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Litres, avec
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rabbiniques et cabalistiques. C'était encore une fois le mysticisme aboutissant à la magie et à toutes les sciences occultes. Parmi ces étranges éclectiques , je vous ai fait remarquer Reuchlin, George de Venise, Henri Corneille Agrippa , Cardan , Guillaume Postel ; j’ai exposé les résultats de leurs travaux ou de leurs rêveries. J’ai distingué Telesio, qui s’annonçait comme le restaurateur de l’école d’Élée, et Paracelse, le chef des théosophes, secte consacrée à ces doctrines et à ces pratiques mystérieuses dont Jean-Baptiste Porta a tracé l’histoire et révélé les secrets. Un effet des extravagances mystiques est de provoquer l’incrédulité : on accusa d’athéisme Pomponace, Simon Porta, Gomez Pereyra, 5. lus, Giordano Bruno, Vanini; et, quoique les deux
“mers aient péri victimes de cette imputation, les mu.us qu'on à de la croire mal fondée à l'égard de tous, nous ont paru, sinon décisifs, du moins suffisants. Au nombre des travaux utiles, contemporains de ces odieuses ou déplorables querelles, nous avons placé les traités de logique de Vivès, de Cardan, de Zabarella, de François Piccolomini, de Ramus. Ce n’était pas encore l’art de penser, mais une plus tolérable dialectique. Les sciences politiques et morales se sont enrichies bien davantage des livres de Machiavel et de Bodin, surtout des essais ou plutôt da chef-d'œuvre de Montaigne, le plus avancé des phtiosophes de cet âge. On ne cultivait
guère alors d'autre métaphysique que celle qui recherche les principes et l'origine des choses, les attributs esentiels des substances matérielles et spirituelles. L l'histoire de cette ontologie et de cette pneumatologie
se confond au seizième siècle, comme en tous les au-
Ltres, avec celle des sectes, Une plus profitable méta-
physique a pour objets l’analyse de l’entendement hu.
main , la reconnaissance de ses facultés, la formation,
l'expression , la déduction et la classification de ses idées,
En ce genre, je n’ai eu à vous indiquer, Messieurs, que
l’Examen des esprits par Huarte, les Essais de Cremo-
nini sur les sens, de Fyens sur l'imagination. Mais Bacon était né; et l'apparition de son grand orvrage ouvre avec éclat l’histoire de la philosophie du dix-sep-
tième siècle. J’ai mis sous vos yeux le plan et les principaux résultats de l’Znstauratio magna, et j'ai tâché de faire sentir la haute importance de cette rénovation
générale des sciences, sans en dissimuler les imperfections. Notre dernière séance s’est terminée par des ob-
servations sur les doctrines de Hobbes, qui a été quel. quefois représenté comme le disciple de Bacon. A vrai dire, Messieurs, il n’y a point de nom à placer entre ceux de Bacon et de Descartes. Cependant je vous ai annoncé que j'aurais à vous parler de quelques écrits publiés avant 1650 par Campanella, par Vossius père, et par Bérigard. Ces trois auteurs ne vont pas nous ar. rêter longtemps.
Il est arrivé à Campanella d'écrire que toutes nos facultés intellectuelles procèdent de celle de sentir ; et que l’analogie, en nous conduisant du connu à l'inconnu, dirige toutes les découvertes. Mais Condillac, qui envisageait dans leur ensemble les œuvres de Campanella, sa philosophie épilogistique, sa philosophie réelle, rationnelle, universelle, et ses deux livres de magie, n'a eu que trop de raison de le déclarer aussi visionnaire que Telesio, pour lequel il avait conçu un vif enthousiasme. Thomas Campanella était né en Calabre, en 1568 : ses talents s’annoncèrent dès son jeune âge.
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On dit qu On sait q bonne he ration. I] bus impo H En1599, L Traduit ci tion, reco norable du chelieu lui vres, et m
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1591 : tou:
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ssi visionu un vi h Calabre,
jeune âge
On dit qu'il apprit d’un rabbin l’art de Raymond Lulle. On sait que l'originalité de ses opinions lui suscita de bonne heure des ennemis. Ils l’accusèrent de conspiration. Il est un de ceux à qui le fameux livre De tribus impostoribus à été fort mal à propos attribué. En 1599, il fut condamné à une détention perpétuelle. Traduit cinq fois en jugement, il subit sept fois la question, recouvra sa liberté en 1626 par l'entremise honorable du pape Urbain VIIT, vint en France, où Richelieu lui fit, dit-on, une pension de deux milie livres, et mourut en 1639. Le premier de ses ouvrages,
| Philosophiu sensibus demonstrata, avait paru en
1591 : tous les autres ont été publiés au dix-septième
siècle. L'un des plus renommés autrefois a pour titre
Atheismus triumphatus ; on disait qu’il eût été mieux nommé Ætheismus triumphans, parce que les arguments des athées et des mécréants y semblaient plus soi-
gueusement exposés que fortement combattus. Voici, au
surplus, quelques-uns des dogmes de Campanella. Tous les êtres ont horreur du vide, et par conséquent ils sentent. Le monde est un animal qui sent. Ses mains sont les rayons de lumière; ses yeux sont les étoiles ; ses pieds,
Des arcs de sa circonférence : sa sphéricité le dispose au
mouvement. Dieu init la matière au milieu de l’espace,
Bct lui donna deux principes actifs : la chaleur qui divisa Bcette matière et fit les cieux, le froid qui la condensa
et fit la terre. Les cieux sont incorruptibles, parce
qu'ils sont composés de feu et n’admettent point de
orps étrangers. Il y a deux éléments, le soleil et la terre, ui engendrent toutes choses. L'air n’est point un éléent, car il n’engendre rien; l’homme est composé de rois substances : le corps, l'esprit et l’âme; le corps
est l'organe, et l'esprit le véhicule de l’âme, qui donne la vie à lun et à Fautre. Nous avons, Messieurs, sou. vent rencontré cette distinction de l’âme et de Pesprit; elle remonte à Fancienne secte péripatéticienne. Les autres idées de Campanella lui sont plus personnelles, et suffiraient, je crois, pour prouver qu’il ne méritai ni les persécutions qu’il a souffertes ni l'attention qu'on a donnée à sa philosophie.
Gérard-Jean Vossius est un écrivain, à tous égards, plus recommandable, plus positif et plus sage. Je fais mention de lui à raison de celui de ses ouvrages qui est intitulé : De artium et scientiarum natura libri quinque. Le premier de ces cinq livres concerne la grammaire, la gymwastique, la musique et l'art gra phique ; le second, lu littérature etles sciences histori. ques; le troisième, les mathématiques pures et appli. quées. Le quatrième est consacré à la logique, et renferme une fort bonne analyse de FOrganon d’Aristote, Le cin-
quième traite de la philosophie, spéculative et pratique,
de la métaphysique, de la morale, de la politique, de Part.
militaire, de la médecine et de la théologie naturelle, On: mis à la suite de ses livres une notice des anciennes sectes , dans laquelle Bayie et d’autres critiques ont re. marqué plusieurs inexactitudes. Il faut noter qu’elle n été imprimée que neuf ans après la mort de Vossius, ar. rivéeen 16/9, à Amsterdam. Ses livres sur la nature des
sciences et des arts sont, je l'avoue , plus philologiqueset historiques que philosophiques. Les notions d’idéologi qu’on y peut recueillir lui appartiennent moins qu'à s
devanciers. 41 ne discute et ne modifie guère les opr-
nions qu’il extrait des anciens livres, et qu'il emprunt surtout aux stoiciens, pour lesquels il a de la prédilec:
tée au sein d tant à n'y P des hoimmag guer sa dial le parlement si Métaphy amendemen lconspecti core «le s
tion, com pas moins sa philoso coup plus chez la p non scolas commence Dans la rigard, qui patétisme « ionique, de glna un sys uom de ce de Bérigard Provence, à occupa des mourut en :
tient l'immo trne de Ga struction dk mit au jo logues de Pis tote. L’autod
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r qu'elle n Vossius, ara nature des ologiques et s d’idéologi oins qu’à se ière les op il emprunt
» la prédilet:
tion, comme sou compatriote Juste-Lipse. J. n’en suis
s moins persuadé que ceux qui étudient sérieusement sa philosophie et son histoire auraient à puiser beaucoup plus de véritable instruction chez Vossius que chez la plupart des métapl::::ciens, scolastiques ou non scolastiques, de la fin dr: seizième sièck et du commencement du dix-septième.
Dans la seconde de ces deu* classes est compris Bérigard, qui, pour ruiner ce qui restait de crédit au péripatétisme des écoles, entreprit de renouveler ‘: secte ionique, dont les dogmes sont si peu connus, et imagina un système obscur, que l’ou trouva dangereux. Le uom de ce personna je est Claude Guilermet, seigneur de Bérigard ou :*auregard. Né à Moulins, il étudia en Provence, à Aix, vint s'établir à Paris, passa en Italie, occupa des chaires publiques à Pise et à Padoue, où il mourut en 1663. Dans un livre publié en 163a il soutient l’immobilité de la terre, et se récrie contre la doctrine de Galilée : c'était préluder assez mal à sa construction d’un nouvel édifice philosophique. En 1643, mit au jour sous letitre de Circulus Pisanus, ouDialogues de Pise, un commentaire sur la physique d’Aristote, L'autorité de ce philosophe grec, toujoui: respectéeau sein de l’université parisienne, commenca:! ourtant à n’y plus obtenir une obéissance aussi cervile ni des hommages aussi unanimes. En ordonnant d’enseiguer sa dialectique et sa morale, le gouvernement et le parlement avaient permis, prescrit même de corriger
sa Métaphysique et sa Physique. Toutefois de pareils amendements exigeaient en ce temps-là beaucoup de
rcanspection plutôt que de science. IL n’y avait point encore de sisreté à contredire trop ouvertement oracle
des écoles; ceux qui avaient eu cette témérité, s'en étaient fort mal trouvés. Fallait-il moins de précautions en Italie? Non, sans doute; car la puissance ecclésias. tique y maintenait l'empire du péripatétisme , et s’alar. mait de toute innovation dans l’enseignement. Bérigard s'est donc bien gardé d’abjurer expressément cette phi. losophie : au contraire, il déclare qu'il la professe, et feint si bien de n’en vouloir pas enseigner d’autre, qu'on a dit, et qu’on répète encore dans les dictionnaires, qu'il ne croyait qu’en Aristote, Mais il convient d'observer d’abord quels noms il impose aux deux interlocuteurs de ses dialogues pisans : le premier, Cüarilaüs, ou l’homme qui ne veut pas perdre les bonnes grâces publiques , est un déterminé partisan des doctrines reçues: sa devise est le péripatétisme, tout le péripatétisme, rien que le péripatétisme. Le second s’appelle Aristée; il cherche les meilleures et les plus sages opinions, il s'établit le champion d’un prétendu système ionique. Entre ces deux adversaires, Bérigard, qui les fait par. ler, évite avec un grand soin de se compromettre lui- :nême, sans néanmoins qu'il soit très-difficile de dé. mêler, au milieu de tous les ménagements dont il fait usage, que ses propres opinions sont celles d’Aristée, Voilà, du moins, l’idée que Brucker en conçoit, et qui me paraît fort plausible. J'aurais bien plus de peine à souscrire aux élog-; que Brucker décerne à ce mttaphysicien. Sans doute les accusations d’athéisme et de mécréance intentées contre Bérigard étaient fort injustes ; on ne saurait lui refuser d’ailleurs une con. naissance très-étendue des controverses qu'il retrace: il vivait dans un temps où l’on n’écrivait et n’enseignai qu'après avoir beaucoup lu et profondément étudié
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Bérigard ete phifesse, et re, qu'on ires, qu'il l'observer locuteurs ilaüs, où rrâces pues reçues ; patétisme, e Aristée; pinions, i
Mais qu'il ait eu autant de sagacité que de science, autant d'amour de la vérité que de peur de l’inquisition, et que son système valût mieux que celui qu’il voulait renverser sans oser l’attaquer de front, je n’en suis pas du tout convaincu.
