‹ Cours d'études historiques [microforme] (volume 2)Chapitre 39 sur 59 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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Après un long repas on se livre au sommeil,

On attend en repos le retour du soleil.

Le jour renaît : la poupe est ceinte de guirlandes ; L’encens sur un autel exhale ses offrandes.

Du joug et de Lucine iguorant les travaux,

Une blanche victime a rougi les couteaux ;

Puis, de l'arbre noueux qui l’enchatne au rivage, Claudia du vaisseau détache le cordage.

On s'arrête au bocage où le limpide Almon

Vient perdre dans le Tibre et son onde et son nom.

Le prêtre aux cheveux blancs, à l’étole empourprée, Lave dans ces flots purs la statue adorée.

Les Phrygiens , en chœur, hurlent des chants pieux ;*

La flûte aux sons aigus, à leurs cris furieux,

S'’anime, et sous leurs mains retentit la timbale, . Claudia, précédant la pompe triomphale,

Du geste et des regards voit applaudir au loin

Sa vertu, dont Cybèle est l’auguste témoin. | Assise sur un char, par la porte Capène \ Cybèle entre, et du char qui lentement la traîne

On couronne les bœufs de guirlandes de fleurs,

Nasica, de nos murs tu lui fis les honneurs,

Métellus lui bâtit un édifice auguste,

Je ne m’arrêterai point, Messieurs, à discuter les variantes d’une tradition plus ou moins fabuleuse, surtout en ce qui concerne Claudia. En de telles matières, les récits des poëtes valent à peu près ceux des historiens. Tite-Live continue le sien en disant que les dames ro maines se disputèrent l’honneur de porter le brancarl où l’on posa la pierre divine; qu'elles remplirent suc. cessivement ce ministère assez laborieux “dans tout le cours de la route, qui se fit à pied, d'Ostie à Rome; que tous les habitants de cette capitale coururent er foule à la rencontre de la déesse; que sur son passagt l’encens brülait devant toutes les portes; qu'on la sup plia d’être à jamais propice à la république; qu’on h

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déposa au temple de la Victoire, sur le mont Palatin, en attendant qu'elle eût un sanctuaire; qu’on lui dressa un lectisterne; qu’enfin on lui consacra une fête annuclle où se célébreraient les jeux mégalésiens, c’est-àdire de la Grande Mère, Meyéans Mnrpôç. Ce nom, comme Cicéron l'a remarqué, indiquait leur origine grecque : Qui uni ludi ne verbo quidem appellantur latino, ut vocabulo ipso et appetita religio externa, et Matris Magnæ nomine suscepta déclaretsi D'autres font venir ce nom d'un temple appelé Mégalésion à Pessinonte, et consacré à Cybèle, Domat et quelquesuns des grammairiens venus après lui ont confondu ces jeux avec les grands jeux institués en l’honucur de Jupiter, de Junon et des autres divinités de première classe. Ces jeux-là se pratiquaient en septembre; les mégalésiens en avril, non aux ides, comme le suppose Tite-Live, ni le huitième jour avant les ides, comme le dit Spartien , mais la veille des nones, c’est-à-dire le quatrième jour d'avril, ainsi que nous l’apprennent les Fastes d’Ovide et les anciens calendriers. En laissant aux galli leurs cérémonies indécentes ou ignobles, les Romains s’en réservaient de plus dignes, à ce qu’ils croyaient , d’une telle solennité. Les dames chantaient et dansaient devant la statue de Cybèle; les citoyens se donnaient mutuellement des gages d'amitié, et des repas où la frugalité régnait. Les magistrats faisaient représenter des pièces de théâtre, ainsi que l’attestent les inscriptions antiques qui précèdent les comédies de Térence. Neuf jours avant les jeux mégalésiens, les prêtres galli, les quindécemvirs sibyllins et les magistrats de Rome se rendaient au confluent de l’'Almon

ou Acquataccio et du Tibre, pour y laver le char qui AIX, ‘ 24

avait transporté la Mère Idéenne, cette déesse ellemème et les ornements qui la paraient. Hérodien rapporte de plus que, vers la fin du mois de mars, la statue de Cybèle, portée sur un riche brancard, parcourait les rues, et attirait par la maguificence de son cortége Jes regards des spectateurs; que cette procession était suivie de mascarades , où l’on voyait les plébéiens des plus basses classes travestis en magistrats. Saint Augustin reproche aux Romains les chansons obscènes et les attitudes licencieuses qui déshonoraient cette fête. C’est celle que Macrobe appelle Hilaria, et qu’il place au huitième jour avant les calendes d'avril, c’est-à-dire à l’équinoxe présumé. Un pin, arbre consacré à Cybèle, y figurait : on le portait dans son sanctuaire; le tronc était enveloppé de laine, et orné de couronnes de violettes ; et l’on posait au milieu une figure d’Atys, le bien-aimé de la mère ou aïeule des dieux. De vieux calendriers indiquent cette cérémonie par les mots arbor intrat , et la fixent au 21 mars. Quid sibi vult, dit Arnobe, #{/a pinus quam semper, statis diebus, in deum matris intromittitis sancluarium ?

Avant l'entrée de la déesse idéer à Rome, Cécilius Métellus, nominé dictateur, com. . ,e l'ai dit, par le consul Crassus, avait présidé les comices où les faisceaux furent décernés à Marcus Cornélius Céthégus et à Publius Sempronius Tuditanus, alors absent comme chef de l’armée, et qui surveillait en Grèce les démarches du roi de Macédoine. Les élections et le sort assignèrent la préture urbaine à Marcius Ralla, dont les trois collègues,

Scribonius Libon, Pomponius Matho, et Tibérius Clau- #

dius Néron, furent destinés à commander, le premier dans la Gaule Cisalpine, le second en Sicile, le troisième

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CENT SRIZIÈME LEÇON. 371 en Sardaigne. On attendit, pour nommer lés proconsuls, le retour de Sempronius, l’un des consuls nouveaux. Il était en Grèce, où depuis deux ans la négligence de Sulpicius avait compromis les intérêts de Rome et servi ceux du roi de Macédoine. Ce prince s'était réconcilié avec les Étoliens; il les avait réduits à traiter avec lui; et cette paix veuait de se conclure, lorsque Sempronius, commandant trente-cinq galères, dix mille fantassins, mille cavaliers, parut à Dyrrachium ( aujourd’hui Durazzo). Quelques jours plus tôt, ce renfort aurait conservé l’Étolie aux Romains. La ressource du consul fut de susciter d’autres ennemis à Philippe, de soulever les peuplades macédoniennes les plus voisines de l'Illyrie, particulièrement les Parthins situés sur les bords de l’Aoùs, et d'assiéger Dimalle. Le roi vint camper près de l’Apollonie des Taulantiens, sur la côte occidentale de la Macédoine, et présenta la bataille à Sempronius, qui s'était enfermé dans cette place, et avait envoyé Létorius, un de ses lieutenants, en É‘olie, pour troubler, à la tête de quinze galères, une paix encore mal affermie. Le consul aima mieux soutenir un siége que de risquer une action en pleine campagne ; et Philippe, qui manquait de provisions, qui n’avait pas non plus assez de troupes, conçut d’autres desseins. Il songeait à traiter avec Rome, à obtenir au moins une trêve : il décampa, et s’enfonça dans son royaume. Des députés épirotes vinrent lui annoncer qu'un sünple entretien entre lui et Sempronius rendrait la tranquillité à ses États. La conférence eut lieu dans la ville de Phœnice, depuis Adrianople. Philippe, les chefs de l’Épire, après eux le consul, le roi des Athamanes Amynander, et des députés

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de l’Acarnanie, s’y rendirent. Un Épirote, au nom de toute sa nation, exhorta Sempronius et Philippe à la paix. Le consul y consentit; il céda même l’Atintanie aux Macédoniens, à condition que Dimalle et deux villes dont on ne reconnaît.pas bien la position, Bargule et Eugénium, appartiendraient à Rome,et que l’on comprendrait dans le traité Attale, Pleuratus, Nabis roi de Lacédémone, les Illiens, les Éléens, les Messéniens, les Athéniens. De son côté, Philippe y fit comprendre, avec l'Épireet l’Acarnanie, l’Achaïe, la Béotie, la Thessalie, et le roi de Bithynie Prusias. On signa les articles, et l’on convint d’une trêve de deux mois, pour laisser le temps de porter le traité à Rome, de le faire ratifier par le sénat, et de le rapporter à Phœnice,

Sempronius revint à Rome; et les comices par tribus nommèrent des proconsuls. Les deux consuls de l’année précédente conservèrent leurs commandements militaires : Scipion en SicHe; Licinius avec ses deux légions dans le Bruttium. On maintint Acidinus et Lentulus en Espagne, Livius dans la Gaule Cisalpine avec deux légions. Les propréteurs étaient Lucrétius Gallus près d'Ariminum, Hostilius Tubulus sur le ter. ritoire capouan, Flamininus à Tarente et chez les Sallentins, Octavius Népos sur la côte de la Sardaigne, à la tête d’une flotte de quarante vaisseaux. Les commandements étant ainsi distribués, on s’occupa de jeux publics et de cérémonies religieuses. Marcellus le fils dédia les temples voués par son père à l’'Honneur et à la Vertu. Les prodiges annoncés en cette année 204 étaient deux soleils en plein jour, une vive lumière en pleine nuit , une trace de feu de l’est à l’ouest , aperçue

à Sétia; une porte d’Anxur frappée de la foudre, une

, nom de ippe à la Atintanie

> et deux ion, Bar-

et que l'on us» Nabis les Messé-

y fit come, la Béo-

, On signa deux mois, Lome, de le à Phœnice.

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. consuls de nandements ec ses deux inus et Lene Cisalpine t Lucrétius s sur le terchez les Salà Sardaigne, x. Les comcupa de jeux cellus le fils onneur et à : année 204 e lumière en est , aperçue foudre, une

porte encore et un pan de rempart renversés par le tonnerre à Anagni, un bruit surnaturel dans le temple de Junon à Lanuvium. Vous remarquez, Messieurs , que ces prodiges varient assez peu d’une année à l’autre : c'est toujours aussi le même genre d’expiation. Neuf jours de sacrifices détournèrent les effets de ces funestes présages, et surtout d'une grêle qu'on prenait pour une pluie de pierres.

Au inilieu des délibérations du sénat sur les enrôlements à faire en différentes provinces, Fun des pères

conserits se plaignit avec amertume des douze colonies. qui ne fournissaient plus de contingents. 1l proposa de.

réprimer enfin cette désobéissance, qui tournait au détriment des colonies fidèles. On décréta que les consuls manderaient à Rome les décurions d’Albe, de Népété,

deSutrium, d’Ardée, de Calès, de Sétia, de Suessa, de.

Sora, de Carséoles, d’Intéramna, de Circée et de Narnie; qu’on les obligerait à lever un nombrede fantasss double de celui que ces villes fournissaient autrefois, et de plus cent vingt cavaliers chacune, ou trois piétons en remplacement de chaque cavalier manquant ; que cette milice, choisie dans la plus riche bourgeoisie, servirait la république hors de l'Italie; qu’en cas derefus, on retiendrait les décurions sans leur donner audience; que des tributs annuels payés par ces colonies seraient employés à l'entretien de leurs soldats ; et que les censeurs établis chez elles enverraient , avant la fin de leur magistrature, un dénombrement exact de leurs concitoyens en état de porter les armes. Les décurions se présentèrent, mais pour protester contre la rigueur du décret, Comme ils s’obstinaient à réclamer, et les consuls à leur refuser la faculté d’adresser leurs plaintes à las-

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semblée des sénateurs, on les retint à Rome, et lon envoya dans les douze cités des officiers, qui levèrent, en fort peu de temps, le nombre d’hoinmes qu'on avait déterminé,

Vous vous souvenez, Messieurs, que, sous le consulat de Lévinu:. en 210, les citoyens romains s'étaient empressés de subvenir aux besoins du trésor public. Jamais, depuis six ans, ils n'avaient réclamé le paycment des sommes avancées par eux : on ne se souvenait plus de cette dette. Lévinus, en 204, crut à propos d'en rappeler la mémoire; et, s’autorisant de la prospérité présente de la république, ik demanda et obtint le remboursement de ces emprunts en trois termes, le premier au moment même, le second trois ans après, le troisième en la cinquième année. Enhardis par cet acte de justice et de générosité, les Loeriens vinrent se plaindre des vexations tyranniques exercées sur eux par Pléminius et tolérées par Scipion. Ils étaient soutenus, excités peut-être par le vieux Fabius et par Caton, depuis censeur célèbre, mais alors âgé de trente ans et homme nouveau, né, à Tusculum, d’un père qui, bien que distingué par d’honorables services, n’était pas d’une famille illustre. Je vous ai fait remarquer, Messieurs, le jeune Caton servant sous Fabius aux siéges de Capoue et de Tarente : il acquérait déjà quelque réputation comme guerrier, comme orateur ou avorat, comme républicain loyal, intègre et austère. Ses relations avec le pythagoricien Néarque et avec le sénateur Valérius Flaccus contribuèrent à développer ses talents, son activité, son ambition. De tribun légionnaire il devint questeur militaire, et il exerçait celte fanction en Sicile pendant le proeonsulat de Scipion.

, et l'or levèrent, on avait

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le paycgs souverut à proant de la emanda et a trois terd trois ans >, Enhardis es Locrtens 1es exel'cées . Ils étaient abius et par gé de trente un père qui, ices, n'était remarquer ; its aux siééjà quelque v ou avoual, re. Ses relavec le sénavelopper ses ribun légionxerçait celle de Scipion.

CENT SEIZIÈMSB LEÇON. 375 Les goûts, les penchants, les mœurs du général et du. trésorier. ne s’accordaient guère, et il n'existait entre eux aucune sorte de sympathie. Caton osa reprocher à Scipion ses profusions, sa magnificence : « Vos « prodigalités, lui disait-il, épuisent le trésor public, re- « lâchent la discipline, amollissent les soldats, énervent « les légions. » Le proconsul répondit : « J'e-dois compte « à la république de. mes exploits, non des largesses « qui lui attachent ses guerriers et les disposent à vain- « cre pour elle. Votre devoir est de m’obéir, et vos avis « sont au moins superflus. » Offensé de ce langage, plus hautain que prudent, Caton quitta brusquement la Sicile, revint à Rome, et s’y ligua contre Scipion avec Fabius. Ils allaient disant qu'une armée destinée à porter la guerre en Afrique ne pouvait que s’affaiblir de jour en jour sous un tel général, dont les dépenses n'avaient plus de bornes, qui passait au théâtre et consacrait aux jeux, aux plaisirs, les moments réclamés par les besoins du service. Ces propos commençaient à faire quelque impression sur les esprits, quand les dix députés de Locres arrivèrent, vêtus d'habits lugubres, portant à la main des branches d’olivier,

et demandant aux consuls une audience devant le sé-

nat. Ilfallut bien la leur accorder. Leur chef, après avoir exposé les circonstances de la défection de Locres, montré que les magistrats de cette ville en étaient innocents, et n’avaient coopéré qu’à la replacer sous les lois de Rome, traça le tableau des violences de Pléminius : « Oui, disait-il, la tyrannie d’Amilcar et « de ses Africains nous avait indignés; mais Plémi- « nius et les siens les ont surpassés. Cependant nous « n’invoquons le secours ni des peuples étrangers; ni

« même des dieux immortels; nous n'’adressons nos « plaintes et nos prières qu'au sénat romain. Nous rou- « girions même de lui retracer les détails des excès in- « fâmes, des attentats exécrables commis sur nos biens, « sur nos familles, sur nos divinités tutélaires, et jus- « que sur le sanctuaire de Proserpine. La piété ro- « maine voudra, nous n’en doutons point, expier ces « profanations : rappelez votre commandant; nous ne « demandons pas que vous le condamniez sans l’en- « tendre ; s’il se justifie, vous nous le renverrez; ce sera « bien assez nous punir. » Fabius, qui, en qualité de prince du sénat, avait à répondre à cette harangue, commença par demander aux députés si les Locriens n'avaient pas dénoncé à Scipion les méfaits de Plémninius. « Certes, répliquèrent-ils, nous n’y avons pas man- « qué; mais le général s’occupait des préparatifs de sa « descente en Afrique; il n’écoutait que le comman- « dant. » C'était là précisément la réponse que Fabius désirait. Dès qu’il l'eut entendue, il fit sortir les députés, et accusa Scipion de mollesse, de complaisance, de prodigalité. 11 lui reprocha d’avoir quitté la Sicile, et d’être venu assiéger Locres, qui n’était pas de son département. Il proposa de le rappeler, et de prendre avec les tribuns du peuple les mesures nécessaires pour le faire dépouiller par les comices du titre de proconsul ; d'arrêter Pléminius, de le charger de chaînes, de le transporter à Rome, de l'entendre et de le condamner à mort, avec confiscation de ses biens, si les plaintes portées contre lui se trouvaient justes ; de, réparer, autant qu'il était possible , les iniquités commises contre les Locriens, en leur donnant le titre d’amis et d’alliés fidèles, en leur rendant leurs enfants ct leurs fem-

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ssons nos Nous rous excès innos biens, res, et juspiété roexpier ces it; nous ne z sans l’enrez; Ce sera qualité de harangue, es Locriens s de Plémins pas manaratifs de sa le commane que Fabius ortir les dépmplaisance, itté la Sicile, pas de son t de prendre essaires pour e de procon- > chaînes, de e le condamsi les plain- ; de. réparer, DmmIses CONd'amis et d’alet leurs fem-

CENT SRIZIÈME LEÇON. 377 mes, en restituant au trésor de Proserpine le double des valeurs enlevées, en expiant par des sacrifices, tels que les régleraient les pontifes, les outrages faits à la déesse; enfin en transférant en Sicile la garnison de Locres, et en la remplaçant par des troupes latines.

