‹ Cours d'études historiques [microforme]Chapitre 33 sur 115 · PR · texte numérisé non relu

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nerminenrntteamaarenennt

régnait assez de méthode dans la distribution des dé. tails, d’exactitwde dans les exposés, d’enchaînement entre les idées : i! eût été difficile d'examiner les raison. nements, Car il n’y en a réellement pas un seul, « même il ne doit point y en avoir; la pensée générale de l'ouvrage étant que le raisonnement abuse, que h science égare, que l’enthousiasme est la vraie source des lumières et du bonheur. La plupart des lecteurs français apprenaient, dans ces gracieux ét ingénieur récits, les noms de üeaucoup de littérateurs et philoso. phes allemands, dont jusqu'alors ils avaient fort per

SYSTÈMES PITILOSOP'i QUES, FTC.

entendu parler : nulle autre cause n’a plus contribu |

à mettre à la mode parmi nous cette philosophie ger. manique, dont je vous ai montré les premiers germes et la première forme dans la métaphysique de Leibnitz, de Thomasins, de Chrétien Wolf, et dont je doi vous retracer sommairement l'histoire à partir de 1750 jusqu'en 1800.

S Gravesande, l’un des premiers propagateurs de h physique newtonienne, avait bien aussi quelque per. chant pour la métaphysique de Locke. Mais ses idée sur ce second genre d'études étaient beaucoup moins arrêtées; et d’ailleurs il s'agissait là d’une théorie que sa nature même et diverses circonstances rendaient plus difficile à introduire dans l’enseignement. En ré digeant une introduction à la philosophie, c’est-à-din une logique et une métaphysique, *S Gravesande crut i propos d'y adopter de préférence la doctrine leibnit zienne, à laquelle il n'ajouta d'ailleurs aucan dévelop. pement qui la püt rendre plus recommandable. N

eut du moins le bon esprit de la restreindre à des rt: Pisicien

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sultats pratiques. Les opuscules d’un antre Hollandais, François Hemsterhuys, fils d’un philologue laborieux , sont des dialogues intitulés Sophyle ou la philosophie, Aristée ou la divinité, Alexis ou l'äge d'or, Simon ou les facultés de l'âme, et une lettre sur l’athéisme. llemsterhuys mêle aussi quelques traits de l'idéologie de Locke à la psychc toutes nos connaiss

et distribue nos fac

imagination et raiso

le Leïbnitz; mais il ramène principe de la conscience, eux genres principaux,

e dans l’âme une force attractive qui la porte hors d’elle vers l'idéal, et une force d'inertie qui la retient en elle-même. L'univers, à ce qu'il dit, n’est pas tourné pour nous du côté qu'il faudrait pour que nous pussions bien concevoir les rapports de l’intelligence avec la matière; un organe moral, indépendant de nos sens, atteint une autre face de ce monde. Cet organe est à peu près, comme dans l'école écossaise, le sens commun, auquel Hemsterhuys soumet tous les systèmes métaphysiques. Le sien est encore plus platonique et poétique que leibnitzien; et, quoique très-vague, il n’était pas assez compliqué et assez obscur pour faire une très-grande fortune en Allemagne. Le Suédois Svedenborg, après avoir cultivé avec succès les sciences exactes et les sciences naturelles,

Leut des visions, des révélations, des entretiens avec les

esprits célestes, avec Dieu même, écrivit des livres mysnues, et devint le chef d’une nouvelle secte de théobophes. Les rêveries de ces illuminés, leur délire ou kurs impostures n’ont réellement rien de commun avec da philosophie allemande ou leibnitzienne. Mais Les- ; mg, quoique plus littérateur, plus poëte que métaphysicien , se joignit en effet aux adversaires de l'école,

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entra dans celle de Leïbnitz, et n’y pénétra pas fort avant. 11 lui restait, comme. à ’S Gravesande, quelque indécision sur ces matières. C’est par ses travaux pure. . ment littéraires qu'il s’est acquis, chez les Allemands ses counpatriotes, une renomimée qui a retenti dans l’Europe. Les productions philosophiques de Forme sont si nombreuses, qu’il n’y a pas moyen de les passer sous silence. N’a-t-il pas fait un Philosophe païen, w Philosophe chrétien, des Mélanges de philosophie, une Belle wolfienne, c’est-à-dire un exposé de la doctrine de Wolf; de plus, un abrégé de ce qu'avait écrit le même Wolf sur le droit de la nature et des gens; en outre, des Principes de morale, un Système du vrai bonheur,un Examen de lu liaison qui existe entre les sciences et les mœurs ? I] a fourni des articles à l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, et des mémoires au Recueil de l’Académie de Berlin, dont il a été secrétaire jusqu’à sa mort en 1797, à l’âge de quatre-vingt-sn ans. La plupart e.ses écrits sont en notre langue; i était né au sein d’une famille française, réfugiée en Prusse depuis la révocation de l'édit de Nantes. Mai l’école de philosophie allemande le revendique : Leib nitz et Wolf lui fournissent le fonds de ses idées e métaphysique; il s’est étudié à les revêtir de quelque formes tolérables; et quand il n’y réussit pas, c’est sur tout la matière qui s’y refuse. On retrouve quelquefois chez lui la méthode et la politesse d’un Français.

Il ne sera pas inutile d'observer qu’un membre plik illustre de l'Académie de Berlin , et qui a vingt-cinqat habité cette ville, Léonard Euler, le plus laborieux l’un des plus savants mathématiciens du.dernier siècle, celui qui a le plus perfectionné et propagé l’enseigit

SYSTÈMES PiHILOSOPHIQUES, ETC.

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ment de ces sciences, ne s’est senti aucun penchant pour la métaphysique allemande. 1l en a contredit expressément plusieurs dogmes, spécialement l’harmonie préétablie de Leibnitz ; et, sans faire ni une étude profonde , ni une profession trop cuverte de la philosophie de Locke, il a reconnu que c'est par les sens que l’âme acquiert ses’ premières connaissances. On a lieu de croire qu’il n'aurait pas changé d'avis s’il avait pu live les premiers écrits de Kant, peu répandus encore en 1783, époque de la mort d’Euler à Pétersbourg. Avant Kant, Jacobi avait commencé d’entrer en lice contre les philosophes d'Angleterre et de France, et voulait, comme Leibnitz,‘une métaphysique purement allemande. [1 a fait une analyse de l’âme humaine, et fondé notre nature intellectuelle sur le sentiment religieux : sur ce point et sur quelques autres, il ne s’est pas trouvé d'accord avec Kant, qui est, après Leibnitz, celui dont les doctrines ont eu le plus d’étendue et d'originalité. Emmanuel Kant était né à Kænisberg en 1724; il y est mort en 1804. Sa vie ne présente guère, en quatre-vingts ans, d’autres faits bien mémorables que ses études et ses ouvrages : mais son .syétème a mérité une place dans l’histoire de la philosophie. Ilexiste trois facultés intellectuelles, qui sont la sensbilité, l'entendement et la raison : il ne peut pas y en avoir plus; il ne saurait y en avoir moins. La sensibilité comprend le sens et l'imagination reproductive, qui est purement mécanique. Des sensations, comme le l'imagination, proviennent des énfuitions ou simles vues d'objets individuels. L’entendement est actif; [réunit les impressions sensibles, et les ramène à l’uité; il juge , et , de ses jugements synthétiques ou ana- AX. 24

