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l'erreur commence. Quelle sagesse y aurait-il à s’y fixer? A parler sans figure, la vérité en philosophie consiste dans une représentation exacte des réalités physiques et morales par nos idées et par notre langage. Il s’agit de parvenir à ce but en suivant les méthodes les plus directes et les plus sûres. Il n’y a point là de tempérament à garder, point de ménagements commandés ni même permis, et la modération n’y a que faire; elle doit avoir bien assez d'exercice dans la conduite de notre vie privée et publique, pour qu’on ne lui attribue point sur les opérations intimes de notre intelligence un empire que la nature même des choses lui refuse. Les opinions sont vraies ou fausses, et l’expression si usitée d'opinions modérées est au moins impropre : elle n’a de sens raisonnables que lorsqu'il s’agit de résolutions pratiques, d'actes qui touchent à l'état, aux habitudes, aux intérêts des personnes; et, en ce cas, où en effet les opinions modérées sont toujours les meilleures, cela vient de ce qu’en pareille matière elles sont les seules vraies.
Voilà pourquoi Péclectisme, appliqué, non encore une fois à certaines observations particulières des divers philosophes, mais à leurs systèmes généraux, n’a jamais enfanté que des monstruosités ou des fantômes, que des pactes illusoires entre les vérités et les erreurs, entre des doctrines inconciliables , et s’est résolu en un syncrétisme informe, plus déplorable qu'aucun de ces systèmes qu'il prétendait corriger et achever l’un par l'autre, Les temps modernes peuvent vous offrir, Messieurs, un exemple sensible de ces amalgames, dans l'hypothèse astronomique de Tycho-Brahé. Longtemps les apparences et habitudes avaient entraîné à établir la
terre au centre de l’univers : enfin Copernic était ve. nu, qui avait dissipé cette illusion et trouvé néanmoins des contradicteurs. Tycho survint; et, pour concilier les deux partis, il régla que la lune et le soleil recommen. ceraient à tourner autour de la terre, mais que le so. leil serait désormais le centre des mouvements de Mercure, de Vénus , de Mars, de Jupiter et de Saturne. È Vous savez que cette théorie éclectique n’a pas fait for. tune; et cependant elle était proclamée par un très-ha. bile observateur, auquel lon ferait injure, si on le com. È parait aux néo-platoniciens alexandrins. Leur entreprise avait été non-seulement de combiner le platonisme et l'aristotélisme, mais encore d’y joindre un mélange | d’éléatisme et de stoïcisme, sans parler de ce qu’ils pour. raient. tirer de Pythagore, emprunter d’Épicure; et puiser à d’autres sources. Un enseignement si confus ne pouvait manquer d'arrêter le progrès de toutes les études philosophiques; et ce n'était pas encore là sa plus pernicieuse influence : il tendait à énerver les âmes, à dégrader les caractères. Il habituait aux accomimodements et aux complaisances : il mettait en honneur ces transactions, Ces compromis, ces moyens termes qui, en fait de philosophie et de littérature, ne sont jamais que des actes de faiblesse et bien souvent que des mensonges. 1l convient sans doute de proposer ses opinions avec modestie et de les soutenir avec modérations mais il faut les énoncer avec franchise , et y adhérer avec une fermeté inflexible, tant qu’on les retrouve dans sa conscience. Toute énergie et toute loyauté se perdent par ces prétendues fusions de doctrines: quand le commerce des esprits n’est plus qu'un: échange de monnaies fausses ou rognées, la société entière se
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QUATRLIÈME LEÇON. 119 falsifie et se déprime. L'éclectisme a servi de ressort aux gouvernements tyranniques : il serait un dissolvant des constitutions représentatives. Mais je laisse ces considérations préliminaires , et j'arrive aux détails de l'histoire du néo-platonisme,
Il eut pour premier chef Potemon d'Alexandrie, que Suidas fait vivre sous Je règne d’Auguste, mais que Brucker, Buble et M. Matter placent avec plus de raison à la fin du deuxièmesiècle de l'ère chrétienne.et au commencement du troisième. Diogène de Laërte dit qu’il essaya de composer, d'éléments choisis dans toutes les anciennes philosophies, une philosophie nouvelle. Nous n'en pouvons pas juger en parfaite connaissance de cause, puisqu'il ne reste aucun écrit de Potamon : son commentaire sur le Timée de Platon, et l'ouvrage qu'il avait intitulé Science élémentaire, sont depuis longtemps perdus. Sa doctrine a été, d’après Diogène, réduite par Brucker à trois articles généraux, Le premier, qui