Avant d'arriver à Descartes, je remarquerai que la dénomination de philosophe écleetique est si vague, qu'elle a été appliquée à plusieurs métaphyaic ns de la fin du seizième siècle et à presque to) du dix-septième : à Giordano Bruno, à Card: n, à Campanella, à Hobbes, à Descartes li t que, sion ne l’a pas étendue à Bérigard, c’est nt parce qu’il lui a plu de faire de son Aristée un disciple de Thalès. S'il ne faut pour être éclectique qu’exercer sa propre raison, et ne la point asservir aux décisions d'un maître ou d’une secte, tout vrai philosophe doit ‘être; et alors ce nom ne peut servir à désigner aucune école, aucune doctrine particulière. Je vous ai déjà sou-
| mis cette observation; je la répète parce que je la crois
très-importante. Mais il est temps de nous occuper du plus célèbre des philosophes français.
René Descartes, né en Touraine en 1596, porta les armes, voyagea dans plusieurs États de l’Europe, se fixa en Hollande, y fut calomnié, poursuivi par le théolo-
À gien Voet et par le fanatique Schooke, s’enfuit pour se
soustraire aux plus graves persécutions, eut pour disciples la princesse Élisabeth de Bavière et la reine de Suède Christine, et mourut à Stockholm en 1650. On
| a lieu de penser qu’à l’époque de ses premiers travaux
il n'avait point lu Bacon; mais ses pensées tendaient aussi à une rénovation générale. Sa méthode réduit im-
médiatement en pratique quelques-unes des grandes vues AX. 18
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274 SYSTÈMES PAILOSOPHIQUES, ETC.
du philosophe anglais; elle se compose de quatre règles, dont la première, malgré son extrême simplicité, à peut-être contribué plus qu'aucune autre cause au nouveaux progrès de l'esprit humain. Il nous y pres. ‘rit seulement d'éviter les jugements précipités, de ne rien affirmer au delà de ce que nous avons conçu « reconnu , dé n’admettre enfin d’autres vérités que celles dont l'évidence exclut tout pouvoir de douter. C'était affranchir la raison du joug de l'autorité, soumettre lPexamen tout ‘ce que le platonisme et le péripatétisme et les écoles avaient consacré sous le nom de principes. S'iln’a conseillé que la vérification des jugéments, si a moins senti que Bacon la nécessité de remonter à l'o. rigine et aux éléments de toutes nos idées, il est juste de dire qu’il a plus étudié la nature de nos facultés in. tellectuelles. S'il s’est laissé entraîner bien vite dans les théories platoniques, c'était du moins en y portant ue rigueur que personne encore n'y avait introduite. Ila donné à l'inimatérialisme une précision parfaite; il à ‘établi la distinction la plus sévère entre nos organes et notre intelligence, qu'il a pourvue d'idées innées, ap. paremment afin de ne rien conserver de la philosophie d’Aristote. D'un autre côté, il a jeté dans l'algèbre, dans la géométrie, dans la mécanique, dans l'optique de plus vives lumières : c’est à ces sciences qu’il a réel lement appliqué sa méthode. Son imagination a fai tout le reste; elle a construit l’entendement humain et l'univers, au lieu de les analyser; et son école ni pu maintenir ces systèmes, parce qu’ils étaient trop faibles contre les mouvements qu'il avait impriné lui-même à la raison. Ce n’est là, Messieurs, qu'un premier aperçu de sa philosophie, nous devons plus
de nos étu les, par le mérite qu’à marqué de des plus he traité fort ques expre langue YP propre aux tre, une simplicité, à vérifier, :
d'atten Je vi
de san question peut cor plus sin fasse de:
Cet essai nait le g hommag adversait M. de Tre qui ne so pages del dans toute profond, Descartes l'un d’avo méthode tout enti
re règles, d'attention à chacun de ses principaux ouvrages, plicité, a Je viens de rapporter la première des quatre règles "ause aux de sa méthode. La seconde. veut qu'on divise, chaque 18 y pres- question en autant de portions ou parcelles qu’elle en tés, de ne peut contenir ; la troisième, qu'on procède par ordre, du | conçu et plus simple au plus composé; et la quatrième, qu'on rque celles fasse des énumérations exactes, où rien ne soit omis. er. C'était Cet essai de Descartes était un chef-d'œuvre, qui contépumettre à nait le germe de toutes ses idées, et qui a obtenu les ripatétisme hommages , non-seulement de ses disciples, mais des : principes. adversaires les plus prononcés de ses autres doctrines. ments, sl M.de Tracy ne trouve dans Bacon aucune maxime fertile onter à lo qui ne soit mieux énoncée dans les quarante premières il est juste D pages de l’admirable Discours de la méthode ; il ne voit facultés in DR danstoute la grande rénovation rien d'aussi précis, d’aussi jite dans les D profond , d'aussi juste que les quatre règles; il ajoute que
portant une oduite. Il:
philosophi hs algèbre,
ns l'optique,
Descartes a sur le philosophe anglais deux avantages: l'un d’avoir su réduire tout ‘ce qui constitue la bonne
arfaite: il à MR méthode à quatre maximes qui l'embrassent en effet organes « DE tout entière; l'autre d'avoir reconnu que la première innées , ap: D de nos études doit être celle de nos facultés intellectuel-
les, par lesquelles nous connaissons tout le reste. Un mérite qu’à mon avis, Messieurs, on n’a point assez remarqué dans ce Discours est d’avoir été, en 1637, un
des plus heureux essais de la prose française; c’est un traité fort bien écrit. On y rencontre, il est vrai, quelques expressions qui ne sont plus usitées; mais notre langue y prend déjà les caractères qui la rendent si propre aux matières philosophiques, une précision sévère, une clarté inaltérable, une élégante et noble simplicité, Ces quatre préceptes ont enhardi à douter, à vérifier, à se défier, en matière profane, de toutes
s qu'il a réel:
devons plus
276 SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES, FTC.
les fortes croyances : c'était là, nous ne pouvons trop le redire, un éminent et immense service, bien que, du reste, ces préceptes soient purement négatifs; qu'ils enseignent plus à éviter l’erreur qu’à rechercher la vé. rité ; qu'ils ne tendent point à la rectification immé. diaté- des idées, ni à la détermination de la valeur des signes. Encore une fois, ils ne sont guère applicables qu’aux jugements, qu'aux propositions; et ils supposent la présence ou: l'absence d’une évidence. essentielle antérieure à l'observation des faits. Voilà peut-être pourquoi ils n’ont pas préservé Descartes d’un assez grand nombre d'illusions ; si même ils ne l’y ‘ont pas entraîné.
En 1641 il: publia en latin le livre ‘intitulé Hedi. tationes de prima. philosophia.' Ce second ouvrage, qui a été traduit en français par le duc de Luynes, est quelquefois un développement du premier. Le doute méthodique y ‘est reproduit; on y revoit l'intelligence humaine commencer par’ reconnaître sa propre existence. D'autres propositions déjà énoncées dans le Dis. cours sur la méthode, sont expliquées plus au long, et selon Descartes rigoureusement démontrées dans le second ouvre: avoir, que l’idée que nous concevons de Dieu suffit pour prouver qu'il existe; que la certitude de toutes nos connaissances, même en géométrie, dépend de la connaissance que nous avons de Dieu; que les notions que nous acquérons des choses physiques ne sont jamais aussi fermes ni aussi évidentes que les raisons qui nous conduisent à la connaissance de Dieu et de notre âme ; que, par conséquent, cette double connaissance est la seule base assurée que toutes les autres puissent avoir.
