QUARANTE- HUITIEME LB ÇUFT
n session de la liberté, en voici l'intitant , grâce à vdtre « vaillance et k la bonté des dieux. Vous avez pitovoi|ué « le courroux de Ron>e, ea lui refusant des soldats : « ne semblait-il pas infaillible qu'elle s'irriterait de l'in- « fraction d'un usage observé depuis deux cents ans?* A bien compter, Messieurs, cène serait, depuis l'av^oement de Tarquin le Superbe, que cent quatre-vingtquatorze ans; mais Annius n'y regarde pas de si près, fl Et pourtant, continue-t-il, Rome a Iranquille- K ment enduré ce déplaisir, Nous avons fait, eu notre a nom, la guerre aux Péligniens; et ces Romains, qui * auparavant ne nous laissaient pas le droit de défen- K dre par nous-mêmes leurs frontières, ne sont pcùnt « intervenus. Ils ont appris que les Sidicins se sont m déclarés nos sujets; que les Campaniens ont quitté « Borne pour se livrer à nous ; que nous équipous une 8 armée contre les Samnites, leurs alliés nouveaux; et te ils ne sont pas sortis de leur ville! D'où leur vient « cette modération inouïe, sinon de la connaissance X qu'ils ont de nos forces et des leurs ? De fidèles rap- N ports m'ont informé qu'aux plaintes des Samnites •t sur nos mouvements, le sénat romain a fait une a réponse qui laisse assez voir que Rome n'aspire A plus à régner sur le Latium. Saisissez cet avantage a en demandant ce qui vous est déjà tacitement ac- « cordé. Si quelqu'un de vous craint de proférerde tels « discours, me Voici prêt à les faire entendre au peun pie romain , au sénat, à Jupiter même siégeant au K Capitole; à leur signiSer que, s'ils veulent demeurer « nos alliés', nos associés, ils aient à recevoir de nous l'un « des consuls et une partie de leur sénat. « De si hardis conseils, de si fières promesses attirèrent des ac-
4^4 HISTOIBE ROUAIME.
clamatioDS et un consentement unanime. Anntus obtiot ta permission de faire et de dire tout ce qu'il jugerait utile à la confédération des peuples latins.
£n efTet, les députés latins sont introduits au Capitôle devant le sénat; et te consul Maolius leur enjoint^ aunom des Pères conscrits, de s'abstenir de toute hostilité contre les Samnites , les alliés de Borne. Soudain, Lucius Annius, comme s'il était entré en vainqueur au Capilole, comme s'il n'était pas un simple député protégé par le seul droit des gens, répond en ces termes : a 11 serait temps, Manlîos, et vous Pères conscrits,
■ de renoncer à prendre avec nous ce ton impérieux, « quand vous voyez la splendeur dont la bienveillance « des dieux environne te I^tium ; ta puissance de ses « armes et de ses guerriers; les Samnites vaincus par N lui ; les Sidicins et les Campantens devenus ses allies, « et les Voisques ses auxiliaires ; vos colonies elles-mê-
■ mes préférant son empire au vôtre. Mais, puisqu'il
■ n'entre ppinl encore dans vos esprits de mettre un M terme à votre tyrannie intolérable, nous, quoique < DOS armes nous suffisent pour assurer la liberté du
■ Latîum, nous voulons bien encore, par égard pour les
■ liens du sang, vous proposer d'équitables conditions, " également favorables à deux peuples dont il a plu « aux dieux immortels de rendre les forces égales. It «faut que Borne fournisse un consul, et le Latium « l'autre ; que le sénat soît partagé par moitié entre « les deux nations; qu'il n'y ait plus ainsi qu'un seul « peuple, qu'une seule république; et, a6n que l'empire
■ n'ait qu'un centre et qu'un nom , comme il est né- « cessaire que l'une des parties fasse un sacriBce, nous « consentons, pour l'avantage des uns et des autres.
