CHAPITRE XXV
TRANSPORTS A CIEL OUYKRT
571 — Brouette. — Nous avons, dès le début, établi dans ce cours deux divisions fondamentales, concernant, d'une part, Tattaquedela roche, et, de l'autre, les transports de toute nature, tant en ce qpi concerne la matière utile, objet de l'exploitation, que pour les stériles dont on est obligé de se débarrasser accessoirement, et les matériaux auxiliaires que l'on se trouve conduit à introduire du dehors : bois, briques, moellons, mortier, panneaux, tuyaux, rails, machines, outils, explosifs, etc.; sans compter les liquides et les gaz, dont nous nous occuperons dans la septième et la huitième partie, ainsi que les hommes et les chevaux, dont le transport fera l'objet du chapitre L.
Nous avons également, en ce qui concerne le mouvement des solides, établi une distinction fondamentale, suivant qu'il s'agit, soit de lutter uniquement contre la gravité dans un parcours ri-
tous les 50 mètres, et chaque brouelteur parcourt indéfiniment la mêmjB travée dans les deux sens. Le retour à vide le repose périodiquement de la fatigue du premier trajet, indépendamment du temps nécessaire pour l'échange des brouettes, qui se meuvent toujours dans le môme sens, et ne rebroussent chemin qu*au [chantier et à la place de dépôt.
Le nombre eflectif des i^ouleurs s'obtiendra donc, en multipHant celui des chargeurs par le quotient de la division du trajet entier par 50 mètres. Quant au nombre des brouettes, il est égal à la somme des nombres de routeurs et de chargeurs, avec l'appoint nécessaire pour tenir compte des fausses manœuvres et des réparations.
Lorsque le terrain monte légèrement, on ne peut admettre des rampes supérieures à Vit et, dans ce cas, le relai doit être réduit à 20 mètres. Si la pente est descendante, on lui laisse sa valeur normale de 50 mètres, eu admettant que la fatigue nécessaire pour remonter la brouette vide, est compensée par un certain soulagement à la descente de la brouette pleine, en raison de la gravité.
Dans sa journée, un rouleur fait environ 450 voyages doubles, et transporte 15 mètres cubes. C'est donc également, d'après ce qui précède, la quantité que peut pelleter le chargeur.
674 — L'effet utile, dans les questions de transport, étant à la fois en raison du poids et de la distance à laquelle il se trouve porté, peut se mesurer par le produit de ces deux facteurs. Si l'on évalue le poids en tonnes, et la distance en kilomètres, l'unité d'eflet utile correspondra au transport d'une tonne à un kilomètre. On l'appelle tonne-kilométrique.
Bien que cette quantité soit, dans les calculs, du même ordrt; d'homogénéité que le travail dynamique, elle ne doit pas être confondue avec lui. Pour le kilogrammètre, la force et la longueur que l'on associe par la multiplication, sont en même sens; avec la tonne kilométrique, elles sont perpendiculaires. En outre, la valeur brute, indépendamment de son application concrète, est un million de fois plus grande pour la seconde unité que pour la prcmièit?. Pour employer, en ce qui concerne le brouettage, le second ordre
d'appréciations, il faudrait envisager le produit de la force impulsive (en kilogrammes) par le parcours (en mètres), de manière à mesurer (en kilogrammètres) le travail du manœuvre. Cette question peut présenter de l'intérêt quant à l'appréciation des moyens mis en œuvre, mais le résultat seul entre en ligne de compte, lorsqu'il s'agit d'effectuer la comparaison des divers modes de transport, et c'est lui que l'on exprime en tonnes kilométriques.
Dans le cas du brouettage, l'efTet utile ainsi mesuré sera donc, pour la journée du rouleur :
Pratiquement, on admet de 7$ ^ ^ tonne kilométrique. A raison de 3 francs de salaire, le prix de la tonne kilométrique ressortira ainsi à 3 francs au minimum. Quant au travail dynamique, il sera dé même, si l'on admet reifort impulsif de 3 kilogrammes :
à quoi il convient d'ajouter un certain appoint, pour le travail développé dans le retour à vide (*).
6*75 — Comme intermédiaire entre le brouettage et l'usage du tombereau à cheval, on peut indiquer l'emploi de petites charrettes à bras, usité dans certaines carrières, mais qui ne mérite pas de nous arrêter longuement.