Ces
suyé de Ses con Gassend Excepté franchis de Dieu Mais De
et signal pas s’étor siècle qu fondemer manière | de montr on suppos conséquet qui on les doit être rendre i déplorable l'histoire d souvent q tour à to L'expérie controvers phe de la les limites dire à l’hd à Arnauld sagesse; m s'en dispen tarderai pe
Ce
pns trop que, du fs; qu'ils er la ve.
n'immé:
aleur des plicables upposent ssentielle peut-être l'un assez
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| ouvrage, uynes, est Le doute telligence ppre exisans le Disu long, et, s dans ke concevons e la certigéométrie, de Dieu; oses physidentes que aissance de ettedouble e toutes les
Ces propositions et celles qui s’y rattaclient ont essuyé des objections auxquelles Descartes a répondu. Ses contradicteurs étaient Catérus, Hobhbes, Arnauld, Gassendi, le jésuite Bourdin, et divers théologiens. Excepté Hobbes, tous professaient, avec une parfaite. franchise, les croyances fondamentales de- l'existence. de Dieu, de l’immatérialité et de l’immortalité de l’âme. Mais Descartes lui-même ayant été accusé d’athéisme et signalécomme un précurseur de Spinosa, il ne faut pas s'étonner que ses adversaires, tant au dix-septième siècle qu’au suivant, aient essuyé, avec aussi peu de fondement, le même reproche. Sans doute c’est une manière fort légitime de combattre une doctrine que de montrer les conséquences dangereuses. auxquelles onsuppose qu’elle aboutit ; mais, lorsque ces prétendues. conséquences. sont désavouées hautement par celui à qui on les oppose, transformer en accusation ce qui ne doit être qu’une objection n’est plus qu’un moyen de rendre impossible toute discussion véritable. Or ce déplorable genre de combat, si fréquent dans toute l’histoire de la philosophie, ne se répète nulle part pluf souvent que dans celle du cartésianisme : on le voit tour à tour attaqué et soutenu avec de pareilles armes. L'expérience de tous les siècles a prouvé qu’il n’y a de. controverses utiles au progrès des sciences, au triomphe de la vérité, que celles qui se maintiennent dans les limites de la plus décente modération; et l’on doit dire à l'honneur de Descartes que dans ses réponses
D à Arnauld et à Catérus il donne l'exemple de cette rare
sagesse; malheureusement, on est forcé d’avouer qu'il s'en dispense à l’égard de Bourdin et de Gassendi. Je ne tarderai point, Messieurs, à vous parler des travaux:
ER D Tan ae Le & 2 Sr en
D nn dre
de Gassendi ; ét vous reconnaîtrez, je crois, que ce philosophe méritait les plus grands égards.
Pour vous donner dès ce moment une idée des ob. jections qu’il faisait à Descartes et des réponses de celui. ci, je dirai que la célèbre sentence, « Je pense, donc je «suis;»ne paraissait à Gassendi qu’un enthymème, qu'un syllogisme tronqué, ayant nécessairement pour majeure sous-entendue la proposition, « Qui pense existe ; » ce qui ramenait une généralité à l'entrée de la philosophie, C'était précisément ce que Descartes voulait éviter : aussi répond-il, en propres termes , que, lorsque nous apercevons que nous sommes des choses qui pensent, c'est une première notion qui n’est tirée d’aucun syllo. gisme. Selon lui, nous ne concluons pas notre existence de notre pensée, et notre pensée de notre doute, !par la force d’un raisonnement, mais par une simple in. spection de l'esprit. Ce sont encore ses termes. De son côté, Gassendi soutient que le mot donc, partout où il s'introduit, signale une conséquence, suppose des prémisses et un raisonnement. Descartes réplique que, tout au contraire , c'est la prétendue majeure, « Ce qui pense est, » qui nous est enseignée par cela même qu'il nous est impossible de penser sans exister ; et, chose fort re. marquable, il se laisse entrainer jusqu’à dire que le procédé naturel de notre intelligence est de former les propositions générales de la connaissance des particulières. Comme cette maxime peut sembler peu couciliable avec certains articles du système cartésien, il n’est pas superflu d'observer qu’elle se lit, exprimée de la même manière, en deux endroits fort distincts des écrits de Descartes ; et que, la seconde fois, il létend à des axiomes tels que « Le tout est plus grand que
« la pai que; ci réellen cettena preuve qui les failes si rayons intellige les prop effectiver
la vérité
et de la ci revenant :
rait dema réellemen du fait mé mieux ins notre esp doute et s L'ouvra chaîné tou de Princip aététradu section, to l'origine d sent plusi sur la mé l'article de u’admet d4 sens, Desc l'analyse d
que ce
des obde celui.
donc je ne,qu'un majeure 3 » Ce qui Hosophie.
éviter :
que nous pensent, un syllo- “existence oute,' par imple ines. De son
e que, tout > qui pense qu'il nous bse fort re:
de former sance des mbler peu : cartésien, " exprimée t distincts fois, il l'égrand que
«ka partie. » L y aurait bien matière ici à quelque critique; car on peut douter que les cas particuliers soient réellement les preuves des propositions générales de cettenature ; ils en. offrent tout au plus l'explication. Leur preuve ést dans les idées mêmes, dans le sens des mots
qui les expriment. Ce n’est point par des expériences.
faites sur plusieurs cercles qu'on sait que tous les rayons d’un cercle sont égaux, mais par la parfaite intelligence des termes de cercle et de rayons. Parmi les propositions universelles, il en est qui résument effectivement des faits particuliers ; il y ena aussi dont la vérité dépend de la comparaison immédiate des idées et de la corrélation des termes qui les représentent. En.
| revenant à la sentence, « Je pense, donc je suis,» on pour-
rait demander si la connaissance de notre existence a réellement besoin d'être acquise, si elle ne résulte pas du fait même de notre sensibilité, si nous en sommes mieux instruits par on ne sait quelle éaspection de notre esprit, c'est-à-dire par des réflexions sur note doute et sur notre peusée.
L'ouvrage où Descartes a le mieux rassemblé et en, chainé toutes ses doctrines est celui qui porte le nom de Principes de la philosophie, etqui,composé en latin, a été traduit par Picot en langue française. Une première section, toute métaphysique, est destinée à rechercher l'origine des connaissances humaines. Là se reproduisent plusieurs des notions exposées dans le Discours sur la méthode et dans les Méditations , spécialement l'article des idées innées. En combattant l'opinion qui v'admet dans l’entendement que ce qui a passé par les sens, Descartes-bannit encore une fois l'observation et l'analyse de toutes les études morales. La. seconde par-
re onde em
tie est une sorte de physique générale qui tend à ex. pliquer les premières lois de la nature, les éléments de la matière, les propriétés de l’espace et du mouvement. Un ‘système du monde est exposé dans la troi. sièmesection, et la quatrième concerne la terre. Descar. tes, au lieu d'étudier l'univers, a mieux aimé le bâtir, et n’a demandé pour cela que de la matière et du mouvement. On s’est longtemps occupé de son roman des trois élémentset des trois ordres de tourbillons: éléments grossiers, globuleux et subtils; tourbillons solaires, planétaires :et lunaires. Après avoir reconnu la futilité de ces hypothèses, on a persisté à les exalter comme ingénieuses : nous n’y pouvons plus voir aujourd'hui qu’un exemple des égarements auxquels le génie s'expose dès qu’il abandonne les méthodes exactes. : Descartes a écriten français son Traité des passions, où il rapporte à l’amour et à la haine tous les sentiments du cœur humain : il montre qu’ils ne sont jamais que des variétés, des circonstances, des situations diverses de l’une ou de l’autre de ces deux principales affec. tions; et cette analyse instructive est accompagnée d'observations anatomiques et physiologiques, qui ne sont pas d’une parfaite exactitude , mais qui prouvent que ce philosophe ne négligeait aucune des études qui pouvaient jeter quelque lumière sur ses doctrines. Le Monde ou le Traité de la lumière explique le système
des trois éléments et des tourbillons : c’est une sorte
d’appendice de la troisième et de la quatrième section des Principes de la philosophie. Nous voyons dans les deux livres intitulés L'homme et la formation du fœtus quels rapports Descartes établissait entre sa métaphysique et les notions de physiologie qu’il s'était formées.
« Les pa
« cerveal
« stance,
« et très-
« figures
« cie de le
« tionet « vent êti « formes « rer imm « chine, e cartes ava comme le partie du quelle mai sance des a je l'ai dit, toute sens:
Pour re faut envisa tes. Sa Géo gloire imr qu'alors le exprimées sentait,ou Descartes cette notati et à l’étend aussi de lu gnes, le na peut avoir découvertes
end à ex:
éléments 1 mouves la troie. Descar.
le bâtir, et du mouoman des : éléments s solaires, Ja futilité er comme ujourd'hui zénie s’exctes.
s passions, sentiments
compagnée es, qui ne i prouvent études qui bctrines. Le » le-système
ait formées.
NEUVIÈME LEÇON. 281 « Les parties du sang, dit-il, qui pénètrent jusqu’au « cerveau n’y servent pas seulement à nourrir sa sub- « stance, mais aussi à y produire une flamme très-vive « et très-pure, qu’on nomme les esprits animaux... Les « figures qui se tracent dans ces esprits sur la superfi- « cie de la glande pinéale, où est le siége de l’imagina- « tion et du sens commun (sezsorium commune), doi- « vent être prises pour les idées, c'est-à-dire pour les « formes ou images que l’âme raisonnable doit considé- « rer immédiatement , lorsque, étant unie à cette ma- « chine, elle imaginera ou sentira quelque objet. » Descartes avait déjà, dans le Traité des passions, désigné comme le siége de l’âme, cette glande pinéale, la seule partie du cerveau qui ne soit pas double. Voilà de quelle manière il faisait arriver à l'âme la connaissance des objets sensibles; mais il lui attribuait, comme je l'ai dit, d’autres idées plus intimes et antérieures à toute sensation.
Pour reprendre une haute idée de son génie, il le faut envisager cultivant et enrichissant les sciences exactes. Sa Géométrie peut sembler, de tous ses titres à une gloire immortelle, le plus imposant et le plus sûr : jusqu'alors les puissances d’une quantité n'avaient été exprimées que par la répétition de la lettre qui la représentait,ou que par les initiales des mots "15, cube, etc. Descartes inventa les exposants, et l’on sait combien cette notation a contribué à la simplicité, à la rapidité et à l'étendue des calculs. Les mathématiciens apprirent aussi de lui à reconnaître, par les alternatives des signes, le nombre des racines réelles qu’une équation peut avoir ; ét, pour ne point rappeler quelques autres découvertes, il appliqua, beaucoup mieux qu’on ue
l'avait su faire encore, l'algèbre à la géométrie; il crés des méthodes générales, par lesquelles on put énonce en langage algébrique et résoudre par une analyse im. médiate des problèmes géométriques très-compliqué, qui avaient été presque inaccessibles à l’ancienne mé. thode, Il importe d'observer que ce fut dans sa Méta. physique qu’il puisa les moyens d'agrandir à ce point la science du calcul; les mathématiciens eux-mêmes eu ont fait l'aveu, et par là ils ont reconnu que le ve. rHable commencement de tous les progrès de l'esprit humain est dans l'étude profonde qu’il doit faire de ses propres facultés, de ses idées, de ses rapports naturel avec les objets qu’il veut connaître,
. Descartes n’a pas su que la réfrangibilité des divers rayons de lumière est inégale; et, manquant de iceue connaissance, il a dû laisser beaucoup d’imperfection dans sa Dioptrique ; mais il y a établi pour la première fois la loi générale de la réfraction. Ceux qui, après sa mort, ont ayancé qu'il s'était frauduleusement attri. bué cette découverte, qu’elle appartenait à Snell, dont il avait pu lire les manuscrits en Hollande, n’en ont fourni aucune preuve. Le prétendu livre de Snell n'a jamais été publié; et celui de Descartes, imprimé en français dès 1638 , en latin en 1644, est le premier où cette théorie soit consignée. Son Traité des météores n’est point aussi recommandable ; il est en grande par tie rempli d’hypothèses et de divinations. Toutefois on y rencontre la vraie théorie de l’arc-en-ciel ; et elle fait d'autant plus d'honneur à sa sagacité, qu’il ignorait, comme je viens de le dire , l'inégale réfrangibilité des rayons; mais il procédait à ces recherches par voie
d'observation, d'exgérieuce et d'analyse ; et c’est encore |
ici l'un de:
thode phil En joigt senne, à C Arnauld , à Christine, réponses q1 nombre to!
