On raque Néron
L de Caralis et le ciel
1 Scipion la vantageuse.
it encore en droit de prévilius Népos 1r maître de gt-deuxième ture, est reaucune autre -dire jusqu'à usurpatio per
t Velléius Paamp de Mars éparée: par des prendre pour devait expirer, le des ides de at le commansans consuls, £rès, qui finissous la prési- 4 de la Grèce ou la veille des dès l'aurore, n des torches biers de la ville, éguliers et va”
érès cherchant
CENT DIX-NEUVIÈME LEÇON. 475 Proserpine enlevée par le dieu des enfers. Rome retentissait du nom de Proserpine, jusqu’à ce que les dames aunonçassent son retour, en donnant un caractère joyeux à leurs contorsions et à leurs cris. Huit jours se passaient en jeux, en festins, auxquels les citoyens assistaient en habit blanc. Des chars de triomphe voituraient les statues des grandes divinités; on étalait sur des brancards les portraits et les couronnes des vainqueurs , ainsi que les dépouilles conquises au profit de la république. Macrobe fait mention d’un œuf qui figurait dans ces processions solennelles, et qui a fort exercé la sagacité des mythologistes. Était-ce une image de la sphère terrestre, ou une commémoration de Castor et Pollux, ou quelque symbole plus mystérieux ? Nous ne devons point entamer ici ces questions, probablement insolubles. Comme Proserpiné était occupée à cueillir des fleurs au moment de son enlèvement, on s'abstenait d'en mêler aux couronnes qui se portaient à sa fête; on n’y employait que des feuilles de myrte. Les dames immolaient à Cérès une truie, dont la fécondité représentait celle que la déesse avait procurée aux campagnes par l'invention de l’agriculture.
L'année consulaire dont nous achevons l’histoire vit mourir le pontife Lucius Manlius Torquatus, auquel Sulpicius Galba succéda. Les édiles curules, Licinius Lucullus et Quintus Fulvius, donnèrent durant trois jours le spectacle des jeux romains. On soupçonnait lort le premier de ces magistrats de connivence avec des officiers subalternes convaincus d’avoir attenté au trésor public. Les édiles plébéiens, Ælius T'ubéron et Luaus Lætorius, abdiquèrent leurs fonctions, parce que leur élection semblait irrégulière; mais ils avaient pré-
sidé à des jeux publics, servi un lectisterne à Jupiter, érigé trois simulacres de ce dieu dans le Capitole, en y employant tout le produit des amendes. Scipion, toujours campé près de Tunis, maintenait l'abondance au sein de son armée. La Sardaigne et la Sicile lui avaient envoyé tant de blé, que cette denrée descendait au plus bas prix, et que les questeurs s’en servaient pour payer le fret des bâtiments de transport.
Les envoyés de Carthage et ceux du roi de Macédoine Philippesollicitaient une audience du sénat : le dictateur leur déclara qu’ils n’y seraient introduits qu'après l'élection et l’installation des nouveaux consuls. Les comices décernèrent enfin les faisceaux à Cnéius Cornélius Lentulus et à Publius Ælius Pætus, qui enttèrent en charge le 20 avril de l'an de Rome 553, jour correspondant au 1° mars julien de l’an 201 avant l'ère vulgaire; il yavait une erreur decinquante jours dans l’annuaire romain de cette époque, On élut quatre préteurs, Junius Pennus, ValériusFalto, Fabius Butéo, Ælius Tubéron. A ce dernier échut la Sicile; au troisième, la Sardaï. gne, avec une légion sous ses ordres; au second, le Brut. tium avec deux légions; au premier, la préture de la ville. L’ex-consul Servilius Pulex continua de commander en Étrurie. Les deux consuls de l’année refusèrent de tirer au sort leurs départements, avant l'audience que le sénat devait accorder aux ambassadeurs africains et macédoniens. Pætus, magistrat sage et modéré, comprenait qu’il n’était ni facile ni juste de ravir à Scipion l’honneur d'achever la seconde guerre punique. Lentulus, au contraire, aspirait à cette gloire; il s’efforçait de troubler les négociations , et cachait si peu ses desseins et ses intrigues, que les tribuns du peuple, Minucius
e à Jupiter, japitole, en cipion, toul'abondance la Sicile lui nrée descens'en servaient port.
de Macédoine t: le dictateur
s qu'après 'énsuls. Les co- Cuéius Corné- , qui entrèrent 3, jour corresavant l'ère vuljours danslanquatre préteurs, utéo, Ælius Tusième, la Sardai
second, le Brutéture de la ville.
