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Ses disciples ou successeurs les plus immédiats ont été Chrétien Thomasius et Jean-Chrétien Wolf, qui ont eu jadis de la renommée, et dont je ne ferai pourtant qu'une mention fort succincte, parce que leurs travaux philosophiques ne sont presque plus d'aucun usage. Le premier mourut à Halle en 1728; il était né en 1655, à Leipzig, d’un philologue estimablequia donné des leçons
| de grammaire et de littérature à Leibnitz. Chrétien Thomasius aspirait à l'originalité ; il ne lui convenait pas de
n'être qu'unleibnitzien docile. Si on lisait encore sa Phibsophie aulique ou de cour, son /ntroduction à la logiue, sa Vie d' Aristote, son Essai sur la nature de l'esprit, et ses autres écrits qui sont nombreux , on y remarquerait des idées qui lui appartiennent en propre, mais qu'on ne luienvierait guère. Chrétien Volf est un auteur encore plus fécond : il a mis au jour, de 1728 à 1740, trente in-4° latins, qui ont pour sujets la phisophie première ou l’ontologie, la logique, la psychologie rationnelle, la psychologie empirique, la théolo-
gie naturelle, la physique expérimentale et doctrinale la cosmologie générale, les mathématiques , la philo. sophie pratique universelle, la morale, le droit de |; nature et des gens; le tout distribué par définitions, théorèmes, corollaires, à la façon des géomètres, « rédigé dans le style syllogistique des écoles. C’est une somme de philosophie comparable aux sommes théo. logiques du moyen âge : on croirait lire les livres d'un docteur du treizième siècle, retrouvés au fond de quelque monastère. Les pensées mêmes et les doctri. nes sont souvent dignes de cette origine et de cette époque. Cependant il s’y mêle beaucoup d'articles de philosophie moderne, surtout de la leibnitzienne. Wolf rassemble tous les dogmes épars dans les opuscules de Leiïbnitz, et en compose un énorme corps de philoso. phie germanique. Il enseigne, comme son maître, que la sensation est la représentation de la variété dans l'u nité, et que, par la pensée, l’âme a la conscience d'elle. même. De là deux ordres d'opérations et d’idées : l'or. dre inférieur qui ne dérive que des impressions sensibles, l’ordre supérieur qui tient à l’entendement; ou bien, en d’autres termes, la raison empirique et la raison pure; la première appuyée sur l’expérience et procédant par des méthodes a posteriori, la seconde dirigée par l’enchaînement des vérités nécessaires. Comme Leibnit, il fait de l’activité intérieure et originelle de l'esprit k source de toutes les connaissances, et en discerne qui ne viennent pas des sens, puisqu'elles sont inhérentes à l'intellect même. Il distingue les vérités de fait des vérités de raison, fondant les premières sur l’expérience et ladi versité , les secondes sur l’intuition et l'identité, ressuscitant ainsi les méthodes « priori, et appliquant la syn-
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DIXIÈME LEÇON. 327 1hèse à toutes les études philosophiques. Wolf a composé en allemand quelques volumes, et l'on prétend qu'il écrit mieux en cette langue. Malgré l'innocence de ses livres latins et leur gravité si respectahle, Wolf n’a point échappé aux persécutions des théologiens de son pays et de sa secte. L’une des accusations dont ils le poursuivaient était d’avoir trop vanté la morale de Confucius; ils le firent chasser de Halle, où il occupait une chaire publique, qui depuis lui fut rendue. Il est resté, en dépit de l'envie, le maître le plus accrédité en Germanie avant Emmanuel Kant. Wolf n’est mort qu’en 1764, mais à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Je l'ai rapproché de Leibnitz, parce qu'à deux ou trois articles près, il a professé les doctrines de ce philosophe, et s'est imposé la tâche de les introduire dans toutes les branches de l’enseignement scolastique.
Nous suivrons, la prochaine fois, l’histoire -de la philosophie jusque vers la fin du dix-huitième siècle.
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PHILOSOPHIE DU DiX-HUITIÈME SIÈCLE,
Messieurs, les trois philosophes que nous avons dis. tingués les premiers dans le dix-septième siècle sont Bacon, Descartes et Gassendi. Hobbes, considéré quel. quefois comme un élève de Bacon, s’est fait remarquer plus qu’estimer par des doctrines qui lui sont propres. Descartes a eu de plus véritables disciples et même de très-illustres, tels que les écrivains de Port-Royal, Pas. cal, Boileau, Racine, et le métaphysicien Malebranche, Pourquoi faut-il que l’école cartésienne ait produit aussi le panthéiste Spinosa ? Ce système impie a été réfuté par Fénelon et même par Bayle, savant sceptique, par la Mo. the le Vayer et l’évêque Huet. Jusqu’en 1688 les Anglais s'étaient bien moins occupés des méditations métaphysi ques de Bacon, que des intérêts et des théories politiques : c’est l’objet d'une grande partie des écrits de Hobbes, et l'unique sujet des livres d'Harrington et d'Al. gernon Sidney. Cependant Cudworth publia, en 1678 son système intellectuel , qui, s’il n’étendait pas les connaissances philosophiques, en pouvait au moins éciaïr. cir l’histoire. L’Essai de Locke sur l’entendement human parut en 1690 , et créa la science aujourd’hui nommée idéologie, en même temps que Newton renouvelait et agrandissait les sciences exactes. Je n’ai pu vous indiquer avant la fin du dix-septième siècle aucun disciple de Locke; car Tschirnhausen avait écrit avant 1690 si
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Logique expérimentale; et Schaftesbury n'appartient point assez pleinement à cette école. Nous avoas vu Leibnitz en ouvrir une autre avant 1700, et j'ai tâché de vous donner une idée de ce premier état de la philosophie allemande, presque également rivale de celle de Descartes et de celle de Locke , quoique, à vrai dire, elle ne soit, ainsi que la cartésienne, qu’une forme du pltonisme. Notre dernière séance s’est terminée par des observations succinctes sur les deux premiers disciples de Leibnitz, Thomasius et Chrétien Wolf. Je vais, Messieurs, vous entretenir aujourd’hui de la philoso-