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NEUVIÈME LEÇON. 283 ici l'un desplus heureux usages qu'il ait faits de sa mé-
thode philosophique.
En joignant aux lettres qu’il a écrites au P. Mersonne, à Clersellier, à Henri le Roi, à Henri More, à Arnauld , à Fermat, à la princesse Élisabeth , à la reine Christine, à plus de trente autres correspondants, les réponses que quelques-uns d'eux lui ont adressées, le nombre total des épitres est de trois cent cinquantesept; et la plupart sont relatives aux doctrines qu'il a professées dans ses livres. Aussi a-t-on distribué par matière les pièces de cette correspondance métaphysique, morale, physique, médecine , géométrie, dioptrique, etc. Cette classification avait été assez mal faite : des notes chronologiques , qui se lisent manuscrites sur les marges d’un exemplaire de ce recueil, à la bibliothèque de l’Institut, ont fourni le moyen de ranger toutes ces lettres par ordre de dates dans la dernière édition qui en a été publiée en français. Cet ordre a rendu à ces lettres tout leur intérêt; elles sont à lire avec les ouvrages de Descartes, comme un supplément curieux, et un commentaire instructif, quelquefois néessaire, Je ne compte point au nombre de ses lettres
issives celle qui, imprimée à part en 1643, est adresee à Voet ; c'est un livre avec une préface qui en exose le plan et la division en neuf sections. Cette production purement polémique n’est pas ce que l’auteur écrit de plus poli et de plus digne d’un philosophe, à ne peut plus servir qu’à l’histoire des démêlés qu'il vait eus à soutenir. ,
La première conséquence à tirer des détails dans esquels je viens d'entrer, c’est que Descartes était un rs-habile mathématicien. Comme le langage des scien-
CN re e LI « = =
ces mathématiques est d’une précision sévère, parce qu'aucun intérêt n’a excité à l’obscurcir et à l’embrouil. ler; comme les propositions générales ne sont et même ne peuvent être dans ces sciences que des résultats de notions élémentaires bien acquises et non altérées, méthode cartésienne suffit pour diriger ce genre dé. tudes, si même elle n’y est pas superflue. Peu importe qu'on y prenne les axiomes pour des vérités essentiel. les, éternelles, immédiatement évidentes, établies ; priori, puisqu'enfin elles sont certaines. L'erreur où l’on tombe relativement à l’origine et aux caractères des propositions générales ne préjudicie qu’aux scien. ces qui ne sont pas encore exactes ; elle les empêche de le devenir, en les faisant procéder comme si elles l’étaient, quoiqu'en même temps on soutienne quel. quefois qu’elles ne pourront jamais l'être. En littéra ture, en morale, en politique, en histoire, en physi. que générale, en tout ce qui n’est pas mathématiques il y a d’abord des faits à vérifier, puis des mots à bien définir, avant d'arriver à aucun résultat. Or, ces deu conditions de tout progrès en de pareils genres d'études, Descartes ne les a pas remplies, n’a point enseigué à les remplir; et, à cet égard, il n’a fait que régi. nérer le platonisme, qui s’en est toujours dispensé.
On a conçu, dans le monde, contre la science appe-
lée métaphysique, des préventions que je crois injuste
et pernicieuses, mais que vous avez vu justifiées en apparence de siècle en siècle par les égarements de plusieurs métaphysiciens , de ceux-là surtout qui, pre naut pour des analyses tous les mouvements:et tous le élans de leur imagination, se sont exercés à compliquer, à force d’abstractions, de distinctions et de person
priétés qui à composer
de fausseté.
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fications, tout le système intellectuel , et l’ont transformé en un ténébreux amas de prestiges. Ce travers a flétri tour à tour les deux grandes écoles de philosophie, celle de Platon aux temps des gnostiques et des différentes sectes de prétendus éclectiques ; celle d’Aristote, durant le long règne de la scolastique du moyen âge, en Angleterre jusqu’à Bacon , en France jusqu’à Gassendi et Descartes. Pour exprimer ou pour nommer du moins tant de chimères, il a fallu déformer et dénaturer le langage, le surcharger de formules et de locutions barbares, dont l’impénétrable obscurité devenait un titre de recommandation aux yeux de la multitude, en même temps qu'elle inspirait aux bons esprits une
| juste défiance. Eneffet , c’est surtout en métaphysique,
qu'on a droit d'assurer que ce qui est bien conçu s’exprime toujours clairement, et que les idées qu'une langue telle que la nôtre refuse d'exprimer immédiatement et sans qu'on la tourmente ne sont que des rêveries. La vraie métaphysique est celle qui explique méthodiquement tous les mots du langage commun employés à représenter des choses immatérielles; et, pour que cette explication soit claire, pour qu’elle soit réelle, il fut qu’elle soit toujours fournie par d’autres mots de ce même langage assez précis eux-mêmes, assez compris, pour n’avoir besoin d'aucun éclaircissement. Il ven est pas de cette science comme de celles où la découverte de quelques substances ou de quelques propriétés qui étaient restées inconnues oblige à créer ou à composer de nouvelles dénominations. Mais enfin, essieurs, ce néologisme obscur, symptôme infaillible de fausseté, n’est point à reprocher à Descartes, ni
in général à ses principaux disciples en France depuis
1650 jusqu’en 1800. Son premier soin a été de main. tenir dans l’exposé de ses opinions métaphysiques |; clarté la plus parfaite; et, en ce point d’une si haute im. portance, il est un des meilleurs modèles à offrir ; ceux qui écrivent pour soutenir ou développer, pour modifier ou combattre ses doctrines.
Le cartésianisme est donc un très-grand fait dans l’histoire si brillante et si honorable de la littérature française du dix-septième siècle. Les travaux de Des. cartes de 1636 à 1650 sont contemporains de tow les chefs-d’œuvre de Corneille. Ses premiers disciples, Arnauld, Nicole et d’autres solitaires de Port-Royal,
ont recueilli, étendu, expliqué ses leçons dans leurs À
excellents traités de logique et de grammaire, en même temps que Pascal, Molière, Boileau et Racine élevaient rapidement l’art d'écrire en prose et en vers à un degré où il ne s’est pas toujours soutenu depuis. L'4n poétique de Boileau et les premiers livres de la Re cherche de la vérité du cartésien Malebranche paru: rent ensemble en 1674 : c'était l’époque où la se lastique achevait de perdre son empire, vaincue par le bon goût comme par la raison. Ce triomphe de k philosophie de Descartes sur celle des écoles est une des causes qui amenèrent les éclatants progrès qu BRossuet et ses plus dignes émules firent faire au genre oratoire durant les trente dernières années de ce siècle Ceux des sciences mathématiques et physiques ver ces mêmes temps étaient dus à Descartes encore, al moins en partie, comme nous venons de le reconnai tre. S'il a peu cultivé l’histoire, s’il a trop laissé à Gassendi l'avantage de ce genre d'instruction, il n'en est pas moins vrai que sa méthode a contribué à rer:
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NEUVIÈME LECON. 28" die la critique plus exacte et l’érudition plus solide : le corps académique, spécialement consacré à des recherches historiques et philologiques, a commencé par se composer presque entièrement de cartésiens. Descartes lui-même avait été plus studieux et plus érudit qu'il ne lui convenait de l'avouer : il reste, malgré lui, dans ses ouvrages, beaucoup de traces de ses lectures. Quoi qu’il en dise, il avait senti le besoin de cette instruction très-étendue qu'ont acquise à toute époque les métaphysiciens justement célèbres, Aristte, et, à son exemple, les chefs les plus éclairés de la première école d'Alexandrie, Cicéron chez les Romains, Roger Bacon au moyen âge, et, dans les temps modernes, Bacon de Verulam, Gassendi, Malebranche luimême, Leibnitz , Locke, d’Alembert, Condillac et quelques autres. Ainsi, Messieurs, quoique je ne vous aie point dissimulé les illusions, les erreurs graves dont je crois que Descartes ne s’est point préservé, je n’en
onclurai pas moins qu’il a exercé une influence salu-
aire sur presque toutes les branches des connaissances umaines, sur la direction de la plupart des talents;
rt que la France, qu’il a trop peu habitée, doit le comp-
er parmi les hommes de génie auxquels elle est re-
levable de sa gloire littéraire.
