‹ Cours d'études historiques [microforme]Chapitre 21 sur 115 · XX · texte numérisé non relu

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par leur symétrie même, quoiqu'elle ne fût qu'un in. dice de fiction, lui auront paru des images fidèles de la nature; et les révolutions de ses six cercles artif. ciels, une représentation complète de l’univers intel. gible, de toute la sphère de nos connaissances. Cest une illusion commune à tous les métaphysiciens inven. teurs de classifications a priort. Je ne suis pas Surpris non plus que plusieurs de ses contemporains aient par. tagé son enthousiasme; d’abord, parce qu’en étant s bien pénétré lui-même, il ne devait manquer, pour le communiquer, ni de zèle, ni de cette loquacité entrai nante qu’on appelle quelquefois éloquence ; ensuite, parce que les penchants ou les habitudes des homme favorisent toujours plus ou moins le débit des recettes ou méthodes universelles,

En effet, Messieurs, toute étude réelle est longue a pénible : les éléments exigent de l’enfance d'autant plus d'efforts qu’elle ne sent pas l'utilité d’un si laborieux apprentissage; et, dans les autres âges de la vie, jusqu’au dernier, chaque progrès commande un nouveau travail, de plus en plus austère. L’horizon s’agrandi à mesure qu’on avance; bientôt il n’a plus de bornes; nature est immense, et chacune de ses parties est un monde physique ou moral, ou même à la fois l’un « l’autre. Il n’est pas une science, pas un art où l’on ne doive observer de longues séries de faits, vérifier d'in. nombrables détails, démêler des rapports indéfiniment compliqués, saisir mille nuances fugtives. À celui qu n’a fait qu’éviter les erreurs et les fautes, sans mériter de louanges, il lui a fallu encore des soins infins: jugez de la tâche à remplir pour étendre une branche de connaissances où pour enrichir un genre de litté-

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rature! Tant de recherches, de fatigues et de lenteurs n'accommodent ni la paresse de la plupart des esprits, ni l'impatiente curiosité de quelques-uns. Qu'on vienne donc leur promettre d’abréger et d’aplanir ces routes épineuses; qu'on leur apporte des formules qui s’appliqueront à toutes les études ou qui les réduirônt à une seule, plus expéditive qu'aucune de celles qu’elle doit remplacer ; ils seront aussi intéressés que l’auteur même de ces prétendues découvertes à les trouver admirables. Voilà, Messieurs, les causes des succès de Raymond Lulle; et je m'étonne seulement qu’ils n’aient pas été plus brillants et plus rapides; car il avait aussi un avantage qui n'a guère manqué à ceux qui ont proposé, comine lui, des méthodes nouvelles : c'était limperfection ou plutôt la fausseté de celles qu’on suivait de son temps. Pour être pénibles, elles n’en valaient pas mieux, et il pouvait sembler difficile que la sienne füt plus mauvaise; on la devait préférer comme plus courte, plus générale, et plus neuve. Elle n’a pourtant pas modifié d’une manière sensible l’enseignement ordinaire, malgré les peines qu’il s'est données pour la reproduire sous différentes formes. Il est vrai qu’il la compliquait chaque fois : il l’a successivement intitulée, en divers écrits, 4rs gencralis sive magna, demonstrativa, inventiva veritalis, exposiliva ; ars brevis, ars magna, generalis, ultima ; Arbor scientiæ ; tabula ad omnes scientias applicabilis. | serait inutile de vous indiquer ses autres livres, dont plusieurs manquent d’authenticité, spécialement ceux qui concernent l'alchimie. Une collection de ses œuvres a paru à Mayence en 1721, en dix volumes in-folio. Dans le cours des âges précédents, on avait plusieurs fois tenté 14,

de remettreson grandarten valeur: on rencontre, parmi ceux qui s’ensont occupés, Giordano Bruno, Jacques La. fèvre, Raymond de Sebonde l'ami de Montaigne, Al stédius, le jésuite Kircher, Nicolas de Hauteville, Tou. tes ces entreprises.ont été vaines; mais l’enseignement universel de Lulle, son platonisme, sa théosophie, n'en sont pas moins des faits remarquables, quoique asse isolés, dans l’histoire de la philosophie à la fin d& treizième siècle et au commencement du quatorzième,

L’extrême activité qu’avaient acquise tous les tra vaux littéraires durant le premier de ces siècles ne s'est pas soutenue dans le second; et l’on pourrait compta au nombre des causes de cette décadence le goût des méthodes artificielles et compendieuses, pareilles ; celle dont je viens de vous entretenir; car jamais le progrès ne s’obtiennent et ne se continuent que par des études très-sérieuses et très-profondes. La science qu'on obtient à si bon marché vaut encore moins qu’elle ne coûte : elle entretient la nonchalance et inspire la pré. somption ; deux habitudes dont une seule suffirait pour qu'il ne se fit que des pas rétrogrades. Un écrivan très-ingénieux et très-instruit qui, l'an dernier, a publit un tableau de la France du quatorzième siècle, fait de clarer par des personnages de ce temps, que leur si cle est le grand siècle; qu’il laisse bien loin derrière lui son prédécesseur ; que sa littérature est bien moins ne nue ; qu'il porte bien plus haut la poésie, l'éloquenc, et surtout la métaphysique; qu’il a posé les limites du monde intellectuel, C’est encore là, Messieurs, une il

lusion commune à bien des siècles, mais principalement à ceux où les véritables progrès s'arrêtent. La scolas: tique elle-même déclina au quatorzième. Elle entrait

