‹ Cours d'études historiquesChapitre 2 sur 35 · TRENTE-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME LEÇON

A.NHALeS ROMAINES. AKHÉBS 394 A ^gO AVAHT J- Ci

Messieurs, afin qav le siège de Véies ressemble à telui de Troie, on suppose qu'il a duré dix ans ; et ce calcul peut bien ëll-e exact, en tenant compte des premiers préparatifs; mais l'histoire des principaux événements de ce siège, telle que nous l'avons tue dans les vingt-deux premiers chapitres du livre Y de Tite>- LiVe, ne s'étend réellement que depuis le mois de décembre de l'an ^oi avant t^ère vulgaire jusque vers le printemps de Tan 3g^i espace d'environ sept ans et demi. Void comment les faits s'y sont distribués. En 4i3' I ^î" tribuns militaires, et non huit, quoi qu'ea dise Tite-Live, qui compte Camille parmi ces magistratsi tandis que Camille n'était encore que censeur. L'armée reste campée pendant l'hiver, les tribuns en murmu' rent; ils prévoient les conséquences politiques de cette nouvelle disposition ; Âppius s'elforce, au contraire, d'en prouver l'utîHlé. Les Véiens n'en font pas moins une irruption violente, qui affaiblit l'armée romaine} tnais cet échec ranime le courage des citoyens : ils viennent en foule offrir des services volontaires, surtout dans la cavalerie; et, à cette occasion, on éteud aux cavaliers la solde accordée déjà aux fantassins. En ^Oo, six nouveaux tribuns militaires, tous encore patriciens. Succès des Voisques, qui reprennent Anxur, et des Véiens, auxquels les Capénates et les Falisques se sont alliés : mésintelligence des tribuns militaires Virgim'us et Ser-

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tUfiHTE-SlïC lÈrtE LEÇOIT. 3l

glus; leurs fautes et leurs revers font prendre la résolution d'avancer l'époque du renouvellement des premiers magistrats; et Camille est du nombre de ceux qu'on élit au mois d'octobre. Vous vous souvenez , Messieurs, que les années 4oi et 4oo sont celles de l'expédition de Cyrus et de la retraite des Dix mille qui ont été racontées par Xénophon. En Sgg, vives réclamations des tribuns du peuple romain, et surtout de Trébonius, qui se plaint particulièrement de l'iu' trusion de deux patriciens dans le collège des tribuns plébéiens; te peuple s'agite : pour le satisfaire ou le distraire, on met en jugeinetit Sergius et Vii^înius, qui sont condamnés à des amendes; mais les tribuns du peuple recommencent à parler de loi agraire, à s'opposer aux enrôlements, à demander qu'on élise des plébéiens aux premières magistratures; en effet, le plébéien Licinius Calvus est nommé, en septembre , tribun militaire; et, malgré l'autorité de Tile-Live, plusieurs modernes sont persuadés que quatre autres membres de ce collège appartenaient à la même classe , en sorte qu'il n'y restait qu'un seul patricien f Furius Médullinus. En 398 , Ifis Romains reprennent Anxur. Un rigoureux hiver n'empêche pas les approvistonUements ; et l'en a été si conteut de l'aditiinistration des tribuns Militaires, qu'en septembre, ctn choisit leurs six successeurs dans la classe plébéienae. Maïs des cbateù» brûlantes, brusquement suPvenues après un froid excessif, ont amené une maladie pestilentielle^ dont les ravages, durant l'année 397 , dcmnënt lieu à là célébt-àtion d'un lectisterne , conformémetit à ce que pi-escrivaient, dit-on, les livpei sibyllins. Quoiqu'on aitgâgné quelques batailles sut- les Véiens et leurs alliés, lés patriciens viennent à bout de prouver

