‹ Cours d'études historiquesChapitre 9 sur 35 · XV. Il · texte numérisé non relu

XV. Il

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]6ft, HISTOIRK ROMAIHK.

Les anoëes se oiarquaient par lesnoms des comuk; car, à proprement parler, les Romains a'avaient point d'ère, quoiqu'ils parussent avoir quelquefois VintentioD de remonter à la fondation de leur ville. Nous avons déjà observé qu'ils n'avaient pas su fixer ce point de départ, et que c'était chez eux ud objet cc«itroversé. Leurs écrivaias pouvaient bien en faire usage en adoptant l'un des systèmes proposés sur cette matière, celui de Caton par exemple,<iu celui de Yarron ; mais il n'était pas possible de s'en servir constaitinient et uniferméoient dans les actes publics; on n'avait pas d'indication plus précise que le consulat de tels personnages , Marco JiiUio Cicérone et Fusio Antonio considihus. Le premier oom était celui du consul prior, nommé te premier ou ayant réuni le plus de suffrages. L'expression numemre midtos consules, ■ compter a beaucoup de consuls, » s'introduisit dans la langue pour sigDÎfier un âge avancé; elle est employée pçr Sénèque; et Martial a écrit

Bis jaro pœne tjbi consul Irigesimus instat,

« le soixantième ccHisul vousarrive,» c'est-à-dire, vous auree bieidôt soixante ans.

Quant aux distinctions et aux bonneursque leyfwnsuls conservaient «près l'exercice de leur magistrature, j'ai dé}à parlé des provinces, des gouvernements qu'oa leur coqBsit; des préséances on déférences, dont ils joMissaieotdaas les assemblées du, sénat; et même aussi dq la dénominatioa de. consulaires, cansuiares, par laquelle ov les désignait .

Après ces considérations historiques sur le ccwsalat, passons aux~ censeurs.

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QUABANTIÈME LIÇOff. l63

Rousseau semble attacher à ta fonctioD des censeurs □n caractère semblable à celui que nous attribuons à la fonction des jurés; car il dit qu'ainsi que ta dëclaration de la volonté générale se fait par la loi, la déclaration du jugement public se fait par la censure. Mais Rousseau ajoute que l'opinion publique est l'espèce de loi dont le censeur est le ministre, et qu'il ne &it qu'appliquer aux cas particuliers. A mon avis, les mots déclarer et txppUquer n'expriment pas la même idée ; et^ qu'il s'agisse ou de la volont» générale ou de l'opinion publique, être chargé de l'énoncer, de la promulguer est tout autre chose qu'en être seulement le ministre : dans le premier cas, on agit comme représentant; dans le second, comme mandataire. De ces deux qualités la seconde entraine la responsabilité, et la première l'exclut. Les Romains, en établissant la censure, n'ont pas fait cette distinction ; «n cette occasion, comme en plusieurs autres , ils n'ont pas su , d'une manière très-précise, ce qu'ils voulaient bire^ et delà vient rincohérmcB qui règne dans leurs idées , dans leurs lois et dans les faits de leur histoire , «n ce qui concerne les censeurs. C'est ua sujet plus ditBcile à étudier ou à traiter que celui qui vient de nous occuper. Quoique la censure, au moment de sa création, parût n'être qu'une émanation , qu'un démembremoit du consulat, elle 9. pris des développements qui en ont uKidifié la nature, et qui en ont rendu le caractère assez indécis.

« Les opinions d'un peuple , dit encoi-e Rousseau , (c naissent de sa constitution. Quoique la loi ne règle K pas les ctœurs , c'est la législation qui les &it naître, c Quand la législation s'afbiblit , tes mœurs dégénè-

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a rent; mais alors le jugement des censeurs ne Fera « |>as ce que la force des lois n'aura pas fait, irsuit de là m que la censure peut être utile pour conserver les « mœurs, jamais pour les rétablir. Établissez des cen* H seurs durant la vigueur des lois, sitôt qu'elles l'ont « perdue, tout est désespéréj rien de légitime n'aplus « de force lorsque les lois n'en ont plus. Iji censure « maintient les mœurs, en empêchant les opinions de « se corrompre , et en conservant leur droiture par de « sages applications , quelquefois même en les fixant « quand elles sont encore incertaines, c Voilà, Messieurs, des observations d'une très-baule importance, et à l'examen desqu<'lles nous devons aussi iiousarrêter quelques instants, si nous voulons acquérir, relativement aux censeurs, des notions historiques tant itoit peu précises.