576 — Tombereau. — Un tombereau, pour un cheval et une route médiocres, peut être chargé de 5 hectolitres de terre ameublie, et, dans des conditions meilleures, de 8 hectolitres. Un cheval peut conduire ainsi dans sa journée, de Q*^"""^,? à 1 tonne, sur une distance de 10 ou 12 kilomètres, soit un total de 7 à 12 tonnes kilométriques. A raison de 6 francs pour la journée du cheval et du
0) En effet, dans son aide-mémoire (page 14)> Claudel indique* pour le brouettage, le chiffre de 43 200 kilogrammètres^
conducteur, le prix de la tonne kilométrique s'abaisse ainsi à 0 fr. 50.
Le cheval s'avance au pas à raison d'une vitesse de 40 à 50 mètres par minute, avec une allure sensiblement égale à plein ou à vide, il peut marcher pendant 8 heures, avec 2 heures de repos fractionnées, soit en tout 10 heures. 11 faudra, d'après cela, que le temps de chargement, qui constitue ces repos, dure, en principe, le quart du temps employé pour le trajet. €elui-ci étant une donnée immédiate dans chaque cas, fera connaître par approximation le temps du chargement, et, par conséquent, le nombre de chargeurs, puisque la capacité à remplir est également déterminée a priori. Ce nombre ne doit pas d'ailleurs dépasser 4, sous peine de confusion.
Un homme peut, dans sa journée, pelleter à cette hauteur 12 mètres cubes de terre ameublie. Le conducteur figure parmi les chargeurs, et il suffît de lui en adjoindi*e le nombre nécessaire. Il reste seul, ordinairement, pour effectuer le déchargement à la place de dépôt. On tient compte d'une constante de deux minutes pour cette opération, qui consistée ôter le fond, débarrer le châssis, verser en arrière, racler, avancer la voiture, relever la caisse, rembarrer, remettre le fond.
Ces diverses conditions, pour rester suffisamment compatibles les unes avec les autres, imposent une limite à la distance à parcourir. Pour de trop courtes distances, le brouettage est préférable. Au delà de 300 ou 400 mètres, au contraire, on trouvera souvent avantage, dans un chantier d'une certaine importance, à substituer au transport sur essieu l'emploi des rails (').
577 — Wagon. — La voie d'un chemin de fer de terrassement s'établit suivant les principes généraux que nous développerons dans le chapitre suivant pour les chemins de fer de mine^ mais d'une manière beaucoup plus sommaire. Ce mode de transport peut devenir avantageux, même sur d'assez courtes distances, lorsque la pente
(') Dans certaines exploitations, on se sert du charretage à IxBufs. A Biliiao, la tooiie kilométrique revient, avec ce procédé, à 1 fr. 40 ou 1 fr. 80.
est suffisante pour laisser descendre les trains sans moteur, par la seule action de la gravité. Un cheval remonte ensuite/ à la fois, un certain nombre de wagons vides. Pour maîtriser la descente, on munit les véhicules, ou, au moins, quelques-uns d'entre eux, de freins. Le conducteur, monté sur l'arrière du wagonnet, pèse d'un pied sur l'extrémité d'un long levier, pour engager plus ou moins ce frein. Au besoin, l'on peut embarrer une ou plusieurs roues, de manière à substituer, pour ce qui les concerne, le frottement de glissement à la résistance au roulement, qui est beaucoup moindre.
Les wagonnets ont des roues basses, pour faciliter le chargement ; et des essieux rapprochés, afin de pouvoir passer dans des courbes ui\ peu raides. La caisse est articulée de manière à basculer en avant, autour de l'essieu antérieur, ou latéralement, sur une charnière longitudinale, en vue d'opérer le déversement, soit en tète de ligne, soit sur les côtés. On peut également l'effectuer en baleine. On dispose alors en prolongement de la tête du remblai une charpente volante, supportant une voie aérienne. Le fond des caisses est mobile, et peut s'ouvrir à l'aide de charnières disposées suivant les longs côtés. En déclavetant ce fond, on fait basculer ses deux parties par le poids des terres, qui tombent dans le vide.
Ces véhicules, de calibre variable, contiennent en général 1 ou 2 et même 5 mètres cubes. Us pèsent vides 300 kg., avec un chargeaient de 1500 kg. ; ou jusqu'à 1200 kg., pour charrier 3000 kg. de déblais.
Avec un emploi judicieux de ce moyen de transport, on a pu abaisser, dans certains cas, jusqu'à 0 fr. 25 le prix du transport d'un mètre cube à un kilomètre, qu'il ne faut pas confondre avec la tonne kilométrique.