appartient, dit-on, à la philosophie rationnelle, déclare qu'il y a deux examens de la vérité : l'un priucipal, ou de l'esprit qui juge; l’autre instrumental, et consistant dans une image intime et claire, paroles qui déjà ne sont pas très-clai elles-mêmes. Le deuxième dogme domine la philosophie naturelle : il porte que les commencements de toutes choses sont la matière, la cause efficiente, la composition et le lieu. Brucker donne aux deux premières de ces quatre choses les noms de principes, l’un passif, et l’autre actif; et aux deux dernières, le nom d’affections, c’est-à-dire les qualités d’une part, et le lieu de l’autre : car, ajoutait Potamon, nous avons à demander sur tous les objets naturels, de quoi et par qui ils sont faits, de quelle
manière et en quels lieux ils existent. C’est à la morale que tient le troisième article, où il est dit que la fin à laquelle tout se rapporte est la vie, que la vertu per. fectionne et achève, non pourtant sans les biens naturels et extérieurs du corps. En conséquence, Diderot expose la doctrine de Potamon en ces termes : «Il sou. « tenait, en métaphysique, que nous avons dans no « facultés un moyen sûr de connaître la vérité, et que
« l'évidence est le caractère distinct des choses vraies: À
« en physique, qu’il y a deux principes de la production « générale des êtres, l’un passif ou la matière, l’autre « actif ou seule eause efficiente qui la combine. 11 dis- « tinguait dans les corps naturels le lieu et les qualités. « H réduisait toute la morale à rendre la vie de « l’hoinme la plus vertueuse qu’il était possible ; ce qui, « selon lui, excluait l'abus, mais non l’usage des biens «et des plaisirs. » Voilà, Messieurs, des généralités qui n’avancent pas beaucoup la science; et l’on peut douter, même en les supposant vraies, qu’elles soient des préliminaires très-utiles d’une étude positive de la nature et de la morale. Il a toujours été facile de mettre ainsi en avant des distinctions de trois, quatre où cinq choses fondamentales : ce n’est jamais là qu’une evmbinaison arbitraire d'expressions vagues ; et, toutes les fois qu’une philosophie débute de cette manière, on doit prévoir qu’elle sera ou stérile, ce qui n’est que le moindre mal, ou mensongère, ce qui est beaucoup plus commun. Cependant celle de Potamon ne parut elle n'obtint qu'un succès
pas assez inintelligible :
médiocre; et le pur syncrétisme ou illuminisme, pro: fesse par Ammonius Saccas, se propagea bien davantage.
Ce surnom de Saccas vient , dit-on , de ce qu'Ammo
s, né au 5€ hit été porte lui aucun li bué est d’un blement rien secrets de s cilier tous ception seul iqu'il empr ns lequel on it par rejete e, pour y su nelles. Au | rées, c'était lte,qui sere] cles, et dont fondateur. E réterons qu’à Un des trav n âge ni le r Eunape, q iblement dan rtenait à la > l'ère vulgai pe est fort erveilleux de ayle lui-mê en critique 1e Bayle ait lotin acheva vingt-huit
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QUATRIÈME LEÇON. 121 s, né au sein d’une famille pauvre d'Alexandrie, hit été porte-sac daus son jeune âge. Nous n'avons Jui aucun livre; car celui qu’on lui a quelqu :satbué est d’un évêque Ammonius. Le Saccas n’a problement rien écrit : il ne dévoilait pas à tout le monde secrets de sa doctrine; elle tendait, ce semble, à cilier tous les anciens systèmes philosophiques, à ception seulement de celui de Leucippe et d’Épicure ; piqu'il empruntât quelques dogmes au christianisme, ns lequel on croit que ses parents l’avaient élevé. Il it par rejeter toute révélation positive et authentie, pour y substituer les inspirations intimes et pernelles. Au lieu de la théologie puisée à des sources rées, c'était déjà la théosophie, sorte de science oc- Îte,qui se reproduira plus d’une fois dans le cours des cles, et dont Ammonius Saccas pourrait passer pour fondateur. Entre ses nombreux disciples nous ne nous rêterons qu’à Plotin, qui est devenu un maitre. Un des travers de Plotin était de ne vouloir dire ni n âge ni le lieu de sa naissance. On sait pourtant, r Eunape, qu'il était né en Égypte, à Lycopolis; proiblement dans celle des deux villes de ce nom qui aprtenait à la Thébaïde. Il vit le jour en l’année 205 : l'ère vulgaire. La notice qui le concerne dans Euape est fort courte : les récits plus étendus et plus erveilleux de Porphyre ont acquis tant de crédit, que ayle lui-même les a recueillis sans y joindre l'exaen critique dont ils ont besoin; Brucker regrette ie Bayle ait négligé ce travail. Depuis le temps où lotin acheva ses études de grammaire jusqu'à l’âge vingt-huit ans, où l'envie lui prit d'aller écouter les