Il n’y a point eu de baconistes; Descartes a fondé ne école, et nous aurons à prendre connaissance des vaux de plusieurs de ses disciples. Mais, pour ne as trop nous écarter de l’ordre des temps, nous porerons d'abord nos regards sur son rival Gassendi, qui, vers le même temps que lui, ne lui a survécu que inq ans :on ne peut guère être plus contemporain. Un village voisin de Digne en Provence est la patrie
de Pierre Gussendi ou Gassend, qui, après avoir fi rapidement d'excellentes études, a rempli honorablemen dans le cours de sa vie différentes fonctions publiques, entre lesquelles je ne remarquerai ici que celle de pr. fesseur de mathématiques au Collége Royal de France Ses talents, son savoir, la droiture et la bonté des caractère, l’aménité de ses mœurs, lui valurent l'estime et l’amitié de plusieurs hommes de mérite, comme Galilée, dont il partageait les opinions et presque lx infortunes par le tendre intérêt qu’il y prenait, Képler Hobbes, Diodati , Boulliaud, Mydorge, Mersenne, Ro. berval, Naudé, la Mothe le Vayer, Bernier, Chapelk Bachaumont, Pascal et Molière. Il mourut à Paris, er 1655, avec la réputation du plus lettré des philo phes, du plus philosophe des littérateurs. Mais il s'agit de prendre une idée de ses travaux et de sa doctrine Tandis que Descartes, tout en ruinant les fondement de la fausse philosophie, ne faisait pourtant que re susciter et rajeunir celle de Platon, Gassendi, plu savant que Descartes, plus familier avec l’antiquit peut-être aussi plus riche d'observations particulière et d'expériences immédiates, s’aperçut le premier qu près avoir cherché et presque trouvé le droit chemi on allait rentrer dans la voie large des abstraction des hypothèses et des erreurs. N’osant pas reprodu le péripatétisme, que son alliance avec la scolastiq avait décrédité, il fit revivre l’épicuréisme, et entrept de le réconcilier avec la théologie chrétienne. C'éti une condition difficile et indispensable à rempli Gassendi employa, pour y satisfaire, tant d'art et t de science, qu'il n’essuya aucune condamnation et! provoqua même aucune plainte. 11 parut emprunk
dieu c: .sati Cepende tions d’ épicurier et dans !
tout par De toute:
vérement il le fit se temps il a tonisme , par une p:
à Leucipp il s'était n la morale pris la pei tait d’aille malveillanc pêcher d'y ration, qui de s'interd ces et les passait pou ble que lui leurs mains es les plu le plus fam
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r, Chapelle, t à Paris, des philos] Mais il s'agit > sa doctrine, s fondement tant que r& assendi, plu ke l'antiquité, particuliè premier qu droit chemin s abstraction bas reprodui la scolastiq e, et entre tienne. C'éti à rempli nt d'art et ti amnation et
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j* icure, une morale et une physique tout à fait & -satibles avec la religion tant naturelle que révélée. Cependant, Messieurs, vous savez de quelles accusations d’athéisme, d’impiété, de libertinage, l’école épicurienne avait été poursuivie dès les anciens temps et dans tout le cours des âges par les stoïciens et surtout par les platoniciens, dénonciateurs de profession. De toutes les sectes, la plus calomniée, ou la plus sévèrement jugée, était celle que Gassendi osait préférer : il le fit sans encombre et sans péril, quoiqu’en même temps il attaquât et la philosophie des écoles, et le platonisme , et les nouveaux systèmes de Descartes. Mais, par une profonde étude de tous les monuments relatifs à Leucippe, à Démocrite, à Épicure et à leurs disciples, ils'était mis en état de montrer qu’on avait réprouvé la morale et la physique de cette école sans avoir pris la peine de les bien connaître. Comme il ne portait d’ailleurs dans ces discussions aucune sorte de malveillance, ses adversaires ne pouvaient guère s’empêcher d’y garder aussi quelque mesure; et sa modération, qu'ils n’imitaient qu’à demi, les forçait du moins de s'interdire à son égard les dénonciations, les menacs et les injures les plus grossières. Aucun d’eux ne passait pour plus intègre, plus pieux, plus irréprochable que lui. Toutes ces circonstances arrachaient de leurs mains, quand ils le voulaient combattre, leurs ares les plus redoutables, celles dont l'usage leur était e plus familier. Enfin il s'était réservé l'avantage d’une
logique plus rigoureuse que la leur, et déjà fondée sur
ne très-saine idéologie. Il connaissait et indiquait les burces des connaissances réelles, la puissance de l’a-
alyse, les écueils ou les vices de la synthèse ; et, bien
qu'ennemi déclaré du péripatétisme tel qu'on le profes sait encore, il ne négligeait pas d'employer au besoin les résultats les plus sûrs et les plus pratiques de l dialectique d’Aristote, Nous devons le considérer bien moins comine le restaurateur de la philosophie d'Épi. cure, quoiqu'il se soit annoncé pour tel, que comme le plus digne intermédiaire entre Bacon et Locke. Les ouvrages de Gassendi remplissent six volume . m-folio, dans l'édition quien a été donnée en 1658, trois ans après sa mort , et qui s’est reproduite à Flrence en 1727. Les deux premiers contiennent in cours de philosophie, c’est-à-dire des traités de logi. que, de physique et de morale. Qu'il n’admette que ces trois parties de la philosophie, qu’il ne fasse point un traité particulier de métaphysique, c’est déjà ün fai assez remarquable, Sa doctrine positive ne l’est pa moins. Non content de répéter, après tant d'autre, que toutes les idées proviennent des sens, il le prouve; il conçoit le plan d’un tableau généalogique, où tou. tes les notions se distribueraient selon l’ordre de leurs développements depuis celles qui représentent de pur judividus jusqu'aux plus hautes généralités. Il cherche entre le scepticisme et le dogmatisme les origines de la vraie science; et il les trouve dans les sens qui at: testent les faits et dans l’entendement qui les compar Sa logique traite successivement de l’idée, du jugement, du raisonnement et de la méthode; c’est la division ordinaire; mais il s'applique à distribuer les idées et deux classes : celles qui naissent immédiatement da sensations, et celles que la réflexion compose des pre mières. Nous retrouverons chez Locke la même théorie Les sections consacrées au jugement et au raisonné
jet les corr
atomes , e
ment ne mais Ga la différ première position, Ainsi, M synthèse les quelq croit le r travail, q conclura L'analyse mauvais r voudra pr même, qu et, s'il nel vent que | l'appareil l'honneur peut mult tiles et i le plus gre quelques être beaud en doute lé regardera La phy deux autre trois secti
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NEUVIÈME LEÇON. 291 ment ne contiennent que des notions plus communes ; mais Gassendi, en traitant de la méthode, fait consister l différence entre la synthèse et l'analyse en ce que la première commence par examiner l'attribut d’une proposition, au lieu que l'analyse étudie d’abord le sujet. Ainsi, Messieurs, veut-on savoir si le luxe est utile, la synthèse cherchera dans la catégorie des choses utiles quelque espèce où le luxe soit compris; et, si elle croit le rencontrer parmi les choses qui provoquent le travail, qui exercent et développent l’industrie, elle en conclura qu'on ne doit pas méconnaître son utilité. L'analyse, au contraire , sans s'informer du bon ou mauvais recensement qu’on a pu faire des chosesutiles, voudra premièrement savoir ce que c’est que le luxe luimême, quelle est sa nature, quels sont ses divers effets ; et, s'il ne lui paraît être en soi que l’ostentation, et souvent que l'affectation mensongère de la richesse, que l'appareil des dépenses qu'on ne fait que pour avoir l'honneur de les faire, si elle observe qu'il amène et peut multiplier sans mesure les consommations inutiles et improductives qui appauvrissent les riches et le plus grand nombre des pauvres, tous même excepté quelques serviteurs et quelques ouvriers qui pourraient être beaucoup mieux employés, elle finira par révoquer en doute le bien qu'il se vante de faire à la société, et ne regardera comme avérés que les maux qu’il lui cause.
La physique de’ Gassendi, plus étendue que les deux autres parties de sa philosophie, est divisée en trois sections, la nature en général, les corps célestes
jet les corps terrestres : elle ne diffère essentiellement
de celle des épicuriens qu’en ce qu’il nie l'éternité des LU A . , à atomes , et qu'il reconnaît un Dieu créateur. 11 soutient 19,
contre Descartes que le vide est possible. 1l fait, pour définir l'espace et le temps, des efforts plus pénible qu’heureux, et s'engage en de très-obscures méditations sur l’essence de la matière. Quant à la morale natu. relle, soit individuelle, soit sociale, il la conçoit
montanu:
suivies, d tails d’his lettres écr
comme la science du bonheur ou l’art de vivre hey. le ri reux. Il ne dit point expressément que nos intérêts bien ‘ a oo e . . . Cal, C entendus soient les sources de nos devoirs; mais c'est 5 ans “ | . . . ire ceux. la conséquence qu'il serait permis de tirer de son en. {à , h . - . conservé seignement à l'égard des devoirs qui ne sont pas reli. hie et d'É : | die e gieux. Du reste, il ne débite sur les quatre vert P : uns de ses rardinales que des choses fort communes; et, quandil ue . , , , , . \ rien à nous:
disserte sur la liberté, ce n’est pas d’une manière très Ilest, en t
lumineuse. Je viens d'indiquer ce qui remplit les deur premiers volumes de ses œuvres. Le troisième contient un abrégé de la: philosophie épicurienne, avec des écrits contre Aristote, contre le théosophe Robert Fludd et contre Descartes. Vous avez entendu ses ob. servations sur le célèbre énoncé, « Je pense, donc je «suis :» ilen propose de semblables sur les idées innés et sur la preuve de l’existence de Dieu tirée de la seule idée d’un être infini, nécessaire et souverainement parfait. 1l est étonné, presque effrayé d’une preuves concise, si rapide, si soudaine du premier des dogme philosophiques ; il veut qu’une vérité dont limpor. tance est si haute s’établisse sur des fondements dont Ja solidité soit plus sensible et la consistance mieu garantie. Le tome IV ne concerne que l'astronomie. Le cinquième est biographique et historique : on ; trouve le livre de Diogène de Laërte, relatif à Épicure, une vie de ce même Épicure par Gassendi, qui 1 écrit aussi celles de Peiresc, de Peurbath, de Régio:
des plus ha
les combats
si sérieux Breste de cré.
il s'est gué cent. Ce n°e voir, malgré jugés dont i en soit, en | tre autres qui consistes Cette planèt elle Passe, e kralent po aussi que ll ens, et que que des indi d'examiner s lux pieds o
se
ts pour montanus, de Copernic et de Tycho:Brahe : elles sont pénibles suivies, dans le tome V, d'opuscules sur quelques déditations tails d'histoire et d’une introduction à la musique. Des le mai lettres écrites depuis 1621 jusqu’en 1655 composent Da le dernier volume. Bernier, l’un des disciples de Gasvre ben. sendi, a réduit ces six in-folio latins à sept in-douze rêts bin français, qui ont été trouvés un peu lougs. Il vaut mieux. mars: con lire ceux des ouvrages originaux de Gassendi qui ont tie oi conservé de l'intérêt; sa logique, ses livres de biograpas rel. phie et d'histoire, plusieurs de ses lettres et quelquesre Yen uns de ses écrits polémiques. Il n’a plus aujourd’hui. ;, quand i rien à nous apprendre en- physique ni en astronomie. nière très
Ilest, en traitant de cette dernière science, au niveau des plus hautes connaissances de son temps : seulement les combats qu'il livre aux chimères astrologiques sont si sérieux et si laborieux, qu’il semble décéler un reste de crédulité ;. c’est une maladie qu’il a eue et dont il s'est guéri sans doute, mais il est encore convalescent. Ce n’est pas la seule matière dans. laquelle il laisse voir, malgré sa pénétrante sagacité, l'influence des prejugés dont il a été: imbu dans son enfance. Quoi qu'il en soit, en parlant du flux et du reflux de la mer, entre autres causes de ce phénomène, il expose celle qui consisterait dans une force attractive de la lune: Cette planète attirerait les eaux au-dessus desquelles lle passe, et celles sur lesquelles elle a passé se refoukraient pour prendre leur niveau. Gassendi a su aussi que l’homme pouvait être doué de plus de cinq ens, et que nous avons commencé par ne connaître que des individus. On peut s'étonner qu'il se soit avisé d'examiner si l’homme est destiné à marcher sur ses lux pieds ou à quatre pattes : il. discute sur cette ques-
it les deux
1e contient
, avec des he Robert du ses ob.