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32 HiSTOlIlE ROM A IK K-

que le grand hiver et la peste qu'on a essuyés sont d«3 signes du courroux céleste, qui ne permettent plus de prendre ailleurs que dans leur ordre les premiers magistrats de la république. En conséquence, Camille, aii mois de septembre, est réélu tribun militaire, et il a cinq patriciens pour collègues. En 396, des prodiges et surtout la crue subite des eaux dit lac d'Albe entretiennent dans les esprits des terreurs religieuses, qui déterminent encore, en septembre, l'élection de six patriciens pour tribuns militaires. On rapporte à l'année 3^5 le retour des députés qu'on avait envoyés consulter l'oracle de Delpbes; la réponse du dieu était conforme à celle qu'on avait arrachée d'un vieil aruspîce étrusque, tombé au pouvoir des Romains ; it fallait, pour prendre Yéles, dessécber le tac d'Albe et observer plus religieusement les rîtes sacrés de Rome. On crut à propos aussi d'abréger la durée des fonctions des tribuns militaires, de peur qu'il ne se fut glissé quelque .irrégularité dans leur élection : dès le mois d'août, on leur donna des successeurs. La plupart des suffrages rappelaient le vieux Licinius Calvus à cette magistrature; il présenta et fît accepter son fils en sa place. Génucius et Titinius , deux membres de ce nouveau collège , ayant combattu les Falisques et les Capénates avec plus d'intrépidité que de prudence et de succès, on investit du pouvoir dictatorial Camille, qui, en 394, consomma la ruine des Véiens. A sa demande, te sénat délibère d'avance sur l'emploi derim7 mense butin qu'on va conquérir; et, malgré Appius, les deux Licioius font décréter que tous les citoyens qui se bâteront de courir à Véîes y auront part. Camille se recommande à Apollon; il adresse à Junon Véienne

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THSHTE-SIXIÈHE LEÇON. 33

unie prière, que M. Boita , dans sod poëme sur ce mémorable événement, a traduite aiosi :

Ttegina Gi'ino, da VeieDto antica

Oi'or tu siedi, date sieuB aegoi . .

Ai tuoi Bomani ; cbe bea tosto luoi

Saranno, e tua la gran ctttà romaD».

Ivi uD graD lempio a tua graDdezza ngDale

Dentro accorrali; e fian tuai MDti ooori

Binnovellati eternamenle ogui iduo.

1 Reine Junon, de cette antique Véies , où maintenant E tu sièges, suis de toi-même tes fidèles Romains; car « ils vont bientôt t'appartenir. Leur grande cité sera la « tienne. Là, qu'un grand temple, égal à tamajesté, te a reçoive, et que tes saintes solennités soient renouve- « lées chaque année dans la ville étemelle. » En laissant les fables dont on a surchargé les récits de cette catastrophe, et <{ue ni T>te-Live ni Plutarque n'ont cru pouvoir omettre, la prise de Véies, l'incendie de ses édifices, le pillage de ses trésors et te massacre de ta plupart de ses habitants sont des faits qu'on ne révoque point en doute. Cette antique cité, plus florissante et plus -civilisée que Rome ne l'était encore, disparaît pour toujours de l'histoire; et Florus se demande où sont les restes, les vestiges qui attestent qu'elle a existé: Hoctum Veiifuere : nunc fuisse qiUs meminit? Quœ reliqtdœ? Quod vestigiwn ? Laborat ann/ilùim fides ut Veios fuisse credainus.

La nouvelle de la prise de Véies excita dans Rome des transports d'allégresse. On devait pourtant compter sur ce triomphe , dit Tite-Live ; car, après les prodiges, on avait fait toutes les expiations convenables, prodi' giaprocuratajuerant; on connaissait les réponses des devins et l'oracle d'Apollon; la prudence humaine

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34 HISTOIRE ROUAIHE.

