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168 HIS NIRE ROMAINE.
et y trouva des provisions, qu'il s’empressa de partager entre ses soldats; mais il reçut une triste nouvelle, qui interrompit ses conquêtes. Deux Fulvius commandaient, en qualité de proconsuls, deux armées de la république. L'un, surnommé Flaccus, est celui qui avait réduit Capoue : il contenait dans le devoir les habilants indociles de la Campanie. L'autre, distingué par le surnom de Centumalus , venait d’être eonsul en 271, et il continuait de diriger les légions qui couvraient l'Apulie. Aussi brave que Flaccus, il était bien moins actif, trop indolent pour entreprendre, trop négligent pour exécuter avec un plein succès. Toutefois, entraîné par l’exemple de Marcellus, il voulait reconquérir les places de sa province qui avaient secoué le joug de Rome, et il commença par Herdonée, qui n’était forte ni par elle-même ni par sa garnison, et qui, depuis la prise de Salapie, depuis la retraite d’Annibal, passait pour disposée à se détacher de Carthage. S’étant approche de cette place, Centumalus, persuadé qu’elle allait se soumettre d'elle-même, et rassuré d'ailleurs par léloignement du général carthaginois, se dispensa de toute précaution, s’inquiéeta peu de lindiscipline de ses troupes et du désordre qui régnait dans son camp. Il avait contracté dès longtemps l'habitude de cette insouciance. Le général carthaginoïs ne manqua point d’en profiter, Averti de la sécurité du proconsul, Annibal sort brusquement de sa retraite, ne se fait suivre que des corps les plus alertes de son armée, s’avanee à grandes journées, arrive avant qu’on sache qu'il s’est mis en route. Le voilà déjà présentant la bataille. Fulvius Centumalus pense qu'il est de son honneur de ne pas la refuser : il fait sortir ses légions ; il les range comme à
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CENT DIXIÈME LEÇON. 169 peut, sans considérer que son adversaire le surpasse en forces autant qu’en habileté. Annibal invite ses guerriers à se souvenir que, deux ans auparavant, ils ont vaincu en ce même lieu un autre Fulvius; c’est le pré. sage d’une victoire nouvelle, L'action s'engage :la sixième légion romaine ose attaquer l'ennemi; elle est intrépide, mais Annibal est encore plus astucieux. Il a prescrit à ses cavaliers de se diviser en deux corps aussitôt qu'ils verront l'affaire entamée : l’un ira prendre les légionnaires en flanc ou en queue; l’autre doit envahir le camp romain. En effet, au même instant l’armée de Centumalus se sent attaquée par la cavalerie numide, et entend les cris qui partent de son camp ravagé, La sixième légion, placée à la seconde ligne, se décourage, et tombe en désordre sur la cinquième, par qui la sremière ligne est occupée. Jusqu'à ce moment, les Romains, quoiqu'en perdant beaucoup de monde, avaient intrépidement résisté autour de leurs enseignes. Mais la déroute une fois commencée s’étendit bientôt d'un corps à l’autre; il se fit au centre un carnage horrible : là périrent, avec le proconsul lui-même, onze tribuns militaires. On ne connaît pas d’une manière précise le nombre des autres victimes : les rapports varient entre sept mille et treize mille. Ceux qui échappèrent, Romains ou alliés, se réfugièrent dans le Samnum, auprès de Marcellus. Le champ de bataille resta au vainqueur, qui s’empara aussi du camp et le pilla.
: Les soldats carthaginois s’enrichirent des dépouilles de
tant de vaincus massacrés. Un succès si brillant rétablissait les affaires d’Annibal et sa gloire, affaiblie par ks revers de l’année précédente. Rome apprit avec ter-
Ë reur ce désastre imprévu, et surtout le traitement bur-
bare que les habitants d'Herdonée avaient subi pour avoir seulement mor.ré quelque penchant à se redonner à elle. Le général carthaginois venait de réduire en cen: dres cette malheureuse ville, d’abattre ses murs, de mettre à mort les chefs de la bourgeoisie, tous ceux qu’il soupçonnait de quelque intelligence avec le proconsul, de transporter le reste de la population à Thurium et à Métaponte. On craignait le même sort pour toutes les villes alliées où se déborderait le torrent afri. cain. Mais le vaillant Marcellus restait à la république. On se souvenait que les Carthaginois avaient toujours fui devant lui. En le comparant à Fabius, on reconnaissait que la circonspection du temporiseur aurait éteruisé la guerre, si l’activité de Marcellus n’eût tranché des nœuds trop longs à démêler. On n’en redoutait pas moius les revers auxquels un général entreprenant est plus exposé que celui qui sait mesurer ses mourve. ments. Une lettre de Marcellus au sénat calma tant soit peu ces alarmes : après avoir annoncé la défaite de Fulvius, il ajoutait : « Je suis tel encore qu’après la jour- «née de Cannes. Je marche contre le vainqueur, et je «compte sur le même succès qu’autrefois; je ne tarde- «rai point à modérer la joie qui l’enivre et à rabattre « sa fierté. » En effet, il sortit du Samnium, s’avança vers la Lucanie, la traversa, continua de marcher au midi, gagna le Bruttium, et vint camper dans une vallée, près de Numistron, non loin, à ce qu’il semble, de ville actuelle de Glocento. Tite-Live et Plutarque phcent Numistron chez les Bruttiens, Ptulémee chez les Lucaniens : c’est que jadis ces deux peuples n’en avaient formé qu’un seul ; et les anciens géographesles prennent volontiers Pun pour l'autre. Marcellus, en rangea