lytiques, résultent des notions. Les jugements synthé. tiques exigent des additions , les jugements analytiques reposent sur l'identité. C'est pourquoi, en disant que deux et deux font quatre, nous faisons un jugement synthétique a priori. La sensibilité est en. nous ce que les sujets sont dans un empire; les fonctions de l’enten. dement ressemblent à celles des ministres d’État, et la raison ou être à celles du souverain : elle réunira les jogements en raisonnements; et, par ce moyen, elle fera succéder aux intuitions et aux notions les idées, c'est.à. diredes conceptions nécessaires quiserontencoredetrois sortes, psychologiques, cosmologiques et théologique. La raison est théorique lorsqu’elle s'applique aux ob. jets de nos connaissances, et pratique lorsqu'elle répit nos propres facultés, morales et appétitives. Maintenant, Messieurs, il nous faut apprendre ; distinguer toujours, dans nos intuitions, notions et idées, ce que nous empruntons des objets extérieurs, et ce que nous tirons de nous-mêmes. Les impressions sensibles, où nous ne sommes que passifs, sont empi. riques; celles qui viennent de notre pr"? fonds sont pures. La matière n’est ni quoi? ni qu. .e? Elle cor siste dans les données d'emprunt que les objets ext rieurs fournissent à la sensibilité, à l’entendeiment et la raison. La forme est le cirartère que ces trois facul tés intellectuelles qui sont en nous impriment à la mx tière. Il n’est point dans l'intention de Kant que «# formes soient des idées innées : ce sont des moula que la nature a mis en nous pour recevoir ce qui ak viendra. C’est ainsi que le temps et l’espace sont le formes de notre sensibilité, c’est-à-dire celles quel sensibilité imprime . aux objets de nos intuitions;

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ne: DOUZIÈME LEÇON. .. 371 quantité, la qualité, la relation, la modalité, les for mes que les objets des notions reçoivent de l’entendement; le moi ou l’âme, l'univers et Dieu, les formes que la raison fait prendre aux objets des idées.

nous ce que Tant que nous n'avons reçu aucune impression senns de l’enten- sible, nous ne savons encore ce que c’est qu’espace et d'État, et la temps; mais puisqu’un objet sensible ne peut exister qu'en un lieu et à une époque, il faut de nécessité que l'intuition empirique de cet objet se place et se moule

ants synthéanalytiques à disant que in jugement

éunira les jyen, elle fera

idées, C'est-à- dans les éntuitions pures de où et du quand. Un juencoredetrois MA gement, acte de l'entendement, doit avoir quatre théologiques. D formes, ni plus ni moins : 1° quantité, ce jugement

est singulier, pluriel ou général; 2° qualité, il affirme, ou nie, ou limite; 3° relation, il est catégorique, hypothétique, ou injonctif; 4° modalité , il est ou problématique, présentant l’union du sujet et de l’attribut comme simplement possible; ou assertorique, énonçnt cette union comine réelle; ou apodictique, la donnant pour nécessaire. Ainsi, Messieurs , les notions pures qui correspondent aux quatre formes de notre entendement sont : 1° unité, pluralité, totalité; 2° affirmation, négation , limitation; 3° inhérence, causalité, disjonction ; 4° possibilité, nécessité, ou contingence , st-à-dire, en expressions générales , quantité, quaie, relation, modalité. Enfin les raisonnements suposent, en premier lieu, des sujets auxquels on attribue es modes ; secondement , des rapports entre les parties le tout ; en troisième lieu , des causes qui servent de ndements aux hypothèses. Or, quel est le sujet absolu? est l'âme. Quel est le tout absolu? c’est l’univers. à cause absolue? l’Étre suprême. Voilà les trois idées res : la première psychologique, la seconde cosmo-

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#72 SYSTÈMES PRILOSOPHIQUES, ETC.

logique, la troisième théologique. Tels sont, Mes sieurs, les principes de la théorie transcendantale éle. mentaire, laquelle amène la théorie transcendan. tale des méthodes ; et ces deux théories jointes composent le criticisme ou la critique (l'examen ) de la raison pure:

La théorie transcendantale des méthodes explique l’association qui s'opère entre les éléments de nos intuitions, notions et idées, empiriques et pures; comment les pures absorbent les empiriques; comment, par des absorptions diverses, se produisent différents genres de types ; comment surtout se distinguent l'objec. tif qui se rapporte à l'être pensé, et le subjectif qu appartient à l'être pensant. La certitude est une conviction fondée sur des motifs qui suffisent tant objee. tivement que subjectivement; et c'est ce qui n'arrive point en ce qui concerne les choses extérieures à nos facultés : la réalité de ces choses n’est pour now que phénoménale ou apparente. Mais des motifs pé. remptoires subjectivement autorisent et commandent inême la croyance : nous devons croire tout ce quiest une condition nécessaire pour atteindre un but né cessaire; la raison pratique exige de nons cette docilité, Ainsi, Messieurs ; tout cet appareil de distinction et denomenclatures aboutit, d’une part, au scepticisme des idéalistes, de l’autre, à la crédulité pratique du vulgaire. Nous ne connaissons parfaitement, selon Kant, que nos facultés intellectuelles; à l'égard des objets externes sur lesquels elles s’exercent, nous ne sommes certains de rien; mais là commence l'empire de notre raison usuelle, qui nous prescrit de faire comme si nous avions les convictions qui nous ma

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quent. Le docteur Kant va jusqu'à refuser aux vérités morales le caractère de connaissances objectives ; il ue laisse aucune certitude aux maximes qui énoncent des droits et des devoirs; il ne voit entre les hommes que des obligations hypothétiques, que des conventions qu'il faut respecter, parce qu’ainsi va le monde. Nous avons vu d’autres sophistes arriver à des conclusions à peu près pareilles, par des chemins plus courts et moins ténébreux.

Une distinction qui joue an grand rôle dans la doctrine de Kant est celle qu’il établit entre la réceptivité et la spontanéité : ce sont deux termes opposés dans son vocabulaire. La sensation est d’abord purement passive, et la réceptivité n’est que l'aptitude que nous avons à l’éprouver. Nous recevons de cette manière les matériaux divers d’une représentation , matériaux dont la pluralité a besoin d’être ramenée à lunité. C’est ce qu'opère la spontanéité, qui n’est plus une simple aptitude, mais une faculté intellectuelle proprement dite. Le rappel du varium à l’unité forme l'intuition pure, produit de la spontanéité considérée à son premier degré, L'entendement, second degré de cette même spontanéité, réunit ces intuitions diverses, les réduit à leur tour à l’unité, et en forme des notions pures. Vient ensuite la raison, qui n’est encore que la spontanéité, mais élevée à sa troisième et plus haute puissance. Cette raison s'empare des conceptions ou notions pues; et, en ramenant leur pluralité, leur varium à l'unité, à l'absolu, au moyen de la notion de l'infini qu'elle tire de sa propre activité, elle en fait des idées pures, semblables aux idées archétypes de Platon. Voilà, Messieurs, les différents ressorts de ce que le

