‹ Cours d'études historiquesChapitre 27 sur 35 · XV · texte numérisé non relu

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enfreint un règlement de discipline militaire, n'a été entraîné à coinmeltre celte faute qne par un trop impatient désir de venger l'honneur du nom romain, et n'a failli enfin qu'en terrassant un ennemi. Sa condamnation pourrait sembler lieaucoup trop rigoureuse, alors inéme qu'elle ne serait pas prononuée par son père. Ordonnée par ce père même, elle est, à mon avis, exécrable. La tendresse paternelle est une loi de la nature, par conséquent de la morale et de la saine politique, qui n'est que la morale encore. Hors des sentiments humains, il n'y a point de justice; et la magnanimité consiste à se sacrifier soi-même, non ceux qu'on doit chérir, défendreet sauver. Les lois modernes, qui n'admettent point un père à juger son fils, parce qu'elles supposent qu'il ne pourrait jamais le condamner, sont puisées dans la nature, unique source de toute législation sage. •'

Avant de raconter la bataille entre les Latins et les Romains, Tite-Live observe qu'elle avait l'apparence d'une guerre civile, à cause de la ressemblance des deux armées ; et, à ce propos, il entre dans quelques détails sur la composition des légions. Cette description nous est déjà connue en partie, parce que, dans notre avantdernière séance , j'ai eu besoin d'en emprunter d'avance quelques articles pour éclaircir un passage du septième livre de notre historien. Comme il importe de connaître cette malièra, qui n'est pas sans difficultés, je vais traduire tout ce qu'il en dit ici, mais en renvoyant les commentaires dont ce chapitre serait susceptible ou temps où nous étudierons spéeialemeiit les institutions militaii-es des Romains.

« lis s'étaient auparavant 'servis de boucliers, c//-

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puis : depuis rétablissement de la solde, ils «valent substitué aux boucliers les écus, scula; cl, au lieu de la phalange, qu'ils avaient jiidis empruntée des Macédoniens, ils composèrent leurs corps d'armée de manipules, et enlin d'ordres ou compagnies. Un ordo comprenait soixante-deux soldats, outre le centurion et le veïillaire ou porte-étendard. Sur le champ de bataille, la première ligne était formée des fiastats, hastati, divisés en dix manipules, distants l'un de l'autre d'un ntoditfue intervalle. En cliacuii île ces manipules, it se trouvait vingt soldats armés à la légère, c'està-dire de piqtics et de dards gaulois ; le surplus était de grosse infanterie, portant X^scMum. Dans ce front de J'armée entrait la fleur de la jeunesse atteignant la puberté militaire, fiorem juw^num puhescentium ad mi- Utiam. Suivait une ligne d'un âge plus vigoureux , partagée en autant de manipules, ayant aussi le scutum, ■et remarqiuble p»r l'éclat des annes : le nom de prioce» , principes , distinguait les guerriers de cette ligne. Les vingt manipules des bastats et des princes avaient 4e nom commun A' arUepilani , parce qu'ils marchaient «n avant de dix autres manipules. Chacun d« ces dix derniers manipules se composait de trois compagnies, qui se nommaient primipiiex, À cause de la javeline particulière, pilum , dont ces guerriers avaient d'abord fait usage; chaque compagnie comptait sous son vexillunt ceatquatre-vingt-six hommes. Le premier vexillurtt «onduisait les triaires, vétérans d'une valeur éprouvée; le deu;iièn>e, les roniires, rorarios, moins âgés, moins robustes , et moins aguerris ; le troisième, Ifs accenses , accensos, auxquels on se 6a>t moins, et que pour cette raison l'on rejetait sur les dem«"ps de l'armée. Toutes

