QUARANTE-CINQUIÈME LEÇON
AMfCALES ROMAINES. AKIîÉES 366 A 36o AVANT J. C.
Messieurs, le dictateur Quiutius Cincinnatus, vainqueur des Prénestins, rapporta, dît-on, de leur ville, une statue de Jupiter Empereur, Mais Cicéron dit que la statue de ce nom qui se voyait auGapilole venait de Macédoine, et n'avait été déposée que bien plus tard parQuintius Flamininus : il est fort possible que Tite- Live ait pris un Quîotiuspour l'autre. Trois plébéiens s'installèrent, en 378, dans le collège des six tribuns militaires. Un Gains Licinîus parvint au même bonneur l'année suivante. Néanmoins, en 376, la fille cadette de Fabius Ambustus, mariée à Caius Licinius Stolon, se désole de se voir entrée dans une famille h laquelle est interdit l'accès des dignités suprêmes; et ce dépit féminin allume, selon Tite-Live, une sorte de guerre civile, qui va durer dix ans. J'ai tâché de vous exposer les motifs qui devraient faire écarter de l'enseignement élémentaire de l'histoire une fable. si puérile. Stolon, devenu trîbua du peuple, et sou collègue Sextius proposèrent trois lois portant : l'une, qu'on déduirait du capital des créances les intérêts déjà payés, et que les débiteurs auraient trois ans pour acquitter le surplus; l'autre, que personne ne posséderait plus de cinq cents arpents de terres; et la troisième, qu'on rétablirait le consulat, en, réglant que l'un des consuls serait pris nécessairement dans la classe plébéienne. Les débats Excités par ces projets amenèrent cinq années d'auar-
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Hl8 HISTOIRE AOMAINti.
chie, lacune étrange dans les annales de Rome; car une si Itohgue IntPrruptiM) d^ tilagistràtlirés siiilrêmes a dû entraîner (les troubles, des orages, sur lesquels les hîstt>rféils èe taisent. Une incursion des colons Je Vélétri força de rétablir des tribuns militaires; et l'on opposa ensuite aux manœuvres de Stolon et de Sextius l'autorité d'un dictateur. C'était Gaiiiille, qui abdiqua sans avoir déconcerté les dewK tribuns du peuple. Un autre dictateur, Mblilius^ épottsa leur cause; et ils s'enhardirent à tel point, que, vojrant le peuple disposé à sanctionner leurs deux premiers projets, et à r^etër le troistèmet ils osèrent déclarer qu'il fallait ou les accepter tous trois , ou il 'en adopter aucun. A ce propos , Tite-Live a prêté à Claudius Appius un très-long discours, où vous avez pu remarquer d'assez importants détails. Ce que dit Appius contre l'injonction que lès tribuns semblaient faire au peuple de renoncer à chacun des trois projets, s'il ne les voulait accueillir tous trois ensemble, est assurément sans réplique. Il y avait dans cette alternative une insolence qu'on a peine à s'expliquer : il était impossible de porter plus loin le mépris des convenances et l'oubli des droits dtf peuple. En combattant le troisième projet, tieluî qui exigeait que l'un des consuls fût pris dans la classe plébéienne, A|ipius- paraît établir qu'on doit toujours laisser aux suffrages des électeur^ uiïe liberté illimitée. A irai dire, Appius avait assez mauvaise grâce à soutenir cf^te maxime, lui dont la famille, la caste et le parti Voulaient qu'on ne pût jamais élire consuls que des patriciens. Mais est-il bien vrai que la toi ne doive jamais astreindre les élections à des conditions et à des réserves? Je crois, Messieurs, que, pour résoudre crltequesr-
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Q(J A.RJLflTE-CIHQDIÈHE LEÇON. 3iq
tîoii, il la faut diviser, en distinguant trois genres dVlections ou d'électeurs. Si le peuple ne fait pas immédiatement lui-même les choix définitifs, s'il est représenté par des électeurs <\u\ font pour lui ces nominations , il est bien le maître de limiter des pouvoirs qui ne sont point à eux, et qu'ils ne tiennent que de lui. Sans doute il peut arriver que tes conditions d'éligibilité qu'il aura prescrites soient mal entendues, mal combinées; mais il s'agit du droit qu'il a eu de les déterminer, et je ne pense pas que ce droit soit cotHestable. Une seconde hypothèse est celle où te peuple, divisé en aeclions et non réuni en ud seul corps, procède directement à des élections définitives; de telle sorte que chacune de ces sections nomme directement et par elle seule un certaia nombre des membres qui viendront composer une assemblée ou un collège national. En ce cas encore, des règles et des conditions d'élections peuvent fort bien être imposées par l'universalité de ce peuple à chacune de ses propres fractions; car leurs choix doivent conférer immédiatement uue part de quelque pouvoir public à exercer sur I» nation entière; et la nation peut réellement avoir la volonté, te besoin même de ne le confier qu'à des maios dont l'aptitude et la fidélité soient garanties par certaines conditions générales. Les 'élections du troisième geiue soflt celles qui se consomment par un seul et même recensement de tous les suffrages réunis, ainsi qu'il se pratiquait à Route, où shaque élection était Is résultat d'un calcul unique, qui embrassait les vote» de toutes les centuries ou. de toutes les tribus. Ce résultat eût été plus vrai, si l'on eût compté les aufÏM»ges iudividuets, en- additionnant tous ceux qi^'untnème
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330 HISTOIRE fiOMAINE.
candidat avait obtenus dans toutes ces tribus ou centuries; mais en6n l'opération était unique, universelle. Ce netait pas chaque dixième du peuple romain qui élisait l'un des dix tribuns plébéiens, chaque sixième qui nommait l'un des six tribuns militaires , ou chaque moi* tié l'un des deux consuls. Tous les citoyens étaient censés avoir concouru ensemble à l'élection de chaque niagislrat. Or, en ce sjrstème, devenu impossible dans les Etats modernes, mais pratiqué tant bien que mal chez les anciens, les conditions d'éligibilité étaient fort difficiles à justiBer, puisqu'elles tendaient à imposer des entraves à la volonté générale elle-même. En vain l'on disait que te peuple romain, abandonné à sou libre arbitre, n'élirait le plus souvent que des patriciens : s'il n'avait point, comme il l'a trop prouvé, assez de sagesse pour choisir dans l'une ou l'autre classe les magistrats qui pouvaient le mieux le servir, rien ne devait le préserver des agitations, de la décadence et de la servitude où l'entraînaient son ignorance, ses habitudes anarchiques , ses superstitions et ses institutions mêmes. Il fallait l'éclairer et non le contraindre, ce qui est tout le contraire. T^s arguments d'Appius contre l'obligation de prendre l'un des consuls parmi les plébéiens ne sont donc point sans fondement ; on voit seulement qu'il ne les propose pas de bonne foi ; car celui qu'il yajoute, et qu'il tire delà superstitieuse observance de» auspices, détruit l'effet de ceux qui précèdent, puisqu'il tend à conclure qu'aucun plébéien ne peut jamais être consul. Sextius et Stolon exigeaient qu'on élût nécessairement un plébéien; cette nécessité devait sembler peu raisonnable : mais Appius, en sens contraire, demandait bien davantage; il voulait que, de
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QU A R ANTE-CI NQU l'Est K LEÇON. 3aï
nécessité, les deux consuls fusseut deux nobles. D'un autce coté, il y s lieu de gémir pro fou (dément sur les dfslinées d'un peuple, lorsqu'on tes voit dépendre de pratiques aussi frivoles et d'erreurs aussi grossières que cellesqui sont retracées dans la dernière partie du discoui-s d'Appius. Enfin l'altiiT patricien, quoiqu'il ait, en commençant, déclaré que les deu\ premiers pro> jets de toi sont salutaires, quoiqu'il les ait comparés à des aliments sains auxquels on associe un poisoiis finit par les repousser l'un et l'autre, sans tes discuter, sans indiquer aucune des objections graves qu'on y pouvait opposer. Malgré tant d'incohérence, tant de perfidie et d'ineptie, ce discours est précieux encore, même considéré comme une production de l'historien, parce qu'il représente fidèlement l'état des idées, dçs mœurset de l'éloquence politique chez les Romains; il donne la mesure de l'impudence avec laquelle on abuisait de leur crédulité et de leur irréflexion. -
Toutefois nous avo^ns vu tes deux tribuns du peuplt' réussir dans une quatrième demande : ils ont obtenu qu'il y aurait dix prêtres sibyllins, dont cinq seraient plébéiens. Camille a reparu ensuite dictateur pour i» cinquième fois, et vainqueur des Gaulois, sinon près (te t'Anio, du moins dans la campagne d'Albe. Comiiut l'historien Claudius Quadrigai'ius, Plutarque place aussi le champ de bataille sui- tes rives de t'Anio, aujourd'hui le Teverone; et it ne parl« point de l'Aputie, oii, selon Tite-Live, les vaincus s'enfuirent. Le dictu^ teiir qui les défit était Sulpicius, suivant Aurélius Victor; Titus Quiiitius, suivant Orose; ce même Quiutius, puis Caius Sulpicius, si nous en croyons Eulrope. Je serais fort d'avis, Messieurs, de n'admettre aucune de XV. 31
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3it HISTOinK nOHAIRE.
