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Messieurs , nous avons examiné quelle était à son origine et de sa nature la puissance consulaire; quelles furent ses atlributious primitives; quel accroissement elle prenait en certaines circonstances, en vertu de la formulequi ordonnait de ponrvoirau salut de la république; comment elle a été interrompue par le décemvirat, et bien plus souvent suspendue par les dictatures; de quelle manière, en quarante-neuf années non consécutives, elle a été transformée en tribunal militaire; quels contre-poids elle a trouvés, dans le sénat, dans les tribuns plébéiens et daas les comices, surtout dans ceux où le peuple s'assemblait partribus; quels démembrements elle a subis par la création de la censure, de la préture et de quelques autres magistratures spéciales; enfin, comment elle s'est éteinte on réduite à un vain titre sous les empereurs. Nous n'avions point à la considérer en celte dernière période, dont nous n'étudions pas encore l'histoire;. cependant nous avous d'avance jeté quelques regards sur le consulat nominal qui a subsisté depuis Jules César jusqu'à Constantin, puis jusqu'à Justinien , jusqu'au règne de Charlemagne, jusqu'au pontiiicat dinnocent 111, et même sur les différente» fonctions publiques auxquelles ce nom de consuls a été appliqué, depuis qu'il a perdu tout reste de sa signification primitive. Aujourd'hui, nous allons nous reporter aux siècles de la république,
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objets de nos études actuelles, et résoudre certaines questions que nous n'avons point abordées dans notre dernière séance , parce qu'elles ne touchaient point à la nature , à l'étendue, aux limites des pouvoirs consulaires.
D'abord comment les consuls étaient-ils élus? Les deux premiers, Brutus et Collatin , après avoir été désignés par les patriciens, furent nommés par le peuple assemblé en centuries. Denys d'Haï tcarnasse etïile-Live l'assurent; et celte forme d'élection est restée constante pendant les siècles suivants. L'une des conditions d'éligibilité fut d'être âgé de quarante-trois ans. C'était l'âge consulaire, œtas consulans ; et l'on disait de celui qui , aussitôt après l'avoir atteint, parvenait en effet au consulat, qu'il y arrivait en son année , siio anno : Cicéron emploie celte expression dans ce sens. Mais cet âge n'a été exigé par une loi expresse qu'en l'an 182 avant notre ère. Auparavant il n'y avait, à cet égard, qu'un usage qui souffrait des exceptions. Vous venez Valérius Corvus obtenir cette dignité à vingt-troisans,Scipionl'AfricainrAncieii à vingt-huit, Quinitus Ftaminius à trente. Ce Flaminius avait, plus jeune encore, brigué le consulat; et les tribuns du peuple, en s'opposant à son élection , avaient objecté seulement qu'il n'avait encore été que questeur, et non préteur ni édileiils ne parlaient point de l'insufBsance de son âge. Cicéron cite ces exemples pour montrer qu'il n'existe point, sur ce sujet, de règle inflexible, et que ta vertu n'attend pas ce nombre des années : Firlutis esse quant cetatis cursuni celeriorem. Tacite en dit autant : Apud majores virtutis id prœmUim Juerat, cunctisque civium, si bonis artibas fiderent y
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licilampetere ma^istratus : ac ne œtas quîdem distinguebalur, quin prima j'uwenta consulatum acdiclaturas inirent. ï^a loi de l'an 1 82 exigea un âge déterminé pour les magistratures curuiss; mais, que ce fut précisément celui de quarante-trois ans pour le consulat, nous ne le savons que d'une manière indirecte. C'est Cicéron encore qui nous l'apprend, lorsqu'il dit qu'Alexandre mourant en sa trente-troisième année était à dix ans de distance de l'âge requis par les lois romaines pour être consul : Tertio et tricesitno anno mortem obiit, quœ est œtas nostris legibus decein annis minor quant consuUtris. Après cette loi même , Scipion Émilien, ou l'Africain le Jeune, devint consul à trentehuit ans, et Pompée avant trente-six. Le sénat et le peuple donnaient à l'envi des dispenses d'âge : ils prétendaient, l'un et l'autre, en avoir le droit} en sorte que les moyens d'éluder la loi ne manquaient point. Aussi Machiavel a-t-il regardé comme un faitcoustant que le consulat et toutes tes magistratures se donnaient à Bome sans égard à l'âge. C'est le sujet de l'un de ses discours sur Tite-Live; et, en ce point, il approuve fortla latitude que se laissaientles Romains. Car, dit-il, lorsqu'il s'agit d'une fonction qui exigerait la prudence d'un vieillard^ un jeune hqmme ne peyt s'attirer les suffrages que par des actions ou des qualités extraordinaires. Et, s'il a fait briller tant de talents et de vertus, pourquoi le priver des services qu'il peut rendre? pourquoi attendre que l'âge ait glacé son ardeur et amorti son activité? Cependant, Messieurs, il est vrai de dire que, â touteépoque, la plupart des consuls ont été choisis parmi les patriciens quadragénaires.