svait secondé la puissance des dieux ; te nom seul de Camille, le premier capitiiine de son temps, maximus imperatoruin omnium, répondait delà victoire. N'importe, OD se réjouissait, comme si l'on o'avait rien espéré; et les dames romaines, prévenant le décret du sénat, remplissaient les temples et remerciaient les immortels. On ordonna quatre jours de prières publiques ; c'était plus qu'on n'avait jamais fait encore ; il ne manqua rien à la solennité de l'entrée du dictateur, à l'appareil de son triomphe. Son char était attelé de quatre chevaux blancs, distinction jusqu'alors réservée aux chars du Soleil et de Jupiter. Ce spectacle plus brillant qu'agréable aux Romains, clariorçuamgratior, commençait et présageait les disgrâces du triomphateur : ncela, dit « Plutarque , luj engendra ta malvueiltance de ses coa- « citoyens qui n'avojent point accoustumé que l'on usast • de telle bmverie. »ll fixa sur l'Aventin la place du temple de JuDon, dédia celui de Maluta, et abdiqua la dictature. Plutarque trouve que cette Matula a ressemble fort « à la Leucotbéa des Grecs, considéré ce qui se fait en c ses sacrifices : car ilz font entrer dedans son temple « unechambrière, à laquelle ilz dounent des soufQels, « et puis la font sortir dehors, et embrassent les enfaas K de leurs frères plustost que les leurs propres ; et font M plusieurs autres cérimonies qui ressemblent à celles <t que l'on fait aux nourrices de Bacehus, et aux incooa véniens qui adviurent à Ino, à cause de la concubine « de son mary. s Mais Kome devait aussi une offrande à Apollon : Camille avait voué à ce dieu la dîme des dépouilles , et les pontifes assuraient qu'il n'y avait pas moyen de s'exempter d'accomplir ce vœu. Cependant comment contraindre les citoyens à rapporter ce qu'ils

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avairat pris, pour en séparer ce dlxiëine consacré au dieu de Delphes? Selon Tite-Live, onsecontenta d'engager ceux qui avaient de la conscience, et qui ne voulaient pas s'exposer au courroux céleste , à estimer et k verser eux-niêinea au trésor public le dixième de ce qu'ils avaient rapporté. Selon Plutarque, on exigea des s^ments, et on usa de violence, « pour faire rendre aux « pauvres soudards... uiiesi grosse partie de leur gaing, « itteudu mesmement que plusieurs t'avoyent desjà tout «desperdu (dépensé). «De quelque manière qu'on s'ysoit pris, il en résulta, d'une part, beaucoup de mécontentement contre Camilte ; de l'autre, une collecte si considérable, que l'offrande fut digne à la fois du dieu et du temple et du peuple romain. Les dames se signalèrent en cette occasion ; elles apportèrent les plus riches ornements de leur parure; et le sénat leuren témoigna sa reconnaissance, en décrétant que, désormais, on ferait leurs oraisons funèbres, honneur qui n'avait encore été accordé qu'aux hommes illustres, et qu'elles jouiraient du privilège du pilentum aux jeux publics et religieux , du carpentum pour toute l'année. Le />/7e/ifMm était un char couvert, suspendu, et à quatre roues; le carpentum, une chaise découverte et roulante. Trois députés portèrent à Delplies une coupe ou plutôt un vase d'or pesant huit talents. A prendre te grand talent romain, ce serait une offrande du prix de sijc cent trente mille francs de noire monnaie; si l'on prend le petit talent, c'est encore quatre cent cinquante -trois ntilte, ce qui est déjà beaucoup. Plularque joint à ces détails l'histoire du voyage des trois ambassadeurs. Ils partirent « sur use galère fort bien (!quippée de • bons hommes de rame, et au demourant parée et

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.lu HISTOIRE ROMAIHE.

« accouslrée trionipliantement. Mais..., après avoir apu proclié bien près d'estre noyez par la tormente,... ilz

H retumbèrent en un autre péril pour ce qu'auprès

«des isles d'jEoIus , les galères des Lîpariens leurcouu rurent sus, comme à des coursaires,.,. attachèrent la « galère aux leurs, et l'ayans tirée en terre, exposèrent a publiquement CD vente au plus offrant à l'encan, le^ o bienset les personnes, après les avoir déclarez escumeurs a de mer; et les eussent vendus, n'eust été la preudhomie « et Tau thorité de Timasithéus, qui, pour lors, estoit capio taine delà vllle(deLipari),lequel..., non content (de les « délivrer), feit encore tirer en mer quelques vaisseaux n qui estoyentà kiy, avec lesquels il les accompagna en « ce voyage , et leur aida à faire leur offrande ; à raison ■ de quoy luy furent depuis faits de grands honneurs à « Borne, ainsi comme il méritolt. »