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7 CENT DIX-Y VIÈME LEÇON. 4 “ai Eee Glai ‘10; s’occupèrent des .
a h Ils invitèrent le peuple à se cona l'égard ; : comme on avait fait l’année pré- Rs si éron, qui laissait voir les mêmes res Pe e vifs débats dans le sénat et dans ses eu de s'en rapporter à la décision A Ep ". is ils décrétèrent que des deux con- Le perait l'Italie à la tête d’une armée de . bi Fa e HA le commandement d’une flotte RTS ER ères; que l'attribution de l’un ou de SRRTNENEE ie à Lentulus ou à Pætus se ee ie consentement mutuel, ou par la mt on se a ur qui commanderait la flotte pasrs RE attendrait la conclusion ou la ruppe ras è Le entamées avec Carthage, et, .
Afrique; que À 1 + ee se transporterait en re je Sn L il ne disposerait que des forces sève ue de ie is laissant à Scipion la conduite nait à se conclure le 1. contraire la paix veantdt an de ai Fe OUPS FOR déciderait qui du duire en Italie l’a en sorc la proclamer, et reconque le peuple vi victorieuse ; qu’enfin, s’il arrivait AS nu RrpeA Scipion de ce soin, le consul that F' et s'abstiendrait de paraître sur les pr onformément à ce décret, les con- NS Le dtnitrine Fa à Lentulus, qui, euple romai . CNE PONT: 08 el di A à le sénat, pour déjouer si e ae ’ ee. de donner audience aux dépuie ne abord à ceux du roi Philippe. Ce ppant la g e engagements qu’il avait pris en acpaix, se permettait beaucoup de mouvements
hostiles; et Rome, pour défendre les cités qui s'étaient placées sous sa protection, entretenait en Grèce un
petit corps de troupes commandées par Aurélius. Plus il d’une fois ce lieutenant général avait eu à repousser al les agressions du monarque, à dissiper des bandes ma- et cédoniennes répandues sur les terres des alliés de la gu république. Il se douta bien que c'était surtout pour do se plaindre de sa conduite que Philippe envoyait des | ambassadeurs au sénat; et, afin que sa propre cause cet füt plaidée devant les pères conscrits, il dépêcha l’un LB per de ses officiers, Marcus Furius. En effet, les légats ma- che cédoniens ne manquèrent pas d’accuser les Grecs d’'a- non voir violé les traités; Aurélius, d’avoir repris les armes D par en pleine paix, au mépris du droit des gens. Ils se plai. lh f gnaient aussi de Scipion, qui avait osé mettre au nom- D sur |
bre de ses prisonniers Sosipater et d’autres sujets du Æ Rom roi Philippe; ils demandaient qu’on les lui rendit sans délai. Les sénateurs entendirent avec la dignité la plus calme ces réclamations des ambassadeurs; mais ils avaient aussi introduit Furius dans l'assemblée, et ils lui ordonnèrent de répondre. Celui-ci les pria de se souvenir des motifs qui les avaient obligés à maintenir Ar rélius en Grèce, à la tête d’un corps d’armée. Charge de protéger les alliés, de les garantir contre les tentatives d’incursions et de pillages, Aurélius a rempli « devoir sans en dépasser les limites : il n’a pris les ar. mes que pour s’oppôser, aux agressions. Quant à Sosipater, qui s'était armé pour Annibal, et qui lui ame nait, au nom du roi Philippe, des secours d'hommes « d'argent, qu’était-il qu’un ennemi qu’il a fallu vaincre, Sardaig et qu'on a eu le droit d’enchaïîner? Le sénat adress Mque en aux députés du prince des questions précises, auxquelles Btrmés
qui s'étaient 1 Grèce un urélius. Plus à repousser , bandes ma- , alliés de la surtout pour envoyait des propre cause dépêcha l'un les légats males Grecs d'aepris les armes ens. Ils se plainettre au nomutres sujets du Jui rendit sans dignité la plus eurs; mais ils «semblée, et ils s pria de se sot- À maintenir Aud'armée. Chargé ontre les tenta lius a rempli ct n’a pris les ar s, Quant à Sosiet qui Lui am:
urs d'hommes tt | a fallu vainert, e sénat adressi cises, auxquelles