se , donc je dées innées de la seule erainement e preuve gl des dogme nt limpor ments dont hnce mieut astronomie.
ue : On} fa Épicure, ndi, quii : de Régio:
tion le pour et le contre, comme a fait depuis Jean. Jacques Rousseau. Vous conclurez , Messieurs, de tous ces détails, que Gassendi n’avait point autant de talen et de génie que Descartes; mais il possédait, en divers geures, plus de connaissances positives; et peut-être la philosophie générale qu'on apprendrait de lui serait. elle beaucoup plus réelle. Il a bien moins de célébrité et 1l est aisé d’en concevoir les causes. Jamais il ne s'élève à la hauteur où se tient Descartes dans son Discours de la méthode , et surtout dans sa Géométrie Telle est d’ailleurs, à ce qu’il semble, la nature de l'es. prit humain, ou telles sont ses habitudes, que les ob. servations studieuses et timides n'ont point, à ses yeun, l'éclat des spéculations hardies et générales; bien qu'il soit vrai néanmoins et trop prouvé par l'expérience que les méditations solitaires, quand elles ne s’exercent point sur des faits bien reconnus et sur des notion représentées par des signes très-précis, n’enfantent ordinairement que des chimères. Les cartésiens sont donc parvenus, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, à diminuer et presque à éteindre la renommé de Gassendi; en quoi je pense qu'il y a eu encore plus de dommage que d’injustice. Elle n’est pas devenu plus brillante par l'éloge qu’un dominicain appelé Men: a fait de lui et que l'académie de Marseille a couronné en 1767. Dans ces derniers temps, l'académie d'Aù a ouvert, sur le même sujet, un concours qui n’a pont eu de résultat. Ainsi rien n’annonce que les ouvrage de Gassendi puissent recouvrer de sitôt plus de gloir et plus d'influence. Ce n’est pas la moins remarquabk des expériences qui montrent que les travaux littéraire et philosophiques ont des destinées indépendant
de leu
Dan:
de l’éc où la p mencèr
uis Jean.
, de tous de talent en divers peut-être lui seraitcélébrité, pais il ne dans son séométrie ure de l'esque les ob.
à ses yeux, ; bien qui l'expérience e s'exercent des notions n’enfantent tésiens sont dix-septième a renommée encore plus pas devenue appelé Men:
e a couronnt
de leur mérite et de leur utilité : Habent sua fata.
Dans notre séance prochaine, nous suivrons l’histoire de l'école cartésienne depuis 1650 jusqu’au temps
où la philosophie de Locke et celle de Leibnitz commencèrent à se propager.
CAR ER EL 29 DERE LABULE LVDLLLIVSLVILLLGÉALTLLLOLOSLRS Lette
PHILOSOPHIE DU DIX-SEPTIÈME ET DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE : — DE 1650 A 1730.
Messieurs, si nous ne tenons pas compte des notions recueillies par Vossius ni des doctrines encore plus oubliées de Campanella et de Bérigard, l’histoire de la philosophie ne nous offrira , de l’an 1600 à 1650, que les noms de Bacon, de Hobbes, de Descartes et de Gassendi. J'ai exposé les résultats des travaux mémorables de ees quatre écrivains. Nous avons à considérer aujourd’hui comment leurs doctrines ont été soutenues, développées, modifiées ou contredites durant les cinquante dernières années du dix-septième siècle. Les trois personnages sur lesquels s’arrêteront le plus longtemps nos regards sont Malebranche, Locke et Leib-
nitz; mais nous commencerons par distinguer entre leurs contemporains ceux dont les travaux philosophiques, sans avoir autant d'éclat ou d’étendue que les leurs , sont pourtant dignes de quelque souvenir,
Les idées du calviniste de Rodon sur le libre arbitre et sur les atomes se rapprochent beaucoup de cel. les de Gassendi; mais elles se rattachent aussi à des controverses théologiques dont je n'ai point à vous entretenir. Pascal, que son traité de l'Éguilibre des li queurs et son problème de la roulette placent au rang
des plus habiles physiciens et géomètres de son siècle, n’a guère non plus envisagé la métaphysique et la
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IUITIÈME
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possédait pourtant au plus haut degré deux sciences éminemment philosophiques, celle du langage et celle du cœur humain. Boileau, son maître, et, ce qui est plus, son émule dans l'art d'écrire en vers, a été qua. lifié le poëte de la raison ; il est du moins celui qui à le mieux discerné les plus raisonnables doctrines de l’école cartésienne. Au moment où elles allaient être solennellement condamnées par les chambres du parle. ment, comme par les quatre facultés de Puniveriité, il fit l’A4rrét burlesque ; ce n’est point là san: L'oute vu de ses productions les plus précieuses, mais l'heurense influence qu’elle obtint est un fair remarquable dans l’histoire des opinions et des controverses de cet âge. Cependant, Messieurs, entre la vieille et la nouvelle métaphysique, le scepticisme ne laissait pas d'acquérir d'assez nombreux partisans. C'est l'effet ordinaire de ces démêlés. Dès le commencement du siècle, le mé. decin français Sanchez avait osé déclarer, dans l'intitule même d’un de ses livres, que nous ne savons rien du tout, quod nihil scitur : il empruntait de Sextus Em. piricus les développements de cettesentence. La Moth le Vayer exprima les mêmes doutes, les représent comme souverainement raisonnables, prétendit qu'ils étaient fort utiles, et les resserra néanmoins en de cer. taines limites. La logique, la morale et les autres petit traités de la Mothe le Vayer, peu consultés aujourd'hui avaient alors du crédit. Pour arrêter le torrent de celt incrédulité, ur conseiller d’État, membre de l’Acadé mie française. \c:: “° Silhor. publia en 1661 w énorme traité La certitude des connaissances hum res, qui depuis longtemps n’a plus du tout de lecteur, et n’en à jamais eu beaucoup. Le scepticisme fit à
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nouveaux progrès : le livre de Browne sur les erreurs populaires eut un succès rapide, qui ne s’est affaibli qu’à mesure que ces erreurs ont elles-mêmes perdu de leur empire. L'Italien Flosi hasarda des observations sérieuses sur la tyrannie de l'opinion. Bayle parut enfin : né dans le comté de Foix en 1647, il étudia, lut, écrivit jusqu'en 1706, date de sa mort à Amsterdam ; la révocation de l’édit de Nantes l’avait chassé de France. Il a rédigé en latin et en français, à l’usage de la jeunesse, un cours de logique, de morale, de physique et de métaphysique : c'est l’enseignement ordinaire modifié par quelques idées cartésiennes et par des nuances de scepticisme. Il y a plus de philosophie originale dans les Pensées sur la comète , dans le commentaire surles paroles, « Contrains-les d'entrer, »en divers autres écrits de Bayle et surtout dans son Dictionnaire historique, l'édifice le plus neuf et le plus vaste, quoique non complet, que lérudition d’un seul homme ait jamais bâti en un tel genre. C’est qu’à cette érudition si étendue , Bayle joignait une raison forte, capable de discerner tous Îles points faibles des doctrines anciennes et modernes. On doit le plaindre de ses erreurs théologiques , et regret-
| ter les moments que ce genre de controverses lui a dé-
robés; mais le profit à tirer de ses travaux réels est immense, Ses doutes, entretenus presque chaque jour par la lecture de quelques pages de Montaigne, n’étaient le plus souvent que ceux que conseille ou preserit la méthode de Descartes. Nous avons, Messieurs, à compter encore parmi les sceptiques , le savant Huet, évêque d’Avranches, qui, après beaucoup d’études et de compositions, a fini par concevoir une idée fort exagérée De la faiblesse de l'esprit humain. Le volume auquel
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il a imposé ce titre est divisé en trois parties. La pre. mière contient une très-bonne histoire du scepticisme et une prétendue démonstration de l'impossibilité de toute certitude. Le but de la seconde est d'inviter les philosophes à s’en tenir au calcul des probabilités : ici Huet se déclare contre les idées innées de Descartes, et soutient, avec Aristote, que toute connaissance derive des sensations; mais il se garde bien de faire un seul pas de plus : il veut qu’on ne s’attache à aucune secte, et n’approuve pas plus l'éclectisme que la profession exclusive d’une seule et même doctrine. Ia troisième section se compose de réponses bien faibles à des objections très-graves.
Jusqu'en 1688, le cartésianisme avait peu pénétré en Augleterre, où les intérêts et les débats politiques occupaient la plupart des esprits actifs et studieux. Cest à un système d'organisation sociale que tendent les Aphorismes d'Harrington et son ouvrage intitulé Oceana : ils lui ont valu un emprisonnement, de longues poursuites, et l'ont exposé à la peine capital. Algernon Sidney, qui n’a point échappé à cette destinée, a laissé des discours philosophiques sur le gouvernement qui ont passé, comme les livres d’Harrington, dans notre langue; les Anglais eurent néanmoins en ces temps-là un métaphysicien assez renommé dans Ralph Cudworth,auteur d’un in-folio qui parut en leur langue, en 1678, sous le titre de Véritable systeme intellectuel et que Mosheim a traduit en latin. Cudworth entreprend de réfuter Épicure, et accuse d’athéisme ceux qui soutiennent que l’intellect doit aux sens le premier fonds des lumières. À son tour, il eut à se défendre d'in culpations non moins calomnieuses. Des théologiens
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prétendirent qu’il avait, méchamment et à dessein, reproduit dans toute leur force les objections des mécréants et affaibli les réponses. Ils lui reprochèrent des opinions hasardées, des rêveries platoniques, et particulièrement certaine nature plastique qui, selon lui, subordonnée à l’Étre suprême, organisait immédiatement les corps des animaux. Il s'était pourtant proposé un but très-louable : il voulait prouver que presque tous les ancieus philosophes avaient reconnu un Dieu tout-puissant et juste, dont l'intelligence est infinie. Pour établir ce fait, il a rassemblé un très-grand nombre de textes, de témoignages, de documents, et composé ainsi un ouvrage fort érudit, qui, s’il n’enrichit guère le fonds même des sciences philosophiques, contribue au moins à en éclaircir l'histoire.
