‹ Cours d'études historiquesChapitre 3 sur 35 · TR F.HTE-SIXI ÈME LEÇON. ^S · texte numérisé non relu

TR F.HTE-SIXI ÈME LEÇON. ^S

véîen à chaque citoyen pauvre, non-sctilement aux pères de famille, mais à chacun de ses enfants. Ainsi une question du plus haut intérêt se décidait sans discussion ; peut-être prenait-on te meilleur parti, mais c'était sans le savoir, et en laissant toute leur force aux arguments que les tribuns tiraient de ta position de Véies et des richesses naturelles de son sol. L'on reconnaissait que ces raisons étaient sans réplique, puisqu'on n'entreprenait pas de les réfuter, et qu'on n'y opposait que des déclamations, des gestes et de vaines parades. 3e sais que les anciens et les modernes ont souvent pris ces artifices pour de l'éloquence : à mon avis, c'est une erreur grave qu'il faut compter parmi les principales causes des malheurs publics ; il n'y a d'éloquent que ce qui est profondément raisonnable, quece qui jette de vives lumières, que ce qui rend la vérité sensible, que ce qui la montre environnée de tout son éclat. Aussi verrons-nous bientôt la question qu'on vient de trancher se reproduire , ainsi qu'il arrive presque toujours quand les esprits ont été entraînés et non'éclairés. Elle sera, dans notre prochaine séance, le sujet d'un très-long discours de Camille , où je crains fort que vous ne la trouviez pas mieux traitée.

Les sept arpents distribués à chaque citoyen pauvre adoucirent tellement la classe plébéienne, eo munere delinita plèbe , qu'elle ne s'opposa nullement à l'élection des deux consuls : on élut, en juillet 3gi, Valérius Potitus, et Marcus Manlius surnommé depuis Capitolinus. Ils célébrèrent les grands jeux voués par Camille. Tile-Live ne nous apprend pas quel personnage eut l'honneur de faire la dédicace du temple de la reine Junon j il dit seulement que cette cérémonie fut signa-

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tée par le zèle religieux des clames : Celebratain dedicationem ingenti mafronarum studio. Les consuls batlireot les Èques suc le mont Algide; et le sénat décerna le triomphe à Potitus, l'ovation à Manliua, qui avait tué moins d'ennemis. Rome, attaquée soudainement par les Volsiniens et les Salpmates, n'avait point d'armée à leur opposer, parce que des chaleurs excessives et une extrême sécheresse avaient amené la famine et la peste, fléaux qui , pour le dire en passant, étaient beaucoup moins fréquents à Véies. T^e censeur CaiusJulius mourut, et fut remplacé par Marcus Cornélius; mais , Rome ayant étéprise durant ce lustre, on se figura, depuis, queces remplacements avaient je ne sais quoi de sinistre ou d'irréligieux; et les pères conscrits décrétèrent, dansleur sagesse, que désormais on laisserait mourir les censeurs, sans leur donner de successeurs avant le terme légal de l'expiration dé leurs fonctions. Les deux consuls étaient malades; on créa un enlre-roi pour renouveler les auspices; et, par un sénatus-consulte, OR ordonna aux consuls d'abdiquer. Les erilre-rois furent Camille d'abord , puis Cornélius Scipion, ensuite Potitus, qui désignasix tribuns militaires. On jugeait que ce serait trop peu dé deux magistrats suprêmes dans le temps d'épidémie; il y avait plus de chance pour qu'entre six il y en eût quelqu'un qui ne mourût pas et ne tombât point malade. Ces tribuns militaires entrèrent en charge le 28 juin 3^0: deux marchèrent contre les Volsiniens, deux autrescontre les Salpinates. Des deux parts, les Romains exterminèrent des milliers d'ennemis, et enlevèrent un butin considérable : tel est, vous le savez bien , le résultat ordinaire de leurs expéditions, selon leurs annales.