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de Saint-Pourçain. Ce docteur, qualifié le très-résolutif, termina sa carrière en 1333, après avoir combattu sans fruit et sans gloire certaines doctrines de saint Thomas d'Aquin, homme qui s'était montré bien plus capable de méditations et même d’analyses profondes. L’Anglais Guillaume d’Ocham vécut jusqu’en 1347 : c'était un esprit fort bizarre, ilen faut convenir; mais ilessaya de ressusciter la secte des nominaux, et de ramener les écoles à des observations plus positives au moins sur quelques articles. Attaché à l'empereur Louis de Bavière, il épousa les intérêts de ce prince contre Jean XXII, et se repentit, dit-on , de cette audace : il mourut censuré,

pénitent et due Un autre Anglais, Richard ou Roger Suisseth, se remit à commenter les livres d’Aristote; et, par de subtiles applications du calcul et de la géométrie à la métaphysique, il se fit un nom, devenu depuis fort obscur. Buridan de Béthune est resté fameux par cet âne qui meurt de faim entre deux égales bottes de foin, et qu’il citait comme exemple de l’é-

quilibre des délibérations humaines. Il passe pour avoir imaginé on ne sait quel expédient , afin de ne jamais

manquer de moyen terme en faisant un syllogisme, et l'on dit que cela s'appelait le pont aux ânes. Ce qui est bien sûr, c’est que personne n’a plus recours à ses eloses sur Aristote, imprimées au commencement du seizième siècle. Voilà, Messieurs, quelle sorte de philosophes le quatorzième a produits en Occident ;et je n’aurais guère à vous citer en Orient que Démétrius Cydone, qui, en voulant imiter Platon, a fini par n'être que le plagiaire de Némésius. Ce siècle laissait l’Europe dans ie situation déplorable et alarmante. La décrépitude

de l'empire grec et les progrès des Turcs annonçaien une révolution prochaine. Le schisme d'Avignon ébran. lait la puissance pontificale, menacée par l’audaciewx Wiclef, En Allemagne , des cérémonies et des diplômes tenaient lieu d'institutions ; en Angleterre, de fréquen. tes catastrophes en présageaient de plus tragiques. La branche des Valois, établiesur le trône de France, avai peine à s’y soutenir. Les quatre règnes de Philippe VI, de Jean, de Charles V et de Charles VI, n'avaient été sauf quelques années du troisième, qu’un long cours d'erreurs et de calamités; M. de Sismondi vient d'en faire un tableau fidèle et instructif. On s’éveillait à peine

dans le Nord, on languissait ailleurs; on ne se polissai |

et l’on ne s’éclairait qu’en Italie, où, après le Dante, avaient brillé Pétrarque et Buccace. | Les grands événements du quinzième siècle ont contribué à ranimer les études ou les disputes philosophiques. En 1400, l'empire byzantin avait pour chef Ma. nuel Paléologue, qui, vaincu par les Turcs, implon vainement l’assistance des monarques occidentaux. Il mouruten 1425, ayant fort mal régné, mais écrit ave quelque talent des choses assez communes, si l’on n'en considère que le fond. Celles de ses productions qui touchent de plus près à la philosophie consistent en des discours moraux, et en un traité de l'éducation dm prince théologien schismatique. Il n’est pourtant pa platonicien; le péripatétisme avait prévalu à la cour de Constantinople. Les doctrines de Pythagore, de Platon, de Plotin, ne s'étaient maintenues qu’au sein de plusieurs monastères de cette contrée. À Manuel succéda son fik Jean Paléologue, qui se rendit à Ferrare, puis à Florentt, où l’on négocia une réunion éphémère entre les deux

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SÉPTIÈME LEÇON.

Églises : les Grecs et les Italiens commencaient ainsi à se mettre en contact. Jean ne régnait presque plus que

ar la grâce ou sous le bon plaisir de son vainqueur Amurath IL, lorsqu'il cessa de vivre en 1448, laissant sa couronne de feuilles mortes à son frère Constantin Dracosès, que Mahomet II détrôna en 1453. Cette catastrophe exila en Italie plusieurs savants grecs, connus par l'influence qu’ils y exercèrent sur le cours et la direction des études : je n’ai à vous parler ici, Messieurs, que de ceux qui s’occupaient ou se mêlaient de philosophie, Jean Andronic, Matthieu Camariote, Bessarion, Théodore de Gaza, Gémistus Pléthon, George de Trébisonde. Andronic, grammairien de profession, eut deux disciples beaucoup plus renommés que lui, George Yalla et Ange Polititen : je fais mention de lui, à raison de trois opuscules qui lui sont attribués, les deux premiers contenant des notions de physique générale, et l'autre, dont l'authenticité est plus douteuse, traitant des affections de l’âme. Ils ont une teinte péripatétique.

| Camariote, dans ses deux discours surle destin, se déclare

bien plus hautement encore l'adversaire du platonisme. Théodore de Gaza et George de Trébisonde prirent aussi la défense d’Aristote, qu'invectivait Gémistus Pléthon. Bessarion , plus modéré que Gémistus son ancien maître, n’en fit pas moins un livre contre George de Trébisonde, qu’il appeiait le calomniateur du divin Platon. Voilà les premières lecons de philosophie que ls Grecs donnaient aux Italiens. Le plus zélé de ces docteurs byzantins était Gémistus. Né à Constantinople, il avait eu du crédit sous les derniers empereurs, et s'était fait remarquer au concile de Florence. Malgré son enthousiasme platonique et ses erreurs théo-

logiques, il mérite une place honorable parmi les lit. térateurs de cette époque. On n’a pas publié tous sà écrits: par exemple, ses notices géographiques sont en. core inédites; mais l'impression a fait connaître & remarques sur Zoroastre, son abrégé des dogmes de Zoroastre et de Platon, son parallèle de Platon et Aris. tote, sou opuscule sur les années et les mois, son dis. cours sur l’immortalité de l’âme, son traité de la fata lité, contre lequel sont dirigés les deux discours de Mat thieu Camariote sur le même sujet. On a aussi mis au Jour ce que Gémistus Pléthon a écrit sur les vertus, description du Péloponnèse, les deux oraisons oùiler pose l’état et les besoins de cette contrée si souvent malheureuse, enfin les deux livres qu’il a destinés à,

servir de supplément à l'Histoire grecque de Xénophon.

C'est de toutes les productions de Gémistus, celle qui trouve le plus de lecteurs aujourd’hui; et j'aurai, Mer sieurs , occasion de vous'en reparler, puisque nous de. vons, dans le cours de cette année, étudier l'ouvrage de Xénophon qu’elle continue. Maïs, en ce moment, nous n’envisageons Gémistus que comme un restaur: teur du platonisme.