Que les opinions et les mœurs d'un peuple soient le produit de ses lois, de l'ensemble de ses institutions, bonnes ou mauvaises, c'est un résultat qui tient à la na- -ture des choses, et qui' se montre dans tout le cours des annales humaines. Il est vrai qu'on a coutume de dire que les lois ne peuvent rien sans les mœurs :

Quidleges, sine moribus Van», proBciuntP...

Mais je pense que cette maxime n'a de vérité que lorsqu'elle s'applique à des lois nouvelles encore, et qui ont à lutter contre des mœurs formées sous le longempire de lois antérieures. La résistance qu'éprouve une législation récente est ta preuve et la mesure de la puissance qu'elle exercera un jour, si elle parvient à s'établir et à vieillir. Un grand changement dans le système politique d'une nation s'opère tantôt par dcsvio-

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QUAK ARTltHR LEÇON. l65

lences soudaines, tantôt par le progrès plus ou moins lent de quelques lumières ou de quelques erreurs. Dans tous les <;as , ce changement n'est pas garanti ni consommé, tant qu'il n'existe encore que dans les lois ; il faut que les lois aient le temps de s'introduire dans les moeurs j et ce temps-là, Messieurs, sera plus long ou plus court, selon qu'il s'agira ou d'un peuple inactif, enchaîné au\ habitudes monotones d'un petit nombre d'arts, tels que l'agriculture et la guerre, ou d'une population déjà industrieuse, à qui la variété de ses travaux et la multiplicité de ses relations auront imprimé quelque mobilité. Toujours sera-ce par la puissance et l'efHcacitë des institutions publiques, soit anciennes, soit commençant à s'affermir, que ce peuple prendra et conservera des opinions, des habitudes; des mœurs, si les habitudes forment un système; et un caractère, si les mœurs ont de l'énergie. Cela posé, on se demande quelle est la fonction des censeurs. Sont-ils établis pour maintenir les mœurs antiques, telles que les lois primitives les ont faites , et par conséquent pour s'opposer à l'introduction des arts, des opinions, des doctrines et des pratiques qui amèneraient quelque innovation dans l'État? ou bien veut-ou qu'arbitres entre ce qui est ancien et ee qui est nouveau , ils favorisent ce qu'ils trouveront de plus moral dans l'une et dans Tautre, et qu'ils fiaient , comme vient de nous le dire Rousseau, ce qui est encore incertain? Les annales et les livres des Romains ne répondent point à ces questions ; et voici deux considérations qui vous feront de plus en plus sentir combien elles sont difiiciles à résoudre.

D'abord, i\ me semble que nous avons déjà étudié

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l66 HISTOIRE ROMAIRB.

ussez les ÎDfttitutions romaines, pour être autorisés à dire qu'elles n'étaient pas toutes excellentes. Comment le seraient-elles toutes, n'étant point homogènes, et s'étani accumulées l'une sur l'autre, à différentes époques, selon les divers besoins des conjonctures? Sans doute, il y en avait qui recommandaient fortement la justice et le courage, et qui développaient dans les âmes l'amour. de la patrie et de la liberté; mais vous savez trop, Messieurs, combien il s'y mêlait de superstitions grossières, combien de] sentiments hautains et inhumains chez les grands, de traditions séditieuses et anaixhiques dans la classe plébéienne , et quelle ignoble cupidité entraînait également les nobles à s'emparer de tous les domaines conquis; les pauvres à dévaster tes campagnes el les villes des peuplades vaincues. Néesdu régime politique, et déjà invétérées avant les époques communément regardées comme celles de la corruption et de la décadence, ces habitudes préparaient tous tes égarements et tous les malheurs des derniers âges , et n'étalent pourtant point, à ce qu'il semble, celles que les censeurs devaient réformer, puisqu'elles tenaient aux institutions dont on leur avait, au contraire, confié le maintien. La censure, nous a dit Rousseau, conserve tes moeurs , en empêchant les opkiions de se corrompre. Cela suppose, Messieurs , que ces opinions et ces mœurs sont par&itement saines ; si , par malheur, elles ne le sont pas, les censeurs, établis pour les empêcher de s'altérer, sont réellement chargés de les forcer à rester corrompiieç ; et je pense qu'en effet , il en était ainsi , du moins à quelques égards , au sein de la république romaine , même avant l'invasion des Gaulois. Rome avait besoin de réformes et de progrès auxquels

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