Après avoir accordé uneti'êveaux Voisques et aus Éqiies, on élut, le 7 août 394^ six tribuns militaires, lous patriciens. Deux d'entre eux, Valérius et Servilîus, dévastèrent les campagnes des Capénates, qui demandèrent la paix et l'obtinrent. Dans l'intérieur de Rome, il était question d'envoyer une colonie chez les Voisques; et des triumvirs, nommés à cet effet , avaient &it une distribution de terres à raison de trois arpents et demi par chaque eolon. I^ peuple eût bien mieux aimé un partage du territoire des Véiens. On parlait de transporter à Véies une moitié du sénat et une moitié des plébéiens; les nobles résistaient de toutes leurs forces à ce projet : il y avait déjà bien assez de dissensions au sein d'une seule cité. Que serait-ce entre deux villes ? Qui donc serait assez lâche pour préférer la terre des vaincus à celle des vainqueurs? Pourquoi Véies

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TREMTE-51 XI ÈME LEÇON. 3j

eonquise-etsubjuguée s'élèverait-elle àde pUi&liaules iU-alinées qu'au temps de son iudépendanceM^ tribun, au> leur de ce projet , s'appelaù S'ieinius : fallait-il mettre un tel nom eu' parallèle avec celui de Romulus, fils d'u» dieu et père de Rome? Les débats prenaient un violent caractère; les patriciens avaient entraîné dans leur parti plusieucs tribuns du peuple; les autres n'en elaient que plus ardents à soutenir leurs propositions ; et, sans le dévouement des plus vieux séitateurs, qui venaient interposer leur autorité, leur modération, leur courage, entre deux factions furieuses, laguerre civile allait éclater. Camille, on doit l'avouer, ne gardait aucune mesure ;^. il entendait tranclipr la question par une explication de son vœu; il déclarait avoir promis à Apollon la dixième partie, non-seulement des choses mobiliaires, mais aussi du territoire. Les pontifes s'empressent de sanctionuer cette inlerppét&tion;. la multitude accu«e Camille de mensonge et d'ektorsion; mais, pour le mettreà t'abri de tout péril, les. patriciens parviennent à le faire comprendre parmi les six nouveaux tribuns militaires, qui s'installent le nj juillet 393. Le sort lut assigna le commandement de l'armée chargée de réduire les Ealisques. Il part aU' milieu d'une nuit, et se montre soudainement sur des hauteurs qui dominent le camp ennemi ; trois divisions de sa troupe travaillent auX' retranchements; une quatrième se ftinge en bataille, met lesFalisques en dérou' le, s'empare de leur camp et le pille. Par ordre du général , et au grand déplaisir des soldats , tout le prix du butiu est remis aux questeurs. Les ennemis se retirèrent, dans leur ville de Paieries, dont le siège traînait en. longueur, et semblait devoir durer autant que tc-

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38 HISTU IRE KOM AtB r.

lui de Véies, >î la fortune du géuérnl romain n'eût avancé la victoire. Ici,Me&ssieurs, se place un conte que Tite-Live, Plutarque et d'autres auteurs classiques onl rspportë, que tes modernes ont répété avec complaisance, à cause des conséquences inorales qu'on en peut déduire : Machiavel s'en sert pour prouver qu'une action juste, humaine , généreuse, a quelijuefois plus A'efficacité, pour soumettre les provinces et ouvrir les porte;» des villes, que l'appareil des forces et des machines mt' lilaires : Quanto qualche volta possa più negUanimi degli uomini un alto urnano e pieno dicaritày che un alto féroce e vio/enlo , e corne moite voite que/le provincie e quelle città , che l'armi, gli islrumenti bellieif ed ogni altra Jorza umana non ha potuto aprire, uno esempto cFumanità edipietà, dicastità edi liberalità, ha aperte. C'était la coutume, chez le» Falisques qu'un seul maître fût à la fois chargé d'instruire un grand nombre d'enfants et de les accompagner dans leurs promenades, ainsi qu'il se pratiquait aussi en Grèce. Un instituteur, fort accrédité à Paieries, avait pris, avant la guerre, l'habitude de conduire ses élèves hors de la ville, et d'y présider à leurs délassements et à leurs exercices : il avait, depuis le siège, conservé cet usage, s'éloignant plus ou moins des portes de la place, s'avançant même jusqu'aux postes ennemis. Un jour donc, il mena sa bande d'enfants droit au cainp des Romains et à la tente de Camille. « Voici,, «dit-ilàcegénéral, les dis des principaux habitants;je « vous livre la ville même, en mettant ces enfants en votre m' puissance. — Quoiqu'il n'y ait plus , répondit Camille, «de conventions humaines entre nous et lesFalis4^es, 1 il reste un droit de la nature; rt la guene a aussi se*