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QUA.R*irTE-HDlTIÈHE LEÇON. 4^5
« à laisser à votre vitle ta prééminence, et à prendre ■ tous , avec vous , le nom de Romains. » Ainsi parlait Annius; mais les Romains avaient, dans Maolius, un consul qui le surpassait en fierté, et qui, ne contenant pas sa colère, déclara que, si les Pères conscrits pouvaient être entraînés par un excès de démence jusqu'à recevoir les lois d'un Sétinien, on le verrait, lui Manlius, arriver au sein du sénat armé de son ' glaive, et y exterminer de sa main tout Latin qu'il y rencontrerait; et, se tournant vers la statue de Jupiter: «Dieu puissant, s'écria-t-il, entends-tu, et vous. Justice, «vous, éternelle Équité, entendez-vous cesbiasplièmes? B Quoi, un consul profane; de» sénateurs étrangers dans « ton temple, ô Jupiter! Tu les y verrais, captif et asti servi toi-même !Sont-ce là les conditions du traité du « roi Tullns avec les Albains, ou celles de Tarquin avec «vous, peuples duLatium?Ne vous sou vieut-il plus du « lac Régille ? Et avez-vous sitôt oublié vos défaites et « nos bienfaits? »
Dès que le consul eut cessé de parler, les sénateurs, qui tous partageaient son indignation, l'exprimèrent par des exclamations si bruyantes, qu'Annius se permit on ne sait quels mots injurieux contre leur Jupiter Capilolin, qu'ils invoquaient sans cesse. Qu'arriva-t-il ? En sortant du vestibule, il se laissa tomber, la chose est certaine, dit Tite-Live, il roula jusqu'au bas des degrés, rencontra une pierre, se blessa gravement à la tête, et demeura évanoui. C'était ainsi que Jupiter vengeait sa propre majesté et celle de Rome. Il y a même des auteurs qui racontent qu'Annius en mourut ; que la foudre éclatasubi tement,etamena un épouvantable orage ; mais, comme toutes les annales ne s'accordent point sur ces
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4^ aiSTOiBB nOHAlKE.
ci remis lances, Tî(«-Live veut bien tes laisser dans l'incerlilude. «Elles peatentètre vraies, diuil ; elles peuvent «aussi avoir été inventées camme une image de la colère «<les dieux, apte adrepnEsenUtndam iram deuin ficta. » Quoi qu'il en aoit , le consul Manlius Torquotus aperçoit Annius étendu par terré, et s'écrie : «Voilà qnt va bien, KÀ<3/ieA(i£â/.'T^t dieux oatcommenoéune pieuse guerre: « il est une ProvideBcc. Grand Jupiter, je le vois, ce n'est « pas en vain que aoai t'avons consacré cette enceinte H comme au père des dieux et des hommes! Que lardez- « vous, Romains, et vous, Pères conscrits, à prendre « les armes sous la conduite des Immortels ? Je vais ren- . « verser les légions latines , comme vous voyez leur déa pulé étendu à vos pieds. nCecri de guerre, accueilli par les acclamations du peuple, enflamma les esprits d'une telle ardeur, que, sans l'intervention des magistrats , le droit des gens n'aurait pas suffi pour garantir les députés de la colère et des attentats de la multitude. Du consentement des sénateurs, les consuls lèvent deux armées, et les conduisent par le pays des Marses et des Péligniens jusqu'à celle des Samnîtes. Les Marses habitaient un canton qui fait aujourd'hui partie de l'Abruzze- Ultérieure, aux environs du lac Celano ; mais le récit que nous venons d'entendre peut donner lieu à des observations plus importantes. Tite-Ure, qui écrivait à une époque où Rome était devenue la maîtresse du monde, oubliait volontiers, à ce qu'il semble, que, trois cent quarante ans auparavant , elle n'était encore qu'une assez pauvre bourgade, capitale d'une très-obscure république, qui avait à peine une surface de cinquante lieues de long sur cinq de large , et une population totale de huit à neuf cent mille habitants. Les dix cités du f^a-
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QU AR lITTE-HUITlitUE LEÇOIT. ^S/
' tiuin occupaient t-nsemble un territoire plus ëlendu, et devaient avoir, comme vient de le dire Auuius, des forces militaires au moins égales à celles de Borne. Je n'aperçois donc rien d'inconvenant, ni surtout d'outrageant, dans l'offre qu'elles faisaient de former avec le peuple romain une même nation , un même empire, à la condition, assurément très-légitime , d'avoir leur part dans l'esercice des droits et des pouvoirs politiques. A beaucoup d'égards , ce projet se conciliait par&ît«ment avec les véritables intérêts des Romains. Sans doute le sénat était bien le maître de le rejeter; mais la grande colère du consul Manliuset, après lui, de tous les sénateurs suppose un excès d'orgueil, auquel j'ai peine à croire qu'ils fussent parvenus à cette époque ^ à moins que leurs petits succès qui ne leur avaient encore valu aucune conquête, sinon celle de Véies, n'eussent déjà e£facé de leurs âmes tout vestige de raison et d'équité. Ce qui est bien plus déplorable, n'est-ce pas de supposer que Jupiter partage leur ressentiment et se venge lui-même de l'outrage prétendu qu'avec eux il vient de recevoirdes Latins? S'il s'agit d'uue vaine idole, c'est le comble de la superstition et du fanatisme; maïs il y avait bien plus d'impiété encore, si réellement ou supposait que le suprême ordonnateur des mondes épousait, contre dix pauvres cités, la cause d'une république, non moins misérable et plus coupable peut-être, qui n'interrompait ses divisions intestines entre des patriciens oppresseurs et des plébéiens mutins, qu'eu dévastant les champs et les villes des peuplades voisines. Il faut, Messieurs, en lisant les historiens classiques de Rome, se défier de leurs préjugés nationaux , fruits de l'énorme pouvoir que leur république a successive-
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428 UISTOiaE HOHAIHE.
