‹ Cours d'exploitation des mines (volume 3)Chapitre 106 sur 120 · LAVOIRS A EAU STAGNANTE · texte numérisé non relu

LAVOIRS A EAU STAGNANTE

1309 — Le criblage à la cuve, que nous avons étudié d'une manière abstraite, a été réalisé, dans les conditions mômes où il vient d'ôtre décrit, à la mine de plomb de Carnoulès (Gard), en précipitant les matières à travers de gigantesques colonnes d'eau, de 30 mètres de hauteur (*).

MM. de Francy et Jarlot ('), en conservant le même principe pour leur lavoir à houille (fig. 774), ont cependant cherché à éviter les embarras créés par de telles dimensions, en réduisant la hauteur à deux mètres environ, et répétant deux fois l'opération, au moyen d'un relevage. Le piston A, partant du niveau Ao, effectue cette chute dan's le cylindre B. La tige à crémaillère C sert à le remonter, sous l'action d'un pignon D, que l'on peut débrayer à l'aide d'un levier E. Lorsque l'on exécute ce mouvement, le piston, abandonné à luimôme, tombe par son propre poids. Le cylindre B étant sans issue (car la soupape F ne peut s'ouvrir que de droite à gauche), la charge de charbon accumulée en A^, et sous laquelle se dérobe son point d'appui, tombe elle-môme, en se classant, à travers cette eau stagnante. On s'occupe alors de relever le piston, à l'aide du pignon. Pendant ce mouvement, le retour d'eau G fonctionne à

(*) Marsaut, Étude sur le lavage de la houille aux mines de Bességes(fîu//. mm., 2", VIII, 401). — Armengaud jeune. Affaire des lavoirs Evrard et Marsaut. Dire à MM, les Experts pour M. Max. Evrard, Lithographie, p. 5.

(*) Lavoir de Francy et Jarlot {Génie indtutriel d' Armengaud, XV, 205).

13G PRÉCAHATION HËCANIQCE DES UlNERàlS.

l'aide du clapet F, et le liquide, soulevé par la charge et la couche imperméable de mourrc qui la surmonte, repasse sous le piston. On enlève ensuite les substances en plusieurs tranches, à l'aide de ta raclette H. Les matières fines qui peuvent passer, pendant cette manœuvre, dans le tube latéral, se déposent au fond du récipient I, d'où elles seront extraites à l'aide de l'autoclave J, lorsque, en consultant te robinet K, on se sera assuré que cette capacité est remplie. On a soin, pour cela, de fermer préalablement la valve L, et l'on complète ensuite, par la partie supérieure, la quantité d'eau dont s'est appauvri le bassin intérieur.

Tel est cet appareil, à peine remarqué dans l'origine, et, depuis longtemps, disparu. Nous avons tenu à te citer, cependant, pour suivre, pas à pas, la Qtialion des idées qui paraissent les plus propres à porter la clai'té dans ces délicates matières.

latlO — Nous trouvons encore un exemple de la chute unique en eau profonde, dans un appai'eil, qui est d'un grand usage en Angleterre, pour le finissage des matières lines.

La cuve, ou kieve [ûg. 775) consiste en un tronc de cône, d'un mètre environ de hauteur et de diamètre moyen, dans lequel des palettes peuvent tourner autour d'un axe vertical. Ce récipient étant rempli d'eau, à peu prés à moitié, on y verse, autant que possible vers la périphérie, des matières schlamraeuses, presque gluantes à force d'ôlre ténues, mais médiocrement classées, et renfermant encore des grains moins fins, au milieu de cette pâte impalpable. On fait tourner l'agitateur, de manière h briser ce cliargement, et à i-endre aux particules leur indépendance. On arrête alors la rotation, et on laisse le dépAf s'effectuer suivant les régies de l'équivalence. Pour dégager, des schlamms entraînés, les

CRIBLAGE A LA. CUVB. 757

sables qui se stratifient progressivement, on frappe sur les parois une série ininterrompue de coups. On remet ainsi incessamment en suspension ces poussières, qui ne se précipitent qu'avec une grande lenteur. Les secousses sont imprimées à la main, ou communiquées par un arbre à came. On finit par les supprimer, pour activer le dépôt des matières. On décante le liquide avec un siphon, et, à l'aide de raclettes, on i-etire les couches successives , qui se sont accumulées sur le fond. c. . ^

Fig. m. Cuve.

