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CENT SIXIÈME LEÇON. 33 établies. Là, dit-on, contemplant le désastre d’une cité longtemps florissante, qui avait résisté si glorieusement aux efforts d'Athènes et de Carthage, il versa des larmes, que lui arrachaient à la fois une honorable compassion pour les vaincus et la joie de sa propre victoire : Illacrymasse dicitur, partim gaudio tantæ perpetratæ rei, partim vetusta gloria urbis. I lui restait cependant à se mettre en possession des quartiers de Néapolis, de l’Achradine et d'Ortygie. Il voulut employer des moyens de conciliation avant de déployer des forces qui ne pouvaient plus manquer d’être victorieuses ; et, à son instigation, les Syracusains qui lui étaient affidés engagèrent leurs compatriotes à prévenir, en se rendant de plein gré, d’horribles calamités. Les soldats romains murmuraient de ces complaisances de leur général. À leurs yeux, les richesses de Syracuse étaient une proie qui leur appartenait. Leurs vœux ne furent que trop bien accomplis. Le proconsul ne put pénétrer dans l’Achradine, il la trouva fermée de toutes parts. Épicyde la faisait garder par des déserteurs romains, destinés, s’ils se laissaient prendre, à des supplices dont aucune composition ne devait les sauver. Dans les Épipoles mêmes, la citadelle Euryale tenait encore, défendue par sa situation sur un roc escarpé, auprès d’un grand chemin par où les convois arrivaient. Elle avait pour gouverneur un Argien nommé Philodème, créature d’'Epicyde. En vain Sosis , l’ancien préteur, tenta de composer avec cet officier. Le Grec demanda du temps pour délibérer ; il prévoyait qu'Himilcon et Hippocrate accourraient au secours de Syracuse à demi conquise, et il voulait leur en donner le temps. Arrêté par ces délais,
Marcellus prit d’autres mesures.
AIX
34 HISTOIRE
ROMAINE
Il établit son camp entre Néapolis et Tiche, dans un endroit presque désert, Il aurait pu se rapprocher davantage de l’Achradine ; mais le désir des habitants, et la crainte d'offrir à ses propres soldats des occasions de brigandage, le retinrent loin des lieux trop fréquentés. Il appréhendait d’avoir trop de désordres à réprimer, trop de rapines à punir. Bientôt il vit arriver dans son camp une députation de citoyens de Néapolis et de Tyché, qui, en état de suppliants, la tête ceinte de bandelettes, cusn infulis et velamentis, se jetèrent à ses pieds, et lui demandèrent qu'il préservât les personnes de tout attentat, et les maisons du pillage. Ils savaient que, pris d'assaut, ils demeuraient, selon les lois de la guerre (si ce sont là des lois), à la merci du vainqueur, eux et leurs biens. Marcellus défendit de mettre à mort et de frapper aucun habitant de condition libre. Quant au pillage, c'était, disait-il, la récompense due à ses guerriers ; mais il annonça aux bourgeois qu'on y procéderait méthodiquement, sans troubler leur tranquillité, et sans rien faire enfin qui ne fût à propos. Il mit autour de son camp des corps de garde, pour empècher que l'ennemi ne fondit sur ses retranchements, tandis que les soldats rassembleraient lé butin qu'ils auraient enlevé. Ces précautions prises, les Romains sortirent du camp en poussant des cris d’allégresse, enfoncèrent les portes des maisons, pillèrent l'or, l'argent, les provisions, les meubles, et revinrent sous leurs tentes, enrichis pour longtemps, sans que le général eût à leur reprocher le plus léger désordre, la moindre violence, et se promettant des moissons plus abondantes, mais non moins régulières, quand l’Achradine et Ortygie leur seraient livrées. Voilà, Mes-
sieurs , profits dépouil tyrans sort de trop li croire € Quoi forteres, posaient de la vil municat s'approv Himileo:
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fl
CENT SIXIÈNME 35 sieurs, d’étranges prix de la bravoure, de singuliers profits des héros! Il faut que de paisibles familles soient dépouillées des fruits de leurs travaux, parce que les tyrans qui les ont opprimées succombent, et que le
sort des armes favorise une autre tyrannie. J'ai une
LEÉCON.
trop haute idée de la valeur guerrière, pour ne pas croire qu’elle mériterait de plus nobles récompenses.
