette direction de l^esprit vers Dieu , est capable de rendre Tactien passée comme étrangère à celui qui l'a commise , lors même que cette action est un péché, un crime, de 'faire qu'elle soit comme si elfe a'avaût pas été , d*en effacer les traces. Ce retour du mal au bien, cet anéantissement des fautes par la honte et le repentir, par l'affermissement dans la voie deb vertu, révèlent surtout la puissance infinie de Famour religieux et la présence réelle de Tesprit divin dans Famé humaine. Le sentiment de cette force intérieure de la volonté qui , par l'assistance divine qu'elle implore, triomphe du mal, et, se mutant en harmonie avec Dieu , ^e sent unie à lui , donne alors une satis-

CERCLE RELieittCX Dfi L'aUT ROMANTIQUE. MSi

faetkm et une fôlieîlé inexprimables , la joie de ^xin-^ tcMféer au dedans de soî-même) idenlifié atec sa pmpn eitiflieiiee , Dieu le souv^n^ain bien , on o^posttMn avec le malet le péehé qsi régnent sur la terre. Sans doute uttepafeiHe conviction est toateintérioofe, et ^ par là , afi^^rtient plus à la religion qu'à Fart. Cependant , comme oe qui domine dans cet état de Famé ^ c'est le sentimeot y et que celui-ci peut encore se faire jour à travers les formes extérieures du corpft humain , les arts figuratifs , la peinture , par exemple , ont le droit de représenter de pareilles histoires de conversion. Si^epemiaBt ils reproduisent ces légendes et ces histoires d'une manière complète, beaucoup de choses doivent y figurer qui ne sont rien moins que belles y parée qu'il est dans la nature de ces sortes de sujets de renfermer des détails licencieux et repous^ sants ^ comme par exemple THistoire de V Enfant pro^ êigu$. Le eas le plus favorable pour la pâture , c'est lorsque la conversion se concentre dans une seuh^ iina^e , sans présenter ledéiaU des fautes et des crimes qm l'ont précédée. Tel est la M4Êéi$leù^y que l'cm peut citer comme le plus beau sujet de ce genre. Les Ita- Kens l'ont U*dité avec le plus de perfection et selon les règles de l'art. La Madeleine est représentée au moral et au physique comme la belle pécheresse , chez laquelle lepédié i^'ésente autant de <^rmes que la pénit^iee. Cependant , ni le péché ni la sainteté ne sont pris entièrement au sérieux. Il lui a été beaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé. On lui pardonne ,

424 ne l'abt rmahtique;

à cause de son amour et de sa beauté. Et , ee qu'il y a de vraimem touchant j c'est qu'elle se fait sempsle de soo amour, et verse des l^urmes de douleur dans la beauté pleine de semiment.de sou eœur naïf et tendre. Son erreur n'est pas d'avoir beaucoup aimé ; mais c'est chez elle une erreur bien ph» belle et plus touchante de se croire une pécheresse. Car sa beauté même donne à comprendre que son amour n'a été qu'une aflEection noble et profonde.

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