Liebe que des réponses évasives et ambigués, O rs . Eu puisque leur roi voulait la ue rer ne à en jouir; qu'il avait attaqué les et Scipion étai . D eunemis;. qu'Auréli ent irréprochables. Ainsi s’ann ie guerre qui allait se rallumer entre R hytés pee ome et la Macé- Le sénat reçut ensuite la cette fois elle était sérieuse à FRA | personnages d’un âge mûr et d’un ran ne chef, es vénérable, nommé nan in nomm éli NÉS me Fc le Bélier, depuis longtemps ins la faction er A Ro 5 “e Rp RAS sur leur famille, lets a 1 aies , tous le . pe reprocher à Carthage. ll ane ue is re esse, par séduction, par la vaine confiance . Ar med inspirent , le peuple carthagia de < secondé les desseins des ambitieux La . Mais Carthage était bien assez punie s par ses malheurs; RER ; et Rome ne se laissero Se comme elle, par de trompeuses prosà an: ? . pardonner à des peuples soumis Ms aies de ue ses triomphes par son alé to uen ES mr: CRIS d’Asdrubal Hædus s’exre ement encore : ils peignirent le u . ruée de quel faite de grandeur, eee isère elle était tombée; l'empire jamais perdu; ses ie ue en ; se conquêtes en Sicile, en Cr P gne, ravies pour toujours; l’Afri- His campagnes ravagées; les citoyens eneurs murs, et condamnés à se voir bien:
tôt arrachés de leurs foyers paternels, si la clémence des vainqueurs ne les leur conservait. Ces paroles attendrirent la plupart des pères conscrits. Il s’en trouva néanmoins qui opinèrent pour les mesures les plus rigoureuses; mais leurs avis furent énergiquement com. battus par un sénateur que l’histoire ne nomme point : peut-être était-ce Métellus, l'ami de Scipion. 11 invoqua d’abord l'autorité de ce proconsul, de l’homme qui connaissait le mieux les relations de Rome avec Carthage, et qui avait le plus contribué à les établir dans la situation où elles se trouvaient. Il démontra la sûreté, les avantages du traité dont ce général avait dicté les conditions. Il prouva qu’on ne gagnerait rien de plus à prendre Carthage; car, enfin, qu’en pourrait. on faire? La donner à Masinissa, ce serait agrandir imprudemment la puissance d’un allié, qui un jour deviendrait un ennemi; la retenir comme un domaine de la république , c’est l’obliger à y entretenir à grands frais des garnisons et des armées. Une colonie qu'on voudrait y fonder exigerait autant de sacrifices, et n’exposerait pas à moins de périls. Un Lentulus, pa rent du consul de ce nom, soutint que le moment étai venu, non d'humilier, mais d’anéantir Carthage; cit perfide et parjure, qui méprise les dieux, qui a ruiné Sagonte, massacré les habitants de Nucérie, violé la trêves, enfreint les traités, condamné les prisonnien romains aux plus cruels outrages, et donné l'exempl de tous les attentats. La magnanimité à l'égard du ph déloyal et du plus barbare des peuples ne serait qu'un duperie puérile : il n’est qu’un moyen de s'assurer d lui, c'est de l’asservir. L’orateur concluait qu'il falla assiéger Carthage, et déployer contre elle toutes ll
\ la clémence es paroles at- Il s’en trouva es les plus riquement come nomme point :
ipion. 1l invo- 1, de l'homme de Rome avec ué à les établir nt. Il démontra ce général avait je gagnerait rien , qu’en pourrait > seraît agrandir , qui un jour deme un domain tretenir à grands ne colonie qu'on de sacrifices, €l n Lentulus, pr Le le moment état tir Carthage; cit lieux, qui à ruiné Nucérie ; violé la né les prisonnie" t donné l'exempl 6 à l'égard du pli es ne serait qu'utk en de s'assurer d ncluait qu'il alla tre elle toutes lé
forces de la république. En terminant ce discours, il se tourna vers le chef de l'ambassade, et lui demanda par quels dieux les Carthaginois pourraient jamais attester la fidélité de leurs serments : « Par ceux, » répondit Asdrubal Hædus, ou bien Hannon, selon Tite- Live, « par ceux qui nous ont si sévèrement punis de « nos parjures. »
Le sénat applaudit à cette réponse, et décida qu'on exaucerait les prières des Carthaginois. Le consul Lentulus s’y opposa par un appel au peuple, juge souverain en matière de guerre et de paix. Les tribuns du peuple Acilius et Minucius ayant porté l'affaire aux comices, et posé la question de savoir si l’on permettrait au sénat de traiter avec Carthage et de désigner le général qui ramènerait l'armée romaine en Italie, les trente-cinq tribus, d’une voix unanime, déférèrent au seul Scipion le pouvoir de conclure la paix et de reconduire les vainqueurs. D’après ce plébiscite, le sénat prononca que Scipion, de concert avec dix pères conscrits députés à cet effet, rédigerait le traité, et reviendrait à la tête des troupes victorieuses. Les ambassadeurs africains, jusqu'alors logés dans un faubourg, rendirent aux pères conscrits de très-humbles actions de grâces, et obtinrent la permission d'entrer dans la ville et d’y visiter quelques-uns deJeurs compatriotes détenus dans les prisons publiques. On leur rendit, sans rançon, deux cents de ces captifs qu’ils désiguèrent, etquiallaient être reconduits en Afrique, pour y demeurer entre les nains du proconsul jusqu’à la proclamation définitive de la paix. Ces prisonniers donc et les députés carthaginois qui les avaient réclamés s’'embarquèrent, accom-