Des sénateurs, sans doute à l’instigation de Caton, ajoutèrent que le proconsul renonçait aux mœurs ro-

maines, dédaignait la toge, prenait le manteau ou le

pallium des Grecs, portait leur chaussure, la crepida, simple semelle attachée par des ligatures qui se croisaient, qui couvraient par intervalles le dessus du pied et se nouaient sur la jambe; qu’il ue fréquentait que les gymuases, n’étudiait que des livres grecs, ne songeait plus ni à vaincre Carthage, ni à réprimer la licence de ses propres soldats, de peur de compromettre la sicune. Cependant il restait à Scipion des amis et des défenseurs au sein du sénat; les débats qui le concernaient remplirent plusieurs séances, à la fin desquelles on adopta l'avis de Quintus Métellus : punir Pléminius, donner satisfaction aux Locriens, et, avant de prononcer sur le proconsul, entreprendre une information régulière, en charger le préteur Marcus Pomponius qui se dispose à partir pour la Sicile, lui adjoindre dix commissaires pris parmi les sénateurs, deux tribuns du peuple et un édile; fixer leur départ à trois jours: s'ils trouvent Scipion en Sicile et s'ils le jugent complice de Pléminius, le transférer à Rome; s’il est déjà parti pour l'Afrique, et s’il paraît coupable, envoyer dans son.camp l’édile, les deux tribuns du peuple et deux sénateurs ; le contraindre à repasser la mer, ct à remettre aux deux pères conscrits le commande-

meut de son armée, Le collége tribunitien tira au sort

deux de ses membres, qui furent un Marcus Claudius Marcellus, et un Lucins Cincius Alimentus. Leur départ est une exception à la règle commune, qui retenait les tribuns dans l'enceinte de Rome. Après qu'on eut consulté les pontifes sur les cérémonies expiatoires les plus convenables pour apaiser Proserpine, les commissaires allèrent s’embarquer à Rhégium. Auparavant, ils s'arrétèrent à Locres pour instruire le procès de Pléminius. On dit qu'avant leur arrivée, Scipion, pour se mettre en règle, avait envoyé un de ses lieutenants et trente chevaliers pour juger ce commandant, et que déjà il était mis aux fers. D’autres historiens disent que, relégué à Naples, il fut rencontré sur la route par Pomponius, l’un des commissaires, qui le fit re. conduire à Locres. Voilà des variantes; mais on s’accorde assez à dire que Pléminius, jeté dans une prison de Rhégium, y attendit le moment où il serait trans. féré à Rome,

Ces mesures prises, le soin le plus pressé parut être de réparer les profanations sacriléges. On obligea tous les ravisseurs à rapporter leur proie dans le sanctuaire; le surplus des rapines se compensa par l'or et l’argent apportés de Rome, et l’on célébra les sacrifices expiatoi res. Tous les soldats de la garnison reçurent l'ordre de sortir de Locres et de venir camper dans la plaine, sans rien emporter qui eût appartenu aux habitants, sans emmener avec eux aucune personne de condition libre. On remit en liberté tous les prisonniers locriens, et lon rendit aux habitants de cette ville lai faculté de vivre sous l'empire de leurs propres lois. Interrogé sur la conduite qu’avaient tenue Pléminius et Scipion, ils déclarèrent qu'ils iraient volontiers à Rhégium dé

us Claudius 8. Leur dée, qui rete- Après qu'on s expiatoires ine, les com- Auparavant, le procès de Scipion, pour es lieutenants ndant, et que oriens disent , sur la route qui le fit remais on Sacans une prison il serait transe

essé parut être Dn obligea tous s le sanctuaire; l'or et l'argent rifices expiatoi rent l'ordre de 8 la plaine, sans habitants, sans condition libre.

ers locriens, ct le la: faculté de lois. Interrogés nius et Scipion, à Rhégium dé

CENT SRISIÈMER LEÇON. 379 poser contre le commandant; mais qu'il leur semblait inutile de se rendre à Messane pour y être entendus au sujet du proconsul. Ils attestaient que Scipion n'était point coupable d'un sacrilége commis à son insu; qu'on ne pouvait lui reprocher qu’un peu trop de confiance aux paroles de Pléminius, et pas assez aux leurs; qu'ennemi du désordre, il avait trop tardé à le reconnaître et à le punir; qu'au surplus, on ne voudrait pas sans doute les exposer à encourir la disgrâce d’un personnage si noble, si célèbre et si puissant. Quoiqu'un tel témoignage n'offrît point, à beaucoup près, une pleine justification de la conduite du proconsul, les commissaires se persuadèrent qu'il suffisait pour ls dispenser d'une poursuite périlleuse. Après avoir enchaîné et envoyé à Rome Pléminius et trente-deux de ses principaux complices, ils partirent pour la Sicle, où les deux tribuns et l’édile devaient exécuter « que prescriraient contre Scipion le préteur et les dix commissaires, seuls investis, à ce qu’il semble, des pouvoirs de juges d'instruction dans cette procédure extraordinaire, On ne voit pas d'autre exemple d'une commission exerçant hors de l'Italie de pareilles fonctions à l'égard d’un général romain.

Scipion fit bonne contenance : il w’alla pas à la rencontre des commissaires ; il les attendit à Syracuse, et ne se prépara point du tout à leur adresser une harangue apologétique. Mais toutes ses troupes, cantonnées en divers quartiers de l'ile, venaient d’être rassmblées par ses ordres, et tous les vaisseaux de sa lotte s'étaient rendus de divers ports dans celui de Syracuse, Le préteur, les dix sénateurs, les deux tribuns a l'édile trouvèrent tout en ordre de bataille sur

terre et sur mer : le général les reçut chez lui, les logea honorablement, et leur servit des festins splendides. 11 paraît qu'ils s’accommodèrent assez de sa magnificence, et qu'ils se sentirent peu disposés à condamner un amphitryon chez lequel on diînait si bien. La première journée se passa en réjouissances, le lendemain en exercices de l’armée de terre. On vit ensuite des courses de galères et des représentations de batailles navales. Puis on visita les greniers publics, les arsenaux, les chantiers, les machines de siége. « Vous voyez, dit le général à ses hôtes, que « je dépense beaucoup d’argent , et que les spectacles « somptueux que mes DORE me donnent leur plai- « sent presque autant qu'à moi. » II n’y eut pas d’autres procédures. Les commissaires prirent congé du proconsul, en l’invitant à partir pour’ l'Afrique aussitôt qu’il en aurait obtenu la permission : une armée telle que la sienne serait} infailliblement victorieuse; ils allaient en porter l'assurance au sénat et au peuple romain. Leur rapport déconcerta Fabius et Caton: il n’était plus question d’intenter un procès sérieux au général; mais on poursuivit celui de Pléminius et de ses complices; le collége des tribuns les produisit devant les comices. Les mouvements de colère et d'indignation qui éclatèrent à leur première comparution s’apaisèrent par degrés. La face mutilée de Pléminius, à qui ses soldats avaient coupé, comme je vous lai dit , le nez et les oreilles, inspirait la pitié; il était d'ailleurs protégé par le grand nom de ce Scipion qui avait eu pour lui tant d’indulgence. Jamais on ne put réunir contre le gouverneur de Locres assez de suffrages pour le condamner à la mort.

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brocès sérieux Pléminius et s les produisit de colère et bmière compace mutilée de oupé , comme inspirait la pigrand nom de d’indulgence.

erneur de Loner à la mort.

CENT SEIZIÈME LRCON. 381

11 fallut, après plusieurs assemblées des tribus, le reconduire en prison, où, selon la tradition la plus commune, il mourut de maladie. Cependant l'historien Claudius Licinius, cité par Tite-Live, disait que Pléminius était resté incarcéré jusqu’au second consulat de Scipion (en 195 ); qu'alors, profitant d’une célébration de jeux publics, il avait, à force d'argent, aposté des troupes de bandits pour mettre le feu, durant la nuit, aux divers quartiers de la ville, espérant de s'évader à la faveur de l’incendie et des ténèbres; que ces brigands, effrayés eux-mêmes d’un si horrible dessein, l’avaient révélé au: :nagistrats, et, par cette dénonciation, provoqué le supplice capital du prisonnier. Je n'ai pas besoin de remarquer les invraisemblances de ce récit : comment Pléminius disposait-il encore de tant d'argent ? et, si sa détention s’est prolongée jusqu’au second consulat de Scipion, comment n’a-t-il pas obtenu de la bienveillance de cet

éminent personnage, son ancien général et presque

son ancien complice, la fin d’une captivité si longue

etsi peu légale, puisqu'il n’y avait pas eu de jugement ?

Revenons à l’an 204 : les sénateurs, loin de songer à

mettre Scipion en cause, l’autorisèrent à entreprtndre

sans délai son expédition d'Afrique , à choisir, en Si-

cile, parmi les troupes romaines celles qui lui con-

viendraient le mieux. Il résolut donc de s’embarquer aussitôt; mais son départ faillit être retardé par d’autres conjonctures.

Nous avons vu, Messieurs, que Syphax, roi des Numides Massésyliens, avait d'abord embrassé le parti de Rome; mais qu'Asdrubal, fils de Giscon et père de Sophonisbe, était parvenu à l’en détacher, A toutes les

grâces de son sexe, Sophonisbe joignait un courage viril et des talents cultivés par uneéducation excellente; elle passait surtout pour-une très-habile musicienne. Son père, après lavoir promise à Masinissa, l'avait accordée à Syphax, dont il espérait tirer un meilleur parti, et qui en effet signa une ligue offensive et dé. fensive avec Carthage. Sophonisbe prit un tel ascendant sur son époux, qu’elle lui dicta une lettre à Suipion, conçue en ces termes : « Si vous comptez sur « mon assistance, désabusez-vous. Songez que la reine « de Massésylie est Garthaginoise; épargnez-moi la « dure nécessité de combattre en Afrique dans les « rangs de vos ennemis. » Le proconsul reçut cette lettre à Syracuse, et y fitaussitôt unetrès-courte réponse, où il engageait Syphax à ne pas violer les droits sa. crés de l'hospitalité, à craindre le courroux des dieux et la vengeance des hommes. Scipion pourtant ne laissa point transpirer cette nouvelle, qui aurait pu décourager ses soldats; et, pour en prévenir les effets, il eut recours à l’artifice, ou, puisqu'il faut le dire, au mensonge. Il assembla ses troupes, et leur dit : «Les deux rois «numides me pressent de hâter la descente. Masinissa «s’est plaint à Lélius de mes lenteurs; aujourd’hui Sy- «phax m’exhorte à ne plus différer, parce que, si je « changeais de résolution, il se verrait contraint de trai- «ter avec Carthage. Tout est prêt; je vais rassembler «et ma flotte et mon armée de terre à Lilybée. » Ayant ainsi rallumé l’ardeur des soldats, il invita le préteur Pomponius à se rendre en ce même lieu, où ils concerteraient ensemble le partage des légions entre k Sicile et l'Afrique. Bientôt tant de bataillons, de vais: seaux et de barques se réunirent à Lilybée, que la ville

un courage excellente; musicienne.

issa, l'avait un meilleur nsive et déin tel ascenlettre à Suicomptez sur z que la reine rgnez-moi la ique dans les 1 reçut cette ourte réponse, les droits saroux des dieux urtant ne laissa rait pu découles effets, il eut dire, au men- . «Les deux rois ente. Masiniss ujourd’hui Syparce que, si je ntraint de trai-

vais rassembler ilybée. » Ayant vita le préteur eu, où ils conégions entre h

illons , de vais:

bée, que la ville

CENT * ‘IZIÈME LEÇON.

et le-port ne pouvaient plus les contenir. Tous les guerriers, tous les marins sollicitaient l'honneur de prendre part à une expédition dont le succès leur semblait certain. Les soldats qui restaient échappés du désastre de Cannes entrevoyaient une fin glorieuse de leur ignominieux exil. Scipion ne les dédaigna point; il choisit la cinquième et la sixième légion dont ils faisaient partie. Il fit la revue de toutes les autres troupes romaines et alliées, et augmenta chaque légion jusqu’à six mille deux cents hommes de pied et trois cents cavaliers. Quel nombre total de soldats emmenait-il en Afrique? Quelques historiens disent seulement dix mille d'infanterie et deux mille deux cents de cavalerie; Appien dit seize mille fantassins et seize cents chevaux; d’autres, trente-cinq mille hommes en tout. Cœlius, dans Tite-Live, affirme que la Sicile resta déserte, et que la flotte était chargée d’une telle multitude de guerriers et de nautoniers, que leurs cris faisaient tomber les oiseaux du ciel. En écartant ces exagérations, nous voyons au moins que l'armement était fort considérable, quoiqu'il se soit accompli avec beaucoup d'ordre. Lélius, créé amiral, fit embarquer et retint à bord les gens de mer. Le préteur Pomponius opéra le chargement des vivres, des machines et des outils; Scipion distribua les troupes de terre sur ls vaisseaux, et convoqua ensuite dans la grande place de Lilybée, pour y recevoir ses derniers ordres, tous les capitaines de vaisseaux, tous les pilotes, et deux soldats de chaque bord. Il s’assura par leur témoignage que chaque bâtiment était approvisionné d'eau, de blé pour quarante jours, de pain cuit pour quinze. Il recommanda la concorde entre les matelots

et les soldats; ceux-ci devaient faire la manœuvre sous les ordres des pilotes. Toutes ces précautions étant prises, il mit la flotte en ordre de bataille. 11 commandait, avec son frère Lucius, l'aile droite, coinposée de vingt galères. Un égal nombre de vaisseaux formait l'aile gauche, conduite par Lélius et par Caton, revenu de Rome pour être questeur en ‘Afrique. Ces deux ailes couvraient les barques et les bâtiments de transport, placés au centre. Trois fanaux devaient brûler sur chaque galère portant un commandant, deux sur chaque navire de transport, un sur chaque vaisseau à proue; les pilotes avaient ordre de se diriger vers les Empories, près de la petite Syrte; mais, soit que cet ordre fût déguisé, soit que Scipion, après l'avoir donné, ait changé de dessein , il est sûr que la flotte n’aborda point aux Empories.

Appien la compose de cinquante-deux galères et de quatre cents bâtiments de transport, sans compter les chaloupes ni les brigantins; Tite-Live la réduit à cinquaute galères. Lorsqu'elle fut sur le point de mettreà la voile, les habitants de Lilybée et des députés de toutes les villes siciliennes vinrent lui souhaiter un heureux voyage; les troupes qui devaient rester dans l'île bordaient la côte. On passa la nuit à considérer cette armée navale ; les fanaux réfléchis par l'onde formaient une illumination brillante. Au point du jour, Scipion parut sur la poupe de sa galère; et, après avoir commandé le silence par le ministère d’un héraut, il adressa une prière fervente aux dieux de la mer et du ciel, fit égorger une victime, et en jéta les entrailles dans les flots. Au son de la trompette, on leva l'ancre; et, le vent étant favorable , on perdit bientôt de vue les

œmuvi'e SOUS ; étant pri- »mmandait, ée de vingt rmait l'aile , revenu de s deux ailes e transport, ûler sur cha- , sur chaque eau à proue; rs les Empocet ordre fût r donné, ait ’aborda point

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rivages. Vers midi, il s'éleva un brouillard qui pouvait causer du désordre. Les vaisseaux commençaient de s’entre-choquer. Heureusement la mer devint plus calme ; et l’on vogua sans péril durant la nuit, que néanmoius les brouillards rendaient plus obscure, Le soleil à son lever les dissipa, et le vent souffla plus fort. On entrevoyait les côtes africaines; et le premier pilote vint avertir Scipion qu’on n'était plus qu’à cinq milles du promontoire de Mercure, aujourd'hui le cap Bon. Le proconsul adressa aux dieux une nouvelle prière, et fit déployer les voiles : il cherchait un lieu commode pour le débarquement. Tout à coup un brouillard, semblable à celui de la veille, lui déroba la vue de la côte; le vent tomba, la nuit survint : il fallut jeter l'ancre. Le lever du soleil éclaircit l'atmosphère, ramena un vent favorable, et montra l’Afrique à tous les regards. Le général demanda le nom du cap le plus voisin'; c’est, lui répondit-on, le Beau promontoire : « Heureux au- « gure ! répliqua-t-il : c’est là que nous abordons. » En effet, le débarquement s’y opéra sans dommage et sans obstacle. Tel est, Messieurs, le récit le plus accrédité de cette navigation. Tite-Live lisait néanmoins dans Cœlius que Scipion avait éprouvé le courroux de la mer, des vents et des dieux; que ses vaisseaux , repoussés vers l’île d'Égimure, y avaient été presque fracassés, et que la descente en Afrique ne s'était faite que sur des chaloupes et en désordre.

Pendant que Scipion préparait et conduisait cette expédition , Annibal continuait d'occuper une partie du Bruttium, et Magon d’agiter la Ligurie, la Cisalpine, la Toscane. Le sort assigna l’Étrurie au consul Sem-

pronius, et à son collègue l'Italie méridionale. Sempro- AIX. 25

‘nius marcha donc sur Crotone,où Annibal était campé, et rencontra l’armée carthaginoise. Il n’y eut pas de 2 bataille rangée; mais quelques manipules furent bat- | ' tus par un corps d’Africains, et se retirèrent dans leur camp, après avoir essuyé une perte d'environ douze cents hommes. Annibal n’essaya point de compléter sa victoire par une action plus décisive; et le consul crut à propos de se poster un peu plus loin de l'ennemi. Il attendit là un renfort que Jui amena le proconsul Licinius, et revint défier Annibal, qui ne refusa point le combat. Sempronius plaça en premières lignes ses propres légions, employa celle de Licinius comme corps de réserve, et fit vœu de bâtir un temple à la Fortune, si elle favorisait ses armes. Heureux en effet ce jour-là, ou plutôt secondé par la valeur de ses guerriers, il mit l’armée carthaginoise en déroute, lui tua quatre mille hommes, en prit trois cents, et enleva onze étendards. Annibal, forcé de se resserrer plus étroitement, ne reparut plus en campagne de toute cette année. Le consul prit d'assaut Pétélie, et reçut à discrétion quelques autres villes du Bruttium, Clampétie ou Lampétie, Consentia, Pandosie, qui semblent correspondre à Amantea, Cosenza et Castel Franco ou Mendocino en Ca: labre. Rentré dans Rome, Sempronius fit marché avec des entrepreneurs pour la construction du temple qu'il avait voué.

Son collègue Céthégus ne trouvait pas l’occasion de se mesurer avec Magon, qui ne hasardait point de batailles, et qui se bornait à des intrigues secrètes pour soulever contre Rome les Cisalpins et les Gaulois. Ta sagesse et la modération de Céthégus déjouèrent ces manœuvres ténébreuses. Plusieurs personnages émi-

ait campé, ut pas de urent bat-

t dans leur ron douze ympléter sa consul crut le l'ennemi.

> proconsul refusa point es lignes ses omme corps la Fortune, et ce jour-là, rriers , il mit quatre mille ze étendards.

ment, ne rCnée. Le contion quelques ampétie, Condre à Amandocino en Càmaréhé avec u temple qu'il

pas l'occasion rdait point de s secrètes pour es Gaulois. Ja déjouèrent ces sonnages émi-

CENT SEJZIÈME LEÇON. 387 nents avaient pratiqué des intelligences avec Magon, soit en allant le visiter, soit en lui adressant des messages. Le consul les jugea , les condamna, et leur laissa le temps de s'exiler ; il se contenta de confisquer leurs biens.

Au sein de Rome, Livius et Néron , anciens ennemis, anciens collègues, que vous avez vus consuls ensemble en 207, se trouvaient associés de nouveau dans la fonction de censeurs. On ne se plaignit pas de la liste des sénateurs qu’ils publièrent : ils s'étaient accordés à maintenir à la tête de ce tableau Fabius, presque centenaire en 204 , et à exclure sept personnages, peu estimés à ce qu'il semble, et dont aucun n'avait encore exercé de charges curules. Mais, en faisant la révision de l’ordre équestre, auquel ils appartenaient l’un et l'autre, ils s’abandonnèrent, sans réserve et sans pudeur, aux mouvements de leur vieille inimitié : on vit Néron ôter à Livius ,et Livius à Néron , le cheval public; ils se dégradèrent réciproquement, et se dépouillèrent même l’un l’autre de tous les droits de cité. À ce scandale, Livius en ajouta un plus odieux encore : il déclara déchues du rang de citoyens romains , et réduites à la condition de tributaires, ærar&, les trente-quatre. tribus qui l'avaient condamné en 219, y compris la sienneet celle de son collègue, l’Arniensis et la Pollia : il n’en exceptait qu'une trente-cinquième, la Mæcia, la seule qui l’eût absous. Cet acte étrange a été cité par Montesquieu en ces termes : « Livius nota le « peuple même; et, de trente-cinq tribus, il en mit « trente-quatre au rang de ceux qui n'avaient point de « part aux priviléges de la ville. Car, disait-il, après

« m'avoir condamné, vous m'avez fait consul et cen- « seur : il faut donc que vous ayez prévariqué, ou une « fois en m’infligeant' une peine, ou deux fois en me « créant consul et censeur. » On a besoin, Messieurs, pour admettre un tel article dans l’histoire, de s’assurer que ces lignes de Montesquieu ne sont en effet qu’une traduction fidèle de l'historien latin : ZLivius… præter Mæciam tribum... populum romanum omnem, quatuor et triginta tribus, ærarios reliquit; quod et innocentem se condemnassent , et condemnatum consulem et censorem fecissent, neque infitiari possent autjudicio semel, aut comitiis bis ab se peccatum esse. C'est pourtant après avoir rapporté cet acte de la cénsure, que Montesquieu s’écrie : « C’étoit une institution « bien sage. » Il faut, Messieurs ,qu’il y ait des manières bien diverses d’envisager l’état social ; car la dégradation de tout un peuple par un de ses magistrats ne me semblerait qu’un acte de démence, ou que la plus indécente dérision. Ce fait et les sentences des deux censeurs l’un contre l’autre ne seraient que des extravagances ; j'aime mieux les révoquer en doute, quoique Tite-Live les raconte: non, de tels excès ne sont pas croyables !