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TBEKTE-StXIKME LEÇOff. ^9

« lois î nous savons être justes autant qu'intropides. No* «bras ne sont point armés contre cet âge inaoceot, « qn'on épargne même dans les villes prises d'assaut. Pour a toi, misérable, tu surpasses en scélératesse tfs perfid»

■ concitoyens; je saurai les punir sans toi. Je dois en u ce moment te punir toi-même , me venger de l'outrage- «que tu me fais, eu me voulant prendre pouc le corna plicedetatrabison.» — crSicoiBniandaà,se9 seegents^ » dîtPlutarque, qu'ilzdeschirassent les habillemens de w ce mauvais homme, et qu'ilz doaiMSsent des verges a et escorgces aux enfans, a6n qu'îlz remenassent 1»

■ maistre, qui les avoit ainsi trahis, en le fouetlaat <t jusques dedans la ville. » Ce speetarle attire uik grand eoncours de peuple : les magistrats de Paieriesconvoquent le sénat de cettevtlle, qui, à l'ÏDStant, envoie des députes à Camille, puis au sénat romain, pour demander la paix et des lois, t* Boaiains,^ direnl-ils, nous- •serionsmoinsheureux indépendants que soumis à votre' «empire. Quedeuxexemplessalutalres soient donnésaui «monde, celui de votre générosité, et celui, de nolr& «reconnaissance. Nous vousappartenons. Envoyez pren. 1 dre nos armes et des otages, les portes vous seront " ouvertes; comptez sur dessujets fidèles, comme nous « comptons suf des maîtres équitables. ■ On félicita Cauiille , qui n'oublia point d'imposer aux Falisquesune contribution égale à la solde de l'armée romainedurant toute cette année ; et , la paix signée , cette armée rentra dans Rome. Voilà, Messieurs, la plusglorieuse campagne dont Ïite-Live nous- ait encore offert le tableau; cependant Condillac n';i pas daigné en faire la moindre mention dans son abregedu cinquième livre de cet historien, et Lcvcsque , qui ne l'a poiiiLomise, ne consent à Ih maintenir dau!>

4o HISTOIRE KOMAIKE.

riiistoire, qu'autant qu'on reconnaîtra que les pnnc»' paun habitants de Falértes, qui permettaient d'exposer leurs en&Dtsà être enlevés, étaient encore plus imprudents que l'instituteur n'était perfide. Il est certain qu'on n'a pas coutume de faire sortir des écoliers d'une ville assiégée pour les nvener en promenade jusqu'aux posEesennemiâ; que c'est le seul e&emple qu'on en rencontre dans l'histoire de tous les sièges anciens et modernes; qu'il est étrange que les Romains, au lieu d'attendre que le maître vînt leur livrer ces enfants , ne se soient pas emparés d'eux et de lui pour les garder comme prisonniers ou comme otages; qu'il faudrait an moins, pour rendre un tet fait croyable, des témoin gnages contemporains, «t non une simple tradition, qui n'a été écrite que plusieurs siècles après ta date assignée à une telle aventure. Dans iMutarque, les soldats se récrient vivement contre Camille, qui les prive du pillage de Paieries sui' lequel ils avaient compté , et qui les force à retourner tes mains vides en leurs maisons , sans autre fruit de leurs fatigues qu'un dégrèvement, qui n'avait point, à leurs yeux, le prix d'u» butin.