ces indications contradictoires , et de reléguer cette débite des Gautois parmi les fables traditionnelles; car l'bxafft et judicieux Polybe nouis apprend que, sortis de Rome en 388 , ils ne reparurent que trente ans après; il plaée ea 358, non «n 36^, leurs ravages Sur les territoires d'Albc et de Rome; et d'ailleurs il assure que, cette fois encore, ils se retirèrent de leur plein igré, sans qu'aucun Romain osât se montrer pour Ira repoussen Ce dernier exploit de Camille est donc fort douteux : si Camille a réellement exercé une cinquième dtetalure, on ne peuty rapporter que la prise de Vélétri, dont Tile- Live et Plutarque font mention, et la suite des démêlés avec les tribuns du peuple. Ceux-ci, le voyant fort affaibli, osèrent, pendant <)u'il siégeait sur son tributyil au milieu de la place publique, lui envoyer un JKrgent, qui mit la main sur sa personne, comme pour l'amener de force, à ce que raconte Plutarque; Tit«- Live ne dit rien de cette étrange entreprise, ije dictateur se retira vers la salle du sénat, et, avant d'y entrer, promit d'élever un temple à la Concorde, s'il veaak à bout d'apaiser ces troubles. Vohb savea que Tite-Live ' lui fait tout l'honneur de l'accommodement', qui, pour quelques instants , réconcilia lesdeux ordres. L'historien grec en parle à peu près dans les mêmes termes. Le sénat ratifia l'élection des deux consuls, c'est-ii-dire^ patricien Emile Mamercinuset du plébéien Sextius, qui venait d'élre pendant dix ans tribun du pduplle, et qujy à force d'opiniâtreté, était parveMu à ses ^ns. La classe plébéienne devait à ses efforts ipersévérbnt!) et à cetiK de Stolon la conquête du consulat, et les nobles ae croyaient dédommagés par la créalioa de deux magisli-atm-i-s curules réservées à leur ordre, ta prétiure
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Qtl A Tt AHT£-rCINQUI felÉE LEÇON. 3^5
et la grande édilité. T^es premiers «ailes de ce genre furent Qubitiiis Capitolînvs et Cornélius Scipion, ei le premier préteur, Spurius Furîns fils de <3aEmlte : c'étaient les comices par centuries <qui avaient nMnmë ces trois magistrats. Leurs uôms et cent, dec deux con- . suis ouvrent le septième livre deTite-T^îve.
On annonçait un rassetnblfinteDt die iGaulois daus l'Ëtrurie et une déièctÙM) ,des Hemic^es ; le sénat cependant dilTérait exprès les expédîtio»s ^militairrs où un ooosul plébéiftv «wit <RU occasion de se montner. Dé leur côté, les tributts 'du peuple se p'iaignaieot déjà d« l'établissement des a^uvalles naft^istratUfies curules; et les sénateurs n'osaient plus dédarer que les grands édiles ne serateat jeinais choisis .qu'entre les nobles : Ht parurent dxspo&és à les Uiaser icboi&Vr, de dëus anséa l'une, parmi les plébéiens., où tioujours indlËEéremmeBt daasl'une et l'autre diusie.lOn arrive ainsi au oonsuli^ de Génucius AMentinrasts rt Àe Serrilws Ahala, qui entrèrent en charge.le 7 murs 365. Il n'y avait j^s de trnubles intérieurs , pJuB.de gueri%étrangfèj«;c'«lajti|e tour de la peste : elle «mporta un ceaseitr, uil édilej trois iribuns dufieuple,.etlegrandiCaaiille; OB neisait combien de têt» vulgaû'es. Camille fut Méritablcwient} dit Tite-Live, un homme unique dans toutes iW$ vicissitudes de &a fortuoe; déjà lé fd»s illustre deshommes d'État et des guerriers, av»nl d'aller len esU; plus admirable dansée exil même, et fwr les reg<«ts de ses concitoyens, qui vinrent implorer ses secours ^ et<par le bonheur qu'il Mit« rànbli .dans sa patràe, delà rétablir eUe-rnÊine; toujours digne, pendant quatre-vingt-ciaq ans ^u'U yéout , de sa gloire immense et du nom de fondateur de Rome, qu'il partageait a<vec Romulus. l^
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3a4 HiSTOi n lî «DM A iH F.
père Catrou et d'aulrés inodcriifîK ont foi't amillifié' ces éloges, qui reposent en partie sur des traditions au moins incertaines. Il est probable que Camille était un citoyen (îdcle, un brave guerrier, un h:ibile capitaine, . en même temps qu'un altier patricien et un impérieux magistrat. Sa valeur et son activité mditaires ne se sont jamais affaiblies. Mais il paraît que, dans les aflaires civiles, l'âge ou l'expérience avait amorti son énergie ou tempéré son orgueil.
En février 364 1 '^^ vœux de ta Stie (fAmbustus furent comblés; car son époux Licinius Stolon devint consul : elle' eut la satisfaction d'entendre des licteurs frapper à sa porte avec des faisceaux. Mais Id pesté continuait ses ravages; et, pour fléchir le courroux des dieux, on reuou.vela la cérémonie du lectisterne.Ije fléau' ne cédant ni aux remèdes bumaius ni aux secours divins, la superstitiou prit un tel empire, qu'entre autres moyens d'apaiser la colère céleste, on institua, est- il dit,ies jeux scéuiqiies, spectacle nouveau pour un peupte guerrier, qui n'avait vu encore que les ct/mbats du cirque. Ici Ti te- LJve entre dans des détails si importants pour l'histoire de l'art théâtral, que je vais traduire lé plus littéralement qu'il me sera possible cet article de son septième livre.