On rapporte aussi que Livius, durant sa ‘censure, établit un impôt sur le sel, et rendit cette denrée beaucoup plus chère en certains lieux qu’en d’autres. On explique par là son surnom de Salinator, qui resta depuis attaché à l’une des branches de la famille Livia. Les autres actes attribués à ce censeur et à son collègue sont une ordonnance qui fit payer plus exactement le tribut destiné à la construction des temples et des édi-

fic Bo ave ver dor que tor:

arn colc indi serv E que, mille main

sul et cenué, ou une fois en me Messieurs, , de s'assunt en effet + Livius….

um omnem;, it; quod et natum conjari posseni ccatum esse.

te de la cênae institution des manières la dégradanagistrats ne que la plus ces des deux e des extravapute, quoique bs ne sont pas

t sa censure; » denrée beauautres. On exui resta depuis ille Livia. Les x son collègue exactement le bles et des édi-

fices publics, l'ouverture d'une rue depuis la place aux Bœufs jusqu'au temple de Vénus, un marché passé avec des entrepreneurs pour bâtir un temple à la Cybèle venue de Pessinonte; enfin un dénombrement qui donna un total de deux cent quinze mille, ou, selou quelques manuscrits de Tite-Live, de deux cent quatorze mille deux cents citoyens en état de porter les armes. Ces censeurs réglèrent aussi que, désormais, les colonies enverraient des tables de leur population, avec indication des âges et des conditions requises pour le service militaire.

En 220, deux ans avant la seconde guerre punique, on avait compté à Rome deux cent soixante-dix mille deux cent treize citoyens capables de ce service; maintenant il ne s’en retrouve que deux cent quinze mille: quatorze ans de guerre en ont diminué le nombre de plus de cinquante-cinq mille.

Je dois faire mention aussi, sous l’an 204, de la célébration des jeux romains par les édiles curules Caius Livius et Marcus Servilius Géminus; des jeux plébéiens par les édiles plébéiens Publius Ælius et Publius Villius. Ces fêtes furent accompagnées d’un lectisterne ou*banquet sacré à Jupiter, dont le temple capitolin avait été auparavant enrichi d’un quadrige d’or. On élut en cette même année quelques pontifes : Tibérius Véturius Philo devint grand prêtre de Mars, flamen martialis, en remplacement d’Æmilius Régulus décédé. Aurélius Cotta succéda de même à Pomponius Matho dans le collége des quindécemvirs. Ce Matho, qui était de plus augure, eut, en cette qualité, pour successeur Tibérius Sempronius Gracchus, qui avait

à peine l'âge de puberté, et qui fut, depuis, l’un des

deux Gracques si célèbres comme tribuns du peuple. Nous achèverons la prochaine fois l'histoire du

consulat de Céthégus et de Sempronius jusqu'au 14

février de l'an 203 avant l'ère vulgaire.

, l'un des | peuple.

istoire du squ'au 14

LL LR LR VALLE LOR LR RL BLLLLLLLLELSTLLLLLAU ES LL VER VRELLR LA LEE LLLR LES

ANNALES ROMAINFS. ANNÉES 204 ET 203 AVANT 1. C. — SECONDE GUERRE PUNIQUE.

Messieurs, nous avons commencé notre dernière séance par le récit des troubles que suscitèrent en Espagne les rois Indibilis et Mandonius. Les proconsuls Lentulus et Acidinus vainquirent ces deux chefs de la rébellion : Indibilis périt, Mandonius tomba au pouvoir des Romains. Une peste qui désolait l’Italie mértdionale, où commandait le consul Crassus, disposa les esprits à de nouvelles pratiques superstitieuses. On fit venir de Pessinonte une pierre qualifiée Cybèle ou la Mère Idéenne. J’ai recueilli les détails relatifs à cette déesse et à son entrée dans Rome, où il existait déjà bien assez d’autres idoles. Métellus présida , en qualité de dictateur, les comices qui élurent les consuls de lan 204, Céthégus et Sempronius Tuditanus. Ce dernier, avant de se rendre à Rome, termina en Grèce des négociations qui détachèrent du parti de Carthage le roi de Macédoine Philippe. On distribua les commandements militaires, on leva des soldats, on prit des mesures pour contraindre les colonies à fournir des contingents, et l'on remboursa les sommes avancées en 2 r0 par les citoyens pour subvenir aux besoins du trésor public. Scipion, depuis l'expiration de ses fonctions consulaires, restait en Sicile comme proconsul. Caton, questeur militaire dans cette île, revint à Rome, et seconda les manœuvres du vieux Fabius contre Scipion : ils espé-

392 HISTOÏIRF ROMAINE.

raient que ce général se trouverait compromis par les poursuites qu'on allait exercer contre Pléminius eceusé par les Locriens. Pléminius fut condamné; mais les commissaires envoyés en Sicile pour instruire le procès de Scipion lui rendirent de si honorables témoignages, que le sénat l’autorisa enfin à descendre en Afrique. Je vous ai exposé ce qu'on sait des préparatifs de son expédition, et des circonstances de sa traversée de Lilybée au Beau promontoire. Les récits que vous avez ensuite entendus concernaient d’une part Îes opérations militaires des deux consuls de 204, savoir de Sempronius dans le Bruttium, où il vainquit Annibal, et de Céthégus, qui déconcerta en Étrurie les manœuvres secrètes de Magon; de l’autre, les abus inouïs et presque incroyables qu’on suppose que les censeurs Claudius Néron et Livius Salinator ont faits de leur autorité. Vous avez vu aussi, Messieurs, que Syphax, lun des rois numides , était devenu l'époux de la fille d’Asdrubal, Sophonisbe, auparavant promise à Masinissa ; et, dans l’une de nos séances précédentes, je vous ai entretenus des aventures de Masinissa lui-même, de son détrônement, et des obstacles qui s’opposaient encore à sa restauration, au moment de sa conférence avec Lélius. L’effroi que son conrage inspirait aux Carthaginois, et la nouvelle qu'ils reçurent du débarquement de Scipion, les portèrent à ménager vntie les deux princes numides une réconciliatio®: «1: 11%: appare: Sophonisbe, par ordre de son père, y disposa son époux Syphax: Tite-Live donne ici à Masinissa une escorte de deux mille cavaliers, qui paraît peu conciliable avec la position de ce monarque errant et dépouillé. Quoi qu'il en soit, Syphax le remet en possession du trônt

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sion du tront

de la Massylie, garde en otage la reine mère , et se coufie aux paroles de Carthage, qui a promis secrètement de renverser Masinissa aussitôt après le départ de Scipion. Mais le roi massylien, qui a pénétré le mystère de cette intrigue, s’est aussi concerté en secret avec le général romain; et, de tous les côtés, la négocation est frauduleuse, Asdrubal, Syphax et Masinissa commanuent chacun une armée; ils forment trois camps séparés aux environs d’'Utique, et doivent se réuuir contre l’armée du proconsul, Syphax néanmoins fait semblant de tenir encore à son ancienne alliance avec Rome, et Masinissa d’être tout dévoué à Carthage. Scipion, trop éclairé pour être dupe de ces artifices, accordait une pleine et juste confiance à Masinissa, et ne voyait dans Syphax qu’un ennemi déguisé ; mais il feignait aussi de prendre au sérieux leur langage, et songeait à profiter de la terreur que sa descente soudaine avait répandue. Depuis cinquante ans, dit Tite-Live, et plus réellement depuis cinquante-deux, l'Afrique n'avait pas vu débarquer sur ses rivages une armée romaine aussi imposante, On désertait les campagnes; Îles chemins se couvraient de fugitifs, hommes; femmes, enfants ct bestiaux ; et les villes qui leur servaient de refuges se livraient aux plus funestes alarmes. Carthage surtout se croyait menacée de sa ruine, Qu'étaient-ce qu'un Asdrubal Giscon, qu'un Syphax, et qu’une armée novice , en présence de légions romaines commandées par Scipion? Les Carthaginois coururent aux ares , bordèrent leurs remparts , fermèrent leurs portes, posèrent des sentinelles sur les murs, des gardes avancées en dehors. Scipion cependant était encore loin; sa flotte se dirigeait vers Utique; son armée

marchait à peu de distance de la mer, et occupait des hauteurs qui dominaient la plaine. Carthage expédia un camp volant, sous la conduite d’un jeune capitaine nommé Hannon, chargé d'observer l'ennemi, et destiné à périr dans le premier combat. Sa troupe, composée de cinq cents hommes, tomba dans un détachement de four. rageurs romains, succomba, et perdit son jeune commandant. Le proconsul profita d’un si favorable augure, prit et pilla une cité opulente. Appien nomme ici la ville de Locha, peut-être la même qui est appelée Élica ou Ilica par Ptolémée; et il ajoute que le vainqueur accorda la vieet la liberté à ceux des habitants que la fureur des soldats avait épargnés. Au contraire, chez Tite-Live, qui n'indique pas le nom de la place, huit mille des assiégés sont réduits en captivité. Il est vrai qu'un héraut ayant demandé pour eux la vie sauve, ct la permission de sortir de leurs murs en les abandonnant aux Romains, Scipion avait fait sonner la retraite, pour ne pas commencer sa conquête par une exécution cruelle; mais ses soldats, altérés de pillage, refusèrent de lui obéir, continuèrent l’escalade, forcèrent la place, s’y répandirent, passèrent au fil de l'épée tous les habitants, jusqu'aux enfants et aux femmes. Il se peut que le général ait traité avec bienveillance ceux qui avaient échappé en petit nombre à ce carnage, et qu'il les ait fait transporter sur des barques en Sicile. On dit qu'il punit sévèrement la désobéissance qui venait d'avoir de si atroces effets ; que, les centurions ayant été reconnus pour les promoteurs de ces attentats, trois d’entre eux, désignés par le sort, subirent le dernier supplice, et que les soldats se virent frustrés de toute part au butin. Le fruit le plus heureux de cette

occupait des age expédia ine capitaine ni, et destiné composée de ment de fourune commanable augure, nomme ici la i est appelée > que le vaindes habitants Au contraire, e la place, huit ité, Il est vrai a vie sauve, ct n les abandonner la retraite, unc exécution age, refusèrent èrent la place, e tous les habi- Ilse peut que eux qui avaient et qu’il les ait Sicile. On di ce qui venait nturions ayant ces attentats, ubirent le derent frustrés de

ureux de cette

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 395 première conquête était de recouvrer un grand nombre de guerriers romains, qu’Annibal et Asdrubal avaient faits prisonniers en Italie ou en Espagne, et condamnés à labourer, comme esclaves, les terres d’Atrique.

Masinissa eut une conférence clandestine avec Scipion , qui lui recommanda de persévérer dans son déguisement , et d’abuser quelque temps encore les Carthaginois ; de ne se déclarer ouvertement pour Roine que lorsqu'il les aurait entraînés dans un piége. Le roi de Massylie, indigné surtout de la détention de sa mère, attendait avec impatience l’occasion de se venger. Le récit de ces faits et de ceux qui vont suivre se complique de tant de variantes et de contradictions dans les livres de Tite-Live, d’Appien, de Zonaras, qu'il ne suffirait pas d’en recueillir de simples extraits; il faut les choisir, les coordonner, les accorder, établir entre les détails l’enchaînement le plus naturel ou le plus plausible. C’est ce que nous tâcherons de faire, sans entrer dans toutes les discussions qu’une telle matière pourrait entraîner.

Scipion, après son entrevue avec Masinissa, s’approcha d’Utique; et le prince numide rejoignit Asdrubal Giscon , chef d’une armée de trente mille homines d'infanterie et de trois mille de cavalerie, selon Tite- Live. Appien réduit le premier de ces nombres à vingt mille, élève le second à sept mille, et y ajoute cent quarante éléphants. Admis dans tous les conseils de guerre d'Asdrubal, Masinissa lui persuada d'envoyer un jeune officier, nommé encore Hannon, à la tête d'un petit corps de fantassins et de mille cavaliers, afin de reconnaître les mouvements de l’armée romaine. Nous supposcrons avec Appien que ce jeune Hannon était un

fils d’Asdrubal Giscon, et non le fils d’un Amilcar indiqué par Tite-Live. Nous distinguerons aussi ce détachement carthaginois de celui qui avait été mis en campagne et battu avant la prise de Locha. J’avouerai pourtant que les deux faits se ressemblent assez pour qu’il soit permis de les confondre; car c’est de part et d'autre un jeune Hannon, et un combat où les Africains succombent. Masinissa, en conseillant la deuxième entreprise, promettait de la seconder avec sa cavalerie numide : il suivit en effet le fils d’Asdrubal, mais pour lui tendre un piége. Dès la veille, Scipion avait été averti par Masinissa de cette tentative, et invité à embusquer cinq mille hommes près de la tour d’Agathocle , à trente stades d’Utique. Hannon ne rencontra d’abord qu’un très-petit corps de Romains, dont il ne devait pas s’effrayer; il l’attaqua, le mit en fuite, le poursuivit jusqu’à la tour. Tout à coup les cinq mille enveloppent les Carthaginois; et Masinissa, qui suit, joint ses forces à celles des Romains. Tout le détachement africain est exterminé, hormis quatre cents hommes qui demeurent prisonniers, et au nombre desquels est leur jeune chef. Masinissa veille avec un grand soin sur les jours d'Hannon, le prend par la main et le conduit à Scipion , le destinant à être échangé contre la reine mère de Massylie, que Syphax retient captive. Asdrubal en effet redemande son fils; Masinissa réclame sa mère : l'échange se consomme ; le monarque massylien se déclare ouvertement l’allié de Rome, et joint sa cavalerie à l’armée de Scipion.

* Les choses ne se passent pas tout à fait ainsi dans Tite-Live. Là, Scipion s’est avancé jusqu’au voisinage d'Utique, et il campe à mille pas de cette ville, lorsque

ilcar indisi ce détaté mis en J'avouerai assez pour de part et es Africains a deuxième sa cavalerie , mais pour on avait été et invité à tour d’'Agane rencontra s, dont il ne en fuite, le es cinq mille ssa, qui suit, t le détachee cents homhbre desquels un grand soin sain et le conngé contre la t captive. Asnissa réclame arque massy" e,et joint sa

ait ainsi dans ’au voisinage ville, lorsque

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 397 Hannon, fils d’Amilcar, se met en campagne à la tête d'une faible troupe, recrute des Numides, forme un corps de quatre mille cavaliers, et se cantonne dans Salère, ville située à quinze milles du camp romain. Scipion s'étonne de l'audace d’un si petit nombre d’ennemis, et s'adresse à Masinissa, qui, selon ce récit, s'est déjà rangé sous les étendards romains. Le roi de Massylie conduit l'élite de ses cavaliers jusqu’aux portes de Salère, pour attirer Hannon dans la plaine; et Scipion marche à la suite de Masinissa. Hannon sort de la place : on le défie; on l’amorce, en lui laissant obtenir quelques avantages, jusqu’à ce qu'il soit enveloppé par des troupes beaucoup plus nombreuses que les siennes. Mille de ses soldats périssent avec lui sur lechamp de bataille ; deux mille autres, qui prennent la fuite, sont atteints et massacrés par les vainqueurs; et, parmi tant de morts, on en distingue deux cents qui, par leur naissance ou leurs richesses, tiennent un rang éminent dans Carthage.

Jusqu'à ce temps, Syphax avait paru garder une sorte de neutralité : mais, lorsqu'il vit son rival dans le parti des Romains , il n'hésita plus à se montrer leur enuemi; et,renonçant à son prétendu rôle de médiateur, il promit de tenir à la disposition des Carthaginois son armée, composée de cinquante mille hommes de pied et dix mille chevaux. Scipion, sans s’épouvanter de cet appareil, s’empara de Salère ou Salarca, selon quelques manuscrits de Tite-Live, y établit une garnison, força des villes et des bourgs, dévasta les champs, frappa d'effroi toute la contrée, et, pour la seconde fois, envoya en Sicile des vaisseaux chargés de butin. Asdrubal résolut de lui livrer une bataille, et le prit en queue, tan-

dis que le lieutenant Magon l’attaquait de front. Scipion sut se défendre des deux côtés : il commanda lui-même une partie de ses troupes, et confia l’autre à Masinissa, L’ennemi souna la retraite, après avoir perdu dans l’action cinq mille hommes, outre dix-huit cents prisonniers. Ce n’était là qu’un prélude de lex. pédition : il s'agissait d’assiéger par terre et par mer la ville d'Utique , la plus opulente et la plus forte que possédassent les Carthaginois après leur capitale. La flotte et l’armée de Rome s’avancèrent en même temps, munies de toutes les inachines de siége, tours roulantes,

béliers, balistes, galeries couvertes. Sur deux galères

s'élevait une très-haute tour, chargée de balistes et de catapultes ; elle lançait sur les murs des traits longs de trois coudées et d'énormes pierres. Du côté de la terre le bélier frappait avec violence, les terrasses plaçaient les assiégeants au niveau des toits, et les faux moissonnaient les têtes de ceux qui défendaient les remparts. Cependant les assiégés parvinrent à désunir les deux galères, à fracasser la grande tour, à en renverser plusieurs autres, à détourner l’action des faux par des crocs, celle du bélier par des poutres. Ils sortaient armés de torches, et, à l’aide du vent, incendiaient les machines. Syphax se tenait encore tranquille ; et, comme s’il eût continué de remplir l'office de médiateur, il proposait des conditions de paix : qu'Annibal évacuit l'Italie, et Scipion l'Afrique; que Rome conservât la Sicile, les autres iles de la Méditerranée et l'Espagne. Par ces négociations artificieuses , il voulait gagner le temps nécessaire pour équiper la flotte carthaginoise, et lever des soldats mercenaires sur les côtes, en Ligurie et dans la Gaule Cisalpine. 11 s’avisa aussi d'envoyer à Masinissa un

fallai

ront. Scicommanda ia l'autre à près avoir re dix-huit ide de l’ex- | par mer \a rte que posle. La flotte temps, murs roulantes, deux galères balistes et de raits longs de té de la terre ses plaçaient faux moissonles remparts.

ir les deux ga erser plusieurs des crocs , celle és de torches, hines. Syphar il eût continué posait des co alie, et SCIpion . les autres îles es négociations nécessaire pour ver des soldats st dans la Gaule

\ Masinissa ul

messager déguisé en transfuge; il lui offrait une de ses trois filles, celle qui lui plairait le mieux, et l'espoir d’être affermi par ce mariage sur le trône de Massylie. On a quelque peine à comprendre comment Syphax avait alors trois filles nubiles, à moins que ce ne fût d’une première épouse antérieure à Sophonisbe , alors âgée de trente ans au plus. Au surplus, le messager avait ordre de corrompre un des officiers de Masinissa , et de payer libéralement celai qui assassinerait ce prince. Un serviteur fidèle se chargea de cette commission , en reçut même le salaire, et révéla l’exécrable perfidie de Syphax, qui dès lors, n'ayant plus de mesure à garder avec les Romains, s’arma publiquement contre eux. Il surprit par trahison la ville de Tholus, où ils avaient leurs magasins de blé , et passa au fil de l'épée leur garnison. Cette place, qui n’est nommée que par Appien, était apparemment voisine d’Utique.

Aux approches de l'hiver, Scipion leva le siége qu'il avait entrepris, et se retira sur un promontoire, espèce de presqu'île qu’une langue de terre joignait au continent, Il y abrita sa flotie; ii y enferma ses troupes, les légions au centr- sur une hauteur, sa cavalerie au bas de ce tertre, les équipages vers le port, où ses galères étaient à l’ancre. 11 reçut là des provisions, des vivres, des blés envoyés d'Italie, de Sicile et de Sardaigne, en une telle abondance, qu’il fallut construire de nouveaux magasins. L'armée ne manquait plus que d'habits. Le préteur de Sardaigne, Tibérius Claudius, envoya douze cents toges et douze mille tuniques. Rome témoignait à Scipion une profonde estime, une pleine confiance. Fabius néanmoins persistait à dire qu’il fallait le rappeler, parce qu'ayant épuisé toutes les fa-

oo HISTOIRE ROMAINF.

veurs de la Fortune, il ne pouvait plus être destiné qu'à des revers.

