‹ Cours d'esthétiqueChapitre 39 sur 47 · III. La WtOfOÊté · texte numérisé non relu

III. La WtOfOÊté

Le troisième sentiment essentiel à signaler comme exprimant la nifr/eclmt^ romantique dans le cercle dé la vie sociale , est la fidélité. P^ fidélité , il ne faut pas entendre ici la fidélité à une promesse d'amour^ ni la constance dans Tamitié, comme nous en trouvons le plus beau modèle dans Âcbille et Patrocle /ou dans le lien plus intime encore qui unissait Oreste et Py^ lade. L'amitié dans ce sens se développe principalement dans la jeunesse. Cest là son moment dans là vie humaine. Chaque homme à son chemin à faire dans le monde , un état , une position sociale éi conquérir et à conserver. Qr , dans la jeunesse, les vocations et les rangs ne sont pas encore fixés. Aussi les jeunes gens se lient très-facilement entre eux. Ils s'unissent si étroitement par la conformilé de senti'^ ments , de volonté et d'action , que pour deux ami«r l'entreprise de l'un devient également celle de l'autre;. 11 n'en est déjà plus de même^ de l'amitié dans l'âgé mûr. L'homme suit , dans ses relations sociales , une ligne plus indépendante. Il ne s'engage pas avec nn ami dans une communauté assez étroite pour que l'un ne puisse rien faire sans l'autre. Les hommes se rencontrent et se séparent. Leurs intérêts et leurs affaires tantôt s'accordent, tantôt sont différents. L'amitié/ l'in-

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limité même, la conformité de principes et de direction générale subsiste ; mais ce n'est plus cette amitié de la jeunesse , datiïlii^lle Tua des deux amis ne prend jamais une résolution sans l'autre et ne ferait rien qui pût n'être pas à sa convenance. Il est d'ailkm» eoM^tp^vM au principe de notre société moderne que rhomme pourvoie iut-mè«De à son sort et ne doive sa pocntioa qu^à son propre* mérite.

Si la fidélité dans raoûtié et dans l'amour* euste seulement entre égaux , la fidélité , tdie que nous devons la conaîdérer ici , se rapporte à un supérieur , à une personne d'un rang plus élevé , à un imilre ^

Nous trouvons quelque chose de semblable déjà cliez les anciens , dans la fidélilé des serviteurs , dans twr attachenient à la famille , à la* maison de leur inattre* ]Ur plus bel exemple nous en est offert dans le gi^rdî^ de pqurceaux d'Ulysse , qui s'expose jour et nuit aux intempéries de Tair pour garder ses pourceaux j^ pl^n d'inqqîétude sur )e sort de son maître^ à qui enfin il prête un fidèle secours contre les amants dc^ Pénélope. Shakespeare nous mootre l'image d'une fidélité semUable et non moins tcHicbaute dans le rot Lear^ iear4it '^ Kent, qui veut le servir : a Me connais^tu , brave homme ? — Non , se^^ur , ré-^ pond Kent ; mais il y a quelque, chose dans votre visage qui fait qiie Je yous appellerais volontiers mgii.

• Le mol aUemand si^ufif à-la««feii laaltre el seif aenr. C. B.

* Aci. 1 , se. I

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maiire. n Ceci s'ûpproche déjà beaucoup du capaetàre qui distingue la fidélité romantique. Car la fidélité v au moment où nous sommes , n'est pas celte de Tes** cfeve et du serviteur* Celte-ci peut atoir d^à quelque chose de beau ei de touchant; mais eUe manque néanmoins de la liberté et de rmd^[)eilditiiee dans rindividu ^ quant à ses fins et à ses actions propres ^ et par là elle est d'un ordre inférieur*

de que nous avons , au eoiitrakre ^ i eisaminer^ c'est la fidélité du vassal dans la chevalerie^ Ici, Tbomme; tout en se dévouant à la personne d'un iNrinee , d'Un roi ou d'un empereur , ccHsserVe sa libre indépen-^ dance comme caractère dominant de toute sa coalduite. Cette fidélité occupe cependant une place élé^ vée dans te monde chevaleresque , parce qu'elle <est le principal fien qui unit les membres de cette soeii^ et la base de son organitôtion , dit moins à son origine<

Ce sentiment , malgré sa supériorité ccmame pri»^ cipe social sur ce qui l'avait précédé , ne ressémblef néanmoins en rien au patriotisme qui a pour but ua intérêt général. Il ne s'adresse qu'à l'indi'ridu, auset*!^ giicur ^ et par là il a sa eeaidilâein dans Tboraieur^ dans l'avantage psu^ticulîer , dans l'opinion persoét aelle. La fidélité apparaît environnée de sotk plu grand éclat dans une société non encore réguJfèk*eN «ràt constituée , à demi-rbarbare ^ où le droit et la loir exercent un faible empire* Dans un pareil étatide société, les plus puissants , mn\ qui élèvent la. télé au-dessus des auti^evS, deviennent comme clés centrée

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aaicmr desquels se groupent )es inférieurs; ce sont des chefs , des princes. Les autres s'attachent à eux par un libre choix. Un pareil rapport se transforme ensuite en un lien plus positif, celui de la suzeraineté y en vertu duquel chaque vassal de son côté «'arroge dès droits et des privilèges. Mais le principe fondamratal mr lequel tout repose à Torigine /c'est le libre choix , aussi bien en ce qui concerne To^bjet sur lequel doit porter la dépendance , que sous le rapport du maintien de cette dernien^e. Aussi la fidélité chevaleresque sait trèfr-lHen conserver ses avantages et ses droits, l'indépendance et l'honneur de l'individu. Elle n'est pas reconnue comme un devoir proprement dit, dont on pourrait exiger l'acquittement contre la volonté arbitraire du sujet. Chaque vassal , au contraire , suppose toujours que la durée de spn obéis^ safnce et en général de cet ordre de choses est subordonnée à son bon plaisir et à sa nnanière de sentir personnelle.

Là fidélké et l'obéissance envers le seigneur peuvent , d'après cela^ , très-faeilém^it entrer en collision avec la passion personnelle ou avec la susceptibilité de riKHmeur , le sentiment de l'offense , l'amour et une foule d'autres accidents intérieurs ou extérieurs ; ce qiû en fait quelque chose d'éminemment précaire. Un chevalier ^ par exemple , est fidèle à son prince ; maiS4Sdtt ami a un démêlé à soutenir avec ce piânce. Le voilà eèligét de choisir entre l'une et l'autre fidélité. Avant tout , il peut rester fidèle à lui-même , à son

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