Quoi qu’il en soit, Philodème, le gouverneur de la forteresse Euryale, apprenant que les Romains disposaient d’une manière si méthodique de trois parties de la ville, menacé d'être bientôt privé de toute communication avec elles, et par conséquent des moyens de s’'approvisiouner, ne voyant pas arriver Hippocrate ct Himilcon, sur lesquels il avait compté, prit le parti de traiter avec Marcellus. Il obtint la permission de retourner avec sa garnison auprès d'Épicyde, et remit la citadelle. Ce poste affermissait le proconsul dans Syÿracuse, et lui inspira la résolution d’assiéger l’Achradine par terre. 1l la serra en effet de si près, et lui coupa si bien les vivres, qu’elle n'aurait pu résister longtemps, si les généraux Himilcon et Hippocrate n’étaient enfin survenus avec leurs troupes. Himilcon se chargea d’attaquer le camp de Marcellus, Hippocrate d'enfoncer les retranchements de Crispinus, qui n’était pas encore entré dans la ville. En même temps la l'otte carthaginoise se rangeait sur le rivage, à portée de l’'Achradine, et coupait les communications entre le proconsul et son lieutenant, tandis que, dans l’intérieur de la ville, des troupes syracusaines, commandées par Épicyde, faisaient des sorties sur les postes romains. Ces dispositions n'étaient pas mal combinées. Mais Crispinus repoussa vivement et poursuivit Hippocrate, qui eut
DR EC ro PRET CA EL
peine à se sauver. Épicyde, qui pour seconder son collègue était sorti des remparts, se vit contraint d’y rentrer. De son côté, Marcellus continuait d’investir l’Achradine, sans en approcher pourtant de trop près; car les Romains craiguaient toujours les machines d’Archimède, et le moindre mouvement d’une solive sur les murs les glaçait d’effroi. Il est à remarquer néanmoins que les historiens ne font plus rien'faire à cet habile mécanicien; ils le laissent inactif pendant cette troisième année du siége, comme pendant la seconde; et l’on a quelque peine à comprendre pourquoi ils ne le mettent plus en scène.
Un fléau qui s’étendit sur l’une et l’autre armée, la peste, suspendit les hostilités. Produite par les chaleurs de l’automne et par l’insalubrité naturelle du pays, elle affligea les environs de Syracuse encore plus que lintérieur de la place. Des maladies mortelles, qu’amenaient le mauvais air et l’intempérie de la saison, se propagèrent par les soins mêmes que l’on prit des premières victimes; et bientôt il fallut ou les laisser périr
sans secours, ou respirer auprès de leurs lits les poisons.
de la mort. Les yeux n’étaient plus frappés que du spectacle des funérailles , les oreilles que des gémissements et des cris de la douleur, jusqu’à ce que l’habitude du mal endurcit à tel point les âmes , qu’on refusait la pitié aux mourants et la sépulture aux morts. Là terre deneurait jonchée de cadavres exposés aux regards des moribonds. Les odeurs infectes se joignaient aux accès de la terreur, pour ravir le jour aux malades et la santé à ceux qui avaient pu la conserver. Quelques-
uns, aimant mieux périr par le fer, allaient attaquer les postes ennemis. Le camp des Carthaginois souffrit À
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attaquer s sauffrit À
CENT SIXIÈME LEÇON. 37 plus que celui des Romains , que trois années de siége avaient acclimatés. Les Siciliens au service de Carthage désertaient des lieux si funestes, et retournaient dans leurs cités, peu éloignées de Syracuse. Les Africains, à
qui manquaient de pareils asiles, succombèrent tous
avec leurs chefs, Hippocrate et Himilcon. Marcellus,
voyant le fléau redoubler ses ravages, logea tous les Romains, y Compris ceux qui servaient sous Crispinus, dans les maisons de Tyché, de Néapolis et des Épipoles : les toits et l'ombre les soulagèrent; il en perdit néanmoins un grand nombre. Tel est, Messieurs, le tableau que Tite-Live a tracé, bien plus vivement dans sa langue, de la peste de Syracuse. La même description se retrouve, mais beaucoup plus traïnante, au livre XIV° du poëme de Silius Italicus :
Fumabat crassus nebulis caliginis aer .
