‹ Cours d'études historiquesChapitre 24 sur 35 · QUARANTE-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE-HUITIÈME LEÇON

AHMALKS ROMAiHES. ABMÉES 34l A 338 AVAMT J. C.

Messieurs, vous avez vu naître, en l'année 343 avant l'ère chrétienne, la guerre sainnitique, qui doit se prolonger jusqu'en ago. Elle a eu pour cause ou pour prétexte quelques incursions des Samnites sur tes terres des Sidicins et des Canipaniens. Au fond, ces hostilités étaient étrangères à la république romaine : aucun traité ne l'obligeait à défendre la Campanie; elle avait, au contraire, contracté une alliance avec leSamninm. Mais les Campaniens vinrent implorer son secours, et, pour l'obtenir, se déclarèrent ses sujets; il n'en fallut pas plus pour décider Rome à prendre les armes. Les patriciens saisirent avidement cette occasion de s'emparer des richesses de Gapoue , et de se partager les territoires fertiles de la Campanie. Ils voulurent néanmoins y procéder avec les formes qui passaient alors pour régulières : ils employèrent, auprès des Samnites, te ministère des ambassadeurs et des féciaux; on Repoussa, comme ils devaient s'y attendre, leurs propositions, véritables ordres qu'ils n'avaient aucun droit de signifier à leurs alliés; et le refus d'y obéir fut pour eux une raison suffisante d'entreprendre une guerre dont ils se promettaient de recueillir tant de fruits. L'un des consuls, Valérius Corvus, conduisit une armée romaine sous les murs de Capoue, au pied du mont Gaurus;il y remporta, sur les Samnites, une victoire éclatante; l'autre, Cornélius Cossus, s'enga-

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gca fort témérairement dans les gorges du Samnium; el les légions qu'il y commandait allaient être enveloppées, sans l'audacieuse entreprise du tribun légionnaire Publius Decius, qui vint à bout de cotiduii'e et d'établir un détachement sur une éminence qui dominait toutes celles que les ennemis occupaient. L'apparition de cette troupe déconcerte à tel point tes Samnites, qu'ils laissent échapper l'armée du consul; et Décius réussit encore à travei'ser leur camp au milieu de la nuit et à rejoindre les légions de Cornélius. Il revient avec elles sur l'armée ^ennemie, en extermine la moitié , et met l'autre en fuite. De son côté , Yalérius Corvus poursuit te cours deses succès; il gagtie une autre bataille, auprès de Suessula, sur une nouvelle armée des Samnites. Voilà, Messieurs, des exploits fort brillants sansdoute; mais ils n'ont du moins rien d'invraisemblable, rien de surnaturel. Point d'intei'vention des dieux, point d'oies sacrées, point de corbeau perché sur un casque : tout se contient dans ta juste mesure de ce qui est possible à des capitaines expérimentés et à des guerriers intrépides. Aussi, quoique cette partie des annales romaines ne soit encore que traditionnelle, nous n'hésiterons {>oint à l'admettre comme historique, parce qu'il ne resterait pas du tout d'histoire de Rome avant les guerres puniques, si l'on voulait écarter des faits aussi croyables que ceux-là. Il est vrai que Tite- Live en a paré la narration de toutes les grâces et de toutes les richesses de son talent. On peut , si l'on veut, retrancher les harangues éloquentes qu'il y entremêle; mais tous les détails matériels, sauf deux ou trois peut-être d'une très-mince importance, serecominandent par leur vraisemblance naturelle et parleur

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étroit enchaînement. A propos de ce soinmet élevé où va se poster Décius, Machiavel expose combien est utile ou même indispen.'^ble , à la guerre, la connaissance précise des localités ; et il attribue à Décius , fort légèrement ce me semble, ce genre de science et d'habileté. Ni Décius ni son général Corvus n'avaient de notions précises de la topographie du Samnium ; et la preuve en est dans l'aveugle témérité avec laquelle ils s'étaient engagés en de si périlleux défilés. Mais Décius lève les yeux ; il voit l'armée romaine exposée aux traits des Samnltes établis sur les hauteurs; il distingue une émiuence qui domine toutes les autres, et qu'ils ont négligé d'occuper; il conçoit l'idée de s'y porter : c'était l'unique moyen de salut; il y arrive par des routes qu'il n'a point étudiées d'avance, mais qu'il cherche et t\uï] choisit : il faut admirer sa bravoure, sa sagacité, son bonheur, et non pas en conclure qu'il eût des connaissances topographiques, que les Bomains possédaient à peine à l'égard des cantons les plus voisins de leur ville, et où la guerre les avait le plus souvent entraînés, mais qui leur manquaient tout à fait, et qu'ils n'auraient eu alors aucun moyen d'acquérir à l'égard des contrées plus éloignées, où ils n'avaient point pénétré encore. En Campanie, les soldats romains voyaient, pour la première fois, un riche et délicieux territoire. Ils en convoitèrent la possession, comme avaient fait les patriciens, et tramèrent, pour en rester maîtres, une conspiration que déconcerta le consul Rutilus, tout plébéien qu'il était. Chargé du commandement de l'armée romaine en Campanie, il en écarta, par des licenciements et par des congés, les plus turbulents ou plus redoutables conjurés. Quelques-uns,

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néantnoius, se rassemblèrent près d'Albe et forcèreat un vieux patricien , Quîntius, de se mettre à leur tête. Mais Valérius Ck>rvus a ét^ nommé dictateur pour repousser,leurs eutreprises. Au lieu de les combattre , it les harangue; et Quintîus se joint à lui pour les réconcilier à la république : une amnistie rétablit et assure la concorde. Tite-Lîve ne vous a point dissimulé les variantes qui existaient dans les récils de cet évëaeoient. Certaines annales substituaient ici Catus Manlius à Quintius, supprimaient la dictature de Valcrîus Corvus, représentaient la sédition comme née au seiu même de la ville de Rome et non dans le camp, et la réconciliation comme opérée, nou d'après les conseils et les propositions des chefs, mais par le propre mouvementdes soldats. Toujours paraît-il certain que cette rébellion donna lieu à deux lois populaires : l'une portant que le nom d'un soldat inscrit ne serait plus rayé que de son consentement; l'autre, qu'un tribun légionnaire ne pourrait, qu'après un long intervalle, reprendre le commandement sous le titre de primipîlaire ou de premier centurion.

£milius Mamercinus et, pour la seconde fois, Plautius Hypséus prirent possession du consulat le a4 juillet 34l- Les habitants de Sétia et de Korba vinrent apporter à Rome la nouvelle de la défection des Privernates. On apprenait, en même temps, que les Antiateset d'autres Voisques, réunis en corps d'armée, venaient de s'emparer deSatricum. Plautius, chargé par le sort de la conduite de ces deux guerres, marcha d'abord contre les Priveruates, les battit, s'empara de leur ville, y laissa une garnison, confisqua les deux tiers de leur territoire, et s'élança sur Satricum. Là

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