pagnés de dix sénateurs, qui devaient aider Scipion de AIX. 31
leurs conseils. Avec eux partirent les féciaux, chargés de consacrer par des cérémonies religieuses l'alliance qu'il s'agissait de contracter, et munis de tous les instruments réputés nécessaires à un tel ministère; par exemple, d’un caillou pour casser la tête de la victime à immoler, et de verveine pour servir de couronue aux sacrificateurs, La verveine était, aux yeux des Romains, une herbe sacrée; ils l’employaient dans les purifications, dans les sacrifices. L’un des féciaux, qualifié verbenarius , la cueillait dans un lieu saint, et devait surtout s’en pourvoir lorsqu'il fallait mettre le dernier sceau à un traité : sans verveine il n’y avait point de pacte public pleinement garanti. Ces brins d’herbes ct les cailloux ayant été solennellement remis aux féciaux par l’un des consuls, il ne manquait plus, pour accomplir tous les préceptes de Numa, que le gramen à cueillir en Afrique, par ordre du proconsul, en un lieu pur et non profané, Quand on se fut mis bien en règle avec la superstition, rien n’arrêta le départ de ces féciaux, des dix commissaires du sénat, des ambassadeurs, et des deux cents prisonniers africains : on fit voile, et l’on arriva au camp que Scipion avait fortifié près de Tunis. L’exécution du traité commença par la tradition des esclaves fugitifs et des transfuges, tant romains que latins. On trancha la tête aux Latins, les Romains expirèrent sur la croix; inutiles et horribles supplices, que des sentiments vraiment religieux auraient interdits. Ensanglanter la paix, c'était la flétrir; et puisqu'on croyait aux auspices, il fallait mettre au nombre des plus funestes un prélude si barbare, Carthage rendit ensuite tous les prisonniers romains, parmi lesquels se rencontra un sénateur recommandable, nommé T'érentius Culléo. En
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ux, chargés es l'alliance tous les ininistère; par de la victime ourontie aux des Romains,
les purificaiaux, qualifié int, et devait ttre le dernier avait point de ins d'herbes et nis aux féciaux 8, pour accom- , le gramen à sul, en un lieu is bien en règle épart de ces fé-
8 ambassadeurs, on fit voile, et fortifié près de par la tradition ant romains que Romains expirèipplices, que des t interdits. Enjuisqu'on croyait e des plus funesdit ensuite tous se rencontra un tius Culléo. Eu
troisième lieu , on livra les éléphants, et Scipion en fit deux parts; il envoya l’une à Rome, et remit l’autre à Masinissa. Le quatrième acte , l'incendie des vaisseaux carthaginois, affligea profondément les vaincus. Scipion ne leur laissa que dix trirèmes : les flammes consumèrent en pleine mer, et à leurs yeux, plus de cinq cents de leurs galères ou grands bâtiments. Un cinquième articie, le payement du premier terme des tributs, n’attrista pas moins les négociants et les riches banquiers. On dit qu’Annibal, assistant à une délibération du sénat sur les moyens d’acquitter cette énorme dette, se mit à rire. « Quoi! s’écria Hædus, vous insultez à la misère « publique, vous qui l’avez causée? — Si vous lisiez au « fond de mon cœur, répondit Annibal, vous le verriez « plus navré, plus déchiré quele vôtre. Mais qu'y a-t-il « de plus risible que des larmes si mal à propos répan- « dues? Il en fallait verser quand on incendiait nos « flottes, quand on nous interdisait toute guerre, même « en Afrique. Que sont de misérables intérêts person- « nels, en comparaison des calamités et de la rüine de « l'État? » Je rapporte, Messieurs, ces derniers détails, pour ne rien omettre, et sans vous les donner pour avérés.
Après avoir exécuté tous les articles du traité qui pouvaient l'être en ce moment, Scipion n'eut rien de plus pressé que de récompenser les services de Masinissa. Le proconsul et les dix consulaires décidèrent que ce prince resterait paisible possesseur du royaume de ses ancêtres; que, de plus, Cirta et toutes les places conquises sur Syphax lui appartiendraient en propre. Masinissa recueillit ainsi, autant et peut-être plus que les Romains , les fruits d’une guerre qui avait duré dix-
ôl.