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Nous ignorons comment ils traitèrent les Salpinates; mais ils accordèrent aux Volsinlens une trêve de vingt aos, à la condition de payer tous les frais de la guerre. Au milieu de ces succès, un homme du peuple, Marcus Cédicius , vint dire aux tribuns militaires que, dans la rue Neuve, précisément à l'endroit où il y a maintenant, dit Tite-Live, une chapelle, non loin du temple de Vesta , il avait entendu, pendant le silence de la nuit, une voix plus éclatante que celle d'un homme, cîariorem kumana , qui lui ordonnait d'annoncer aux magistrats l'approche des Gaulois. On dédaigna ces avis : tes Gaulois étaient sî loin, et Cédicius un si pauvre hommç ! Et, comme si ce n'était assez de mépriser les avertissements des dieux, la fatalité entraîna les Romains à se priver de l'unique secours humain qui leur restait dans Camille. Il le faut avouer. Messieurs, c'est le sage Tite-Live qui s'exprime ainsi, apparemment pour conserver une couleur poétique à son style : Neque deorum modo monita , ingruenlefato, spreta, sed humanam quoque opem, qiuB una erat, Furium ( CamilluTH) ab urée amot^ere. Mais que direz- vous de Machiavel, qui, à propos de celte voix miraculeuse, nous enseigne que l'air pourrait bien être peuplé d'intelligences, qui , prévoyant l'avenir et touchées de compassion pour les mortels, les avertissent de se tenir en garde contre de menaçants périls? C'est ainsi, dît t'ua des traducteurs de Machiavel, que tes liommes les plus éclairés payejit toujours quelque tribut à leur siècle. Camille venait de perdre son 61s : sans pitié pour sa douleur, un tribun du peuple, Âpuléius, le cile devant les tribuns , pour avoir frustré les Romains d'une si grande partie des richesses véiennes. L'illus-

qo ttlSTUlHE RUMAIHE.

tre accusé rassemble (Fans sa maison ses clients et les plébéiens de sa propre tribu; il veut savoir s'il peut compter sur leur appui : a Nous sommes prêts , lui ré- « pondirent-ils, à contribuer au payement de l'ameude « à laquelle vous serez condamné; mais vous absoudre « est chose impossible, dèjo/f^rc eum non passe. i> Que voulaient-ils dire? Qu'ils craignaient ,- en lui donnant leurs suffrages, de l'exposer aux ressentiments de ses ennemis? 11 n'y a pas d'apparence , puisqu'ils osaient venir chez lui , et se coaliser en sa faveur. Il est fort probable qu'ils ne le trouvaient pas innocent; et que, pour se montrer à la fois justes et bienveillants, ils avaient résolu de le condamner et de payer pour lui. Ce sont là, dans des plébéiens, des dispositions fort honorables, dont les patriciens de Rome n'offraient pas souvent l'exemple. Camille aima mieux s'exiler lui> même; il sortit de la ville, en priant les dieux de contraindre le plus tôt possible son ingrate patrieà le regretter. Aristide, bien plus injustement banni d'Athènes, avait proféré un vœu tout contraire : te Dieux immortels, o s'écriait-il, ne souffrez pas que jamais les Athéniens « soient réduits à regretter Aristide : » prière véritablement patriotique et pieuse , qui révèle l'innocence et la magnanimité d'un vrai citoyen. La prière ou plutôt l'imprécation de Camille caractérise un patricien romain, et donne la juste mesure du civisme aristocratique, a II s'en alla, dit Plutarque, et fut condamné « par contumace en l'amende de quinze mille asses de R monnoye romaine, qui sont à la grecque mille cinq cens «drachmes d'argent. lOn croit que Plutarque se trompe en confondant l'as du temps de Camille avec l'as beaucoup plus faible de l'époque de Fabius Maximus ;

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et l'on évalue l'amende à sept mille huit cent soixantequinze de nos francs. Une question plus importante serait de savoir si la condamnation était juste ou injuste. Apuléius soutenait que Camille avait dérobé et s'était attribué une énorme part du butio ; Plutarque parle d'annales où on lisait que des portes de bronze , provenant de la Toscane , se voyaient dans la maison de ce grand homme. Ne nous arrétoas point à ces imputations ; réputons-les calomnieuses, quoique ce fût, chez les patriciens, un antique usage de s'adjuger les premières et les meilleures parts de toutes les dépouilles des peuples conquis. Croyons que Camille, qui faisait toujours celles des soldats si petites, ne prenait pas tant de soin d'enrichir la sienne ; t^t supposons qu'on ne l'accusait que d'avoir été, aux dépens de ses concitoyens , trop libéral envers le dieu de Delphes. S'il est vrai qu'il ait fallu, pour acquitter son vœu, six cent trente mille francs, ou même seulement quatre cent cinquante-trois mille six cents, il était permis de se plaindre d'une dévotion si prodigue. Cependant il y avait moyen de trouver Camille encore excusable; c'était de considérer qu'il avait suivi les mouvements de sa conscience, et qu'il voulait obéir scrupuleusement aux ordres de l'oracle, qui avait, en termes exprès, demandé un ample présent, donum amplum. Faire aux hommes publics un crime de leurs opinions erronées, mais sincères, était, cheziesanctens, une sévérité qui confinait à l'injustice. Le nombre était déjà si grand de ceux qui ne 'prenaient conseil que de leurs intérêts et des conjonctures, qu'il fallait au moins pardonner à ceux qui avaient une conscience mal éclairée. Toujours me semble-t-il incontestable XV. 4