Nous terminons ici, Messieurs, l’histoire du consulat de Sempronius Tuditanus et de Céthégus, année principalement remplie des entreprises et de la gloire de Scipion. C’est à ce général que sont en grande partie cousacrés les trois derniers livres du poëme de Silius Italicus. Le quinzième remonte au moment où l’on suppose que la Vertu et la Volupté apparurent au jeune héros, pour s’entre-disputer son cœur, |

Quum subito assistunt, dextra lævaque per auras Allapsæ, haud paulum mortali major imago, Hinc Virtus, illinc Virtuti inimica Voluptas.

Ce morceau a de la célébrité, et ne présente cependant que fort peu d'idées originales et d’expressions vives; la Volupté s’autorise des exemples d’Anchise, le père des Romains, et de Jupiter même, le père des dieux :

Îlla ego sum, Anchisæ Venerem Simoentis ad undas

Quæ junxi, generis vobis unde editus auctor.

Iila ego sum, verti Superum quæ sæpe parentem,

Nunc avis in formain, nunc torvi in cornua tauri. Elle invite Scipion à user avec elle des rapides instants de la vie :

Huc adverte aures. Currit mortalibus ævum,

Nec nasci bis posse datur : fugit hora , rapitque

Tartareus torrens ; ac secum ferre sub umbras,

Si qua animo placuere, negat. Quis; luce suprema,

Dimisisse meas sero non ingemit horas?

La Vertu décrit son propre cortége, et l’oppose à celui de la Volupté, qu’elle interpelle en ces termes :

Ebrietas tibi fida comes, tibi Luxus, et atris Circa te semper volitans Infamia pennis :

Mecum Honor, ac Laudes, et læto Gloria vultu, Et Decus, ac niveis Victoria concolor alis.

Me cinctus lauro producit ad astra triumphus.

lestiné qu'à

lu consulat année. prinla gloire de ande partie ne de Silius LS L ent où l’on rent au jeune

ras

ésente cepend'expressions d’Anchise, le ère des dieux:

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tem, a uri.

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oppose à celui ermes :

CENT DIX-SEPTIÈME LECON. 4oi

Elle ne dissimule point les efforts et les fatigues qu'elle commande, mais qui sont compensés par ses bienfaits : Asper principio (nec enim mihi fallere mos est)

Prosequitur labor. Annitendum intrare volenti.

... Mox celsus ab alto Infra te cernes hominum genus.

Il est superflu de dire que Scipion préfère la Vertu. Silius se met ensuite à célébrer les exploits de cet illustre général, à versifier ses prières, ses discours, ses entretiens. À ces détails s’eutremélent ceux qui concernent divers événements qui vous ont été racontés, par exemple la translation de la déesse idéenne, le prodige opéré par la vestale Claudia, le déplorable état de Car-thage, qui n’est plus soutenue que par le nom d’Annibal absent. On rencontre ces trois vers énergiques et pittoresques :

Stabat Carthago, truncatis undique membris,

Uni nixa viro; tantoque fragore ruentem

Hannibal absenti retinebat nomine molem.

La suite du dix-septième livre conduit l'histoire jusqu’à la fin de la seconde guerre punique, et par conséquent au delà du terme auquel nous sommes arrivés, 14 février 203.

C'est l'époque de l’ouverture du consulat de Cnéius Servilius Cæpio et de Caius Servilius Géminus. Au lieu de ce dernier surnom Geminus, les Fastes capitolins portent Vepos, que Sigonius préfère comme plus’ plébéien. Il y avait deux familles Servilius, l’une patricienne, à laquelle appartenait Servilius Cæpio, et la seconde plébéieune, de laquelle devait être issu l'autre Servilius; car le patriciat ne fournissait plus

que l’un des deux consuls de chaque année. Mais on X/X, 26

4oa HISTOIRE ROMAINE.

trouve dans les Fastes quelques Servilius qui, bien que plébéiens , sont surnommés Géminus, ce qui nous suffira pour conserver ce surnom au second consul de l'an 203. Les quatre préteurs furent Cornélius Lentulus, Quintilius Varus, Ælius Pætus, Villius Tappulus. Le sort assigna au premier la Sardaigne ; au deuxième, les deux légions que Spurius Lucrétius venait de commander près d’Ariminum ; au troisième, les fonctions de préteur urbain ; au quatrième, la Sicile et le soin d’y lever trois mille hommes, qui renforceraient en Afrique l’armée de Scipion. On équipa une flotte de quarante galères, dont treize, conduites en Sicile par Villius, se joignirent à vingt-sept, qu’il fit radouber dans les ports de cette île; et l’on confia le commandement de cette flotte à Marcus Pomponius. Cnéius Octavius garda lés côtes de la Sicile avec un même nombre de vaisseaux et deux mille soldats; Marcus Marcius, chargé de garantir les côtes d'Italie, eut sous ses ordres un corps de trois mille hommes, qu'il distribua sur quarante galères. L'Espagne citérieure continua d’être gouvernée par Lucius Cornélius Lentulus, et l’ultérieure par Acidinus, qui fit passer à Rome une grande quantité de blé.

Le sénat avait permis aux deux consuls de s’accorder sur le choix de leurs provinces : ils aimèrent mieux s’en rapporter au sort, qui attribua le Bruttium à Servilius Cæpio, l'Étrurie et la Ligurie à Géminus. Sempronius restait, comme proconsul, dans l'Italie méridionale, à la tête des deux légions qui avaient eu Licinius Crassus pour chef. Celui-ci rentra dans Rome, où l’on sentait le besoin de son expérience et de ses conseils. Tite-Live le représente comme un citoyen d’un mérite éminent, comblé de tous les dons de la

ai, bien que i nous sufnsul de l'an s Lentulus, appulus. Le euxième, les de commantions de présoin d'y let en Afrique de quarante ar Villius, se Jans les ports nent de cette vius garda lés de vaisseaux hargé de gares un corps quarante gare gouvernée eure par Aciantité de blé.

ils de s’accormèrent mieux uttium à Seréminus. Seml'Italie méi avaient eu a dans Rome, nce et de ses e un citoyen s dons de la

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 4o3

nature et de la fortune : beauté, vigueur, activité, naissance illustre, et richesses. Ses vertus civiles et militaires, ses talents, son éloquence, lui avaient acquis un très-haut crédit au sein des comices, du sénat et des armées. Il était grand pontife, et passait pour très-habile dans le droit sacré, genre d’expertise dont les superstitieux Romains lui tenaient bien plus de compte que de ses lumières réelles. De nouveaux récits de prodiges entretenaient, comme aux années précédentes, la crédulité vulgaire. Des corbeaux avaient brisé à coups de bec des pièces d’or du Capitole, et dévoré même une partie de cette monnaie. Une couronne d’or venait d'être rongée par des rats dans la ville d’Antium, et la campagne de Capoue d’être désolée par des sauterelles. À Réaté, un poulain était né avec cinq pieds; les habitants d’Anagni avaient vu le ciel enflammé par de petits tourbillons de feu, suivis d’un corps lumineux, d’une espèce de torche; et les gens de Frusinone, un arc et un cercle autour du soleil. Ne serait-ce pas l’éclipse fixée par les tables astronomiques au 6 mai julien de l'an 203 avant J. C.? Près d’Arpinum, la terre s’était entr'ouverte, ou tellement affaissée, qu’il s’y formait un gouffre. Pour comble d’effroi, la première victime immolée par l’un des deux nouveaux consuls avait offert un foie sans tête. Il fallut d’autres sacrifices : le collége pontifical désigna les divinités qu’il s'agissait de fléchir, et les cérémonies à pratiquer pour se les rendre propices. Voilà, Messieurs, de quelles puérilités s’occupait un grand peuple qui armait vingt légions et cent soixante vaisseaux de guerre.

Où rapporte à ce consulat ou au précédent la promulgation de la loi Cincia, proposée par le tribun du

4o4 HISTOIRE ROMAINE.

peuple Marcus Cincius Alimentus, et fort appuyée par Fabius, à ce que dit Cicéron dans son traité de la Vieillesse : £t Fabius Maximus, admodum senex, suasor legis Cinciæ de donis et muneribus fuit. 1 s'agissait de mettre un frein à l’avidité des patrons et des sénateurs, qui rançonnaient leurs clients, et réduisaient ainsi les plébéiens à la condition de tributaires. La loi obligea les avocats à plaider gratuitement, et leur défendit même d'accepter l'argent offert par les parties. Des édits impériaux ont depuis renouvelé cette défense, en condamnant les délinquants à payer le quadruple des sommes reçues : Pænaque Cinciæ legis adversus eos qui pretio causas oravissent, dit Tacite. ?ius tard, on permit aux avocats de recevoir jusqu’à aix mille sesterces, somme évaluable à dix-neuf cent cinquante francs. La loi Cincia contenait-elle des dispositions contre les ambitieux qui, dans les comices, achetaient les suffrages, et contre ceux qui les leur vendaient? C’est ce qu'ont affirmé des auteus modernes, mais sans alléguer assez d'anciens documents. On apprend, par un texte d'Ulpien, que cette même loi limitait à deux aurei les donations qu’on pouvait faire à des personnes d’une autre famille, Plaute et Festus désignent par le terme de ex muneralis la loi dont nous venons de parler.

Je viens, Messieurs, à l’expédition d'Afrique, qui, plus qu'aucune autre affaire intérieure ou extérieure, attirait l’attention et occupait la pensée des Romains. Elle était toujours dirigée par Scipion, maintenu dans ce commandement malgré l’opiniâtre opposition de Fabius. Le sénat ordonna des prières publiques pour attirer les secours des dieux sur cette entreprise, et la

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Afrique, qui, ou extérieure, des Romains.

maintenu dans bosition de Faiques pour attreprise ; et la

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 4oÿ multitude inonda tous les temples. Le général, largement pourvu d'armes, de machines, de provisions, d'habits et de subsistances, n’hiverna que le moins possible. Asdrubal et Syphax avaient établi leur camp à peu de distance du sien : il lui tardait de surprendre Asdrubal, de battre Syphax, et de le ramener au parti de Rome. Ce prince semblait chanceler encore, tant par l'inconstance naturelle aux Numides qu’à cause de l'incertitude des chances que ses intérêts pouvaient courir. Scipion lui envoya des députés escortés des soldats qui devaient observer les dispositions du camp de Syphax. Ils rapportèrent que les baraques n'étaient construites qu’en bois, couvertes qu’en joncs ou en chaume; que les huttes ne consistaient qu’en claies, recouvertes de nattes ou de feuillages, et dispersées sans alignement et sans ordre; qu’enfin beaucoup de soldats logeaient hors de l’enceinte du camp. Selon Valérius Antas, ce serait Syphax qui se transporterait au camp des Romains. Ilest plus vraisemblable que Scipion expédia au roi numide une première ambassade, et peu après une seconde, accompagnée de soldats, de centurions , d'officiers experts déguisés en valets. Comme les députés étaient aussi porteurs de propositions pour Asdrubal, l’escorte romaine s’introduisit dansle camp des Carthaginois comme dans celui des Numides, mesura là distance entre l’un et l’autre, dix stades selon Polybe , obscrva les entrées , les issues , la hauteur des remparts, la profondeur des fossés, les postes des gardes avancées et des sentinelles. Pour donner aux observateurs le temps d'achever des perquisitions exactes, les prétendus négociateurs prolongeaient exprès leur séjour, et multipliaient les contestations sur chaque point, quoi-

SRE

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an

De

4o6 HISTOIRE ROMAIN.

qu’en feignant de désirer la paix avec ardeur, Abusés par ces artifices, Asdrubal et Syphax se montraient de plus en plus exigeants; et c'était précisément ce qui convenait à leurs ennemis. Les ambassadeurs prirent “enfin congé, en feignant de se retirer fort mécontents; et, après leur retour, Scipion signifia au roi Syphax que la guerre allait recommencer, s'il ne se hâtait de se déclarer pour Rome. Les refus du Numide rompirent la trêve, et rendirent à Scipion la liberté d'exécuter ses projets. Il envoya des détachements saisir les postes que les Romains avaient occupés près d’'Utique, et le tertre où avaient commencé les attaques. Africains et Romains, tous se persuadèrent qu'aux premiers jours du printemps les légions allaient défiler vers Utique, et reprendre le siège de cette place. Les Carthaginois se confiaient à la supériorité de leur nombre; et les officiers romains concevaient des craintes fort voisines du découragement. Scipion les convoqua, et leur dévoila son véritable plan. « Voilà, dit-il, les Africains qui « se préparent à nous livrer bataille : prévenons-les, « et qu’ils sachent, dès la nuit prochaine, que le nom- « bre cède à la valeur. Nous n’attaquerons d'abord que « le camp de Syphax, et peut-être tournerons-nous « ensuite nos bras victorieux sur celui d’Asdrubal, » Il était midi : il se tint un conseil de guerre, où l’on entendit les officiers qui avaient étudié les deux camps ennemis, puis Masinissa, qui connaissait immédiatement le terrain et les habitudes militaires des Numides. Scipion offrit un sacrifice à l’Audace et à la Crainte; à la première de ces deux divinités pour invoquer sa présence, à l’autre pour la détourner d'intervenir dans l'affaire. 11 prescrivit aux tribuns légionnaires et aux

ur. Abuses utraient de nent ce qui urs prirent mécontents; Syphax que hâtait de se le rompirent é d'exécuter isir les postes Utique, et le , Africains et remiers jours vers Utique, Carthaginois bre; et les ofrt voisines du t leur dévoila Africains qui p révenons-les, , que le nomhs d’abord que urnerons-nous d’Asdrubal. »

uerre, où l’on es deux camps it immédiate- : des Numides.

àla Crainte; à invoquer Si ntervenir dans nnaires et aux

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 4o7 centurions de faire prendre aux soldats de la nourriture et du repos jusqu’à la première veille de la nuit. Les troupes, au premier son des trompettes, devaient toutes sortir en bon ordre, ne laisser qu'un petit nombre d'hoinmes pour garder le camp, et se munir de matières combustibles. Le général confia une partie de l’armée à Lélius, l’autre à Masinissa ; il leur expliqua en secret comment il fallait investir de plusieurs côtés le camp de Syphax, et mettre le feu aux baraques. Il les prévint qu'il se réservait le commandement d’un corps qui observerait en silence le camp d’Asdrubal, pour y pénétrer quand il en serait temps.

Vers huit ou neuf heures du soir, Scipion se mit en marche, et franchit lentement , par diverses routes, le court espace qui le séparait de l'ennemi, soixante stades selon Polybe, cinquante-six selon Tite-Live; il n’arriva que vers minuit. Lélius et Masinissa engagèrent l'action ; leurs troupes dispersèrent les gardes avancés, comblèrent le fossé de fascines, arrachèrent les palissades, entrèrent dans le camp, mirent le feu aux premières baraques. Le bois, les claies, les nattes s’embrasèrent'rapidement de huttes en huttes, jusqu'aux plus éloignées. Les Romains n'étant pas encore apereus , les Numides prirent cet incendie pour un effet du hasard ; ils coururent , à demi vêtus et sans armes, pour l'éteindre. Masinissa, qui connaissait leurs usages, les tailla en pièces. Il avait aposté de petits corps de troupes aux endroits où il prévoyait que les Africains s'attrouperaient pour éviter les flammes et s'enfuir. Ceux qui échappèrent au carnage, et qui gagnèrent la plaine, y tombèrent sous les coups des soldats de Lélius; ceux qui ne sortirent pas du camp y péri-

rent, brülés vifs dans leurs lits, ou suffoqués par la fumée, ou étouffés par la foule en se pressant de courir aux portes. Du camp d’Asdrubal, on découvrit les flammes qui surmontaient la hauteur des remparts, et l’on entendit des cris lamentables qui semblaient poussés par les victimes d’un embrasement fortuit, ou par des hommes qui s’agitaient pour l’éteindre ; on ne soupçonnait pas l'intervention des Romains. Les Africams, réunis dans ce second camp, s’'émeuvent : les uns contemplent ce funeste spectacle; lesautres, impatients de secourir les incendiés, s’élancent hors des portes. Autant il en sort, autant les Romains en massacrent au sein des ténèbres, sans en épargner un seul, de peur que l’arrivée de Scipion ne se ‘divulgue chez l’ennemi. Ce général se hâte d'occuper toutes les issues du camp d’Asdrubal; il y pose des détachements; il fait mettre le feu aux premières tentes; et, de proche en proche, toutes les baraques carthaginoises sont bien. tôt consumées, comme viennent de l'être celles des Numides. Tout périt dans les flammes ou par le glaive, soldats, chevaux, éléphants, bêtes de charge; de ces deux camps si formidables, il ne reste que deux büûchers , que deux vastes amas de cendres et d’ossements calcinés, et la plaine qui les sépare s’est couverte de adavres. Asdrubal et Syphax survivent; maïs ils ne rallient autour d’eux que cinq cents cavaliers et deux inille hommes de pied, la plupart blessés ou atteints par le feu. On porte le nombre des morts à quarante mille , celui des prisonniers à cinq mille, y compris onze sénateurs de Carthage et d’autres personnages distingués. Appien ne compte que deux mille quatre cents captifs et que trente mille morts, ou même un peu

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| CENT DIX-SEPTIÈME LECON. 409 moins ; etil ajoute que six cents cavaliers numides db donnèrent Syphax pour passer dans l’armée de Rome Celle-ci avait enlevé soixante-quatre étendards, pris Fe éléphants vivants après en avoir tué huit, “ n'avait perdu que cent guerriers. Le général , au point du jour rassembla toutes les dépouilles , armes, chevaux éléphants et soldats, et en fit, dit-on, un sacrifice à Vulcain : cé serait le dernier excès de la plus barbare su- His au dit que les objets précieux furent

e, pour être en partie distribués aux troupes, en partie transportés à Rome. Voilà toutes les forces africaines anéanties par la prudence et l’activité de Scipion : un jour plus tard, il lui eût fallu ou livrer bataille à une armée plus forte que la sienne, ou compromettre sa gloire en refusant un défi. Le utce de son entreprise nocturne ne laissait de ressources à er que dans Magon et Annibal , déjà si affaiblis en Italie.