Dilosophes alexandrins , nous ignorons ce qu'il a pu
faire ; mais nous apprenons que les leçons de ces pli sophes lui déplurent, parce qu’ils y mêlaient des noi; grammaticales, historiques et littéraires, C'était k ce qu’il y avait de plus solide et de plus réel dans enseignement ; mais il fallait à Plotin de Ja métaph que toute pure : il ne prit goût qu'à la doctrine d’ monius Saccas. Les autres docteurs l'avaient en et attristé; il n'eut pas plutôt commencé d’entey celui-là, qu'il s’écria « Voilà ce que je cherchais, » Il{ dit-on, pendant onze ans le disciple assidu de ces crétiste ;et comme Ammonius lui avait toujours vant sagesse des mages et des brahmes, il résolut d’aller Orient puiser la philosophie à sa source. Il était surt impatient d’être ivitié dans l’art d'opérer des mirack on en faisait et on en croyait beaucoup alors, au 4 de la plupart des sectes païennes. Après avoir, en 2 servi quelque temps dans l’armée de Gordien , quie treprenait une guerre contre les Perses, il regagna À tioche, sars rien rapporter des trésors de la scie orientale, et vint professer Ja philosophie à Ron Longtem.as il s’abstint de divulguer Ja partie ésotéris de la doctrine d’Ammonius ; ce ne fut qu'après que d' tres initiés en eurent trahi le secret qu’il se crut dé veusé de le garder lui-même. A quarante-neuf à il composa vingt premiers livres, qu'il ne commu quait pas à tout venant. L'année suivante, il « pour disciple Porphyre, dont les questions et les objet tions l’obligèrent à écrire vingt-quatre livres de plu
ils étaient achevés avant la fin de lan 261. Depui.l eu fit ueuf autres, qui complétèrent le nombre de ci quante-quatre. Des sénateurs venaient Pentendre, t quelques-uns abandonnaient les fonctions publiqu
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Fe QUATRIÈME LEÇON. 123
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v vivre comme lui en philosophes. L'enthousiasme | inspirait gagna plusieurs dames. L'une , appelée nina, voulut absolument qu'il logeât chez elle, de jouir, elle et sa fille, de ses délicieux entretiens. passait pour si vertueux, que les mourants lui connt leurs biens et leurs familles : surveillant d’un pi DA nombre de tutelles et arbitre de eent procès, il d'enten tle bonheur de ne pas se faire d’ennemis. A la fin his,» Il{ rtant, un philosophe d’Alexandrie, nommé Olymde ce , employa pour le perdre la calomnie et, par PS VAN. oît, la magie; mais Plotin savait faire retomber d'aller maléfices sur Olympius. Plotin était un magicien si a eur ile, qu’un jour il annonça, sans craindre d'être dés mia. par les faits, qu’au moment où il parlait, le corps rs, OÙ on ennemi se plissait comme une bourse, et que PF, M membres se froissajent l’un contre l’autre. Après D, QU, Messieurs, vous ne serez pas surpris de l’infailli- Ca té avec laquelle il prédisait les destinées de ses élèla SUIS et découvrait les coupables qui échappaient aux 1e à Ro, rches ordinaires. S'il dédaignait l'astrologie, ce $ FaOEErI ait pas qu’il ne l'eût profondément étudiée; mais sa ès que da taphysique sublime lui fournissait des moyens de se eut tion plus immédiats et plus sûrs. 1l jouissait d’un neuf à D crédit, même à la cour, qu’en dépit des jaloux, il COMME int de l’empereur Galien et de l’impératrice Salo-
te, ile be un territoire dans la Campanie, pour y bâtir unc et les ob, qui devait s’appeler Platonopolis et recevoir une res de pli onie de philosophes gouvernée selon les lois de Pla- + Depuis D Ce projet n'eut pas d'exécution, soit parce que des
bre de ci ntendre, 4
publique
nistres de l’empereur y mirent des obstacles , soit ce que les colons, transportés dans ce territoire, y irent pour avoir trop scrupuleusement suivi le ré-
gime de vie que leur avait prescrit Plotin. Lui-mà il éprouva durant la dernière année de sa vie dive incommodités, un violent mal degorge, qui l’empës de disserter, un extrême affaiblissement de la vue, douleurs cuisantes aux pieds et aux mains, des coli auxquelles il refusait de remédier par des moyens gaires, indignes de sa gravité philosophique. Améliu de ses disciples , lui proposait d'assister à un sacr aux dieux : « C’est aux dieux, répondit-il, de vei « moi, non pas à moi d'aller à eux; » propos où: trouverions, Messieurs, plus d’orgueil et même d’imp que de métaphysique. Plotin ne permit pas non} que l'on fit son portrait, que ses élèves désiraien conserver; un d’eux le traça de mémoire. Pour | se disait humilié d’avoir un corps, et ne consa point à regarder cette enveloppe grossière comme