‹ Cours d'études historiques [microforme]Chapitre 5 sur 115 · S, ETC · texte numérisé non relu

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PREMIÈRE LEÇON. ñ

ires. L’interd' : serait la déclarer inviolable; il devienrait honteux & .a combattre du moment où elle manuerait des moyens de se propager et de se défendre. Les discussions libres et paisibles, animées et non ostiles , honorent le système politique qui les autorise ;

, loin d’alarmer le pouvoir légitime, elles contribueaient plutôt à l’affermir ; car un de leurs effets est de empérer l'influence de l’enseignement public, de le ontenir dans ses limites naturelles, d'empêcher qu'il ’usurpe un ascendant qu’une direction trop uniforme t trop concentrée rendrait quelquefois redoutable. Il est jamais bon d'introduire la division où elle n’est as; et l'empire qu’on acquiert par cet artifice n’est bas plus solide que bienfaisant; mais la diversité que à nature même des choses de ce monde entretient dans es opinions des hommes voués à l'étude est à mes eux une des conditions nécessaires au régime social, l’équilibre des forces qui agissent sur les esprits. Ceendant, Messieurs, quelque profitable que soit aux souvernements eux-mêmes la liberté qu’ils laissent aux Héveloppements des doctrines scientifiques et littéraires, c'est surtout dans l'intérêt de l'instruction que ous devons désirer de la conserver intacte. Il vaudrait encore mieux pour une science de n'être point du tout enseignée dans les écoles supérieures, que de s’y voir asservie à des usages et à des méthodes qui comprimeraient ses mouvements, et ne lui laisseraient pas la pleine faculté de faire tous ses progrès. C’est par un libre examen de toutes les théories que l’intelligence humaine s’éclaire : elle a besoin d’user largement du droit de douter, de discuter, de contredire, pour empêcher le triomphé des erreurs, et pour assurer celui de la vé-

rité, La plus saine doctrine est précisément celle à la pré] quelle il importe le plus de ne prévaloir qu'après avoir Rrités subi cette épreuve; sa victoire n’est décidée que lors que que toutes les objections qu elle peut essuyer ont été enseig faites. Il faut que ceux qui sont le moins disposés 1B at de

l'admettre contribuent, en la combattant, à vérifier hi del ses succès et à les rendre irrévocables. En un tel genref esprit de débats, quand, des deux parts, la conscience y prés éca side, quand la conviction les anime et quand lurbanitée de les tempère, on a raison de dire que les adversaires Brité ne sont pas du tout des ennemis. Brmer.

Ce qui perpétue les dissensions aveugles, ce qui l'égai retarde la véritable instruction des peuples, c'est le pas is dogmatisme, vieux ou jeune, qui toujours impérieux pn me et décisif parce qu’il n’a jamais su s’éclairer, toujours Pspac pressé d'arrêter en quelque sorte les comptes de l’es-Mlbr la prit humain, de sceller et parapher les idées publiques Æ J'ait et d’en finir avec celles qu’il réprouve, exige pour les es qu systèmes qu’il impose la croyance qui n’est due qu’aux lent s’ révélations divines, veut qu’on accepte et qu’on ré-Bautres vère ses sentences, tantôt comme des traditions con- lupart sacrées, tantôt comme des, inspirations et des intui- nt l’ut tions.immédiates, ne nous prescrit d'ordinaire ce pro-MBilicu « fond respect que pour des prestiges ou des mensonges, fruer « et compromet encore plus les intérêts de la vérité, ent , « quand par hasard c’est pour elle qu’il réclame de silitoléra serviles hommages. Un corps de doctrines, en philo- arts. T sophie, en histoire, suppose que ces sciences ont fait Mon ind tous les progrès possibles, leur interdit ceux qui res- Bon au: tent à faire, trace un cercle autour des notions acqui- ue l'ex ses où convenus , y renferme inévitablement beaucoup Mbnté. d'erreurs, en exclut beaucoup de connaissances réelles, erainct