Asdrubal, que sa blessure empêchait de s’enfoncer dans les terres, se retira au sein d’une ville à laquelle lolybe et Tite-Live ne donnent point de nom, qu’Appien appelle Anda, et dont nous ignorons la is ME Scipion, après avoir en peu d’instants distri-

4 ce me Ed donné des instructions à , S'avança vers cette place. As-

. \ aurait soutenu un siége, s’il n'avait craint .. Le on : tes qui en effet , aussitôt après ; rirent leurs portes aux Romains. Ils sauvérent, par cette soumission, leur vie et leurs biens. Deux autres villes voisines n’eurent pas le même bouheur. Le proconsul les livra au pillage, apparemment pour dédommager ses soldats des sacrifices qu’il

avait exigés d'eux. Le général carthaginoiïs fuyait, suivi d’une faible escorte de quelques Numides , de quelques mercenaires. Lorsqu'il rentra dans Carthage avec de si misérables débris d’une grande armée, l'alarme se répandit dans tous les quartiers de cette cité. Le port contenait une flotte bien équipée et formidable encore, mais devenue presque inutile par le désastre des troupes de terre. Les suffètes convoquèrent le sénat, où les uns proposèrent de rappeler Annibal en Afrique ; les autres, de demander à Scipion une trêve, durant laquelle on négocierait la paix; plusieurs, de s'adresser à Syphax pour l’inviter à ne pas se décourager, et à continuer la guerre. Ce monarque s'était retiré, avec les restes de ses troupes, à huit milles du lieu de son désastre, dans une ville qui est appelée par Polybe Abba, par Tite-Live Obba, et dans quelques manuscrits Olba , la même peut-être que Ptolémée nomme Thabba. Il ÿ reçut les ambassadeurs carthaginois ; ils lui annonçaient l’arrivée de quatre mille Celtibériens, auxiliaires des Africains. La faction barcine prévalait encore; elle repoussa victorieusement les projets de négociations avec Rome. Polybe et Tite-Live assurent qu'Asdrubal conserva le commandement suprême en Afrique, et qu'ayant joint ses armes à celles de Syphax, il continua de servir sa patrie. Polybe ajoute qu'il leva de nouvelles troupes. Dans Appien, au contraire, on le dépose, on le condamne à la mort; il s’évade, il se maintient, de sa propre autorité, dans la fonction de général, et beaucoup de soldats demeurent sous ses enseignes, quoiqu’on lui ait donné pour successeur un Hannon, fils de Bomilcar, et inconnu aux autres historiens. Asdrubal, pour grossir sa troupe , rassemble des

bar et mai cav niti fert par avai quel Son dère que voir, dont pleur catio

s fuyait, suivi , de quelques Hhage avec de e, l'alarme se e cité. Le port ormidable enle désastre des èrent le sénat, inibal en Afri- , une trêve, duasieurs, de s'a- ; se décourager, e s'était retiré, illes du lieu de elée par Polybe quelques manutolémée nomme arthaginois; ik le Celtibériens, arcine prévalait les projets de e-Live assurent ent suprême en lles de Syphax, be ajoute qu'il x, au contraire, t; il s'évade, il 8 La fonction de eurent sous 565 r successeur ul ux autres histo- , rassemble des

Fes DIX-SEPTIÈME LEÇON. gui andits, des malfaiteurs: qu’il tr et que l’espoir du He a pme ‘es près de lui; il-commande ainsi trente-huit mille hommes, savoir huit de cavalerie, et trente d'infanterie; et, se passant des munitions que le sénat lui refuse, il campe en des plaines fertiles, protégé apparemment, dans sa désobéissance par le nom de son gendre, le roi Syphax, que Cartha e avait tant d'intérêt à ménager. Ce prince ne savait = quel parti prendre : la neutralité lui eût fort psc Son épouse et les ambassadeurs de Carthage le décidèrent à rester l'ennemi de Rome. Sophonisbe, quoique ses attraits n'eussent pas conservé tout leur pouvoir, avait pris sur l'esprit de Syphax un ascendant dont elle fit usage en une conjoncture si critique. Aux pleurs, aux caresses, elle joignit les plus vives suppli- HHons : « Quoi, seigneur, vous abandonnerez mon «père et ma patrie dans leurs malheurs! Vous verrez «sans pitié la ruineet l’embrasement de Carthage, ma « ville natale, le sanctuaire des dieux de l'Afrique! » Ému par de si tendres prières, entrainé par l'annonce du concours des Celtibériens, dont on élevait le nombre de quatre mille à dix mille, et qu’on représentait comme des guerriers invincibles, Syphax rassembla une multitude de Numides. « Non, disait-il, nous n’a- «vons pas été vaincus. Un in-endie nocturne n’est pas «une victoire. C’est le fer, c’esr "= bataille qui doit “décider entre Rome et l'Afrique. » Informé de cette résolution du roi, Asdrubal s'empressa de le rejoindre pour 3e remettre avec lui en campagne, soit au nom et de l'aveu de Carthage, soit malgré les décrets du sémt; car, même en cette seconde hypothèse, Appien nous montre toujours dans Asdrubal un Carthagi-

nois fidèle, un implacable ennemi des Romains. Le beau-père et le gendre campèrent ensemble, avec trente mille hommes, dans un pays découvert qu’on appelait la Grande Plaine. A la nouvelle de leur réunion, le pro. consul, qui avait repris le siége d'Utique, le changea en blocus, y laissa un détachement, et conduisit le gros de son armée vers cette plaine, qui n’était qu’à une distance de cinq jours de marche. 1l s'arrêta sur une hauteur à trente stades du camp ennemi, en descendit dès l'aurore du jour suivant, et rangea ses troupes er bataille ,en ordonnant à sa cavalerie d’avancer à sept stades des Africains. Durant deux jours, il n’y eut que des escarmouches. Pour l’action générale, Scipion plaça les hastats à la première ligne, les princes à la seconde, les triaires à la troisième, la cavalerie aux deux ailes. Lélius commandait l’une, composée d’Ttaliens ; Masinissa l’autre, formée de Numides ; Scipion se réserva le corps de bataille. Dans l’armée ennemie, les Celtibériens occupaient le centre, les Carthaginois l'aile droite, les Numides la gauche. Au premier choc, ces deux ailes plièrent: les Celtibériens, en veloppés par les triaires ct les princes, opposèrent aux hastats, qui les combattaient de front, une résistance héroïque, mais impuissant. Tandis qu’ils se faisaient mettre en pièces, Syphax et Asdrubal eurent le temps de s'enfuir, le premier avec la plupart de ses cavaliers, le second avec la plus grande partie de ses troupes : l’un regagna la Numidie, et l’autre Carthage, si nous en croyons Polybe et Tite-Live. Selon Appien, Asdrubal ne conserva qu’un commandement usurpé : Amilcar fut amiral de la flotte, et Hannon général des troupes de terre.

À près cette seconde victoire, Scipion pouvait, ce sent

, Romains. Le ble, avec trente ‘qu’on appelait réunion, le pro:

que, le changea et conduisit le n’était qu'à une s'arrêta sur une ni, en descendit a ses troupes en d'avancer à sept ss, il n’y eut que ile, Scipion plaça ces à la seconde, , aux deux ailes.

aliens ; Masinissa eréserva le corps les Celtibériens l'aile droite, les es deux ailes plièles triaires ct les les combattaient aais impuissante.

bièces, Syphax et e premier avec la ec la plus grande fumidie, et l’autre Tite-Live. Selon commandement e, et Hannon gt

n pouvait, ce sellk

CENT DIX-SBPTIÈME LEÇON. 413 ble, fondre sur Carthage. 1l tint un conseil, où l’on résolut, d’une part, que Lélius et Masinissa poursuivraient Syphax, sans lui laisser le temps de respirer et de réparer ses fautes; de l’autre, que le proconsul irait surprendre ou forcer les places voisines de Carthage, afin de l'isoler et de la réduire à ses propres moyens. Scipion se pressa d’envahir Tunis, ville alors sans défense, et que sa garnison abandonna dès que les Romains approchèrent. Tunis n’était éloignée de Carthage que de cent vingt stades, et de l’une on découvrait l’autre. Les Romains virent les mouvements que se donnaient les soldats, matelots et ouvriers carthaginois, pour équiper leur flotte dans le port de leur capitale. Leur

sénat s’assemblait chaque jour, et l’on continuait d’y

parler de paix; mais le plus grand nombre soutenait l'avis contraire, et redemandait Magon, surtout Annibal, capable de défendre lui seul ses compatriotes, et de les préserver des derniers malheurs. En conséquence, on dépêcha pour la Ligurie et pour le Bruttium des légats chargés d'ordres qui rappelaient les deux généraux. On décrétait en même temps que la flotte irait saas délai investir et brûler celle des Romains, restée à l'abri du Beau promontoire. Tous les habitants concouraient à l’envi à l'équipement des navires, à l’armement des galères, dont le nombre s'élevait à cent. A l'aspect de cette armée navale, qui s’avançait en bon ordre, qui cinglait vers le promontoire, Scipion sentit le besoin de voler au secours de ses vaisseaux, qui allaient tre inopinément accablés par des forces supérieures. Quittant les environs de Tunis, il mit son armée en marche, et arriva avec elle au promontoire, avant les cent galères que commandait Amilcar. Cependant, Mes-

sieurs, il y a là quelque difficulté; car, si nous en croyons Tite-Live, la flotte d’Amilcar n’employa qu’un seul jour à passer du port de Carthage à la rade d'Utique. Estil croyable que ce temps ait suffi à l’armée entière du proconsul pour se porter, par terre, de Tunis au pro. montoire , distance estimée par les géographes à vingtdeux de nos lieues ou à dix-sept, et en toute hypothèse, par le chemin le plus court, à dix au moins? Ne vaut-il pas mieux supposer que Scipion laissa en arrière le gros de ses Loupes, et qu'il prit les devants à toute bride, avec une escorte de cavaliers? ou bien dire, comme Appien, qu’il expédia des courriers, porteurs des instructions nécessaires à la défense et au salut des vaisseaux romains, dont le nombre n’est ici porté qu'à vingt par les historiens? C’est un autre embarras, puisqu'il nous a été dit que Scipion, en débarquant en Afrique, commandait cinquante galères. Peut-être en avait-il employé plus de la moitié à la poursuite des pirates d’Utique et de Carthage, qui infestaient la Mediterranée. Cette conjecture, très-hasardée d’ailleurs, expliquerait comment il ne restait près du promontoire que vingt vaisseaux de guerre, avec un grand nombre de brigantins , de barques et de bâtiments de transport. Les plus fortes de ces vingt galères étaient chargées de catapultes, de balistes, de béliers, de tours, de toutes les machines préparées pour recommencer le siége d'U. tique. Comment vont-elles, avec de tels embarras, se mettre en ligne, et faire face aux cent vaisseaux africains ? Scipion, prévoyant les périls qu’elles allaient courir, les adossa près des terres, en les laissant néanmoins à flot, et en les couvrant des barques et autres petits bâtiments. 11 disposa sur quatre rangs ses bateaux de

larmo

char à les les a suite muni inter rentr rapid seaux traits l'épui Les qui e accabl port di dit Tit à expli béogra au lie res au a ville itanie erméd

l'Alge er Sci aille de aitrait OMair es’app essem une p

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 415 usencroyons M charge; et, de peur que le tumulte du combat ne vint v’un seul jour D à les séparer, il fit croiser les mâts et les antennes, en l'Utique. Est- les attachant les uns aux autres par de gros câbles ; enée entière -du suite il les couvrit de planches, qui faciktaient les coml'unis au pro- munications ; et, sous ces espèces de ponts, il laissa des aphes à vingt. intervalles par lesquels les esquifs pouvaient sortir et n toute hypo- rentrer en sûreté. Ces mesures prises avec une extrême au moins? Ne M rpidité, inille guerriers d'élite montèrent sur les vaisjaissa en ar- M seaux de charge, où s’entassait une telle quantité de t les devants à Mtraitset de javelots, que le plus long combat n'aurait pu 5? ou bien dire, Mépuiser.

riers, porteurs Les Romains, ainsi préparés, attendaient l’ennemi, et au salut des Maui eût pu, avec plus d'activité, les prévenir et les t ici porté qu'à accabler : il n’arriva qu'après le coucher du soleil au embarras, puis port de Ruscinon, ëx portum (Ruscinona Àfrivocant), : débarquant en ditTite-Live. Voilà, Messieurs, encore un nom difficile es. Peut-être en à expliquer ; il ne se lit pas dans les anciens livres de a poursuite des séographie. Quelques modernes le font correspondre festaient la Mé- Mu lieu où est présentement Marsa. Ortélius et d’aurdée d’ailleurs, res auteurs confondent ce Ruscinon de Tite-Live avec du promontoitt a ville que Ptolémée appelle Rustonium, dans la Maugrand nombre tanie Césarienne ; mais ce n’est pas là un port ints de transport ermédiaire entre Utique et Carthage. Ce serait, selon ent chargées de Jarmol, Ja ville actuelle de Métafus, au royaume tours, de toutes l'Alger, lieu trop éloigné de celui où nous devons placer le siége d'U: M Scipion et Amilcar. Celui-ci rangea sa flotte en ba- Le rémibartas, # aille dès le lendemain, espérant que le proconsul passéatte:afte aitrait en pleine mer avec la sienne. Aucun vaisseau [les allaient cour omain ne s’y présentant, l'amiral carthaginois résolut sant néanmoins es’approcher des terres, et engagea une action qui Let autres petit semblait moins à une bataille navale qu’à l'attaque « ses bateaux de une place par une flotte. Les bâtiments de transport,

qui formaient la première ligne ou en quelque sorte la première muraille de Scipion, étaient plus hauts de bord que les galères carthaginoïses; en sorte que les javelots lancés de dessus les ponts de planches par les légion. naires tombaiïent de haut en bas, tandis que les Afri. cains lançaïent leurs traits de bas en haut, et ne pou: vaient guère viser juste, à cause du balancement de leurs galères. De temps en temps, Scipion détachait des es. quifs armés en guerre, qui, par les intervalles ménagé exprès, venaient prendre en flanc les assaillants, et ren. traient aussitôt qu'il y avait péril d’être coulé à fond, Un de ces esquifs saisit une galère africaine , et, l’atta. chant à sa poupe, la remorqua jusque dans le port, Cette première journée tourna donc à l'avantage de Romains ; la seconde leur fut beaucoup moins heureuse Amilcar munit ses soldats de longues perches, de chai. nes armées de crocs et de crampons, alin de désunir JR bâtiments dont les Romains avaient composé leur pre. mière digue ou estacade. Les mains de fer acc: chèrent en effet quelques-uns de ces bateaux, le détachèrent; et les Africains, à force de bras et de rames, les attirèrent à eux. La défense vigoureuse de Romains n’aboutit qu’à leur donner les moyens de regagner dans des chaloupes leur seconde ligne. Heu reusement Amilcar n’acheva point sa victoire. Fe d’avoir enlevé six bâtiments de transport, il les fit entre pompeusement dans le port de Carthage, où ce spe tacle calma les alarmes et ranima les espérances. Toi jours était-ce pour les Romains un échec qui les for de mettre leur faible flotte plus à couvert.

Lélius et Masinissa poursuivaient Syphax : en qui jours de marche, ils pénétrèrent au fond de la Num

elque sorte la hauts de bord que les javelots par les légions que les Afriut, et ne poucement de leurs étachait des esrvalles ménagé saillants, et renre coulé à fond.

icaine , et, l'attaxe dans le port.

à l'avantage de > moins heureust.

perches, de chai afin de désunir l« :omposé leur pre:

s de fer accro ces bateaux, le ce de bras et de se vigoureuse des 2r les moyens dt onde ligne. Her sa victoire. Fi bort, il les fit entre hage, où ce spt s espérancés. Toi chec qui les forc puvert.

Syphax : en quinif

fond de la Nuniÿ

die; et Masinissa se replaça enfin sur le trône de ses ancêtres. Les Massyliens, ses sujets, l’accueillirent avec des transports d’allégresse, et ? : fournirent les moyens de porter la guerre au cœur des États de Syphax. Il eut dès lors une armée considérable, et à laquelle les légions de Lélius ajoutaient une force invincible. De son côté, Syphax venait de faire d'énormes levées. Depuis quelques années, la population de son royaume, la Massésylie, s'était fort accrue, et il avait préparé ses sujets à se mesurer avec les Romains, en les exerçant à combattre à leur manière. Plein d'espoir dans ses propres forces, et toujours asservi aux volontés de sa femme Sophonisbe, il n’hésita plus à marcher contre Lélius et Masinissa. Il alla camper près d’un fleuve qui semble être celui qui se nomme aujourd’hui El-Kébir ou Rummel, et qui, appelé jadis Ampsagas, arrosait la Massésylie et particulièrement la ville de Cirta, capitale de cette contrée. À l'approche de Masinissa, il rangea son armée en bataille : les légions romaines s’avançaient plus lentement ; elles ne paraissaient point encore. Le combat, dont la date est fixée au 23 juin romain par un vers d'Ovide :

Postera lux melior; superat Masinissa Syphacem ;

le combat, dis-je, commença entre des escadrons numides qui se lançaient des dards les uns aux autres, sans mêlée et sans faire encore usagé du glaive. Pendant ce premier choc arrivèrent les Romains, dont la cavalerie et l'infanterie savaient combiner et pour ainsi dire confondre leurs mouvements. Déjà les Massésyliens, déconcertés, ne gardaient plus leurs rangs, lorsque Syphax, apercevant Masinissa escorté d’un gros de cavaliers, s’efforça de pénétrer jusqu’à lui. Repoussé, AIX, 27

h18 HISTOIRE ROMAINF.

mis en fuite, poursuivi jusqu'aux rives du fleuve, renversé par les mouvements de son cheval blessé, Syphax tomba entre les mains de son adversaire, qui le fit prisonnier, C’est ainsi du moins que le fait est raconté par Appien. Tite-Live, au contraire, fait honneur de la prise de Syphax aux légionnaires, et non à Masinissa : il dit que ce dernier courut à la tente de Lélius, où l’on avait conduit le prisonnier, et y jouit avec délices du spectacle des humiliations de son rival. Les Romains avaient perdu seulement soixante-cinq hommes, Masinissa trois cents. Les Massésyliens en laissaient cinq mille sur ie champ de bataille, outre deux mille cinq cents prisonniers selon Tite-Live, quatre mille selon Appien. Parmi ces captifs, on distinguait un fils de Syphax ; et l'historien grec y comprend deux mille cinq cents Massyliens transfuges, qui s'étaient livrés au roi de Massésylie, et que Masinissa, dit-on, fit tous égor- ‘ger sous ses yeux; massacre horrible, qui, s’il était avéré, devrait flétrir à jamais la mémoire du roi qui l'aurait ordonné. Ce prince n'est-il remonté qu'après cette journée sur le trône de ses aïeux? On le croirait en lisant Appien ; mais Tite-Live l’y a déjà placé, comme nous venons de le voir : c'est encore une variante. Chez l’auteur latin, Masinissa demande à Lélius la permission de prendre les devants, d’entrer dans Cirta, d'y traîner Syphax enchaïné, de s'emparer, au profit des vainaucurs, de son palais et de ses trésors. Lélius y ayant consenti, le roi des Massyliens s’élança sur la capitale de la Massésylie : elle refusa de lui ouvrir ses portes; mais, lorsqu'il eut mouiré Syphax chargé de fers, on renoncça bientôt à soutenir un siége pour un monarque détrôné, Ses sujets les plus fidèles déplorè-

leuve, ren-

sé, Syphax

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CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 419 rent son infortune, et, de peur de la partager, se rélugièrent dans les campagnes. Le plus grand nombre de ses courtisans vint se prosterner aux pieds du vainqueur, et applaudir à une si heureuse révolution. Ou assure même, et ce fait n'est pas non plus incroyable, que Sophonisbe adressa un message à son ancien amant, et se déclara prête à quitter pour lui un époux qu’elle n'avait accepté que par force. C'était surtout Sophonisbe que Masinissa venait chercher à Cirta. Quand il entra au palais, elle s’offrit la première à ses regards, et, embrassant ses genoux, prononça un discours, recueilli ou embelli par Tite-Live : « Tout pouvoir sur « nous t'est donné par les dieux, par ta valeur, par « ta fortune. Mais, s’il est permis à une captive de tou- « cher en suppliante la main victorieuse de son mai- «tre, de l'arbitre absolu de sa vie ou de sa mort, je «t'en coniire par tous les titres qui nous sont coim- « muns, la majesté royale, le nom des Numides, la « protection des mêmes dieux , de ces dieux qui te re- « cevront, s'ils m’exaucent, sous de plus heureux aus- « pices qu'ils n’ont laissé partir Syphax, je te con- « jure ( et c’est l'unique objet de mes humbles prières) « de disposer toi-même de ton esclave, et de ne la point « livrer aux superbes et cruels Romains. Quand je ne « serais que l'épouse d’un roi numide, je devrais con- « fier mon sort à un Africain comme moi, plutôt qu’à « des étrangers, qu’à des barbares. Mais je suis Car- « thaginoise et la fille d’Asdrubal : dois-tu m'exposer « aux ressentiments de Rome? Non! Si la mort peut « seule m’y soustraire, je la demande, et je la recevrai « de toi comme un bienfait. » Sophonisbe parlait ainsi, armée de tous ses attraits. Le Massylien oublia qu’elle

l'avait jadis trahi; il sentit renaître dans son cœur tous les feux dont il avait brûlé pour elle, et lui présenta la main. Ce n’était point là chez les anciens un geste sans conséquence, mais le symbole d’un engagement sacré, Cependant il n'appartenait point à Masinissa de fixer le sort de la princesse; elle était uue partie de la proie acquise aux Romains, qui faisaient cette guerre pour leur compte, et qui ne laissaient point de pareils droits à un simple auxiliaire. Masinissa, profitant de leur absence et croyant éluder leur autorité, ne prit conseil que de sa passion ; il épousa Sophonisbe dès le jour même; et les fêtes du mariage duraient encore, lorsque Lélius survint, Rompre à l'instant ces nœuds illégitimes, contraires aux intérêts de Rome, arracher la reine à son nouvel époux, c’eût été le désespérer : Lélius se laissa fléchir, réserva au proconsul le jugement d'une si grave affaire, et, en attendant, employa le roi de Massylie à réduire plusieurs villes qui tenaient encore pour celui de Massésylie. Syphax, envoyé avec

d’autres captifs au camp de Scipion, frémissait de rage

en songeant à tous les succès de son rival. Les soldats romains se rangèrent autour de la tente du proconsul, pour voir arriver enchaîné un roi dont Rome et Carthage avaient brigué lalliance, gendre d’Asdrubal, hôte de Scipion, et longtemps vainqueur de Masinissa. Scipion lui fit un accueil bienveillant, honorable pour tous les deux, et capable de tempérer, s’il eût été possible, l’amertume de tant d’infortunes. Ils eurent ensemble plusieurs entretiens : « Quel mauvais génie, di- « sait le général romain , a pu vous entraîner à préférer « l'alliance de Carthage à la nôtre? — Une femme, répon- « dait Syphax, une enchanteresse, qui va bientôt in-

cœur tous t lui préauciens un

un engagent à Masi- » était uue qui faisaient saient point sinissa ; prour autorité, L Sophonisbe aient encore, tces nœuds ne, arracher : désespérer :

nsul le jugeant, employa 8 qui tenaient , envoyé avec issait de rage al. Les soldats du proconsul ; Rome et Care d’Asdrubal, de Masinissa.