On emploie également des cuves inclinées à 45 degrés. Elles présentent moins de base, plus de surface. La rotation devient irrégulière, ce qui active le dépôt.

1811 — En passant, des longs tubes de Carnoulès, aux appareils précédenls, nous renconirons déjà une réduction considérable de hauteur. Mais elle peut être poussée plus loin encore. Reprenons, en effet, la considération d'une couche plane, d'épaisseur négligeable, dont tous les éléments juxtaposés sont abandonnés simultanément. L'excès de longueur ne sert à rien, en principe, pour la classification. En effet, au bout d'un (emps excessivement court (n* 1303), les vitesses de régime sont établies, et les plans d'équivalences distinctes se séparent les uns des autres. Un long parcours n'aura donc d'autre résultat que d'accentuer davantage leurs distances mutuelles, et, comme conséquence, les délais respectifs, au bout desquels chacune des couches atteindra le fond. Mais une fois que toutes s'y trouvent rassemblées, il ne reste nulle trace de ces époques d'anûvée; l'ordre de leur succession, seul, reste indiqué par celui de la stratification. U suDlt donc, théoriquement, de l'amplitude très limitée qui correspond au développement des vitesses, pour que ce résultat soit atteint, et tout le surplus devient une superfétation.

Ajoutons immédiatement que cet aperçu, trop absolu, exige

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un correctif. En réalité, l'épaisseur de la couche à une certaine importance. Les fragments y sont enchevêtrés, et se gênent mutuellement. Il faut, pour la réussite de l'opération, qu'ils se dégagent les uns des autres, et reprennent l'indépendance de leurs chutes respectives. Ceux de la partie supérieure que leur équivalence appelle à descendre le plus vite, et à parvenir les premiers au fond, doivent, pour cela, rattraper les grains qui sont partis d'un niveau inférieur. Toutes ces circonstances, accessoires quant au principe abstrait, mais inévitables en pratique, nécessiteraient encore une hauteur notable, si l'on s'en tenait à la chute unique comme à Carnoulès, ou tout au plus redoublée, comme dans le lavoir de Francy et Jarlot.

1312 — Mais M. Gervais a résolu autrement la difficulté (*). Il a imaginé de répéter, un grand nombre de fois, une chute réduite à une très courte amplitude. On concilie ainsi les deux points de vue. L'influence de la hauteur se trouve réduite à ce qu'elle présente de véritablement efficace en théorie; et cette réitération, en remettant fréquemment les matières en mouvement, modifie indéfiniment les circonstances fortuites, dont l'influence vient se mêler, ainsi qu'il a été expliqué, à l'action principale, pour Tempêcher de réaliser, du premier coup, tous ses effets.

1313 — La cuve (n** 1310) nous présente une sorte de transition entre les appareils à longue chute et le lavoir Gervais, puisque nous y trouvons associés, quoique d'une manière confuse, le principe fondamental du mouvement sur une certaine hauteur, avec celui d'une remise en train perpétuellement répétée.

Cette dernière notion se dégage, plus nettement, dans un exemple bien antérieur : le jig anglais, qui est manœuvré à la main ('). Il est formé d'un panier métallique (fig. 776), suspendu h l'extrémité

(^) Lavoir Gervais {Bull, min,^ 1», lU, 499). — Rapport de MM. Lefébure de Fourcy» Rigaud, Carnot, experts dans l'instance Max. Evrard contre la Compagnie de Bessëgesr p. 17. — Marsaut. Étude sur le lavage de la houille {Bull, min., 2% VUI, 451).