n Comme presque toutes le*^ origines, dit-il, celle H des jeux scéniques est petite : c'était une institution a étrangère. Sans poëme, sans mouvements imitatifs ■ d'un discours versifié, des bateleurs attirés de l'É- <c trurie sautaient au son d'cme flûte, et g<»ticulaient, « non sans grâce , à la manière toscane : bientôt la jeua ncase les ilnila, et s'avisa d'ajouter â-cet exercicit « quelques plaisanteries mal versifiées; If s mouvPmenls
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QU ARAljlTE-CINQI) IKME LKÇOM. 3a5
( répondaient tant bien que mal aux paroles. Accueilli X et souvent prati(|ué , ce divertissement excita quelque ï enthousiasme; et conimi', en langue toscane, un hait teleur s'appelait hisler, les acteurs romains prirent K le nom d'histrions. Déjà ce n'étaient plus, comme ï an commencement, des vers pareils aux fescennins < ( à ceux des habitants de Fescennia en Étrurie ) , des « vers grossici-s et sans art, alternativement ripostés : <t on jouait des satires mesurées sur les modulations I delà Qûte. Livius vint quelques années après, qui ï osa le premier lier aux satires un sujet et une fable ; t il était, comme tous les auteurs d'alors, l'acteur de » ses propres pièces. On dit que, sa voix étant fatij guée à force de répéter des morceaux redemandés, n il obtint la permission d'établii' un jeune acteur pour X chanter devant le joueur deflùte, et qu'alors Liviuo K accompagna ce chant de gestes plus expressifs, parce X qu'il n'était pas gêné par le soin de ménager sa voix, n Ainsi s'établit l'usage de placer un chanteur à côté de
0 l'histrion qui gesticulait, et dont la voix se réservait
1 pour la déclamation des dialogues. Les représentations H ne consistant plus dans les simples saillies d'une gaîlé n ibiàtre, ce qui n'avait été qu'un jeu se transforma H peu à peu en un art : alors la jeunesse laissa ce tran vail aux histrions de profession , et reprit l'antique a usage des houffonnet'ieavcrsifiéeset mutuellement ren- K voyées; c'est ce qu'on appela exodes (^ ou sorties ) , A parades adaptées surtout aux fables atellanes (ces.!-. a à-dire d'Atella, ville de Campanie ). La jeunesse se n réserva ce génie de divertissement, qui lui venait des K Osques, et ne souffrit point que les histrions le pro- « fanassent. Aussi tlcmeure-l-il établi que les acteurs
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3^6 HISTOIRE ROMAIHIt.
f des Alellanes ne sout point dégradés de leurs tribus, . If i)i exclus du service des légions; on les considère « comme étrangers à la profession de comédiens. J'ai « |)ensé, ajoute Ïite-Live, qu'entre les autres ori-. « gities je devaij placer celle des jeux scéniques , afin « ^u'on vît de quel simple comnlencement nos specc( tacles Sont arrivés à un faste insensé, à peine sup- « portable aux plus opulents royaumes. »
Peut-^tfe, MçSsietirs, Serait*^ permis de chercher Ia première origine des repr^eutations scéniques du peuple romain datis les jeux solennels qu'il célébrait dès Iftà premiet^ siècles de son histoire, et que Denys d'Halicarnasse noua a décrits sous l'année 490 avadt 3. C, en nûua les (disant considérer comme fort ant^rieurà à cëlt^ époque. 11 y a réuni, en effet, plusieurs geor^s de spectacles, processions religieuses, marches guerrières, exercices gyninastiques, danses pyrrhiques. et danses bouffbunes, chœurs de danseurs et de musiciens. ChacUfl de Ces chœurs, nousa-t-il dit, était conduit par un maître de ballets; et l'on distinguait, parmi les acteurs, des silène» couverts de tuniques à lougs. poils, et des satyres vêtus de peaux de boucs. Les uns et les itutres apostrophaient par des sarcasmes tous les. passants, même les plus -éminents personnages et le^ généraux d'armée. Denys n*a pas manqué d'attribuer à ces jeux une Origine grecque; mais de la Grèce ils avaient passé d'abord en Étrurie ; et, selon toute apparence , c'était Aci Toscans que les Romains les avaient immédiatement empruntés. Tarquin l'Ancien leur avait apporté un premier fonds d'institutions étrusques; et lU en oiit succ(;ssivement puisé plusieurs autres à 1^ mc'iHf souiLT, 'Xous avons remarqué, sous l'année 4'^4r
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QUARANTE -CIHQUIÈHE LEÇON. 3^7
de* histrioBs toscans , iatroduisant à Rome ili> notiveaui estais de jeux iioéniques; du moins d'anciens historiens le racontaient ainsi; et, si l'on adoptait celte tradition, les détails que Tile-Lîve vient d'attacher à l'anaé» 364 remonteraient à soixante-dix ans plus haut. 1) me paraît fort probable que, bien avant le consulat de Liciniu8Stolon,desFepréseutatîon$scéniques, plus ou moins grossières, se mêlaient aux fêtes religieuses des Bomaiiis. Dans l'antiquité, comme au moyen âge, ces jeux ont pris naissance au milieu des cérémonies sacrées : ils noussont ici présentés parTite-Live comme un moyen que les Romains emploient pour apaiser la colère divine que le lectisterne n'a point désarmée. Ceux qui aiment à trouver i)ne profonde sagesse dans tous les détails de l'Iiistoir-e antique imaginent que les magistrats de Rome avaient senti que la comédie, en excitant le rire, en provoquant la gaité, pourrait amortir le progrès de la maladie endémique dont Rome était affligée; d'où il suit que c'était un véritable remède contre la peste qu'on déguisait sous le nom d'une pratique religieuae. Quoi quM en soit, le texte de Tite-f .ive, dont je viens de vous offrit' une traduction littérale, a fort exercé les savants modernes i il n'est point sans difficultés. T^s baladins, ludiones, venus d'Étrurie, ne récitaient, ne chantaient aucun poème, sine carminé ullo, Dacier ajoute qu'ils ne jouaient aucun acte de pièce réglée qui consiste dtins l'imitation :écs,lami\<\a \\\ra- Amtsine tmitandorum ear/mnumaclu;et Ducker s'est récrié contre celte version , qui dit en effet un peu plus que le texte. I.,es mouvements que ces bateleurs exécutaient BU son d'uneOûte pouvaient avoir un sens, une inten<toiU|uelconque, bien que non exprimée d'avance pat
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3a8 HISTOIRE HOniArNE.
des vers; et, sans iiiiiUr un discours versifié, ilspoovaient imiter encore (lueltjue chose: toutefois il est difficile de penser (|u'il y eût là une action théâtrale, ni un hallet pantomime proprement dit. C'étaient des irtouvemenls non dénués de convenance et de grâce, haudmdecoros motus, mais dont la signiBcation devait être extrêmenient bornée et fugitive. La jeuness*- romaine voulut exprimer davantage; elle a|onta aux gestes et aux dausesdes plaisanteries en versinégiilieis,i/2ct)«t/(- '/j' joculario versibus , apparemment des impromptus rhytlnniques et des sarcasmes pareils à eeux que lan- (^aieiit déjà, dès 490- *'*^s danseurs travestis en silènes et en satyres, dont-nous a parlé Denys d'Halicarnassej et les mouvements, la danse et les gestes s'accordaient, autant qu'il se pouvait ,-avec la voix, iiec absorUa voce motus erojit. Tite-IJve par les raoKs sœpius usurpando fait assez entendre qu'il fallut du temps à cet art pour faire à Rome ses premiers progrès, qui néanmoins, bien médiocres encore, ne consistaient qu'en imitations d'exemples étrusques. Ces acteurs romains prenaient |e nom d'histrions, parce que ceux de Toscane s'appelaient liistères; et leui's vers grossiers avaient eu d'abord pour modèles ceux des babitïints de Fescennia eu Ëtrurie. Peu à peu , ils se mirent à jouer des satires mesurées., et adaptées aux modulations de la flûte : Impletas modis saturas, descnpCo Jam ad tibicinetn cantu, motufjue. congrueiiti , peragebaiit.
Ce mot de satire a été l'objet d'un très-grand nombre de recherches et de dissertations. Quoiqu'd semble assez naturel de penser qu'il n'est originairement que le nom des dieux Satyres, compagnons de liacclius, surtout lorsqu'on voit ces personnages figurer dans les
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QIJ àH\ NTE-CIKQll liH E LEÇOH. Sig
plus anciens jeux scéniques; cependant ropiniom de plusieurs érudits est que satura est un mot purement latin, le féminin de l'adjectif ^i^/ur, soûl ou plein : satttr lacus, bassin rempli; xatui-œ leges, lois compo-; sées de plusieurs chefs ou titres. I^ satire serait ainsi un poëme composé de plusieurs choses diverses; c'est la déiinitiun qu'en donnait Porphjrion, commentateur d'Horace, /nu/ïiV ci variis rébus carmen refertum. On suppose qu'ensuite, au lieu de satura les Romains ont écrit satira par un i simple, comme ils ont fait ^optumus et dt; maxumus, optimus et maximus; et l'on en conclut qu'il est mieux d'écrire ainsi avec A' simple le nom du poème, en réservant 'Cy grec au nom des personnages mythologiques. D'après ces explications, on établit que les satires dont parle ici Tite-Ijve étaient des farces, des mélanges de plaisanteries, essais informes sans doute, et cependant moins grossiers que ne l'avaient été les vers fescennins.