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prépare au moins une fort mauvaise réception aux érités qui doivent apparaître. À quelaue époque , anque ou moderne, qu’on ait tenté de circonscrire ainsi enseignement , on a sanctionné des absurdités mainteant dévoilées à tous les yeux, et repoussé des lumières i depuis ont commencé d'éclairer le monde. De soi esprit humain tend à la vérité : sil n’y arrive qu'après s écarts et à travers les illusions, jamais il ne mane de reprendre le droit chemin, pour peu que l’aurité ne s'applique point ou ne réussisse pas à le lui rmer. Il y est rappelé par l’activité même qui a servi l’égarer. Sa marche n’est ni rapide ni directe; mais, pas incertains et chancelants, il avance toujours, et pn mesure avec surprise, après quelques siècles, espace qu'il a parcouru, quand il n’a pas été arrêté ar la violence ou dérouté par la fraude.

J'ai peut-être, Messieurs, trop insisté sur des maxies qui ne sont presque plus contestées et que sement s’accorder à professer des écrivains divisés sur autres questions, philosophiques et littéraires. La lupart recommandent l'esprit d'examen, et reconnaisnt l’utilité , la nécessité des discussions. Cependant, au hilicu de leurs diverses doctrines, nous allons en diseryer quelques-unes qui tendent à l'unité d’enseignedent , et, par des conséquences plus éloignées, à cette tolérance absolue que l’on paraît-désavouer de toutes arts. Tantôt on déclare que la raison est universelle, on individuelle, qu’elle tient à l'essence des choses,

on aux mouvements de la pensée; et l’on en conclut

e l'exercice n’en est pas libre comme celui de la vo-

bnté. Tantôt on proclame la toute-puissance, la sou-

eraincté de cette raison universelle, soit en lui con-

servant le nom même de raison, soit en lui donnant” ceux de bon sens et de sens commun, et en appliquan ces derniers termes aux opinions établies ou par le croyances vulgaires, ou du moins par l'autorité de} savants qui ont le plus étudié chaque matière, et qu'il ce titre on qualifie {es hommes de la chose. Ailleurs on soutient que la société consiste dans l’union de intelligences ; qu’elle n’a de réalité qu’autant qu’elle es intellectuelle, et que par conséquent elle ne doit at-# teindre sa perfection que par la communauté des même persuasions , par l'empire général des mêmes idées. Aul fond , il n’y a dans toutes ces propositions qu’un seul système, mais présenté sous des aspects divers, exprimés par différentes formules. Cette variété d’expressionà sert à le reproduire plus souvent, à le rattacher à uf plus grand nombre de sujets, à le déguiser au besoin® et à le rendre ainsi plus dangereux, s’il est faux e lui-même, s’il n’est fondé que sur des paroles équivoi ques, que sur des aperçus fantastiques.*C’est ce qu'il nous importe d'examiner avec toute l'attention donk noûs sommes capables; car il s’agit de savoir si nou subirons le joug d’une intolérance d’autant plus redouk table qu’elle se dirait philosophique.

Les vérités sont sans doute inhérentes aux chose mêmes dont elles déclarent l'existence ou dont elle expriment les qualités, les accidents, les rapport Sous ce point de vue, les vérités subsistent indépe damment de la pensée qui les perçoit. Nous les recon! naissons, nous ne les faisons point. Mais ces vérités essentielles ou naturelles, sont par cela même très-dis tinctes de notre raison, qui les recherche avec plus 0 moins de succès, et qui n’est en soi que l’ensemblé