onorable pour s'il eût été &. Ils eurent envais génie ,diîner à préférer , femme, réponya bientôt 1n-

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. Gas « spirer le même délire à celui qui me succède. » Cette insinuation était un moyen de se faire écouter du proconsul, déjà fort mécontent du nouveau mariage. Lélius revint, accompagné de Masinissa, qui venait d'achever de soumettre tous les cantons de la Numidie. Avec lui se présentait Sophonisbe; et le camp romain allait recevoir une reine, une Carthaginoise. Ces inconvenances déplurent à Scipion, qui, par l'empire qu'il exerçait sur ses passions persounelles, avait acquis le droit de condamner les penchants déréglés des Numides : Genus Numidarum in Venerem præceps, dit Tite- Live. 1 s’approcha de Masinissa, le prit à l’écart, et lui dit : « Vous savez quelle amitié je vous ai vouée, « Vos vertus ont mérité mon estime; mais je vois qu'il « Vous en, manque une : vous avez vaincu nos enne- « mis et les vôtres; il ne reste qu'à vous vaincre vous- «même. Il est temps de vous souvenir que vous avez « combattu sous les auspices de Rome ; que vos conquê- «tes sont à elles ; que les dépouilles enlevées par vous «lui appartiennent. Et Syphax et sa femme, et son « royaume et ses trésors, Oht été confisqués au profit « dela république : vous ne pouvez posséder Sophonisbe « que de l’aveu du sémat et du peuple : ils ne souffriront « pas qu’une femme adultère, leur ennemie déclarée, «reste unie à leur allié le plus fidèle. Vous frémissez «du sacrifice que j'exige; mais il est indispensable. « Nous compatissons à votre faiblesse, mais votre obs- « lination serait impardonnable, et suivie d’un long re- «pentir. »

Masinissa promit d’obéir : cependant il avait tendu la main à Sophonisbe; il s’élait engagé à la préserver

d'un esclavage qu’elle redoutait plus que la mort. Il

4a2 HISTOIRE ROMAINE.

crut lui tenir parole en lui annoncant l'arrêt prononcé par le proconsul. « Le dernier témoignage de ma ten- « dresse et de ma fidélité, lui dit-il, est de vous invi- « ter à vous montrer digne de votre père et de votre « second époux. Si vous allez prendre une place ho- « norable parmi les ombres, je ne tarderai pas à vous « y rejoindre. » Il dit, et, les larmes aux yeux, sortit brusquement de la tente. A peine avait-il disparu, qu’un de ses esclaves vint apporter une coupe empoisonnée à la princesse, qui la prit d’une main ferme, en disant à sa nourrice : « Ne déshonore point ma mort par tes « larmes; » et à l’esclave : « Dis à mon époux que je « meurs contente, puisque je n’obéis qu’à ses ordres. J'a- « bandonne sans regret mon corps à la fureur des Ro- « mains. » Ayant proféré ces paroles, elle but le poison et expira sur l'heure. Masinissa célébra pompeursement ses obsèques , et fit porter son corps au bûcher, avec tous les honneurs dus à la majesté royale. Vous savez, Messieurs, que cette histoire, quoique Scipion s’y montre bien cruel et Masinissa bien lâche, a fort exercé l'imagination des romanciers et des poëtes. Pour ne rien dire de Scudery, qui y a trouvé lesujet d’une harangue héroïque, et pour ne parler que des pièces de théâtre, je rappellerai d’abord la Sophonisba du Trissin, représentée en 1514 ou 1515, et louée par Voltaire comme la première tragédie raisonnable et purement écrite que l’Europe ait vue après tant de siècles de barbarie. Elle a rouvert sur la scène la carrière classique, c’est-à-dire celle du bon goût, ou, ce qui revient au même, celle de la raison et de la nature. Elle fait époque aussi dans les annales particulières de la versification italienne, en ce que les vers ne sont pas

dt prononcé de ma tene vous inviet de votre le place ho- 1i pas à Vous yeux ; sortit sparu, qu'un . 2 0x npoisonnée à ne, en disant mort par tes époux que je ses ordres. J'aureur des Role but le poiébra pompeurps au bûcher, & royale. Vous oique Scipion lâche, a fort es poëtes. Pour sujet d’une hae des pièces de nisba du Trislouée par Volnable et puretant de siècles ne la carrière , ou, ce qui re la nature. Elle rticulières de la

ers ne sont Pas

CENT DIX-SEPTIÈME LEÇON. 423 rimés, excepté quelquefois dans les chœurs et en un fort petit nombre d’autres passages. Dans ces derniers temps, elle a trouvé des juges plus sévères dans Andrès, auteur d’une Histoire générale de la littérature, dans M. Roscoe, dans Alfieri, qui a traité, peut-être moins heureusement, le même sujet. En France, Mellin de Saint-Gelais l’a traduite en prose; il n’a versifié que les chœurs. Claude Mermet en a publié en 1584 une autre version dans notre langue; et, depuis ce temps, Montchrétien, Montreux, Mairet, Pierre Corneille, la Grange-Chancel et Voltaire ont successivement reproduit Sophonisbe sur notre théâtre. Chez Mairet, Scipion dit au roi de Massylie :

Ah! mon cher Masinisse, il falloit en effet

Vous défendre un peu mieux que vous ne l'avez fait.

Masinisse, en un jour, voit, aime et se marie!

A:t-on jamais parlé d’une telle furie?

Bien plus , l’aveuglement de son esprit est tel,

Qu'il entre dans le lit d’un ennemi mortel,

D'un Syphax, d’un tyran, de qui l’injuste épée

A, sur son père mort, la couronne usurpée.….

Par quelle autorité prenez-vous le butin

Qui doit appartenir à l'empire latin ?

Ne savez-vous pas bien que c’est là son partage,

Et qu’il vous rétablit dedans votre héritage ?

Par le congé de qui l’avez-vous entrepris ? -

Non, non, notre allié, reprenez vos esprits.

La plus courte fureur est toujours la meilleure.

Quittez donc Sophonisbe, et la rendez sur l'heure.

Ce style a sans doute peu de noblesse; mais ce qui soutint longtemps la pièce, c’est, comme le reconnaît Voltaire, qu’il y a de la vraie passion, et dans le plan une régularité qui était alors un mérite nouveau. La Harpe trouve dans les deux derniers actes des sentimeuts élevés et des mouvements pathétiques. La pièce

de Corneille a réellement moins d'intérêt. Voltaire y remarque cependant des vers qui ne manquent ni de force ni de dignité :

N’alléguez point les dieux, dit Lélrus à Masinissa :

Ce . n’est qu’à leurs pareils à suivre leurs exemples;

Et vous ferez comme eux quand vous aurez des temples. …Je sais bien que souvent il arrive

Qu'un vainqueur s’adoucit auprès de sa captive...

Mais, quand à cette ardeur un monarque défère,

11 s’en fait un plaisir et non pas une affaire ;

1l repousse l’amour comme un lâche attentat,

Dès qu'il veut prévaloir sur la raison d'État.

Voltaire n’a pu traiter cet ingrat sujet qu’en modifiant beaucoup ou même en altérant l’histoire; il s’est rapproché du plan de Mairet, a profité du Trissin, et racheté souvent, par l’élégance des formes , les défauts de la matière. Les caractères sont bien tracés, dit la Harpe, les sentiments nobles; il y a des scènes entiè-

res dont le dialogue se soutient, des morceaux qui ont de la force , et de temps en temps de beaux vers. L’ouvrage n’a pourtant pas obtenu un grand succès.

Dans plusieurs de ces tragédies, Masinissa se donne la mort aussitôt que Sophonisbe vient d’expirer. Mais, dans l’histoire, il ne fait que promettre de ne pas lui survivre ; et les récits que nous aurons à recueillir dans notre prochaine séance nous offriront la suite des actions et des aventures de ce prince.

Le ren

Voltaire y ent ni de

en modifiant

; il s’est rap-

à Trissin, et s, les défauts tracés, dit la scènes entièceaux qui ont x vers. L'ou-

succès.

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expirer. Mais, de ne pas lui ecueillir dans a suite des ac-

VALLE US VER LA LAILOLALILLLOLEVALUTLLLÉELLSALEUET RAR LL URL LANLSD

ANNALES ROMAINES. ANNÉES 203 ET 202 AVANT J. C. — SECONDE GUERRE PUNIQUE. — BATAILLE DE ZAMA.

Messieurs, au milieu des variantes qui embarrassent l’histoire des premières opérations de Scipion en Afrique, nous avons pourtant reconnu les effets de son allance avec Masinissa. Ce prince numide feignait de servir contre Rome les intérêts de Carthage et de Syphax, anti venaient de le rétablir sur son trône de lassylie, 1: :;i se disposaient à l’en faire bientôt redescend &. 11 eut avec le proconsul romain une entrevue secrète, où ils concertèrent leurs démarches. Le résullat des mesures qu’ils s’accordèrent à prendre fut une victoire que Scipion remporta sur un corps d’Africains commandé par un jeune officier. Syphax, qui jusqu'alors avait prétendu garder la neutralité et joué le rôle de médiateur, se déclara ouvertement lauxiliaire des Carthaginois, et partagea les nouveaux revers de son beau-père Asdrubal. Scipion, néanmoins, crut à propos de lever le siége d’Utique qu’il avait entrepris, et passa l’hiver dans une presqu’ile, où il s’occupa des préparatifs d’une campagne plus décisive. Là s'est terminée l’histoire du consulat de Sempronius Tuditanus et de Céthégus : celui de Servilius Cæpio et de Servilius Géminus ou Népos s’est ouvert le 14 février 203. Nous avons recueilli plusieurs des faits qui k remplissent : distribution des commandements mi-

litaires ; levées de troupes ; cérémonies expiatoires pour détourner l'effet des pr-diges; promulgation de la loi

ro

Cincia, proposée par le tribun du peuple Cincius Ali- : mentus pour réprimer les exactions des patroiis. Mais 1 ce sont les progrès des armes romaines en Afrique qui FS ont principalement attiré votre attention : vous avez vu sa Scipion incerdier les deux camps de Syphax et d’As- . drubal , ruiner leurs armées, envahir des places voisi- 4 nes d’Utique, et frapper Carthage d’un mortel effroi. “a Il a fallu tout l’ascendant de Sophonisbe sur son époux h? Syphax pour le retenir au rang des ennemis de Rome, és Mais, quoique renforcés par quelques milliers de Celti- a bériens, Asdrubal et Syphax ont perdu une seconde : : en . | prin bataille. 11 ne tenait qu’à Scipion de fondre sur Utique . ou sur Carthage même : il a mieux aimé continuer le c | cours de ses ravages et de ses conquêtes autour de ces . deux cités; il a risqué une sorte de combat naval, où Ré sa flotte, quoique inférieure en force, n’a essuyé qu’une ee perte modique. Une troisième victoire sur terre a si- ee gnalé sa puissance et affermi celle de son allié Masi- poste] nissa : Syphax est tombé entre leurs mains. Masinisa DE, ph

est devenu l'époux de Sophonisbe; mais Scipion n Ha point toléré cette alliance, et notre dernière séance

+ : ; noise

s’est terminée par le récit de la mort tragique de h , | mée d

princesse.

Ù : 3 ; | 1% 2 4 porta Scipion, qui avait commandé à Masinissa un si cruel re

sacrifice, parvint, sans tip de peine, à l’en consoler ol

: par des divertissements et par des caresses. Dès le len- Fi demain, toutes les troupes étant convoquées devant h tente du proconsul, le prince numide y comparut à la tête des siennes, reçut la première des récompense distribuées aux braves, ct s’entendit saluer du titre

gérent présai Les a déclaré

un inc

atoires pour on de la lot Cincius Aliatroiis. Mais

| Afrique qui vous avez vu hax et d’Asplaces voisimortel effroi.

sur son époux mis de Rome.

liers de Celti- , une seconde re sur Utique & continuer le , autour de ces abat naval, où 1 essUyÉ qu’une sur terre à Sion allié Masiains. Masinissi ais Scipion n'a ernière séance

tragique de la

nissa un si cruel à l'en consoler ses. Dès le lenquées devant k > Y comparut à es récompenst uer du titre à

CENT DIX-HUITIÈME LECON. 427 roi, que jamais encore les Romains ne lui avaient attribué d’une manière si authentique et si solennelle. Scipion l’accabla de louanges, et lui donna une couronne d'or, une coupe d’or, une chaise curule, un sceptre garni d'ivoire, une robe brodée, une tunique ornée de palmes. Ce sont là, lui dit le proconsul, les ornements dont nous parons à Rome les triomphateurs, et dont nous n'avons honoré jusqu’à ce jour aucun prince étranger. Ces hommages et l'espoir de régner seul sur la Numidie entière effaçaient déjà, dans l’âme du monarque, le souvenir de Sophonisbe : tant il faut peu compter sur la durée des plus vives affections d’un prince ambitieux! Les autres prix militaires se partagèrent entre les guerriers, romains ou numides, dont Scipion avait distingué les services. Lélius eut pour sa part une couronne d’or, et partit peu après pour Rome, à la tête d’une escadre qui transportait Syphax, son fils, et des prisonniers de marque. Le proconsul changea de camp, revint s'établir près de Tunis, au poste qu’il avait précédemment occupé, et faillit y être la proie des flammes.

Hannon commandait un corps de troupes carthaginoises, et Asdrubal campait séparément avec son armée de volontaires. Pour se signaler par un succès important et se rétablir dans les bonnes grâces du sénat, Asdrubal corrompit , à force d'argent, quelques Espagnols incorporés dans les troupes romaines. Ils s'engagèrent à mettre le feu aux tentes du proconsul, par représailles du stratagème dont il avait lui-même usé. Les aruspices, informés apparemmerit de ce complot, déclarèrent que les entrailles des victimes annonçaient un incentlie préparé par des traîtres : Scipion se tint

sur ses gardes , et fit rechercher les conspirateurs. Un domestique espagnol les découvrit, si nous en croyons Appien. Cet honnête esclave avait observé les mouvements, l’empressement, les réunions clandestines de quelques-uns de ses compatriotes : il y soupçonnait du mystère. Leurs démarches, leur contenance, leurs rendez-vous fréquents, lui semblaient des indices d’un mauvais dessein. Peut-être avait-il saisi quelques demimots de leurs entretiens. Pour mieux s’éclairer, il aborda les conjurés, feignit d’être instruit de leur entreprise, offrit de la seconder, et, par cet artifice, obtint des confidences positives et complètes. Surchargé d’un secret d’une telle importance, et persuadé que son affranchissement serait le prix de la révélation qu’il en pouvait faire, il dénonça les traîtres au chevalier romain qu'il servait, et, par l'entremise de celui-ci, au proconsul. Les accusés ayant été confrontés avec le délateur, le crime parut avéré : les coupables, traînés hors du camp, expirèrent dans les supplices; et sans doute l’esclave recut une récompense, dont toutefois Appien ne fait pas mention. Pendant que Scipion prenait ces mesures, Asdrubal, qui comptait sur la pleine réussite de son projet, en instruisait Hannon, et l'invitait à s’y associer. Hannon promit des secours, du renfort pour attaquer les légions durant l'incendie, s’abstint de s’engager plus avant dans une entreprise qui pouvait échouer, et observa plus attentivement que de coutume ce qui se passait dans les retranchements romains. Au moyen d'informations exactes, il sut que l'intrigue était découverte, déjouée et punie. Les cadavres des su ppliciés se voyaient exposés hors du camp du proconsul. Ce spectacle afligea vivement Asdrubal, qui, arrivé seul au

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| CENT DIX-HUITIÈME LEÇON rendez-vous conv l ee enu entre lui et Hannon, se hâta de < er. Pour surcroît de malheur, il accusé de ne s'être ochié Run approché, de nuit, si près du cam D K 1 s Romains que pour se livrer à eux, et de n’ L pris le parti de s i * He He > se retirer que parce qu'ils avaient dé 6 é ses ignobles services. Hannon, son rival | ce brui ’armé icai ire de t dans l’armée 2fricaine, et bientôt Aa d : ssi dan : age. Asdrubal devint de plus en plus odieu so : peuple et aux sénateurs. Ra ant der ivi de e revers, la captivité de Syphax, la proximité Ts | * égions de Rome, et le retard de l’arrivée d’Anni "», 4 1 l | ; FR au sénat l’idée d’entamer des négoci on S os | nn afin de gagner du temps Une am )assa sé e, a de trente personnages éminents rendit à Tunis auprès re près du proconsul, s se prosterna d vant lui la face ca mr contre terre, et Jui | , et Jui adressa d i cation 1 au s si humbles, qu’il n’aurait pas dû les en in-

« outr é é al irité V [ eperns= aan , si ous è s | : ù autes et çiui se l 1 iné y , : je . . . À PES» ravage l'Italie jusqu'aux portes de Rome , a iron é ans not 1 P ; qu | « troim 4 i s : u CJaqis I - L [|

Ab | us recou > Uae Donne | (C aINSi : I Ipi Ï UC vous r 1 P | |

« tant pas de vous faire grâce, si vous remplissez religieu. « sement les conditions que voici : premièrement, nous « rendre tous nos prisonniers, nos transfuges, nos « esclaves fugitifs ; en second lieu, retirer vos troupes « de l'Italie et de la Gaule Cisalpine; troisièmement, « nous céder à jamais toute l'Espagne; nous abandon. « ner, en quatrième lieu, toutes les îles situées entre l’'I- « talie et l'Afrique; cinquièmement, nous livrer tous « vos vaisseaux , excepté vingt à l’usage du commerce; « sixièmement, fournir à mon armée ciuq cent mille « muids de fromeni et trois cent mille d'orge; en « septième et dernier lieu, payer à mes troupes la solde « de deux années. Vous avez, pour délibérer sur ces « propositions, un délai de trois jours : si vous les ac. « ceptez, je vous accorderai une trêve jusqu’au retour « des ambassadeurs que vous enverrez à Rome pour « obtenir la ratification du traité. » D’anciens auteurs, cités par Tite-Live, ajoutaient un huitième article, sa. voir, le payement de cinq cents talents selon les uns, de cinq mille livres en argent selon les autres, et de plus une double solde pour les légionnaires tant qu'ik resteraient en Afrique. Décidés à ne pas remplir ces engagements, les Carthaginois n’hésitèrent point à le contracter. Ils n’embarquèrent avec leurs envoyés à Rome qu’un petit nombre des prisonniers, des esclaves et des transfuges qu'ils devaient rendre, et ils se dispo: saient à recommencer les hostilités dès qu'Annibal « Magon rentreratent en Afrique. Ils cultivèrent leur anciens alliés et en recherchèrent de nouveaux, A leur instigation, le roi de Macédoine Philippe épia l’ocer sion de rompre le pacte qu'il avait conclu avec Rome, et permit à ses soldats de piller les provinces grecque

issezreligieu srement, nous insfuges ; n0S er vos troupes roisièmement, :

sous abandontuées entre Fjus livrer tous du commerce; inq cent mille lle d'orge; tn troupes Ja solde élibérer sur ces . si vous les acjusqu’au retour 7 à Rome pour anciens auteurs, ième article, si ts selon les uns, les autres, et de anaîres tant qu'il as remplir ces en