De là Tite-Live, franchissant par les raoli post aliquot annos un espace d'environ cent vingt ans, descend à l'époque de Livius Andronicus, qui, l'an ^(\f> avant notre ère, osa le premier ab saturis argumento fahukim serere : Dacier traduit abandonner les satires et traiter des sujets suivis dans ses pièces ; version qui répoudrait assez bien, sinon aux expressions de Tite-Live, du moins à celles de Valère Maxime sur le même fait : ,4 saturis ad fabularutn. argumenta spectatilium. animas transtulit. Guénn et M. Dureau delà Malle expriment le même sens, et Crévier pense que ab saturis équivaut à saturis relictis. Il se pourrait cependant que Livius Andronicus fi'eùt pas changé tout à coup ta nature de ces spectacles, et que, partant du
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33o aiSTOIRB HOMAIHE.
point où il les trouvait, aùsaUtris, il eût entrepris de rattacher ces saillies à ud sujet plus dêtermiDé , de les distribuer dans le cours d'une seule fable ou aeiton.- £d accontotnaDt les spectateurs à ne plus se contenter de saillies incohérentes, il introduisit à Rome l'art dramatique proprement dit ; et bientôt [es productions de cet art s'y divisèrent en trois genres : le satirique, le comique et le tragiquf. A certains égards, te satirique semblait intermédiaire entre les deux autres genres, ainsi que l'observe le grammairien Marîus Victorinus: Satyricwn, inter tragicum et comicum stylum médium est. Horace en avait conçu ta même idée :
Non ego ÎDorDaU
. . .SatjToruin icriptor amabo , Ne«sk enitartragkodinerre colorl.
Ut aihil intenit Daviunc loqiMtur. . .
Ad cuahw famuluaque dei $ileDus alqinDi.
Cette mention de Silène et l'emploi du mot satjrrorum,et non saprarum, me paraissent confirmer l'opinion que j'ai énoncée sur l'origine du mot satire , savoir, qu'il vient des demî-dieuK qui portaient ce nom. Par ce qui reste et parce qu'où sait de Livius Andronicus, on a lieu de croire qu'il s'était exercé dans les trois genres qui viennent d'être distingués ; mais, établies par lui dans Rome , la comédie et la tragédie disaient négliger , comme le remarque Duclos , les représentatloDS purement satiriques. Exilée du théâtre, la satire se réfugia , pour ainsi dire , dans un nouveau genre de poésie; on inventa ces discours, sermones,, ou satires non dramatiques , dont les Grecs n'avaient pas donné l'exemple, etdontQuiutilien dit satiraquidem Iota nostra est. Je crois , Messieurs , que Thiso
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QOAB AXTE^CINQU lÈME LKÇOH. 33l
toire des poèmes satiriques, à Rome, serait demeura plus daire, si l'on s'en était tena à reconnaître qu'ils devaieot leurs noms aux personnages mytlioiogiques qui entouraient Bacchus entant, et leur origine à )'an> tique usage d'introduire dans les jeux publics des danseurs ou acteurs qui, trarestis en satyres, proféraient des quolibels au des sarcasmes, ainsi que nous l'a exposé Denjs d'Haï icarnasse. Peu après l'an 364, déjeunes Romains donnèrent à ces saillies la forme et ta suite d'un dialogue. Plus tard , Lîvius Aadronïcus y adapta une action; et, lorsqu'il eut composé de véritables drames , le nom de satire resta & des poèmes non scéoiqnes, qui toutefois retenaient encore le nom de discours, termones.
LiviuH Andronicus, à la fois auteur et acteur, comme (/était alors l'usage, s'enrouait à déclamer et à chanter seul d'assez longs poèmes. Le public lui ayant permis de s'affranchir d'une partie de ce travail, il se fit accompagner non-seulemerït d'un joueur de flûte , mais aussi d'un jeune acteur, qui chantait les parties du drame appelées cantica; Liviusn'en felsait plus que les gestes , mais il déclamait ou chantait les diverbia. Le grammairien Dioraède nous a laissé une explication de ces deux mots ; Diverbia partes comediaritm sunt in quibas plures personœ vocantur, cantica in quibus tma tantum; c'est-à-dire que les ditvrhia sont des dialogues , les cantica des monologues. Les cantiques , ou cantates monologues , étaieat des airs ott morceaux de chant , composés par un musicien, le plus souvent distinct du poète auteur des paroles. C'est ce que pronve lin passage du grammairien Donat : Cantica terrqterabantw modis non a poeta, sr.d a perito artir miisicœ.
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33^ HISTOIHI': ItUMAlHE.
factis. Maisilandis quv se chantaient ces airSj Livius ne restait-il chargé que d'uu simple jeii muet?Ducios ne peut croire à ce partage du chant etidu geste : il est persuadé que Livius exécutait alors uncivéritable danse ; car le mol latin geslicuîatio a souvent ce sens; et d'ailleurs Lucien nous apprend qu'autrefois un même acteur chantait et dansait, mais que, les mouvements de la danse nuisant à la voix et empêchant la respiration, on jugea plus convenable de. partager la danse (non le simple geste) et le chant. D'autres prétendent que Livius gesticulait seulement , et qu'il inventa ainsi l'art delà pantomime, perfectionné depuis sous Auguste. -Un écrivain allemand, M. Boettiger,a soutenu, au contraire, que les cantica étaient des scènes accessoires oum^me étrangères au drame; hypothèse qui paraît tout à fait inconciliable avec le texte de Tite-Live relatif à l'époque de Livius Andronicus. Un a imaginé aussi que les cantica étaient des chœurs , des poèmes lyriques, destinés à servir d'intermèdes; et l'on a conclu de là que nous avons à regretter la perte de plusieurs morceaux de cette nature composés par Térence pour les entractes de ses comédies. Mais Diomède, lorsqu'il parle des chœurs, les considère comme une troisième partie du drame, distincte des dialogues et des monologues, c'està-dire des cantica et des diverbia , et il dit ailleurs qu'en conservant les cantica, on a renoncé aux cbœurs, que le public ne voulait plus écouler. Dans les tragédies qui subsistent sous le nom de Sénèque, le chœur n'est qu'un personnage, qu'un interlocuteur, qui tantôt prend part au dialogue, tantôt chante des monologues ou cantiques. A l'égard des comédies de Plauto et de Térence, qui n'offrent aucune trace da
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Qll \ Jl A HTF ■ CINQL lÈS) P: I, F.ÇO fl. 333
chœur i en vain on a essayé d'y découvrir àescaniicà, »^esi-à-dirp des morceaux d'une composition plus métrique ,■ susceptible d'une déclamation plus musicale et plus animée : ce sont là des conjectures qui ne supportent pas un examen sévère. Les cantica devaient se dislingiier par une versification plus lyrique, et l'on eh trouve deux exemples dans les fragments, d'ailleurs si exigus, qui nous restent des pièces de Livius Andronicus. Ainsi tout annonce que le canticum, dans lés poëmes de cet auteur, ressemblait à peu prèsàl'air, à /'art'à desopéras modernes, et queles(/(Vc;é(a étaient des récitatifs.