philosophe de Kænisberg appelle l’organe cognitif. « COM On a de lui plusieurs autres ouvrages : la Critique «à un de la raison pratique, les Principes métaphysiques de « dra la science du droit, des Pensées sur les forces vitales, « comt une Æéstoire nature!le de l'univers, une Théorie dy « puis ciel,une Métaphysiquedes nœurs,une Démonstration « comn de l'existence de Dieu, un Essai sur la philosophie de çonne, l'histoire. Je pourrai trouver l'occasion de vous parler que ce de ce dernier écrit : il doit me suffire, en ce moment, possible de vous avoir exposé le système métaphysique par lequel deuxièn ce philosophe est principalement connu. Avant 1810 lesquell les Allemands reprochaient amèrement aux Français de son, Ce s’obstiner à négliger une si profonde et si sublime d'aussi 1 doctrine, malgré tous les soins qu’avaient pris pour DR le néo-; la propager MM. Schultz, Reinhold , Schmid , Kiese D transcen wetter, Mellin, Heidenreich; pour l'appliquer à L On a

morale, aux sciences, à la littérature, aux arts, D de Kant, MM. Buhle, Fulleborn et Schlegel; pour la rec RS MM. Jac tifier ou la perfectionner, MM. Jacobi, Fichte, Schel. D principal ling, Bouterwek et autres kantiens, semi-kantiens, religieux ou kantiens et demi; car cette école est devenue BR Sthelling si populeuse, qu’elle s'est divisée en plusieurs sectes, de dualis dont je w’entreprendrai pas le recensement. Je ne c: la récept terai qu’un seul exemple des admirables progrès du etles facu kantisme : M. Bardilli, l’un de ces métaphysiciens, et MR et le « arrivé à des résultats qui s'expriment en ces termes: l'unité, le « Le caractère de la pensée, comme pensée, est la ré Eralure; er « pétition infinie de l’un et du même, comme tel et [Bu spinos « sous tous les rapports. L'application de la pens umain

« comme pensée, dans l'application, est l'essence vivant elles; et | « organique. Il faut l’élever à un nouveau degré, lents de «lever à une essence qui se répète dans Ja réal Ficht

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«comme essence dans l'essence , (en un mot ) l'élever « à une essence réprésentante. Après quoi, il lui fau- «dra une nouvelle propriété qui applique là pensée «comme pensée à l'essence représentante; troisième «puissance ou essence qui se répète dans la réalité,

« comme éssence, parl'essenes dans l'essence. » Je soup- :

çonne, Messieurs, et je n'oserais pourtant assurer, que ce n’est là qu’une traduction, mais la plus savante possible, de la doctrine de Kant, sur la première, la deuxième et la troisième puissance de la spontanéité, lesquelles sont la sensibilité, l’entendement et la raison, Ce qui mé parait certain, c’est qu’il n’y a rien d'aussi merveilleux dans Plotin et dans Proclus. Voilà le néo-platonisme alexandrin vaincu en élocution transcendantale. |

On a compté quelquefois au nombre dès adversaires de Kant, outre Eberhard, Herder et le théologien Storr, MM. Jacobi, Schelling et Fichte. Jacobi lui reprochaît principalement de né point accorder aux sentiments religieux assez de place dans le système intellectuel; Schelling, d’avoir introduit dans ce systèrhe une sorte de dualisme, la sensation passive et la petisée activé, la réceptivité et la spontanéité, les objets extérieurs etles facultés intellectuelles, la nature et l’âme, l'objéctifet le subjectif. Schelling redemande à grands cris l'unité, le pur absolu , et semble tout rapporter à la mture; én quoi l’on a cru démêler quelque tendance au spinosisme, Toutefois, il reconnaît, dans l'individu umain qui périt, des facultés qui demeurent imimorelles; et l’on a trouvé encore que, pat les développeents de cette idée, il sé rapprochait de l’idéalisine ur, Fichte est mort en 1814, âgé de cinquantetrois

376 sxsTÈMES PHILOSOPHIQUES, ETC.

ans. Sa vie avait été agitée par d’assez vives controver. ses. Quoique auteur d’un volume consacré à l’exposi. tion des preuves de la révélation, il s’est vu accusé de mécréance et d’athéisme pour des propositions qui n'étaient qu'inintelligibles. 11 pourrait bien être Je plus obscur des kantiens, ce qui ne serait pas peu dire. On assure qu'il est celui qui déduit des principes de cette école les conséquences les plüs rigoureuses : s’il en est ainsi, ou doit reconnaître que la philosophie de Kant aboutit à un indéfinissable mélauge de l’ancien éléatisme, du néo-platonisme alexandrin, de la scolastique du moyen âge, et de la théorie de Spinosa. Madame de Staël, sans entrer dans ses distinctions, et en admirant la force incroyable des pensées de Fichte, convient pourtant que ce grand et subtil métaphysicien , à force d’exalter l’âme, la sépare de la nature, et ne laisse point au sentiment , qui est la véritable beauté de l'existence, le rang qu'il mérite, Nous retrouverions, Messieurs, quelques idées de l’école allemande, mais présentées avec infiniment plus de méthode et de clarté dans les écrits de M. Ancillon de Berlin, particulièrement daus son tableau analytique des développements du moi humain. Il se propose aussi de tracer la ligne de dé. marcation où doit s'arrêter la science expérimentak, et commencer l'empire du sentiment. Il établit comme un fait primitif de l’âme le sentiment de l'infini; i veut que l'inspiration domine l'analyse, et place l'évidence naturelle au-cessus des démonstrations. À bin des égards, il serait de l’école écossaise plutôt que de la kantienne. Toutes ces nouvelles théories ont fort affaibli en Allemagne l’autorité d'Emmanuel Kant: i n'est plus révéré comme un oracle; le nombre de ss

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DOUZIÈME LEÇON. 377 disciples fidèles diminue de jour en jour. Son école s'est remplie, encombrée de novateurs, entre lesquels le public allemand s'est partagé, sans pourtant que leurs disputes aient troublé la paix commune. Mais, en général, ceux dont le langage se comprend le moins obtiennent le plus de vogue, et tous s'accordent à réprouver ce qu'ils appellent empirisme, c’est-à-dire la philosophie, par trop vulgaire, de Bacon , de Locke. et de Condillac.

