‹ Cours d'études historiquesChapitre 29 sur 35 · CINQUANTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUANTIÈME LEÇON

ANNALES ROMAINES. ARRÉES 'ii5 A Ssi AVANT J. C.

Messieurs , les treize années comprises de 338 à 3a 5 avant notre ère n'ont pas été, dans Bome, fertiles en événements mémorables; mais elles nous ont oflèi-t plusieurs détails propres à jeter de la lumière sur le tableau des institutions, des mœurs et de la puissancedes Romains. Nous avons remarqué des statues équestres élevées aux deux consuls vainqueurs de quelques cités latines, et la proposition faite par l'un d'eux de les traiter avec clémence , et de leur conserver leurs droits en les incorporant à la république. T^e sénat voulut juger séparément chacun de ces peuples, punir les uns et récompenser les autres. Indulgent envers les J^nuviens et les Tusculans , il dégrada les Yélitemes, et leur enjoignit de s'établir au delà du Tibre, sous peine d'une forte amende, et, s'ils ne la payaient, d'une prise de corps proclamée à vois haute , ce qui s'appelait clarigation. Une colonie fut établie à Antium; on n'y laissa point de galères; et l'on employa les éperons ou rostra de ces vaisseaux à décorer la tribune du Forum. Les années 337 ^' ^^^ ^"^ ^'^ marquées par te supplice de la vestale Miuucla , et par la dédicace du temple de Juuon Monéta; solennité qui a été mal à propos rapportée parTite-LiveàTan 344- ^^ 335, le consul Valérius Corvus , le plus grand capitaine de cette époque , s'empara de Calés, ville capitale des Ausones. En ce même temps, le plébéien Publîlius Philo passait par

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toutes les magistratures : oo l'avait vu consul et dictateur; il devint préteur, et contribua ensuite comme censeur, en 33i , à l'établissemeut des deux nouvelles tribus , Scaptia et Maenia. Les consuls étaient alors Papirius Cursor et Pœtilius Libo Visolus, omis par Tîte- Live. On place sous l'année suivante la condamnation de cent soisante-dix ou trois ceut soixante-dix femmes romaines, convaincues, dit-on, d'avoirempoisonné leurs époux, attentats invraisemblables, au moins en un tel nombre, et que, pour l'honneurdes daines, Lévesque et d'autres critiques ont révoqués en doute. Les Privernates ayant été soumis en 33o, on fit périr du dernier supplice , au milieu de Rome , leur général Vitruvius Vaccus; et on leur accorda le droit de ci té, eu considération de l'honorable fierté avec laquelle avait répondu l'uu de leurs légats. Des remises et des carrières, carceres, construites dans le cirque, et les largesses d'un Marcus Flavius, qui distribua au peuple uneviscération , c'està-dire les cliairs des victimes immolées par lui aux obsèques de sa mère, ont mérité d'élre olkservées, comme tenant à l'Uistoire des coutumes romaines. 11 importe de remarquer aussi que Publilius Philo, après soa secood consulat, fut maintenu, sous la qualité de proconsul, dans lecommandeineQtdes troupes qui assiégeaient Palépolis. Les magistrats de cette ville la lui livrèrent ; et Rome l'arracha ainsi aux mains des Samnites , avec qui elle recommençait la guerre. Pour avoir à raconter dans cette partie <le son ouvrage ua évéuement célèbre , Tite- Livey a inséré, par forme de digressioQ, le récit de la mort d'Alexandre roi d'Epire,qui, appelée» Italie par les Tarentius, venait de remporter des victoires sur les LucaniuHS. Ces Tareittias, prévoyaut les conséquences

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■ôe la prise de Paiépolis, s'annèrrnt contre tes Koninins, s'allièrent aux Samnites, et, par desartiiîces, entiaiiièreiit les Liieaniens dans leur parti. Voilà Rome de nouveau menacée par une confédération puissante; mats elle venait de soumettre tout le Latium ; et tes discordes intestines semblaient suspendues. Les excès infâmes d'un créancier nommé Papirius Crassus fournirent l'occnsion d'affranchir les débiteurs réduits en servitude, et de ne plus laisser d'action que sur leura biens et non «ur leurs personnes.

Nous n'aurons aujourd'hui à parcourir qu'un espace de quatre années , du a5 août 3a5 au ^ mars 3^ i ; les faits ne seront pas nombreux ; mais ils auront de l'importance, et provoqueront des observations moralesou politiques : la plupart se rattacheront aux deux dictatures de Papirius Cursor et de Caroélius Arvîna.

Au moment oùJunius Bnitus Scéva , et, pour la seconde fois, Fufius Camille prenaient possession du consulat, on s'occupait des Vestiniens ou Vestius qui venaient de s'associel- aussi aux Samnites contre Rome. StraboD parle des Vestins comme d'une race samnite, et par conséquent d'origine sabine; mais d'autres écrivains les tirent de l'Illyrie, et Suidas croit que leur nom Beormi correspondait à leurs mœurs sauvages. Quoi qu'il en soit, ils habitaient , dans l'Abruzze-Ultérie4ire, les bords duMatrinus, depuis nommé la Fioiitpa, et ée l'Aternus ou la Pescara. Tite-Live dit que leur eu (reprise fut le premier objet dont les nouveaux consuls firent un rapport au séuat, et il ajouta Quamqiuitn nova res erat, tamen tarUa cura patres incessit, ut pariter eam susceplam neglectofnque timerettt; et M. Dureau de la Malle traduit ou plutôt remplace les

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mots quamquam nova res erat par ceux-ci , a quoique H préparé d'avance par les entretiens particuliers, » Apparemment il pensequ'il îivuWrehaud novanM lieu de nova que tous les manuscrits fournissent. Au fond, il n'est pas très-aisé de comprendre quelle est ici la pensée de Tite-Live; peut-être veut-il dire :« Quoique cette «entreprise des Vestios fût à peine commencée et n'eîlt a encore produit aucun dommage , cependant les pères n conscrits s'en alarmèrent à tel point, qu'ils craignaient M également de la repousser et de la négliger. » Impunie, elle exciterait à mépriser Borne ^ elle enhardirait l'insolence; réprimée par les armes, elle pouvait devenir, pour les peuples voisins, une cause d'inquiétude et une occasion de soulèvement. Il y avait là plusieurs nations aussi belliqueuses que les Samaites. C'étaient les Marses, les Pélignîens, les Marrucins,tous établis dans les Abruzzes. Plus audacieux que prudent, le sénat déclara la guerre, et la fortune aida le courage : deuit armées partirent, l'une, sous les ordres de Furius, contre leSamnium; l'autre, sous la conduite de Scéva, contre les Vestins. Mais Fiîrius, retenu par une maladie grave, reçut l'ordre de nommer un dictateur; il choisit Papirius Cursor, le plus illustre guerrier de cet âge. Tile- Live en a dit autant de Yalérius Corvus : Maximum ea tempestate imperatorem Falerium Corvum; et maintenant, longe' clarissimum bello ea tempestate Papirium Cursorem. Papirius prit pour commandant de la cavalerie Quintus Fabius Rullianus , qui, depuis, obtint le surnom de Maximus et le transmit à sa postérité. Scéva ravageait les campagnes des Vestins, brûlait leurs fermes et leurs moissons : il les força d'eugagerune bataille, qu'il gagna, non sans perdre lui-même