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que Camille eût beaucoup mieux fait de laisser au séiiat et au peuple le soin de remplir leurs obligations envers le di«u ; de ne pas tes engager d'avance par un voeu solennel; de ne pas induire les pontifes k le ratifier, et de n'exercer eniin d'autre influence sur une délibération si grave que par son suffrage personnel. N^ous le pourrions même juger aujourd'hui avec plus de rigueur, puisque nous savons que cet Apollon était un faux dieu, et son oracle une fabrique d'impostures. Par ^les-mêmes, ces superstitions contribuaient plus qu'on ne peut dire à l'asservissement des peuples ou à leurs souffrances : ils avalent bien le droit de se plaindre qu'on leur fît payer si cher l'entretien de ces ateliers de mensonges; et, puisqu'il avait fallu, je ne sais pourquoi, car l'histoire ne le dit point, assiéger la ville de Véies , la saccager, la piller, massacrer ou vendre ses habitants, il pouvaitsembterassez juste que les plébéiens romains, qui n'avaient pas conçu l'idée de cette entreprise , qui s'y étaient même opposés par l'organe de leurs tribuns, mais qui, pour l'accomplir, payaient des impôts, s'épuisaient de fatigues, et versaient leur sang depuis dix années, en recueillissent du moins les fruits, et ne fussent pas contraints d'en abandonner une part si démesurée au temple et aux prêtres de Delphes. Je trouverais le peuple romain plus généreux, plus grand, s'il eût absous Camille; mais je ne suis point étonné qu'il l'ait condamné à une amende, quand je songe à l'extrême pénurie des trois quarts de ce peuple, &. aux artifices qu'on avait employés pour ne point l'appeler à délibérer sur l'onéreux sacrifice qu'on lui imposait.

Toutefois on ne manqua point de regarder ta sen-

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tence prononcée contre ce grand personnage comme la cause des désastres dont Rome devint bientôt après le théâtre et la victime, n 11 n'y a , dit Plutarque , celuy a des Romains qui ne croye fermement que la punition ■ ne 5'en ensuyvist incontinent , et que te tort qu'on R tuy btsoit n'ait esté bientost vengé par une vengeance, a non jà plaisante à remémorer, ains aspre et cui- « santé , mais au demeurant fort notable et très-renom- K mée : tant il advint soudainement après de malheurs a à la ville de Bome, et tant luy amena ce temps-là de « ruine et de danger avec honte et infamie, soit que « cela ait esté par cas d'adventure, ou que ce soit le a propre office de quelque dieu, de ne souffrir pas « que la vertu soit ainsi ingratement sans vengeance a oultragée. » Nous arrivons, Messieurs, à l'expédition des Gaulois , troisième partie du livre V de Tite-Live , et nous n'extrairons aujourd'hui de cet historien que les notions préliminaires qu'il présente sur leurs origines et leurs incursions. Je commencerai par traduire ce qu'il en dit dans les chap. XXXllI, XXXIV etXXXV de ce livre. On rapporte que cette nation , attirée par la douceur des fruits de l'Italie, et surtout par le plaisir nouveau pour elle d'en savourer les vins , passa les Alpes, et vint occuper des territoires auparavant cullivés par les Étrusques; que celui qui avait porté de ces vins dans-la Gaule était un Clusinlea nommé Aruns; que, par l'attrait de cette liqueur, il engagea les Gaulois à servir ses ressentiments contre un lucumon, son pupille et le séducteur de sa femme, jeune et puisf^ant ennemi dont il n'aurait pu se venger sans le secours d'uneforceétrangère; que cet Aruns servit de guide aux Gaulois dans le passage des Alpes; et qu'à son instiga-