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déclarées pour elle. 11 embarqua enfin pour Carthage des troupes commandées par son parent Sopater ou Sosipater, et composées de quatre mille hommes, avec des sommes d'argent destinées aux besoins de la guerre contre Scipion. Instruit par des députés de la Grèce de ces infractions aux traités, le sénat envoya vers le roi Philippe trois députés, Caius Térentius Varron, Caius Manilius ét Marcus Aurélius, chargés de véritier les faits et de dexander satisfaction, s’il y avait lieu. L'arrivée de Lélius, qui amenait à Rome Syphax, un fils de ce roi, et d’autres prisonniers nobles, excita des transports d’allégresse; et le récit qu’il fit des exploits du proconsul redoubla l’enthousiame public. Le sénat eut à délibérer pour la première fois sur la destinée d'un monarque : il décréta que Svphax et sa suite seraient conduits à Albe, ville du pays des Marses, distincte d’Albe la Longue , et y attendraient le retour du général, dont ils devaient orner le triomphe. Lélius répéta le même récit au sein des comices convoqués par le préteur Publius Ælius; la place retentit d’acclamations; et, quand Ælius eut publié l’ordre d'ouvrir les temples et d'y rendre grâce aux dieux immortels, la multitude y accourut de toutes parts avec un empressement inoui. Le sénat entendit les ambassadeurs particuliers du roi Masinissa, lesquels demandèrent, en son nom, la restitution des captifs numides, et la confirmation du titre de roi que Scipion lui avait décerné : Masinissa ne voulait plus tenir que de Rome la couronne de Numidie. En adhérant à toutes ces proositions, on combla Masinissa de louanges ; et, aux rix militaires que Île proconsul lui avait adjugés, on ijouta des présents qui furent à l'instant remis aux

et

mains de ses ambassadeurs : un manteau de pourpre garni d’agrafes d’or, des tuniques brodées à grandes fleurs, deux chevaux superbement équipés, deux armures de cavalier avec la cuirasse, des tentes, et tout le mobilier qu'on avait coutume de fournir aux consuls et autres généraux, lorsqu'ils se mettaient en campagne. D'ailleurs, on logea les députés du prince, on les défraya pendant tout le temps de leur séjour en Italie, on leur assigna des places honorables au théâtre. C’est, à ce qu'il me semble, Messieurs, le sens le plus plausible des mots de Tite-Live, /oca legatis decreta : je dois dire néanmoins qu’on les a quelquefois interpré. tés comme s'il s'agissait de jardins et de promenades particulières, où ces ambassadeurs pussent être séparés de la multitude et jouir de plus de liberté, Chacun d’eux reçut cinq mille as d’airain, outre mille as pour

les gens de leur suite; à quoi il faut ajouter encore |

deux magnifiques robes pour chaque député, un habit complet pour chacune des personnes qui les accompagnaient, ainsi que pour chaque PRROUTIeR numide remis en liberté.

Annibal et Magon ne soutenaient plus que bien far blement le parti de Carthage en Italie. Le consul Servilius Cæpio avait réduit Annibal aux dernières extré. mités ; il lui avait tué plus de cinq mille hommes pris de Crotone : voilà du moins ce que T'ite-Live extrait des livres de Valérius d’Antium, sans trop oser l’affr. mer. Jamais le général carthaginois ne s'était vu si étroi tement resserré. Les Romains avaient repris plusieur villes du Bruttium, Consentia ou Cosenza , Uffugun, aujourd'hui peut-être Faggiano, Verges, Bésidies où Bisiguano, Hétricule, Syphée, Argentane, Clampétie

de pourpre es à grandes és, deux arentes, et tout mir aux contaient en Camndu prince, on eur séjour en les au théâtre.

le sens le plus gatis decreta :

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et d'autres places. Magon, arrêté par trois armées romaines, n'avait pu rejoindre son frère, ni osé combattre Servilius Géminus , l’autre consul, posté en Étrurie. Ce magistrat cut le bonheur de recouvrer son père et son oncle Lutatius Catulus, qui depuis seize ans demeuraient captifs chez les Boïens. 1l rentra dans Rome avec eux, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, nouveau genre de triomphe, le plus doux qu'on ait jamais obtenu, Il eut néanmoins à se justifier d’avoir exercé une fonction curule durant l'esclavage de son père; car cela était interdit par une loi dont j'ai eu, Messieurs, occasion de vous parler. Mais Servilius Géminus, en prenant les faisceaux, ignorait si son père était vivant ou mort; et sa bonne foi lui servit d’excuse. Le principal résultat de sa campagne avait été de rendre l’Étrurie inaccessible à Magon, qui s'était jeté sur l’Insubrie. Deux autres généraux gardaient les passages de cette contrée, le préteur Varus et le proconsul Céthégus, chacun à la tête d’une armée. Ils se réunirent pour livrer une bataille aux Carthaginois : Varus y rangea ses légions en première ligne, et celles de Céthégus formèrent un corps de réserve. Les attaques par lesquelles l'action commença ne tournant point à l'avantage des Romains, le préteur eut recours au proconsul : « 1l faut « de la cavalerie, lui dit-il, pour rompre des bataillons « que mon infanterie ne peut entamer. Choisissez, ou

« de vous élancer avec vos escadrons sur l’ennemi, ou

« de mettre vos cavaliers à ma disposition. » Céthégus

préféra ce second parti; il prit le commandement de

l'infanterie; et les cavaliers, sous les ordres de Varus

et de son fils Marcus, fondirent brusquement sur les

Africains. Cette charge impétueuse, animée par les ac- AIX. 28

clamations des légionnaires , allait mettre en pleine déroute tous les fantassins de Magon , quand ce général fit tout à coup avancer les éléphants qu'il tenait tout prèts. L'odeur et les cris de ces animaux effarouchèrent les chevaux des Romains : il fallut tourner bride et laisser des mouvements plus libres aux Numides, qui savaient lancer de loin des traits mortels. La bataille se rétablit entre les hommes de pied ; et la douzième légion, déjà fort maltraitée au premier choc, ne résistait plus que par la honte de fuir; elle avait perdu l’espoir de vaincre. La treizième accourut ; les Gaulois de Magon s'avancèrent pour la repousser; ils succombèrent; et, au même instant, les hastats de la onzième légion , rassemblés en peloton, dirigèrent tous leurs efforts contre les éléphants, qui déjà portaient le trouble dans les rangs de l'infanterie romaine, serrés les uns contre les autres. Ces animaux essuyèrent une grêle de traits; quatre tombèrent percés de coups, les autres se replièrent sur leur propre armée. Pour n’être pas écrasés sous leurs pieds, les Gaulois reculèrent, et bien. tôt Magon vit toute sa première ligne se dissoudre. Il ne perdit pas courage; il eût réussi à se retirer en bon ordre, mais il reçut une blessure à la cuisse ; on l’emporta de la mêlée; tout se débanda autour de lui; la déroute devint générale. Il laissait cinq mille soldats sur le champ de bataille, et vingt-deux étendards entre les mains des vainqueurs. De leur côté, les Romains avaient perdu deux mille trois cents guerriers de l’armée du préteur et la plus grande partie de la douzième légion , y compris deux de ses tribuns , Cosconius et Ménius. La treizième avait àregretter aussi letribun Helvius, vingt chevaliers illustres, et quelques centurions foules

leine dére général enait tout ouchèrent ide et laisles, qui sabataille se ouzième léne résistait perdu l'es- , Gaulois de 8 succombè- , onzième léous leurs efent le trouble errés les uns t une grêle de ps les autres our n'être pas èrent , et biene dissoudre. I retirer en bon uisse ; on l'emour de lui; la L mille soldats étendards entre é, les Romains erriers de l’arde la douzième osconius et Méetribun Helvius, enturions foules

CENT DIX-HUITIÈME LEÇON. 435 aux pieds des éléphants. Saris le trait qui atteignit Magon, la victoire aurait été bien plus longtemps disputée, Magon partit dès la nuit, et, marchant à grandes journées, autant que le lui permettait sa blessure, il arriva chez les Ingauniens, où l’attendaient les envoyés de Carthage, porteurs de l'ordre qui le rappelait en Afrique : on lui annonçait que son frère Annibal recevait un pareil message. L'état des affaires ne permettant plus aux Carthaginois de se maintenir en Italie et dans la Gaule, il obéit sans délai, trop heureux de quitter un pays où sa présence devenait importune, et où :i eût bientôt manqué de subsistances. Il espérait d’ailleurs que sa plaie se refermerait plus aisément durant une navigation que sur terre. Ayant donc rapidement embarqué ses troupes africaines, liguriennes, espagnoles, il mit à la voile, laissant néanmoins en Ligurie un officier nommé Amilcar, qui devait soutenir, autant qu'il serait possible , le parti de Carthage dans ce coin de l'Italie. À peine avait-on doublé l’île de Sardaigne, que Magon mourut : le roulis du vaisseau avait probablement enflammé sa plaie. Une tempête dispersa ses galères, et les Romains en prirent un grand nombre. Annibal n’avait pas reçu aussi docilement les ordres du "énat africain ; il répondit aux envoyés qui les lui ajrrtaient en se plaignant avec amertume de la malveillance des sénateurs : « Ils ont négligé, disait-il, de m'expédier les « secours et les renforts que je leur denrandais; c'était « annoncer assez l'intention de me rappeler. Ce n’est « pas Rome qui me chasse de l'Italie : j'en sors vic- « time de l'envie et des intrigues de mes compatrio- «tes; et mon départ est un triomphe pour Hannon

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smart

« plutôt que pour Scipion. Hannon ensevelit ma fn. « mille sous les ruines de Carthage. » Il fallut pourtant partir. Annibal laissa dans les places bruttiennes qui lui restaient une partie deses soldats : savoir, les plus vieux, les plus infirmes, les moins valeureux; il embarqua les plus aguerris, y compris beaucoup d'Italiens et particulièrement de Bruttiens. Il s’en fallait qu'ils le suivissent de bon gré. Plusieurs se réfugièrent dans le temple de Junon Lacinienne, asile réputé inviolable : il les y fit massacrer. On eût dit qu'il prenait plaisir à ensanglanter une terre dont il ne s’éloignait qu'à contre-cœur. Il jeta sur elle plus d’un regard, du vaisseau qui le portait en pleine mer, et proféra contre les dieux, contre les hommes, contre lui-même, des imprécations horribles, se reprocha d’avoir si mal profité de ses victoires du Tésin, de la Trébie, de Trasimène et de Cannes; et ces transports de rage l’agitaient encore, lorsqu'il perdit de vue les côtes italiennes.

La nouvelle du départ d’Annibal et de Magon enivrait de joie la plupart des habitants de Rome. Quelques-uns, pourtant, s'affligeaient de ce-que les consuls et les autres généraux n'avaient pas su les retenir en Italie, et leur avaient permis d’aller consommer la ruine des légions en Afrique. Fabius, surtout, prophétisait des malheurs: jamais, selon lui, la république n'ait couru des périls si graves, ni plus compromis son salut qu’en se confiant à un jeune présomptueux tel que Scipion. C’étaient les derniers accents de la voix de Fabius, le dernier accès de son humeur. Il mourut en cette année 203, âgé de près de cent ans, si nous en croyons Tite- Live, Valère-Maxime et Pline l’Ancien. Cette longévité

lit ma failut pourruttiennes oir, les plus eux ; il emcoup d'Itas'en fallait réfugièrent e réputé inqu'il prenait se s'éloignait n regard, du proféra conre lui-même, d'avoir si mal la Trébie, de ts de rage l'a , les côtes 1ta-

le Magon eni- > Rome. Quelque les consuls les retenir en bmmer la ruine rophétisait des e n'avait COUTU on salut qu’en el que Scipion.

. de Fabius, le en cette année n croyons Tite- Gette longévité

CENT DIX-HUITIÈME LEÇON. 437 n'est pourtant pas incontestable; car le premier consulat de Fabius est de l'an 233, et il aurait eu alors soixante-dix ans s'il était né en 303. Est-il croyable qu’un citoyen si estimé, si révéré, n’ait pas obtenu les faisceaux avant d’être septuagénaire? Consul pour la cinquième fois en 209, il assiége et prend Tarente : convient-il d’attribuer une campagne si laborieuse à un vieillard de quatre-vingt-quatorze ans? C’est ce que sont obligés d'admettre ceux qui le font centenaire en 203. Il est vrai qu’il passe pour avoir été augure pendant soixante-deux ans, Pline dit même soixante-trois; et si, en arrivant à cette fonction, il était déjà d’un âge mûr, robusta jam ætate, comme nous le lisons dans Valère-Maxime, s'il avait trente-sept ans par exemple, le compte des cent années se retrouve. Mais ses consulats resteront toujours bien tardifs, et son activité militaire bien prolongée au delà des bornes communes. Son biographe Plutarque s’est abstenu de fixer la durée de sa carrière; et je crois qu’il est prudent, ou au moins permis, d’imiter cette réserve. Bornons-nous à dire qu'il mourut dans un âge avancé. Le peuple lui rendit d’éclatants hommages, et voulut contribuer, par tête. aux frais de ses funérailles : « non, dit Plutarques « pour ce qu’il eust faulte de biens pour se faire inhu- «mer, mais seulement pour honorer sa mémoire, en fai- « sant ses obseques à leurs despens. » La contribution de chaque citoyen fut de la plus petite pièce de monnaie, soit d’un as, soit plutôt d’un quadrans, quatrième partie de l'as. Fabius, prince du sénat, était en même temps augure et pontife; il eut pour successeurs, comme augure son propre fils, comme pontife Servus Sulpicius Galba.

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Les habitants de Rome ne partageaient point les préventions injustes que Fabius avait conçues contre Scipion; les sénateurs même y compris les plus vieux, se félicitaient du départ d’Annibal. Ils voulaient qu’on remerciât les dieux, qui, après seize ans d’alarmes, rendaient à Rome la sécurité. Le préteur Ælius mit en délibération la proposition de leur offrir de solennelles actions de grâces. Le sénat décréta qu’on ouvrirait tous les temples; qu'il y aurait cinq jours de prières et de processions publiques; qu’on immolerait cent vingt grandes victimes. Lélius venait de repartir de Rome avec le titre de questeur : il allait succéder en cette qualité à Caton, qui passait d'Afrique en Sardaigne. On débarrassait encore une fois Scipion de ce surveillant incommode. Mais à peine Lélius arrivait-il au port où il devait s’embarquer, que le sénat le rappela pour assister à l'audience que sollicitaient des négociateurs carthaginois, débarqués à Putéoles ou Pouzzoles. Conduits par Quintus Fulvius Gillo, officier de l’armée du proconsul , ils approch:ient des murs de Rome: on les logea hors de l'enceinte, au champ de Mars, dans une maison qui appartenait à la république, et qui lui servait à recevoir les ambassadeurs étrangers, Pour entendre ceux de Carthage, les pères conscrits s’assemblèrent, selon leur usage, au temple de Bellone. Les députés y répétèrent ce qu’ils avaient déjà dit à Scipion : qu’Annibal était le seul auteur de la guerre; qu'il avait, de son propre mouvement, pris Sagonte, passé l’Ébre, traversé les monts, et porté ses armes en Italie ; que le sénat de Carthage n'avait point violé les anciens traités, et n’aspirait qu’à les remettre en vi gueur ; qu’il s’en tiendrait à celui qui avait terminé Ka

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CENT DIX-HUITIÈME LEÇON. 439 première guerre punique en 242 ; et que, si Rome voulait conclure une seconde paix aux mêmes conditions, l’anitié des deux républiques serait désormais inaltérable, La loi ou l’usage autorisait chacun des sénateurs romains à interroger les ambassadeurs. Les plus vieux pères conscrits, après avoir obtenu du préteur Ælius, qui présidait l’assemblée, la faculté d’user de ce droit, adressèrent diverses questions aux envoyés africains, qui, jeunes encore, n'avaient aucune connaissance précise de ce qui s'était passé trente-neuf ans auparavant. Le choix de ces négociateurs inexperts parut un signe de mauvaise foi; on les fit sortir du temple, et la délibération s’ouvrit. Marcus Livius opina le premier : il invita le sénat à ne rien conclure en l'absence des deux consuls; il proposa d’en rappeler au moins un, celui qui séjournait en Étrurie, Servilius Géminus. Un ancien dictateur, depuis consul en 206, Quintus Métellus, soutint qu’il convenait d'attendre les conseils de Scipion, qui, placé si près des Carthaginois, devait connaître mieux que personne leurs intentions et les véritables inotifs de leurs démarches. Lévinus, jadis revêtu deux fois de la dignité consulaire, déclara qu'il ne voyait dans ces prétendus ambassadeurs que de vils espions, que des ennemis sous un titre honorable ; qu'il fallait les renvoyer surveillés par ure sûre escorte, et prescrire à Scipion de poursuivre vivement la guerre. On entendit ensuite Fulvivur, qui les avait accompagnés, et surtout Lélius, l’ami et l’envoyé du proconsul. Ils assurèrent qu’il n'avait lui-même incliné à la paix qu’en supposant qu'Annibal et Magon seraient retenus en ltalie; ils étaient persuadés qu’aussitôt après le retour d'Annibal eu Afrique, Carthage, au mépris de tous

4o HISTOIRE ROMAIKWE.

les traités, reprendrait les armes. Selon quelques historiens, ce sentiment prévalut, et l’on congédia les négociateurs : c’est ce que Tite-Live affirme. Polybe et d'autres écrivains supposent au contraire que les pères conscrits consentirent à la paix, telle que l'avait dictée Scipion ; et cette tradition n’est pas sans vraisemblance.

