‹ Cours d'études historiques [microforme] (volume 2)Chapitre 41 sur 59 · SIX Ç · texte numérisé non relu

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CENT DIX-HUITIÈME LEÇON. 457 fanterie, elle avait ordre de leur céder la place, et de se retirer à droite et à gauche; que de là elle devait diriger contre eux des javelines armées d’un fer à deux tranchants; qu’enfin il lui était recommandé de viser surtout à la trompe, d'approcher même le sabre à la main pour la couper, et d'exécuter ces divers mouvements avec les précautions convenables. Tout étant ainsi disposé , les deux généraux haranguèrent leurs troupes, Annibal par le ministère de plusieursinterprètes, à raison des langues diverses que parlaient ses soldats; Scipion de sa propre voix, et avec ce ton d'assurance et d'inspiration qu'il s'était rendu familier. Il retraçait vivement ses heureux exploits et les perfidies des Africains ; il démontrait la nécessité de vaincre en une terre étrangère, où l’on ne trouverait point d'asile après une défaite. Annibal rappelait aussi le souvenir de ses victoires , et s’attachait surtout à persuader à ses guerriers qu'ils étaient bien plus nombreux que ceux qu'ils allient combattre. Il commandait en effet, selon Appien, cinquante mille hommes; et le proconsul n’en avait que trente-cinq mille cent; savoir : vingt-trois mille d'infanterie, quinze cents cavaliers romains ou italiens, six cents autres amenés par un roitelet africain, nommé Lacumacès, et les dix mnille auxiliaires conduits par Masinissa.

Après des escarmouches de la cavalerie numide, les éléphants s’ébranlèrent; mais, effrayés par les cris des légions romaines, ils se précipitèrent en désordre sur

E l'infanterie maure , sur les cavaliers numides d’Annibal.

Aussitôt Masinissa, poussant ses escadrons contre l’aile ennemie que ces animaux avaient entamée , la culbuta, la mit en pleine déroute, ct dégarvit de cavalerie tout

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un flanc de l’arinée carthaginoise. Il restait néanmoins en bataille assez d'éléphants encore pour endommager la milice légère ce Scipion : elle parvint à les effaroucher à force de dards, et à les contraindre de s’engager dans les larges intervalles que le proconsul avait ménagés exprès. Buffon dit que les éléphants suivent toujours les chasseurs qui les ont blessés, et se laissent ainsi attirer dans les piéges qu’on leur a tendus. Percés de toutes parts et mis en fuite , ils sortirent de la plaine, et laissèrent le champ libre à d’autres combats. Appien nous offre des détails un peu différents : il dit que les éléphants commençaient d’enfoncer le centre des Romains et d’épouvanter les chevaux, quand, par ordre du proconsul, la cavalerie italienne mit pied à terre et lança une grêle de traits sur ces colosses; que Scipion lui-même, descendu de cheval, en blessa un; que les deux ailes romaines, imitant son exemple, les accablèrent de coups. 11 y en eut qui, entraînés dans leur fuite vers la pointe droite de l’armée d’Annibal, y rompirent la cavalerie; et Lélius profita de cet instant pour fondre sur les escadrons carthaginois, ainsi que Masinissa venait de jeter la confusion à la pointe gauche. Chez Appien, Masinissa blesse de sa main un Massathès, petit roi numide, allié d’Annibal. Ce n'etaient là que les préludes de la bataille, De part et d’autre les fantassins s’avancèrent à pas lents, et leurs cris annoncèrent le choc. On remarqua que les cris de l'infanterie africaine étaient discordants, apparemmeit à cause du mélange de divers peuples; qu’au contraire il partait des légions romaines un cri uniforme et re. tentissant : cette différence leur parut un heureux pre sage. Les hastats, qui attaquèrent vivement , surtout à

