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« quête que vous avez entreprise. » L’austère consul ne dédaigna point cet expédient, et permit au jeune soldat de passer dans les murs de Tarente comme trans. fuge. Mais, dès que celui-ci se fut établi dans la maison desa sœur, le Bruttien craignit que ses assiduités ne dé. plussent à ce nouvel hôte, et ne reparut pas. Le Taren tin, que cette réserve déconcertait, prit le parti d’en parler à sa sœur. « Ne m'avez-vous pas écrit, lui dit- «il, que vous aviez fait connaissance avec un officier « de la garnison? Par quel hasard ne l’ai-je point en. « core vu? Qu'importent sa condition et sa patrie, si « c’est un brave homme ? En temps de guerre, il est fort « sage de se ménager l'appui des étrangers; et la ne- « cessité dispense des bienséances vulgaires. » Enchantée de ce langage, la sœur en fit part au Bruttien , qui recommença ses visites, et trouva dans le frère un ami plein de bienveillance. Le plus parfait accord s'étant établi entre ces trois personnages , le Tarentin ne douti plus du succès de sa négociation. Plutarque nous aver. ut que certains auteurs racontaient autrement celte aventure : suivant eux, c'était une Bruttienne, non une Tarentine, qui, ayant d’abord gagné par ses attraits, l'affection de Fabius lui-même, alla, de l’aveu et à l’ins tigalion de ce consul, séduire dans Tarente l'officier bruttien, et le disposer en faveur de Rome. Le frère de la dame ne joue plus là aucun rôle. Les deux récits, Messieurs, pourront vous paraître également suspects: je ne voudrais garantir ni l’un ni l’autre.
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CENT ONZIÈME LEÇON. aa!
Le premier, celui qu’adoptent Tite-Live et Plutarque, se continue par des entretiens entre Fabius et le jeune Tarentin, qui , le sixième jour après le commencement des attaques, revient de nuit à la tente du consul, à travers les gardes et les postes qui environnent la place. Il a pris des arrangements avec le général bruttien, qui a promis de livrer aux Romains une porte détermince qu’il aura été chargé de défendre. Sur cette assurance, Fabius prépare un assaut général var mer et par terre, vers six heures du soir; et, au même instant, toutes les troupes romaines sortent les unes de leur amp, les autres de la citadelle, et font semblant de tenter l’escalade aux endroits par lesquels ils ne se proposent réellement pas de pénétrer. L'air retentit des cris des assaillants ; les galères s’approchent; les machines se mettent en mouvement; et les défenseurs de la ville se rassembieut vers les points qui paraissent ainsi menacés. Alors le consul, à la tête d’un fort détachement, se glisse en silence jusqu’à la porte qui lui a été désignée; l'officier bruttien lui tient parole ; les Romains franchissent les remparts, se répandent au cœur de la ville, et vont rompre une autre porte, par laquelle entrent d’autres détachements. De retour à la place publique, Fabius ordonne à ses soldats de pousser des «ris effroyables : à ce bruit, toute la garnison abandonne les murs ; elle accourt au centre, et un combat sanglant s'engage. Les bourgeois ne turdèrent pas à jeter leurs armes et à s'enfuir en désordre. Démocrate et Nicon périrent en braves : Philémène, le perfide auteur de la défection en 212, s’échappa de la mêlée, el se précipita dans un puits; c’est du moins ce que lon a supposé. Il ne reparut plus, et l’on'ne retrouva
que son cheval. Carthalon avait mis bas les armes : il tournait ses pas vers le consul, dont il espérait obtenir grâce, à raison d’une ancienne hospitalité entre sa famille et celle des Fabius; mais un soldat qui le rencontra lui trancha la tête. Les Romains im. pitoyables massacraient sans distinction tous les enne. mis, Tarentins, Bruttiens et Carthaginois. Les uns disent qu’on n’immola les Bruttiens que dans le premier feu du combat et dela victoire; d’autres, au contraire, qu'on les fit périr exprès et pour satisfaire d'anciens ressentiments ; et nous verrons, en effet, qu’à la fin de la seconde guerre punique, Rome les traitera fort dure. ment : elle prendra plaisir à les plonger dans l’ignomi. nie, les réduira au ministère de licteurs et de bourreaux. Mais, pour ne pas dépasser l’époque de lai reprise de T'arente, nous devons dire que Fabius est accusé d’avoir donné l’ordre de n’épargner aucun de ceux qui avaient contribué à livrer cette ville aux Afri cains. Il craignait, dit-on, s’il se montrait clément, d'être soupçonné d’avoir usé d'artifice plutôt que de force dans cette expédition. Voilà donc, Messieurs, ce Fabius si vanté; voilà ces Romains tant admirés! La vengeance et la vaine gloire les entraînent aux plus cruels excès : ils ne savent rien pardonner. Ils pourront devenir puissants, ils ne mériteront pas de rester libres.
