QUARANTE-NEUVIÈME LEÇON
ANNALES ROHAIBRS. ANNÉES 3!18 A SsS AVANT J. C.
Messieurs, durant le consulat d*£inilius Mamercinus , de l'an a4 ■ à 2^0 avant 3. C. , Rome a vaincu de nouveau les Prtveniates et les Voisques ; elle s'est récoociltce momenlaaément avec les Samnites, et s'est disposée à soumettre les Latim, qui réunissaieut contre elle toutes leurs forces, et celles des Sidicins et def Cainpantens. Sous les consuls suivants , Mantius Torquatus et Décius Mus , le» Latins , par l'organe de leur préteur Annius, demandèrent à fournir, comme partie intégrante de la république t'omaine,rnn des deuK magistrats suprêmes et une moitié des sénateurs. Ces propositions parurent offensantes; on prit les armes. Campés vers Capoue , les deux consuls eurent k la fois UQ même songe , qui annonçait que l'un d'eux devait se dévouer pour le aalut^ le triomphe des légions. Les entrailles des victimes qu'ils immolèrent, ne manquèrent pas de confirmer le résultat de la vision nocturne. Cependant, avant la bataille, il arriva que le (ils de Manlius Torquatus , provoqué par un Latin , le terrassa, et revint chargé de ses dépouilles : c'était une contravention à l'ordre exprès qui avait été donné, de n'engager aucun combat sans la permission des gêné* raux : le jeune Manlius, pour prix de sa victoire, fut condamné par son propre père au dernier supplice. Afin d'éclaircir ensuite le récit de la bataille générale, Tite- Live vous a présenté une description de farmée ro-
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QU AR\HTE-NE [) V I KM E LEÇOPf. 44?
■naine; il vous a fiiplùjué comment elle se composait (l'Iiaslats, de princes et de triaires, en observant que l'armée latine avait une organisation toute pareille. Les liastuts romains de Taile gauche, commandée par Décius Mus, ayant été enfoncés, ce consul prononça une formule solennelle, sous la dictée du grand pontife, qui se trouvait là; et, se dévouant au salut public, il se précipita au milieu des rangs ennemis. Sa mort assura la victoire des Romains; les Latins, dispersés, ne se réunirent près du Garillan que pour succomber, encore une fois, sous tes armes de Manlius Torqualut, qui rentra dans Rome en triompbe, tomba malade, et nomma un dictateur, C'élait Papirius Crassus, qui ne fit, en celte qualité, rien de mémorable. Notre dernière séance s'est terminée par l'histoire d'un troisième consulat, celui d'£milius Mamerciniis et du plébéien Publilius Philo, qui battit les Latins révoltés. £milius, pour de légers avantages remportés par lui sur d'autres peuples , demanda le triomphe et ne l'obtint point. De dépit, il se fit populaire; et le sénat, mécontent, ordonna la nomination d'un dictateur. Mamercinus nomma son collègue Philo; et cette dictature, qui est la trente-sixième, fut l'époque de trois lois mémorables. I..a première donnait aux plébiscites le caractère de lois publiques, obligatoires pour tous les citoyens, plébéiens ou patriciens. Déjà, Messieurs, en l'année 448, peu après la chute des Décemvirs, le consul Horatius a fait reconnaître que les résolutions prises par les comices de tribus, sur la proposition des tribuns, obligeraient le peuple romain tout entier, at quod plehs jussisset, populum teneret. Apparemment celte maxime avait perdu son empire, puisque Philo la re-
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448 HISTOIRK ROMAINE.
nouvelle en 338. A ce sujet, le père Catrou dit qu'aux premiers temps de la république , il y avait cette différence entre les arrêts du sénat romain et les décrets du peuple, que les premiers étaient des lois géoérales et qui s'étendaient à tous , au lieu que les seconds n'obligeaient que le peuple. Ceci a'çst point exact. C'étaient les décrets rendus en comices par centuries qui avaient pleinement la force de lois. Excepté en matière d'euràleroents et d'impôts, les simples séuatus-consultes, non ratifiés par le peuple, n'obligeaient, pour l'ordinaire, que les fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs charges, et u'avaient même, le plussouvent , d'efGca' cité que durant une seule année. Il n'a jamais été re> connu que la puissance législative proprement dite résidât tout entière dans te sénat; c'est un point que nous avons éclairci dans l'une de nos séances précé' dentés. Le père Catrou se laisse eutraîuer ici par ses propres opinions aristocratiques; il les transforme en faits de l'bistoire romaine. La seule question qui restât indécise, quoique Horatîus l'eut depuis plus de cent ans résolue, était de savoir si les comices par tribus pouvaient imposer à tous les Komains des lois irréfragables : les patriciens l'ont nié le plus qu'ils ont pu , parce qu'ils avaient peu d'influence dans les comices de cette espèce; et le plébéien Publilius Pbilo proBte de sa dictature pour faire attribuer aux plébiscites cette suprême aator'né , ut pleèiscila omnes Quites tenerent. Sa seconde loi est rapportée parTite-Live en ces termes : Vt legum, quœ conùtiis centuritUis fei-renlur, ante initum suffragium Patres auctores Jk' reiit. Il s'agit des lois à rendre en comices par ceoturies; le sénat ne les fait point, il en a seulement l'ini-
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QU AllAHTK-NEtJVIÈME LEÇUN. 449
tiative; il les propose OU les adopte avant que l'on recueille les sufîrages. Le troisième acte de Philo garantit aux plébéiens l'avantage d'avoir toujours l'un des deux censeurs choisi dans leur ordre. Je vout ai déjà lait remarquer cette loi, en traitant de l'tiisloire particulière de la censure; mais j'ai encore à relever ici une erreur grave du père Catroti, qui dit que, jusqu'en 338, nu/ f>lébéten n'miait été ret>étu de celte dignité. U oublie qu'il a raconté lui-même qu'en/ 35i , « la cornet mune , c'est sou expression , s'obstina à faire tombei^ « ia censure sur le plébéien Màrcius; que, dans les co- « mices, le peuple fut le plus fort, et Marcius choisi K censeur avec Oius Mantius, qui fut tiré de la no- « blesse. » Effectivement, Messieurs, nous avons observe que, sous cette année 35i , on avait vu, |>our la première fois, un plébéien, Marcîus Rutilius, élevé à cette magistrature. Cette contradiction maaifeste. où tombe Catrou vous montre avec: quelle négligence les compilateurs modernes ont traité l'histoire romaine. Celui-ci est uéamnoins le plus instruit et le plus laborieux de tous : aucun autre n'a aussi complètement recueilli tous les textes , tous les monuments , toutes tes traditions; il indique presque toutes le» recherches qui sont à faire; mais il les faiit^outes recommencer après lui; non plus que son confrère et collaborateur Rouillé, il n'examine aucun des matériaux qu'il rassemble. Il ne se relit pas Ini-inérae, ït ne se met jamais en peine de vérifier ni de raccorder' les récits qu'il débite.