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484 HISTOIRS ROMAINE.
huit ans, et dans laquelle il n’avait combattu pour Rome que pendant les trois dernières années. Il devint le plus puissant monarque de l'Afrique occidentale. Scipion, que rien ne retenait plus dans cette contrée, s'embarqua pour Rome, et s'arrêta quelques jours à Lilybée en Sicile. 11 y laissa au consul Lentulus le commandement de la flotte jusqu'alors conduite par Octavius, embarqua autant de soldats qu’il lui fut possible, et revint en Italie. À peine y eut-il débarqué, que les citoyens des villes voisines et les habitants des campagnes accoururent en foule autour de lui. Depuis le port où il descendit, et que l’histoire ne nomme pas, jusqu'à Rome, tous les chemins se bordèrent de spectateurs, et retentirent d’acclamations : c'était le commencement de son triomphe. Ceux des Romains qui avaient le plus hautement désapprouvé son expédition en Afrique se montrèrent les plus empressés à l'en féliciter. Le sénat et le peuple lui décernèrent unanimement les plus éclatants honneurs.
Je vais, Messieurs, recueillir à la fois, dans Polybe, dans Tite-Live, dans Appien, dans Zonaras, en d’autres livres classiques, tous les détails relatifs à ce triomphe, le plus magnifique qui nous ait été décrit. En arrivant près des murs de Rome, les soldats que Scipion ramenait se ceignirent la tête de couronnes de laurier, et entendirent une harangue qu’il leur adressa, et qui ne nous a point été transmise. L'armée entra par la porte Triomphale, s’il est vrai pourtant que cette porte füt déjà bâtie; car on ignore l’époque de sa con-
structionet sa situation précise. Il paraît que, dans les premiers temps de la république, la porte Capène servait à cet usage. Près d’elle s'élevait un temple de Mars,
our Rome int le plus
À Scipion, >, s'embar- Lilybée en mandement jus, embaret revint en yens des vilaccoururent il descendit, Rome, tous t relentirent de son triom- 1s hautement e montrèrent it et le peuple clatants hon-
ois, dans Poans Zonaras, ails relatifs à us ait été déles soldats que couronnes de | leur adressa, armée entra rtant que cette que de sa cont que, dans les te Capène sermple de Mars,
CENT DIX-NEUVIÈME LEÇON. 485 où les sénateurs se transportaient pour donner audience aux ambassadeurs étrangers, et probablement aussi aux généraux victorieux. C'était d’ailleurs de cette porte que partait la marche solennelle des chevaliers, aux ides de juillet. Enfin des arcs de triomphe s’y voyaient encore au temps de Juvénal :
Substitit ad veteres arcus madidamque Capenam,
Mais il est prouvé par d’autres textes que, depuis, on a désigné comme porte Triomphale celle qui conduisait au cirque Flaminien et au champ de Mars, et de laquelle était fort voisin le temple de Bellone, où le sénat recevait les députés étrangers, et les généraux qui demaudaient le triomphe. La plupart des savants sont donc persuadés qu’il s’agit ici de la porte Flaminienne; mais quelques-uns pensent qu’elle n’était point distincte de la Flumentane; et d’autres, sur l'autorité d'un ancien interprète de Suétone, placent la porte Triomphale entre la Flumentane et la Catulaire : celleci, selon Festus, tirait son nom de l'usage d’y sacrifier des chiens à poil roux pendant la Canicule, pour obtenir quelque tempérament des ardeurs du soleil. S'il faut l'avouer, nous n’avons aucun moyen de reconnaître le lieu de l’entrée de Scipion. Du reste, sa marche s’ouvrait par un grand nombre de trompettes, que suivaient des chariots chargés des dépouilles de l’ennemi ; puis les images des villes conquises, images sculptées en ivoire, en bois de citronnier, et quelquefois en argent. Une ville ou une province était représentée par des inscriptions en grosses lettres et par ses symboles, par la figure d’une esclave ayant les mains liées derrière le dos, ou d’une femme éplorée, ou d’un personnage dans l'attitude de suppliant. Les montagnes
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pus
mêmes et les fleuves paraissaient en relief dans ces représentations. Silius Italicus ne manque pas d'y placer particulièrement la ville de Carthage, et il y joint les côtes, les monts, les rivières de l'Espagne :
Mox victas tendens Carthago ad sidera palmas Ibat, et effigies oræ jam lenis Hiberæ, Terrarum finis Gades, ac laudibus olim Terminus Herculeis Calpe, Bætisque lavare Solis equos dulci consuetus fluminis unda, Frondosumque apicem subigens ad sidera mater Bellorum, fera Pyrene, nec mitis Hiberus,
Quum simul illidit ponto, quos attulit, amnes.