Des députés sagontins arrivaient alors à Rome, trainant à leur suite et dans les fers des Carthaginois qu'ils avaient surpris en Espagne occupés à lever des troupes auxiliaires. Le sénat fit mettre ces captifs en lieu sûr, et déposer dans le vestibule du temple de Bellone deux cent cinquante livres d’or et huit cents livres d'argent qu’on leur avait enlevées. Mais il rendit bientôt ces sommes d'argent et d’or aux envoyés de Sagonte, les remercia de leur fidélité, les combla de bienfaits, et leur fournit des vaisseaux pour regagner leur patrie. Cependant Annibal faisait voile vers l'Afrique, ayant, comme je l'ai dit et comme le rapporte Appien, signalé sou départ de Ftalie par des violences et des brigandages. Il craignait que les sénateurs de Carthage ne le déclarassent responsable des malheurs d’une guerre allumée par lui; et, aïn de se prémunir contre cette malveillance, il s'était appliqué à gagner l'affection de ses soldats, en leur abandonnant je pillage des villes qu'il avait subjuguées, de celles mêmes qui s'étaient livrées à lui volontairement. Toutefois, de peur de trop déshonorer son nom par tant de perfidie et de cruauté, il avait eu l’art d'employer à ces exécutions barbares un officier nommé Asdrubal, celui-là même qui était venu lui signifier l’ordre de se rendre à Carthage. Cet Africain parcourut toutes les

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mé Asdrubal, fier l'ordre de Lurut toutes les

places encore soumises aux Carthaginois ; et, sous prétexte de passer en revue les garnisons, il dépouilla les habitants de leurs biens, les chassa de leurs maisons, les força tous de s’enfuir, hommes et femmes, enfants et vieillards. On les voyait errer dans les campagnes, couverts à peine de hideux vêtements, et réduits pour toute subsistance à quelques restes d'aliments qu'ils avaient pu emporter. Le spectacle ou le récit de ces excès souleva les villes qui ne les avaient point encore essuyés. Les bnurgeoïs s'armèrent, et se précipitèrent sur les garnisons africaines. Il s’ensuivit d’horribles massacres, accompagnés de tous les genres d’infamies. Asdrubal survenait, et mettait le comble aux attentats. Les soldats étrangers et surtout les Italiens, dont Annibal s'était fait suivre, n’eurent pas avec lui une desnée plus heureuse. Plusieurs, misérables brigands, renonçaient volontiers à leur patrie, d'où les bannisaient leurs crimes et les lois vengeresses. D’autres, plus

attachés à leurs foyers, moins séduits par l'espoir des joutssances qu’on leur promettait dans une terre étran-

D otre, refusèrent de s'embarquer. Annibal les rassembla,

Les fit cerner, les condamna tous à la servitude, et permit à chacun de ses soldats de choisir parmi eux des

Éaclaves, soit pour les retenir en service, soit pour les

Buendre. Beaucoup de bandits italiens repoussèrent cette

Roffre exécrable : ils ne consentirent point à prendre

Bpour victimes des compatriotes avec lesquels ils avaient combattu sous les mêmes enseignes. Annibal, qui ne

Mooyait point à la compassion, “clara que ceux

Mu témoignaient tant de pitié pour des réfrac'aires

tient eux-mêmes des ennemis cachés. IL commanda

Du affreux carnage des uns et des autres; les animaux

mêmes ressentirent, dit-on, les effets de sa fureur :

on assure qu’il fit égorger quatre mille chevaux et un |

grand nombre de bêtes de charge. Il n'emmenait ainsi |

qu’un assez petit corps de troupes, que les Pétéliens at. l

taquèrent et maltraitèrent sans qu’il pût s’en venger: 0

\ car ils se retirèrent en bon ordre dans leur ville, qu: M k w’avait pas le temps d’assiéser. Appien ajoute à ce D tr : détails, exagérés peut-être, qu'aussito: après le départ Er d'Annibal, les peuples qui avaient embrassé son parti Æ Le

? ' se replacèrent sous les lois de Rome, qui leur pardonna m # leur défection. Les Bruttiens cepeudant furent exceptés po de cette amnistie. Ils demeurèrent désarm::, expro- le priés, dégradés, exclus des corps militaires, condam- dai | : nés aux œuvres serviles, aux fonctions ignobles d’ap- gal pariteurs, d’huissiers, ou, comme nous lavons déj Æ mu

observé , de licteurs et de bourreaux. On prétend que cell

leur nom originaire de Brettiens ou Brenttiens fut bon

changé exprès en Bruttiens, pour mieux signaler leur Æ la q brutalité, leur ignominie. Diodore de Sicile, Strabon, M val Festus, attribuent à leur alliance avec Annibal l'op- Æ ser probre où Rome les a plongés; et Strabon dit qu’elle le c traita presque aussi rigoureusement les Lucaniens et lon les Picentins. plus Le consul Servilius Cæpio, qui n'avait pas su con roi traindre Annibal à rester en Ltahe, résolut de le suivre time sur mer. Ce dessein déplut aux pères conscrits, que thag croyaient y voir l'intention de ravir à Scipion l’horE et q neur de terminer la guerre. Le préteur Ælius eut or vent dre d'écrire à Cæpio déjà transporté en Sicile, et de k 2 quel rappeler dans la province qu'il avait irrégulièremeit Amil

quittée. Ælius s’excusa , disant qu’il n’appartenait poitt drub

à un préteur de rien ordon: : à un consul. 1 falu@ à la

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CENT DIX-HUITIÈME LEÇON. 443 recourir à l'autorité d’un dictateur; en conséquence, l'autre consul, Servilius Géminus, conféra ce titre à Pubiius Sulpicius Galba, qui choisit Marcus Servilius Puiex pour commandant de la cavalerie. Docile aux ordres du dictateur, Cæpio revint à Rome, et Scipion resta seul maître des mesures à prendre en Afrique. La trêve y durait encore; les Carthaginois attendaient, pour la rompre, l’arrivée d’Annibal et le retour de leurs ambassadeurs. Mais une occasion se présenta de manquer à leurs engagements, et ils ne résistèrent point à une telle tentation. Le proconsul avait senti le hesoin d’accroître ses forces; il faisait venir de Sardaigne, sous la conduite du préteur Lentulus, vingt galères, et un convoi de cent bâtiments chargés de munitions. Cette flotte arriva sans encombre; mais celle qu'Octavius amenait de Sicile n’eut pas autant de bonheur. Des temps calmes la retardèrent ; une tempête la dispersa : des bâtiments qui la composaient, trente galères et deux cents barques de transport, les uns se réfugièrent sous le promontoire d’Apollon, depuis le cap d’Acafran selon Marmol, le cap Razamuzar selon Mercator; les autres dans la petite île d'Égimure; plusieurs enfin plus près encore de Carthage, à l’endroit appelé les Sources Chaudes. La vue de tant de bä-

timents exposés au pillage excita la cupidité des Car-'

thaginoïis : le peuple s’attroupa aux portes du sénat, et demanda la permission d'enlever une proie que les vents et la mer leur abandonnaïent. La résistance de

À quelques sénateurs plus sages fut aisément vaincue.

Amilcar, selon Appien, ou bien, selon Tite-Live, Asdrubal fils de Giscor, reçut l’ordre de sortir du port

de s'emparer de tous les bâtiments romains mis à l’a. bri dans les havres. Ceux que les flots avaient jetés sur le rivage d'Égimure ou aux Sources Chaudes tombèrent au pouvoir des ravisseurs, qui les entraînèrent au port de Carthage : les équipages romains s’étaient réfugiés dans les montagnes. Les Africains violaient ainsi une suspension d'armes qu'ils avaient eux-mêmes implorée, et dont le terme n'était point expiré. Scipion eut peine à contenir son courroux. Cependant, avant de tirer vengeance de cette infidélité, il dépécha vers Carthage trois députés, Marcus Bæbius, Lucius Fabius et Lucius Sergius, que les copistes de Polybe ont nommé mal à propos Servius. Bæbius, chefde l’ambassade, retraça les circonstances qui avaient amené la trêve; libations religieuses, humbles supplications des Carthaginois, confession de leurs fautes, aveu de leur faiblesse. D'où leur vient aujourd'hui tant d’audace? Qu'’espèrent-ils de leur Annibal, affaibli par tant de defaites? et que peuvent-ils attendre de ce nouvel attentat, sinon la vengeance de Rome et des dieux ? Ces menaces irritèrent les Africains. Presque tous les sénateurs s’écrièrent que les conditiotts de paix qu’on prétendait leur imposer étaient trop dures pour être acceptées ; et le peuple protesta qu’il ne restituerait pas le butin que la fortune venait de lui adjuger. Il fallut toute l'autorité de quelques personnages plus modérés pour arracher les ambassadeurs des mains de la populace. Le sénat les renvoya sans réponse, et, sous prétexte de pourvoir à leur sûreté, leur donna pour escorte deux vaisseaux armés en guerre, mais après en avoir informé, par des avis secrets, l’amiral de la flotte africaine qui mouillait près d’Utique. Les deux trirèmes carthaginoiïses accon-

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pagnèrent la quinquérème romaine jusqu’à l'embouchure du Bagrada, et se retirèrent brusquement, sous pré: texte qu’on apercevait de là le camp de Scipion. Alors, soit en vertu d’un ordre secret, soit par une nouvelle perfidie d'Asdrubal , trois ou quatre quadrirèmes africaines se détachèrent de la rade d’Utique, et fondirent sur la galère qui portait les députés du proconsul, au moment où elle doublait le promontoire d’Apollon. Sa vitesse la sauva plus d’une fois de leurs éperons, et sa hauteur la préserva de l'abordage. Assaillie en flanc, en queue, à la pointe, elle se défendit vigoureusement, tant qu’elle eut des traits à lancer. Quand ils vinrent à lui manquer, il ne lui restait de ressource que dans la proximité du rivage et dans les armes des Romains, qui accouraient de leur camp pour la secourir. Elle gagna la côte à force de rames, et y échoua. Là s’engagea un autre combat contre des Carthaginois, qui se précipitèrent sur les débarqués et en tuèrent plusieurs. Des trois dératés, un seul , apparemment Bæbins, échappa tout à fait à leurs coups; les deux autres furent blessés, et Appien dit qu’ils en moururent.

Peu après arrivèrent Lélius et Fulvius Gillo, qui reconduisaient de Rome les négociateurs africains. Il n’eût tenu qu'aux Romains d’user de représailles ; la trêve tait rompue , et le droit des gens violé par Carthage. Bebius, qui, selon Polybe, commandait en l'absence de Scipion, arrêta en effet ces députés au moment de leur lébarquement ; il les trait: en criminels; mais Scipion donna de respecter ieur caractère; de les recevoir, tde les renvoyer honorablement, quelque indignes

ils pussent sembler de tant de ménagements et d’éds, C’est, à mon avis, Messieurs, l’un des plus grands

traits de la vie de ce général; voilà le véritahle hé. roïsme ; on doit des louanges à la bravoure, ues hom-

mages à la modération et à la générosité. |

Lux cec entrefaites, Annibal aborda aussi l'Afrique : l des qu'il aperçut sa terre natale après une si longue ab. P sence, il donna ordreà un matelot de monter au haut du p mât pour reconnaître la côte; et, apprenant que la proue d était tournée vers les ruines d’un tombeau placé sur un aïk tertre, il s'effraya ‘ic présage, et enjoignit au pilote à » de passer outre. On descendit à la petite Leptis, située LE «+ entre Susa et Adrumète. Comme Annibal et comme À j

Scipion, la plupart des conquérants anciens et moder. À ke ; nes ont été superstitieux , ou ont fait semblant de l'être, ME que ce qui est plus honteux encore. Il n’est point d’entre. M man prise ni d'institution par laquelle on puisse faire aux ÀE naie peuples autant de bien qu’on leur fait de mal en dt. ayan gradant leur raison, et en les nourrissant d’erreurs. ces,

Ainsi se terminait l’année consulaire des deux Ser À devai vilius, Cæpio et Népos ou Géminus, dans le cours de @S Le dé laquelle un incendie avait consumé toutes les maison 3 supé de la rue appelée Publicius Clivus. Ce malheur pari rpu compensé par l'envoi que firent les Espagnols dunes dut 4 grande quantité de blé, que le prix du boisseau se réduistMavait à quatre as. Les grands édiles , Falto et Butéo , en distriMBque Je buèrent à ce prix dans tous les quartiers de la ville. Oil yéte célébra joyeusement les jeux romains et les jeux plébéienRerver par les soins et sous la présidence des édiles tant cu rules que populaires. Ceux-ci se nommaient Sexti Sabinus °t Trémellius Flaccus. Le dictateur Sulpici Galba r int de la Gaule Cisalpine. et de l’Étrure où il avait réprimé les rebelles et apaisé les trouble il présida les comices où l'on élut consuls Tibéri@réteu

Bu ne t peu éoul lé ort | Pulex

éritab'e hé- Claudius Néron et Marcus Servilius Pulex. Tite-Live

re, des hom- cependant ne sait trop si ces élections ont eu lieu sous : la présidence du dictateur ou de l’un des consuls, dont ssi l'Afrique : les pouvoirs allaient expirer. Le nouvel élu, Servilius si longue ab- Pulex, pouvait être frère du Servilius Géminus qui déer au haut du posait alors les faisceaux ; car les Tables Capitolines leur 1t que la proue donnent à l’un et à l’autre pour père un Caius, pour ju placé sur un seul un Publius Servilius. Peut-être le surnom de Géignit au pilote M minus vient-il de ce que les deux frères étaient jumeaux;

e Leptis, située M et celui de Pulex, de la petite taille du consul de l’an 202. bal et comint l'installation des deux nouveaux magistrats eut lieu ciens et moder. D le 15 mars romain, 4 février julien. Le sénat décréta mblant de l'être, ME que le sort désignerait celui des consuls qui irait comst point d'entre: mander en Afrique avec Scipion. ‘Tous deux ambitionuisse faire aux JR naient cette commission honorable; leurs prétentions + de mal en de- M ayant été renvoyées à la décision du peuple, les comigant d'erreurs. | ces, sur le rapport des tribuns , déclarèrent que Scipion ire des deux Ser M devait demeurer seul chargé de l'expédition en Afrique. dans le cours | Le décret du sénat lui donnait un adjoint plutôt qu’un és les maison à supérieur, quoique, à vrai dire, la constitution de la se malheur pañil république subordonnât aux consuls tout comman- | spagnols d’une À dant qui n'etait pas dictateur. Métellus, ami de Scipion, boisseau se rédustavait surveillé la rédaction de ce décret, de telle sorte L Butéo , en distique les pouvoirs et l'indépendance même du proconsul tiers de la ville. Oil; étaient aucunement compromis. Scipion devait conetles jeux plébéie server la libre direction de l’armée de terre, et le condes édiles tant ti ul ne disposait que de la flotte ; arrangement bizarre, nommaient Sextu@t peu conciliable avec les principes d’un gouvernement dictateur Sulpicateulier. Quoi qu'il en soit, Néron et Pulex tirent au ne. et de Y'Étrurt dk leurs départements : Néron est envoyé en Afrique, apaisé les troubls ulex en Étrurie, Le sort distribue aussi aux quatre {consuls Tibéréteurs des commandements et des fonctions: il ad-

gré ré vaiésphééemtnnh érertéristieir htrimtisété

juge à Marcus Sextius la Gaule Cisalpine et les deux légions de Varus; à Livius, les deux légions de Sen. pronius dans le Bruttium ; à Cnéius Trémellius, la Sicile; à Aurélius Cotta, l'administration de la justice au sein de la ville de Rome. On chargea Pomponius de rame. ner vingt navires et quinze cents soldats qui gardaient les côtes siciliennes. La république licenciait beaucoup de troupes ; elle réduisait le nombre de ses légions à seize, mais elle augmentait ses forces navales. Villius, de préteur devenu propréteur en Sicile, y garda vingt galères, et en renvoya vingt pour la sûreté de l'Italie. Rome en équipa cinquante, que Néron devait conduire en Afrique, et joindre à la flotte que Scipion tenait sous ses ordres; une autre croisait vers la Sardaigne,

Ce consulat commença, ainsi que chacun des pré. cédents, par des cérémonies religieuses ou considérées comme telles. Pour acquitter un ancien vœu du dictateur Manlius, des jeux se célébrèrent en l'honneur de certaines divinités, et durèrent quatre jours consécutifs. Ni ces spectacles, ni les victimes solennelle. ment immolées, ne calmaient pourtant pas les alarmes publiques. On attribuait aux dernières paroles de Fa bius un caractère prophétique. Il avait dit que Scipion éprouverait bientôt combien Annibal était supérieur à un Asdrubal et à un Syphax; Annibal, né au seï de Bellone, élevé dans les camps, victorieux dès son adolescence, et, depuis, la terreur de la Gaule et def talie! Ces propos répétés chaque jour affaiblissaient ex trêmement la confiance que les talents de Scipion avaieil inspirée. Heureusement Carthage se livrait à des in quiétudes plus vives encore. Les deux batailles qui v naient d’ensanglanter l’Afrique, la captivité de Sypla

de Rome, sur s de Scipion , en E fricains, tous ces

419 | tout les entre. ll Spagne, en Si.

souvenirs pré.

ait de s'avancer

€ avait accordé mais l'infraction récente d ssez que les hostilités

cer. Il s’efforça d'attirer à son par mides. Il traita particuliè

lets, celui qui régnait sur

l'alliance

»et les deux

jons de Sem-

lius, la Sicile; ustice au sein nius de ramequi gardaient sait beaucoup ses légions à avales. Villius,

de Masinissa et prises et les triomphe cile et sur les bords a disaient des calamités, Annibal, qui ven

) vers Adrumète, ignorait encore si Rom ou refusé Ja paix ; annonçait a

la vingt les Aréacides, peuplade d'ail. | : de l'Italie leurs inconnue, Un autre seigneur, qu'Appien nomme à re nduirs Mésotule, amena un renfort de mille chevaux, Vermina, ] levait co in ion tenait sous fils de Syphax

ardaigne; | hacun des pre.

ou considérées n vœu du dicit en l’honneur atre jours conmes solennelle.

pasles alarmes paroles de Fe dit que Scipior était supérieur bal, né au seit

ins, Tychée, fi autre prince de la Numidie, s'empressa de fournir des | chevaux : Anni it su lui inspirer la crainte d’être | dépouillé de ses États, et même immolé par Masinissa, si Rome triomphait en Afrique. Tychée conduisit deux mille cavaliers au secours de Carthage, Quatre autres | | mille hommes de Cavalerie, jadis attachés à Syphax, depuis voués à Masinissa, vinrent offrir leurs services :

Annibal ne vit en eux qu il les livra aux archers de son armé

Le . d'arriver avec .la | |

tes lel' plus nombreuse armée qu'il pourrait; il Jui redeman- |

a Gaule Rae dait surtout dix manipules romains qui avaient aidé | |

ffaiblissaten 1 ce monarque à reconquérir ses Provinces, Les progrès [1]

fé ar ni du proconsul épouvantèrent à tel point le sénat carivr'al

450 HISLOIRE ROMAINE.

quitter le poste d’Adrumète, et de venir camper sous Zama. Polybe et Tite-Live placent cette ville à cinq journées de Carthage; Cornélius Népos, ou l’auteur des notices publiées sous son nom, à trois cents milles d’Adrumète; ce qui est tellement exagéré, qu’il faudrait y supposer quelque erreur de copiste, si ces notices ne fourmillaient pas de pareilles méprises. Strabon indique une autre Zama, renfermée dans le pays des Massésyliens, et que Ptolémée a depuis nommée Azama. Celle dont nous parlons ici d’après Polybe et Appien existait hors de la Numidie; Pline la compte au nombre des cités libres de l’Afrique, et Marmol prétend qu’elle subsiste encore sous le nom de Zamora. Pour y parvenir, il fallut pénétrer dans les terres et franchir deux cents milles. Des espions qui précédaient cette marche tombèrent au pouvoir des Romains. Scipion les remit aux tribuns légionnaires, en prescrivant à ces officiers d'en conduire un dans tous les quartiers du camp, et de lui fournir les moyens de tout observer. Quand Fespion eut achevé cette longue visite, on le reconduisit au général, qui lui demanda s’il avait tout vu. « Oui, tout, répondit-il. — Eh bien ! reprit le proconsul, « retournez avec vos camarades vers celui qui vous a « envoyés, et rendez-lui le compte qu’il attend de vous. » 1l ne les congédia néanmoins qu'après leur avoir fait prendre un repas, et de l'argent pour leur voyage. Des | procédés si nobles obtinrent les hommages qu’ils méritaient : Annibal les admira; et l’on dit qu'il conçut alors l’idée de se ménager une entrevue avec Scipion. Tite-Live croit pourtant que cet entretien n’eut lieu que par ordre du sénat carthaginois.

Six mille hommes d'infanterie et quatre mille de ‘x

nper SOUS Ile à cinq auteur des milles d’A- | faudrait y notices ne rabon indiys des Masmée Azama.

e et Appien Le au nombre rétend qu'elle Pour y parvefranchir deux L cette marche pion les remit à ces officiers s du camp, et server. Quand , on le reconavait tout vu.

it le proconsul, lui qui vous à attend de vous. ?

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