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tîoti , ils assiégèreat Clusium. Je ne refuse pas de croire qu'Aruns ou tout autre Clusiaien lésait conduits sous les murs de cette ville; mais il est constant que ceux qui attaquaient ainsi Clusium n'étaient pas les premiers Gaulois qui eussent passé les monts. En effet, deux cents ans avant ce siège et avant la prise de Rome , des Gaulois avaient pénétré en Italie. D'autres Étrusques, bienavantceuxde Clusium, avaient, entre l'Apennin et les Alpes, combattu plus d'wie fois contre des armées gauloises. Les Toscans, avant qu'il y eût un État romain, avaient étendu au loin leur puissance sur terre et sur mer. La preuve en existe dans les noms marnes des deux mers, supérieureet inférieure, qui baignent la presqu'île italienne; caria mer Toscane porte le nom de la nation même; l'autre, appelée Adriatique, tient le sien d'Adria, colonie étrusque; et le langage de tous les peuples de l'Italie' atteste ces origines. Les Grecs disent aussi mer Adriatique et merTyrrhéuienne; les Toscans se sont établis sur les bords de l'une'et de l'autre : ils ont eu d'abord, vers l'inférieure, en deçà de l'Apennin, des territoires partagés entre douze cités, et ensuite au delà de l'Apennin , un égal nombre de colonies, envoyées par cliacune de ces métropoles : ces seconds établissements remplissaient tout l'espace entre le Pô et les Alpes, excepté l'angle occupé par les Vénètes, à l'extrémité du Sinus. Il faut donner indubitablement cette même origine à toutes les peuplades alpines , principalement aux Rbètes , qui, en prenant le caractère sauvage des lieux qu'ils babitent, n'ont conservé de primitif que leur langage, qui encore s'est altéré. Sur le passage des Gaulois en Italie , voici ce qu'où nous apprend : pendant que Tarquin l'Ancien

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régnait à Rome, les Celtes, qui forment la troisième partie de la Gaule, obéissaient à un gouvernemeut établi à Bourges ; là se ti'ouvait le roi du peuple celtique. C'était alors Ambigat, prince que son mérite, sa fortuneet celle de son empire rendaient fort puissant : seus son règne, la. Gaule devint si fertile en productions et en homfneS', qu'à peine semblait-il possible de gouvemer cette immense multitude. Déjà vieux, et impatient de dé<:harg«r ses Etats de cet excès de population, le mo- Barque- annonça que Bellovèse et Sigovèse, 6U de sa sœur, jfunes princoï fort actifs, allaient être envoyés ' par lui dans les contrées que les dieux- indiqueraient par des augures , et qu'ils emmèneraient autant d'hommes qu'il leur plaidait, pour n'avoir à craindre la résistance d'aucun peuple. Le sort assigna la forêt d'Hercynie à Sigovèse; les dieux ouvraient à Bellovèse la route de ritalie,^ bien plus heureux partage. Il rassembla tout ce qui surabondait chez les Biturîges, les Arver- Bcs, les Sénonais, les Éduens , les Ambarres, les Camutes et les Auierques. Il partit à la tête d'une armée conr sidérable de fantassins et de cavaliers , et arriva au pays des Tricastîns : là il rencontrait les A^ies, barrièFe qui lui parut insurmontabIe;-et je-ne m'en étonne pas, (^r jamais encore, de mémoire d'hommes, à moins qu'on n'ajoute foi aux voyages fabuleux d'Hercule, on n'y avait frayé de chemin. Environnés de ces montagnes, les Gaulois regardaient autour d'eux, cherchant pr où ils pourraient franchir ces sommets^perdus dans les eieux, et passer en un autre monde, quand des soins religieux contribuèrent oicoreà retarder leur marelie. Ils apprirent que des étrai)gers,qui cherchaient aussi un asile, étaient attaqués par La nation des Saliens. Ces

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54 HISTOIRE BOHA.IKE.