, ETC. M PREMIÈRE LEÇON, 5e 11

à lui donnant os facultés intellectuelles. Transporter son nont en appliquant, objets qu'elle atteint ou qu’elle poursuit n’est es ou par LS ne extension ou qu'un abus du langage.” "En fait, l'autorité de ra jamais été et ne peut jamais être qu’indiviatière, et Quelle. Les abstractions qui la généralisent, soit én hose. Ailleunf identifiant avec les connaissances qu’elle acquiert, ns l'union de it en la considérant à la fois dans toutes les créatu: tant qu'elle 1% Eumaines qui en sont plus ou moins douées, n’emlle ne doit a chent point assurément qu’elle n’appartienne en proruté des même e } chacun de nous. Les facultés qui la composent êmes idées. Ant d'existence positive que dans les personnes; et ons qu'un sel raison universelle ne serait qu’un vain prestige ou divers , exprimé ‘une pure tyrannie, si on la concevait comme une é d'expression, ;icsance destinée à régir les mouvements et à restreinrattacher à We l’activité des intelligences particulières. iiser au besoin{æ Les acceptions fort peu justes et très-impropres s’il est faux el h'on se plaît à donner aux expressions de sens cômparoles équivo] jun et de bon sens, afin de les appliquer à’ des opi- "C'est ce qu'i ons dominantes, à des croyances généralement réattention don andues , n’aboutiraient aussi qu’à substituer l'autorité savoir Si NOUS ]a raison, qu'àinterdire l'examen et à commander la ant plus redoul, ilité, qu'à proscrire ce doute méthodique de Des- Mrtes, qui est le vrai commencement de toute science tes aux chose de toute sagesse. Qui ne sait combien d'erreurs grosou dont elleéres ont obtenu l’assentiment et le respect des peuples, les rapportr combien de pays et de siècles elles ont étendu leur istent indépennpire? Aussi n'est-ce plus au jugement de la multi- Nous les reconde qu'on veut maintenant s’en rapporter. La puissance ais ces vérité tribuéejadis aux adages et aux acclamations populaires même très-difiBra déférée, nous dit-on, au sentiment commun des he avec plus 0Bges, aux verdicts des experts, aux décisions des saque l’ensembl@nts qui auront fait une étude spéciale de chaque

Matière. Mais ces savants, ces philosophes, seront-ils elle q des oracles plus sûrs? L'expérience ne nous permet À qu'ils v guère de l’espérer. L'histoire littéraire nous retrace | aquelle presque à chaque page les illusions qu’ils se sont faites eloppe etqu’il$ out accréditées de concert. Ils ne se sont ja- er ait en mais mieux accordés qu'à répandre et à fortifier les régime

préjugés dont on les avait tous imbus dès leur jeune Ppar con âge, et que de longues traditions semblaient rendre Pprement inviolables. À peine est-il-une seule branche d’instruc- fpPrennen tion dont les progrès n’aient été, retardés par les doc- sonnelle teurs qui s'étaient spécialement dévoués à la cultiver; et ARUn1on lon peut dire en général que ce sont précisément es omme | hommes de la chose qui, par lassociation de leurs ÆS°7 ferait efforts, résistent le plus efficacement aux réformes salu- mère, da taires. Non, Messieurs, le droit sens n’est le produit ni À ièr e de des.routines vulgaires, ni des décisions magistrales : il Jnées au résidé dans l'exactitude des méthodes, et non dans endance l'empire des doctrines; il suppose avant tout la pleine À iversali liberté des facultés intellectuelles. : iles et c Loin de croire que l’asservissement de toutes les in- êmes ; telligences à un système commun de pensées et de sen- MPa" le 8° timents puisse constituer ou perfectionner l’état social, Rae a je suis persuadé, au contraire, que‘le problème à résou- AK °Tmees S dre par l’organisation politique d’un peuple est d’ob- esinterd tenir, malgré l'extrême et nécessaire diversité des idées MR'SUeur « et des volontés individuelles, malgré le conflit de tant MC'ences d’opinionset de penchants, l’obéissance aux mêmes lois, | physique la soumission aux mêmes pouvoirs, le concours au main- °°" les tien des mêmes institutions et à la défense des mêmes À pidérant intérêts publics. Si l’unanimité d'opinions, si l’accord héories et en quelque sorte la consonnance de tous les esprits MPromettr peuvent fonder quelque société, cen’est certainement pas Ce “€ P°