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beaucoup de moude. Profilant de l'ardeur de ses soldats, et de la rage que leur inspiraient les blessures qu'ils avaient reçues dans le combat, il enleva par escalade les deux villes de Cutina et de Cingilia. La première n'est nommée qu'en ce texte de Tite-Ltve; et Cluvier, qui n'a pu en reconnaître les vestiges, soupçonne que c'est une altération d'Aufîua, qui était réellement une ville du pays vestin. Cingilia est encore plus inconnue, et n'A donné prise même à aucune conjecture. N'importe, le consul victorieux abandonna sans réserve à ses soldats le butin de ces deux places.

Quant à la guerre du Samnium , les Romains l'avaient commencée sous des auspices qui présageaient, dit-on, sinon des revers, au moins des querelles entre les généraux. Pour se délivrer des inquiétudes que lui donnaient ces auspices, le diclateur Papirius, sur l'avis du pullarius , c'est-à-dire du gardien des poulets sacrés reprit le chemin de Rome, dans le dessein d'y retrouver de plus heureux présages; et, ne voulant pas qu'on remportât des victoires en son absence, il défendit au général de la cavalerie, Fabius, d'engager aucune action. Cependant voilà qu'informé de la négligence des Samnites et de l'extrême facilité de les surprendre, le jeune et bouillant Fabius court les chercher à Imbrinium, lieu que nous ne connaissons plus du tout. Quand le dictateur aurait été présent, lesmèsures n'auraient pas été mieux prises ni le succès plus brillant : Non dulr milifi , non duci miles défait, « le général ne manqua H point au soldai, ni le soldat au général. » C'est encore une phrase un peu banale, mais élégante et expressive. Les cavaliers, impatients de rompre la ligne des Samnites, se décidèrent, selon te conseil du tribun légion-

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UISTUIRE RDHAIHE,

naire Cominitis, à débrider leurs chevaux et à les pousser l'éperan dans les flancs. Dès lors, plus de barrière : à travers les armes et les hommes te carnage est immense. L'infanterie survient, et l'achève : oo porte à vingt mille le nombre des ennemis tués ce jour-là. Certains historiens parleni de deux batailles livrées et gagnées par Fabius; les plus anciennes annales ne font mention que d'une seule , et il en est mtlme qui n'en rapportent aucune. Suivant la traHition la plus commune, le général de la cavalerie, après avoir rassemblé en un monceau toutes les dépouilles, y mit le feu , soit pour accomplir quelque promesse religieuse, soit plutôt, si l'on en n'oit Fabius Pictor, afin d'empêcher le dictateur d'en parer son triomphe. Pour annoncer sa victoire, Fabius adressa une lettre au sénat, non au dictateur. Celui-ci ne se réjouissait nullement de cette aventure, et laissait éclater son chagrin, sa colère, ses menaces, au milieu de l'allégresse commune. Il part, il marche à grandes journées vers l'armée; elle eut vent néanmoins de son arrivée prochaine. Des amis de Fabius avaient pris les devants pour le prévenir des projels du dictateur, qui ne parlait que de supplices^ et ne cessait de préconiser la sévérité dont Manlius Torquatus avait usé envers son propre fils. Par nature ou par habitude, PapiriusCursor était fort impérieux, comme l'ont été presque tous les grands hommes que <^}èbre l'histoire romaine. Il aimait à punir ou du moins à eCTrayer. Tîte-Live nous racontera plps tard qu'un jour ij manda le préteur de Frénésie , duquel on avait à se plaindre, et le reçut dans un lieu «mbarrassé de racines d'arbres. D'un air menaçant, el après avoir adressé à ce magistrat d'amers reproches, Papirius appela un

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licteur, et lui ordonna d'apprêter les haclies; le préleur se crut perdu , et resta quelques moments frappé d'un efTroi mortel, jusqu'à ce qu'enfin Papïrius dit au licteur: « Coupe donc ces broussailles qui nous incommodent, n Aurélius Victor rapporte aussi ce trait, qui décèle une âme dure et froide, fermée à toute bienveillance. La superstition s'allie volontiers à cette austérité prétendue, , qui déguise l'inbumanité ou même l'injustice. Aussi Papirius a-t-il pour conseiller privé le pullarius; il est profondément occupé de l'état des poulets sacrés ; il déserte son armée, et retourne à Borne tout exprès pour se mettre en règle avec les a^ispices.

Menacé par nn tel dictateur, le commandant de la cavalerie assemble l'armée. Ces braves guerriers, qui ont si bien servi la république contre ses plus mortels ennemis , il les conjure de mettre à l'abri des fureurs d'un magistrat superbe celui sous la conduite et les auspices duquel ils viennent de voler à la victoire : Cujus ductu auspicioque vicissent. Les commentateurs ont épilogue sur ce mot aiispicio , qu'ils trouvent inexact, parce qu'un général de la cavalerie n'avait point d'auspices; mais il me semble que Fabius ou plutôt Tite- Live a pu l'employer ici tout exprès pour montrer que le courage et l'habileté sont aussi des auspices , plus sûrs que ceux des poulets sacrés. Fabius poursuit en annonçant l'arrivée d'un dictateur barbare, que la jalousie aveugle , que les succès d'autrui aflligent, qui aimerait mieux voir les Samnttes victorieux que vaincus en son absence, qui se plaint du mépris qu'on a dû faire d'un ordre insensé, dicté parl'orgueil contre les intérêts de la patrie. Fabius n'a-t-il pas dû se regarder comme le général d'une armée de braves , et non comme le ser-

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484 HISTOIRE ROBIAIWE.

viteur d'un dictateur absent? Que ferait donc cet envieux tyran, si l'on eût essuyé un revers, puisqu'il songe à se venger, par un affreux supplice, d'une victoire qu'il n'eût pas lui-même, capitaine incomparable, remportée avec plus d'éclat? Mais non , ce .n'est point au seul commandant de la cavalerie qu'en veut Papîrius ; tribuns légionnaires, centurions, soldats, tous les complices de la victoire lui sont odieux; il sévirait, s'il l'osait, contre eux tous : ne pouvant faire plus, il s'en prend à un seul, li'envie, comme la flamme, se porte d'abord aux points élevés; mais, quand elle aura consumé te chef d'une armée triomphante, elle s'étendra sur tous ceux qui partagent la gloire dont elle est offensée. La cause de Fabius est donc celle de la liberté commune. Que Papirius retrouve les légions aussi d'accord à soutenir leur victoire qu'elles l'ont. été à l'obtenir, que le salut d'un seul soit l'intérêt et le soin de tous, on verra le dictateur se résigner à la clémence. En un mot, Fabius, pour ses jours et sa destinée, s'en remet à la fidélité et à la vertu de ses compagnons d'armes.