(^) On retrouve ce procédé dans Agricola {De re metallica, édition de 1621, p. 328). On a créé des modèles de jigs mus pai' des moyens mécaniques, tels que les appareils Bradford, Schmauch, etc.

Pig. 776. Jig (diagramme schématique;.

CRIBLAGE A LA CUVE. 739

d'un( levier sur lequel un homme (ou souvent une femme) agit à l'autre bout, au moyen d'une poignée. Après avoir chargé le minerai à l'aide d'un râble, et l'avoir étalé avec un égaliSoir, l'ouvrier abaisse le levier, en s'aidant d'un contrepoids, qui équilibre en partie l'appareil.

11 l'abandonne ensuite, pour que le panier retombe, en laissant les matières se classer, dans leur chute à travers l'eau stagnante. Cette amplitude est très faible, et seulement de 50 à 35 millimètres. Mais l'oscillation se répète avec une grande fréquence. On donne 80 à 150 coups par minute. Quand la charge est classée, le laveur l'enlève par couches, à l'aide de son tranchoir.

Lorsque la matière est pauvre et donne très peu de bon à fondre, on se borne à retirer la plus grande partie, et on laisse le fond, pour le recouvrir d'un nouveau chargement. C'est seulement quand il s'est suffisamment augmenté, à la suite d'un certain nombre d'opérations, que l'on met à nu le bon à fondre, pour l'extraire à son tour.

Cet appareil rudimentaire fait de bonne besogne, lorsque l'ouvrier possède le tour de main nécessaire. Mais on ne peut économiquement opérer que sur de petites quantités de rainecai d'une certaine valeur, et jamais sur les combustibles. Indépendamment des ateliers anglais, on le rencontre en Sardaigne, au LauriuW, dans la Sierra de Carthagène, dans le centre de la France, etc.

1314: — M. Marsaut reprenant, pour la houille, la question au point où nous venons de la voir amenée dans le lavoir Gervais, lui a fait faire un nouveau pas en avant. Au lieu de relever successivement la claie, pour qu'elle se dérobe sous la charge dans une eau stagnante en principe^ mais que ce régime finit par entretenir dans une très grande agitation, il reprend, pour la cuve, une profondeur.

740 PRÉPARATION MËCiniQUE DKS MINERAIS.

importante : 5 à 4 mètres, avec une couche de houille de 1",20

Fis. "m- La>

à 1",30 d'épaisseur, et il communique à cette dernière un mouvement, encore intermittent, mais progressif cl non plus alternatif.

On se demandera, dès lors, si ce n'est pas revenir au point de départ, et reculer dans la voie du progrès, .puisque l'on va retrouver ainsi les inconvénients de la cuve profonde, et que l'on n'aura fait en apparence qu'ajouter, au système de Francy et Jarlot, la complication d'un mouvement saccadé. Mais il n'en est rien, et cette innovation a réalisé, au contraire, un avantage considérable.

CRIBU6E A U CUVE.

fondé sur une remarque importante, due originairement à M. Julius deSparre(*),

Si nous reprenons, en effet, l'équation différentielle (1, page 727) du mouvement d'un grain dans l'eau dormante, nous pouvons remarquer que, pour les premiers instants, où la vitesse ne fait que naître, loin d'avoir atteint son régime uniforme, son carré v* reste négligeable

devant l'accélération -^ qui est, au contraire, importante, puisque, dans un tp,mps aussi court (n** 1305), elle fait passer le grain, du repos, à une vitesse finie V. Si donc nous restreignons, pour le moment, aux premiers instants seulement l'application de l'équation (1), elle pourra être simplifiée par la suppression du dernier terme, et deviendra f) :

dv lit

On voit, dès lors, que l'influence des dimensions a disparu, et que le classement s'effectuera uniquement d'après la densité

Fig. 778. Lavoir Marsaut (coupe transversale).

11 résulte de là que, si l'ensemble du mouvement au sein d'un milieu résistant a pour résultat final de classer par équivalence, ses premiers éléments agissent principale-

(*) Bergwerks Freundy XXI, XXH.