ment acquis dans le cours des trois siècles postérieurs à celui dont nous étudions en ce moment les annales. En une belle nuit, les deux consuls, campés vers Capouc, eurent l'un et l'autre la même vision : un homme leur apparut , dont la stature plus <{u'bumaîue et l'auguste aspect leur imprimèrent une vénération profonde, et qui leur apprit qu'entre les Romains et leurs ennemis, les enfers et la terre réclamaient d'un côté une armée, et de l'autre un général; que la victoire était promise à celui des deux partis chez lequel un général, en se dévouant lui-même, livrerait les légions ennemies aux dieux Mânes. Les deux graves magistrats se communiquèrent leurs rêves, offrirent des sacrifices pour désarmer le courroux du ciel , et consultèrent, comme de raison, les aruspices, qui, après avoir soigneusement examiné les entrailles des victimes, répondirent, ainsi qu'il fallait s'y attendre, que ces entrailles confirmaient les songes, et disaient clairement que l'un des deux consuls devait se sacrifier pour la patrie. On assembla les tribuns légionnaires; on les informa des ordres célestes ; on leur recommanda de disposer les soldats à ne concevoir aucun effroi de la mort de l'un des généraux, et à la considérer, au contraire comme un gage assuré du triomphe. Il fut eusuite convenu que celui des consuls dont les troupes commenceraient à plier se dévouerait, en grande cérémonie, pour le peuple romain. Lévesque déclare qu'il est faux que les deux consuls aient vu le même spectre. Condillac a cru qu'il sufEsait d'exposer de telles inepties pour les réfuter autant qu'il en est besoin. Tite- Live n'ose exprimer ses doutes que par le seul mot di~ citur, <i Voilà ce qu'on dit. b Plaignons, Messieurs, un
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QUARAIfTE-HinTI^HE LEÇON. 4^9
peuple dont l'iiistoire se composerait de ces contespuérils, et tenons pour sùi'que les études historiques sont extrêmement pernicieuses, loi-squ'eites ont pour but ou pour effet d'accréditer de pareilles croyances.