étrangers étaient les Marseillais, arrivés par mer du pays des Phocéens. Leur destinée étant regardée par l'armée gauloise comme un présage de la sienne propre, cette armée les aida à fortifier le terrain où ils venaient de débarquer; ainsi ce qui n'était qu'une vaste forêt devint une cité. Ensuite les Gaulois traversèrent eux-mêmes les Alpes par la gorge de Turin, vainquirent tes Toscans en bataille rangée non loin des rives du Tésin, apprirent que le lieu ou ils campaient s'appelait le Champ des Insubriens, et, frappés de la ressemblance de ce nom avec celui dlnsubres que portait un village éduen , acceptant le présage que ce lieu leur offrait , ils y bâtirent une ville qu'ils appelèrent Milan. Bientôt une troupe de Cénomans, conduits par Élitovius, suivit leurs traces, passa les Alpes par le mêmedéSlé, à l'aide deBellovèse, et s'établit dans le pays où sont aujourd'hui les villes de Brescia et de Vérone, etque lesLibuens possédaient alors. Après cette troupe, il en survint une de Salluviens , qui se fixa près des Lèves , antique peuplade ligurienne, qui habitaient autour du Tésin. Plus tard descendirent par les Alpes Pennines , tes Boïcns et les Ungonais , qui, trouvant tout occupé entre les Alpes et le Pô, traversèrent ce fleuve sur des radeaux, chassèrent non-seulement les Étrusques, mais aussi les Ombriens de leurschamps, et s'y établirent, en se contenant toutefois en deçà de l'Apennin. L'invasion ta plus récente fut celle des Sénonais, qui s'emparèrent des cantons situés entre larivière d'Utens et celle d'Ésis. Je trouve dans les annales que ce fut cette dernière troupe qui se porta sur Clusium, puis sur!Rome:on ne saitpasd'unemanîère sûre si elle y vint seule ou aidée de tous les Gaulois

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cisalpins. Une gut^rrc si nouvelle épouvanta les Clusiniens : ils voyaient une multitude d'ennemis, des formes gigantesques, des armes inusitées; ils apprenaient <|ue ces Gaulois avaient fort souvent mis en déroul» les légionsétrusques en deçà et au delà du Pô.Clusinm n'avait aucun lien d'amitié, aucun droit d'alliance avec les Romains; pas d'autres du moins que de n'avoir pas soutenu contre eux les Véiens, ses anciens confédérés : cependant Clusium envoya des députés à Rome pour demander quelques secours au sénat. Des secours, on n'en obtint pas; mais trois 61s de Fabius Ambustus partirent chargés de traiter au nom du sénat et du peuple romain avec les Gaulois, et de les inviter à ne point attaquer un peuple qui ne leur avait fait nulle offense, et que Borne voulait compter au nombre de ses alliés et de ses amis, qu'elle défendrait même de ses armes, s'il le Ëtllait; que Rome néanmoins aimait mieux éviter cette guerre, s'il était possible, et faire connaissance avec une nation nouvelle p3i' des relations paciGques, plutôt que par des batailles.

Telle est, Messieui-s, dans Tite-Live, l'exposition qui précède le récit de l'entreprise, des succès et de l'expulsion des Gaulois. Les détails contenus dans cette introduction pourraient fiiurnir matière à desdiscussious historiques, qui ne seraient pas dénuées d'intérêt sans doute, puisqu'elles concerneraient un peuple sorti des contrées que nous .habitons, mais qui nous engageraient dans des recbercbes difliciles, et iaterrompiaient beaucoup trop longtemps le cours des annales romaines. Il faudrait rapprocher tous les renseignements que les anciens auteurs nous ont bissés sur les origines gauloises et tous les systèmes proposés par les moder-