Un de ses contemporains, le Hollandais Spinosa, est l'homme qu’on a le plus reproché à l’école cartésienne, dont il était sans doute un disciple, mais à laquelle on ne peut sans injustice imputer les dogmes extrava- À gants et impies qu'il a professés. Je ne m’arrêterai point à vous faire un long exposé de son système, qui n’a de métaphysique qu’une obscure ontologie. Tout y repose sur l’idée de la substance ; et le développement de cette idée fournit le premier et le plus vaste des principes, celui qui déclare que tout est dans tout. Spinosa ne voit ainsi dans la nature entière qu’une substance uniwrselle, unique, nécessaire et divine : il reproduit l'antique panthéisme de certaines écoles, particulièrement de celle d'Élée; mais il le présente sous des formes spéciales, empruntées de Platon et plus souvent de Descartes. L'un et l’autre lui fournissent de prétendues notions typiques ou essentielles de la substance,
des modalités, de l'infini, de l'absolu, de l'unité. Les définitions qu'il donne de ces termes aboutissent à des propositions générales qu'il érige en axiomes; et il procède ensuite par divisions, théorèmes, lemmes, corollaires, à la manière des géomètres et selon la mé. thode cartésienne. Cet appareil de démonstrations sé. duisit plusieurs métaphysiciens : il y en eut qui osèrent parler assez crûment le langage de Spinosa; quelques autres furent soupçonnés de n'avoir feint de réfuter sa doctrine que pour la mieux propager. On pourrait faire ainsi une assez longue liste de vrais ou de prétendu spinosistes, qui commencerait par les noms de Cufte. ler, auteur d’une Logique, de Wirmars, de Guillaume Hosse, se continuerait par celui de Boulainvilliers, et, pour abréger, se terminerait par Sabatier de Castres, qui, après s'être tant récrié, dans ces trois siècles de h littérature française, contre les philosophes du dixhuitième, a composé une apologie sérieuse de Spinou et du spinosisme, imprimée à Altona en 1806, Cette étrange philosophie, que Fénelon, Bayle, Voltaire «t tant d’autres, semblaient avoir anéantie et presque ense. velie dans un oubli profond, est redevenue depuis qu rante ans le sujet de beaucoup de discussions en Alle. magne, où l’on a publié, en ces derniers temps, de éditions complètes de Spinosa. Il n’en existait que de partielles, qui avaient suffi jusqu'alors. Mais rentrons dans le dix-septième siècle.
Les réflexions du P. Rapin sur la logique et les ar tres morceaux de philosophie qui se rencontrent dans ses œuvres, dans celles de Saint-Réal et de quelques autre
littérateurs de ce siècle, n’ont rien d’original ni de très important. La Bruyère lui-même, qui tiendra toujour
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un rang si distingué parmi les moralistes, ne saurait être cité comme ayant professé un système général de philosophie. Fénelon a porté dans sa métaphysique la droiture de sa raison, la grâce de son esprit et peu d'idées neuves. Sa doctrine même de l’amour désintéressé n’était que rajeunie. Plusieurs articles de son Traité de l'existence de Dieu sont d’un cartésien; et c'est aussi à cette école qu’appartiendrait plutôt qu’à toute autre, Bernard Lami, auteur de sept excellents entretiens et de quatre lettres sur les sciences. Le second de ces entretiens est suivi d’une logique recommandable par sa précision, et qui mérite, à tous égards, de n'être pas confondue avec celle de Francois Lami bénédictin. Mais le plus illustre des disciples ou sectateurs de René Descartes est Nicolas Malebranche, né en 1638 et mort en 1715 : sa vie coïncide“tout à fait avec celle de Louis XIV.
Pendant qu’on lui faisait étudier, avec assez peu de fruit, des livres d'histoire ecclésiastique, le Traité de l'homme par Descartes lui tomba sous la main; et la lecture de cet ouvrage le voua soudainement aux méditations métaphysiques. Il devint éloquent et philosophe, sans s'être jamais exercé à paraître ni l’un ni l'autre. Son talent, son art, son savoir, son génie, n’é-
taient que son enthousiasme : personne peut-être n’a jamais cherché la vérité avec un désintéressement plus digne de la rencontrer. Aucun métaphysicien moderne n'a une éloquence plus naturelle et plus vive : c’est Platon instruit par Descartes, et devenu aussi religieux que avant, aussi méthodique qu'inspiré. L'école de Port- Royal s'était bornée à recueillir les leçons les plus immédiates de Descartes; elle les appliquait à la grain-
maire, à la logique, à la morale, et ne les employait qu’à donner aux études une meilleure direction. Male. branche, que son imagination entraînait à des recher. ches, je ne dirai pas plus utiles, mais plus profondes,
creusa le cartésianisme jusqu’à ce qu’il ÿy eût retrouvé .
la philosophie platonicienne, et même encore, à ce qu’il croyait, celle de l'Évangile. Son génie concentr les doctrines de Platon, du christianisme, et de Des. cartes, n’en fit qu’un seul système , qui se recomman. dait à la fois parl’étroite cohérence de toutesses parties et par le riche éclat de ses couleurs. La publication de « Recherche de la vérité commença eu 1674 : l’auteur y dévoile successivement les erreurs des sens, de l’ima. gination, de l’entendement, des inclinations et des pas. sions, et finit par indiquer la méthode à suivre por découvrir et discerner le vrai. Il y a dans une sensation action d’un objet externe sur nos organes extérieurs, ébranlement des nerfs jusqu’au cerveau, sentiment, et en quatrième lieu jugement. C’est dans ce jugement que l'erreur se glisse. On juge plus qu'on w’a senti; on attribue aux corps externes des qualités autres que l'étendue, la configuration et le mouvement ; on oublie que les sens ne nous font connaître que les rapports de ces corps externes avec nous et non pas leur nature Pour expliquer l'imagination, Malebranche met em jeu les nerfs et les esprits animaux : ceux-ci ébranlent les extrémités des nerfs plongées dans le cer. veau même; de là l'imagination ou la reproduction de certaines circonstances des sensations ; de là aussi ka mémoire et l'habitude, dont l’une consisterait dans l'u. nion des fibres, et la seconde dans la plus grande facr lité des mouvements. Ce sont là, Messieurs, des de.
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veloppements de quelques idées de Descartes; mais on doit avouer que Malebranche ne sait point assez de physiologie pour traiter ces matières difficiles. Il conçoit bien mieux comment les abstractions de l’entendement pur deviennent des sources d'erreurs, et n’en est pas moins persuadé que la pensée est seule essentielle à l'esprit; que sentir et imaginer ne sont que des accidents; que nous voyons tout immédiatement en Dieu seul; que nous connaissons Dieu en lui-même , les corps dans l'étendue intelligible, notre âme par conscience et les autres esprits par conjecture. À ses yeux, les inclinations sont dans le monde spirituel ce qu'est le mouvement dans le monde matériel. Notre tendance au bien en général lui paraît un principe d’inquiétude, d'inapplication, de curiosité vague. Par inclinations, il entend des mouvements que de purs esprits pourraient éprouver comme nous; par passions, les émotions qui résultent du cours des esprits animaux et du sang. Ces passions altèrent le corps et l’âme; l’admiration et l'amour nous égarent; les passions qui ont le mal pour objet sont encore plus malfaisantes, et souvent aussi plus injustes : il s'ensuit que la perfection de l'esprit est de s'unir à Dieu. La méthode a pour but de rendre l'esprit attentif et étendu : attentif par l'aide des sens, de l'imagination et des passions ellesmêmes ; étendu par la généralisation des connaissances, par l'usage des signes abrégés, tels qu’en emploie l’algèbre. L'ouvrage finit par une sorte de développement des quatre règles de Descartes.
Les entretiens de Malebranche sur la métaphysique et la religion exposent encore plus complétement les
opinions de ce philosophe. On y voit qu’il ne regarde XX. 20
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306 SYSTÈMES PHHLOSOPHIQUES, ETC.