Avant de combattre , on résolut 'de rétablir daas toute sa rigueur l'ancienne discipline militaire, afin d'éviter surtout les communications avec les Latins, dont l'armée était organisée comme celle de Rome, et parlait le même langage. On défendit de combattre hors des rangs et sans un ordre exprès de l'un des généraux. Mais ne voilà-t-il pas qu'un jeune guerrier, Titus Manlius, fils du consul Torquatus, oublie aussitôt une défense si positive? On l'avait envoyé faire des reconnaissances à ta léle d'un piquet de cavalerie : il s'avança jusqu'au camp des ennemis , presque à une portée de trait du premier de leurs postes. Ce poste était commandé par Géminus Métius, homme distingué parmi les siens, par sa naissance et par ses exploits. Métius , dès qu'il aperçoit des cavaliers romains, reconnaît h leur tête le iils du consul ; car Latins et Romains se connaissaient tous entre eux, principalement les officiers. « Quoi, Romains , s'écrie-t-il, c'est avec un déta- «chement que vous allez faire la guerre aus Latins et à <c leurs alliés! Que feront donc vos consuls et vos deux a armées consulaires? — Ils paraîtront quand il en sera u temps, répondit ce jeune Manlius, et avec eux Jupiter « même, témoin des traités que vous avez enfreints, et « qui a bien plus de puissance et d'autorité. Si , au lac a Régille, nous vous avons livré une bataille qui vous a «suffi longtemps, en ces lieux aussi, soyez-en sûrs, nous « ferons en sorte que l'envie de vous mesurer avec nous « ne vous revienne plus. — £h bien, répliqua Métius, en
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43o HISTOIRB HUMAINE,
«alteodant ce jour où vos armées doivent se signaler . «par tant de mouvements et d'effoi-ls, voulez- vous au- KJourd'huimênieessayer avec moi un combat singulier, « et<|ui puisse montrer d'avance combien uo cavalier la- « tin l'emporte sur uu romain?» La fierté du jeune Alanlius ne tient |>as contre cette provocation : la colère, la honte de refuser le combat, ou bien une invincible fatalité l'entraînent ; il oublie les ordres de son père, t'edit des consuls; il court à un combat qui doit être de peu d'importance, soit qu'il triompbe, soit qu'il succombe. T^eg autres cavaliers, rangés comme pour assister à un spectacle, laissent vide t'espace où les deux champions poussent leurs chevaux et croisent leurs lances : celle de Manlius se porte au sommet du casque de son adversaire, et celle de Métius sur le cou du cheval que monte le guerrier romain. Us s'éloignent, ils se rapprochent : Manlius le premier se redresse pour frapper un autre coup; et il enfonce le fer entre les oreilles du cheval de son ennemi. L'animal, qui se sent blessé, «e cabre, secoue fortement la tête, et renverse son cavalier. Celui-ci, s'appuyant sur ses armes, s'efforce de se relever d'une chute si violente : Manlius lui plonge sa lance dans la gorge; le fer ressort par les côtés, et doue à terre te guerrier latin. Bientôt Métîus est dépouillé; le vainqueur rejoint sa troupe, regagne en triomphe le camp romain, et se rend au prétoire, auprès de son père. Le mot de prétoire ne peut désigner ici que la lente du général; vous savez qu'originairement prtEtor wgnifie celui qui préside ou comma«de. II. y a une difficnhé plus grave dans ce que Tite-Live ajoute : Igmirus facti futmique , laus an pœna mérita esset. «Le jeune Manlius ignore ce qui
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QUA» ANTE-BO I TIÈME LEÇON. l\'il
(I vient il'être &it,cequi va se faire, s'il a mérite loiiaiigf aoii peine, n Peut-Il ignorer ce qu'il vient de feire? Ce &it qu'il ne sait pas,^/ta/7/.f/ac^/, serait-ce l'ordonnance consulaire qui lui défendait de combattre? Mais s'il lie la connaît point, comment peut-il être en doute s'il a mérité d'être loué qm puni? Car c'est bien un doute qu'expriment les mots laus an jiœna mérita esse/. Il y a des manuscrits qui portent, au lieu dejacii, fati : c'est sa destinée qu'il ignore. Alors que veut dire fulurique? En quoi cet avenir diffère-t-il de la destinée? Guérin traduit: Bien éloigné de penser qu'on dût lui- faire un crime ctune action pour laque/ le il n'attendait que des éloges et des récompenses; et M. Bureau delà Malle : Ne sachant ce qu'il venait de faire ni ce qui allait lui arriver, comptant sur des éloges, et bien éloigné de s'attendre au supplice. En soi, ce sens est fort raisonnable; mais ce n'est certainemeiit pas celui qu'offrent les mots latins : ils sont si obscurs, que je ne serais pas surpris qu'ils eussent été ajoutés, comme bien d'autres, par des copistes du moyen âge. «O mon père, s'écrie le vainqueur, afin qu'on « reconnaisse en moi votre digne fils, je vous apporle V les dépouilles d'un cavalier ennemi, qui m'a défié et «que j'ai mis à mort.» A ces mots, le consul détourne les yeux, et fait convoquer à son de trompe une assemblée qui se forme à l'instant. Dans Zooaras, Manlius Torquatus dit d'abord à son fils : a Victorieux et désobéis- « sant , tu as mérité une récompense et la mort ; je te « réserve, l'une et l'autre : tu seras couronné comme vain- (cquevir, et frappé comme rebelle. nCe préambule n'est pttsdnns Tile-Live, qui prête au consul les paroles suivanteg: p Puisque, au mépris de la puissance consulaire.