Je dis patriciens; car, malgré les efforts continuels
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(les plébéiens pour se rendre éligibtes à cette magistrature, le& nobles en ont conservé la possession presque exclusive. Nous avons remarqué, dans notre dernière séance, que, lors même que le consulat transformé en tribunat militaire était également accessible aux plébéiens, ils n'ont par le fait obtenu que seize nominations sur plus de deux cent quarante. F^ucios Sextius sera , en 366, le premier d'entre eux qui aura le titré même de consul ; et les lois qui permettront de prendre l'un des deux consuls et tous les deux même dans ta classe plébéienne, les lois qui défendront d'en choisir plus d'un dans l'autre classe, n'empêcheront pas celle-ci de prévaloir fort souvent dans ce partage : Considatum nobilitas inter se per manas tradebat, dit Salluste, en parlant de l'époque de Jugurtba et de Marins. Réunis à l'Etat romain, les Latins réclamèrent le droit de fournir l'un des deux magistrats suprêmes; et les Capouans osèrent élever la même prétention. Rome rejeta dédaigneusement ces demandes; et le premiei' étranger qui obtint la dignité consulaire fut un Espgnol , l'opulent Cornélius Balbus, l'an 4° avant notre ère.
En général, it fallait, pour être élu consul, avoirété questeur, ou avoir rempli les charges curules de préteur ou de grand édile. Le candidat devait être présent , n'exercer, au moment de l'élection, aucune fonction publique, et, s'il avait été déjà consul , avoir cessé de l'être depuis dix ans. Mais on se relâchait facilemeot de toutes ces règles ; on trouvait des moyens de les éluder. Vous rencontrerez des exemples de réélections en un plus court espace, et Marius sera nommé consul en cinq innées consécutives. Quelques-uns seront élus
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en leur absence, et d'autres sans avoir passé par les magistratures inférieures. Il faut donc envisager toutes ces conditioas comme établies seulement par l'usage commun, et non par des lois invariables et toujours efficaces.