Lessyncrétistes ou illuminés destroisième, quatrième et cinquième siècles de l'ère vulgaire, n’ont que trop réussi à détruire les derniers germes de la littérature antique, et à interrompre pour bien longtemps les progrès de l'esprit humain. Cependant, quelle que fût l'obscurité de leurs doctrines et de leur langage, elle n'approchait point, vous venez de le voir, de celle qui caractérise l’école de Kant et les sectes nées dans son sein. L'enseignement scolastique qui s'est établi au moyen âge, et qui s’est perpétué jusqu’à nos jours, n'était qu'un déplorable fatras d’équivoques et de sophismes, qu'on prenait pour un cours de logique, de métaphysique, de morale et.de physique, et pour un système émaué du génie profond d’Aristote, On employait l'autorité de ce philosophe à réprimer toutes les tentatives de l’intelligence humaine, à condamner tous les progrès dont il avait lui-même jadis ouvert la carrière. Les résultats des observations attentives et des analyses rigoureuses étaient repoussés par des anathèmes , seul genre de réponses qu’en effet l’erreur et la sottise aient à faire quand la vérité menace leur empire. Lorsque Descartes et ses disciples allaient être ainsi réfutés, cette manière de lesréduire au silence fut exposée au graud jour

3798 SYSTÈMES PHILOSOPAIQUES, ETC.

en 1671, dans la requête et l'arrêt burlesque que rédige Despréaux , et dont j'ai parlé dans l’une de nos dernières séances. On y voit que le plus sûr moyen d'en finir avec l'expérience et avec la raison est de les traiter en inconnues, en personnes sans état, et d’exi. ger, avant de les écouter, qu'elles exhibent leurs pas. se-ports et leurs diplomes. Une autre sauvegarde des doctrinés scolastiques consistait dans les nuages té. nébreux dont elles s’enveloppaient : elles avaient un droit bien acquis à ce respect que nous portons, par nature*ou par habitude, à ce que nous ne comprenons point, Cependant, Messieurs , qu’étaient-ce, après tout, que les entités, les eccéités, les virtualités, et les for. mules diverses qu’il s'agissait alors de inaintenir er leur bonne fame et renommée, eu comparaison de l'absolu, du sujet absolu, du tout absolu, de l'intui. tion empirique, de l'éntuition pure, du subjectif a de l'objectif, de la répétition de l'un et du même, de la réceptivité et de la réflexivité, et de tant d'autres choses transcendantes ou transcendantales qu vient -d'étaler à vos yeux l’école allemande. La scolastique se croyait bien assez obscure, on la pouvait tronver suffisamment déraisonnable; mais la perfectibilité de toutes les inventions huinaines est si réellement indéfinie, qu’on est parvenu, à la fin du dix-huitième siècle, à s'enfoncer: dansune nuit bien plus noire. N’en doutons pas, Messieurs, Pascal et Boileau et Molière auraient versé à pleines mains un ridicule ineffaçcable sur ces théories occultes, si elles avaient pu éclore au milieu du siècle qu'ils éclairaient; ils les auraient jugées bien plus nuïsibles-que celles dont ils s sont tant moqués, plus incompatibles avec la saine

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littérature, dont ils étaient appelés à offrir de si beaux modèles.

En toute matière, l'obscurité du langage est le symptôme de la confusion et de la fausseté même des idées. Ce qui ne peut s'énoncer clairement n’a pas’été bien conçu; et ce n’est jamais que pour exprimer des chimèresqu'on a besoin de mots incompréhensibles. 1] est vrai que les sciences ont des termes qui leur sont propres; mais ces expressions abrégées sont immédiatement traduisibles par une suite de mots pris dans le vocabulaire commun : toutes les fois que cette traduction est impossible ou litigieuse, il n’y a, sous le langage inusité qui se dit savant, qu’erreur et prestige, si ce n’est imposture. Voilà comment les bons esprits du dix-septième siècle, ceux mêmes qui ne s'étaient pas consacrés spéclement aux études philosophiques, avaient su reconnaître la dangereuse futilité de la philosophie sculastique, et comment aussi il ne tiendrait qu'à nous d'apprécier le transcendantalisme plus barbare qu'on prétend nous imposer. Quand son langage est vulgaire, il demeure extrêmement vague; aussitôt qu'il veut sembler expressif, il devient inintelligible, et.c’est h son caractère ordinaire. L'influence qu’une telle philosophie doit exercer sur les études et les travaux littéraires est trop facile à concevoir, et déjà même trop visible, Se peut-il en effet que l’art d’écrire‘en verset en prose prenne ou conserve une heureuse direction, si, dans la recherche des vérités morales, on préfère’les traditions aux méthodes, l'autorité à la raison , les arguties à l'analyse, et les visions aux expériences ? Montaigne, Bacon , Descartes et Locke avaient rendu possibles, dans tous les genres de littérature, des progrès

depuis longtemps interrompus par le mysticisme’ des |

métaphysiciens alexandrins, et par l’ontologie ténébreuse des scolastiques. On recommençait à compreudre que, pour imiter la nature et pour la peindre sous ses véri. tables aspects, il faut l’avoir observée, interrogée, étudiée comme elle veut l’être. Le bon goût tient an vrai savoir, le mauvais goût à la fausse science; et déjà l’histoire des lettres nous fournissait bien assez de preuves de cet enchaïînement nécessaire, sans celle qui s'offrirait encore, si la métaphysique de l’Allemagne et de l'Écosse achevait de ramener parmi nous l'ignorance et le romantisme du moyen âge.

Je termine ici, Messieurs, l’exposé historique que j'avais à vous offrir des systèmes généraux de plilosophie jusqu’à la fin du dix-huitième siècle : je n'ai dépassé tant soit peu la limite de l’année 1800 que pour terminer le récit de quelques faits. Les véritables sources de l’histoire de ces systèmes sont les ouvrages mêmes des philosophes, ouvrages que j'ai suc cessivement indiqués à mesure qu'ils ont été amenés par l’ordre des temps. Mais si l’on veut recueillir certains documents plus particuliers sur cette matière, plusieurs livres classiques, grecs et latins, en présen teut. C'est un service que nous rendent les écrits philosophiques de Cicéron , le traité de Plutarque sur ls opinions des philosophes, un livre de Galien sur le même sujet, les Dihocopoüueva d'Origène, divers ar. ticles des œuvres d’Aulu-Gelle, d’Athénée, d’Apulé, de Macrobe, de Martianus Capella, une longue relation des Gestes, dits et miracles d'Apollonius de Tyane pa Philostrate l'Ancien, et deux livres du même auteur sur cinquante-neuf sophistes, dont quelques-uns mérite:

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raient un nom plus honorable; les Vies des anciens philosophes par Diogène de Laerte, celles des néoplatoniciens alexandrins par Eunape. Le moyen âge fournit peu d’exposés de ce genre : les plus utiles se rencontreraient dans Isidore de Séville, Jean de Salisbury, Vincent de Beauvais, et surtout Roger Bacon. Au quatorzième siècle, Walter Burleigh écrivit sur les mœurget les travaux des philosophes un aride volume, qui a été pendant deux cents ans aussi étudié et aussi fameux qu’il est ignoré aujourd’hui. On dut à Marsile Ficin, à la fin du quinzième siècle, quelques semblables notices. Mais, depuis le renouvellement des lettres, les histoires partielles ou générales de la philosophie seraient innombrables. J’y comprendrais j’/nstaurati magna de Bacon de Verulam , si ce grand ouvrage n'était pas déjà l’une des sources immédiates que j'ai ‘abord désignées. Gérard-Jean Vossius a composé deux livres sur les systèmes et les sectes philosophiques; mais je vous ai avertis des inexactitudes que Bayle y a relevées. Jonsius est le rédacteur d’un volume intitulé De scriptoribus hisioriæ philosophicæ libri quatuor; ce n’est pas une histoire de la philosophie, ce west qu'un tableau des historiens qu’elle avait eus

| avant le milieu du dix-septième siècle. Je vous l’indi-

que, parce que Jonsius vous ferait connaître beaucoup décrits dont je n’ai pas fait mention, de peur de trop multiplier les détails. Mais je dois rappeler la partie historique que nous avons remarquée dans les œuvres de Gassendi. Les essais de Hornius, Historiæ philosophiæ libri séptem , et de Stanley, Historia philosophiæ, ont été lus avec fruit, et seraient encore recommandables, s'ils n'avaient été remplacés par des

ouvrages plus étendus. En vous parlant du système intellectuel de Cudworth, je vous l’ai représenté comme pouvant servir à l’histoire de l’ancienne philosophie plutôt qu’à l’enseignement de la moderne. Un live qui.a conservé tout son prix est celui de Lannoi sur les Vicissitudes de l'autorité d’Aristote, De varia Aris.