Le 3o juin 338, Lucins Furïus Camille et Caius MéuiuB prirent possession du consulat, et reçurent bientôt du sénat l'ordi-e d'assiéger Pédum, de réduire
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45U UISTOIRe flOHAlIfF.
celle place et de la raser. Les Latins, dépourvus des HiojFens de souteair la guerre, ne voulaieut pourtant pa» d'une paix qui leur eulevait une partie de leurs do* maines. Ils se tinrent enfermés dans leurs villes, s'abstenant de commencer lus liOBttlitéii, mais résolus à s'ébranler tous ensemble , si l'iiue de leurs places venait à rire assit^ée. It n'y eut toutefois que les Tiburiins et les Préne&tins qui purent pénétrer jus<tu'à Pédum. Les Aricins, les Lanuvieiis et les Vélîternes furent surpris dans leurs marches par le consul Ménius, qui les battit près du fleuve Astura; cette rivière, qui arrosait le pays Pomptin, a communiqué son nom à une petite île qui s'était formée près de son emboueliure, dans la mer Tyrrhénienne, et oii, depuis, Cicéroii fut tué par les émissaires d'Antoine. Furius Camille » l'autre consul, défit les Tihurtins sous tes murs de Pédum, et emporta cetteville par escalade. A l'bonneur du triomphe décerné aux deux généraux , on ajouta celui d'une statue équestre érigée à chacun d'eux dans le Forum; et Cauiille pronon^-a, dans le sénat, ud discours que Tite-Live rapporte en ces termes : « Pères conscrits^ M ce qui était à faire, au sein du I^lium, par la guerre M et par les armes, la bonté des dieux et la valeur des H soldats romains viennent de l'accomplir. Lies armées • ennemies ont été taillées en pièces à Pédum et sur les « bords de L'Âstura. Toutes les villes latines et l'An- « tium des Voisques, prises de force, ou volontaire- « ment soumises , sont occupées par vos garnisons. U 1 ne reste au sénat qu'à déliliérer sur les moyens de « contenir dans un perpétuel repos des peuples qui « nous importunent sans cesse par leurs rébellions. I^» ■ dieux immortels vous ont rendus les maîtres de dé-
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Q« \R ANTE-WEtryi iîME LEÇON. ^Sl
« cjder si désormais il y aura ou non un I^ntium. I^a a paix en ce qui eoncerne )<es I^lins, vous j» pouri-ez « aiuurer pour toujours, ou pair des rigueurs, ou par la a clémence. Voulez-voiis traiter sévèremeut des vain- « eus , des peuples qui vous sont livres ?II vous est per- « inifi d'anéantir tout le Latiuin, ut de faire un vaste « désert d'une contrée d'où vous avez tiré des armées n auxiliaires en de si nombreuses et si mémorables guer- « res. Voulez-vous, à l'exempte de vos aneêtres, agran- « dirBome, en admettant les vaincus au nombre des n citoyens? C'est un moyen d'accroître votre puissance « et votre gloire. Sans doute 1e plus ferme empire est a celui qui fait le bonheur des sujets; maïs, quelque ré- (I solution qu'il vous plaise de prendre, il la faut prompte. « Tant de peuples l'attendent, suspendus entre l'espoir « et la crainte ! 11 importe de vous délivrer le plus tôt pos- « sible de l'inqwiétude qu'ils vous donnent, et de pro- « 6ter de la stupeur où les tient cette attente, pour frapn per vivement leurs esprits ou de la peine ou du « bienfait que vous leur réservez. Notre devoir était de « vous assurer la puissancederégler à votregré tous ces « grands intérêts; c'est à vous de oboisirle parti le plus <t avantageux pour vous et pour la république, n
Le sénat divisa la question, et voulut juger séparément chaque peuple. Il accorda aux Lanuviens )e droit de cilé romaine et leur rendit leurs solennités particulières, en stipulant néanmoins que leur temple de Junon Sospita et son bois sacré seraient communs entre les municipcs lanuviens et les Romains. Junon, déesse du Salut, avait été révérée dans un bois, avant de l'être dans un temple : il en a été de même de toutes les anciennes divinités. Les premiers peuples, dit Gicéron,
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/|53 HISTOtRE IIOMAIITK.
poiisait'iit qu'on ne tievail point eiifeniier les dieiii entre des murs; c'est le monde entier qui est leur temple et leur demeure ; Non esse parietibus includendos deos, quibus omnia dcberent esse patentia ac libéra , quommque hic mundus omnis tf^mplum esset ac domus. Je ne m'arrête point au titre de municipes donné ici aux liiibitants de Lanuvîuni ; les prérogatives aKacliées à ce titre ont beaucoup varié, et seront un jour pour nous l'objet d'une élude spéciale. I^es Aririns, les Komentans et les habitants de Pédum furent triii> tés aussi favornblement que les T^iiuvieas. Tusculum avait joui autrefois des iiiêines privilèges ; on les lui conserva. Mais les ViTiternes, anciens citoyens romains, trop souvent rebelles, subirent un cVitimenl sévère. On abattit leurs murs; on leur ôta leur sénat; on leur enjoignit de s'établir au delà du Tibre, avec menace, pour ceux qu'on trouverait en deçà, d'une clarigation de mille as, et des fers jusqu'à ce qu'ils eussent payé cette somme. De nouveaux colons repeuplèrent Vélétri , et partagèrent les terres confisquées sur les sénateui-s de cette cité. !> mot latin clarigalio se disait de la déclaration de guerre que les féciaux prononçaient à baute voix , clttra voce. Pline et .Servius l'expliquent ainsi ; mais il a signîné,'par extension,uneprise au corps avec déclaration publique, pour infraction de quelque loi ou traité. On forma aussi dans Antium une colonie. Les Antiates curent fa faculté de s'y inscrire, et obtinrent le droit de cité romaine; seulement on retira de leurs poits les vaisseaux longs, et on leur interdit toute navigation en mer. Le sénat se souvinti|ue TiburelPréneste avaient jadis associé leurs armes à celles des Gaulois; il con-
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' QU ABANTE-HEN VIÈHE LEÇON. 4>^
fisqua une partie de leur territoire; il Interdit aux autres peuples latins tout commerce entre eux , toute alliance matrimoniale, et toute assemblée. commune. Quant aux Campaniens , en considération de leurs chevaliers, qui n'avaient pas voulu participer à. la révolte des Latins, on leur garantit des droits civils et politiques, qui ne s'étendaient pourtant pas jusqu'à celui de suffrages; et l'on récompensa de même les habitants de Fundî et de Formies, qui avaient donné passage aux troupes romaines. Il s'agissait encore de savoir ce qu'on ferait des galères d'Antium : on en retira une partie à Rome , et on brûla l'autre , en réservant les éperons dont on décora la tribune aux haraugups, qui prit de là le nom de rostra. I^ tribune du Forum était soutenue par des colonnes, entre lesquelles on plaça dès lors des becs de navires, a Ce fut, dit Lévesque, une a adroite politique au sénat, de ne pas accorder les mê. a mes conditions à toutes les villes latines. En parais- « sant ne vouloir que tes récompenser ou les pimir de n leur soumission plusprompte ou plus tardive, il rom- « pait leur union, et prévenait le danger de la voir re- « uaîti'e, en donnant à cliacun des intérêts qui n'étaient a pas ceux des autres. C'est une époque bien reniar- « quable de l'histoire ramaine que celle où tout le T^- « tium fut soumis à la. république. On put dès lors a prévoir la soumission de l'Italie entière, u Cette dernière observation, Messiem's, est fort juste. Nous n'avons jusqu'ici aperçu encore que deux événements qui ont commencé, préparé la puissance de Rome : en 395 la prise de Véies , et maintenant la possession du Ijatium. De savoir si l'on n'eiJt pas mieux fait de traiter avec la même indulgence toutes les cités de ce pajs,
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454 HISTOtItK ItOMAlHR.