56 HISTOIRE BOMAIKB.

lies : c'est ce qu'a fait M. Berlier dans un Précis de tancienne Gaule, publié en i Saa. Je rappellerai seulement quePotybe, en exposant ce qu'étaient la Gaule et les Gaulois, au temps des guerres puniques, a jeté quelques regards sur les époques antérieures et particulièrement sur celle de ta prise de Rome. Même avant ce terme, Polybe divise les Gaulois en Transalpins et Cisalpins : il compte parmi ces derniers des Insiibriens, des CénomaDS,desLîngonais etdesSénonais, qui tous avaient transporté en Italie les noms des pays transalpins dont ils étaient sortis; il a même étendu aux Vénètes la dénomination de Gaulois. Dîodore de Sicile, dans son quatorzième livre, raconte l'expédition de Brennus, et voici de quelle manière : suivant lui , les Celtes qui habitaient au delà des Alpes, c'est-à-dire en deçà pour nous, Messieurs, oL xatoixcùvre; tx ic^pav tuv Âlmuv Ksirai, traversèrent avec des forces considérables les dé6lés des montagnes, et vinrent occuper l'espa<% enfermé entre elles et l'Apennin , après en avoir chassé les Tyrrhéniens ou Toscans. Diodore se demande quelle était l'origine de ce dernier peuple; et il répond qu'on n'est pas d'accord sur ce point : les uns le composent de douze coloniesf les autres disent que^ bien avant la guerre de Troie, les Pélasges, fuyant laThessalie inondée par le déluge de Deiicalion , vinrent s'établir dans cette partie de l'Italie. Quant aux Celtes^ ils sont divisés par nations. Ceux qu'on appelle Scvcuvec tiabilaient la montagne la plus éloignée des Alpes et ta plus voisine de la mer : ce séjour leur déplut ; trente mille jeunes gens en sortirent pouren aller chercher un meilleur, et descendirent dans la Tyrrtiénie, qu'ils ravagèrent. Avertie enfin de leurs progrès, Rome envoya des ambassadeurs en Tyrrhénie, pour savoir à qui en vou-

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TRENTE -SIX lÈMK LEÇON, Bj

laieiit les Celles. Ces députes les trouvèrent armés contre les habitants de Clusium, et se placèrent dans les rangs de ces derniers. Une bataille se livra ; et, l'un ' des Romains ayant tué un des plus illustres ciiefs de l'armée gauloise, les Celtes, à leur tour, dépêclièrent des ambassadeurs à Rome pour demander satisfaction. Le sénat leur offrit de l'argent en réparation de l'offense; ils n'en voulurent point : il eût fallu leur livrer le Romain qui avait tué leur général. Le père de ce Komain était ea vetle année même l'un des tribuns militaires; il appela au peuple de la sentence du sénat, et la 6t casser; premier exemple, selon Diodore, d'un tel procédé. I^es députés celtes revinrent donc dans leur camp sans avoir rien obtenu ; les Celtes, irrités, Grent venirde la Gaulede nouvelles troupes; et, au nombre de soixante-dix mille, ils marchèrent droit à Rome. A cette nouvelle, les tribuns militaires arment tous tes citoyens en état de servir, traversent le Tibre, et en côtoient, la rive jusqu'à quatre-vingts stades. Là ils apprennent que les Celtes approchent : l'armée romaine se met en ordre de bataille; elle occupe les hauteurs et au-dessous l'espace qui se prolonge jusqu'au fleuve. De leur côté, les Celles étendent leur phalange; et, soit par hasard, soit à dessein, ils placent leurs meilleurs soldats sur les hauteurs, où sont les plus faibif s troupes des Romains. Sur ce point , les Celles eurent bientôt t'avantage; les Romains, préeipitésdu haut des collines et mis en déroute, prirent la fuite, poursuivis par l'ennemi l'épée dans les reins. Ils s'embarrassaient les uns tesautres, en s'cfforçant de gagner les bords du Tibre; et les Gaulois ne pouvaient suffire à les exterminer : le champ de bataille se couvrit de morts. Quelques Romains, qui avaient conservé plus de force, traversèrent

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58 HISTOIRE KOMAinX.

le fleuve à la nage; mais ils étaient chargés de leurs armes, que le point d'honneur ne leur permettait pas de quitter; et ce poids les entraînait au fond de l'eau. Il n'en échappa qu'un très-petit nombre, sans armes pour la plupart. Ils se réfugièrent dans la ville de Véies, qu'ils avaieut naguère saccagée, et s'y fortîfièreot comme' ils purent. Ceux qui rentrèrent à Rome désarmés publièrent que toute l'armée avait péri. Ce discours frappa de consternation ce qui restait de citoyens; plusieurs s'enfuirent dans les villes voisines» pour ne pas tomber entre les mains des Celles. I^s magistrat» firent porter des vivres au Capitole, et y amassèrent^ ainsi que dans la citadelle, toutes les richesses de la ville, or, argent et meubles précieux. Ils n'eurent que trois jours pour opérer ce transport et pour fortifier le Capitole. Les Celtes employèrent le premier de ce» jours à couper les têtes de tous les ennemis tués dans le combat (c'est leur usage), et les deux autres à tirer des lignes et à poser leur camp autour de Rome. I^e quatrième jour, ils enfoncèrent les portes et renversèreni toutes les maisons, sauf quelques-unes qu'ils laissèrent sur le mont Palatin. Ne pouvant emporter de vive force le Capitole et la citadelle, ils se flatlaient de les réduire par la famine. Cependant tes Tyrrhéuiens profitaient de cette détresse des Romains pour dévaster leurs campagnes. ÏA proie dont ces Tyrrhéniens s'emparèrent leur fut reprise par les guerriers de Rome qui s'étaient réfugiés à Véies, et qui, après ce succès, se disposèrent à venir au secours de leurs concitoyens enfermés dans le Capitole. Cominius Pontius se jeta, durant la nuit, à la nage dans le Tibre, et parvint à un rocher, pardessus lequel il pénétra jusqu'aux assiégés, et leur apprit qu'un attroupement considérable venait de se former à