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la droite, les mercenaires d’Annibal, eurent besoin de beaucoup d'efforts pour rompre ces troupes légères, qui s’éloignaient et revenaient à la charge avec une extrême agilité. À la longre, les hastats, soutenus et encouragés par les deux ligne: qui les suivaient, gagnèrent du terrain, et fatiguèrent les ennemis qu’ils avaient en tête. Les mercenaires ne recevaient aucun secours du reste de l’armée dont ils faisaient partie : ils se crurent trabis ou méprisés , se débandèrent , et tournèrent leurs armes contre la ligne carthaginoiïse placée derrière eux. Attaquée en même temps par les Romains, cette ligne opposa un courage héroïque à tant wennemis, en massacra un graud nombre, et enfonça des manipules. Scipion izisait retirer, par les intervalles, les hastats blessés ;et lorsque ceux quiavaient conservé toutes leurs forces eurent enfin renversé les bataillons africains , il entreprit d'entamer la phalange qu’Annibal commandait en personne, et de laquelle il écartait les mercenaires fugitifs, en leur faisant présenter la pointe des dards. Scipion avait à traverser un espace couvert de morts, de boucliers et de javelots, un terrain imbibé de sang, et si glissant qu’on pouvait à pe:12 s’y soutenir. Les hastats étaient fatigués et leurs rangs ‘art éclaircis : il les plaça au milieu des princes et des iriaires, qui s’avancèrent pour prendre les premiers la droite, les seconds la gauche, en sorte que toute l’armée n'offrit plus qu’un seul front. Annibal n’ordontait aucun mouvement, Il serrait les rangs de cette phalange, élite de ses troupes , composée de vétérans plus d’une fois victorieux dans les champs italiens. Heureusement pour Scipion, les escadrons de Lélius et de Masinissa, qui venalent de poursuivre les cavaliers carthaginois et nu-

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mides, apparurent, et prirent en queue la phalange attaquée en front par l'infanterie romaine. Ce concours décida la victoire. Appien retrace d's1tres incidents : il raconte qu’un gros de Gaulois et d'Éspagnols s'étant réfugiés sur une hauteur voisine, Annibal y courut à toute bride pour les rappeler au combat; que, le voyant tra. verser ainsi la plaine, ses troupes se figurèrent qu'il prenait lui-même la fuite, et se dispersèrent ; qu'après de vains efforts pour les rallier et pour reprendre ses premiers avantages, il se vit en effet réduit à s'enfuir; que Masinissa, quoique blessé, le poursuivit avec achar. nement , et se porta sur tous les lieux de son passage; qu’à la faveur des ténèbres de la nuit, le général carthaginois, accompagné de vingt cavaliers seulement, gagna la petite ville de Thon, où s'étaient rendus des Espagnols et des Bruttiens; que, se défiant de ces mercenaires, il s’évada suivi d’un seul homme, parcourut à cheval, en deux jours et deux nuits, trois mille stades, jusqu'aux murs d’Adrumète; que là il rassembla les déplorables restes de son armée, et borna ses soins à préparer les moyens de se défendre au sein de cette place. Ces détails ne semblent point assez garantis pour entrer dans le corps de l’histoire ; mais le même Appien et Zonaras en ont recueilli de moins attestés encore. Si nous les en croyons, il y eut au milieu de l’action générale un combat singulier entre Annibal et Scipion. Un dard lancé par celui-ci perce le bouclier du Carthaginois, qui, à son tour, blessele cheval du Romain. Annibal lutte aussi corps à corps contre Masinissa, qui renversé par terre, saisit son adversaire par la jambe et parviendrait à le démonter, si un cavalier n’accou rait pour le défendre. Le prince numide pourfeud ct

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ANNALES ROMAINES. ANNÉES 202 ET 201 AVANT J. C. — FIN DE LA SECONDE GUERRE PUNIQUE.

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Messieurs, après vous avoir exposé par quels honneurs, par quels bienfaits Scipion consola Masinissa de la mort de Sophonisbe, je vous ai entretenus des mouvements et des manœuvres d'Hannon et d’Asdrubal, généraux carthaginois. Asdrubal tenta vainement de faire incendier le camp romain par des Espagnols : Scipion découvrit le complot, punit les traîtres; et Asdrubal devint de plus en plus odieux, mêmelà ses compatriotes. Carthage, partout malheureuse, envoya trente ambassadeurs au proconsul pour lui demander la paix : il la promit à des conditions fort rigoureuses, qu’on accepta dans l'espoir de s’en affranchir; et l'on obtint une trêve. Eu ce temps Lélius arrivait à Rome, où il amenait Syphax captif, et d’autres prisonniers africains. J'ai dit quel enthousiasme il excita par le récit des succès de Scipion, quel accueil honorable reçurent les envoyés de Masinisa, et quels présents furent adressés à ce prince lui-même. Annibal resserré dans un coin du Bruttium, et Magon vaincu, bless dans une bataille en Insubrie, ne pouvaient plus soutenir le parti de Carthage en aucune province italienne. Magon, rappeléen Afrique, passa les Alpes, s'embarqua, et mourut sur mer, près de la Sardaigne. Annibal n° béissait qu’à regret à l’ordre de retourner à Carthage; il signala son départ par d’effroyables violences et par des imprécatious contre ses ennemis, au nomb:e des

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