On portait ces sculptures sur de riches et précieux brancards; et, le pinceau ayant retracé ce que le ciseau n'avait pu imiter, les batailles du triomphateur se montraient figurées en plate peinture. Les civières qui suivaient portaient l'or et l'argent, soit monnayés, soit en barres ou en lingots, que le vainqueur avait enlevés aux ennemis. Tite-Live en estime le poids total à cent mille vingt-trois livres , huit cents talents selon la manière de compter des Grecs. 11 faut noter que chaque soldat avait reçu une gratification de quarante deniers d’airain. On étalait aussi les couronnes d’or que les villes alliées et les peuples confédérés avaient offertes au général. Ces présents'ont été depuis transformés en tributs exigés sous le nom d'us:r:7 coronarium. À tant de richesses, qui orn::2t !: | ompe triomphale, s’ajoutaient des vases, des tapis, des meubles, ravis à l’opulence par la victoire. Venaient ensuite des taureaux blancs à cornes dorées, choisis aux bords ‘a Ulitwrane; victimes ornées de festons, de bandelettes, ei iccompagnées de sacrificateurs ou victimaires armés de baches, et qui, les bras nus, tenaient en main des
, ces repréplacer parit les côtes,
et précieux que le ciseau teur se monières qui suionnayés, SOit eur avait enle poids total talents selon ut noter que de quarante buronnes d’or dérés avaient depuis trans- "47 coroent là ; ,mpe pis, des meunaient ensuite isis aux bords e bandelettes, maires armés en main des
ST
CENT DIX-NEUVIÈME LEÇON. 487 patères d’or et d'argent pour les libations. La marche se continuait par les éléphants et par la multitude des prisonniers, s’avançant en bon ordre et superbement vêtus, selon les modes de leurs pays, mais enchaînés et les mains liées derrière le dos. On avait fabriqué des chaîues d’or pour les rois, et d'argent pour les grands seigneurs. Polybe dit que Syphax figurait parmi ces captiis, et qu'il mourut peu de jours après en prison ; mais Tite. Live et les autres historiens s'accordent à dire que Syphax était déjà mort de maladie à Tibur ou Tivoli, où il avait été transféré d’Albe, premier lieu de sa captivité; que néanmoins on voulut jouir du spectacle de ce monarque détrôné, et qu’en conséquence ou Jui fit des funérailles publiques : .Conspecta mors tamen ejus fuit, quia publico funere est elatus. Quelques modernes ont conclu de ces paroles de Tite-Live que le cadavre de Syphax fut porté devant le triomphateur : c’est une interprétation que je n’oserais pas garantir. La conjecture de ceux qui placent le poëte Térence au nombre des prisonniers exposés dans cette pompe est encore plus inadmissible; car nous avons tout lieu de croire que Térence n’était pas né en l’an 201; il n'avait que huit ou neuf ans quand Plaute mourut, c'est-à-dire en 184. Après les prisonniers de guerre marchaient les lictewrs du proconsul, revêtus d’habits militaires : ils précédaient un chœur de musiciens et de danseurs en costumes de Silènes ou de satyres, avec des couronnes d’or sur la tête. Leurs danses mesurées au son des instruments égayaient et animaient le spectacle. Au milieu d'eux, un pantomime, couvert d’une simarre semblable à celle des femmes, et paré de colliers et de bijoux, divertissait les vainqueurs ct se moquait des vaincus par des gestes ridicules et des pos-
PRRRÉCE TES CTI RUES
tures grotesques. Aux histrions succédaient les porteurs de cassolettes destinées à parfumer l’air. Les rues étaient d’ailleurs jonchées de fleurs odorantes; et des parfums brâlaient aux portes des temples, où coulait le sang des victimes. On avait orné de festons, de couronnes, de tapis et de parures diverses, les portiques et les façades des maisons. D’innombrables spectateurs qui bordaient les deux côtés de la route, et qui mêlaient leurs voix à celles des musiciens et des prêtres, formaient euxmêmes l’une des grandes parties du spectacle. Enfin s’avançait à pas lents le char du triomphateur. Quatre chevaux blancs, couverts de lauriers et de palmes, traînaient ce char de forme ronde, espèce de tour garnie d’or et de p'erreries, et qui brillait des plus riches couleurs. Des bas-reliefs offraient les images des divinités, et retraçaient les exploits du héros. Les plus jeunes de ses proches montaient les chevaux blancs; le char contenait avec lui ses enfants en bas âge, et par derrière un esclave. Vêta d’une tunique brodée en palmes, et d’une toge de pourpre parsemée de fleurs, le héros tenait d’une main une branche de laurier, de l’autre un sceptre d'ivoire surmonté d’un aigle. Appien dit que la toge triomphale était semée d'étoiles ; les anciens la nommaient {oga picta; Vopiseus la qualifiecapitolina palmata, parce que les Romains la conservaient dans leur Capitole, où elle parait la statue de Jupiter. On peut citer à ce sujet les vers de Juvénal :
In tunica Jovis et pictæ Sarrana ferentem Ex humeris aulæa togæ...