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les compagnies étant rangées en cet or<irc, les liasl<its engageaient les premiers l'action ; s'ils ne pouvaient pas mettre l'ennemi en ftjite, ils rentraient au petit pas dans les inlervaltes laissés entre les manipules des princes, qui dès lors soutenaient ta bataille ; les liastat s n'étaient plus (ju'en seconde ligne. Cependant les triaires, an nombre de dix-liuit cent soixante , puisqu'ils formaieut , en chacun des dix premiers manipules, une compagnie de cent quatre-vingt-six hommes ; les triaires, dis-je, restaient sous leurs étendards , la jambe gauche étendue en avant, l'écu appuyé sur l'épaule, et la javeline enfoncée en terre. C'était comme une armée environnée de retranchements. Quand la ligne des princes n'avait pas combattu avec avantage, elle reculait peu à peu entre les triaires, auxquels appartenait alors l'afTaîre; de là l'expression pi-overbiale rem ad triarios redisse , «on en vient aux triaires,» qui s'emploie pour signifier un grand péril. I^es triaires, qui jusque-là ont eu un genou en terre, se relèvent, ouvrent leurs rangs pour laisser passer derrière eux les princes et les basiats, et les resserrent aussitôt pour fermer les passages : ils forment une ligne pressée et continue, dernier espoir de l'année, et tombent sur l'ennemi. C'était pour lui le corps le plus formidable : il avait cru n'avoir plus qu'à poursuivre des vaincus; tout à coup il voyait s'élever une troupe nouvelle , plus forte même en nombre. En général une armée romaine se composait de quatre légions, chacune de cinq mille fantassins et de' trois cents cavaliers. A celte levée se joignait autrefois un ég«l nombre de guerriers fournis par les Latins ; mais ces latins étaient alors les ennemis de fionie, et leur armée se trouvait rangée en bataille dans cette même

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ordonnance : de part et d'autre les enseignes corres- ))oncIaient aux enseignes, ks liastats aux liastats, tes |)riuces aux princes, le centuriou au centurion ; et, si les rangs n'étaient pas troublés daus la mêlée, chacun savait J'avance contre (^ui il allait combattre. De ctia- <jue côté il y avait, dans la ligne des triaires, un premier centurion ou primipilairç. Celui des Romains, assez peu robuste, était du reste un militaire brave et babilef le Latin, homme d'une prodigieuse vigueur, passait pour le premier guerrier de l'armée : ils se cou* naissaient parfaitement entre eux, ayant toujours rempli des fonctions pareilles. Le Romain, qui se défiait un peu de ses forces, avait obtenu des consuls la permission de se choisir un sous-centurion, chargé de le défendre contre l'adversaire qui lui était destiné; en effet, dans la bataille, ce jeune guerrier vainquit le prlmipilaire latin. On combattit non loin du Vésuve , vers le chemin qui conduit à Véséris. »

Maintenant, Messieurs,qu'est-ce que VésérisPAurélius Victoren fait une rivière, a^ui/ f^eserim /luviujn;C\cé' roD,Tite-Liveet Valère-Maxime en parlent d'une manière ambiguë. Cluvier conjecture que c'était une ville ou bourgade, parce qu'il ne voit autour du Vésuve aucune rivière à laquelle cenora puisse être appliqué. Je ue m'arrête point aux autres difScultés que cechapitre présente: plusieurs lignes en sont fort altérées dans les manuscrits, surtout à l'égard des nombres; j'ai suivi, en traduisant , les corrections que Jusie-Lipse y a faites clans son traité De mililia rornana; et les détails qui viennent de vous être exposés sonlàjûindre àceux que vous avez entendus dans l'une de nos précédentes séances.

Avant de sortir de leur camp, tes consuls romains

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43ff HISTOrRE KOUTAINR.

immolent des victimes. I.'aruspice montre à Ihkriu» Mus la tête du foie {caput jecinnris) mutilée dans li^ partie f&mWière, /ami/iarî parte ; c'était, Messieurs, celle qui révélait la destinée du consultant ; l'autre s'ap* pelait hostilis, et pronostiquait le sort de Kadversaire. Il se trouva que les dieus avaient agréé la victime du consul. Pour son collègue Manlius, tous les signes lui étaient favorables. <• Or voilà qui va bien , otqui bene «habel, dit Décius, puisque mon collègue a heureu- Msement sacriBé. » Ayant rangé teirrs soldats comme il vient d'être dit, ils marchent au combat. Manlius commande la droite, Dëcius ta gauche. De ce côté, les hastats romains ne soutienneut pas le chocdes liastats latins, el se replient sur les princes. En cet instant de péril, Décius appelle à haute voix Valérius-le grand pontife :oKousavons, lui dit-il, besoin du secours H des dieux : toi, souverain poutife du peuple romain , « prononce avant moi les paroles sacrées par lesquelles « je dois me dévouer pour les légions. » Le pontife lui ordonne de prendre la (c^e prétexte, de se voiler la tête, de lever sous sa toge la n>ain jusqu'au menton, de mettre un javelot sous ses pieds, et de proférer debout ces paroles saintes : « Janus, Jupiter, Mars notre « père, Quirinus , Belloiie , dieux Lares, dieux Noven- Hsiles.B Messieurs, ce sont les neuf Muses selon les uns; les dieux qui président aux nouveautés selon les auties, ou bien les dieiixdc nouvelle création : par exemple, suivant Varron, ceux que Tatius avait apportés de la terre des Sabins; mais continuons de lire la formule : (I Dieux Novensiles (ou NoveTisides selon certai- M lies copies } , dieux Indigèles, divinités qui avez toute » puissance sur nous et sur nos ennemi» , et vous dieux