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433 niSTOIRK BOHAINE.
«et de la majesté paternelle, tu viens, Titus Maiilius, « de combattre irrégulièrement et en contravention à no- « tre édit, de relâcher et d'abolir, autant qu'il était en K ton pouvoir, la discipline militaire, qui seule a soutenu El jusqu'à ce jourlarépubitqueroiiiaine, et de me réduire «à la nécessité d'oublier ou l'État pour mol-même, ou « mes intérêts et ceux des miens pour l'Etat, j'aime mieux a voir notre famille expier son crime, que la république « en supporter le dommage. C'est un triste exemple , «mais qui, dans l'avenir, instruira nos jeunes guerriers. ' «Je l'avouerai, la tendresse naturelle qu'on a pour ses « fils, et l'éclat de l'action que tu viens d'accomplir, cette « illusion d'une fausse gloire me voudraient émouvoir « en ta faveur. Mais, comme il faut ou que ta mort con- « sacre l'autorité des consuls , ou que ton impunité l'a- A néantisse à jamais, toi-même, si le sang des Manlius «coule encore dans tes veines, tu ne refuseras pas, «j'aime à le croire, de rétablir, par ton supplice, la « discipline militaire que ta faute a renversée. Licteur, «saisis ce criminel et attache-le au poteau. uCet ordre barbare frappe de stupeur tous ceux qui t'entendent : chacun croit voir la hache levée sur sa propre tête; par effroi plus que par obéissance, ils demeurent immobiles. Mais ce profond étonnement qui leur a commandé le silence et le repos, se dissipe à l'instant où ils voient rouler la tête du jeune Manlius, et son sang ruisseler sur la terre : soudain un cri s'élève; la plainte éclate en liberté; les sanglots et les imprécations n'ont plus de mesure. Couvert des dépouilles de Mëtius, le corps du vainqueur est porté en triomphe ; sa pbmpe fîinéraire a toute la solennité qu'y peuvent mettre ses compiignoDS d'armes : Ils lui dressent un bûcher hors des
QU A RAKTE-H(1 ITIÈNR LEÇOH. 4^3
ïieiranclipinents; et celle barbarie qu'ils maudissent, cette horrible sévérilé de Manlius , Manlinna imperia , demeure dans la langue une expression pi'overhiale qui épouvante et révolte la jiostéritr. e Cependant, poursuit «riiistorien,<;esuppliceatrocerendit le soldat plus obéis- «sant : on apporta plus de soin dans les postes, dans les «patrouilles, dans l'ordre des statioas; et cette rigueur «a contribué au succès de la bataille décisive qui s'est «livrée bientôt après. »
Zonaras ajoute à ce récit qu'avant de livrer son fils au supplice, Manlius^Torquatus commença par lui, décerner, en cérémonie, une couronne , récompense de sa victoire : ce serait une dérision pédantesque avant une sentence inliumaine. Je dois convenir que la plupart des auteurs admirent plus qu'ils ne blÂnient la sévérité du consul. Le père Catrou dît que te père seul ne parut point ému de la« perte de son fils : circonstance abominable, que je ne retrouve dans aucun texte antique, et qui semble même démentie par Tite-Iiive, chez qui le consul dit à son fils : Me caritas liberum,.. in te movet. Mais le père Catrou ajoute que le consul montra aux tiomAïas,parun exemple intéressant, que, dans les armées, l'obéissance est préférable à la victoire : c'est à peu près la pensée de Florus, quasi plus ia\iinperio esset quam i/t Victoria. Sans examiner de quelle manière cet exemple est intéressant , je crois d'abord qu'on a eu tort de le rapprocher de celui de Brubis condamnant ses deux lils; car il y a, comme j'ai déjà «u occasion de le remarquer, cette différence, que les 61s de Brutus étaient réellement coupables d'un crime : ils avaient trabi leur patrie, du moins les traditions le supposent; au lieu qu^ Titus Manlius a seulement