Squalebat tellus, vitiato fervida dorso;
Nec vicium dabat, aut ullas languentibus umbras; Âtque ater picea vapor exspirabat in æthra.
Toutefois le poëte exprime plusieurs détails, soit imaginaires, soit réels, dont l’historien ne fait pas mention : la langue sèche, la gorge aride, une sueur froide, une toux äpre, une respiration brûlante :
Arebat lingua, et gelidus per viscera sudor Corpore manabat tremulo; descendere fauces Abnuerant siccæ jussorum alimenta ciborum.
Aspera pulmonem tussis quatit, et per anhela Igneus efflatur sitientum spiritus ora.
Silius peint aussi les cadavres amassés ou épars sans sépulture :
Succubuit medicina malis. Cumulantur acervo Labentum, et magno cineres sese aggere tollunt.
Passim etiam deserta jacent, inhumataque late Corpora, pestiferos tetigisse timentibus artus.
Ce fléau avait fort secondé l'habileté de Marcellus et la valeur de ses légions. Les Romains se voyaient délivrés d’une armée considérable, qui les investissait euxinêmes pendant qu'ils assiégeaient l’Achradine. Ils n'avaient plus à redouter qu’un faible corps de Siciliens, qui se rassemblait en deux bourgades voisines, et qui attendait de Carthage un nouveau renfort. En effet, Bomilcar venait de partir pour l’Afrique à la tête de sa flotte. 11 annonçait au sénat carthagincis la mort d'Himilcon; et, tout en racontant les autres malheurs des
troupes africaines et syracusaines, il assurait que Îles Romains, affaiblis par la maladie, et imprudemment engagés au ainilieu d’une ville dont ils n'occupaient qu'une moitié, ne résisteraient point à de nouvelles forces de terre et de mer qui se déploieraient soudainement contre eux. Bomilcar obtint cent trente galères et sept cents bâtiments de transport; on lui confia le commandement de cette flotte. Un si formidable armement surpassait de beaucoup celui qui restait aux Romains sur les côtes de la Sicile. Mais, après une heureuse traversée jusqu’au cap Pachynum, Bomilcar ne put veuir à bout de doubler ce promontoire; des vents contraires le forcèrent d'y relâcher, et laissèrent à Marcellus le temps de prendre ses mesures, quoique le seul bruit du retour de Bomilcar eût alarme les assiégeants, et rendu quelque courage à leurs ennemis. Le proconsul savait bien que ses vaisseaux étaient inférieurs eu nombre : il les fit néanmoins appareiller, résolu de livrer uné bataille. Épicyde eut peur de ce mouvement:
se croyant perdu si les vents obligeaient la flotte de retourner en Afrique, il prit le parti d'aller la rejoindre, et quitta l'Achradine , en y établissant, pour le remplacer
durant s troupes 1 de confie trouva B ses forces sort d’un branla, « Marcellus l'ennemi vers les c à Héraclé de regagr d'Héraclé jamais bie car. Épicy fugia dans Ce miséra Syracusait plus cher
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qu'ils aur Les ha campés a était tem] les dernie des déput le domait conserver consul ay
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\ CENT SIXIÈME LEÇON. 39 durant son absence, des officiers étrangers, chefs des troupes mercenaires; ce qui lui semblait plus sûr que de confier la garde de cette place aux Syracusains. 11 trouva Bomilcar fort inquiet , malgré la supériorité de ses forces, et ne le détermina qu'avec peine à tenter le sort d’un combat. Les vents s’adoucirent ; Bomilcar s’ebranla, doubla le cap, et s'avança vers la haute mer. Marcellus se disposait à le suivre, quand tout à coup l'ennemi prit le large, s'éloigna de la Sicile, et fit voile vers les côtes d'Italie, après avoir envoyé des courriers à Héraclée pour ordonner aux vaisseaux de transport de regagner l'Afrique. Il s’agit sans doute de la ville d'Héraclée située entre Agrigente et Sélinonte. On n’a jamais bien su les motifs de cette résolution de Bomilcar. Épicyde n'osa plus reparaître à Syracuse : il se réfugia dans Agrigente, pour y attendre les événements. Ce misérable intrigant, qui, abusant de la crédulité des Syracusaius,avait compromis leur indépendance et leurs plus chers intérêts, les abandonnait au moment où il ue leur restait presque plus d'espoir. C’est ce qu’il faut toujours attendre de gens pareils ; mais, au fond, ne plus se mêler de leurs affaires était le plus grand service qu'il pût rendre aux Syracusains, et il y avait longtemps qu'ils auraient dû ly contraindre.