Ce dernier point toutefois a été l'objet de quelques observations particulières. D'abord il paraît que f.ivius, cliargé de ^ous \r«.- dicerbia ou dialogues, jouait seul à là fois tous les rôles de la pièce, lesquels étaient aii nombre dé trois' ou quatre. La question est de savoir s'il lescbantait; Ous'rl les déclamait seulement. L'abbé Dubos supposé que les anciens avaient trouvé l'art de notei' la Silnplt^' déclamât ion, Duclos est persuadé, au contraire, qu'on rie peut noter qu'un cbarit proprement dit;et que, si la récitatidn était accompagnée, comme " orr a lieu dé le croire , d'une basse de fliite, les notés devaient indiqitei" les élévations et les abaissements de voix d'une manière déterminée, ainsi que la valeur précise des mesures; en soHequeles acteurs n'y mettaient guèfe plus du leur que les nôtres dans les récitatifs de nos opéras. J. i. Rousseau' pense aussi quec'étaientdes récitatifs aiicompagnés ; mais on est forcé de convenir, avec Marmontel, que nous manquons, surcette matière, de renseignements assez précis pou r* être en droit de rien assurer. Seulehient on a lieu de croire qu'iln'en-
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334 HISTOIRE ROMAIKC.
trait dans la musique tliéàtraUdesLAtias quedesrâ»tatifs et des airs monologues, et cp'tls n'avaient pas conçu l'idée des morceaux à plusieurs voix que nous appeljsns des duos^ trios, quatuor, etc.
Quand Livius eut fait un art de ce qui n'avait élé qu'un divertissement, Ja jewBSse romaine ne se mêla plus auK histrions de professicuin c'est-à-4ire aux acteurs que l'auteur s'adjo^jiait, ne pouvant plus suffire seul aux représentations, et qui sont quelquefois désignés par le nom de h/fOcritœ, personnages simulés. Les jeunes ^ns néanmoins se réso-vaient encore le plaisir déjouer quelquefois des satires. Ce genre, en reparaissant ainsi sur le théâtre, j prît le nom d'£xo<!ijùz, sorties, hors-d'œuvre^ pièces jouées à l'issue ou à la suite des drames propremeot dits, et dont l'effet devait être, selon ub ancien scholiasLe de Juvénal, d'effacer par le rire les impressions douloureuses que la tragédie avait laissées .: £xodiarius, qpud veteres, in fine ludorum intrabat, quod ridiculus/oret^ ut quid' quidlacrymarum atqu.etrisùtiœ cuegissent ex iragicU ajfectibus htyus ^pectaculi ri'sas detergeret. Mais, comme ïl fallait une action ,pour intéresser des spectateurs dotit le^ût avait commencé à se former, les acteurs d'exodes 'adaptaient leurs bouffonnecies et leurs traits satiriques à un sujet enipruuté des &bLes atellanes ou d'Atella eu Cac^panie^ pièces d'un comique bas et licencieux, dit Duclos,, mais qui coD9er.vaienft.au total le genre dramatique par la composition du âujet. Elles prirent tellement faveur, qu'on iDlerromj)at quel^ quefois la pièce jirinc^le , pour demander J'AtelIaitei Le public romain était si^rassier et si capricieux, qu'aux deux, premières représentations de KHécyre. de Térence^
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QUAK AITTE-CI NQUIÈHR LEÇON. 335
les comédicDs Turent obligés décéder la place à des danseurs de corde et à des gladiateurs.
...Media inler carmina poscuni ^ut 'Dnùm aut pOgiles,
dit Horace :«le peitfile, au milieu «lu poème, demandait u brusquement des athlètes on ub ours ; * <et il allait le lui donner, âjonte Dacier : a«tremenf îl devenait 'Ours
lai- même.
Ufl autre fait qui -dévoile encore mievx l'ignorance et la fausse direction des idées publiques , c'est qire les jeAnes acteurs éea farces atellanes oonservaieat feur rang daos la société, tandis qiM déjà T'dn rherchaît à dégrader ceux qtwi repfésentaient les poèmes de Livius, d'ËBnius et dePtttUte. La maxiilie qui 'm scenam prodierit infiiTfàg bu est restée 'dans le droit roffiain. Il y aurait '^ien quelques 'obsefVattoiTs historiques et politiques à proposer sur «te sujet ; tiiHis il y a déjà trtip longtemps que nous avons dépassé l'épo)^ 'dont nous étudions Jliialoire : c'est Tite-Li»e qui no«s a entraînés si loin de j'arïnée 364 avant ntAre ère, par 1» détails oùilçsleot'céconcernant Livius Andranicus etsetf BuOcesseurs. 'Numis aUom oom reporter 'au consulat de Uf cinius Stolon.
1-& comédie «'ayant pM inienx réussi que le 'lec^ terne à cbaster la peste, la oçnsternation devint d'tralatrt plus accflblantte, qnVu Milieu 'même de la-célébra» lion -des jeux sdéniÇues, un débordement du "VAtre couvrit tout Je circpie; H était 'tr«p clair que les dieux immartcls n'aiinaiejit ipas tla^-dawse ^oi la imusiqup, iii les satttres bouHonlws q*"»!! avait employées co» me -<4e» moyens d'arpaiaer iour oooproux : Dits 'asfrmantiinu
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3!16 HISTOIRE ADMAiaE.
placamina irœ. On comprit enfin , sous le consulat suivaol, celui de Génucios et de Mamercinus, que le vérilahle remède serait de faire enfoncer un clou sacré par un dictateur. Car l'histoire apprenait qu'en de tels accidents, on s'était bien trouvé de ces expédients : Repedtum e.vseraprum memoriadiciturpestUentiam quondam clai>oab dictatorefixo sedatam. Voilà donc Mautius Impériosus investi de la dictature; il choisit pour commandant de la cavalerie Lucius Pinarius, et se dispose à remettre en pratique une antique loi, qui, écrite en caractères primitifs et en vieux langage, of donnait que citaque année, aux ides de septembre , le premier magistrat de la république accomplirait cette cérémonie. Ce clou devait être attaché au côté droit du temple .de Jupiter très-bon et très-grand, vers la partie où est \û temple de Minerve. £n efïét, en des temps où t'éçnture était fort rarement employée, quia rarœ perea (empara /«4e/-(nîTO'/£^,réj)èteiciTite-Live, un clou comptait pour une année; et, comme c'est à Minervt^.qu'ou doit l'arithmétique, il était bien juste de lui consacrer les signes de la numération des ans. La déesse éfrusque Nortia avait aussi, daus son temple; de Volsinies, des. clous destinés au même usage; c'est ce qu'affirme un auteur qui a recherché fort exactement ces antiquités, Cincius Alimentus; et l'on sait d'ailleurs qu'en l'année qui suiyit immédiatement l'expulsion des rois., le consul Horatius 6t ainsi, en vertu d'une loi expresse, la dédicace du temple du très-grand et très-bon Jupiter. Depuis ce temps, les dictateurs, à raison de leur émînente dignité, remplacèrent les consuls dans la fonction solennelle d'enfoncer le clou. Mais on avait ensuite interrompu ce religieux usage.
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QU A II A MTK-Cl HQUIÈME LEÇON. 337
rt voilà pourquoi rognait ta peste. Manlius Impériosiis, qui n'fïlaitdictatetirque pour remplir remiaistère, s'eu ac<|uitta soleniieileineat; et, voulant néanmoins donner plus d'^lat eucore à sa magisirature suprânie, il s'avisa de porter la guerre chez les Herniques , et fatigua la jeunesse par des enrôlements si acerbes , acerbo delectu, qu'enfin les tribuns du peuple, par violence ou par menace , le foi'cèrent d'abdiquer. Dès le conimpnceincnt du consulat suivant, en février 36a, le tribun Poinponius accusa l'exdictateur , lut reprochant les amendes, les emprisonnements, les supplices qu'il avait ordonnés , Je caractère tyrannique qui lui avait mérilé le surnom A' Imperiosm ; enfin sa conduite euvers soQ propre fils , qu'il avait relégué loin de Rome , condamné à des travaux servîtes, et presque plongé dans la prison des esclaves, parce quece jeune homme, d'ailleurs irréprociiable, n'avait pas l'esprit très-vif, ni Ja langue assez déliée. Un père dont le l'otur eût conservé quelques sentiments humains n'aurait-il pas travaillé à réparer ces torts de la nature, ptutôl que de les divulguer par l'éclat d'une persécution injuste? Voit-on les animaux nourrir avec moins de soin ceux de leurs petitsquela fortunea maltraités? Par Hercule! Manlius accroît les défauts de son fds : il achève d'abi'utir par l'oppression un esprit inaclif; et, s'il reste à cet infortuné quelque germe d'énergie naturelle , il l'étouFfe par ce régime rustique et sauvage, qui ne Ini laisse de commerce qu'avec les brutes.