c'est une question qui peut se résoudre ou par t'ïiisloire des temps postérieui's , ou par les principes de la morale. Or, je pense que, de l'une et de l'antre manière, on trouverait que le parti le plus humain aurait été te plus politique. Le eonsul Furius Camille avait établi ta véritable maxime -.k lln'yapastl'etnpiremieus n affermi que celui qui est pour les sujets un bien et une «jouissance, cerle id firmissimum longe imperium < est, quo obedientes gaudent, »
Sous le consulat suivant, celui de Sulpicius Longus et d'^tîus Pétus, une guerre s'éleva entre tes SidicinsetlesAurunces.Ceiu-cis'épouvanlèrentàtelpoint, qu'ils désertèrent leurs foyers, et se réfugièrent avec leurs femmes et leurs enfants à Suessa , qui depuis s'appela AtiruRca. Le sénat imputa cette mésaventure aux lenteurs des deux coiisuls, et leur prescrivit de nommer un dictateur; ils choisirent Claudius Bégillensis, qui prit pour* commandant delà cavalerie Claudius Hortator. Mais on conçut des scrupules sur la nomination de ce dictateur; les augures la déclarèrent vicieuse : Claudius Bégillensis et sou adjoint abdiquèrent. Il y avait longtemps qu'on u'avait condamné de vt^stales au dernier supplice : Minucia inspira des soupirons par l'élégance de sa toilette; un de ses esclaves fit contre elle une dénonciation plus sérieuse ; et il n'en fallut pas plus, à ce qu'il semble, pour que les pontifes se crussent en droit de la poursuivre. D'abord iU lui interdirent l'approche des autels , et lui ordonnèrent (le garder k son service tous ses esclaves , afin qu'on les pût mettre à la question ; ce qui n'eût pas été possible, s'il lui eût été permis de les affranchir. Un jugement suivît , qui condamna cetle malheureuse prêtresse
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QITAn AMTK-HEU VIÈME LEÇOÏT. /jSS
n être enterrée vive près de la porte Colline, en un lieu (lit le champ Scélérat, Scelcrato campo , nom qui vient, dit-on , de l'inceste de Minucia : Credo ab incesto id ei ioco nomenfaetum. On ne peut trop géniir aur la légèreté et sur t'extrèms barbarie de ces arrêts; mais tclleest ta justice des superstitions. En le mémeanaée Donsutaire, Philo fut élu prêter; il était le premier plébéien investi de cette charge. Le consul Sulpîcius se lâcha de cette élection : il ne la voulait pis reconnaître; mais le sénat, qui s'était vu obligé de se relâdieF n l'égard de la censure et du consulat^ ne crut pas qu'il y eût lieu de faire tant de bruit pour la préture.
Tite-Live, au chapitre xxvim de sou septième livre, a rapporté à l'an J44 la dédicace du temple de Junon Monéla , une éclipse , une pluie de pierres, la dictature de Valérius Publicola et la célébratioa solennelle dos Fériés latines; et je vous ai fait observer, Messieurs, que ces événements se placeraient plus convenablement sous l'année 337. En effet, Ovide et Macrobe nims apprennent que le temple de Junon Monéta fut dédié le jour des calendes de juin ; et, c'est, non en 344 uiais eu 337, que les tables astronomiques Bxent une éclipse vers le soir du 1" juin romain, i4 juillet julien. D'ailleurs il est dit que tous les peuples latins furent invités aux Fériés : or, en 344^ ^^ peuples méconnaissaient l'autorité de Rome : ils se déclaraient indépendants ; on ne les aurait point appelés à uneféte ; au lîeu qu'eu 33^ , leur assujettissement venait d'être consommé; on avait réglé leur sort, et plusieurs étaient rentrés en amitié avec les Romains. Par ces considérations , il y a lieu de conjecturer que la dictature de Valérius Publicola tombe dans te premier mois du
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eonsiUut d'^liiis Pétus et de Siilpicius Loogu», quetque tctnps avaut la dictature de Claudtus Régillenàs. Du resle, it est impossible de rien affirmer sur u» tel point, puisqu'on manque d'une relation et même d'une tradition positive. Nous indiquons seulement ce quil y aurait de plus vraisemblable à substituer: au récit inadmissible que Tite-Livè a inséré, par erreur, dwn son livré vji'.
Au seizième cbàpitredu huitième livre, Papirius Crassus et CœsoDuillius prennent les faisceaux consulaire». IjCS Ausones, dont la ville capitale se nommait Calés, venaient d'iioir leurs aimes à celles des Sidieins. Les Romains repoussèrent ces deux peuples, mais sans remporter de victoire décisive. Pour \ei soumettre, on élut consul, pour la quatrième fois, en juillet S35, Vatérius Corvus, le plus grand capitaine de cette époque; et on lui donna pour collègue Âliltus Régulus. Les sotdatsde Corvus se montraient impatients d'escalader les murs de Calés. Ce projet lui paraissant téméraire, il disposait des terrasses, des màntelets, des tours de bois, lorsqu'un hasard heureux le dispensa d'en faire usage. Marcus Fabius, que les ennemis avaient pris, profita de la négligence de ses gardes, en un jour de fêle, pour briser sa chaiue:à l'aide d'une corde attachée aux créneaux des remparts, il se glissa jusqu'au pied du mur où travaillaient les Romains. D'après ses avis, Corvus résolut d'attaquer à l'instant des ennemis appesantis par le vin, les viandes et le sommeil : il s'empara sans difficulté de Calés et de tous les Ausones, établit une garnison dans cette place, y fît un immense butin, et ramena les légions à Rome, où il rentra en triomphe. Peu après, le sénat lui ordonna de marcher
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avec soii collègue Atilîus contre les Sidicitis, mais après avoir nommé un dictateur pour tenir les comices : ce fut Mamercinus Privernas , et Quiutus Publilius Ptiilo eut le titre de commandant de la cavalerie. En ces comices, on nomma consuls Titus Véturius et Spurius Posthumius. Leurs prédécesseurs avaient proposé l'élablisseinent d'une colooie à Calés;' le sénat porta le nombredescolons à deux mille cinq cent*; et l'on chai^ea d'opérer le partage des terres trois commissaires ou triumvirs, Caeso'Duillius, Titus Quintius et Marcus Fabius. Tite-Lîve omet ici un traité d'alliance conclu à cette époque entre les Romains et les Gaulois, et indiqué par Polyl>e. Il y avait treize ans, dit cet historien grec, que les Gaulois laissaient Rome en pais; la voyant puissante, ils contractèrent avec elle une alliance, dont ils observèrent fidèlement les conditions durant les trente années suivantes.