Quoique la langue italienne eût nie dans les écrits du Dante, de Pétrarque et de Boccace, un très. grand nombre de pensées et de sentiments, le latin passait toujours pour l’idiome de la science, et conser. vait la rouille que lui avaient imprimée les chroniquenrs, les légendaires et les scolastiques du moyen âge. Pé trarque lui-même et Boccace et Dante semblent abandounés de leurs plus heureux talents, quand ils écri vent en latin. Léonard Bruni d’Arezzo, vulgairement nommé Léonard Arétin,est à peu prèsle seul, avant 1453,

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SEPTIÈME LEÇON. 217 qui eût commencé dé rendre à cette langue quelque teinte de son antique urbanité. Cultivée bientôt par de plus habiles littérateurs tels que Laurent Valla, Philelphe, Ange Politien, Érasme, elle parut enfin repaître, et ressembler à ce qu’elle avait été dans les meiileurs siècles. Sans doute cette ressemblance doit être fort incomplète, et pourrait n'être qu’apparente; mais, telle qu’elle est, on n’a pu l'obtenir qu’en imitant les auciens modèles, en les étudiant, et en prenant ainsi de meilleurs guides dans l’art d'écrire et de penser. Un langage humain et poli, le seul qui pût devenir l’interprète de la raison, s’introduisait dans les livres ; et le jargon syllogistique, relégué dans les écoles, n’exerqait plus autant d'influence. C'est le premier et le plus important service que la littérature ait alors rendu à la philosophie, et l'un des grands faits à remarquer dans l’histoire de l’une et de l’autre.

Laurent Valla fit, à la manière des anciens, des traités du vrai et du faux, de la volupté et du souverain bien. George Valla composa en bon style des éléments d'arithmétique, de musique, de géométrie, d'astronomie encore appelée astrologie, de physiologie, de médecine, de grammaire, de logique, de morale, d’économie et de politique; son livre est un cours abrégé de presque toutes les sciences. Agostino Prati disserta etraisonna même avec grâce sur les vertus, sur la vie heureuse, sur limmortalité de l’âme. La plume élégante d’Ange Politien mit en latin Épictète et Alexandre d'Aphrodisie, commenta les Analytiques et la Morale d’Aristote, et écrivit un traité de dialectique. Je ne dis pas que ces latinistes habiles aient fort enrichi le fonds des sciences qu'ils eutreprenaient d’enseiguer ;

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mais c'était beaucoup, je le répète, que de polir ls formes de cette instruction. Ce progrès, dont ils ne sentaient pas eux-mêmes toute l’importance, décrédi. tait la scolastique, l'ennemie de toute lumière, y reste , le cours naturel de leurs études et de leurs idée les disposait à préférer ordinairement les doctrine aristotéliques; ils n’y réprouvaient que le mauvais goût, la diction barbare, et les fausses méthodes. Pour le francs scolastiques, nombreux encore, ils ne démor. daient pas du péripatétisme, auquel s’adaptaient, de. puis quatre siècles, leurs arguments, leurs controver. ses, et même leur théologie. Il restait peu de traces, dans les écoles, de quelques anciennes affinités entre le platonisme et certaines branches de la sciènce ec. clésiastique. La foule des docteurs, routinée au syll. gisme, ne connaissait aucun fond ni aucune form d'enseignement, hors de l’ontologie et de la dialecti. que, attribuées au prince des philosophes : nul autre système d’études ne leur eût assez garanti une science invincible et une loquacité intarissable. Les nouvean hérétiques se déclaraient tout aussi péripatéticiens que les orthodoxes ; et eeux qui croyaient le moins n'étaient pas ceux qui raisonnaient le mieux. En tout temps, comme vous l'avez vu, Messieurs, il avait éclaté des schismes au sein de l’école péripatéticienne : on en vit se renouveler au quinzième siècle. Il s’alluma surtout une dispute violente entre ceux qui cherchaient le vi. ritable sens d’Aristote dans Alexandre d’Aphrodisi, et ceux qui prétendaient le mieux apprendre d’Averrhoës. Cependant la mission platonique à laquelle s'était vou Gémistus Pléthon ne restait pas sans influence : il fasait çà et là des prosélytes; et quelques-uns de ceux

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qu'ilne convertissait pas tout à fait essayaicut du moins de concilier les deux grandes écoles qui depuis tant de siècles partageaient le monde des philosophes. Le plus fameux de ces nouveaux syncrétistes était le jeune Pic de la Mirandole, qui en 1486, à l’âge de vingt-trois ans, devait soutenir, sur tous les objets possibles du savoir humain, de omni re scibili, neuf cents propositions bien comptées. On ne le lui permit pas, parce qu’on en trouva de mal sonuantes, ce qui n’était pas étonnant sur uu si grand nombre. Elles étaient pourtant beaucoup plus platoniques qu’aristotéliques ; il les avait fait approuver toutes par des experts, et s'était d’ailleurs engagé à défrayer, de leur voyage et de leur séjour à Rome, tous les savants de l’Europe qui viendraient les attaquer. Le pur platonisme avait gagné la faveur

! des Médicis, qui secondaient alors de toute leur puis-

sance et de tous leurs talents le renouvellement des études classiques, le progrès des lettres et des sciences. Ils établirent à Florence une académie platonicienne ou même plotinienne, sous la direction de Marsile Ficin, pieux chanoine de cette ville. Ficin, recommandable par des mœurs douces et pures, doué d’ailleurs, presque au même degré que Plotin et Proclus, d’une imagination métaphysicienne, acquit beaucoup d’ascendant, et passa pour inspiré. On crut qu'après sa mort, arrivée en 1499, il avait apparu à Michel Mercato; Baronius le raconte. D’autres disaient au contraire que, de son vivant, il avait été magicien; il était seulement

astrologue. Une moitié de ses œuvres consiste en versions latines de Platon, de Plotin, de Porphyre, de Proclus , de Jamblique, de Psellus, et autres écrivains grecs : le surplus se compose de quatorze livres d’épi-

tres et d’une quarantaine de traités, qu'il tire encore de doctrines de ses maîtres plutôt que de son propre fonds. L'article le plus considérable est une théologie platoni. cienne, ou un traité de l’immortalité de l’âme en dix. huit livres. « Il s'était, dit Ginguené, familiarisé avec les « ténèbres de l’école d'Alexandrie, au point de le « prendre pour de la clarté. Son style s'était formé sur « ces modèles; et, souvent dans ses lettres mêmes, il est « énigmatique et mystérieux. Des rêveries des platoni. « ciens à celles de l'astrologie il n’y a qu’un pas : etc « pas, Ficin l’a franchi. » Telles étaient, Messieurs, le différentes formes que la métaphysique prenait en Italie,