point les idées comme des modifications de l'âme, mai comme la substance de Dieu même, Il enseigne expres. sément que: le monde où nos corps. habitent n’est px celui que nous voyons; que les corps ne sont point vi. sibles; que leurs propriétés se réduisent à divers rap. ports de distance. Il répète que rien de semblable à nos sensations, n'existe ni, dans les corps qui nous sont étran. gers, ni dans le nôtre, Il conclut qu’il faut juger de choses par leurs idées et non par les sentiments qui nous affectent en leur présence : l’idée éclaire l'esprit; le sentiment ne peut jamais être employé utilement qu’à rendre ce même esprit plus appliqué, plus attentif Malebranche se laisse conduire bien plus loin par le cours de ses méditations. Suivant lui, lexistence des corps ne serait point croyable, si la révélation ne l'a. testait pas, Il n’y a hors de Dieu et autour de now que des causes occasionnelles, Dieu n’a pas voulu faire l'ouvrage le plus. parfait possible, mais seulement le plus parfait par rapport aux voies les plus dignes de luÿ. Je cite littéralement ces dernières paroles, qui pourtant me sembleraient énoncer un optimisme plu tôt absolu que relatif, Quoi qu'il en soit, Malebrancle poursuit en déclarant que ces voies, les plus dignes de Dieu, sont simples; que la Providence est général: qu'elle consiste dans les combinaisons. infiniment wfinies du, moral avec le physique, du naturel avec ke surnaturel. À. toutes ces propositions, il s’en. mêle de purement théologiques, dont nous n’avons point à nou occuper. Seulement il importe d'observer que le phile sophe.et le chrétien ne font jamais qu’un dans cet écri vain : ses Entretiens avec un Chinois sur l'existence a la nature de Dieu, ses autres Conversations offrent toi
précepte, Verbe. La des dévelo celui de l”A la grâce > ( re Arnaul ans son li lusieurs lé ogmes de ous Voyon kignant « mauld, et
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térieur, invoque pour éc intellige et nature spéciale, âme et s civile. V mais Male Mêmes id lus y sont devoirs so etqui se d tent ou à qu'il a po à la société même; et
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DIXIÈME LEÇON. 307 jours ce double caractère. Dieu est la seule cause proprement dite : excepté lui, rien n’agit qu’occasionnellement. Le Verbe de Dieu, le Xdyos ou le maître intérieur, est la raison universelle, nous sommes nés pour invoquer ses lumières dans la plus profonde solitude, pour écouter ses oracles au fond le plus secret de notre intelligence. La retraite est donc la destinée commune et naturelle de tous les hommes ; il faut une vocation spéciale, extraordinaire, pour vivre en dehors de son âme et se mêler des affaires de la vie domestique et civile. Voilà, Messieurs, d’assez étranges maximes; mais Malebranche ne recule devantaucune conséquence. Mêmes idées.dans son Traité de morale : toutes les vertus y sont ramenées à l'amour de l’ordre. Les premiers devoirs sont ceux que nous.avons à remplir envers Dieu, etqui se divisent en trois genres, selon qu’ils se rapportent ou à sa puissance, ou à sa sagesse, ou à l’amour qu'il a pour lui-même. Les devoirs sociaux remontent à la société éternelle, dont la source est encore en Dieu même; et la morale individuelle se résume en un seul précepte, chercher la perfection dans les leçons du Verbe. La théologie revendique une très-grande part des développements dont se composent et ce iraité et celui de l'Amour de Dieu, et celui De la nature et de lagräce , et les écrits polémiques du même auteur conre Arnauld, relativement à ces matières. Arnauld,
ans son livre Des vraies et des fausses idées et dans
lusieurs lettres, avait entrepris de réfuter certains
ogmes de Malebranche, surtout celui qui déclare que
jous voyons tout en Dieu. Malebranche répondait en se
lignant de n’avoir point été compris par le docteur
mauld , et s’efforçait de se mieux expliquer. On assure
qu'à ce propos Boileau lui dit un jour :« Qui donc voulez. « vous qui vous comprenne, si Arnauld ne vous entend «pas? » Je crois cependant, Messieurs, que le grand ar. nauld,-comme on disait alors, n’avait point en effet, quelque studieux qu'il fût, apporté assez d'attention à l'examen des livres de Malebranche; et l’on s’en éton. nera peu, si l’on considère à quel ‘point différaient les habitudes intellectuelles de ces deux éminents person. nages, tous deux cartésiens il est vrai et les plus illus. tres successeurs qu’ait eus Descartes, mais voués par inclination et, pour ainsi dire, par nature, l’un aux mé. ditations les plus solitaires-et les plus profondes, l’autre à des études positives, à la science pratique, à l’éru. dition doctorale : le premier ne cherchant la vérité que dans les replis les plus secrets de sa propre intelligence: le-second plus accoutumé à s’éclairer des lumières acquises- avant lui, et par là aussi plus exposé quelquefois à la contagion des erreurs étrangères ; celui-ci en mot plus savant, celui-là beaucoup plus métaphysicien et même plus philosophe. L’indissoluble enchaînement des pensées et toute la clarté d'expression que peuvent exiger des lecteurs attentifs caractérisent, dans la littérature métaphysique , les écrits de Malebranche. Je ne veux pas dire assurément que sa doctrine soi préférable à toute autre ; elle doit être au contraire plus constamment fausse, si les dogmes fondamentaux qui sont communs à Malebranche avec Descartes et avec Platon ne sont que de vains prestiges; car il en saisit et en accepte toutes les conséquences : persenne ne es a déduites avec plus de rigueur, ni exposées avec plus de franchise. Si vous voulez prendre une très-haute et très-juste idée de ses livres, vous n’avez qu’à les com-
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toujou léger s Ua be oi subt que s'ex en ce té dre tan . religieu jusqu'a pas la li et le pré cultes, D cartes, lé ginaux , structifs paraisse :
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très-haute et à les com-
DIXIÈME LEÇON. 309 ‘parer avec ceux de Proclas , de Plotiu, j'oserais presque dire de Platon lui-même. Vous retrouvere. :t souvent chez Malebranche l’éloquence de Platon, mais toujours avec une meilleure méthode, et sans le plus léger symptôme de l’extase vaporeuse des Alexandrins. Ua beau être profond, il ne devient nulle part obscur ui subtil; et, à. quelque degré que son théisme s'élève, que s'exalte:sa piété, jamais sa philosophie ne dégénère en ce ténébreux mysticisme où, nous avons vu se perdre tant de systèmes métaphysiques beaucoup moins
religieux que le sien. Ses contemplations le conduisent jusqu'aux confins de la théosophie; mais il ne franchit pas la limite : sa raison et ses croyances le retiennent et le préservent de toute tendance aux doctrines occultes. Des livres sortis de l’école de Platon ou.de Desartes, les siens me sembleraient à la fois les plus orignaux , les plus purs, j’ajouterai même les plus instructifs : car, bien. qu’il n’affecte pas l’érudition et qu’il paraisse au contraire ne la point estimer assez, il ne manque pourtant d'aucune des connaissances littéraires qui se rattachent à la science qu’il cultive; il met d'ailleurs à profit les progrès qu'ont faits, jusqu’à son temps, la physique et les mathématiques; et il est enfin, parmi les métaphysiciens de tous les âges, un des plus habiles écrivains.
Nous avons vu qu'il eût nié, comme jadis Parménide et Zénon d’Élée, le mouvement des corps et, comme depuis a fait Berkeley, leur existence, s’il n’eût pensé qu'elle était certifiée par les livres saints. C’eût été proprement l’idéalisme, espèce de pyrrhonisme éléatique, qu'il ne faut pas confondre, quoiqu’on lait fait quelquefois, avec le platonisme ou le cartésianisme, qui
peuvent bien y aboutir par leurs derniers développements, mais qui en sont distincts. La philosophie de Descartes, contre-balancée dans le cours du dix-sep. tième siècle par le péripatétisme des écoles, par les doctrines de Bacon, de Hobbes , de Gassendi et enfin de Locke, n’aurait pas osé avouer une conséquence aussi étrange que la non-existence de l'univers matériel, Locke, né en 1632, six ans avant Malebranche, ne commença qu’en 1686 à se faire connaître dans le monde littéraire, et ne publia qu’en 1690 l’ouvrage qui l’immortalise. Il avait pourtant quitté de bonne heure le comté de Bristol, son pays natal, et s’était livré à des études laborieuses, moins pour acquérir les moyens d'existence que lui refusait la fortune que pour satisfaire son goût le plus vif, son penchant le plus impé. rieux. Des seigneurs, des ambassadeurs, des ministres, discernèrent ses talents et les mirent à profit. Il fit avec eux des voyages en diverses parties de l’Europe : l'un d'eux, lord Ashley, lui confia l’éducation de son fik puis de son ;æat-fils, et l'introduisit en des société brillantes et même éclairées. En 1672, Ashley, devenu grard chancelier, lui donna un emploi de secrétaire, que Locke perdit l’année suivante, quand Ashley rendit les sceaux; mais, en 1679, ce seigneur, qui était depuis quelques années comte de Shaftesbury, rentra dans les affaires en qualité de président du conseil des ministres, et ne manqua point de rappeler Locke auprès de lui. Disgracié de nouveau quelque temps après, Ashley se retira en Hollande; Locke l'y suivit, et y resta jusqu’en 1683, époque de la mort du comte. Locke avait obtenu à Oxford une chaire dont on le deposséda en 1684, en le déclarant factieux;il était, en
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n'en avail si fort de conspirati tradition :
une retrai patrie: il missions « démit du permettait ordres du 1 appointem mourut en époux de 1 qu'un simp citoyens et le dix-sept modifier o vie de Lo dres, et qu c'est des li dois vous
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DIXIÈME LEÇON. 314 effet, l'un des plus fidèles et des plus sages amis de la hberté. On ne tarda point à reconnaître que la conduite qu'on venait de tenir à son égard n’était ni équitable ni prudente : il n’eût tenu qu'à lui de reprendre sa chaire au commencement du règne de Jacques Il; on lui offrait ce qu’on appelait sa grâce. Il répondit qu’on n’asait eu aucune raison de le juger coupable, et qu'on n'en avait pas davantage de lui pardonner. On se fâcha si fort de cette noble réponse, qu’on le comprit dans la conspiration de Montmouth, et qu’on demanda son extradition aux magistrats hollandais, qui lui ménagèrent une retraite. La révolution de 1689 le ramena dans sa patrie: il y publia ses principaux ouvrages, refusa des missions diplomatiques, accepta d’autres emplois, se démit du dernier, quand il vit que sa santé ne lui permettait plus d’en remplir les devoirs, et, malgré les ordres du roi Guillaume, n’en voulut pas conserver les appointements, qui étaient de mille livres sterling. 11 mourut en 1704, à Gates, chez le chevalier Marsham, époux de la fille de Cudworth. Ce n’est là, Messieurs, qu'un simple sommaire de l’histoire d’un des meilleurs citoyens et des plus grands philosophes qu’ait produits le dix-septième siècle. Peut-être y aura-t-il lieu d’en modifier ou d’en étendre quelques articles d’après une vie de Locke qu’on a publiée il y a peu de mois à Londres, et que nous n’avons point encore en France. Mais cest des livres de Locke et de sa philosophie que je dois vous entretenir. Il nous suffit de savoir que son caractère aussi paisible qu'énergique, que ses mœurs honorables autant que modestes , étaient dignes de ses lumières.
Il a composé lui-même un précis de son £ssai sur
l’entendement humain, précis dont unetraduction fran. çaise fut insérée en 1688 dans un journal de Leclerc, la Bibliothèque universelle. L'ouvrage entier parut, comme je l'ai dit, en 1690; et les réimpressions, les tra. ductions en latin et en langues vulgaires, ne tardèrent point à le répandre dans l’Europe entière. C’est là que se développe pour la première fois la science appelée cent ans plus tard Idéologie. La doctrine des idées innées avait acquis tant de crédit, que Locke s'arrête fort longtemps à la combattre ; et cette première partie de son traité paraît un peu prolixe à ceux qui ne voient qu’une pure chimère dans l'opinion qu’il examine sous tous les aspects possibles, avec tant de soin, de mé. thode et de scrupule. Il en a désabusé le monde, on le croyait du moins; et il semblait l'avoir détruite de manière à n’y plus jamais revenir. Sensation et ré. flexion, voilà, selon lui, les deux sources de nos idées
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