totedis fortuna. Morhof a étendu à la philosophie les recherches historiques qu’il a publiées sous le titre de Polyhistor : depuis Bacon jusqu’à Morhof, tous les au. teurs que je viens de nommer sont morts entre es années 1600 et 1700. Parmi ceux dont la carrière s'est prolongée au delà de ce terme, nous avons à distinguer

Bayle, à cause des articles de son savant Dictionnaire, qui sont relatifs à des philosophes de divers siècles; Fe nelon, qui a laissé un abrégé des vies de ceux de l'anti. quité ; Huet, qui, dans la première partie de son Trait de la faiblesse de l'esprit humain, a tracé l’histoire speciale du scepticisme, et dont on a aussi des mémoires sur l'école de Descartes, contre laquelle il s’était déclaré. Ces mémoires ont paru en 1693, à Anvers, où l’on avait imprimé, en 1689, un recueil de pièces concernant la philosophie cartésienne. L’excellente Histoire du mani. chéisme, par Beausobre, a jeté du jour sur différents points de J'histoire entière des doctrines métaphysique. Nous ne saurions tenir autant de compte ni des notices bibliographiques de Struve, ni d’une esquisse histori.

que tracée par Heineccius. Après les ingénieux et in-

structifs éloges de Malebranche, de Leibnitz, de Newton et. de plusieurs autres, par Fontenelle, nous arriverons aux histoires de la philosophie par Deslandes et par

Brucker. Deslandes a puisé dans Stanley ie fond d'un

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DOUZIÈME L'ÇON. 383 et superficiel. Il est en quai: vlumes in-12, dont le dernier est le plus recherché. \suoique écrit en français et le premier en cette langue sur une telle matière, il aeu peu de succès : il a été jugé fort sévèrement, un peu trop peut-être. Quant à Brucker, je crois, Messieurs, qu’il est encore aujourd'hui le plus savant et le plus sage historien des doctrines et des sectes philosophiques. Il les suit dans tout leur cours, depuis les temps les plus reculés jusqu’au milieu du dix-huitième siècle, jusqu’à Chrétien Wolf inclusivement, Brucker est le seul qui ait rassemblé , comparé, disposé méthodiquement, tous les matériaux de ces longues et vastes annales. Son ouvrage, qui consiste en six volumes in-4°, soigneusement rédigé en langue latine, pourrait tenir lieu de presque tous ceux que je viens de nommer; car toutce qu'ils contiennent de positif y est recueilli. L’auteur indique toutes les sources de son propre travail, tous les livres auxquels on peut recourir, si l’on désire dé plus amples renseignements. A l'exception d’un petit nombre d’articles accessoires qu’il a un peu négligés, comme le gnosticisme et le manichéisme, il n’omet d'autres résultats ni d’autres détails, dignes de quelque souvenir, que ceux qui n’ont été connus que par des monuments ou documents découverts depuis 1760 : il

Lest mort à soixante-quatorze ans, en 1770. Je crois

bien qu’une si riche matière était susceptible de formes plus brillantes ; qu’une disposition un peu plus chronologique de tant de notices aurait contribué à les mieux enchaîner, et à les abréger peut-être; qu’enfin

{les opinions personnelles de l'historien sur le fond des

controverses dont il rend compte ne sont pas toujours les plus plausibles; mais elles n'influent point sur le

tissu de ses récits, et n’ébranlent pas son impartialité : st l’on cherche une instruction réelle et franche, véri. tablement historique , c’est à lui qu’il la faut demander. Les parties modernes qui manquent à son ouvrage sent celles qui concernent les philosophes français après Malebranche, Huet , et les premiers écrits de Voltaire; les philosophes de la Grande-Bretagne, depuis leur di. vision en classe anglaise et classe écossaise; l’école alle. mande, après Wolfet S'Gravesande. À côté du nom de Brucker, ceux de Burigny, de Formey, de Savorien, ne sauraient se soutenir. Le premier a fait une Histoire de la philosophie païenne, le second une Histoire abré. gée de toutes les philosophies, le troisième dix-sept vol. in-8° qui embrassent tous les siècles anciens et modernes, leurs progrès dans les sciences intellectuel. les, naturelles, exactes, etc. On connaïîtrait un peu mieux ces progrès par les exposés, d’ailleurs incomplets et quelquefois inexacts, de Diderot. Mais quatre autres écrivains français dont j’ai eu occasion de vous citer les ouvrages, d’Alembert, Condillac, Condorcet et M. de Gérando, ont jeté de vives lumières sur les annales des sciences philosophiques. M. de Gérando s’est spéciale. ment appliqué à déméler, à travers les âges, la suc. cession et les reproductions des systèmes relatifs à l’origine des connaissances humaines. La philosophie n’a pas manqué non plus d’historiens en Allemagne. Meiners, Tiedemann, Tenneman, Gurlitt, Fullebomn, Bardilli, Buhle, ont diversement traduit, abrégé, com. menté, complété Brucker, mais en donnant bien plus que lui, à leurs récits, les teintes de leurs propres doc trines. Gardons-nous de leur en faire un reproche :i est fort permis à celui qui raconte les opinions d'ar

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DOUZIÈME LEÇON. 385 ui, d'exprimer ce qu'il en pense, de les approuver, de les contredire, en un mot d’exposer ou de laisser voir celles qu'il a conçues ou adoptées lui-même. Lui contester cette liberté serait trop mal comprendre l’impartalité prescrite à tout historien : elle consiste à retracer les faits avec la véracité la plus scrupuleuse, à ne jamais les altérer, soit qu'il les approuve, soit qu’il les censure, mais non pas à rester neutre, indifférent , impassible, entre des systèmes opposés, dont quelquesuns doivent être des erreurs. La franchise avec laquelle il en parlera selon sa conscience et ses lumières ne sera qu’une garantie de plus de sa fidélité. Les historiens allemands des philosophies de tous les âges n’ont fit, en professant la leur, qu’user d’un droit pareil à celui qu’on a d'en préférer une autre. La seule question serait de savoir s'ils ont exposé fidèlement les doctrines anglaises et françaises qu'ils avaient résolu de réprouver; si, par exemple, ils ne donnent pas une très-fausse idée de la philosophie de Condillac et de ses succes-

seurs, lorsqu'ils lui appliquent la dénomination inju-

rieuse, non pas encore de sensualisme, mais d’empirime, Ce qui caractérise l’empirisme, c’estde tirer d’un seul fait, ou d’un petit nombre de faits, des conséquences générales; au contraire, la véritable école de Locke recommande de tout observer, de tout rapprocher avant de conclure.

