‹ Cours d'esthétiqueChapitre 38 sur 47 · DE LA CHEVALERIE · texte numérisé non relu

DE LA CHEVALERIE

prenons aux souffrances , aux espérances, aux projets renversés des malheureux amants. Le dénouement , selon qu'il est heureux ou malheureux , nous satisfait ou iiousémeul. Quelquefois , ces productions simpl^neiit nous amusent. --^ En général, cette espèce de e^iffît , ayant pour principe des circonstances purement aeci^i telles, est d'un ' ordre inférieur.

Sous tous ces rapports, sans doute, Tamaur pré^ sente un caractère élevé, parce qu'il n'est pas seulement un penchant pour l'autre sexe , mais un sentiment noble et beau, qui déploie, dans la poursuite de l'objet aimé , une grande richesse de qualités , dé l'ardeur, de la hardiesse ^ du courage, qui est capable du pkis grand dévoûment. Cependant, l'amour romantique a aussi ses imperfections. En effet, ce qui lui mMique, c'est le caractère géttércd et absolu. Il n'est toujours que \e sentiment personnel de l'individu qui , au lieu de se montrer tout occupé des grands intérêts de la vie humaine, du bien de sa famille, de rËtat, de sa patrie, des devoirs de sa position , du soin de sa liberté^ de ta religion, etc. , n'est rempli que de soi, n'aspure qu'à se retrouver dans un autre lui-même et à faire partager sa passion. Le fond de Tamour est donc le moi^ et il ne répond pas à la nature complète de l'homme. Dans la famille, dans le mariage même , au point de vue de la morale fmée et publique, la sensibilité en elle-même et cette union à laquelle elle aspire précisément avec telle personne et non avec une autre , ne jouent qu'un

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rôle secondaire. Dam Fainaur romantique , tout roule sur oe principe ) Tatlrut mutuel de deux incMifidns de sexe différent Or, pourquoi plutôt cette personne que cette autre? C'est ce qui n'a sa raison que dans une préférence toute personnelle et souvent dans le caprice. La femme a son Uen*aimé; le jeune homme a sa bien-^aimééy objet toujours incomparable, type suprême de beauté et de perfection. Mais s'il est yrai que chacun fait de cdie qu'il aime une Yémis ou quelque chose de plus , il est dair qu'il y a plusieurs femmes dont on peut en dire autant , et , au fiond , personne n'est dupe de cette illusion. Seulement, cette préférence exclusive et absolue est purement une affaire de cœur, un choix tout personnel; et trouvw la plus haute conscience de ^oi-même précisànent dans cette pa'sonne que l'on a renccHitrée , offre Taf»parence d'un jeu et d'un caprice du hasard. On reconnaît là, il est vrai , là haute liberté du sujet , et il y a loin de cette liberté à une passion comme celle de la Phèdre d'Eurjpide, soumise à la puissance d^une divinité; mais ce choix, tout libre qu'il est, par cela seul qu'il a pour principe la volonté purement individuelle , se présente comme quelque chose d'arbitraire et d'accidentel.

Par là, les collisions de l'amour, particulièrement

kM*squ'il est représenté comme entrant en lutte avec

les intérêts généraux dé la société , conservent toujours

un caractère d'accidentalité qui ne permet pas de les

■ légitimer, parce que c'est l'homme, comme individu,

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qui, avec ses exigences personnelles, s'oppose à ce qui r par son caractère essentiel , a droit à être recQnnu et respecté. Les personnage^ des hautes tragédies anciennes , Agamemnon y Clytemnestre , Oreste , OËdîpe^ Ântigone, Créon y poursuivent , il est vrai, aussi un but individuel ; mais le motif véritable , le principe qui se montra sous une forme passionnée comme le fond de leurs actions et de leur caractère , est d'une légitimité absolue , et , par là même aussi , d'un intérêt général. Aussi, les infortunes qui en sont la suite ne nous touchent pas seulement comme étant reflet d'un destin malheureux , mais comme un jnalheur qui commande le respect; elles inspirent une terreur religieuse , parce que la passion qui ne se repose que quand elle a obtenu satisfaction, renferme un principe éternel et nécessaire. Que le crime de Clytemnestre ne soit pas puni dans la pièce où Oreste poursuit la vengeance de son père, qu' Antigène meure pour avoir accompli un devoir fraternel envers Polynice , c'est là une injustice, un mal en soi ; mais ces soufirances de l'amour , ces espérances brisées, ces tourments, ce martyre qu'éprouve un amant, ce bonheur et cette félicité infinis qu'il se crée dans son imagination , ne sont nullement en soi un intérêt général; c'est quelque chose qui le regarde personnellement. Tout homipe a, il est vrai , un cœur fait pour l'amour et le droit d'y trouver le bonheur; mais lorsque précisément dans tel cas donné , dans telle ou telle circonstance, il n'atteint pas son but, aucune

injuslice ne lui est faite ; car il n'est pas nécessaire en soi qu'il s'éprenne préeisément de cette femme et que nous deyions nous intéresser à une chose aussi acoidentelle, qui dépend plus ou moins du caprice, qui n'a ni étendue ni généralité. C'est là le côté froid qui se fait sentir dans le développement de cette brû* lante passion.

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