Ailleurs nous rencontrerions Pierre d’Aiïlly, com: mentateur d’Aristote, mais plus remarqué comme théo. logien, et comme membre des conciles de Pise ét de Constance ; son disciple Gerson, dont le plus glorieux titre littéraire est le livre de l’Zmitation de J. C., si en est réellement l’auteur, comme on a des motifs de le croire ; Rodolphe Agricola, très-savant homme, dans les œuvres duquel on distingue un traité de l’invention dialectique ; Hermann Wessel, dont nous possédons bien peu d’écrits, pour le grand bruit qu’il a fait en passant de la secte des réalistes dans celle des nominaux, de l’école de Platon à celle des péripatéticiens ; Gabriel Biel, sectateur plus invariable de la doctrine de Roscelin et d'Ocham, et avec lequel on suppose qu'a fini, en 1495, le troisième âge de la scolastique. On inscrit aussi au nombre des nominaux ou, comme on di. sait alors, des terministes, un Martinus Magister, un Jacques Almain, et d’autres noms plus obscurs, dont la série se prolonge jusqu’au règne de François I" Mais , avant de quitter le quinzième siècle , nous avons

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SEPTIÈME LEÇON. 221 … tenir compte de quelques faits bien plus mémorables qu'il fournit à l’histoire de la philosophie, ou du système général des connaissances humaines. Le premier

est l'invention de l’art typographique entre les années

14o et 1450 : jusque-là, les impressions en Europe et en Asie n'avaient été que des gravures sur des planches solides. La mobilité et la fonte des caractères métalliques ont produit un art véritablement nouveau,dont l'influence sur l'instruction des peuples, sur les progrès de l'esprit humain, n’a pas besoin d’être expliquée. Avant l’année 1500, l'imprimerie avait déjà publié, multiplié, répandu de toutes parts des exemplaires de beaucoup d'ouvrages philosophiques, dont il n'existait auparavant qu’un fort petit nombre de copies manuscrites. Il était devenu possible, facile même aux hommes studieux, de lire Platon, Aristote, Euclide, Lucrèce, Cicéron, Sénèque, Pline, Plutarque, Lucien, Boëce, Simplicius, Avicenne; pour ne rien dire des

physiciens, métaphysiciens ou moralistes postérieurs

au onzième siècle , tels que Jean de Salisbury, Vincent de Beauvais, Sacrobosco, Gilles Colonne, Pétrarque, Bessarion , ni de ce qui touche à la philosophie en une multitude d’autres livres. Ce genre d'études, comme tous les autres, allait donc prendre immanquablement plus d'activité, d’étendue et de profondeur.

Le second article auquel nous devons une mention particulière est le progrès des sciences mathématiques et physiques dans le cours du quinzième siècle. C'était aux Arabes qu’on devait le goût et jusqu'alors les directions les plus utiles de ces sciences, si fécondes, si bienfaisantes par elles-mêmes, et qui ne le sont pas moins par les méthodes qu’elles communiquent à toutes

les autres études. Pour ne pas entrer en de trop long détails, je ne nommerai que Purbach et Muller & Montréal, dit Regiomontanus; ils ont enrichi l’astro. nomie par leurs observations et leurs calculs, le ;r.

mier jusqu’en 1461, et le second jusqu'en 1476; etle

moment était proche.-où Copernic allait retrouver découvrir le système du monde. Quand il serait vrai que Pythagore l’eût jadis connu, les savants et les peuples s’accordaient depuis deux mille ans à y substituer du erreurs grossières, qui nous captiveraient encore si Co. pernic ne les avait dissipées. Son système était conm avant 1500, quoiqu'il n’ait été publié qu’au XVI siècle. Enfin, Messieurs, les entreprises et les succès de Vasco de Gaia et de Christophe Colomb, en terminant, en couronnant avec tant d'éclat le quinzième, suffisent, d’une part, pour attester les progrès que l'esprit humain venait de faire dans les sciences, dans les arts, dans l'étude générale de la nature; de l’autre, pour annoncer ceux auxquels les âges suivants étaient appelés. Aucun de nos siècles modernes n’a été plus fertile que le seizième en hommes mémorables dans toutes les carrières. Presque tous les trônes étaient occupés par des princes célèbres que des vertus, des talents, des passions vives , un caractère énergique, recommandent diversement à l’histoire : Jules II, Léon X et Sixte Quint sur la chaire de Saint-Pierre; Henri VIII et sa fille Élisabeth en Angleterre; Charles-Quint et Phi lippe Il en Espagne; Louis XII, François L‘, Henri IV en France. Plein de gloire, d’orages et de catastrophes,

ce siècle brille en Europe, et surtout en Italie, de l'éclat des arts, de la littérature et des sciences ; il est teint, dans l’un et l’autre hémisphère, de tout le sang que

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fambition et le fanatisme peuvent répandre en, cent années. Chacune des époques qui le divisent est un grand événement : la ligue de Cambrai en 1508; le concordat de 1515; ensuite la conquête de l'Égypte

D par les Turcs, de nouvelles expéditions dans les deux

Indes, la prise de Rome en 1527, de Florence en 1530; puis le schisme d'Argleterre, l'établissement des jésuites, l’abdication de Charles-Quint, l’avénement d'Élisabeth en 1558; le concile de Trente depuis 1545 jusqu’en 1563; en même temps le progrès des hérésies; bientôt la confédération batave et les excès

Le Philippe 11, la Saint-Barthélemy de 1572, la ré-

forme du calendrier de 1582, la Ligue, les états de Blois, l'assassinat de Henri IIL par Jacques Clément, lestriomphes de Henri IV; et,en 1598 , l’édit de Nantes. Pour tracer une histoire complète des études philosophiques durant tout cet âge, il faudrait, à chaque in-

