‹ Cours d'études historiques [microforme] (volume 2)Chapitre 44 sur 59 · RAS SERRE · texte numérisé non relu

RAS SERRE

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romains, Marcius Ralla , Véturius Philo et Lucius Scipion, frère du proconsul.

Rome, si heureuse en Afrique, s’alarmait encore au récit des prodiges imaginaires arrivés, disait-on, autour d'elle. Cette superstition, loin de s’affaiblir par l'habitude, était devenue incurable, et semblait presque nécessaire : une fausse politique l’entretenait avec un grand soin. On parlait donc d’une pluie de pierres tombée à Cumes, et d’un rétrécissement du disque solaire; c'était apparemment l’éclipse du 19 octobre. Dans les champs de Vélétri on avait vu la terre s’entr’ouvrir, et les arbres s’engloutir en des gouffres profonds. La foudre avait frappé l’une des portes de Frusinone, et renversé ou brûlé des boutiques voisines| de la grande place d’Aricie. On s’effrayait davantage encore des pierres tombées du ciel autour du mont Palatin : le sénat ordonna des sacrifices, l’immolation des grandes victimes, neuf jours de supplications publiques. Ces dévotions n’empêchèrent pas le Tibre de déborder, et d’inonder le Cirque pendant qu’on se disposait à y célébrer les jeux Apollinaires; il fallut en transporter l’appareil hors de la porte Colline, près du temple de Vénus Érycine. Mais le fleuve se resserra tout à coup dans son lit; et ce témoignage de la faveur céleste rendit les jeux plus solennels. L'arrivée des ambassadeurs de Carthage mit le comble à l’allégresse de la multitude. Cependant le bruit se répandit que les Carthaginois refusaient de se soumettre aux conditions prescrites par le proconsul ; et, sur cette vaine rumeur, le sénat décréta que le consul Néron partirait sans délai pour l'Afrique à la tête de la nouvelle flotte.

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Ce magistrat s'embarqua en effet ; une tempête l’arrêta entre les ports de Cosa et de Laurète. Ce dernier nom ne convient à aucun port connu sur la côte de l'Étrurie; mais Cosa paraît correspondre à Porto Ercole, ou à Porto di San Stefano. Néron alla mouiller près de Populonie, ville jadis florissante , dont Virgile a dit : Sexcentos dederat Populonia mater Expertos belli juvenes.

Populonie a tiré de son sein De six cents combattants un généreux essaim.

Strabon la place sur un promontoireescarpé, formant une sorte de péninsule. Au temps de ce géographe, elle avait perdu son ancienne splendeur : il n’en restait qu'un petit nombre de maisons et quelques temples. Son port continua pourtant d’être fréquenté, à cause de son accès facile et de sa sûreté parfaite. C’est aujourd'hui le Porto Baratro; et le promontoire s’appelle Capo di Campana, à trois milles de Piombino. Le consul, poursuivant sa route, gagna Ilva ou l’île d'Elbe, dès lors renommée, comme aujourd’hui, par ses earrières de granit et ses mines de fer, ainsi que l’atteste Virgile :

Ast Ilva trecentos Insula, inexhaustis Chalyÿbum generosa metallis.

Ilva, qui des métaux est la mère féconde ;

Ilva, qui pour ceinture a l'empire du monde,

Y joint trois cents guerriers exercés aux combats, Et fournit à la fois son fer et ses soldats.

De là Néron se dirigea versla Corse, puis vers la Sardaigne, Une autre tempête le surprit dans ces'parages : des vents impétueux , soufflant des montagnes que Tite- Live appelle Znsani montes, dispersèrent la flotte con-

sulaire, qui se rallia à Caralis ou Cagliari. On radouba les vaisseaux ; et l’hiver se passa sans que Néron püt approcher des côtes africaines : il revint de Caralis au continent italien. Les vents, les mers et le ciel semblaient conspirer pour réserver au seul Scipion la gloire de finir la guerre par une paix avantageuse,

L'autre consul, Servilius Pulex, qui était encore en Étrurie, conféra le titre de dictateur et le droit de présider les comices d'élection à son frère Servilius Népos ou Géminus, qui choisit Ælius Pætus pour maître de la cavalerie. Ceite dictature, la quatre-vingt-deuxième depuis l’origine de ce genre de magistrature, est remarquable en ce qu’elle n’a été suivie d'aucune autre dans le cours de cent vingt ans, c’est-à-dire jusqu'à celle de Sy!la en l’an 82: Cujus honoris usurpatio per annos centum et viginti intermissa , dit Velléius Paterculus. L'assemblée des centuries au champ de Mars fut, à plusieurs reprises, interrompue, séparée. par des orages; ce qu’on ne manquait pas de prendre pour un sinistre augure. L’année consulaire devait expirer, selon la coutume alors établie, la veille des ides de mars. À partir de ce jour, le dictateur et le commandant des cavaliers gouvernèrent seuls, sans consuls, jusqu’au 20 avril romain. Les jeux de Cérès, qui finissaient en cette journée, se célébrèrent sous la prési- : dence du dictateur. Ces fêtes, transmises de la Grèce “ à l'Italie, s’ouvraient à Rome le ra avril ou la veille des ides par une marche de matrones, qui, dès l'aurore, habillées en blanc et tenant à la main des torches flamboyantes, parcouraient tous les quartiers de la ville, et retraçaient, à force de mouvements irréguliers et vagabonds , les voyages et les alarmes de Cérès cherchant

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