De tous les rangs, on lui crie qu'il soit tranquille, que personne n'osera lui faire violence, tant qu'il restera des légions romaines. Cependant le dictateur arrive, et convoque l'assemblée : un héraut d'armes appelle le commandant de ta cavalerie, qui parait au pied du tribunal; et Papirius lui parle en ces termes : a J'ai k te a demander, Fabius, si, quand les consuls, successeurs a des rois, quand les préteurs, non moins solennelle- « ment élus, obéissent au pouvoir suprême du dictateur, a tu crois qu'un général de la cavalerie puisse ou non u s'en affranchir. Jeté demande aussi si , alarmé comme

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« je ietaïs de l'incertitude des auspices sous lesquels « je venais de partir de Borne, je devais, méprisant « des craintes religieuses, exposer la république au <i courroux des dieux, ou si je u'ai pas dû rei>ouveler fl les épreuves sacrées, pour ne rien laisser de douteux a dans ta protection divine. Je te demande si la relî- •• gion, qui arrêtait l'entreprise d'un dictateur, ne devait a pas enchaîner les mouvements d'un commandant des « cavaliers. Mais pourquoi de telles questions? Quand' a je serais parti sans te laisser d'ordres, que te mana quaît-il pour reconnaître mes intentions et pour v cono former ta conduite? Au surplus réponds, et dis-moi « si je ne t'ai pas défendu de rien tenter en mon absence, n défendu de te mettre aux prises avec l'ennemi? Au « mépris de cet ordre exprès, malgré l'ambiguïté des « auspices, malgré les alarmes qu'une âme religieitse a eût ressenties, sans respect pour les lois militaires, a ni pour l'antique discipline, ni pour la majesté des V dieux, tu as, Fabius, osé livrer une bataille. Réponds a à mes questions; garde-loi de proférer un seul mot a. qui ne s'y rapporte; et loi, licteur, approche. nFabius répondait eu se plaignant d'avoir pour juge son accusateur, eu protestant qu'il serait plus facile de lui arracher la vie que la gloire de son prétendu crime; et, comme il mêlait à sou apologie des inculpations graves, Papirius, dans un nouvel accès de colère, ordonna de le dépouiller, et de préparer les instruments du supplice. Les licteurs commençaient à déchirer les habits du condamné, quand celui-ci, s'échappant de leurs mains et implorant l'assistance des soldats, se réfugia au sein des triaires, parmi lesquels éclatait déjà le tumulte. De leurs rangs s'élèvent des cris formidables, qui se répè-

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^S6 HISTOIRE RUHA.tlfE.

tent dans toute l'assemblée. Ceux qui étaient placés près du tribunal, et que le dictateur aiii-ait pu rerannaître, s'abstenaient de crier; ils suppliaient; ils demandaient grâce pour le commandant delà cavalerie, grâce pour- l'armée entière. Mais aux extrémités de l'assemblée, mais autour de Fabius, les groupes invectivaient le cruel dictateur, et préparaient une sédition. Le tribunal même n'était pas trop en sûreté. Les lieutenants qui l'environnaient conjuraient Papirius de remettre l'affaire au lendemain, de laisser quelque relâche au courroux qui le transportait, d'accorder quelques moments h là réflexion. Il avait déjà bien assez corrigé l'imprudence du jeune Fabius, bien assez flétri ses lauriers : l'envoyer au supplice, serait le dernier excès de la vengeance. Convenait-il qu'un jeuue citoyen, d'un si rare mérite, que son illustre père, que la famille Fabia subissent un tel outrage ? Ni ces prières ni ces raisons n'étant écoutées, on invitait le dictateur à considérer combien l'assemblée devenait orageuse. Irriter les esprits des soldats, attiser, nourrir le feu de la sédition, était une sévérité indigne de son âge , indigne de sa gravité : non, personne ne reprocherait à Fabius de s'être sousti-ait aux supplices; et tous accuseraient le dictateur, si, aveuglé par la colère, il provoquait les emportements de la multitude. On le pressait d'accueillir des conseils que ne dictait point une affection particulière pour Fabius : ceux qui les oITraient allaient jurer qu'ils leur étaient inspirés par l'iotérêt de la république.

Quel fut. Messieurs, l'effet de ces remontrances? Loin de pardonner à Fabius, le dictateur, irrité contre ses propres lieutenants, leur enjoignit de s'éloigner de son tribunal. Il redemandait le silence; ni !>a voix ni

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cdie de ses liuissiei-s n'étaient enlendues au milieu d'un tumulte de plus en plus violfrnt. I^ nuit survint, etsépara les combattants, comme dans une batâdle. Fabius reçut l'injonction de se représenter le lendemain; mais sesamis l'avertirent qu'il retrouverait Papirius plus intraitable, plus exaspéré par l'opposition qui venait de se manifester : il prit le parti de s'échapper en secret du camp, et de se réfugier à Kome, où, à l'instant même, le sénat fut convoqué, d'après le conseil de son père Marcus Fabius, qui avait élé dictateur et trois fois consul. A peine te jeune Fabius commença it-il d'exposer ses plaintes, qu'on entendit, aux portes de la salle, le bruit des licteurs qui faisaient ranger la foule. C'était Pi<pîrius Cursor qui accourait, écumant de rage : dès qu'il avait appris l'cvasioa de sa victime, il s'était mis à sa poursuite avec un détachement de cavalerie. T.e débat se renouvelle; le dictateur ordonne de saisir Fabius. Sourd aux prières des patriciens les plus illustres, auK acclamations de tout le sénat, l'impitoyable dictateur s'obstinait dans son entreprise. Alors Fabius le père lui adressa ces paroles ; a Puisque ni l'autorité du sénat, ni «mes vieux ans, que tu veux laisser sans appui, ni la R vertu et la noblesse d'un commandant de la cavalerie « que tu as nommé toi-même , ni les prières qui adoua cissent les ennemis , qui apaisent le courroux des dieux, «n'ont de pouvoir sur le lien, j'invoque les tribuns du «peuple, j'en appelle au peuple même : qu'il soit ton «juge. Tu méprises le jugement de ton armée, le juge- «ment du sénat; le peuple au moins dominera la dictaeture; il peut plus que toi, et vaut davantage, /j/ux/Wr 1 test pollelgue. Je verrai si (u céderas h un appel qu'ua «roi de Rome, Tutius Hostilius, a respecté. »

