PREMIER CHAPITRE
Le pfetnfiêlr degré que nous rencontrolis n'est pas encore 'à proprement parter syn>boKque. il n'apparu tieni mèiâiie pas à la rigueur à Thi^tofre do l'art ; mais il nous ouwè la voie qoi conduit à l'art et au sym-^ bôle. C'est l'unité ^amtédi^B de l'absolu et de ia. réaMté sensible confondus et identifia sous la forme des objets de la natwe.
Le dmatiÉme degré sévi de transition pour arriver
32 DE l'art symbolique*
au symbole proprement dit. En effet y cette première unité commence à se dissoudre , et alors , d'un côté, les idées générales s'élèvent au-dessus des phénomènes particuliers de la nature , et, d'uir autre côté' cependant , malgré ce caractère de généralité conçu par Fesprit , elles doivent être d'autant plus représentées sous la forme concrète des objets physiques. Cette double tendance à spiritualiser la nature et à représenter le spirituel sous une forme sensible, tendance qui , à ce moment , est contradictoire , se manifeste par des créations fantastiques d'une imagination qui , saisie de vertige , forme un mélange grossier et bizarre des éléments les plus disparates. Elle s'aperçoit , il est vrai , de la disproportion qui existe entre l'idée et les images qui la représentent ; mais elle ne sait y remédier qu'en torturant celles-ci de manière à se perdre dans l'incommensurable et un sublime purement quantitatif. Nous vivons , par con^ séquent, à ce degré, dans un monde de riches fictions, de merveilles et de prodiges, sans cependant rencontrer des ouvrages d'art d'une véritable beauté. Ce combat entre l'idée et sa représentation ^^ensible nous conduit en iraùiime lieu au moment du symbole proprement dit , où l'œuvre d'art apparaît aussi avec son véritable caractère. Ici, en effet, cène sont plus des forme» ou des images purement sensibles qui , comme au premier <legré , s'identifient avec l'absolu sans être représentées par l'art , ou, comme au second degré , ne peuvent donner une idée de la grandeur des
conceptions générales que par une extension démesurée des formes empruntées à la nature et façonnées par rimagination. Ce qui s'offre maintenant aux re- ^rds comme représentation symbolique , c'est une image créée par Tart , qui d'un côté se montre en ell^même avec son caractère propre^ mais d'un autre côté doit nianifester une idée générale cœnbinée avec elle, et qu'il s'agit d'expliquer* , De sorte que cette image se présente comme une énigme qui demande que l'on devine son sens intérieur et caché.
Au sujet de ces formes particulières du symbole à son origine, nous devons ici faire observer qu'elles se manifestent dans les conceptions religieuses de peuples entiers. Par conséquent nous avons, sous ce rapport, à faire une exposition historique. Cependant la séparation ne peut être faite d'une manière bien exacte , parce que les modes particuliers de conception et de représentation, comme il a{qpartient aux formes de l'art, semèient et se confondent; de sorte que la forme que nous considérons comme le type fondamental de la reli^^on d'un peuple , se retrouve aussi chez un autre plus ancien ou plus moderne, quoique subordonnée et partielle. Hais, en général, nous devons chercher les représentations les plus complètes et la justification de cette théorie , pour le premier degré , dans Taneienne religion des^ Parses; pour le second , dans celle de VInde, et , pour le troisième,, dans celle de
DEDXI£ME CHAPITRF.
Dans le deuxième chapitre 9 Tidée^ jusqu'alors plus ou moins obscurcie par la forme sensible, s'en est en* fin affranchie, et apparaît à la consciMce dans Umie sa clarté. Par-là le rapport symbolique est détruit. En outre , ridée absolue étant conçue comme la $ub$tanei universelle qui pénétre toutes les parties de T univers visible , alors apparaît Tart de la subsianlialiti comme symbolique du sublime ^ à la place des conceptions fantastiques , des symboles bizarres et des énigmes.
Ici , noiis avons à considérer deux points de vue généraux qui trouvent leur principe dans le rapport différent de la substance ou de l'absolu avec le monde* €e rapport, en effet , peut-être double, pêiitif ou négatif, quoique dans les deux formes, comme c'est toujours la substance universelle qui doit se manifester, ce ne soit pas l'image particulière des choses et leur sens particulier, mais leur ameunivers elle et leur rapport avec la substance qui doivent être représentés.