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elle qui convient aux humains tels qu’ils naissent et qu’ils vivent aujourd'hui sur la terre. L'association à aquelle leur nature les destine est celle qui tend au dé. eloppement de leurs facultés, non celle qui les retiendrait enveloppés de liens communs et inflexibles. Ce égime les ramènerait à l’état de pure agrégation; et par conséquent il dissoudrait entre eux la société proprement dite, la seule qu’ils demandent et qu’ils comprennent, celle qui suppose et garantit la liberté personnelle de chacun de ses membres. Heureusement cette union mystique des intelligences , qu’on nous présente

omme le plus haut terme de la civilisation, et qui nous en ferait redescendre tous les degrés , n’est qu’une chinère, dont l'impossibilité est attestée par l’histoïré enière de l'esprit humain. D’innombrables sectes sont ées au milieu des associations qui avaient le plus de endance à l’unité des doctrines, le plus de titres à l’universalité; et, pour ne parler que des institutions ciiles et des études profanes, on a vu, dans les siècles

êmes où la vérité embellie par le talent, proclamée par le génie, brillait de son plus vif éclat , les dissenti-

Bnents jaillir du sein des lumières, les discussions à peine

ermées se rouvrir, et les disputes, dès qu’on s’avisait de esinterdire, recommencer à troubler lemonde. Si, par la rigueur des méthodes et par la précision du langage, les sciences mathématiques et quelques-unes des sciences physiques peuvent aspirer à porter la conviction dans tous les esprits où elles pénètrent , qui oserait, en considérant l’état actuel des connaissances historiques, des héories politiques, métaphysiques et littéraires, leur promettre un pareil triomphe? Qu'il leur soit possible de se perfectionner assez pour le mériter un jour, je

suis fort disposé à l’espérer ; mais les pas incertains, M aventureux ou rétrogrades que nous leur voyons faire, Ë

annoncent trop qu’elles resteront longtemps encore li.

vrées aux controverses des mortels. L'époque où del

véritables progrès les en affranchiraient enfin est si loin

de nous, qu’il y aurait une extrême témérité à vouloir] la déterminer, et qu’il n’y a même aucun profit à la pré.|

voir : c’est au moins une spéculation vague et oiseuse.

En attendant, à Dieu ne plaise qu'il s’établisse, en del

telles matières, des persuasions universelles : car on ne

les obtiendrait que par des artifices et des violences, qui, au lieu d'achever, comme on le prétend, la société, ne! serviraient qu’à la dénaturer, en la replongeant dans!

les ténèbres et dans l'esclavage.

Vous voyez, Messieurs, que je ne restreins pas l’in- | dépendance de la pensée, et que, bien loin de mécon- À naître le droit d'examiner les anciennes doctrines et À

les nouvelles, je le réclame dans toute son étendue pour

ou contre les unes et les autres. Ni la vétusté ni la nou- À veauté ne sont, à mes yeux, des titres de réprobation, |

non plus que de préférence. C’est le fond même des choses qu'il s’agit d'envisager sans prévention, et d’apprécier, s’il se peut, avec une impartiale équité.

En étudiant l’histoire, nous rencontrons dans le cours des âges certaines époques remarquables par un

plus libre mouvement des esprits, par une inquiète ac- |

tivité, par le besoin ou l’impatience de s’élancer au delà des sentiers battus, de s’aventurer en des routes ignorées ou abandonnées. C’est, à ce qu’on assure, la disposition, le caractère qui doit distinguer le dix-neuvième siècle. En conséquence, on renonce aux anciennes carrières, et l’on s'efforce de les fermer en les dé-

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