Les consuls, Véturius et Posthumius, marchaient contre le peuple sidiciu , lorsque le sénat leur signifia l'ordre de nommer un dictateur, qui allait être le qua- ' rantième. Le prétexte pour recourir à cette magistrature souveraine, devenue beaucoup trop ordinaire, était la nouvelle d'un armement des Samnites en faveur des Sidicins, leurs anciens ennemis. La dictature fut déférée à Publi us Cornélius Rufinus, qui mît la cavalerie sous les ordres de Marcus Anlonius. Mais l'un et l'autre encore se vireut forcés d'abdiquer, à raison des scrupules qui survinrent concernant la régularité de leur nomination. I^a peste, qui se déclara bientôt après, étendit les terreurs religieuses; toutes les élections faites dans l'année devinrent suspectes; on eut recours à l'interrègne; et Valérius Corvus, cinquième entre-roi, tint les comi-
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ces, qui élurent codsuIs CnéiusDcmiliuset, pour la seconde fols, Auliis Cornélius. Un bruit de guerre avec les Gaulois, fort difficile à conciliei' avec ce que Polybe vient de not» dire, autoriss ta nomination d'an nouvrau dictateur, Papirïus Crassus, qui s'adjoignit, sous le titre de^nà-al des cavaliers, Publiua Valérius Publicola.On apprit bientôt que les Gaulois ne remuaient point; mais les Satnnites inspiraient des alarmes; et d'ai Heurs le roi d'Ëpire Alexandre , oncle d'Alexandre le Grand, descendait à Pestum. Heoreusement ce prince tourna ses armes contre les Samnites eux-mêmes; il les attira en Lucanie, les vainquit, et traita avec les Romains. Le grand Alexandre, qui régnait déjà depuis trois ans, ne menaçait point l'Italie. A Rome, les censeurs Publîlius Philo, plébéien, qui passait par toutes les magistratui-ea, etSpurius Posthumius , opérèrent nti dénombrement, y comprirent les nouveaux citoyens, et créèrent deux tribus de plus, la vingt-huitième et la vingt-neuvième: leurs noms de Mécia et de Scaptia étaient pris de deux petites villes voisines , l'une de Lanuvium, l'autre de Pédum.
Les tables capitolines et Solin marquent ici im consulat omis par Tite-Lîve, celui de Papirius Cursor et de Pétilius Libo Visolus. On en a besoin pour remplir ■ l'espace entre le 6 août 332 et le 37 juillet 33 1 ; d'ailleuvs Tite-Live lui-même nous dira, sous l'année Sao, que Papirius Cursor devient pour la seconde fois consul ; la première fois »e peut tomber que sur l'an 33a. Par suite de cette omission et de ta confusion des noms de Papirius Cursor et de Papirius Mugillanus, Titeliive retardera de six ans la fondation d'AleiNindrie , qui appartient certainement à l'année 33 1. Ces ana-
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clirontsines ne doivent pas vous étonner, Messieurs, même de la part d'un liistorien fort instruit; les anciens manquaient des renseignements précis qui sont niicessairea pour bien établir l'ordre des temps; et l'on a besoin aujourd'hui de comparer tous leurs écrits, de rapprocher toutes les indications qu'ils fournissent, lorsqu'on veut obtenir une chronologie exacte, ou du ■ moins probable. De 33i à 33o, les consuls furent Claudius Marcellus et Caius Valérius, surnommé Flaccus par les uns, Potitus par les autres, ce qui importe assez peu , parvi referî. Un autre doute que j'aimerais bien mieux lever, poursuit Tile-Live, et qu'autorise en effet la discordance des auteurs, aurait pour objet la mortalité excessive attribuée par les uns à la peste, et par les autres aux, empoisonnements. Pour ne pas démentir ses devanciers, il exposera les faits tels qu'ils ont été transmis. Les principaux citoyens mouraient d'une même maladie : une esclave se rendît auprès de Fabius Maxinius, édile curule, et promit de révéler la véritable cause de ce fléau, si on la garantissait des périls auxquels sa délation devait l'exposer. L'édile communique cet avis aux consuls, qui en font un rapport au sénat; et l'on donne à l'esclave toute sûreté. Alors elle accuse les dames romaines d'empoisonner leurs époux, et en offre la preuve. On la suit, et l'on trouve des femmes occupées de préparations chimiques. On saisit et ces poisons et vingt malfkitrices qui les composent. Amenées par un officier public, elles comparaissent au Forum avec leurs drogues. Deux de ces dames, Cornélia et Sergia, patriciennes l'une et l'autre, soutiennent quecesontde bienfaisants i-emèdes, etoffi-ent d'en faire IVssai sur elles-mêmes : on les prend au mol ;
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46o HISTOIRE ROMAINE,
elles avateut leurs potions et en meurent; leui's dixr-Iitiil compagnes les imitent, et quelques autres de leurs complices dénoncent un très-grand noinbre de coupables; on en condamna environ cent soixante-dix. Jamais eur core il n'y avait eu à Rome de jugement pour un tel crime; c'était, disait-on, un prodige, un vertige épir démlque, plutôt qu'une suite d'attentats prémédités. La chose parut valoir la peine d'enfoncer, en. citpiatiou , un clou sacré, et de créer, à cet effet, un dictateur, qui fut Cnéius Valérius. Il abdiqua aussitôt après la cérémonie , ainsi que son général de la cavalerie , Lucius Valérius; car un dictateur avait toujours cet adjoint , alors même qu'il ne s'agissait d'aucune expédition militaire. Orose, au lieu de cent soixante-dix empobonneuses, en compte trois cent soixante-dix ou, selon certains manuscrits, trois cent quatre-vingts. Lèvesque soupçonne qu'il n'y a rien de vrai en tout cela, et il fonde ce doute très-raisonnable sur celui que Tite- Lîve lui-même exprime, sur le dissentiment des auteurs plus anciens, et sur l'invraisemblance d'un si horrible crime commis à la fois et de concert par cent soixante-dix Romaines.
Sous les consuls suivants, Plautius Venno et Papirius Crassus ( distincts de Mugillanus et de Cursor ), deux villes de la confëdéralion des Voisques, Fabraternum et Polusca, envoyèrent des députés à Rome, pour se placer sous la domination de cette république, et promettre obéissance e(,,fiMJélité, si l'on voulait les mettre à l'abri des incursions des Samnites. Le sénat accueillit cette demande, et signifia aux Samnites l'ordre de s'abstenir de toute hostilité contre ces deux villes. Quelque impérieuse que fût celte injonction , les Samnites y obr
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QU4B AMTE- WEUVIÈMK LEÇOM, (Î6l
tempérèrent, parce qu'ils n'étaient point préparés h la guerre. Les Romains lu firent aux Privernates, dont le général, né à Fundi, et nommé VitruvîusVaccus, était &meus dans son pays et à Rome même, ou il possédait une maison, dans l'emplacement qui, depuis qu'elle a été confisquée et rasée , a retenu le nom de Facciprata. L'un des consuls vint camper à peu de distance du camp de Vaccus ; et celui-ci n'eut ni la prudence de se retrancher, ni le courage de se mesurer avec une armée formidable. Lui et les siens ne itongealent qu'à la fuite. Us opérèrent du moins leur retraite sans trop de dommages, rentrèrent dans leur camp et profitèrent de la nuit pour gagner Privernum. L'autre consul, Plautius Veuno, ravagea des campagnes, amassa un riche butin, et conduisit son armée sur les terres de Fundi. Les habitants de cette ville vinrent à sa rencontre, et le supplièrent de ne pas les confondre avec leur compatriote Vaccus et quelques aventuriers qu'il avait attachés à sa fortune : « Non, disaient-ils, les Romains « n'ont d'ennemis qu'à Privernum ; Fundi leur est tout « dévoué ; il est à leur dispositiou , ville , possessions ru- « raies, citoyens, femmes e\.cafAaKi,agros,urbeTn,cor- <t para ipsorum, confugumque, ac libei-orum suorum. a in potestàte populi romani esse. » Le consul combla d'éloges de si dociles serviteurs, et reprit sa route vers Privernum. Toutefois l'historien ClaudiusQuadrigartus écrit que Plautius Venno arrêta dans Fundi trois cents chefs de la conjuration -, et les envoya enchaînés au sénat, qui, ne secontentant point d'un tel nombre de victimes, répondit que c'étaient d'obscurs et pauvres habitants, au:i dépens desquels la citéde Fundi, coupable tout entière, prétendait racheter sa faute.