! stant, la rattacher à celle des affaires politiques et reli- |gieuses; car les développements qu'y prennent tous les

genres d'instruction et tous les arts, particulièrement l'imprimerie, modifient à tel point la société, que presque toutes les questions s’établissent entre les opinions et les intérêts, entre des doctrines vraies ou fausses, et des habitudes bonnes ou mauvaises. Les controverses ne sont pas resserrées dans l’omhre des cloîtres, des écoles et des synodes : elles s’agitert sur le théâtre du monde, au cœur des nations et jusqu« sur les champs de batailles. La politique veut en vain se maintenir cachée et toute-puissante dans l’enceinte des cours, au fond des cabinets; elle y est poursuivie, atteinte par la pensée et la voix des sages ou de ceux qui se donaent pour tels : ils ont avec les princes, comme avec

les peuples, des communications de plus en plus direc. tes, rapides et fréquentes. Le monde littéraire n'a pa envahi le monde politique; mais il l’environne, il

presse, et s’enhardit à y faire des incursions. Ce serai

donc un bien vaste tableau que j'aurais à vous tracer

ici, Messieurs, si nous n'avions resserré d’avance |e cadre des études préliminaires qui nous occupent en

ce moment.

Du moins est-il indispensable, pour éclairer cet À

aperçu de la philosophie du seizième siècle, de rappro cher d’abord ses annales spéciales de celles des autre . branches de la littérature. Cette partie de l’histoire gg. nérale des lettres et des arts peut se diviser en tros sections : la première, de 15o1 à 1530, époque del:

prise de Florence; la seconde, jusqu’à la clôture du con À cile de Trente en 1563; la troisième, jusqu’en 1600, MR

Dans la première, l’église de Saint-Pierre commencé par Bramante est continuée par Michel-Ange, dont le génie agrandit à la fois tous les arts du dessin. Ce aussi le temps des chefs-d'œuvre de Raphaël, des plu beaux ouvrages du Corrége, et des premiers travaux de Jules Romain. La poésie italienne s'enrichit des ré. cits de l’Arioste; et la prose, des écrits de Machiavel où la science politique, sans prendre encore le cara: tère moral dont elle a besoin, s’éclaire au moins park rapprochement des faits et par des observations pro: fondes : c’est de la philosophie expérimentale. En France, Clément Marot saisit quelquefois et, à va dire, invente cette élégance philosophique qui doit dis tinguer notre poésie nationale. Mais la plupart de ce qui alors cultivent l’art .d’écrire ne lexercent qu'en latin : Érasme pense en cette langue; il a besoin d'elle

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pour développer les trésors d’un talent fécond et d’un vaste savoir, pour exprimer toutes les idées d’un esprit indépendant, satirique même, et qui a pénétré fort avant dans la théorie du langage et dans celle des mœurs. Budé, moins élégant écrivain, est helléniste, antiquaire, jurisconsulte, dialecticien; il prend, l’un des premiers en France, une place honorable parmi ces érudits, disciples bien dociles des anciens, et pré-

| cepteurs un peu pédants des modernes. C’est aussi en

latin que dissertent Pomponace, Henri Agrippa et d’autres philosophes dont la métaphysique occulte est déjà téméraire. Luther déclame dans la même langue contre la cour romaine et contre des dogmes consacrés par la foi des siècles. Son zèle réformateur entraine en des erreurs nouvelles une partie de la chrétienté. La seconde section du seizième siècle, depuis 1530 jusqu'en 1563, abonderait en détails d'histoire littéraire. Elle a produit les principaux ouvrages théolo-

à giques et quelquefois philosophiques de Calvin et de

Mélanchthon. D’équitables adversaires de Mélanchthon rendaient hommage à l’étendue de ses connaissances, à ses mœurs pacifiques , à la douceur de son caractère et de son style. Mais Calvin, qui attribuait à chaque chrétien le droit d'interpréter les livres saints, et qui

E pour son compte usait largement de cette liberté, fit

brûler à Genève en 1553 Michel Servet, qui en avait

| fait aussi quelque usage. Au milieu de ces lamentables

scènes, on s'étonne du progrès des sciences. Le livre de Copernic paraît en 1543; un pape en accepte la dédicace; le système des corps célestes est dévoilé à la terre. Fernel, Fallope et Vésale publient leurs découvertes

anatomiques, Jules-César Scaliger consacre ses travaux XX, 15

à la critique historique et à la critique littéraire, qu, de leur nature, sont des applications de la philosophie Les écrits latins de Bembo se recommandent par plu d'élégance et d’urbanité; et son nom orne aussi les frs. tes de la littérature italienne, qui s'enrichit en même temps des observations de Varchi, de l’histoire de Gui. chardini, des traductions en vers d’Annibal Caro, du poésies du Trissin, d’Alamanni, de Jean della Can Cette littérature ne s'était pas encore montrée si fe. conde; et le nom fameux de l’Arétin, qui se mêle à ceux que je viens de citer, montre qu’elle l'était déjà beau. coup trop. L'Italie se couvrait d’académies qu’on n'es. timerait point assez, si on les jugeait par les dénomi.

nations bizarres qu’il leur plaisait d'adopter. 11 n'exis à

tait en France que des universités : un établissement, plus littéraire et d’un genre plus moderne s’éleva sow le nom de Collége royal de France. François L°”, qui k fonda , aimait les lettres; sa sœur, Marguerite de Vx lois, les cultivait non sans succès pour un tel temps: et la France avait une autre dixième muse dans Louis Labé. Mellin de Saint-Gelais était, jusqu’en 1258, ke plus tolérable versificateur français ; depuis la mort de Marot, il n’y avait plus de poëtes dans notre langue Mais un prosateur tel que Rabelais valait un poëte,« pouvait compter même pour un philosophe, quelquefoi ivre, il est vrai, souvent observateur et peintre, et le premier des écrivains facétieux, dans le siècle à la foi le plus jovial et le plus tragique de toute l’histoire, Les travaux littéraires des trente-huit dernières ar

nées de ce siècle sont innombrables, surtout si not y comprenons ceux dont la théologie, soit hétérodot soit orthodoxe, a été l’objet. Les sectes se multipliaient