Au massacre succéda le pillage. Tarente était, comme Syracuse, richement décorée, et si peuplée qu’il yrestait trente mille bourgeois que le fer n’avait point exterminés. Les vainqueurs vendirent cette population à l'enchère. De cette vente, et de ce qu’on prit, soit de monnaie, soit d'objets précieux , les questeurs reçurent pour le trésor public quatre-vingt-trois mille livres
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CENT ONZIÈME LEFCON. 223
d'or. Plutarque parle de trois mille talents en argent monnayé; ce serait seize à dix-sept millions de francs. 11 est bon d'observer que, selon Pline, Cyrus n'avait rapporté des dépouilles de l’Asie entière que trente-trois mille livres d’or; ce qui n’aide point du out à croire que Fabius en ait enlevé quatre-vingttrois mille à la seule ville de Tarente. J'ai déjà eu, Messieurs, plusieurs occasions de vous inviter à vous défier des chiffres de Tite-Live ou de ses copistes. Du reste, Fabius laissa aux Tarentins leurs statues et leurs tableaux ; il n'avait point, comme Marcellus, le goût des beaux-arts; et il ne vit dans ces chefs-d’œuvre que l'attitude donnée par les sculpteurs et les printres aux divinités tarentines : elles étaient représentées les armes à la main. « Laïissons, dit-il, à ce peuple, ses «dieux irrités, qui l'ont si mal défendu. » Il fit pourtant conduire à Rome un Hercule colossal, en bronze, ouvage du célèbre Lysippe, qui, au temps d'Alexandre, était devenu, de serrurier, sculpteur. À côté de cette statue, on érigea dans le Capitole une statue équestre de Fabius. Il restait, à Tarente, un autre colosse, haut de quarante coudées, à ce qu’on dit, et qui eût té trop difficile à transporter.
Annibal, après avoir reçu à composition le gouvernur de Rhésium et sa troupe, s'était avancé à grandes journées vers Tarente, et n’avait plus qu’une disance de cinq mu: à franchir pour y arriver, lorsqu'il ipprit la prise de cette ville. On dit qu’il s’écria : « Les «Romains ont donc aussi leur Annibal.» 1l ne recula point aussitôt : il voulut garder pendant quelques purs le poste qu’il venait d'occuper, et gagna ensuite Métaponte, où il concut l’idée d'un nouveau strata-
224 HISTOIRE ROMAINF.
gème, À son instigation, les habitants envoyèrent à Fabius une députation chargée de lui annoncer que la ville et la garnison carthaginoise allaient lui être livrées, s’il voulait donner aux bourgeois toutes les sûretés désirables. Le consul se laissait prendre à ce piége ; il indiquait le jour où il se rendrait à Métapontr; et Annibal dressait une embuscade sur le chemin, Mais les augures et les aruspices vinrent déclarer à Fabius, tout prêt à partir, que tous les présages étaient menaçants, queles entrailles des victimes ne prédisaient que des malheurs. Soit superstition, soit prudence et défiance, le consul retarda son départ. De nouveaux députés métapontins lui arrivèrent : il les fit arrêter, et l'appareil des tortures leur arracha l’aveu de h fraude qu’Annibal leur avait conseillée. Fabius se tint donc en repos : il se contenta d’avoir pris Tarente; c'était uneassez helle campagne. Caton, depuis censeur,y avait servi, âgé alors de vingt-cinqans. Cicéron lui prête, dans le livre de Senectute ces paroles : Ego Quintum Maximum, eum qui Tarentum recepit, adolescens ita dilexi.senem, ut æqualem... cumque eo mil: profectus sum ad Tarentum.
Dans notre séance prochaine, je compléterai l’histoire de cette année consulaire par le récit des succès que Scipion obtenait en Espagne.
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