(*) Cette relation simplitiée peut s'établir directement, et sans que Ton ait besoin de passer par réquation complète (i). Il suffit, pour cela, de remarquer que, dès Pinstant que l'on néglige la résistance du milieu, pendant cette phase, il ne reste, comme forces motrices, que le poids et la poussée statique du liquide, c'est-A-dire une force accélératrice qui ne diffère de la pesanteur que par la réduction de cette dernière dans le rapport "7 .

'-jc^^a.

ment d'après la densité. Dans les conditions du lavoir de Francy et Jarlot» cette influence s'est trouvée complètement effacée par la prépondérance du mouvement normal, que Ton a laissé succéder, dans tout son développement, à la phase initiale- Mais, avec le mode introduit par M. Marsaut, en réitérant indéfiniment un mouvement réduit à une très faible amplitude, on avancera beaucoup pins nettement vers le but final de toute cette recherche, qui est le classement par densité.

1315 — Le lavoir Marsaut (*) qui fonctionne à Bessèges est formé d'une cuve en bois (fig. 777, 778) ouverte à sa partie supérieure, et fermée en bas par une cloison horizontale, munie de vannes, destinées à l'extraction des limons qui s'accumulent sur le fond, en traversant la claie (u^ 1522). Au-dessus de la cuve, se trouve disposé, suivant son axe, un cylindre hydraulique, dont le piston supporte une cage de fer. Le fond de cette dernière est constitué par la claie, et ses côtés par trois tiroirs superposés, susceptibles de glisser horizontalement dans leur propre plan, quand ils y seront sollicités. Un distributeur d'eau sous pression sert à relever le système, d'un seul coup, de bas en haut ; et un mesureur, en laissant échapper le liquide par petites quantités, permet de régler la descente à volonté, comme amplitude et fréquence des mouvements intermittents qui le constituent, suivant le rythme qui sera jugé le plus favorable dans chaque cas, d'après la nature des charbons.

Le panier, après avoir reçu son chargement de 4 à 5 tonnes, subit d'abord deux ou trois secousses de grande amplitude, pour égaliser la charge, puis, toute la série des saccades qui le conduisent eu bas. On le remonte alors à l'aide de l'accumulateur. L'étanchéité relative de la couche de charbon sur une aussi grande épaisseur, quand elle est au repos, jointe à celle de la pellicule de mourres qui se trouvent en suspension dans le bain, et auxquelles on donne le temps de se déposer en partie, relèvent l'eau, qui revient par-dessous à travers un tube latéral, dans lequel un clapet

(«) Bu//. mtM., 2% Vm, 431.

CRIBLAGE A LA CUVE. 743

«mpéche le mouvement inverse pendant le lavage. On recommence alors une seconde descente, pour compléter les effets de la première.

Le système est enfin remonté de nouveau. On le sort de la cuve en trois fois, en ne faisant émerger, hors du plan de glissement, que le premier des trois tiroirs, et, successivement, les deux autres. Ils sont poussés, l'un après l'autre, par un piston hydraulique à mouvement horizontal. On racle ainsi séparément le charbon, le mélange, et le schiste, en les dirigeant, à l'aide de vannes, vers des couloirs distincts, par lesquels ils descendent dans les wagons disposés pour les recevoir. Des verrous sont employés, pendant l'opération, pour assujettir ces tiroirs d'une manière certaine par rapport à la cage. Leurs hauteurs doivent évidemment se trouver en relation avec la nature du combustible, mais ce réglage, une fois obtenu, se maintient pendant un certain temps.

Ce remarquable appareil peut, avec une force de cheval, et la surveillance d'un seul ouvrier, ou même d'un enfant, laver, en 10 heures, 120 à 150 tonnes de charbon.