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QU A R ANTK-HUITlfeUE L£ÇON. 4^9

« Mânes, je vous [>i'ie, je vous supplie avec vénération, "je vous demandeeu glace, et vous conjure avec espoir, ■ « d'assurerau peuple romain des Quirîles force, victoire «et prospérité, et de frapper de ttrrreur, d'effroi et de cinort les ennemis du peuple romain des Quintes. « Comme il est vrai que j'ai proféré ces mots pour ta ré> a publique des Quirîtes, pour l'armée, les lésions et les « auxiliaires du peuple romain des Quirites, je dévoue a ainsi aux dieux Mânes et à la Terre les légions et les « auxiliaires des ennemis, avec moi-même, u Ayant fait coite prière, il ordonne aux licteurs de se rendre près de ManliusTorquatus, etdelui annoncer, le plus vite possible.queson collègue s'est dévoué pour l'armée. Au même temps Décius Mus ceint l'écliarpe gabienne, saule armé sur son clieval, et se plonge au milieu des ennemis. L'une et l'autre armée te vît, brillant d'un étrlat plus qu'humain, tel qu'un envoyé du ciel qui se ctiarge de toute ta colère des dieux, et, pour la détourner des siens, va ta porter cliez les ennemis. Avec lui, en effet, la terreuretl'épouvante passent dans l'année latine, troublent leur première ligne et bientôt toutes leurs légions. Il fut très-évident que partout ou il pénétrait, monté sur son cheval, tel qu'un astre malfaisant, il frappait les I^atins d'un mortel effroi ; et, lorsqu'il tomba sous les traits qui l'accablaient, il fallait voir ta consternation manifeste des cobortes latines, leur déroute et leur vaste désastre. Pour tes Romains, quittes envers les dieux , ils s'ébranlaient comme au premier son de la trompe, recommençaient te combat; les roraires mêmes s'élançaient dans les rangs des antepilani , renforçaient les hastals et tes prlncrs;et les triaires , le genou droit en terre, attendaient pour se lever le signal du consul.

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Comme, en quelques endroits, les Tjitîns avaient de ravnotnge par la supériorité du nombre , Manlius Torquatus, après avoir admiré et pleuré son collègue, fut tenté nn moment d'employer les triaires; mais, les réservant pour un dernier péi-it, il se contenta de mettre en mouvement lesaccenses,qtii, de la queue de l'armée, se portèrent à la tête. Les Latins, les prenant pour les triaires, font avancer les leurs; un rude combat s'engage; et, lorsqu'à la fin on voH plier lesaccenses, les cohortes latines se croient victorieuses. C'est alors que le consul s'adresse à ses triaires mêmes : « A présent , le- « vez-vous, intacts et frais (juevous êtes encore;tombez « sur des ennemis épuisés de fatigues ; souvenez-vous de « la patrie, de vos pères, de vos femmes, de vos fils a (Manitus avait-il le droit de prononcer ce mot?); sou- B venez-vous de votre consul, qui meurt pour vous assoie rer la victoire. » Les triaires se lèvent ; leur vigueur est entière; leurs armes resplendissent ; ils reçoivent les an tepi/ani d^os les vides de leur ligne; et bientôt ils ont mis en désordre les premiers rangs des Latins. Quand ils les ont taillés en pièces , ils n'ont plus qu'à traverser des manipules presque désarmés ; ils étendent de toutes parts le carnage, et laissent à peine sur pied un quart des ennemis. Les Samnites, qu'on voyait aussi rangés en bataille au pied du Vésuve, contribuaient à épouvanter les Latins. Mais Tite-Live trouve que la gloire de cette jourpée appartient aux deux consuls, dontl'un détourna sur lui-même la vengeance des cieux et des enfers, et l'autre montra tant de courage, que tous les Latins et les Romains, qui ont transmis à la postérité le récit de ce combat (les J iatins avaient-ils rléjà des liistoriens?) s'accocdent à dire que Manlius,