Ces accusations s'accréditaient; un seul Romain les écoutait avec déplaisir, et c'était ce jeune homme luimême, le fils et la victime de Manlius. Il frémissait à l'idée de se voir la cause de la condamnation de son XV. 22
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338 aiSTOIKE ROMAINS.
père : il prit une ■■ésolution digne de sa rudesse, et qu'on ne saurait offrir, dit Tile-Live . comme un exemple à imiter par des citoyens, mais lionoi-able pourtant par la piété filiale qui l'inspirait. .Armé d'un couteau caclié sous sa robe , it arrive à Rome dès le matin , et se pend à la maison du tribun. Il dit au portier qu'il a besoin de parler sur l'heure à Pomponius, et qu*il est le fils de l'es-dictateur. On l'introduisit aussitôt ; le tribun ne doutait pas qu'il ne vint lui offrir de nouveaux renseignements à l'appui de l'accusation. Le salut reçu eC rendu, soluté accepta redditaque, le jeune Manlius déclare qu'il veut un entrelien sans témoin ; et . dès qu'il est seul avecPomponius, il lui met te couteau sur la gorge, le menaçant de le poignarder à l'instant, s'il ne jure en bonne forme de ne jamais tenir d'assemblée du peuple pour le jugement de Manlius son père. T^tribun s'épouvante; il est seul, il est sans armes; et le fer brille dans les mains d'un vigoureux jeune homme, d'autant plus à eraindrequ'il usera plus inoonsidéréntent et plus brutalement de ses forces : il jure donc , et se désiste en effet de son entreprise. Le peuple, qui eût bien voulu avoir à juger un accusé si «ruel et si superbe , ne fut pourtant pas fâché de cette audace d'un fils pour sauver son père, d'un fils surtout dont lesaffections auraient pu être si refroidies par les rigueurs du pouvoir paternel. Non-seulement on fit grâce au père, mais, comme on avait à nommer six tribuns de légions, droit déféré alors pour la première fois au peuple, car auparavant les tribuns avaient été choisis par les généraux , ainsi que le sont encoi-e ceux <)u'on appelle mfules , on décerna la seconde de ces six places à Manlius fils, quoiqu'il nWil aucun titre, civil
QU AU A WT K-CiNQU lÉHK LKÇOH. 33§
OU militaire, à cette faveur, ayant passé sa jeûneuse à la campagne, loin du «ommeme des hommes,
Quepensez-vous, Messieurs, de ce récit? Caren6n il vous est bien permis d'examinet les détails de l'histoire d'un peuple qui ne savait compter ses années que par des clous , et qui laissait négliger la pratique de les enfoncer à chaque anniversaire. Le nom de rufules est expliqué par Festus; il vient de Rutilius fiufus, qui fit rendre une loi partant que les tribuns des légions seraient nommés dans les camps, et non dans les comices: alors on distingua les tribuns militaires E^n comitiati, ft rufuli ou ruHUi; mais est-il bien cerlain qu'avant 36a les comices n'eussent jamais nommé de trlboDs légionnaires? Pourquoi Tite-Ltve ne nous dit-il point à quelle occasion, et sur la proposition de qu«l ma* gistrat ou de quel citoyen, cette nomination fut attribuée aux assemblées du peuple? Comment lui suffit-il d'énoncer sommairement , et dans une sorte de parenthèse, un fait d'une si haute importance? lorsqu'on a créé des tribuns militaires avec puissance consulaire, on a posé en fait qu'ils pouvaient être choisis dans la classe plébéienne, parce que, jusqu'alors, les plébéiens avaient été éligibles à la fonction de tribuns de soldats. Il est vrai que cela pouvait signifier seulementqu'il était loisible aux généraux de les prendre dans cette classe; cependant on aimerait à trouversurunlel point des renseignements plus précis. Au moment de ia chute des décemvirs, nous avons vu vingt tribuns militaires créés dans les camps par les soldats : selon toute apparence, il existait avant 362, sinon un usage constant, du moins .quelques exemples qui autorisaient, bien ou mal , à demander que ces ofliciers de l'armée
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340 HISTOInE ROMAINF.
fussent élus par les citoyens. Qu'usant de ce droit , anciea ou Douveau, le peuple ait nommé le jeune ManliuB, on explique cett^ faveur par l'impression qu'avaient dû produire la hardiesse et la générosité avec tesquellesil venait de sauver son père. Il convient néanmoins deconsidéreraussi qu'un tribun légionnaire commandait au moins mille hommes, et même quatre mille, selon le Beau ; que ce grade a été compaié à celui de coloitel par plusieurs modernes ; et que le Beau n'écarte ce rapprocliemeat que parce qu'il rabaisse trop le tribun de légion. Or, n'est-il pas étonnant qu'au sein d'une nation guerrière , qui possède un très-grand nombre-de citoyens exercés au métier des armes et jaloux d'avancer dans cette carrière, en raison de la durée et de l'éclat de leurs services, on aiilecoafîer lecommandement immédiat d'une division de l'armée à un jeune homme inculte et sauvage, qui n'a jamais porté les armes, qui n'a fait aucun apprentissage de la guerre, (jui a vécu au fond d'une campagne, presque confondu avec des esclaves, et dont les progrès ont été retardés à la fois par son inaptitude naturelle, parla dureté de son père et par les vices de son éducation? Il a fort bien pu s'introduire auprès de Pomponius, qui devait espérer de profiter de cet entrelieu; et je veux encore qu'aveuglé par cette confiance, Pomponius ait porté l'imprudence jusqu'à ne se réserver aucun moyeu de repousser une attaque si imprévue. Mais il est difScile (l'expliquer comment le jeune Manlius, éloigné de la ville et des affaires, privé de la lumière même du jour, et de tout commerce avec les hommes , comme le répète deux ou trois fois Tite-Live; n'ayant de société qu'avec tes animaux, extorrem urhe, domo. foiv , luce.
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QUAHAMTE-CINQU I ÈM K LKÇOM. 3/(1
tx)ngressu œqiialium prohibitutn , in qpus tervi/e , i/iter pccudes , procul cœtu hominum, se trouve oéaumoins pRifait^nient bien infocillé de ce qui se passe à ta ville, et des poursuites dont son père est menacé. Supposez- que son père même l'en avait instruit (c'est ce que ne dit pas Tite-Live, et ce qui se concilierait assez inalavecla peinture qu'il nous fait de l'état d'abjection et d'abrutissement où Manlius Inipérlosus se plaisait à retenir son fîls ) , il fallait une permission expresse pour que ce jeune homme sortit de la prison di'esclaves, carcerem atqite ergastulum, où il était ptongé ; et son père devait être assez peu disposé à lui laisser cette liberté, dans une oonjoncture aussi cri* lîqne.
Au surplus, Messieurs, c'était un temps de prodi*ges : en la même année , un tremblement de terre, ou quelque autre cause, ouvrit, au milieu du Forum, un large gouffre d'une- profondeur immense : on avait beau y jeterde- la terre, on ne parvenait point à le combler^ On consulta les dieux ; et les augures répondirent qu'il' y fallait sacrifier ce que la république avait dti plus fort , si l'on voulait lui assurer à elle-même une duréaéternelle. Alors se présenta Marcus Curtius, jeune guerrier très-distingué, qui, ayant imposé silence, contemplé le Capitole et les temples , étendu tes mains laotôt vers les cieux et tantôt vers l'ouverture de l'abîme, se dévoua aux dieux Mânes, et, couvert de ses armes, monté sur un cheval richement équipé, se précipita pour le salut de la patrie. Les hommes et les femmes jetèrent sur lui un amas d'offrandes propitiatoires; et (à se forma le lac Curtius, qui ne tient pas son nom de Curtius Mettus, ancien soldat de Tatitis. C'est Tite-
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34'-* HISTOIRE KOH&IHE.