BAC A PIISTOIV — GÉNÉRALITÉS

1316 — Mouvement relatif. — Les appareils précédents se présentaient à nous les premiers, dans l'ordre rationnel des idées (*), puisqu'ils réalisent directement le mouvement dont nous avons étudié la théorie. Dans l'industrie, leur ensemble ne représente cependant, en réalité, qu'une bien faible fraction du matériel employé pour le criblage à la cuve. Les solutions les plus courantes sont empruntées à une donnée différente, qui est dérivée de la précédente, par la considération du mouvement relatif. On

(*) Je n'ai pas besoin d'avertir que, dans cette exposition» que je cherche à rendre aussi méthodique que possible, je ne m'attache, en aucune façon, à suivre l'ordre historique des inventions, qui, pour une matière aussi délicate, doit, je pense, céder le pas à l'enchaînement progi'essif des conceptions. On a vu que je n'ai pas craint, pour cela, d'introduire, dans cette série d'idées, quelques termes absolument surannés, mais qui forment d'utiles intermédiaires pour passer, d'une manière continue, de Tune à r autre. C'est â ce point de vue que je m'attacherai jusqu'à la fin de ce chapitre.

714 PRËPARATION MÉCANIQUE DES HINEHAIS.

est parti de cette idée, que si, au lien de se donner les embarras nécessaires pour agir sur la charge, et la mettre en liberté dans une eau stagnante, on actionnait directement le liquide, de manière à le pousser de bas en haut sous le minerai, le mouvement relatif serait le m^^me que lorsque ce dernier y descend de haut en bas, de telle sorte que l'on pourrait attendre, de cette combinai* son, des résultats analogues. Cette idée est simple. Elle devait naturellement se présenter, et elle a rendu des services. Cependant elle ne constitue, par le fait, ^u'un aperçu très superficiel; et, en la scrutant avec attention, M. Harsaut a su mettre en évidence les dilTérenccs profondes qui séparent ces deux modes d'action.

1817 — Envisageons la charge de minerai que l'on a déposée sur la claie, tandis que la masse d'eau se trouve poussée par-dessous, a l'aide d'un piston qui se meut dans un compartiment latéral (fig. 779). La vitesse du liquide, d'abord nulle, s'accroil peu â peu{'}. Elle est donc d'abord insuffisante pour développer, au contact du grain, unefforl capable d'en équilibrer le poids (diminué de la poussée, d'après le principe d'Archimède). L'équation d'équilibre entre ces trois forces n'est autre, en effet, que celle du mouvement uniforme qui aurait lieu sous leur triple influence. Or tel est l'état vers lequel tend asyraptotiquemenl la loi exprimée par l'équation différentieile

(■) Nous supposons, en ce moraenr, la cbvge imnergie dnns le liquide, tiDdis que i'"" maiotient quelqueTois le niteau de l'eau un peu inrérieur à la claie, aha qu'elle ail le temps dew lancer fous l'action du pistonnai;e, et qu'elle Tienne /buefler en pleine TÏtesse le minerai. Celte précaution est quelquefois nécessaire, avec des charges de matiir» fines et visqueuses, qui se déchireraient en lambeaux sous un efTctprogressir. en ouTrtnl à l'eau uu certain Dombre de canaux, tandia que le choc brusque, ayant moins le temps de se Iranamettrt! d'un point t l'autre, remet plus netleinent chaque gnîn dans ton indépendatice.

CRIBLAGE A LA CUVE. 745

(1, page 727). En un mot, c'est la relation (3). Tant que la vitesse croissante v n'a pas atteint la valeur spéciale Y, qui est déterminée par cette formule, l'action du courant ne fait que soulager de plus en plus la claie, de la pression exercée sur elle par le grain immobile ; mais elle est insuffisante à en détacher ce dernier.

Si, au contraire, la vitesse, qui est arbitraire, comme l'effort même que l'on imprime au piston, atteint et dépasse la valeur V, le grain abandonnera la claie. Il sera soulevé, et entraîné par le flot.

Lorsque le piston revient dans sa course inverse, le liquide se relire à sa suite, et rentre dans la cuve. La charge retombe donc, et se classe dans ce mouvement oscillatoire. Mais il est facile de voir que ce ne sera pas exactement de la même manière qu'avec les appareils à eau stagnante.