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de quelque côté ([u'il se fût tourné, aurait entraîaé avec lui la victoire. Les Latins s'enfuirent à Minturnes ; on s'empara de leur camp; on y 6t des prisonniers. La nuit survint, et empêcha de retrouver le corps de Décius. Le lendemain, on le retira d'un monceau de cadavres, et Manlius célébra dignement ses obsèques. Il parait à propos d'ajouter, poursuit Tite-Live, qu'il est permis à un consul , à un dictateur, à un préteur, qui veut dévouer des légions ennemies, de ne pas se dévouer lui-même, mais tel citoyen qu'il 'lui plaît inscrit dans une légion romaine. Si l'homme dévoifé ainsi meurt, c'est à merveille; s'il ne meurt pas, il n'y a qu'à prendre un mannequin haut de sept pieds, ou d'un peu plus, et l'enterrer en immolant une victime expiatoire. Seulement il faut savoir qu'il n'est plus permis au magistrat romain de passer par l'endroit oîi ce simulacre est inhumé. Si le magistrat préfère de se dévouer lui-même, comme a fait Décius, et s'il ne meurt pas, désormais tout sacrifice privé ou publie lui est interdit; ce serait sacrilège. Il peut bien aussi se contenter de vouer ses armes à Vulcain ou à quelque autre dieu , ou bien immoler une victime, ou pratiquer une expiation quelconque. On doit garder scrupuleusement le javelot que le consul a tenu sous ses pieds en faisant sa prière; car, si par malheur ce javelot venait à tomber au pouvoir de l'ennemi , il faudrait expier cette profanation' en offrant au dieu Mars des sitovelaurilia (sacrifices d'un porc, d'une brebis et d'un taureau). Quoique nous ayons, c'est toujours Tite-Live qui parle, quoique nous ayons perdu la (race de tous nos usages sacrés et humains, et préféré des cérémonies nouvelles on étrangères anx riles antiques de nos pères, je

n'ai jias cru iautite de rapporter ce qui s'est jadis observé et pratiqué. Voilà, Af essieurs , de bieu déplorables iiioQuinents des superstitioas aacieaaes. L'absurdité en est si frappante, que toute réflexion serait superflue. L'empire qu'ont exercé de si vains prestiges n'est malheureusement pas douteux; mais le dévouement de Déciusetle jugement prononcé par Torqualus contre son propre fils pourraient fort bien n'être que des contes , ainsi queLévesque le soupçonne. Peutêtre a-t-on voulu introduire dans les annales romaines un fait comparable à celui de Codrus dans celles d'Athènes. Les auteurs grecs qui les premiers ont écrit des histoires de Rome y ont jeté, sous d'autres noms, plusieurs traits empruntés des traditions de la Grèce ; mais je vous ai déjà plusieurs fois présenté cette observation.

Les Samnitcs étaient restés- au pied du Vésuve. Ils ne se mirent en mouvement que lorsque la bataille fut gagnée. O'uii autre côté, les Laviniens manquèrent aussi aux Latins : ils sortirent beaucoup trop tard de leur ville ; et, apprenant en route la nouvelle de ^évé-^ nement, ils rebroussèrent chemin, et rentrèrent dans leurs murs. Leur préteur Millionius pressentit qu'un jour les Romains leur feraient payer chèrement te peu de pas qu'ils venaieut de faire. Les vaincus se dispersèrent , et se réunirent ensuite en un seul corps, qui se réfugia dans la ville de Vescia, près du fleuve Liris ou Gariltan.Numisius, leur général, s'efforçait de relever leur courage : il disait que Mars guerroyait pour tout le monde; que les Romains avaient obtenu l'apparence d'une victoire, et subissaient tous les désastres d'une défaite; que, de leurs deux consuls, l'un avait immole