\ en tous sen:

métaphysiq des luthérie ciniens, on tes, vingt-q taires, et je nommer ent larmin, San à une secte bitre, à la } en philosopl opposées à Thomas. Pot mention de en France, Le Toulous:

jurisprudenc premières a cle, Accorsa les textes rec Accorso, et 1 lités gothiq droit par la toire; il ouv et véritabld dont les con avait adopté en 1572 ; ses d'août, Pier Paris à cette

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SEPTIÈME LEÇON. 227 en tous sens; et la plupart attachaient des systèmes de métaphysique à leurs doctrines religieuses. A la suite des luthériens, des zuingliens, des calvinistes , des sociniens, on comptait jusqu'à treize espèces d’anabaptis. tes, vingt-quatre de confessionites, neuf de sacramentaires, et je ne sais combien d’autres. Qu'il suffise de nommer entre les théologiens catholiques Baronius, Bellarmin, Sanchez, Molina. Ce dernier a donné son nom à une secte qui, sur les questions relatives au libre arbitre, à la prémotion physique, à la grâce, a soutenu en philosophie et en théologie les opinions les plus opposées à la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. Pour rentrer dans les genres profanes, je ferai mention de trois jurisconsultes célèbres, tous trois nés en France, Cujas, François Hotman, Pierre Pithou. Le Toulousain Cujas est le fondateur d’une école de jurisprudence comptée pour la quatrième. Les trois premières avaient eu pour chefs Irner au douzième siècle, Accorso au treizième, Barthole au quatorzième : les textes recueillis par Irner avaient été commentés par Accorso, et noyés par Barthole dans un déluge d’inutilités gothiques. Cujas s’efforça d'éclairer la science du droit par la littérature, par la philosophie et par l’histoire ; il ouvrit aux hommies de loi une carrière savante et véritablement philosophique. François Hotman, dont les connaissances historiques étaient fort étendues, avait adopté la religion réformée ; il professait à Bourges en 1572 ; ses élèves le sauvèrent des massacres du mois d'août, Pierre Pithou courut de plus grands dangers à Paris à cette même époque; depuis, il abjura le protestantisme, et resta un zélé défenseur des maximes de l'Église gallicane. 11 fut, en 1593, un des auteurs de la

satire Ménippée, œuvre que la saine philosophie peut re vendiquer encore. Ambroise Paré, calvinisie aussi, ey 1572, mais premier chirurgien de Charles IX , et, à te titre, excepté par grâce spéciale de la proscription ge. nérale, a écrit en français sur son art avec beaucoup de méthode et de clarté. Toutefois c'était l'Italie qui possédait alors les médecins les plus instruits, Impi. riali, André Césalpin, Prosper Alpini; ils appliquaient à leur science, le premier une érudition riche et solide, les deux autres une étude approfondie des végétaux, Aldrovande, à Bologne, embrassait l’histoire naturelk

tout entière, et en exposait les diverses parties en de À

trop longs volumes. L'Italie a vu naître aussi Jérôme Cardan, esprit pénétrant et bizarre, qui ne recueilli

les notions acquises avant lui que pour les dénaturer, }

et leur imprimer la teinte de son imagination vive, de ses idées originales; auteur peu instructif après avoir acquis lui-même une vaste instruction ; pouvant trà. bien écrire, s’il eût moins écrit, et curieux encore, pré cisément, parce qu’en parcourant la nature, il amas tout, n’assortit rien, ne conçoit aucune théorie géné. rale. Les sciences étaient cultivées jusque dans le nord Tycho-Brahé, quoiqu'il ait contredit le système de Copernic, est pourtant, au jugement de Laplace, l'in des plus grands observateurs qui aient existé : il a donné de la précision aux instruments, aux procédés, aux dé.

tails de l'astronomie. Le jésuite allemand Clavius eut |

part à la réforme grégorienne du calendrier. Joseph Scaliger créait la science chronologique. L’algèbre,

ébauchée par les Arabes, prit en France plus d’étendue et des formes plus heureuses entre les mains de Viète. à Ramus, l’une des victimes de la Saint-Berihélemy, st.

tait occup:

E maire, de | à substituer | nes syllogis en dialectic lement cond distingué, D flattait les k : ses propres] raieni les div sæ; le stoïcie Enève; Sigoni D plus haut des celui du Tas D Portugais Ca un éclat qu'’el en Angleterr forme et dicte que ne pren:

ment il sortai Jodeile, Robe ter Sénèque Qu vrai et du Bard : il était Il y a longte Mésnier et su Brançaise no

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tait occupé d’arithmétique, de géométrie, de grammaire, de logique, de philosophie générale ; il avait osé

É substituer quelques préceptes raisonnables aux routi-

nes syllogistiques; traduit en justice pour ses méfaits en dialectique et métaphysique, il avait été solennellement condamné. Le Limousin Muret, littérateur trèsdistingué, traitant parfois des sujets philosophiques, flattait les hommes puissants, et bénissait élégamment

L ces propres persécuteurs. Plusieurs autres savants honoraieni les diverses partiesde l’Europe: Buchanan, l’Écos-

se; le stoïcien Juste-Lipse, les Pays-Bas; Casaubon, Ge-

D nève; Sigonio, l'Italie. Mais l'Italie était parvenue au

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Dplus haut degré de sa gloire poétique. Ici un seul nom,

celui du Tasse, éclipse tous les autres. Cependant le

D Portugais Camoëns ouvrait une nouvelle littérature avec

un éclat qu’elle n’a point soutenu ; Shakespeare débutait en Angleterre, où son génie allait élever un théâtre informe et dicter de grandes conceptions. L'art dramatique ne prenait pas cet essor chez les Français; seulement il sortait du cercle des moralités et des mystères : odelle, Robert Garnier, Antoine Baïf, aspiraient à imiter Sénèque et Térence. On avait si peu le sentiment

fu vrai et du beau en littérature, qu’on admirait Ron- Bard : il était le premier astre d’une pléiade poétique.