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aussitôt ses troupes en bataille, défia l'ennemi, qui avait fortifié son camp sur une hauteur voisine. L'armée de Rome occupait toute la plaine, et son aile gauche s’étendait jusqu’à la ville de Numistron. Annibal ne refusa point le combat : il se hâta de prendre des postes avantageux, disposa son aile droite ‘ur la colline, le centre et la gauche dans les vallons. À neuf heures du matin l'action commence. L’aile droite des Romains et leur première légion affrontent le choc de la milice espagnole, les éléphants, et la grêle de pierres que lancent les frondeurs baléares. Déjà fort maltraitées, elles alaient s’affaiblir de plus en plus, quand Marcellus, qui sen aperçut, fit passer son aile gauche à droite, et remplaça la première légion par la troisième. Ce mouvement était facilité par les intervalles que les Romains laissaient toujours entre leurs manipules et entre leurs lignes. Les Carthaginois, au contraire, combattaient par phalanges serrées. La bataille se renouvela plus acharnée, plus sanglante, et dura jusqu’à la nuit. Chaque parti se retira dans son camp, ayant beaucoup perdu, et sans avantage décisif pour lun ni pour l’autre. Le lendemain , dès que le soleil se lève, Marcellus conduit ses guerriers au même champ de carnage; ils y reprennent les mêmes rangs; mais ils y attendent en vain Annibal, il n'y veut pas reparaître ; il retient ses soldats à ombre des tentes. Le consul, maître du champ de bataille, livre aux légionnäires les dépouilles des morts, et fait brûler les corps des Romains tués le jour précédent. Ce spectac}e n’émeut point Annibal, qui, plus juloux de conserver ses forces que de contester des points d'honneur, décampe en silence au milieu de la
nuit suivante, et reprend le chemin de lApalie. Mais, ; I
résolu de troubler cette retraite, Marcellus , après avoir confié le soin de ses blessés à un tribun militaire dans les murs de Numistron, vole à la pnursuite des Car. thaginois, et les atteint près de Venouse, Là se livré. rent de légers combats, tantôt d'infanterie, tantôt de cavalerie, toujours à l'avantage des Roriaius. Annibal empioyait ses ruses ordinaires ; il changeait de camp, il dressait des embüûches. Mais le consul savait les éviter, et ne s’engageait qu’en des routes qu'il avait fait soi. gneusement observer. L’unique succès du général africain, dans le reste de la campagne, fut d'échapper aux batailles décisives que Marcellus tentait de provoquer. Pendant ce même temps, Fulvius Flaccus régissait la Campanie, Établi à Capoue, il vendait ou donnai', soit à loyer, soit à ferme, les maisons et les terres confisquées, sans obliger toutefois les fermiers à s'acquitter en argent : il n’exigeait d'eux que du blé pour les be: soins de Rome et des légions. Afin de maintenir la dis. cipline parmi ses soldats, il les avait délogés des maisons de Capoue, craignant pour eux le séjour d’une ville où Annibal et les sieis s'étaient amollis. Les lé gionnaires habitaient des baraques construites sur les remparts, composées de planches et de paille, couvertes en chaume, et par conséquent très-combustibles, Cent soixante Capouans concurent le dessein d'y mettre le feu. La famille de Blosius était à la tête de ce com: plot, que dénoncèrent des esclaves qu’on y avait fait entrer, Fulvius Flaccus fit fermer les portes de la ville et saisir les conspirateurs, qui furent jugés et condamnés à mort, Les délateurs reçurent en récompense dix mille as d’airain et la liberté. Ce même Fulvius transmit au sénat les prières des Acerrans, dont les maisons
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CENT DIXIÈME LEÇON. 179 avaient été brflées, et des Nucériens, qui avaient vu détruire leur ville : les pères conscrits permirent aux premiers de rebâiir leurs habitations, et transférèrent les seconds dans les murs d’Atella , sorte de châtiment que Rome infligeait assez ordinairement aux cités subjuguées. La république, à qui la conquête de la Campanie valait une grande abondance de blé, en fit porter à la garnison de la citadelle de Tarente. Une escadre, sortie des ports de l'Étrurie, y conduisit avec ces provisions un renfort de deux mille soldats, tant romains qu'alliés, et traversa les mers plus heureusement que n'avait fait la flotte commandée peu auparavant par
En Espagne, les succès du jeune Scipion passaient
Lion - les espérances, Débarqué sur la côte de ce pays
avant la fin de l'hiver, il renvoya les vaisseaux marillais qui avaient transporté ses troupes, et qui l’aaient accompagné par honneur. Depuis Empories, où il'était d’abord descendu, son armée avait marché par terre, et sa flotte avait suivi jusqu’à Tarragone. De là, visitant les villes alliées et les camps romains, il gagna ous les cœurs par laménité de ses manières, par
L'urbanité de ses discours, Avec quelle grâce il louait
ks vieux guerriers qui, sous son père et son oncle,
Luvaient si bien servi la république, et qui, depuisla mort
deces deux illustres capitaines, depuis la déroute de deux armées romaines, soutenaient avec tant de consance les attaques de trois corps d’ennemis! I! honora surtout le brave Marcius, se l’attacha, et ne rougit point de prendre ses conseils; mais, estimant peu Clau- [lius Néron, il ne le mit point au nombre de ses lieutenants ; il préféra Junius Silanus, qu’au surplus la ré-