Live qui fait <%It«observatiou, en ajoutant qu'à l'égard même de Marcus Curtius il faut s'en tenir à une traditioD impossible à vérifier à une si longue dislance. Tîte-Live n'écrit cependant que trois cent soixante-deux ans plus tard, tout au plus; et les auteurs qui le guident, Fabius Pictor, Valérius Antias, ont vécu cent cinquante ans, deux cents ans au plus, après Curtius. N'Lésitons pointa dire, avec Condillac, que c'est unefidite, qui sert à montrer de plus en plus la superstitieuse crédulité du peuple qui l'a insérée dans ses annales.
Le gouffre étant ferme , Le séuat proposa et le peuple décréta la guerre contre tes Herniques, de qui les féciaux. n'avaient point obtenu satisfaction. I^e sort déféra le commandement au consul Lticius Génucîus, C'était la premièrefois qu'un plébéien entreprenait une cspéditioD sous ses propresaiispices.Qu'altait~il en advenir? Pour le coup , on allait savoir si Ton avait bien ou mal fait de rendre les hautes dignités accessibles aux plébéiens. Le malheur voulut que Génuciiis tomba dans uneembu5cade;queseslégions, saisies d'une terreur soudaine, se dispersèrent; et qu'il pérît sous les coups des eunemis qui l'avaient enveloppé sans le reconnaître. Ce <lésastrc n'afBigea point du tout les patriciens. Ëh bien ! disaient-ils d'un air de triomphe, qu'on aille donc prendre des consuls au sein du peuple, et transporter les auspices eu des mains profanes. 11 n'avait fallu qu'un plébiscite pour dépouiller les patriciens de leurs houueurs : mais que pouvait contre les dieux immortels une loi sacrilège? Les dieux venaient de venger leur majesté , leurs auspices; et une armée, détruite avec son chef, enseignait à ne plus mépriser les droits des familles. Ces discours retentissaient dans ie sénat, dans la place pu-
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QUARARTX-OINQUIÈH B LEÇOIf. 3^3
bliqiie. AppitiK, l'adversaire de la loi, triomphait; Iv consul Servilius le noinina dictateur. Des levées sont ordoiinécs;lc cours des.jugements est suspendu. Appius marche contre les Herniques , sur qui le lîeuteuant Sulpicius a déjà remporté un avantage. Une grande bataille se prépare : toute la conTédération des Herniques est en mouvement; l'élite seule de leurs guerriers forme huit cohortes de quatre cents liommes chacune. I^ fortune restait indécise, quand les cavaliers romains se mirent à combattre à pied, et se mesurèrent iivec l'étite des ennemis. De part et d'autre beaucoup sont tués, et bien plus blessés. Que nous sert d'avoir quitté nos chevaux? disaient les cavaliers romains. Nous ne sommes pas plus heureux à pied. Y a-t-il donc une troisième manière de combattre? Ils poussent d'horri< blés cris, et marchent en avant, La fortune de Rome se déclare enfin ; les Herniques sont poursuivis jusquedans leur camp : et, si on ne les y attaque pas, c'est qu'il est trop tard; les sacrifices, longtemps peu favorables, avaient empêché le dictateur de donner avant midi le signal de la bataille. On ne voit pas qu'il y ait rien fait de sa personne. Les Romains vainquirent en sa présence, mais en perdant le quart de leur armée , et surtout un grand nombre de cavaliers.
J^e 18 février 36 1 , on installa consuls Caius Sulpicius , et pour la seconde fois Licinius Stolon : la débite de Génucius n'empêchait point d'élire encore un plébéien, conformément à la loi. Appius, malgré ia victoire remportée par ses soldats, n'avait pas obtenu les hon^ iieUFs du triomphe; du moins Tîte-Live n'en fait pas mention. Les deux consuls eurent des succès contre les Hermques, et leur prirent Férentinum. On créa cepen^
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344 HtSTOIRE ROMAIHK.
dant uii dictateur pour réduire les Tiburtiiiâ rebelles, ou pour marclier contre les Gaulois : ce fut Quiiitius Pennus, et sous lui Servius Cornélius Malugiiiensis commanda la cavalerie. Est-ce Licinius Stolon qui nomme le dictateur, et seulement pour la tenue des comices ^ L'historien LiciniusMacer le disait ainsi ; mais Tite-[ jve trouve cet historien suspect toutes les fois qu'il s'agit de la famille Licinia, à laquelle il appartenait. Venus par la voie Salaria, les Gaulois campaient à trois milles de Rome, au delà dw pont de l'Anio. Le dictateur conduit sur l'autre rive la jeunesse romaiue, qu'il a toute enrôJrâ. Ni les Romains , ni les barbares n'ayant voulu rompre le pont pour ne pas montrer d'enroi , un Gaulois d'une stature énorme s'avance , et s'écrie :« Que le « plus valeureux des Romains vienne se mesurer avec ■ mol , et qu'entre nous deux se décide le sort de l'une H et de l'autre nation. •> On ne se pressait pas de répoudre à ce déO, lorsque Manlius BU, celui qui avait sauvé son père des poursuites de Pomponius, vint demander au dictateur la permission de punir la témérité du Gaulois, u Je veux, dît-il , montrer à cette bêle farouche » que je suis né au sein de la famille qui a précipité les « Gaulois de la roche Tarpétenne. » Pennus y consent : le jeune Manlius s'arme du bouclier des légionnaires, et d'une courte épée à la manière espagnole. Le Gaulois, (^ signe de dérision, lirait la langue. Ils offraient, en se rencontrant, un curieux spectacle aux deux armées. L'un joignait à l'avantage de sa taille l'éclat de ses vêlemeats bigarrés, et de ses armes ciselées en or. L'autre, d'une stature moyenne, portait des armes plus mobiles que brillantes. Il ne chantait pas, ne bondissait pas, n'agitait point sa modeste armure; mats
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QUARABTE-CIMQt lÊME L KÇOH. 345
SOU cœur, où s« concentraient eu secret soit courage et sa colère , réservait cette énergie pour le moment du combat. T^ Gaulois, tel qu'une machine de guerre, dépassait de la moitié de son corps la tête de son eimemî. Avançant de la main gauche sou bouclier, de la droite il décliargea un coup d'épée, qui, tombant à faux sur les armes de Manlius, ne produisit que du bruit. Le Romain, qui tenait la pointe de son épée presque droite, heurta de son bouclier l'extrémité inférieure du bouclier gaulois, et, frappant sans relâche, perça le bas- ventre du colosse , dont la chute couvrit un vaste espace. Manlius, le voyant mort, se contenta de lui enlever son collier, qu'il mit, tout sanglant qu'il était, à son propre col. De là le surnom de Torquatus que Ifli donnèrent les Romains, et qui est resté à la famille manlienne. r>e dictateur y ajoute une couronne d'or et des éloges magnifiques. T^e jeune guerrier justifiait du moins, par cette victoire, la confiance des comices qui l'avaient créé tribun légionnaire, quand rien encore ne présageait qu'il put s'en montrer si digne. Gardons-nous, Messieurs, de révoquer en doute un si brillant exploit: ces combats singuliers font bien dans une histoire; ils y rompent la monotonie des batailles rangées. Il est vrai pourtaDt que Polybe, dans l'exposé qu'il trace, avec son importune exactitude, de toutes les guerres qui , jusqu'à son temps, avaient eu lieu entre les Gaulois et les Romains, ne parle pas non plus de cette aventure. Il ue dit rien, il ne sait rien de la célèbre victoire de Manlius Torquatus; et il se croit bien informé que, depuis leur sortie de Rome, en 388, jusqu'en 36o, les Gaulois n'ont pas reparu sur le. territoire de Rome, et n'ont en aucune affaire avec ses guerriers. En coiisé-
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346 HISTOIRE noHàiNr.
qtience, les criti(|ues rigoureux, tels c[ue Deauluit et I.évesque^ ont osé déclarer fabuleuse la narration que Tite-Live vient de vous offrir. Il fallait, disent-ils, trouver une explication des surnoms de Scaerola dans une famille, et de Torqualus dans une autre : on a inventé deux contes. Mucius s'est hrûlé la main, Torqualus s'est emparé du collier d'un géant qu'il avait terrassé; et voilà comment les Romains ont embelli |«ur3 anuales, qui autrement n'auraient consisté qu'eu un trop petit nombre de noms propres, d'établissements poKtiques, et de faits vulgaires.