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462 HiSToine homaink.
L'un dos consuls fut rappelé à Rome pour présider aux élections. Oo avait, dans le cours de cette année, commencé de construire dans le cirque àfs carcensy non des prisons, comme traduit Guérin, mais des espèces de remises en arcades, d'où les chars et les chevaux ne partaient qu'au signal donné par le magistrat : carceres in cirw , dit Varron,«nt^ mittuntur eqiU, et ubi coercentur, ne inde exeant , anleqtmm montratus signum misil. Aux calendes de juillet année romaine, 6 juillet année julienne, iËmilius Mamercinus et Gains Plautius s'installèrent en qualité de consuls; et le sort chargea Mamerdntts de la guerre à soutenir contre les Gaulois, dont on avait faussement annoncé l'approche. Ce vain bruit causait tant d'alarmes, qu'on enrôla jusqu'au vulgaire des artisans , c'est l'expression de Tite-Live, et aux ouvriers sédentaires, classe peu propre à la guei-re : Quin opificumquoque vulgus et sdlularii, minime mititiœ idoneum gentts , exciti dicuntur. Ce texte, quoique modifié par te dernier mot fbcunlur, favorise l'opinion de ceux qui pensent qu'il y avait ji Rome des citoyens occupés d'arts mécaniques; question diffisile que nous aurons uu jour à éclaircir, et sur laquelle, en attendant, nous recueillons tous les renseignements possibles, à mesure qu'ils se présentait dans l'histoire. On rassembla donc à Vêtes une forte armée, qui devait marcher contre les Gaulois, et qui se dirigea sur Privecnum, Lorsqu'on eut reconnu que ces Gaulois étaient restés en plein repos, que 6l-on à Privemum? Il y a sur ce point deux traditions : les uns racontent que la place fut emportée de vive force, et VaccuB pris vivant; les autres, que les assiégés, sans attendre l'assaut , se présentèrent au consul, le caducée
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QD AIIAKTK-N EIIVIÈME LEÇON, 4^3
en main, se rendirent, el livrèrent Vacfius. Le sénat décida que le consul recevrait l'honneur du triomi^ ( honneur assez peu tnérité, si l'on adopt« la seconde hypothèse ); qu'auparavant il raserait le» murs de Privevnum ; que Vnccus serait envoyé à Roime pour y être battu de verges et mis à mort; que sa maison sur te mont Palatin serait démolie, et ses biens consacrés a» dieu Semo-Sancus. Je vous al exposé, Messieurs,, ce qu'on sait de ce dieu, qiti paraît être le même qu'Hflr* cule. On vendit, en effet, toutes les possessioi» de Vitruvius Vaccus;et, du produit de cette vente, on achetA des glohes de bronze, qu'on plaça tlans la chapelle de Sancus, vis-à-vis le teuipledeQuirinus.il fut défendu aux sénateurs privernates, comme à ceux deVététri, de se montrer jamais en deçà du Tibre. Après ces vengeances, qui semblaient sufSsantes, le consul Plaulitrs parla en ces termes : « Maintenant que les auteurs du la « révolte ont reçu de vous. Pères conscrits, et des dieux «immortels, les châtiments qu'ils méritaient, que vous «plaît-il d'ordonner de l'innocente multitude des Priver- «uates? Pour moi, quoique ma fonction soit de vous «demander vos avis, plutôt que de vous donner les miens, «cependant, quand je vois ces Privernates si voisin» «des Samnites avec lesquels nous n'avons qu'une pain , «très-incertaine, je voudrais qu'il restât le moins d'ia nimitié possible entre nous et le^ habitants de Priver- « num. D II y a, Messieurs, dans ce discours succinct^ un traitqui peut servir à éclaîrcir t'histoiredes fonctions consulaires : c'est <{ue le rôle d'un consul était de consulter le sénat plutôt que de te conseiller : Eui meee partes exquirendœmagissententiœquamdandeesunt. Des députés privernates se trouvaient, dit-on, dans
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la salle Husvnat. L'un d'eux interpellé de déclarer quelle petne méritaient ses concitoyens, a Pas d'autre, répona dit-il , que celle qu'on doit à un peuple qui se croit diagnede la liberté. » La fierté de cette réponse ayaat indisposé plusieurs sénateurs, le consul, qui inclinait à la clémence, interrogea de nouveau le député; il lui demanda quelle paix on pouvait espérer des Frivernates, si on leur épargnait les peines qu'ils avaient encourues : «Une paix sûre et perpétuelle, répliqua le défi pulé, si vous nous traitez bien; sinon, fort peu du- 0 rable. — Mais, s'écria l'un des Pères conscrits, ce sont « là des menaces, des provocations hostiles. «I^a plupart des sénateurs en jugèrent mieux : Ils reconnurent là le langage d'un homme libre; et, à mon avis, Messieurs, ce sentiment leur fait beaucoup d'honneur, ainsi qu'au Privernale qui l'avait excité. Voici encore une réflexion très-judicieuse de ces sénateurs romains : peuton croire qu'aucun homme, qu'aucun peuple reste soumis à des conditions humiliantes plus longtemps qu^il n'y sera contraint-par la nécessité? Ya-t-il d'autre paix solide que celle qui résulte d'un acquiescement volontaire? Où l'on établit la servitude, on ne doit pas espérer de fidélité: JVequeeo loco, ubiservitUtem esse velint , fid^m, sperandam esse. Le consul, d'une voix assez haute pour être entendue de ta plupart, s'écria que ceux qui mettaient avant tout la liberté étaient dignes de devenir Romains. C'était une journée de justice, de vertu et de véritable gloire : le sénat et le peuple accordèrent aux Privernates le droit de cité romaine. En la même année , on établit à Terradne une colonie de trois cents Romains, en leur assignant à chacun deux arpents.
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QU AHANTE-HKU VliiME LKÇOH. ^6$
Le consulat <le Piautîua Prociilus et de Cortiéliiis Scapula u'est remarquable que par la foodalîoii d'une colonie à Frégelles, et par les lârgessfs extraordinaires d'un nommé Marcus Flavius. Il les fit aux obsèques de sa mère; et c'était moins, di(-on, par piété tlliale, que pour témoigner sa reconnaissance au peuple, qui l'avait absous d'une accusation périlleuse intentée par les édiles. Le texte de Tile-Live poUe populo visceraUo data. Servius dit qu'on entend par viscères tout re qui est entre les os et la peau, tout ce qui est sous le cuir. viscera sunt quidijuid iiUer ossa et cuteni est, quidquid sub corio est. Sénèque et Suétone , aussi bieo que Tile-Live, emploient le mot viscerutio dans le sens de viandes ou de repas. Marcus Flavius ne perdît pas les fruits de sa libéralité : aux élections suivantes, il fut, quoique absent, nommé tribun du peuple.