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Du sénal, on se rendaux comices; le dictateur, avec un cortège peu nombreux; le générât de la cavalerie, environné de lou3 les premiers citoyens de la république. Fabius montait à la tribune; Papirius le fît conduire à un banc inférieur réservé aux accusés. « Je (e rends « grâce, s'écria Fabius le père en suivant son fils, de H nous assigner une place d'où je pourrai , moi qui ne « suisqu'unlionimeprivé, faire en tendre aussi ma voix, w D'abord c'étaient moins des discours suivis qu'une altercation violente; eufinla voix, l'indignation du vieillard, éclatant contre la tyrannie et la cruauté de Papirius, couvrit les murmures et te tumulte. Il avait aussi été dictateur; et pas un citoyen, pas un plébéien, pas un centurion, pas un soldat n'avait à lui reprocher une offense. Mais il fallait à Papirius une victoire, un triomphe sur un général romain, comme sur les chefs des ennemis. Quelle différence entre l'antique modération et ce nouveau despotisme, si superbe et si barbare! Le dictateur Quintius Cincinnatus, mécontent du consul Minucius, qui s'était laissé envelopper et qu'il avait délivré, ne le punit qu'en le réduisant au rang desimpie lieutenant. L'immortel Camille, quand Lucius Furîus, méprisant sa vieillesse et son autorité, s'était engagé dans un funeste et honteux combat, a su retenir sa colère : loin d'accuser son collègue devant le peuple ou le sénat, il l'a choisi de préférence entre tes tribuns militaires pour l'associer à son commandement. ijB peuple lui-même, à qui toute puissance appartient, le peuple, irrité contre ceux dont la témérité ou l'impéritie avait sacrifié ses armées , ne s'est montré sévère qu'en les condamnant à des amendes. De sentences capitales contre un général malheureux, il n'y en a pas

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d'exemple jusqu'à ce jour. Aujourd'hui, l'on apprête tf>s supplices des généraux du peuple i-omain , non de ceux qui ont été vaincus , et à l'égard desquels cette rigueur serait encore illégitime, mais des vainqueurs, même les plus dignes de l'éclat du triomphe ! Après tout qu'aurait de plus à souffrir son fils, s'il avait perdu l'armée, s'il eût été mis en déroute, en fuite, forcé d'abandonner le camp? I^ colère et la violence du dictateur auraient-elles ordonné plus que là flétrissure et la mort? G>mbien il allait être convenable de voir la cité dans l'allégresse de la victoire et des solennités religieuses a cause de Fabius, et ce Fabius, pour qui les temples seraient ouverts, les autels fumants et surcbargés d'honorables offrandes, dépouillé tui-iuême, livré ans coups et à la hache des licteurs, en présence du peuple romain, du capitole, de la citadelle, et des dieux, si heureusement invoqués par lui en deux batailles! Quels vont être, à cette nouvelle, les sentiments des légions qui ont vaincu sous ses ordres et sous ses auspices! Quel deuil dans le camp romain, et quelle joie dans celui des ennemis! Ainsi s'exhalaient les reproches et les plaintes du vieillard; il attestait la foi des dieux et des hommes; il embrassait son fils, et versait un torrent de larmes. Je vous ai déjà présenté. Messieurs, l'observation qui tend à justifier le mot d'auspices employé ici par Fabius le pèi'e, comme il l'a été par le fils. Ce discours fait aussi mention de deux batailles, quoique Tite-Live ait préféré la tradition qui n'en suppose qu'une seulej mais apparemment le vieillard profite de toutes les circonstances favorables à la cause qu'il a tant d'intérêt à soutenir.

£llc avait pour elle la majesté du sénat, la faveur du

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490 HISTOIRE HOHAine.

peuple, le secours des tribuns, l'ascendaut de l'armée absente. De l'autre part, Papirius faisait valoir tes droits invincibles de la puissance souveraine, la discipline militaire, l'autorité dictatoriale toujours révérée comme divine, le souvenir de la sévérité de Manlius, te besoin de sacrifier la tendresse paternelle à l'utilité publique. Brutus. le fondateur de la liberté romaine, n'avait-il pas immolé ses deux Bis? Et aujourd'liui des pères complaisants, des vieillards disposés à tolérer le mépris d'un pouvoir qu'ils n'exercent plus, viendraleat pardonner à la jeunesse, comme une faute légère, le renversement de la discipline des armées ! Non , Papirius n'en pei'sistera pas moins dans sa résolution; et celui qui , contre son édit , a combattu sous des auspices inrertains et sans égard pour les alarmes des consciences religieuses, ne doit espérer aucun adoucissement d'une juste peine. Que la majesté du commandement soit à jamais respectée, cela ne dépend point de Papirius; mais il ne contribuera point à l'affeiblir. Il désire que la puissance Iribunitienne, inviolable elle-même, n'attente point, par son intervention, à celle des lois publiques, et que le peuple n'anéantisse pas les droits dictatoriaux institués pour ses plus sacres intérêts. Si Ce désordre arrive, ce ne sera point Papirius, mais les tribuns , mais t'iuconsidération du peuple qu'accusera, trop vainement, la postérité;la discipline militaire une fois avilie, le soldat n'obéira plus au centurion, ni le centurion au tribun légioouaîre, ni ce tribun au lieutenant général, ni ce lieutenant au consul, ni le maître de la cavalerie au dictateur. Plus de respect ut pour les hommes ni pour les dieux; plus d'égards pour les ordres des chefs ni pour tes saints auspices.

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CINQUANTIÈME LKÇOH. 49'

Les soldats , sans congé , iront en troupes vagabondes ravager iudistinctement les terres amies et ennemies , oubliant leurs serments, s'émancipant eux-mêmes au gré de leurs licencieux caprices, désertant leurs enseignes, manquant aux appels, ne se rassemblant plus aux beures prescrites; combattant de jour, de nuit, eu des lieux avantageux ou défavorables, avec ou sans l'ordre-des généraux, dispensés de se rallier et de garder leurs rangs, pareils à des brigands qu'un aveugle liasard a rassemblés , au lieu d'être une'milice régulière, solennelle et consacrée à la république. Voilà les désordres dont les tribuns du peuple peuvent, s'il leur plaît, se rendre responsables aux yeux des siècles futurs; il ne tient qu'à eux de se dévouer à l'exécration de la postérité, pour arracber un Fabius à un juste châtiment.

Ce discours inspirait de l'inquiétude aux tribuns; et le peuple lui-même aima mieux recourir aux supplications qu'user des droits souverainsqu'on lui attribuait: au lieu de juger, il intercéda. Les tribuns se mirent aussi en prières : ils demandaient grAce pour une erreur écbappée à la faiblesse humaine, grâce pour un jeune imprudent, bien assez puni par tout ce qui venait de se passer. Ce jeune homme à son tour et son vieux père, renonçant à se défendre, tombent aux genoux du dictateur, et implorent sa clémence. « Bene habet, a dit Papirjus , voilà qui va bien , la discipline militaire H a triomphé, la victoire demeure à l'autorité si coini( promise. Fabius n'est point absous; sa désobéissance' II est réprouvée : mais, après qu'il est condamné, je le a donne au peuple romain, je le concède à la puissance « tribunitienne, qui prie pour lui, sans le défendre par

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493 HISTOIRE IIOMAlF)I>.