Les habitants de l’Achradine, et leurs compatriotes campés au voisinage de leurs murs, comprirent qu’il était temps de prévenir par une soumission volontaire les derniers malheurs qui les menaçaient : ils envoyèrent des députés à Marcellus, pour lui offrir de céder à Rome le domaine de leurs anciens rois, et le prier de leur conserver leurs biens, leurs lois, leur liberté, Le proconsul ayant accueilli favorablement ces propositions,
4o HISTOIRE ROMAINE.
on résolut de lui dépècher une seconde députation qui püt traiter au nom de toute la cité; mais on craignait d’être traversé par les commandants qu'Épicyde s'était donnés pour substituts. Deux de ces étrangers s’appelaient Philistion et Polyclite; le troisième joignait au nom d'Épicyde le surnom de Sindon. Pour ne plus les craindre, on ne trouva pas de meilleur expédient que de les assassiner tous trois; tant les peuples sont disposés à devenir cruels après qu’ils ont été crédules et lâches!Tl se tint une assemblée générale, où ces mêmes Syracusains, qui, en présence de leurs tyrans , osaient à peine se permettre de secrets murmures , se plaignirent à grands cris des maux qu’ils avaient soufferts , et annoncèrent qu'une fois délivrés de l'oppression, ils auraient le courage de se venger des oppresseurs. 11 se rencontra pourtant des citoyens qui surent mieux exprimer les véritables intérêts de la patrie. Les députés qui rapportaient les réponses de Marcellus représentèrent qu'après tout les Syracusains n'avaient été malheureux que par leur faute, que par la confiance insensée ‘qu’ils avaient accordée à un Hippocrate, à un Épicyde. L'un était mort de la peste, la peur avait éloigné l’autre, leurs successeurs ne vivaient plus. De tant de Carthaginois prétendus auxiliaires, les uns venaient de périr, les autres de prendre la fuite. Il ne restait plus à Syracuse que ses véritables alliés, les Romains, qui se souviendraient des longs services d'Hiéron plus que des égarements trop expiés d’une aveugle muititude, On nomma de nouveaux préteurs, dont quelques-uns firent partie de la seconde députation qu’on envoyait à Marcellus. Elle rejeta le crime de la rupture des traités sur les deux émissaires d'Anuibal : leurs fourberies
et leurs vi bras avaien tés fidèles. .
à quoi s’en infidélités 1 entier n’est
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es-Uns voyait s trairberies
CENT SIXIÈME LEÇON. 41 et leurs violences avaient enchaîné les volontés. Les bras avaient obéi à la nécessité; les cœurs étaient restés fidèles. Je suppose, Messieurs, que Marcellus avait à quoi s'en tenir sur cette fidélité secrète et sur ces infidélités nécessaires ; il n'ignorait pas qu’un peuple
Lentier n'est entraîné par l’ascendant de deux hommes
que lorsqu'il est assez déraisonnable pour s’y complaire,
[ou assez lâche pour y consentir. Tout esclavage qui n’est
point établi par la force irrésistible des armes est le crime de ceux qui le subissent, encore plus que de ceux
qui lPimposent. Cependant les députés ajoutèrent que
la gloire antique de Syracuse allait rejaillir sur son li-
D bérateur ; que, désormais, les voyageurs qui visiteraient l cette cité, en y admirant les monuments des victoires
remportées par elle sur les Athéniens et les Carthaginois, se souviendraient que Marcellus à triomphé des vainqueurs de tant d’armées, et qu’elle est ainsi devenue la cliente de la famille Claudia. Pourrez-vous, Messieurs, ne pas reconnaître, dans ces flagorneries, un
Dreste des habitudes serviles que les Syracusains avaient
contractées depuis l’avénement d'Hiéronyme? Et ne serez-vous pas indignés de ces misérables considérations personuelles, quand il s’agit des destinées de deux nations ? Vous penserez, pour l'honneur de Marcellus, que de pareils motifs n’ont point influé sur sa conduite sage et généreuse; que, tout au contraire, il se serait tenu pour offensé par ces flatteries puériles, s’il avait pu se distraire des intérêts de sa république, et de ceux inèême de l’alliée qu’elle allait reconquérir.