Jl y a longtemps que ces sept étoiles sont éteintes, mais égnier et surtout Malherbe brillent encore. La prose rançaise nous offre dès lors les traductions d’Amyot,

De l'raité de politique de Bodin, les Vies de Brantôme,

« Recherches d'Étienne Pasquier, et les Essais de lontaigne, l'ouvrage le plus philosophique de ce sièle, puisque les livres de Bacon n’ont paru que dans e suivant.

Quoique plusieurs des articles compris dans le préc que je viens, Messieurs, de vous offrir puissent pa. raître étrangers aux annales particulières de la phil. sophie, ils concourent tous à former le tableau des di. rections et des progrès de l'esprit humain durant cet âge: ils font connaître les résultats auxquels aboutissait l'é tude générale de la nature et de la société, Je retracer quelques travaux particuliers des dialecticiens, méta physiciens, moralistes et physiciens de profession: mais ces détails auront moins d'intérêt, ils seront mois historiques; car, si vous exceptez les recherches et ls découvertes soit astronomiques soit anatomiques, et dont j'ai déjà fait mention, le seizième siècle, au milieu de tant de controverses, de tant de renouvellements de anciennes doctrines, n’a ouvert aucune grande écok comparable, pour son étendue et pour sa durée, i celles de Platon et d’Aristote dans l’antiquité, ni même à celle des éclectiques des six premiers siècles de l'ère

chrétienne, ni enfin à la scolastique du moyen âge

il n’a produit, hors des matières purement théologi ques, aucune doctrine qu: ait jeté un très-grand éd et laissé de longues traces.

Il n’est pas d’ailleurs très-facile de se former une ide précise de l’aristotélisme de ce siècle. Excepté dansu petit nombre de sectes, on réprouvait assez générale ment le platonisme, qui, en effet, convenait fort peu au habitudes et aux tendances des esprits, au caractèr positif des études, au besoin d'investigation et de pro grès qui tceurmentait les classes supérieures et moyenns de la société. La question des réalist: s et des nominau

ou terministes s’agitait encore; et c'était le réalisme qui

prévalait dans la plupart des écoles ; mais ses partisan

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et ses adversaires s’accordaient à le considérer comme une doctrine d’Aristote ; et de fait, si l’on en juge par les livres qui portent le nom de ce philosophe, il n’est pas très-certain qu’il n’ait attribué aux idées générales aucune sorte d'existence réelle, hors de l'esprit qui les conçoit et du discours qui les exprime. Enfin, Messieurs, vous savez comment, au moyen âge, le péripatétisme s'était confondu avec la scolastique, c’est-à-dire avec les formes d'enseignement les plus barbares et les plus fausses qui aient été jamais employées. Or, cet enseignement qui, depuis l’an 1 500, continuait d’être cher à la plupart des docteurs, comme le plus commode, le plus familier dont ils pussent faire usage, rencontrait deux ordres et pour ainsi dire deux armées d’ennemis dans les théologiens hétérodoxes et dans les littérateurs. Les premiers entendaient s'affranchir de l'autorité magistrale; les autres établissaient celle du bon goût, qui est, à vrai dire, sous ün autre nom, celle de la raison même, et ne toléraient plus rien de ce qui ne pouvait pas s'exprimer avec une élégance classique.

Depuis Jovianus Pontanus, qui mourut en 1503, jusqu'à Juste-Lipse, qui a vécu jusqu’en 1606, presque tous les écrivains habiles se sont, avec plus ou moins de zèle et de succès, occupés de philosophie : c'était Pun des principaux genres d'instruction que répandaient leurs ouvrages très-mélangés. Nous rencontrons ainsi parmi œux de Pontanus des traités d’astrologie et de morale : d'une part, des livres sur la lune, sur les choses célstes, sur les sentences de Ptolémée; de l’autre, des traités médiocres mais non barbares, qui ont pour sujets la force, la magnanimité, la magnificence, la splendeur, la libéralité, les bienfaits, la prudence, la

convenance, la fortune, l’obéissance, le prince et |, tyrannie. Un recueil qui porte le titre de Lectione antiquæ et dont l’auteur, Louis Richard de Rovigo, s'est donné le nom de Cœlius Rhociginus, comprew des leçons de cosmologie, de pneumologie et d'opt. que. L’ingénieux É/oge de la folie mériterait à Érasme une place parmi les philosophes, quand même il n'a. rait pas laissé une Philosophie chrétienne, une Instin. tion du prince, un traité de l'Éducation des enfants,w grand nombre d’observations générales sur la gran. maire et sur le système entier des études. Les travan du savant espagnol Vivès embrassaient tout ce système: Brucker et d’autres juges lui ont décerné des éloges que justifient particulièrement ses quatre livres de dialecti que, son livre sur les origines des dogmes et des sectes philosophiques, ses trois livres sur la corruption de arts, De corruptis artibus, les épîtres et les écrits di vers où il traite des méthodes d'enseignement. Vivisa été l’un des plus redoutables adversaires du péripaté. tisme des écoles, tel que les Arabes et le moyen âge l'avaient fait. Sadolet, digne collègue de Bembo dansk fonction de secrétaire de Léon X, a composé une Conso. lation philusophique, deux livres intitulés Phædrusu Louanges de la philosophie, etun Nouveau traité di ducation. Giraldi expliquait les Symboles de Pythagore; Vettori, ou Victorius, d’autres anciennes doctrines; en France, Turnèbe traduisait des livres d’Aristote et de Théophraste, des traités de Plutarque et les paradoxe de Cicéron : Muret commentait Platon, Xénophon « les œuvres philosophiques de l’orateur romain. Onà de Juste-Lipse une /ntroduction au stoicisme, troislrvres de philosophie stoicienne, deux autres sur la cor