« une interventioa légale. Visdoac, Fabius, plus lieun veux de l'inlérêt que tes concitoyens ont pris à tes « jours, que de cette victoire qui t'inspirait tant d'ori< gueil ; vis malgré ton crime, que ton père lui-mâme, à « la place de Papîrlus, ne t'aurait point pardonné. Tu « rentreras en grâce avec moi, quand tu voudras. Tu «dois la vie au peuple romain; et lu ne saurais mieux lui « prouver ta reconnaissance, qu'en retenant bien la leçon « que ce jour vient de te donner, et qu'en obéissant, en a guerre comme eu paix, à l'autorité légitime. » Tite- Live peint les acclamations du sénat, les acclamations pins vives de la multitude. On se presse autour de Fa* bins, autour du dictateur, qu'on reconduit avecdcs transports d'allégresse. L'autorité militaire semblait mieux aflermie par l'épreuve que Fabius venait de subir, qu'elle ne l'avait été par le supplice du fils de Manlius,Torquatus.

Cependant, que faisaient les Samnites, dont Papirius ne s'occupait en aucune manière? Ils proBtaieiit de son alarme et de celle du général de la cavalerie pour tenter avec sécurité de nouvelles entreprises. Il restait bien à la tête de l'année romaine un lieutenant nommé Marcus Valérius; mais, instruit pai' l'exemple de Fabius, il ciaignait les vengeances du dictateur beaucoup plus que les succès des ennemis : il -ne fit aucun effort pour dégager de leurs mains un détacbement tombe clans tours embuscades; il l'aurait pu, mais en contrevenant aux ordres suprêmes d'un maître implacable. La perte de ce détachement aliénait de plus en plus les esprits des soldats, déjà trop mécontents de l'acbarnement avec lequel on avait poursuivi Fabius, et dé ee que sa grâce, accordée aux. prières du peuple de

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CIMQU AMTliîMIi: LFÇOS. 403

Borne, avait été refusée aux leurs. Par surcroît, le dictateur se pressa de destituer Fabius , auquel il prétendait avoir rendu ses bonnes grâces : il lui interdit ^utes fonctions publiques, et nomma un autre commandant de la cavalerie, Lucius Papirius Crassus, moins brave Et plus docile.

Messieurs, si Papirius Cursor, dès Tinstant oii il commençait de menacer Fabius, avait résolu de finir par lui pardonner, s'il ne voulait que le frapper d'un mortel effroi, dans l'intention de resserrer, par l'éclat de cette épreuve, les liens de la discipline militaire, on concevrait les éloges décernés par plusieurs écrivains à celte exemplaire sévérité , quoiqu'on pût , en cette hypothèse même, y trouver une teinte de pédantisme. Mais il est difficile d'admettre la réalité de ce projet de clémence : la colère du dictateur est trop franche dans son premier éclat, trop effrénée dans ses accès, trop persévérante dans ses efforts; elle ne cède qu'à la peur; elle est visiblement inspirée non par un zèle ardent pour le maintien de la discipline, mais par un sentiment plus intraitable, par une jalousie personnelle , plus difficile à désarmer. Il s'agit bien moins de la désobéissance d'un subalterne que des succès d'un rival qui l'a prévenu, éclipsé peut-être : l'intérêt public n'est là qu'un vain prétexte; car cet intérêt eût commandé aussi de faire la guerre aux Samnites. Papirius les laisse en repos; il revient à Rome, ne songeant plus qu'à se venger; il a oublié les ennemis de sa patrie. Cependant les auteurs modernes, bien plus que les anciens, se déclarent contre Fabius : Catrou le traite d'insolent, de séditieux , qui défendait une mauvaise cause par des réponses confuses et embarrassées. Il fallait apparem-

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494 HISTOIRE ROMAIKB.

ment qu'il se laissât immoler sans murmuve; qu'il acceptât un supplice infâme et la mort, pour prix du servjfe émineiit qu'il venait de rendre aux Romains : c'est une séditioo que sa résistance, et que cette unanime indignation du peuple, du sénat, de l'armée ei du lieutenant même du dictateur. Il est vrai que celuici avait défendu de combattre en son abieoce; mais d'abord cet ordre était fort peu raisonnable; il devait s'offrir des circonstances qui commanderaient de l'enfreindre; car, on ne savait pas quand revieodrait Papirius; il regagnait Rome par le conseil du pullanus, du nourrisseur des sacrés poulets; et il allait chercher de plus heureux ou de plus clairs auspices : fallait-il laisser aux Samnites, jusqu'à son retour, la faculté de prendre les meilleures positions, et de se ménager des succès. Son absence était insensée, nous ne pouvons hésiter à le dire, éclairés que nous sommes sur l'absurdité des superstitions qui étaient l'unique motif de son voyage*. On répondra qu'il n'en fallait pas moins obéir à son commandement suprême ; je n'en disconviens pas, et j'accorderai que Fabius, jugé en toute rigueur, pouvait mériter, non-seulement d'être privé des honneurs dus à sa victoire, mais de subir encore une destitution, une amende, une peine légère. Je crois seulement, avec tout le sénat, avec tout le peuple de Rome, qu'une sentence capitale, pour une telle faute, . était un excès de barbarie, plus horrible et plus coupable qu'aucun des attentats que punissaient les lois humaines. C'était le plus intolérable abus d'une puissance illimitée. L'exemple de Brutus, allégué par Vapirius, ne tenait point à la question, puisque Brutus punissait deux fils convaincus, dit-on, d'avoir irani

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CUtQUAHTIÈME LEÇOW. 495

Rome. L'eiemple de Manlius était, sous un autre rapport, aussi mal choisi, puisque l'arrêt prononcé par Manlius père avaitcxcilé uue indignation générale, qui se perpétuait dans le langage par une expression proverbiale, Manliana imperia. Le dictateur revient à plusieurs reprises sur le respect qu'on devait aux auspices. S'il en parle de bonne foi, combien il faut déplorer la destinée d'un peuple dont le magistrat suprême et tout-puissant, imbu d'erreurs si grossières, y puise les règles de son administration et de ses jugements! S'il en est désabusé lui-même, et s'il se prévaut, en hypocrite, contre l'ennemi qu'il veut perdre, de l'empire qu'elles exercent sur la multitude , c'est le comble de la scélérat^se et de l'infamie. Quant à la discipline militaire, dont Papirius fait aussi tant de bruit, elle n'est jamais plus compromise que par des rigueurs excessives; il aura bientôt l'occasion de le reconnaître lui-même. Déjà le découragement qu'elles inspirent à causé la perte d'un détachement romain dans le Samnium. Tout à l'heure nous verrons le dictateur essuyer une demi-défaite, parce qu'il sera mal secondé par une armée à laquelle il vient de se rendre odieux. Bu reste, le droit qu'il avait de prononcer arbitrairement sur le sort de Fabius et de tout autre Romain n'était pas contestable; nous pouvons nous étonner au contraire de l'intervention du sénat, des tribuns et des comices dans cette cause; car il a été bien convenu qu'il n'y aurait point d'appel des arrêts d'un dictateur ; que tous les pouvoirs , y compris celui de la nation , s'abaisseraient devant le sien. Il n'est plus question de savoir si cette puissance illimitée n'était pas fort dangereuse; on pourrait le conclure du fait même qui vient de nous

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496 HISTOIKÊ ROMAINE.