Au premier degré, ce rapport est conçu de telle sorte que la substance , c'est-à-dire l'être universel et unique , affranchi de toute particularité , est immanente dah^ les existences phénoménales comme l'ame qui les pénètre et les vivifie. Dieu apparaît alors dans cette immanence , comme réellement présent en toutes choses, et il est représenté par le sacrifice volontaire que l'individu fait de lui-même , par son
absor{rtion extatique dan» la substance uoiv^t^le. Ceci nous fournira dans Tart le panihéùme du sMime, tel que nous le trouverons à son origine déjà chez les kidiens, puis, développé de la manière la plus brillante dans le mahométisme et Tart mystique qui lui est propre; enfin y avec un caractère plus subjectif et plus profond , dans quelques productions du mysticisme chrétien.
Quant au rapport négatif du sublime proprement dit f nous devons le chercher principalement dans la poésie hébraïque, dans cette poésie toute consacrée au Seigneur, qui ne sait que célébrer et exalter le mattre invisible du ciel et de la terre parce que la création tout entière n*est qu'un accident échappé de sa puissance et qui annonce sa souveraineté , un hymne à Dieu et un ornement pour sa majesté. Dans cet abaiS'* sèment de toutes les-créatures, le monde, avec ce qu'il a de plus magnifique , n'est qu'un pur néant. L'Être suprême ne peut trouver pour sa puissance et sa souveraine domination une expression adéquate et positive. Il ne peut se satisfaire que dans cette soumission absolue de la créature qui , de son côté , ne trouve la raison de son existence et sa fin que dans le sentiment et la reconnaissance de son indignité.
TROISIËME CHAPiTBE.
Par-cet affranchissement de l'idée qui a conscience d'elle-même et de son unité , est consommée sa sépa-
36 DE l'art SYMfiOLIQUfi,
ration de l'apparence visible qui est incapable de ta représenter. Si donc maintenant, dans cette séparation qui apparaît réellement à la conscience, l'image et ridée se présentent encore avec une certaine affinité intérieure, ce rapport ne réside ni dans l'une ni dans l'autre , mais dans un troisième terme : dans l'esprit de l'artiste qui, d'après sa manière prq[)re de con-» cevoir et d'imaginer, trouve entre les deux élément» des rapports de ressemblance, et profite de ces rapports pour rendre plus frappante et pour expliquer, par des images qui ont de l'analogie avec elle , l'idée qu'il présente à l'esprit.
Mais alors l'image, au lieu d'être, comme elle l'a été jusqu'ici, l'expression même de l'absolu, n'est plus qu'un simple ornement , et en même temps ap* parsdt un rapport qui ne répond plus à l'idée du beau , parce que l'image et l'idée sont séparées, au lieu d'être' fondues ensemble, comme elles l'étaient d'une manière imparfaite, il est vrai, dans l'art symbolique proprement dit. Les Oeuvres d'art , qui ont cette forme pour caractère fondamental , sont donc d'un ordre infé* rieur; l'idée qu'ils représentent peut n'être pas l'absolu lui-même ; mais quelque situation, quelque incident particulier de la vie , pour lequel les formes qui s'y adaptent ne sont employées , pour la plupart, que d'une manière occasionnelle et accessoire.
Nous avons ensuite à distinguer trois degrés principaux dans ce chapitre.
, Au premier appartient le mode de représentation
qui constitue la fable ^ la parabole ^ V apologue y etc. Ici la séparation de l'image et de Tidée , qui est le caractère général de toute cette partie du domaine de Tart, n'est pas encore formellement énoncée, et le côté subjectif de la comparaison n'est pas encore manifesté ; ce qui fait que la représentation de l'image concrète, par laquelle l'idée générale se laisse expli-quer , reste l'élément dominant.
Au second degré , au contraire , l'idée générale par-^ vient à occuper le premier rang. La forme qui l'explique ne peut plus dès lors apparaître que comme une image choisie librement par la volonté arbitraire du sujet qui compare. X ce degré se rapporte Voilégorie , la métaphore y la comparaison ^ etc.
Le troisième degré enfin laisse apparaître la séparation complète des deux éléments, qui avaient été jusqu'ici, soit immédiatement réunis dans le symbole, malgré leur mutuelle hétérogénéité , soit combinés artificiellement , malgré leur distinction et leur indépendance. Ainsi, d'un côté, dans le poème didactique^ ridée est comprise dans sa généralité prosaïque , et l'image lui est devenue complètement étrangère. D'un autre côté, dans la poésie descriptive ^ la nature est représentée dans ses formes purement extérieures. Mais^ par là même, la combinaison des deux éléments qui constituaient le symbole a disparu , et il ne nous reste plus qu'à chercher ailleurs une autre réunion de l'idée et de la forme , qui réponde véritablement h l'idée de Tart.
38 DE l'art symbolique.