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À stonce, cinq sur la politique, suivis de conseils et

d'exemples. Je n'ai pas inscrit dans la liste de ces littérateurs Alexandre Piccolomini, parce qu'il n’a pas écrit comme eux dans la langue savante, excepté pourtant sa paraphrase sur les Questions mécaniques WAristote. Ses autres livres philosophiques, principalement consacrés à l'instruction morale sont en italien. On ne le confond point avec son parent, François Piccolomini, dont toutes les productions concernent la philosophie et sont en langue latine : elles consistent en commentaires de plusieurs traités d’Aristote, en cinq livres de la science de la nature, un art de définir et de discourir élégamment , et l'ouvrage intitulé : Universa philosophia de moribus, nunc demum in decem gradus reducta et explicata. Ce livre, où la science des mœurs est enseignée synthétiquement, en s'élevant des principes les plus simples aux notions les plus composées, obtint un brillant succès et trouva néanmoins un contradicteur dans Zabarella, collègue de François Piccolomini à l’académie de Padoue. La question entre ces deux professeurs était réellement celle des deux méthodes, l’analyse et la synthèse; et, quoiqu'ils fussent très-habiles l’un et l’autre, on peut douter qu’ils l’aient discutée avec toute la précision que son extrême importance exige. Zabarella, qui tenait pour l'analyse, est auteur de trente livres sur l’étude de la nature, d’une physique aristotélicienne, d’un traité de l'âme, et d’une logique dont on a fait longtemps usage. Elle a pour suppléments des opuscules sur certains dé-

tails de cette science, tels que les propositions néces-

satres, les différentes espèces de démonstrations. En lisant les écrits de ces deux philosophes de profession

et ceux des littérateurs que j'ai désignés avant eux comme s'étant exercés quelquefois sur des sujets philo. sophiques , on sent qu’on est sorti du moyen âge : leurs essais , quelque imparfaits qu’ils puissent nous sembler aujourd’hui, sont des chefs-d’œuvre, en comparaison de ce qu’avaient produit, en ce méme genre d’études, les siècles antérieurs. Au milieu du quinzième, la sco. lastique n’est plus qu’une maladie locale, non encore extirpée de quelques vieux établissements; ce n’est plus

une puissance universelle, dominant tout le système de :

l'instruction publique. Les talents et le savoir ont pris un essor qui les a élevés fort au-dessus d'elle. Cependant, Messieurs, la scolastique a été représentée, même en ces derniers temps, cmme éminemment ingénieuse : elle avait tant d'esprit, nous a-t-on dit, qu’il est impos. sible d’en avoir davantage. Pour décider un tel point, il faudrait commencer par attacher à ce mot d'esprit une idée précise. La faculté intellectuelle qu'il désigne dans notre langue semble être celle qui saisit, entre les idées ou entre leurs expressions, de nouveaux rapports, des affinités inaperçues, ou des contrastes non obser. vés. Je suis loin de refuser cette faculté à tous les écrivains du moyen âge : elle brille, par exemple, dans saint Bernard; c’est peut-être celle dont la nature l'avait le plus libéralement doué, et qu’il a le plus cultivée par l’exercice. Mais elle ne se montre chez les scolastiques que lorsqu'ils deviennent par hasard moins scolastiques qu’à l'ordinaire, ou même lorsqu'ils cessent tout à fait de l'être. Car accorder le nom d'esprit à leurs subtilités puériles, à leurs arguties pointilleuses, c'est comme si on le prodiguait aux quolibets et aux plus grossiers calembours de nos houlevards, comme

ai l'on déc J'ajouterai ractère qu ait acquis primer ce l'élégance | nus, et, je est pas qu g'était fait Je n'ai quel était, il me reste s'y sont éle ou des éc:

physique € articles à porteront

Ë, SEPTIÈME LEÇON. 235 ant eux si l'on décernait à Tabarin les hommages dus à Molière. ts philo. J'ajouterai que pour que les pensées prennent le ca- Je : leurs ractère que nous appelons esprit, il faut que la langue sembler ait acquis déjà, ou qu’elle acquière par le besoin d’exparaison primer ces pensées elles-mêmes, de la précision, de l'études, l'élégance et de la grâce. Or, de tous les idiomes con- , la sco- nus, et, je crois, de tons les idiomes possibles, il n’en n encore est pas qui manque plus de ces qualités que celui que rest plus s'était fait la scolastique. |

stème de : Je n'ai point achevé de vous exposer, Messieurs, « ont pris quel était, au seizième siècle, l’état de la philosophie : Le . Cepen- il me reste à vous entretenir, d’une part, des sectes qui ée, même sy sont élevées ou renouvelées; de l’autre, des progrès énieuse: ou des écarts particuliers de la logique, de la métast impos. physique et de la morale. Je suis forcé de renvoyer ces’ el point, articles à notre prochaine séance, où nos regards se t d'esprit porteront ensuite sur le dix-septième siècle.

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PARPLLILAILLSLLILILLLIULITILLLIALSALILLIALILLILLILRLAULLALLS Vera.

PHILOSOPHIE DU SEIZIÈME SIÈCLE ET DU DIX-Srp. TIÈME JUSQU'EN 1650.

Messieurs, le troisième âge de la scolastique, ouvert par Durand de Saint-Pourçain à la fin du treizième sie. cle, n’a laissé, dans le cours du quatorzième, d’autre sow venir que celui des efforts de Guillaurne d’Ocham pour rétablir la doctrine des nominaux : du reste, ses écrits, ceux de Suisseth, de Buridan , et en Orient de Démé. trius Cydone, ne retracent que la décadence des saines

. études; et j'ai essayé de vous indiquer quelques-unes

des causes de cette interruption de tous les progrès. La prise de Constantinople en 1453 fit émigrer en Italie des littérateurs grecs, qui tous contribuèrent à renouveler l'instruction publique, et dont l’un, Gémistus Pléthon, efforça de rendre de la vogue au platonisme. Cette entreprise fut ardemment secondée par Marsile Ficin , chef d’une académie platonique fondée par les Médicis. Cependant le péripatétisme régnait toujours dans les écoles; il y conservait son langage barbare; et les hommes de lettres, malgré la juste aversion qu’ils avaient conçue pour de telles formes, demeuraient presque tous attachés au fond des doctrines d’Aristote. Ils ne réprouvaient que la scolastique, dont le crédit, ruiné de jour en jour par les progrès du bon goût, ne devait plus se relever. Le caractère classique des études, l'invention de l'imprimerie, les observa-

tions des s annonçait | siècle n’a p dans tout

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de ce siècl leurs veille tefois, Mes par le prog nouveaux s nous n’avoi la théologic

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Ce n'étai renouvelées ièle par Gé dans Achill absolu , mé decin et an:

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