La capitulation n’éprouvait plus de difficultés que
M dans l’intérieur de la ville : les transfuges romains, qui
Aiormaie nt une partie de la garnison, se croyaient per-
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l> HISTOIRE ROMAINE.
dus si l’Achradine se rendait, et s’efforçaient de commu uiquer leurs alarmes aux soldats mercenaires. C'est nous, c’est vous , leur disaient-ils, qu’on va livrer à l'ennemi,
La peur arma tous ces barbares; ils coururent chez les
nouveaux préteurs, et les massacrèrent. Plus altérés de
sang après en avoir fait couler, ils se répandirent dans les rues, exterminant tous ceux qu'ils rencontraient, et à joignant le pillage aux assassinats. Pour s'assurer les À
fruits et l'impunité de leurs attentats, ils créèrent six gouverneurs, trois pour l’Achradine, trois pour Ortygie, À la fin, pourtant, les soldats étrangers se persuadèrent qu'ils avaient été trompés par les déserteurs romains, et furent affermis dans cette idée par les députés revenus du camp de Marcellus, qui protestèrent qu'on ne songeait point à sévir contre ies troupes étrangères. Au nombre des six gouverneurs élus par les séditieux, se trouvait un Espagnol appelé Méric, honnête homme, à ce qu’on assure, qui détestait le brigandage auquel
il venait de prendre part; ce qui, à vrai dire, n’est pas très-facile à expliquer. Marcellus, qui n'ignorait rien
de ce qui se passait dans l’Achradine, résolut de gagner |
Méric; et, pour y réussir, il mit un jeune soldat espagnol à la suite des négociateurs qu'il envoyait dans la place assiégée. Ce soldat eut avec Méric des entretiens, qui d'abord ne roulèrent que sur les affaires d'Espagne. Le jeune émissaire, qui revenait depuis peu de cette contrée, dit qu’elle allait bientôt devenir toute romaine, par les succès de jour en jour plus éclatants des deux Scipions. Ces premiers propos, jetés à dessein, piquèrent la curiosité du gouverneur; il demanda plus de détails : le soldat ne les lui fit pas attendre; ils tendaient tous à montrer que, si jamais il prenait envie à Méric de re-
tourner
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pêcher le s'obstiner lait bien :
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tourner en son pays et d'y reparaitre revêtu de quelque puissance, il n'avait rien de mieux à faire que d’embrasser le plus tôt possible le parti de Rome. C'était prendre par son faible cet ambitieux officier ; et, dès lors, son Scompatriote n'eut pas de peine à le convaincre qu'empêcher les Syracusains de se livrer au proconsul, c'était s'obstiner à leur perte et à la sienne propre; qu'il valait bien mieux se faire un mérite de la reddition d’une place à demi prise, que d’être écrasé dans sa catastrophe inévitable, Méric n'hésita plus sur le parti qu'il devait prendre; mais il avait cinq collègues qu'il fallait ménager, À leur insu, il envoya son frère au camp romain avec le soldat espagnol. Par l'entremise de ce soldat, le frère de Méric eut avec Marcellus une conférence, où furent concertés, sous la foi de serments mutuels, les moyens d'introduire les troupes romaines dans l'Achradine. Conformément à ces conventions, Mériccommença par affecter un grand zèle pour la conservation de la place; il se plaignit de la liberté qu’on y laissait aux députés de Marcellus : il demanda qu'on ne leur permit pas d’y faire tant de courses et d’y exercer tant d'espionnage. À son dire, les députations au proconsul w’étaient pas non plus sans danger; on avait besoin
de bien plus de précautions contre un ennemi artificieux. Il conseilla de distribuer les quartiers entre les six gou-
verneurs , afin que chacun d’eux devint personnellement
responsable d’un service déterminé. On lui confia la partie de l’Achradine qui s'étendait depuisla fontaine Aré- Mihuse jusqu'au grand port, et qui confinait à l’ile d'Or- Miygic. Marcellus, averti de cette disposition, attaqua
M ce côté de la ville : un bâtiment de transport, remorqué Mpar unc quadrirème, v amena une troupe de soldats,
qui descendit à terre vers les six heures du matin, et se présenta devant la porte d’Aréthuse, Méric en ouvrit l'entrée, et reçut le détachement dans l’enceinte, en même temps que Marcellus faisait escalader les remparts voisins. On accourut de toutes parts pour repousser l'assaut, sans songer aux ennemis qui avaient déjà pénétré dans la ville. Ortygie même était abandonnée
de sa garnison et de ses habitants, qui volaient à la dé- |
fense des murs escaladés. C'était ce qu'avait prévu le proconsul. Des barques remplies de soldats romains s'approchèrent de l’île, dont la porte était restée entr'ouverte, en sorte que ces guerriers y entrèrent presque sans combat. Marcellus apprit au même instant l'occupation d'Ortygie et d'une partie de l’Achradine : il fit aussitôt sonner la retraite, craignant que le feu de l’action n’entrainât les soldats à piller les trésors renommés des rois de Syracuse.