Le 8 juillet 3a7, Cornélius Lentulus et PubliliusPliilo devinrent tous deux, pour la seconde fois, consuls. Il existait alors une cité nommée Palépolis( ancienne ville) près du lieu où est Naples, Néapolis ( nouvelle ville ). L'un et l'autre lieu était habité par un seul peuple, venu de Cumes, et originaire de Chalcis, vUle de l'Eubée. Une flotte l'aval t transporté en Italie : il s'établit d'abord dans les îles d'£naria et de Pithécusa. Pomponius Mêla distingue aussi ces deux îles, qui ailleurs n'en font qu'une: c'est celle qui porte aujourd'hui le nom d'Jschia , et avec laquelle on a pu confondre Procida, qui n'eu est séparée que par un canal étroit. De là ces Grecs s'enhardirent à passer dans le continent Italien, et y devinrent les Palépolitains. Voyant de la mésintelligence entre lesRomaiuset lesSamnites,et apprenant d'ailleurs que la peste régnait à Rome, ils se permirent des hostili-
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466 HISTOIRE HOMAIHE.
tés ca Campaniâ et dans te canton de Falerne. On leur envoya des féciaux, auxquels ils répondirent avec inso* Icnce, comme des Grecs, plus braves en paroles qu'en actions , dit notre historien : ^ Grœcis, gente. lingua ma<^s strenua quam factts , ferox respvnsum. Philo fut cliargé de leur faire la guerre, tandis que son collègue, Scapuin, surveillerait les mouvements desSamnites en Campanie. Les deux consuls informèrent le sénat que les habitants cJe Noie avaient forcé les Palépolitains de recevoir dans leurs murs six mille hommes, dont quatre mille étaient des Samnites; que tout te Saninium s'agitait; qu'on excitait à la révolte Fundi , Formies et Privernum. Des ambassadeurs romains envoyés aux Samnites n'obtinrent que i%i réponses peu rassurantes. I^es Samnites se plaignaient surtout de la colonie établie par Rome à Frégelles , lieu qui leur appartenait depuis qu'ils l'avaient conquis sur les Volsques; et ils signifiaient que, si l'on ne s'empressait de réparer cette injustice , ils allaient employer, pour s'ço venger, tous les moyens qui seraient en leur puissance. L'un des ambassadeurs romains proposait de s'en rapportera des alliés ou amis communs: «Pourquoi ces dé- « tours, lui répoudit-on?Non, Romains, ce ne sont pas «des paroles d'ambassadeurs ni d'arbitres qui termineoront nos démêlés, mais les plaines de la Campanie , « mais nos armes et le dieu Mars. Retrouvoos-nous, camp «contre camp, entre Capoiie et Suessula; et décidons, «en ce lieu, quiduSamniteou du Romain aura l'empire Il de l'Italie. » Les députés romains déclarèrent qu'on les trouverait où ils seraient, non appelés par leurs ennemis, mais conduits par leurs généraux. Déjà Publilius Philo avait pris une position avantageuse entre Palé-
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QUAB AMTE-NEll VI ÈHE I.EÇO». 4f>7
polis et Néapotis; il avait intercepté tes communications entre l'une et l'autre. Mais le terme de sa magistral tire consulaire allait expirer : on prorogea sou commandement sous le titre de proconsul. «Il est, dit CoudîUac, «le premier qui ait joui de cette distinrï:ioa, et jsie recfmarqtie, parce ^uecet usage, qui deviendra plus fré- « quent, sera funeste à ta république. »Ijéve$que avoue que' le commandement conservé trop longtemps à un même liomme a occasionné bien des maux ; mais il soutient que a Rome agrandie était forcée, par l'accroisse- (( ment de sa puissance, de se soumettre à *;e danger. Il t fallait ou qu'elle courût ce liasard, oit qu'elle resIÂt « faible, et se contentât de filtre sur les terres voisines s des courses bientôt terminées et peu udies à son ac- « croissemeht. Dès qu'elle était ambitieuse , qu'elle von- ■ lait s'agrandir, que, pour parvenir à cet agrandisse- < ment, elle portait au loin la guerre, et quec^guef- B res devaient nécessairement avoir une longue dbrée « quand elles seraient entreprises contre des peupks ' puissants, il fallait bien aussi qu'elle donnât une ton- K gue durée aux pouvoirs de ses généraux. Elle n'avait « le choix qu'entre deux périls opposés : celui de nian- « quer la plupart de ses opérations en cliangeant pé- « riodiquement ceux qui en seraient chargés et qui ne «les suivraient pas dans les mânes vues qu'elles a u- « raient été commencées , ou celui de laissa à un même a homme la longue jouissance du commandement. Il a fallait, en n» mot, qu'elle éprouvât les inconvénients « de la faiblesse ou ceux de la force. Elle choisit les « derniers, et put se féliciter de son choix, non pour a son repos mais pour sa gloire. » Reste à aatoir, Messieurs, s'il y avait réellement de la gloire à tomber dans
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468 HISTOIRE Rt)M4lHE.
la servitude; effet immaaquable de la prolongation iitdéfinie du cominaQdement militaire. Assurément il ne tenait qu'aux Romains de moins guerroyer, de moins conquérir, et de rester libres : aloi-s il leur eût suffi de prolonger de qudques moiit, eu des circonstances extraordinaires, les fonctions d'un général, ainsi qu'on le faisait, pour Publilius Philo, en 3a6. Mais vous verrez à quel point, dans la suite, on abusera de c«tte faculté.
Quoiqu'on instituant pour la première fois un proconsul, le sénat n'eût agi qu'eu vue du bien public, dit Machiavel, cet exemple cama dans la suJle la perle de la liberté romaine. Plus les armées s'éloignèrent de Borne, plus ÎI sembla nécessaire de proroger ' le pouvoir de leurs commandants; ce qu'on fit en effet. -]3eux maux s'ensuivirent. Premièrement, moins de .ciloyens furent exercés au commandement, et ta célébrité ne s'attacha plus qu'à un petit nombre de noms. En second lieu , un général qui restait longtemps à la tête d'une armée en devenait l'idole et bientôt le maître: elle oubliait le sénat, le peuple, et ne connaissait plus que son chef. Ce fut ainsi que Sylla et Marius trouvèrent des soldats disposés à marcher sous leurs étendards pour opprimer la république; ce fut ainsi que Jules César usurpa le pouvoir suprême. Rome, eu ne prolongeant point les magistratures et lés commandements, n'aurait peut-être point élevé si promptement l'immense éditice de sa puissance; ses conquêtes auraient été plus lentes, et sa. liberté plus durable.