En cette année 36o que je viens d'indiquer, et qoi suit immédiatement celle où se place l'exploit de Mantius, Polybe ramène les Gaulois sur le territoire d'Albe, oii, selon lui, ils exercèrent tous les ravages qu'il leur plut, sans qu'aucun Romain osât se montrer devant eux. Tile>Live, au contraire , tes conduit du pont de l'Anio à Tiburou Tivoli; il les nllieauxTiburlins, qui leur fournissent des provisions ; et de là il les mène en Campanie. Le consul Pétélius Balbus marche contre les Tiburtins, et son collègue Fabius Ambustus contre les Herniques. Cependant les Gaulois s'ébranlent; de la Campanie ils s'élancent sur les terres de Rome. Alors on crée un dictateur, Servîlius Aliala, qui prend Titus Quintius pour général de lit cavalerie. Si le peuple romain sort victorieux de cette guene, pour le coup on célébrera tes gr»nds jeux ; te dictateur en fait le vœu solennel. A la tête de la jeunesse, il va combattre les Gaulois non Uâa de la porte Colline. Ses guerriers avaient sous leurs yeux leurs femmes, leurs enfants , leurs pères : était-il possible qu'ils ne fussent pas vainqueurs? Les Gaulois, en pleine déroute, gagnent Tibnr, rencontrent
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QU A.R ANTE-CIHQU lÈHe LIiÇUN. 3^7
l'année du consul Pélélius, el subissent de nouveaux revers. En même temps le consul Fabius Ambustus remportait sur les Heriùques une victoirtu signalée. On décerna l'ovation à Fabius, un double triomphe à PétéHus, parce qu'il avait défait les Gaulois et les Tiburtins. Servitius Aliala s'était soustrait à ces boaneturs, en se bâtant d'abdiquer la dictature. Quelques mois après, les Tiburtius arrivèrent soudainement et de nuit sous les murs de fiooie. Les Bwnain^ éveillas par cettealtaque, prennent aussitôt les armes; ils ne savent contre quel ennemi. Les deux consuls (c'étaient, depuis le 19 février 359, l**>pilîus Lénas et Cnéius Maalius) eureet bientôt mis les assaillants en fuite. Les consuls de l'année suivante, Caiiis Fabius et Citius Plautius, eurect à combattre, le premier les Tarquiniens , et le second Lea Hei'Diques.Heureusctm«it Rome s'était réconciliée avec les Latins, qui lui fournirent un grand corps de troupes. Ou annou(;ait un ennemi bien plus ibnnidable que les Herniques et les Tarquiniens : les Gaulois, disait^on, s'étaient avancés jusqu'à Prénest», et campaient aux environs de Pédum. Polybe garde encore le silence sur cette guerre; il n'en a pas connaissance, quetcjuesoin qu'il ait apporté à ses reeberches,et précisément peut-être à cause de ce aoVn. Dan» Ïite-Live, c'est pour résister aux Gaulois qa'ou crée un dictateur , U* vingt-cinquième depuis Vamii^H , c'està-diieen eentquarante ans. Investi de ce' pou voir suprèa)6,0aiusSulpicius confie le commandement de lacavalei'ie à Marcus Valérius. Le dictateijj tempoiisa ; il jugeait qu'un eHueuii imprévoyant, mal approvisiouné , et n'ayauil point de places fortes, serait plus sûrement vaincu pur de longs délais que par une prample attaque.
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348 IIISTUI BE ROMAINE.
Il (léfctidit, soiis les peines les plus sévères, tie se battre avec des Gaulois, sans en avoir reçu l'ordre. Les^ guerriers romains frémissaient d'impatience, et se permettaient des propos injurieux au dictateur et à toutle corps des patricien?. Les soldats murmuraient; les centurions, dans les lieux publics, et même auprès de la tente de Sulpicius, éclataient en reproches contre ses lenteurs. Un attroupement se forma, aussi nombreux que si l'on eût convoqué une assemblée générale; et l'on chargea Seiitius de porter ta parole au nom de l'armée entière. Ce Sextius était pour la septième fois primipilaire , c'est-à-dire premiei' centurion de la légion, titre qui, en certaines circonstances, donnait, comme l'explique le Beau, le commandement de la légion entière. Cet officier, à quf de brillants exploits ont acquis de l'autorité, s'avance à la tête d'une multitude de soldats, et adresse à Servilius une harangue que Tile>Live rapporte ou compose en ces termes: r Tu sauras, die- ■ a tateur, que l'armée entière, se croyant accusée par d toi de lâcheté, et condamnée à une sorte de dégrada- (T tion, m'a prié de venir ici plaider sa cause. Si l'oa o pouvait nous reprocher d'avoir quitté nos postes,, s fui devant les ennemis, abandonné honteusement H nos étendards , je croirais encore pouvoir te supplier « de nous laisser réparer notre faute et reconquérir « notre gloire. Les légions vaincues à l'Allia , et enti'ai- « nées par l'effroi dans les mursde Véies,ensont sorties « pour recouvrer la patrie qu'elles avaient perdue. Pour u nous, grâce à la boflté des dieux, à ta fortune et h a celle du peuple romain, il ne nous manque rien de a nos ressources ni de notre gloire, si pourtant j'ose « parler de gloire quand les ennemis, nous voyant ca-
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'QUARA.NTErCl HQUIÈME LSÇOH. 349
c elles , comme des femmes, derrière iios retrauchem^its, o ont ie dj-uit de nous Jusulfer; quand notre g«oé»al V nous afflige bien plus encore, en nous prenant pour R uneai'inéesanscourage,sans force et sans bras; <juaml « il désespère de nous avuit de nous avoir mis à I e- « preuve, et se croit à la téle d'une troupe de mutilés « et d'impotents. Car où trouver une autre cause de a l'obstination d'un vieux et vaillant général à rester B les bras croisés? Quoi qu'il en puisse être, c'est loi H qui doutes de notre valeur, plutôt que nous de la tienne, u Si ce système ne t'appartient pas, si c'est celui du <' gouvernement , si c'est la politique du sénat et non u ia guerre des Gaulois qui nous relient bannis de « Rome et de nos foyers , alois je te prie de peser les « paroles que je vais ajouter, comme adressées non <i par des soldats à leur général, mais par le peuple n aux patriciens. Ils ont leurs projets, nous aurons les « nôtres. Qui nous blâmera de nous dire des soldais « et non vos esclaves, envoyés à la guerre et non en ■« exil ? Qu'on nous donne le signal, qu'on nous range en u bataille , nous saurons combattre en bommes libres « et en Romains. Si l'on n'a pas besoin de nos armes, « le repos nous conviendra mieux à Rome que dans un " camp. Voilà ce que nous disons aux pères conscrits. n \ loi, notre général, nous t'adressons, comme tes n soldats, une prière : Perniels-nous de combattre! « Nos vœux sont de vaincre, de marcber sous tes or- K dresà la victoire, et de mériter des lauriers; de renw trer avec toi un triompbe dans la cité , de suivre ton « cbar au temple de Jupiter, et de le couvrir de tout « l'éclat de notre allégresse et de notre gloire, o Ainsi parla Sextius; et tons les soldats joignaient leurs voix
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35o RI5TOI1IR BOMAIME.
à la sienne p6t>r demanttel* le combat. Noua saurons, dans la prochaine séance, ce que répondit le dilatateur, et nous continuerons jiis<|ii'à la Hn du vingl-liuitième chapitre, c'ost-à-dire de l'an 36o k l'an 3^3, l'élude du septième livre de Ti4e-IJve.
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