Et l’esclave placé derrière servait, selon Juvénal, à tempérer la vaine gloire du vainqueur :
Et sibi consul Ne placeat, curru servus portatur eodem.
les porteurs rues étaient des parfums it le sang des uronnes, de et les façades qui bordaient nt leurs voix yrmaient euxectacle. Enfin ateur. Quatre et de palmes, ce de tour gardes plus riches nages des divis. Les plus jeuaux blancs; le âge, et par derbrodée en palée de fleurs, le Jaurier, de l’auigle. Appien dit iles ; les anciens alifiecapitolina nservaient dans Jupiter. On peut
Tertullien et Zonaras ajoutent que ce serviteur avertissait expressément le héros du néant des grandeurs humaines : Respice post te; hominem memento te. « Re- « garde derrière toi; souviens-toi que tu n'es qu’un « homme. » Mais on doute de cette particularité, qui n’estrapportée par aucun auteur classique. Zonaras parle d’un fouet et d’une cloche qu’on attachait au char, afin que ces instruments, employés dans les supplices, rappelassent d’une manière encore plus sensible l’inconstance de la fortune, les faiblesses et les malheurs des mortels. Ailleurs, et particulièrement chez Juvénal , l’escave porte et suspend au-dessus de la tête du grand personnage une énorme couronne d’or. Mais la tête même du victorieux n'était ceinte que de laurier; et il ne portait au doigt qu’un anneau de fer, même depuis que le luxe des anneaux d’or avait fait tant de progrès. Macrobe joint à ces ornements la bulle d’or des impubères, et Pline l'Ancien des figures obscènes, auxquelles la superstition attachait une vertu spéciale contre les traits de l'envie: Sed et res turpiculæ sub curru suspendebantur, quibus invidiam averuncari creditum est. Le triomphateur, dès le premier mouvement de la mar°che, prononcait une formule religieuse : Dit, nutu et imperio quorum nala et aucta est res romana, tandem placidi propitiatique servate ! « Dieux bienveil- « lants et tout-puissants, vous à qui Rome doit son ori- « gine et ses progrès, continuez de lui être propices et « de veiller à sa conservation. » Il avait pour cortége et pour suite son secrétaire, son greffier, les officiers de sa justice, tous couronués de lauriers; puis les consuls et les sénateurs à pied. On distinguait, à la suite de Scipion, Térentius Culléo, qui portait un chapeau symbole de sa délivrance. Le proconsul, avant de traiter de la
paix en Afrique, avait exigé qu'on lui représentät Culléo, et l'avait fait asseoir à côté de lui pendant les conférences. Les témoignages de la profonde reconnaissance de ce patricien éclatèrent au triomphe et depuis aux obsèques de son bienfaiteur. Après tout ce cortége défilait l’armée victorieuse, d’abord la cavalerie, puis l’infanterie, chaque troupe sous ses enseignes, chaque légion divisée en manipules. En ces journées solennelles, les soldats jouissaient du droit d’amuser la multitude par des traits satiriques contre les personnages éminents, même contre celui qui recevait ces grands hommages; licence empruntée des Athéniens, selon Denys d'Halicarnasse. L'armée, comme tout ce qui la précédait, fit le tour des cirques et des amphithéâtres , où le peuple assis contemplait les jeux publics. La marche se terminait au Capitole; là s’immolaient des victimes, en action de grâces des faveurs célestes. Jules César et Claude ont monté à genoux les degrés capitolins, à ce qu’assure Dion Cassius; mais cet historien ne nous apprend point si les triomphateurs précédents en avaient usé de même. Il n’y a rien non plus qui nous oblige à croire que l’horrible usage d’égorger des cap tifs à la fin des cérémonies d’un triomphe ait été pra.
tiqué à celui de Scipion. La dernière scène consistait |
dans un festin splendide que le héros offrait à ses amis sous les portiques du temple de Jupiter, après avoir deposé dans le sanctuaire de ce dieu les dépouilles et les monuments des victoires, en prononçant une formule que l'on suppose conçue en ces termes: Gratius tibi, Jupiter optime maxime, tibique, Juno regina, ac cæteri hujus custodes habitatoresque arcis, dii, libens lœtusque ago. Re romana, in hanc diem et horam per meas, quod voluisti, manus, servata bene gesla
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que, eamdem et servate, ut facitis, fovete, protesite propitiati, supplezx oro. « Grâces à toi, Jupiter très- « bon et très-grand, à toi, reine Junon, à vous tous, « dieux gardiens et habitants de cette citadelle : agréez « les libres et joyeux témoignages de ma reconnaissance. « Cette Rome que jusqu’à ce jour, jusqu’à cette heure, il «vous a plu de sauver eï de faire prospérer par mes « mains, daignez la conserver comme vous faites, la fa- « voriser, la protéger en divinités propices : je vous en « supplie humblement. » Les consuls s’abstenaient d’assister au festin, pour n’y pas disputer la première place au triomphateur.