être raconté ; mais on avait ainsi conçu et institué la dictature. Aussi I^vesque révoque-t-il en doute tout ce récit de Tite-Live, répété pac tant d'autres auteurs. ' D'abord Tite-Live avoue que les anciennes annales où il te puise ne sont point d'accord entre elles : on ne sait trop si Fabius a livré deux, batailles ofi une seule, ou s'il n'en a engagé aucune. C'est d'un annaliste de sa famille, de Fabius Pictor, qu'on tient principalement tous ces détails; et il se pourrait que cette vanité domestique, à laquelle Cicéron impute un si grand nqmbre de mensonges, eut altéré aussi cette partie de l'histoire. Encore une fois, on est autorisé à le craindre, lorsqu'on observe combien cette narration se concilie mal avec les notions qui nous ont été données de la nature du pouvoir dictatorial.

Le retour de Papirius à son camp ne réjouit pas son armée, et n'alarma point les Samnites, qui, dès le lende* main , se rangèrent un bataille. En vain il eut l'habileté de s'emparer des positions les plus avantageuses, d'appuyer tous les corps l'un par l'autre; l'indifférence de ses soldats rendit le succès de l'action fort incertain ; il y avait plus de morts chez les Samnites , plus de blessés dans l'armée romaine. Il vit bien quel obstacle avait empêché sa victoire, et sentit le besoin de tempérer son humeur, d'adoucir sa sévérité. Entouré de ses lieutenants, il alla visiter les blessés, entra dans leurs tentes, s'informa de l'état de chacun d'eux, prit leurs noms, les recommanda aus lieutenants, aus tribuns légionnaires, aux préfets. Ces démarches populaires tendaient bien moins, dit Tite-Live, à guérir les corps qu'à réconcilier les esprits; tant les hommes durs et fiers deviennent humbles ot courtois dès qu'ilsontpeur!£t cependant ta

CINQUANTlfeMElEÇOK. 497

satisfaction que. ces prévenances inusitées caiisaifnt à (les guerriers aussi simples que braves contribuait au rétablissement de leur santé. Ils se guérirent , se battirent comme ils le savaient faire; et, cette fois, ils donnèrent une véritable victoire au dictateur. r.ies Samnites, mis en pleine déroute, ne se présentèrent plus; l'armée se promena librement dans tous les cantons où l'attirait l'espoir du pillage; on lui abandonnait tout le butin, car Papirius portait la complaisance aussi loin qu'il avait poussé la rigueur. Les Samnites demandèrent ta paix : avant de traiter, on exigea qu'ils payassent une année de solde et fouruissent un habit à chaque soldat; pour le surplus, on les renvovait au sénat romain. L'armée du dictateur quitta le Samnium ; et luîmême il rentra dans Rome en triomphe. Il voulait abdiquer; mais le sénat lui ordonna de tenir auparavant les comices qui devaient étire des consuls.

On a tout lieu de croire, quoique Tite-Live n'en dise rien, que la dictature de Papirius dura plus de six mois, terme jusqu'alors assigné comme le plus long auquel cette magistrature pût s'étendre. Selon toute apparence, il était dictateur plusieurs mois avant le ^ septembre 3a4i terme où expirait te consulat de Furius Camille et de Brutus Scaeva. Or, à celte époque, on ne nomme point de consuls. Papirius conserva le pouvoir suprême en qualité de dictateur, à moins qu'on ne dise qu'une seconde dictature, distincte de la première, lui fut alors conférée. Son général de la cavaterie , Papirius Crassus , ne le suivit point dans le Samnium, mais resta pour gouverner Rome; nouvelle preuve que les consuls manquaient. Des Fastes publiés par le père Labbé disent expressément quti n'y

nigiti.rJM/GOOgIC

498 > HISTOtfiE RUMAIKE.

en eut poÎDt CPtte année ; et c'est a<is$i le seul seus raisonnable qu'on puisffe donner à une ligne, d'ailleurs fort altérée, d'une autre ancienne table que le cardinal Noris a mise au jour. Le triomphe de Papirius est (ÎKé parles Fastes capitolins au troisième jour avant les uones de mars de l'an de Rome 43 1 , jour qui correspond au 33 février de l'année julienne, 3^3 a vaut J. C. Il voulait abdiquer aussitôt après; on exigea qu'il présidâtHescotnices d'élection, fonction qu'auraient naturellement remplie les consuls en charge, s'il enavait existé. D'ailleurs ces consuls n'auraient point été à remplacer sitôt; il leur serait resté plus de six mois d'exercice jusqu'au 11 septembre. Concluons, Messieurs, de ces rapprochements, qu'après environ six mois de dictature avant le 11 septembre 3^41 Papirius fut, vers celte date, prorogé ou réélu dictateur sans consuls, et qu'il remplit cette magistrature 'environ six mois encore, c'est-à-dire jusqu'au 5 mars julien 3a3 , ou furent élus consuls £milius Cerrctanus et, pour la seconde fois, Sulpicius Ixingus. Alexandre le Grand mourut le 3o mai de cette année.

La paix avec les Samnites ne fut pas conclue ; on était loin de s'accorder sur tes conditious; il n'y eut qu'une trêve d'uu an, fort mal observée encore. Dès que les Samnites apprirent l'abdication de Papirius Cursor, iU renouvelèrent leurs projets hostiles. En même temps, les Apuliens prenaient les arnies contre Rome. Le sort assigna l'expédition du Samoium au consul Sutpiçius, et celle de l'ApulJe à £milius, que certaines annales nomment Aulius, à ce que nous apprend Tile-Live> Étaient-cfl les Aputiens mêmes qui entraient en guerre, ou qt^elques-uns de leurs alliés qq'it fallait défendre

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CfHQII» BTIÈME LEÇOM. 499

des agressions des Samtiitesi' De ces deux traditions, la première paraît à notre historien la plus vt-aisembla> ble. Quoi qu'il en soit, les Romains dévastèrent et l'Apulieet leSamuium, sans rencontrer d'ennemis nulle part. A Rome cependant, au milieu d'une nuit profonde, iine alarme soudaine éveilla tous les citoyens, les mit sur pied, eten un moment garnit d'hommes armés le Capitole, la citadelle, les murailles et les portes; de toutes parts on s'attr-oupait, on criait aUx armes; au point du jour, on reconnut que c'était une terreur panique, dont néanmoins on ne découvrit pas l'origine. A défaut d'autres affaires, on s'avisa de traduire en jugement ceux des Tusculans qui avaient couseilté et secondé l'armement des Véliternes et des Privernates contre le peuple romain. Toilà tous les habitants de Tuscuhim qui viennent à Rome avec leurs femmes, avec leurs enfents; ils ont pris des habits de deuil, à la manière des accusés; ils parcourent les tribus; ils se prosternent à genoux devant leurs juges. T;.a pitié, plus qu'une justification réelle, leur valut leur grâce. Toutes les tribus , excepté la Pollia , rejetèrent le décret proposé contre eux. Cette tribu Pollia voulait qu'on battît de verges et qu'on mit à mort tous les Tusculans en état de porter les armes , et qu'on vendît comme prisonniers de guerre leurs enfants et leurs femmes. Les Tusculans n'ont jamais pardonné ce vote inhumain; et l'on assure que, jusqu'aux derniers siècles de la république, . jamais candidat de la tribu Pollia n'a obtenu les suffrages de la tribt] Papiria , formée en partie de familles TuGcutancs.