Il s’en faut, Messieurs, que je vous aie présenté un recensement complet de tous les livres où l’histoire des sciences philosophiques est on recueillie ou disséminée. Car, outre ceux que j'ai écartés comme n’ayant qu’une mince importance , je n’ai pu entrer dans le détail des

histoires littéraires soit générales, soit nationales, soit XX 25 “ .

spéciales, où les annales de la philosophie occupent quelque place. J'ai omis la plupart des histoires parti. culières dessectes,dées écoles, des controverses,ainsi qu'un grand nombre de mémoires consacrés à l’éclaircissement de. certains faits, de certains articles d’une doctrine, Je n’ai point énuméré non plus tous les exposés historiques qui ne concernent qu’une seule partie de la philosophie, comme la politique ou la morale, ou qu’une branche des sciences physiques où mathématiques. 1l est enfin des historiens de la philosophie qui n’ont envisage qu’une seule nation ou qu’une seule contrée. Hornins et Kortholt ont recherché les premiers quelle était la philosophie des peuples barbares. Les systèmes méta. physiques et:moraux de la Perse et de l’Inde ont occupé des académiciens du dix-huitième et du dix-neuviène siècles, Anquetil du Perron, Mignot, Foucher, Langlès, Les doctrines des Chinois fournissent la matière de plu. sieurs travaux estimables des jésuites Couplet, Noël, Gaubil, Prémare, Mailla et autres; elles ont aussi attiré l'attention de Leibnitz, de Reimann, de Guignes: mais les notions les plus positives et les plus détaillées qu’il soit aujourd'hui possible d'acquérir sur la philosophie des peuples de l’Asie sont dues aux sociétés asia. tiques de Calcutta, de Paris, de Londres, aux profondes recherches de plusieurs orientalistes français, MM. de Sacy, Étienne Quatremère, Chézy, Abel Ré. musat.

Nous devons. pourtant avouer qu’un tableau général des systèmes et des sectes qui seraient à discerner chez les peuples, à diverses époques de l’histoire, est encore attendu, Je n’ai pu, sur cette matière, vous offrir, Mes sieurs, qu’un petit nombre de résultats. Nous en avons

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recueilli davantage en ce qui concerne les écoles grecques depuis Thalès jusqu’au second siècle de l'ère vulgaire. Lesneuf principales sont celles de Thalès même, dePythagore, de Xénophane, de Parménide et de Zénon d'Élée, de Leucippe,et plus tard d’Épicure, de Socrate, de Platon, d’Aristote, des stoïciens ou de Zénon de Citium, de Pyrrhon ou des sceptiques les plus absolus, Les sectes appelées cyrénaïque , mégarique, cynique, ont pris moins de consistance ; et le partage de toutes ces philosophies en deux grandes écoles, l’Ionique ou de Thalès, l’Italique ou de Pythagore, nous a paru avoir peu de fondement et peu d'utilité, Depuis la fin du second siècle denotreère jusqu’à l’ouvertureda septième, ce sont surtout les progrès de l’éclectisme ou syncrétime, c’est-à-dire du néo-platonisme ou mysticisme alexandrin, qui ont attiré notre attention : nous avons cru reconnaître dans les rêveries fantastiques de cette

école une des causes qui ont étendu sur le monde la 14 nuit désastreuse du moyen âge, de l’an 600 à 1000. Ce 1e 0 l qui s’est offert le plus distinctement à nos regards, 14 c'est d’une part l’enseignement traditionnel des sept af

arts compris sous les noms de trivium et quadrivium, de l'autre les études plus réelles et plus actives des Arabes. Leurs travaux philosophiques se sont continués dans le cours du onzième siècle, à la fin duquel a éclaté, en Occident, la querelle des réalistes et des nominaux. C’est le commencement de la scolastique, dont l’histoire : di s'est divisée en trois âges, qui correspondent à peu près | au douzième siècle, au treizième etau quatorzième. Les à événements du quinzième ont amené le renouvellement : des lettres et de quelques-unes des sectes antiques, particulièrement du platonisme et du péripatétisme,

Celui-ci, à la vérité, avait presque toujours prévalu durant le moyen âge, mais dénaturé par des formes barbares et par l’alliage des plus ignobles subtilités, La gloire immortelle du seizième siècle est d’avoir, par de pénibles et constants efforts, par de vastes et mémorables travaux en tous les genres, rallumé, au sein des dissensions, des persécutions et des calamités publiques, les flambeaux de la littérature et des sciences. Cepondent la philosophie moderne n’a été proclamée qu’au commencement du dix-septième siècle dans l’/. stauratio magna de Bacon. Depuis ce temps se sont ouvertes les écoles de Descartes , Malebranche, Spinosa et Berkeley; de Hobbes, Gassendi et Locke; de Leib nitz et de ses successeurs. Celle de Locke, diviséa dans la Grande-Bretagne en classé anglaise et classe écossaise, a fini par devenir presque méconnaissable en l'une et en l'autre. La: philosophie de Locke s’est réfugiée en France, où elle a reçu pendant le dix-huitième siècle les plus riches développements, les applications les plus fécondes. Son état en 1780 nous est représenté par les ouvrages de Condillac. Quant à la philosophie allemande , nous veuons de considérer aujourd’hui même les formes qu’elle a prises depuis Leibnitz, Thomasius et Chrétien Wolf jusqu’après l'ouverture du dix-neuvième siècle.

Dans cette longue succession de systèmes, dans toutes ces doctrines si divergentes et si capricieuses dont je vous entretiens depuis six semaines, vous avez pu être principalement frappés de l'obscurité des unes de la fertilité des autres, de la bizarrerie ou de la fausseté de la plupart. Vous aurez plus d’une fois reconnu la vérité d’une observation déjà fort ancienne, qu'l

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DOUZIÈME LEÇON. 389 n'y a rien de si absurde qui n'ait été dit par quelque philosophe. Seulement ceux qui ont les premiers énoncé cette sentence en de pareils termes se pressaient peutêtre un peu trop de croire que lé champ des absurdités était épuisé; on a continué non pas d'y glaner mais d'y moissonner largement jusqu’à nos jours; a si, à l'aspect de ces innombrables chimères accumulées durant trente siècles, on s’avisait de craindre qu’il n’en restât plus à trouver par nos successeurs, il faudrait se souvenir de cette pensée de Montaigne, que la vérité est une, mais que son revers a cent mille figures et un champ indéfini. | Maintenant que nous avons pris connaissance de tant de systèmes philosophiques ou sophistiques , nous avons à examiner quels sont ceux qui peuvent fournir à nos études historiques les méthodes les plus sûres : c'est ce qui nous occupera dans notre prochaine séance, mais après quelques considérations générales sur Îles caractères et la classification de ees systèmes. |

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES CARACTÈRES £T LA CLASSIFICATION DES SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES, SUR LEURS APPLICATIONS AUX DIVERS GENRES D'ÉTUDES, &F PARTICULIÈREMENT A L'HISTOIRE.