L'installation des consuls était fort solennelle. Les sénateurs, les chevaliers et beaucoup de plébéiens se rendaient chez les nouveaux élus pour leur adresser des félicitations, et les accompagnaient au Capitote. Cette marche reçut, daus les derniers temps, le nom de processus consularis : il nous reste des monuments de cette cérémonie , en des médailles frappées à l'occasion de l'installation consulaire de quelques empereurs, qui avaient daigné prendre le titre de cette magistrature. Arrivés au Capitole, les nouveaux consuls se mettaient en prières, et offraient des sacrifices pour la prospérité de la république; de là ils se rendaient au sénat, et y commençaient l'exercice de leurs fonctions, en proposant des affaires rdatives à la religion, et particulièrement la fixation du jour des fériés latines. Les sénateurs les reconduisaient chez eux avec un pompeux appareil. On croit aussi , d'après quelques mots de Pline le Jeune , que, ce jour-là , les consuls s'arrêtaient au Forum, montaient à la tribune, haranguaient le peuple, et juraient d'observer les lois; serment qu'ils étaient tenus défaire dans un délai de cinq jours après leur installation , et qu'ils renouvelaient en sortant de charge. A quel jour de l'année en prenaient-iln posses- 8i<m? Ovide déiigne le 34 février, jour du régifuge ou de la fuite des rois ; Cftssiodore , tes calendes de mars. Je ne sais , Messieurs , pas d'autre réponse à cette question, que l'énumération des jours très-divers dans 1«
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caleudrier romain, plus divers encore dans l'année astronomique où tes consuls ont été installés. Mais, pour la faire exacte et complète, j'aurais à vous offrir UDe fort longue liste de journées éf)arses dans tout l'annuaire. Pour abréger, je me bornerai le plus souvent à indiquer le mois. L'installation de Brutus et de Collatin nous a paru avoir eu lieu le 9 juin julien. Leurs successeurs jusqu'à l'an 4oo avant l'ère vufgaire ont commencé l'exercice de leui-s fonctions en septembre , octobre, août, juillet, juin, mai, novembre, janvier et décembre. Depuis l'an 400 jusqu'en 3oo, l'année consulaii-e s'est ouverte successivement eu septembre, août, juillet, juin, mars, février, avril et mai. De 3oo à aoo, les consulats commencent en février, mars, avril, mai et juin. Entre les années aoo et 100, l'installation des consuls se fait en janvier, décembre, octobre, septembre, août et juillet. Enfin, dans le siècle qui a immédiatement précédé notre ère, l'année consulaire va se déplaçant encore de novembre en octobre et septembre, jusqu'à ce que, l'an 45, elle se fixe au premier janvier par la réforme du calendrier due à Jules César et à Sosigène, Ces détails prouvent qu'on ne dit rien d'exact , rien même d'approximatif, lorsqu'on veut indiqueruneouverture ordinaire des consulats. Toutefois il y a moins de variations, quand on n'emploie que la nomenclature du calendrier romain , quoique encore l'année consulaire ait commencé à des termes très-différents de l'année vulgaire ou religieuse des Romains. Ce n'est qu'en l'an 392 avant J. C. qu'ils commencent d'installer constamment leurs consuls au jour qu'ils croient être le 31 avril, jusqu'à l'an aa3; au jour qu'ils appellent le l5 mars, jusqu'à l'an i54;et
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ensuite à leur premier janvier, qui ne devient te véritable qu'en l'an 4S. Il suit de là qu'il n'y a point, surtout pour les premiers siècles de la république , de notion générale à établir sur cet article, et qu'il rentre <Ians la classe des faits éventuetsqui sont à laisser parmi les récits et les détails de l'histoire.
Lorsqu'on régla que les consuls entreraient en cbarge le premier janvier romain, on convint cependant de les élire à la fin de juillet ou au commence* ment d'août; en sorte qu'il se passait cinq mois durant lesquels ils ne portaient que le titre de consuls désignés, et n'avaient dans les affaires publiques que le genre d'influence qu'on appelait autorité, et qu'on distinguait du pouvoir proprement dit : Quoà potestate norulum poterat, obtinuit auctoritate, dit Cicéron d'un consul non encore installé. Ils pouvaient proposer des décrets ; ils étaient consultés avant les autres sénateurs. On voulait qu'ils eussent ainsi le temps de se familiariser avec les affaires, et de faire un apprentissage immédiat de leurs fonctions. Cet intervalle donnait aussi les moyens de s'assurer s'ils ne devaient pas leur élection' à quelque intrigue. Ijorsqu'on les en trouvait convaincus, ce que vous verrezarriverquelquefois, on annulait leur nomination; ils étaient déclarés incapables d'occuper aucune dignité, et de siéger dans le sénat ; on les condamnait à l'amende et même à dix ans d'exil, en vertu d'une loi que Cicéron fit rendre, et on les rempla^it par leurs accusateurs. Mais vous prévoyez assez , Messieurs, que le succès de ces accusations dépendra presque toujours de la puissance ou de la faiblesse des partis auxquels appartiendront l'accusateur et l'accusé.