L'autre consul, Cornélius Scapula, qui était entré dans te Samnium, et dont on ne voulait pas ralentir tes mouvements, reçut l'ordre de nommer un dictateur, qui
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QU&RAHTE-NKUTIÈHE LKÇOH. 4^
[rendrait les comices d'élection. Il choisit Clttudiiis Marcel lus,qui cependant ne présida pointées assemblées, parce que les augures, consultés sur sa nomination, la déclarèrent vicieuse. Les tribuns du peuple se récriérent. Comment pouvait-on connaître le vice d'une opération consommée, dans le silence de la nuit, par un consul qui se levait tout exprès pour la faire, qui n'en consignait les détails dans aucun écrit public ni privé? Quel mortel pouvait dire avoir rien vu , rien entendu, qui forçât d'iiilerrompre les auspices? Les augures, qui résidaient à Rome, avaient-ils pu deviner ce qui s'était passé d'irrégutier dans l'acte accompli par un consul au sein d'un camp? N'était-il pas trop clair que l'unique vice aperçu par les augurés était la qualité de plébéien dans le dictateur qui venait d'élre nommé? Ces réclamations, Messieurs, étaient assurément fort justes : elles furent impuissantes. II y eut interrègne, et quatoi'ze entre-rois consécutifs, sous te dernier desquels on élut consuls Pétélius et Papirius Mugillanus. u Je w trouve Cursor en d'autres annales, » ajoute Tite-Live, qui néanmoins s'en tient à Mugillanus. C'est à cette année que l'historien rapporte, par erreur, comme je lai dit, la fondation d'Alexandrie en Egypte. Mais c'est bien l'époquedc la mort d'Alexandre roi d'Épire, tué par un Lucanien. A ce propos, Tite-Live raconte que ce monarque, lorsqu'il fut appelé en Italie par les Tareutins, consulta l'oracle de Dodone, et en reçut l'avis de se garder de la rivière d'Achéron et de la ville de Pandosie. En conséquence il s'éloigna de Pandosie en Ëpire, et de rAchéroD,qui,après avoir traversé les lacs infernaux ou inférieurs, se jette dans le golfe de Thesprotie, En fuyant sa destinée, on s'y précipite ,
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fugiendi* in média fataruitar. Voilà donc t|it'Aletandre tl'Épîrr, vainqueur des légions bruttiennes et lucaniennes, prend Héraclée, colonie des Tarentins, Consentia, Sîponle, Térina , d'autres villes de la Messapie et de ta Lucanie. Il envoie eu Épire trois cents otages, cLoisis dans tes plus illustres familles des pays qu'U vient de conquérir; et il va occuper, sur les confins (les Lucaniens et des Bruttiens, trois hauteurs voisiiies d'une ville appelée, à son insu, Pandosie. Il comptait sur deui cents exilés de ta Lucanie qu'il avait autour de lui; mais la fidélité des bannis change avec la fortune. Des pluies avaient iaoudé les valléei qui séparaient les trois éminences. Les deux où il n'était pas furent envahies par ses ennemis; et les exilés, uégociaot leur rentrée dans leur patrie, s'engagèrent à le livrer mort ou vif. Capitaine intrépide, il se fait jour à travers les troupes lucantennes ; il tue de sa main leur général, et gagne une rivière où les rinnes d'un put indiquaient un passage. C'était néanmoins un gué fort dangereux; si bien qu'un soldat épuisé de fatigue, effrayé du péril, s'écria : JiweAcherosvocaris, a On a bien «raison de te nommer Achéron. » A ce mot, le roi se souvient de l'oracle : il s'arrête ; il hésite à passer, Sotime, )in de ses officiers, le presse, et lui apprend quelesFjUcaniens bannis lui en veulent; Alexandre se retourne et les voit marchant sur lui; il pousse son cheval au milieu de la rivière, et nage l'épée à la main. Il allait toucher à l'autre bord, quand un javelot, lancé par un de ces exilés, le perça de part en part. It tombe ; et son cadavre, porté aux ennemis, essuie les plus cruels outrages : on le coupe en deux ; une moitié est envoyée il Consentia, l'autre sert de jouet à de féroces vaiii-
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QUARAnTE-HEU VIÈHK l.eÇUM. 471
queiirs. Une femme pénétra au milieu de ces forcenés, et leur dit en pleurant qu'elle avait son mari et ses enfants prisonniers en Épire; que peut-être ces restes ïlu roi, (jiiels qu'ils fussent, seraient acceptés pour pjnçoti. On eut égard à celte prière : ce qui restait du corps d'Alexandre fut enseveli à Consentia , excepté les ossements, qu'on renvoya h Métaponte, d'où ils furent transportés en Épire, et adressés à Cléopâtre, femme de ce prince, et à Olympias , sa sœur et la mère dn grand Alexandre. «Je n'ai pas voulu, dit Tite-Live, « passer sous silence la fin déplorable du monarque d'E- « pire , quoique la fortune ne l'ait engagé dans aucune «guerre avec les Romains. » Après cette digression, l'historien fait mention d'un lectisterne célébré à Rome, apparemment à cause de la peste, et qu'il dit être le cinquième depuis la fondation de la ville. Cependant il n'en a encore indique que trois; il a désigné expressément comme le troisième celui qui eut lieu en 364 ! et depuis il n'en a remarqué aucun; on ne sait donc où placer le quatrième , et nul autre écrivain classique ne nous fournit à cet égard de renseignements.
Rome déclare la guerre aux Samnites , et reçoit des Apultens et des Lucaniens la promesse- inespérée d'un renfort considérable. Elle conclut avec eux un traité d'alliance. Les légions romaines s'emparent de trois villes des Samnites, AUifœ, Cailifœ , Buffrium; les consuls traversent en tout sens le pays, et le ravagent sans rencontrer de résistance. £a même temps, le proconsul Publilius Philo continuait le siège de Palcpolis. Charilaus et Nymphius, les deux principaux magistrats de cette cité , voyant bien qu'il n'y avait lieu d'atlendreaucon secours ni des Samnites, ni dcsTarcnlius,
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47^ HISTOIRE ROM&tlTE.
résolurent de se rendre aux Romains. Cliarilaûs vînt trouver Philo; et, débutant par la formule Quod bonum faustuin felixque Palœpolitanis populoque romano, il annonça l'intenliou de livrer la place, ajoutant que la question de savoir si par cet acte il traliis> sait ou sauvait son pays serait résolue par la conduite que les Komains allaient tenir. Il ae stipulait pour sa propre personne aucune condition , ne demandaiC aucune grâce; il ne songeait qu'à sa patrie, et réclamait pour elle la faveur due aux efforts qu'elle faisait pour recouvrer l'amitié de Rome, après une rupture insensée e( téméraire. Le proconsul combla Charilaûs de louanges , et le renvoya avec trois mille soldats^ dont il confîaitle commandement au tribun légionnaire Lucius Quiutius, et qui devaient s'emparer de la partie de la ville où des Samiiites s'étaient établis. De son coté, Nympliius, l'autre magistrat des Palépoll tains, tendait un piège au commandant des Samnites : il le déterminait à permettre aux troupes palepoli laines de profiter du séjour des armées romaines en Campauie et dans le Samnium pour aller piller la côte maritime et les environs de Rome. Si l'on voulait réussir dans cette entreprise, il importait de partir de nuit, et de travailler sans retard à remettre à flot tous les navires. Afin d'accélérer ces préparatifs, on envoya au rivage presque tous les corps de Samnites. Les ténèbres , la confusion des mouvements d'une grande multitude, les ordres contraires que Nymphius donnait à dessein et coup sur coup pour gagner du temps , facilitèrent l'introduction de Charilaûs et des trois mille soldats romains dans la place. Un cri soudain jette la terreur dans l'âme des Samnites et des Noiaiis, mais non desPalé-
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QUABAHTE-MEUVIÈME LBÇOM.' 473
polîtains, que leurs magistrats avaient mis dans le secret. Les Noians se sauvent par le chemin qui conduit h Noie; les Samnites, hors de la ville, se réjouissent d'abord delà facilité de leur évasion : mais bientôt, délivrés du péril, ils sentent l'igaoïninie de leur fuite; car ils sont sans armes. Ils ont abandonné à l'ennemi tous leurs bagages; les étrangers et leurs compatriotes mêmes allaient tourner en dérision leur dénûment et leur misère. Il y a dans ce récit certains détails dont il serait permis de contester la vraisemblance; aussi Tite-Live nous apprend-il qu'il existait une autre tradition toute contraire, et que néanmoins 11 rejette, parce que la première a été adoptée par des auteurs plus respectables. La seconde n'avait pas non plus en elle-même une très-grande probabilité : elle portait que Palépolis avait été livrée aux Romains par les Samnites. Quoi qu'il en soit, Néapolis ou Naples devint la ville principale des Grecs; et Borne fît aveu eux un traité. Bome avait-elle par là conquis ce territoire? C'est une question qui dépend d'observations générales qui ont été exposées par Condillac : « Il y a, dit-il, difTérentes « manières de conquérir. Nous avons vu qu'en .\sie, la « conquête de plusieurs provinces était souvent l'ou- « vrage d'une seule victoire : c'est qu'on n'avait pas « besoin de soumettre des peuples de tout temps sou- « mis à une domination absolue. On n'armait pas a contre eux proprement, mais contre le monarque; il « suffisait de l'avoir vaincu. Aujourd'hui, en Europe, « les puissances ont élevé des barrières entre elles : o une victoire n'ouvre pas une province. On est arrêté « par les places qu'il faut assiéger ; et on appelle con- « (juète une ville qu'on a prise après une longue cam-
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/\jf\ HISTOIRE RUMA.1NF..