Il ne tenait qu'à lui d'exercer les prétendus et horribles droits d’un vainqueur sur une ville jadis alliée, devenue infidèle, et maintenant prise d'assaut. Son premier acte de clémence fut un ordre de laisser échapper les déserteurs romains : il ne voulut pas répandre le sang, même des traîtres. Il accueillit avec bienveillance les habitants des deux quartiers nouvellement réduits. « Vous avez, leur dit-il, effacé par vos outra-
ges les bienfaits d'Hiéron. Nous vous demandions
seulement de nous livrer deux intrigants auteurs de vos désastres, et de suivre l'exemple de ceux de vos magistrats et de vos concitoyens qui se sont réfugiés dans nos camps. Vous avez laissé à l'Espagnol Méric le soin d'accomplir, un peu tard à la vérité, les devoirs des Syracusains. » J'avoue, Messieurs, que je ne
} aux rapines
saurais ap ici, du moi qui, après
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il est injus inutile, de « Marcellu « l’unique
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la républiq soldats; il n aucune par dans Ortygi visseurs; et, privées. Vo illustre vict racontée, I, caisse d’inst
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evoirs
je ne
saurais approuver l'éloge que Marcellus semble faire ici, du moins dans Tite-Live, de la conduite de Méric, qui, après tout, n’était qu'un traître. Qu'on profite des trahisons, c’est le droit ou l’usage de la guerre; mais il est injuste, imprudent même, et à tout le moins inutile, de les louer, « Vivez, Syracusains, poursuit « Marcellus, vivez; et que la perte de vos biens soit « l'unique châtiment de vos infidélités. » Le questeur eut ordre de s'emparer du trésor des rois au profit de la république. Le surplus du butin fut abandonné aux soldats; il ne paraît pas que le général s’en soit réservé aucune partie. La trompette annonça le pillage : rien dans Ortygie, rien dans l’Achradine n’échappa aux ra-
À visseurs; et, la cruauté s’associant comme d’elle-même } aux rapines, le sang coula dans plusieurs habitations
privées. Vous nommez d'avance, Messieurs, la plus illustre victime, Archimède. Sa mort est diversement racontée. Les uns disent qu’il portait à Marcellus une caisse d'instruments de mathématiques, lorsque des
M soldats qui le rencontrèrent, croyant faire une riche
capture, l’immolèrent pour s’en emparer. Les autres, qu'occupé à tirer des lignes et à résoudre des problèmes de géométrie, il fut abordé par un legionnaire, qui lui demanda son nom; qu’'Archimède, plongé dans une méditation profonde, pria le soudurd de ne point l'interrompre, et que celui-ci, offemsé de cette réponse, se précipita sur lui, et l’étendit mort sur la place. Suivant le récit le plus ordinaire, Archimède, pendant qu’on saccageait l’Achradine, travaillait, au fond de son cabinet, à démontrer rigoureusement une proposition de géométrie ; ni le bruit des armes, ni les cris du peuple, n'avaient pu le distraire de son travail, Un Romain,
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