Ce n'est qu'après la reddition de Faléries que Tite- Live place le départ des députés, E^ucius Valérius , Lucius Sergius, Aulus Manlius, chargés de porter à Delphes une coupe d'or, ta capture de leur vaisseau par des corsaires liparotes, la générosité de Timasithée, qui abandonne l'État qu'il gouverne pour les accompagner jusqu'à Delphes, et même, selon l'historien latin, les reconduire de là jusqu'à Rome. Ainsi l'indécisiou de la date se joint aux autres considérations qui peuvent inspirer des doutes sur ce récit. Il paraît

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TRENTC-SIX lÈMK LEÇON. 4'

que ia pacification conclue avec les Eques l'aonée précédente ne durait déjà plus; car les tribuns militaires Caius £inilius et Spurius Postliutnius leur font la guerre; et, après s'être réunis pour les vaincre en bataille rangée , ils se divisent pour aller chacun de sou côté, JEroilius occuper le fort de Yerrugo. et Poslhy mius dévaster le pays. Le présomptueux et téméraire Posthumius est battu par les Équesj et sa défaite jette l'épouvante jusque dans Tautre corps des troupes romaines. Il assemble ses soldats , leur reproche le vain effroi dont ils se sont laissé frapper, et les ramène pleins de courage au combat. Cette nouvelle action se passait de nuit; les cris des combattants furent entendus à Verrugo; et la troupe d'£milius, croyant tout perdu, se dispersa, 'gagna Tusculum. A Rome, le bruit se répandit que l'année de Posthumius venait d'être taillée en pièces : c'était une fausse nouvelle. Ce général avait, au contraire, exterminé l'armée entière desÈques; et sa lettre, ornée de laurier, annonçait au sénat la victoire complète du peuple romain, la destruction de ses ennemis : Litterœ a Poslhumio laweaiœ sequunlur : victoriam populi romani esse; Mquonim exercitum deletum.

Camille, malgré ses exploits et son mérite éminent , n'était point aimé; les tribuns du peuple reprenaient du crédit. Pour mieux résister à leurs entreprises, le sénat décréta le rétablissement du consulat, magistrature odieuse à la multitude, et interrompue depuis quinze ans. En effet, nous n'avons pas revu de consuls depuis Julius lulus et Caius Servitius Abala, installés en décembre ^07. IjC 17 juillet 392, LucrétiusFlavus et Sulpicius Camérinus prirent l'exercice de cette fonc-

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4'1 IIESTUIRE ROMAIBE.

tion. Les tribuns plébéieas, cette fois parfaitemeat unis, remirent en discussion le projet de s'établir à Véies; et, tandis que cette affaire occupait tous les esprits, 1^ Èques s'emparèrent, par trahison, de Vitellia, colonie romaiDe située sur leur territoire. Lucrétius marcha contre eux, et les vainquit selon l'usage. Rentré à Rome, il eut à soutenir des combats plus sérieux, vietorque Bomain ad majus aliquanto certamen redit. On avait traduit en jugement deux tribuns du peuple de l'année précédente , Aulus Virginius et Quiatus Pomponius , pour avoir servi la cause du sénat et trahi celle de leurs collègues. Outragé, menacé par les termes d'une telle accusation , le corps entier de la noblesse s'ébranla pour soutenir deux hommes, qu'on disait irréprochables dans leurs mœurs privées et publiques. Le peuple les condamna chacun à une amende de dix mille livres pesant de cuivre. Les sénateurs s'en indignèrent : Camille surtout reprochait aux deux consuls leur mollesse, et prétendait qu'ils auraient A(k tout entreprendre' pour sauver deux amis du sénat, il annonçait qu'on saurait bientôt réprimer, par des mesures plus efficaces, la licence et^iénée, effi'atnatam licentiam, des plébéiens et des tribuns. Camille était un vertueux citoyen, dévoué aux intérêts de la république, mais prorondément imbu d'opinions aristocratiques, et ne concevant pas d'autre liberté que celle dont le sénat resterait le régulateur suprême. U est bien vrai. Messieurs, que, dans un Etat libre, il ne làut attendre aucune sagesse ni aucune fidélité deshommei publics qui veulent devenir populaires ; c'est un avantage toujours périlleux et souvent ignoble, qui ne s'acquiert, qui surtout ne se conserve que par de lâches