En décrivant la mémorable pompe de Scipion en lan 207, j'ai saisi, Messieurs, cette occasion de recueillir les détails relatifs à ce genre de solennité; et, pour en compléter l'exposé, j'ai encore à vous offrir quelques indications fournies par aivers auteurs classiques. Pline affirme que la statue d'Hercule, jadis
Ronsacrée par Évandre dans le marché aux Bœufs,
aisait partie de la procession triomphale, et s’y étalait evêtue de la toge et de la tunique brodées. Suivant Asconius, elle précédait immédiatement le char du rénéral. Sénèque et Claudien parlent de traces de ang jeté sur ce char de distance en distance, pour harquer les cruels effets des batailles. Si l’on en croit errius cité par Pline, chaque triomphateur, à l’imiation de Camille, se peignait le visage de vermillon, fin de mieux ressembler au dieu Capitolin, dont on nluminait la statue aux jours de fête. Il est à présumer ue ces divers usages n'ont pas été invariables. Mais n sait que l'honneur triomphal assurait pour toujours, celui qui l'avait recu, une place distinguée dans les asemblées publiques, une chaise curule au théâtre, le
droit d’y paraître couronné de lauriers, beaucoup de témoignages du respect et de l'admiration des peuples: je ne dis rien des statues , des trophées, des colonnes, des divers monuments décernés à plusieurs de ces heureux guerriers. Scipion devint, ce jour-là, le premier citoyen de sa république. On dit qu’il refusa les hom. mages extraordinaires que ses concitoyens lui offraient, le consulat à vie, la dictature perpétuelle, des statues dans l'enceinte des comices, près de la tribune aux harangues, près de la salle du sénat, et au Capitole. S'ils Jui ont fait réellement de telles offres, ils étaient bien près et bien dignes de subir le joug de quelque soldat heureux , plus ambitieux que celui-là. Scipion n’accepu que le surnom d’Africain : encore ignore-t-on s’il le re. çut du peuple ou de ses soldats, ou seulement de ses amis et de ses parents, qui le distinguaient par là de tous les autres Scipions. Toujours semble-t-il, dans l’histoire, le premier conquérant qualifié par le nom d'une contrée envahie et subjuguée. D’autres Romains, à son
exemple, se sont attribué de pareils titres, sans les avoir Capc aussi bien mérités. Primus certe hic imperator rw: oI mine victæ ab se gentis est nobilitatus : exempl pren: deinde hujus, nequaquam victoria pares, insigne Espa: émaginum titulos , claraque cosnomina familiæ fe comn cere. Ce sont, Messieurs, les derniers mots du irere réf tième livre de Tite-Live, ou de sa troisième décade allié , la seconde de celles qui subsistent ; et c'est ainsi ques 21, termine l’histoire de la seconde guerre punique. 20. Cette guerre était à sa dix-huitième année, pui esuc qu’elle avait commencé en 218 par la marche d’Annéont p bal à travers les Pyrénées , la Gaule et les Alpes, et m'nouve les batailles du Tésin et de la Trébie, Je crois, Messieurs dispos qu'il ne nous sera pas inutile de nous retracer, nifrère
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CENT DIX-NEUVIÈME LEÇON. 493 fort succinctement, les principaux événements de chacune des années suivantes.
217. Victoire d'Annibal au lac de Trasimène; mort du consul Flaminius ; campagne des deux premiers Scipions, Chéius et Cornélius, en Espagne.
216. Bataille de Cannes; le consul Æmilius y périt ; son collègue Varron se sauve.
215. Fabius temporise ; succès de Marcellus à Nole, des Scipions en Espagne; séjour d’Annibal à Capoue.
214. Victoire de Sempronius à Bénévent; Asdrubal, frère d’Annibal, est vaincu trois fois en Espagne par les Scipions; les Romains reprennent Sagonte ; Marcellus commence le siége de Syracuse.
213. Le blocus de cette ville continue; le jeune Publius Scipion est élu édile; Syphax traite avec les Romains; Masinissa, autre prince numide, combat pour Carthage.
212. Prise de Tarente par Annibal, de Syracuse par Marcellus ; mort d’Archimède. Les Romains assiégent Capoue; les deux Scipions périssent en Espagne.
211. Annibal s'approche de Rome; les consuls r'eprennent Capoue; Claudius Néron se laisse abuser en Espagne par Asdrubal ; le jeune Scipion est envoyé comme proconsul dans cette contrée. Lévinus surveille etréprime, en Grèce, le roi de Macédoine Philippe, allié d’Annibal.