Le i8 mars 3a2, sont installés consuls Lncius Ful< vins et Quiotiis Fabius , celui que le dictateur Papirius

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âoo HISTOIRE BOMA.INE.

Cursor avait voulu immoler, et qui, de jour en jour, obtenait plus de renommée, en déployaut plus de talents et de vertus : ce &ont presque toujours de tels hommes que les tyrans discernent, et qu'ils choisissent pour victimes. Néanmoins Ïitc-Live va dérober à Fabius ainsi qu'à son collègue Fulvius toute la gloire de la campagne contre les Sainnites, pour en faire hon* neur au dictateur Cornélius Ârvina et à son commandant de la cavaleiie Marcus Fabius Àmbustusi

Recueillons d'abord le récit de notre historien, nous le disenterons ensuite.

Le dictateur et le général des cavaliers étaient campés avec trop peu de précaution dans le Sanmium, quand les ennemis, qu'ils croyaient fort éloignés, vinrent établir leurs retranchements auprès des postes romains. Ârvîna, se voyant forcé de combattre plus tôt qu'il ne s'y attendait, et dans une position désavantageuse, résolut de décamper dès la nuit. Pour tromper les l'egards des Samnites, il alluma des feux, et lit déBler ses légions en silence. Toutefois il ne peut dérober la connaissance de sa retraite à un ennemi si voisin. La cavalerie des Samnites se détache à l'instanl, le suit de près, s'abstient de tout combat au sein des ténèbres, et profite des premiers rayons du jour pour commencer quelques attaques : elle tombe sur les traîneurs, harcèle t'arrière-garde aux passages difficiles, et retarde la marche des Romains. Bientôt l'infanterie samnite joint ses cavaliers; et c'est une armée entière . qui presse celle du dictateur. Il voit qu'il ne peut aller plus loin sans s'exposer aux plus graves périls; et, déterminé à camper au lieu même où il se trouve, il ordonne de travailler aux retranchements. Mais ce travail

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CINQUANTIÈME LEÇON. 5oi

est impossible au milieu d'une cavalerie ennemie répandue de toutes parts. Plus de moyens ni d'avancer ni de rester en place : il faut combattre, Arvina range ses troupes en bataille ; les Samnites en font de même. Ils sont égaux en nombre, égaux en courage, et d'autant plus hardis qu'ils ignorent que l'armée romaine a seulement quitté une mauvaise position, et non pas reculé devant eux : ils croient poursuivre des fuyards saisis d'effroi. Voilà ce qui balança quelque temps les forces; cai', auparavant, les Samnîtes ne soutenaient pas même les premiers cris des Romains. Ce jour-là, depuis la troisième heure jusqu'à la huitième ( c'est-à-dii'e depuis neuf he'ures du malin jusqu'à deux après midi, selon notre langage ) , le combat resta douteux. On dit que les enseignes demeuraient immobiles; qu'il ne se faisait, départ ni d'autre, aucun pas en avant ni en arrière; que, sans crier, sans reprendre haleine et sans regarder derrière soi, chacun se tenait ferme à sa place, et pressait de son bouclier son adversaire. Même rage, même acharnement des deux parts : il n'y avait que l'extrême fatigue ou la nuit obscure qui dût mettre un tei-me à ce combat. EnBn les hommes perdaient leurs forces, le fer s'émoussait et les généraux ne savaient plus que résoudre, quand tout à coup les cavaliers samnites, apprenant, d'iin de leurs escadrons qui s'était avancé plus loin, que les bagages des Romains n'étaient point gardés, point défendus, s'élancèrent pour les enlever, entraînés par l'avidité du butin. Un messager vient tout effrayé en avertir le dictateur: al^issez-les faire, « répond-il ; laissez-les s'embarrasser de cette proie. » Cependant les messagers se succédaient sans cesse, cnant que la fortune des soldats était au pillage. Alors le dic-

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5oa HISTOIRE ROMAINE.

tateur appelle le général de la cavalerie : a Ambusiui, « lui dit-il, tu vois que la cavalerie ennemie a quitlé la «bataille pour s'emparer de nos bagages. Cours l'atta- ■ quer : tu la trouveras dans le désordre où le pillage a jette toujours une multitude; fort peu seront achevai, a fort peu sous les armes , tous occupés à charger leurs a chevaux de nos dépouilles : va les frapper désarmés, a et ensanglanter leur butin. Moi , je prendrai soin des « légions et des ^ntassins : que l'honneur du combat de n la cavalerie t'appartienne. » Aussitôt des escadrons en bon ordre fondent sur une troupe éparse et embarrassée; ils en ont bientôt fait un affreux carnage. Les Samnites se laissent égorger presque sans résistance; ils ne peuvent ni combattre ni fuir, parce que les bagages qu'ils ont entassés çà et là effarouchent et retardent leurs chevauï. Voilà donc la cavalerie ennemie presque entièrement détruite. Ambustus étend la sienne, prend un circuit, et tombe sur les derrières de l'infaaterie samnite. Le cri de ses cavaliers épouvante l'ennemi et rassure le dictateur, qui, voyant les premiers rangs sainnites regarder derrière eux, leurs enseignes se déplacer, et toutes les lignes se rompre, excite et encourage sa propre armée : il appelle par leurs noms les tribuns, les chefs des .compagnies; il les presse de renouveler avec lui la bataille. Un nouveau cri s'élève; les enseignes romaines se portent en avant ; à chaque pas on voit croître la confusion des rangs ennemis. Déjà les Romains les plus avancés aperçoivent les cavaliers d'Ambustus. Arvina , du geste et de la voix , par tous les signes qu'il peut employer, fait entendre qu'il reconnaît les étendards et les armes de la cavalerie romaine. A cette nouvelle et à la vue de ce qu'on leur annonce, les guei-