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TRENTE-SrSiÈM K LEÇON. 4^

complaisances et par de criminels excè)> : mais, prendre a tâche de s'attirer ou même de mériter la haine publique est un travers funeste à ceux qui s'y livrent, et surtout à la société à laquelle ils font haïr leurs services et leurs vertus, La liberté et la tranquillité publiques sont paiement compromises et pai- le vain enthousiasme et par l'aversion profonde que certains hommes inspirent à la multitude. Au sein d'une nation à laquelle il faut ou des idoles ou des victimes , il n'y. a de chance que pour la tyrannie ou pour l'anarchie; la liberté veut d'autres mœurs : soit qu'on ait à défendre tes droits du peuple, ses vrais intérêts, ses voeux légitimes, soit qu'il faille réprimer sa licence et s'opposer à ses caprices, on cesse de lui rendre des services réels, du moment où l'on y met de l'ostentation, de l'appareil et du fracas; en un mol, lorsqu'on aspire T non à l^estiine des hommes sages, mais à la popularité, comme la plupart des tribuns de Rome, ou bien à une impopularité orgueilleuse, cbtnme faisaient certains patriciens. Camille et, avant lui, les deux Quintius Capitolinus et Cincinnatus sont peutêtre les trois citoyens les plus vertueus que nous ayons jusqu'ici rencontrés dans les annales romaines; mais il s'en faut que leur influence ait été aussi salutaire qu'elle aurait pu l'être , s'ils ne s'étaient pas en quelque sorte constitués d'avance les contradicteurs éternels et nécessaires de toutes lés réclamations plébéiennes. Les oppositions utiles sont celles qu'amène naturellement le cours des idées et des affections publiques , jamais celles qui naissent d'un système permanentet des combinaisons artificielles. '^

Canfilte ne cessait d'esctter les sénateurs à repous-

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44 UISTOIHE ROMAINE.

ser le projet de transporter à Véies une partie des Romains; illcur recommanda ît de se rendre tous au Forum le jour où l'oa voterait sur cette loi, et d'y défendre leurs autels, leurs foyers, leurs temples, leurs dieux et leur sol natal. Pour lui , s'il pouvait s'occuper de ses intérêts personnels, de sa propre gloire , quand il s'agissait de la patrie, son orgueil serait flatté de cette destinée nouvelle d'une cité qu'il avait conquise^ et où l'on ne pourrait faire un passans y retrouver les vestiges de son triomphe; mais était-il permis d'allep habiter une ville désertée, délaissée par lesdieux iin^ mortels, d'établir le peuple romain sur une terre captive, et de quitter une patrie victorieuse pour un territoire vaincu? Quoique ces paroles n'eussent aucunsens réel , et ne pussent éclairer personne sur la question de savoir s'il était avantageux ou nuisible que Véies devînt la première ou la seconde ville de l'État romain, tous les pères conscrits, jeunes et vieux , se déclarent contre ce projet, et même contre tout examen qu'on eu voudrait faire ; ils arrivèrent en'corps et comme en bataille au Forum, agmine Jacto in Foruni vénérant, se répandirent au milieu des tribus, supplièrent, pleurèrent et mirent en jeu tous les ressorts de la superstition. Tis montraient le Capitole, le temple de- Vesta, les autels de tous les dieux; il eût mieux valu, disaient -ils, que Véies ne fût jamais prise, si Rome devait être abandonnée, lis réussirent enfin à inspirer des scrupules à une partie des citoyens; et il se trouva pour rejeter la loi une tribu de plus que pour l'adopter. Cette victoire enivra de joie les sénateurs, à tel point que, le lendemain, ils décrétèrent, sur le rapport des consuls, qu'on assignerait sept arpents du territoire

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