it jiagne, et qu'on rend à la paix. Ou comprend que les a peuples d'Italie ne pouvaient conquëi'ir, ni à la tna- « nière des Asiatiques, ni à la manière des Ëui-opéeos a d'aujourd'hui : ib ne pouvaient pas conquérir à la n manière des Asiatiques, parce que les guerres étaient a de Dation à nation, qui toutes, avec la même pauvreté, u le même endurcissement aux fatigues et le même I» courage, se croyaient libres après leurs défaites, si « elles pouvaient encore armer; ils ne pouvaient pas u les conquérir à ta manière des Européens d'aujour- « cl'liui, parce qu'ils n'avaient pas élevé de places for- « les sur leurs frontières. Ils ne défendaient leur pays u qu'avec des armées, et ils avaient des armées tant a qu'ils avaient des citoyens en âge de porter les armes. a Tels étaient surtout les Samuites et les Boinaiiis. On « conçoit donc que l'un des deux peuples ue seracoD- « quis que lorsqu'il n'aura plus de soldats , et que par a conséquent le vainqueur ne sera conquérant que « lorsqu'il aura exterminé le vaincu. » Il suit de là, Messieurs, que la prise tant de Palépolis que de plusieurs places du Sauinium n'aboutissait qu'à cette simple occupation provisoire. Le proconsul Pbilo n'en obtint pas moins les honneurs du triomphe ; il est le premier qui les ait reçus pour des exploits postérieurs, à l'expiration de sa magistrature civile. Aucun genre (le distinction n'a manqué à ce plébéien, qui paraît eu avoir été fort digne.
Après avoir soumis les Palépolitalns, Borne eut à combattre, sur la côle opposée , les Tarentins , irrités à ta fois et de la prise de Palépolis et de l'alliance des Apulieus et des Lucaniens avec les Romains. La route était ouverte pour parvenir jusqu'à Tarente; et bien-
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QU Alt AMTC-NIII] VlkMB LEÇON. ^"jH
tôt il faudrait avoir ces RotnaiDs pour ennemis ou pour maîtres. Le sort des Tarentins allait dépendre de celui du Samnium, qui restait seul devant eux. Ils eurent recours aux artifices, et séduisirent à prix d'argent quel- (pies jeunes Lucaniens, plus illustres entre leurs compatriotes que recommandables par leur probité : Clan nutgis inler populares, quam honesti; mots qui, par une singulièi'e rencontre, se retrouvent associés et disposés de même dans te Jugurtha de Salluste. Ces jeunes gens, après s'être déchirés entre eux de coups de verges, se présentèrent nus et sanglants devant l'assemblée du peuple lucanieu, et déclarèrent que c'était poui' avoir voulu attaquer le camp des Romains qu'ils avaient été traités ainsi parleurs magistrats; qu'il s'en était même peu fallu qu'ils n'expirassent sous la baclie. La multitude, émue par ce spectacle, force les magistrats de convoquer le sénat de Lucaiiie. Elle environne la salle des sénateurs; elle demande la guerre contre les Romains, tandis que des émissaires répandus de toutes parts dans les campagnes en soulèvent les habitants. Ce mouvement entraîne les esprits les plus sages; et l'on décrète le renouvellement de l'alliance avec le Samnium. A cette nouvelle, apportée par des députés lucaniens, les Samnites s'étonnent d'une ré^iolutiou si subite; ils doutent qu'elle soit sincère; ils exigent qu'on leur livre des otages, et qu'on reçoive leurs garnisons dans les places fortes de la Lucanie. Bientôt les jeunes imposteurs se retirèrent à Tarente; et les Lucaniens, s'apercevani enfin qu'on les avait trompés, se repentirent, mais trop tard, de leur crédulité et de leur imprudence.
Eii cette année, le peuple romain eut le boulieur de
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47^ HISTOIRE ROHAINK.
s'affranchir tout h fait de l'antique et horrible loi qui rëcliiisait à la plus dure servitude les débiteurs insolvablfs : un créancier, Lucius Papirius, avait essayé de s'en prévaloir pour flétrir, par le plus infâme attentat, un jeune homme nommé Caîus Publilius, qui s'était rendu son esclave afin de racheter les dettes de son père. Aux cris de ce jeune Romain , échappé tout sanglant de la maison de son oppresseur, le peuple s'attroupe, et se précipite au Forum , à la porte de la salle du sénat. L'indignation qu'excitait le crime d'un créancier l'emporta «e jour^là sur les réclamations de tous les autres. Let consuls reçurent l'ordre de porter aux comices un projet de loi, pour que désormais on ne pût retenir dans ' les fers et soumettre à des peines afflictives que des criminels légalement condamnés; de telle sorte que le créancier n'eut plus action que sur les biens des débileurs et non sur leurs personnes. Par cette toi , tous ceux qui se trouvaieni, pour dettes, dans les liens de la servitude en furent affranchis ; et il fut défendu d'y retenir personne à l'avenir pour une telle cause. !?4^ous verrons cependant, Messieurs, renouveler cette loi quarante an» plus tard; et il en faudra conclure qu'elle avait été fort mal observée. Vers ta fin du consulat de Pétélius et de Mugillanus, on apprit que les Vestiniens s'alliaient contre Rome à la nation des Samnites; mais ce surcroît d'ennemis ne devint l'objet de délibérations publiques que sous les consuls suivants. Nous en parlerons dans notre prochaine séance, où nous continuerons l'histoire romaine depuis le 26 août 3a5 jusqu'au 7 mars 3a 1, intervalle auquel correspondent, dans le huitième livre de Tite-Live, le chapitre XXIX et tes onze suivants jusqu'au XI/ et dernier.
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