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Vêles en leur faveur. Les Celtes, qui l'aperçurent lorsqu'il descendait du rocher pour remonter le fleuve et regagner Véies , résolurent d'escalader le Capitole par la voie qui venait de \'y conduire. Les senltaelles ne veillaient point, se reposant sur les difBcultés de l'attaque. Les Gaulois donc arrivèrent au haut du rocher, sans être vus ni entendus, sinon des oies consacrées à JuQon. ÏjCS cris de ces animaux réveillèrent la garnison ; et les Gaulois n'osèrent aller plus avant. Manlius coupa de son glaive la main d'un barbare qui s'accro<^hait au mur, et, le frappant à l'estomac d'un coup de bouclier, le fit rouler au bas du roc. Un autre Celte eut le même sort; et tous les assaillants, culbutés ainsi les uns sur les autres , périssaient de leurs blessures. Alors les chefs des Gaulois consentirent à traiter et à se retirer, moyennant.cent livres pesant d'or. Il fut permis à tous les Romains dont les maisons étaient rasées d'en rebâtir où ils voudraient; et la république leur fournit gratuitement des briques, dont elle avait tout exprès établi une manufacture. Commechacun choisissait à son gré le lieu de sa nouvelle demeure, sans être assujetti à aucun alignement, il en est advenu que les rues de Rome sont restées étroites et tortueuses. Aujourd'hui encore, dit toujours Diodore de Sicile, on n'est point parvenu à les élargir- ni à les redresser. Quoique délivrés des Gaulois, les Romains avaient beaucoup souffert. Les Volsques saisirent ce moment pour les attaquer. Des eurôlements, commencés à la hâte par les tribuns militaires, formèrent des corps, qu'ils passèrent e» revue au Champ de Mars, à deux cents stades de Rome; mars tes Volsques avaient mis en campagne une armée bien plus formidable. Pour leur résister, on nomma un dictateur, Marcus Furius Camillus, qui les

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6o HISTOIRE BORIAINE.

vainquît, et sVIança aussitôt sur les Èques. Ayant délivré la ville de Boles, que ces Èques assiégeaient , il courut à Sutrium, dont les Tyrrhéniens veualeut de s'emparer, et \es força de rendre cette place. Il marcha ensuite contre les Gaulois, qui assiégeaient Véascium, colonie romaine , saisit leurs bagages, et y retrouva tout l'or qu'ils avaient emporté de Rome. Malgré tant d'exploits, Camille n'obtint pas rhonoeur du triomphe; la jalousie des tribuns y mit obstacle. On dit cependant que, pour sa vicU>iresur (es Tyrrhéniens, il triompha sur un char attelé de quatre chevaux blancs, et qu'en punition de cette pompe, il fut, deux ans après, condamné à l'amende. Les Celtes, qui étaient descendus dans l'Iapygie (la Pouille et la Calabre), .voulurent en revenir par les provinces voisines de Rome r tes Cériens les taillèrent en pièces. .

Vous aurez, Messieurs, remarqué les erreurs topographiques et chronologiques dont fourmille ce récit de Diodore. Il déplace les époques des dictatures, des exploits et surtout de la condamnation de Camille, dont l'exil avait précédé l'invasion des Gaulois. Quand l'historien grec dit que le peuple n'avait point encore infirmé les décrets du sénat , il laisse trop voir combien il a négligé l'étude des annales politiques des Romains. Du reste, nous trouverons un récit plus brillant de la bataille d'Allia, de la prise et de la délivrance de Rome, dans les vingt derniers chapitres du livre V de Tite- Live, qui nous occuperont dans notre prochaine séance.

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