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son fils, eH'autre s'était sacrifié lui-même; que leurs tiastats et leurs princes avaient succombé; que les triaires seuls avaient soutenu l'action ; qu'il serait bien plus facile au Tjatium qu'aux Romains do réparer toutes les pertes ; que, sous peu de jours , si on l'en croyait, une armée nouvelle de Voisques et de Latins reparaîtrait devant les murs de Capoue , et que l'ennemi ne tiendrait pas contre uue attaque imprévue. En efîet, od se pressa de rassembler des troupes; mais Torquatus les rencontra vers Trifanum, entre Sinuessa et Minturnes; et il fallut sans camper, les bagages jetés en monceaux , en venir subitement aux mains. I^e consul encore remporta une victoire signalée, qui termina cette guerre en subjuguant les Latins et les Campaniens. Le J^atium et Capoue perdirent des parties considérables de leurs territoires. On distribua au peuple de Rome des terres du Latiiim, celles des Privernates et la campagne de Falerne jusqu'au Seuve Vulturne. Les lots étaient de trois arpents et un quart dans ^e territoire dtrFalerne, parae qu'il était plus éloigné; et, ailleurs, de deux arpents seulement. On épargna les Laurentins et, entre les Campaniens, tes chevaliers qui n'avaient point pris part à la défection. I* traité avec les laurentins fut renouvelé, etcontinua de l'être chaque année le dixième jour des fériés latines. Les chevaliers campaniens obtinrent le droit de cité latine; privilège attesté par une table d'airain qui se conservait dans le temple de Castor.— On imposa de plus aux Campaniens l'obligation de payer tous les ans quatre cent cinquante deniers à chacun de ces chevaliers, qui étaient au nombre de seize cents.

Quand Manlius Torqtialus rentra dans Rome, les

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444 HISTOIHE ROMAINE,

vieillards seuls allèrent à sa rencontre:tesjeunesgen» l'avaient en horreur, et conservèrent pour lui une aversion constante. Il l'avait, je crois, bien mérité ; lui qui, dans sa jeunesse, avait éprouvé les rigueuis de l'autorité paternelle, il était plus coupable de les porter lui-même au dernier excès. Son père l'avait setileineut relégué au fond d'une campagne , et il venait d'égorger son âls! ]l tomba malade, de chagrin peut-être, ce qui lui serait honorable; et, ne pouvant marcher contre les Antlates, qui ravageaient les campagnes d'Ostie, d'Ârdéeet de Solonie, il nomma dictateur Lucius PapiriusCrassus,quiétaitalors préteur, et qui prit pour général de la cavalerie Lucius Papirius Cursor. Cette dictature n'a rien de mémorable : on se contenta de tenir en respect les Antiates par un camp stalionnaîre sur leur territoire; et, le lo juillet 339, ^^"^ nouveaux consuls s'installèrent, Tibérius £milius Mamercinus et te plébéien Publilius Philo. Les Latins se révoltèrent :' Philo les battit in cai»pis Fenectanis. Comme on ne connaît point de Meu nommé Fene<^iun, et qu'il n'en est parlé en aucun autre endroit, Donjat et Crévier proposent de lire Ferentinis : il s'agirait alors des environs de Ferenlino. L'autre consul, ^milius, conduisit des troupes romaines sur Pédum, que défendaient les Tiburtins , les Piénestins , les Véliternes , les. I^viniens et les Anliates. Voilà beaucoup d'ennemis. Dès qu'il eut obtenu sur eux de légers avantages, £mihus se pressa de demander le triomphe, parce qu'il venait d'apprendre qu'on l'avait décerné à son collègue. Le sénat lui siguiiia qu'il fallait auparavant prendre d'assaut Pédum, ou forcer celte place à capituler. .'Ëuiilius en conçut un tel dépit, qu'en tout le

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reste de son consulat, il se conduit comme le plus séditieux tribun , décriant le sénat , et plaignajit le peuple de la part si modique qu'on lui avait faite dans les terres du Latium et de Falerne ; en quoi il n'était pas contredit par Pliilo, qui appartenait à la classe plébéienne, et n'en ti-ahissait point les intérêts. Le sénat ordonna la Domination d'un dictateur, sous prétexte d'une rébellion des Latins : £milius uomma Pbilo, qui clioisit Junius Bi'utns pour commandant des' cavaliers. Le parti populaire triompha pendantcettedictalqfe, et obtint trois lois importantes. L'une déclarait que les plébiscites obligeaient tous les citoyens de la république; la seconde exigeait que toute loi à présenter aux comices fût d'avance approuvée par le sénat; et la troisième, que l'un des censeurs se prît toujours dans l'ordre plébéien. I^es succès obtenus au dehors ne consolaient point les pères conscrits de ces revers intérieurs.

Dans notre prochaine séance, le chapitre xiii et les suivants' jusqu'au xxviii' du huitième livre de Tite-Live continueront l'histoire romainedu3ojutn 338 à l'an 3a5 avant l'ère vulgaire.

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