Messieurs, en vous offrant, dans nos douze séances précédentes, un précis de l’histoire universelle de la philosophie, je n’ai établi entre les sectes ou écoles au. cune classification systématique, c'est-à-dire puisée dans la nature et les caractères des dogmes qu’elles ont pro. fessés. J'ai pris les doctrines pour des faits, que j'i laissés lé plus constamment qu’il m’a été possible dans leur ordre chronologique, persuadé que c’est celui qui convient le mieux à toute histoire, ou même le seul qui n’expose ce genre d’études à aucune sorte de déviation et d'erreur. 1l a l’avantage inappréciable de ne rien pré juger, et de permettre le plus libre examen de toutes les questions. Toutefois , en suivant le fil historique de tant d'opinions, anciennes et modernes, originales ou rajeunies, il nous a été impossible de ne pas apercevoir des oppositions ou des affinités, des nuances ou des ressemblances ; et le résultat des observations positives

* que nous avons recueillies doit être en effet de reconnaître les rapports qui peuvent exister entre ces sys tèmes, et qui tendent à les diviser en classes, en genres, en espèces.

La division à la fois la plus ordinaire et la plus tranchante partage toutes les doctrines philosophiques

ACTÈRES ET SOPHIQUES, RS GENRES HISTOIRE.

ouze séances erselle de la ou écoles aue puisée dans lles ont; pro.

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philosophiques

en deux grandes écoles : celle qui applique immédiatement la pensée de l’homme à un monde intellectuel, archétype du monde visible, et celle qui enseigne que la sensation et la réflexion nous fournissent les éléments de toutes nos idées, même des plus abstraites. La première admet des communications plus ou moins directes entre l'esprit humain et la source divine de toute science; tantôt des révélations intimes et personnelles, distinctes de celles qui ont un caractère authentique; tantôt seulement des connaissances essentielles et primitives , soit innées , soit formées dans les régions supérieures de notre intelligence, acquises dans le pays des intuitions, ainsi que s'exprime aujourd'hui cette école elle-même. La seconde, au contraire, ramène toutes les recherches, toutes les méthodes, à Pobservation, à l'expérience , à la décomposition ou analyse. Quand on a voulu distinguer ces deux écoles par des noms propres, on a employé quelquefois ceux de Pythagore et de Thalès, plus souvent de Platon et d’Aristote, ou bien de Descartes et de Locke, ou enfin de Kant et de Condillac. Mais les doctrines antiques de Thalès et de Pythagore nous sont peu connues ; Platon n’expose pas toujours très-clairement les siennes; et celles d’Aristote ont été horriblement défigurées par ses copistes et par ses interprètes. Les unes et les autres ont subi des modifications graves lorsqu’elles se sont renouvelées : le platonisme des Alexandrins, le péripatétisme des Arabes et des scolastiques n’ont représenté que d’une manière confuse ou grossière les deux philosophies grecques dont ils empruntaient les noms et quelques dogmes fondamentaux. Dans l’antiquité même, toutes deux avaient pris déjà des formes ou des nuances diverses; les traits

392 sxsSTÈMES PHILOSOPHIQUES, ETC.

distinctifs soit de la métaphysique de l’école d'Élée, soit - de la physique des épicuriens, en sont des exemples. Les réalistes et les nominaux du moyen âge se croyaient tous péripatéticiens, et ne savaient pas remonter à h question plus élevée qui les divisait. Les philosophes modernes l'ont beaucoup mieux comprise : ils ont su qu’ils se séparaient en deux grandes routes; et cepen. dant il leur est arrivé plus d’une fois de retomber de l’une dans l’autre. Le dernier état demi-platonique de la métaphysique écossaise, originaire de celle d'A. ristote ou de Locke, en offre un exemple sensible. Ainsi, Messieurs, l’histoire des deux écoles primitives ou génériques amène ou exige un trop grand nombre de distinctions et de sous-divisions, dans la première comme dans la seconde, pour qu'il soit possible de les bien caractériser par des noms personnels. En appelant première contemplative, la seconde expérimental, on en donnerait peut-être l’idée, je ne dis pas la plus précise, mais la plus générale, celle qui embrasserait le plus de faits. Je crois surtout que ces dénominations auraient beaucoup plus de justesse et de convenance que celle d’idéalisme et de sensualisme, que l’on a de. puis quelque temps employées. |

C'est une femme qui joignait à des sentiments élevés, bienveillants et libéraux, beaucoup d'esprit, un rare talent et une instruction littéraire très-étendue ; mai qui, s'il est permis de le dire , n’avait pas étudié bien profondément le fond ni l’histoire des systiines nhile sophiques; c’est madame de Staël qui a do; | premiers exemples d'étendre expressément ie om dr déalisme à toutes les doctrines qui supposent dans l'es: v'it humain des idées essentielles, antérieures aux sen-

sations langue partieu que l'e appare!

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u ie om dr sent dans l'es eures aux SCl-

sations. Auparavant, la destination de ce mot dans notre langue, où il n’est pas très-ancien, était de désigner

rticulièrement , exclusivement , l'opinion qui déclare que l'existence des corps n'est que phénoménale ou apparente, qu’elle n’est point réelle, ou même qu'elle et impossible; opinion qui remonte à l’école d'Élée, et que nous avons retrouvée dans plusieurs sectes, mais qui, loin d'être commune à tous les platoniciens, cartésiens, leibnitzi: 15 on kantiens, a été contredite par le plus grand nornbred’entre eux. Le sens de ce terme était si bien &t1b!1 dans la langue philosophique, au demie: siècle, c’est-à-dire quand on la parlait et l’écriait avec exactitude, qu’Euler, qui s'était d’ailleurs peu occupé de métaphysique, mais que d’autres études plus sévères avaient accoutumé à discerner la significalion précise des mots, s’exprimait en ces termes dans une lettre adressée à une princesse allemande en 1761. «Votre Altesse ne sera pas surprise qu’il y ait eu des «philosophes qui ont nié hautement l'existence des «corps. Ils tirent une preuve bien forte des songes, où « nous nous imaginons voirtant de corps qui n'existent «point. On dit bien que ce n’est alors qu’une illusion ; «mais (répondent-ils) qui nous garantit que nous ne «soyons pas assujettis à la même illusion en veillant? « Selon ces philosophes, ce n’est pas tout à fait une il- «lusion ; car l’âme la perçoit, reçoit bien une certaine «impression , une idée; mais ils nient hautement qu'il «s’ensuive qu'il existe réellement des corps qui répon- «den: à ces idées. On nomme les sectateurs de ce sys- « tème édéalistes , parce qu'ils n’admettent que les idées « des choses matérielles, en niant absolument leur exis- «lence, » Voilà, Messieurs, le vrai sens des mots idéa-

De 394 SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES, ETC.

listes, idéalisme ; c’est introduire une extrême confusion bien.

dans le langage et dans l’histoire que de les appliquer DS pas {

indifféremment à toutes les sectes issues de l’école de Brun

Platon. Ces mots n’expriment que le délire plus exalté leur «

} de quelques-uns , délire où sont tombés quelquefois des RS Marsi disciples de l’école opposée; ce qui achève de montrer RE pas tr