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Cl MQU A^MTIKME LE(^'ON. 5o3

liors oublient toutes les fatigues de la journée, et ne ressentent plus lenis blessures : on dirait qu'ils ne font (jiie sortir de leur camp, et qu'ils prennent un premier essor. D'un côté, le choc violent de cette infanterie, de l'autre les mouvements d'une cavalerie déjà victorieuse, frappent les Samnites d'un tel effroi, qu'il leur faut ou périr sous le fer, ou s'enfuir eu désordre. L'infanterie romaine enveloppait et taillait en pièces tousceuxqui résistaient; la cavalerie massacrait ceux qui prenaient la fuite; le général samnite y périt; et cette journée ruina tellement les forces de cette nation, que, dans ses assemblées, on ne perlait plus que de paix. Fallait-il s'étonner, disait-on, d'avoir succombé dans une guerre impie, entreprise contre la foi d'un traité, justeinent odieuse aux immortels encore plus qu'aux hommes? Un grand sacrifice la devait expier; et, pour apaiser les dieux, il y avait à choisir entre le supplice d'un petit nombre de coupables, ou l'extermination d'une multitude innocente. Quelques-uns osaient déjà désigner les victimes, nommer les auteurs de la guerre. Un nom surtout était presque unanimement prononcé, celui de Brutulus Papius, homme noble et puissant, qui avait fait rompre la dernière trêve. Les préleurs samnites se virent contraints de présenter contre lui un rapport, à la suite duquel on décréta que Brutulus Papius serait livré aux Romains; qu'avec lui on enverrait à Bome tout le butin et tous les prisonniers qu'on avait enlevés; qu'on restituerait, selon le droit et l'équité, tout ce que les féciaux de Rome avaient réclamé avant la' reprise des hostilités. Le» féciaux samnites se rendirent à Rome, mais ils n'y portaient que le corps inanimé de Brutulus, qui, par une mort volontaire, s'était

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5o4 HISTOIRE HaMAlHE.

soustrait à l'ignominie et au supplice; avec son cadavre, on offrait aussi tous ses biens. Mais Bmne ne voulut accepter que ses propres prisonniers, et le buti» qui fut reconnu comme ayant été pris sur elle. Elle rejetait le surplus, et n'agréait point cette réparation. Un sénatus-consulte décerna le triomphe au dictateur.

Voilà, Messieurs, ce que raconte Tite-Live, sans dissimuler toutefois une tradition contraire, et qui attribue la gloir« de cette campagne, non au dictateur Cornélius Arvina et à son général de la cavalerie Fabius A.mbustus, mais aux deux consuls LuciusFulvius et Quintus Fabius, principalement à ce dernier. Dans lus annales où les faits sont exposés de cette manière, Arvina n'est créé dictateur que pour célébrer les jeux du cirque, et donner le signal de la course des chars; il supplée, au sein de la ville, les consuls partis pour la guerre, et le préteur Lucius Plautius qu'une maladie retient dans son lit. Arvina ne va point commander l'armée; et quand les jeui; du cirque sont achevés, il abdique sa dictature innocente.

Celte tradition, que Tile-Live n'a point préférée, se retrouve en partie dans tes Fastes capitolins, oîi se lisent ces lignes : Lucius Fulvius , Lucii filius , Lucii nepos, Cun>us, consul, anno quacîringentesimo trigesimoprimo, de Samnitiùus, Quirinalibus ; Quintus Fabius, Marci fiUus, ISumesii nepos, Maximus Riillianus , anno guadrirtgentesi/no trtgesimo primo, consul, de Samnitibus et Apuleis duodecirno kalendas nuirtii. a Lucius Fulvius, lils de Lucius, pelit- (( fils (le Lucius, et surnommé Curvus, consul l'au de «Rome43i, triompha des Samnites aux fêtes quirinales; « Quintus Fabius, fîls de Marcus, petit-fds de Nutnésius

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ClNQUANTliMK tEÇOH. 5o5

K et surnoinnié Maxiinus Rullianus, l'an i^'^l , consul , <c ti'ioinplia des Sanmites et des Apuliens le douzième a jour avant les calendes de mars. » "Vous voyez , Messieurs, qu'ici le triomphe est décerné aux deux consuls élus en l'an de Rome 43 1 (nous dirions 43a) : à l'un, savoir à Fulvius, lé jour des fêtes Quirinales, c'est-à-dire le 17 février romain de l'an 4^3; à l'autre, savoir à Fabius, le lendemain 18 du même mois; au premier, parce qu'il a vaincu les Samnites;au second, parce qu'il a vaincu les Samnites et les Apuliens. Ces deux jours correspondent au 10 et au 11 février de l'année julienne 32 1 avant l'ère vulgaire. Les auteurs modernes soi veut, en ce qui concerne ces événements, l'indication des Fastes plutôt que le récit de Tite-Live : nous dirons avec cet historien qu'il n'est pas aisé de préférer ici une relation à une autre, ni un auteur à un autre auteur : J^ec facile est, aut rein rei, aut auctorem auctoripresferre. Je croîs, ajoute-t-il, que les souvenirs ont été fort altérés par tes éloges funèbres, et par les fausses inscriptions des images domestiques; chaque famille attirant à elle, par des artifices et des mensonges, la renommée des exploits et des dignités : P'itiatarnmemoriam funebribus laudibus reor, falsisque imaginum titulis, dumfamilia ad se quœque fainam rerum gestarum honorumque fallente mendacîo trakunt. De là tant de confusion et dans les actions personnelles et dans les monuments publics ; Inde cette et singulorum gesta et monumenta rerum confusa. Il ne subsiste, de ces époques, aucun écrivain contemporain dont l'autorité puisse fîser et garantir nos opinions : Nec quisquam œquaUs temporibus ilUs scriptor exslat, quo salis certo auctore stetur.

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5o6 uisroiuB romaine.

C'est par ces judicieuses réflexions que Tite-Live termine son liuilième livre. Je vous les a'i déjà citées, el j'en ai extrait de semblables des ouvrages de Cicéron , pour vous montrer combien il règne d'incertitude dans l'histoire romaine , jusqu'à la fin de la guerre des Sainniles, en 290 avant J. C. Nous n'avons plus qu'une distance de trente et un ans à parcourir pour airiver à ce terme; mais, dans les quatre cent trente-deuK an- - nées que nous avons traversées depuis l'époque assignée à la fondation de Rome, ta discussion de tous les lécits ne nous a fourni que trop de preuves de cette incertitude extrême. Ces annales ont déjà pourtant commencé à prendre quelque consistance; et nous pouvons aoua attendre à les trouver de plus en plus cohérentes et vraisemblables dans les livres IX et X de Tite-Live, qui embrasseront ces trente et une années. Avant d'entamer cette partie de l'histoire des Romains, nous reprendrons, Messieurs, l'étude de leurs magistratures vurules : je vous ai entretenus du consulat et de ta censure; raaintenaut que la préture et la grande édîlité sont établies depuis quarante-six ans, il nous importe d'acquérir des notions précises sur ces deux institutions. T^a préture nous occupera dans notre prochaine séance.

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