à quel point le nouvel emploi de ces termes est fan M gnifie

et irréfléchi. sualis

Quant au mot sensualisme, sil pouvait être fran. D n'a pa

çais, c’est-à-dire, signifier quelque chose, il serait, BV cartési

comme sensualité, formé immédiatement de sensuel BR Wolf c et non de sens ou sensation : il désignerait quelque M tendus système ou quelque art voluptuaire. Jamais il ne repré. D mental senterait une philosophie qui, en recherchant l'origine BR les mê de nos idées, croit la trouver dans les sensations et le D moins : réflexions. À v.‘r Locke et Condillac signalés comme BR que les des auteurs sensualistes, on croirait, ainsi que l'are DE plus in marqué M. Thurot, qu'ils ont fait des traités de ga D sen re tronomie; et l’on ne devinerait pas qu'ils ne sont que car on 1 des métaphysiciens austères, occupés à étudier con: philosog

ment se développent nos facultés intellectuelles, con RS aient p ment se forment et s’enchaînent nos connaissances, Le en eux « choix d’une si odieuse dénomination ne peut s'explique M fession ,

chirer ç prend q tominau Roger B lences, I annales

on de leurs plu valent €

que par lhabitude, si familière, comme nous l’avon vu, aux platoniciens, de répondre aux raisonnemek par des dénonciations. Plus d’une fois pourtant ik out eu à se défendre eux-mêmes de ces accusation d’athéisme ou de mécréance; et l'expérience, s'ils n* vaient pas résolu d'en dédaigner toutes les lecons ar rait pu affaiblir leur penchant aux argumentations cette espèce. Sans remonter à Socrate, qu’ils invoque et revendiquent on ne sait trop de quel droit, con

ETC

me confusion les appliquer de l’école de re plus exalté quelquefois des ve de montrer ermes est faux

yait être fran.

ose , il serait, ent de sensuel merait quelque nais il ne repré.

rchant l'origine sensations et les signalés comme ainsi que l'are traités de ga ls ne sont qe à étudier con lectuelles, cour onnaissances. Le

qu'ils invoque uel droit, toi

TREIZIÈME LEÇON, 395 bien, dans ces temps modernes, la calomnie n’a-t-elle

| pas frappé de victimes dans leurs rangs? Ce Giordano

Bruno, dont elle alluwa le bûcher en 1600, sortait de leur école : on a dit et imprimé l’an dernier qu’il était Marsile Ficin élevé à sa plus haute puissance. Jene suis pas trop sûr de bien comprendre ce langage; mais il sigoifie certainement que Bruno était encore moins sensualiste que ne l'avait été Ficin. Après 1680, Spinosa n'a pas été le seul panthéiste qu’on ait reproché: aux crtésiens ; et jusque dans les disciples de Leibnitz, de Wolf et de Kant, on a persécuté ou menacé de prétendus athées. Je sais trop que la philosophie expérimentale a été exposée aux mêmes anathèmes : elle avait les mêmes ennemis et les platoniciens de plus. Du moins il est un point de vue sous lequel on peut dire que les vexations et les outrages qu’elle essuyait étaient plus injustes : c’est qu’en général elle n’avait point à sen reprocher de pareils à l'égard de ses adversaires; ar on ne saurait compter comme appartenant à cette philosophie les scolastiques du moyen âge qui se diaient péripatéticiens : leur histoire ne nous a montré en eux que des docteurs, que des dogmatistes de profession , qui s’armaient de l'autorité d’Aristote sans s’éclairer de ses lumières. Mais cette histoire nous apprend qu’en ces temps-là même ce n'étaient point les uominaux qui faisaient condamner les réalistes, et que Roger Bacon, succombant sous les plus iniques violences, n’en commettait ni n’en sollicitait aucune. Les annales des lettres depuis 1600 rendent aussi à Baon de Verulam , à Gassendi , à Locke, à Condillac, à leurs plus illustres disciples. ce témoignage, qu'ils savaient éclairer ou réfuter, sans préparer les proscrip-

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tions par des outrages, sans dénoncer comme impies ou séditieuses les doctrines philosophiques qu’ils n’adop. taient pas. Maintenant, de savoir si les leurs propre avaient ou non de si odieux caractères, vous avez y en juger, Messieurs, par l'exposé que je vous en ai pré. senté. Ils ont pensé qu’il n’existe dans l’entendement des humains, tels qu'ils. vivent ici-bas, aucune con. naissance qui n’y arrive par les sens. C’est précisément ce qu'ont déclaré dans l’antiquité beaucoup de phil. sophes reconnus alors pour très-religieux , et attaché soit à l’aristotélisme, soit à d’autres sectes, même à la stoïcienne, la plus morale et la plus austère de toutes, Nous avons retrouvé ce même dogme idéologique chez des théologiens d’une orthodoxie non suspecte, dans tout le cours des seize premiers siècles de notre

ère. Gassendi, qui le professait au dix-septième, ne trou

vait aucune difficulté à le concilier avec les plus pieu ses et les plus sincères croyances. Ses successeurs, Locke Huet, Buffier, Condillac, ont échappé à tout reproche tant soit peu fondé de fatalisme, de dualisme, de panthéisme et d’athéisme : on rencontrerait bien plutit daus l’autre école des personnages qui en ont été atteint fort mal à propos sans doute, et surtout sans qu'il} ait lieu d’en tirer contre cette école aucune conséquent générale. Non, Messieurs, la philosophie platonicienn ou cartésienne n’a d'elle-même nulle tendance lire ligion; le théisme est au contraire un de ses principa Nous lui devons une autre justice; c’est que de sn propre fonds, et telle que nous l’expose Platon en troi ou quatre de ses livres, Descartes dans son Discour de la méthode, Malebranche dans presque toute a Recherche de la vérité , elle se recommande par de très

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honorables caractères, s’allie aux sentiments les plus nobles, à la plus pure morale, à la plus saine littérature. Je conçois à merveille comment, sous ce premier aspect, elle a pu et peut encore être préférée par de très-bons esprits. Mais quand nous lui rendons ces hommages, malgré les témérités si graves reprochées à quelques-uns de ses sectateurs, malgré les égarements si sensibles à nos yeux de plusieurs des sectes nées dans son sein, malgré les appiications abusives et à notre avis si pernicieuses qu'on a faites de ses prinpes, enfin malgré tant de réfutations victorieuses des hypothèses qui les composent, à commencer par la fiction des idées innées, quelle équité y a-t-il à étendre sur la philosophie expérimentale, sur les doctrines et les méthodes qui lui sont propres, les condamnations quauraient méritées certaines opinions particulières brtuitement associées à sa théorie fondamentale ?

Ce n'est pas elle qui enseigne à confondre l’âme, la substance pensante, l'intelligence avec les organes corporels. Tout au contraire , l'antique proposition néhil est.in intellectu quod non prius fuerit in sensu distineue expressément du sens par lequel passent les images et les impressions l’intellect à qui elles arrivent ; et les mots que Leibnitz ajoute, præter intellectum, ne disent kéellement que ce qu’elle suppose, que ce qu’elle énonce. Ce qu'ils signifieraient de plus serait que l’entendement est dans l’entendement ; chose qui n’a nul besoin être dite, soit parce que personne n’est tenté de la ontester, soit peut-être aussi parce que celangage n’est pas d'une précision très-sévère. Comme Leibnitz, omme la plupart des philosophes écossais, Kant re-

onnait que les impressions sensibles sont les premiers

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