1318 — On aperçoit de suite cette distinction essentielle, que la vitesse relative (si l'on veut continuer, par analogie avec les appareils précédents, à lui rapporter l'influence classificatrice) possède nécessairement, par rapport au grain libre, et non adhérent à la claie, une vitesse supérieure à la limite V (variable avec le grain), à laquelle, au contraire, elle reste nécessairement inférieure, dans le criblage en eau stagnante, puisque Y constitue alors la limite vers laquelle elle croît asymptotiquement. Cette différence est évidemment capitale.

Une conséquence très grave, qui en découle immédiatement, est que le classement ne saurait utiliser la première phase (n^ 1314), la plus utile de toutes, puisqu'elle opère directement d'après la densité. En effet, cette phase n'existe plus avec le système actuel, et le nouveau fonctionnement commence, non seulement après que la vitesse v a traversé toutes les valeurs qui correspondaient à cette première période, mais, en outre, toutes les valeurs possibles de ce genre de mouvement, et même la limite V que, théoriquement, elle ne saurait atteindre dans le premier cas. De là, en principe^ une infériorité incontestable des bacs à piston sur les lavoirs à eau stagnante.

1319 — il ne faudrait pas, à cet égard, objecter que la descente du minerai, dans ces derniers appareils, s'accompagne forcément

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de la remontée d'un égal volume d'eau. Ce mouvement du liquide n'est alors que Yeffet de celui de la charge, provoqué directement par rinfluence naturelle de la pesanteur; tandis que, dans le nouveau mode, il en est la causer développée par l'action artificielle du pistonnage. Il ne précède donc pas, comme dans le bac à piston, la mise en train de la charge, et, par conséquent, on retrouve, à chaque descente, un instant de vitesse nulle de l'eau, que Ton n'a jamais pendant le mouvement du minerai dans le bac à piston. Or c'est l'existence de cet instant, suivi nécessairement, en raison de la continuité, de valeurs infiniment petites de la vitesse, qui donne lieu aux conséquences développées au n*" 1314, et que nous venons de formuler comme un titre de supériorité, pour le principe du lavage en eau stagnante.

En dehors de ces considérations un peu délicates, il n'en est pas moins vrai que la simplicité du bac à piston lui a procuré, dans la pratique, une très grande extension.

1320 — Retour d'eau, — L'attention s'est portée, dans ces derniers temps, sur un point d'une grande importance, connu sous le nom de retour d'eau, ou mieux succion^ que M. Marsaut a encore analysé avec beaucoup de sagacité (*)•

Nous venons de voir que le mode d'action de l'eau consiste à acquérir progressivement, sous l'influence du pistonnage, une vitesse suffisante pour lancer le minerai au-dessus de la claie. Lorsque le piston rebrousse chemin, le liquide le suit, et son mouvement change de sens. Sa vitesse a donc passé par zéro, et, par conséquent, elle a dû, avant ce moment, décroître progressivement et repasser audessous delà valeur V, qui lui avait été nécessaire pour entraîner le grain. Celui-ci ne saurait donc plus se soutenir en équilibre, et il retombera de son côté. Sauf la force vive qui l'anime vers le haut, on voit qu'il se mettrait en marche vers la claie, avant l'eau ellemême. En général, cette force vive ne suffit pas pour continuer à le faire monter, jusqu'à ce que Teau rebrousse elle-même chemin.

(*) Nai*saut. Etude sur le lavage de la houille (Bu//, min., 2% VIII, p. 396 et suivantes). — Supplément {Ibidem, p. 441). — Vicaire {BulL min., 2% VIU, 276). — Boutan (Traité d'exploitation de CaUon, III, 163).

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CRIBLAGE A LA CUVE. 747

Le minerai se trouve donc déposé sur la claie, pour se laisser traverser et laver par le courant descendant. Expliquons ce qu'il faut alors entendre exactement par cette expression de lavage.

11 est bien certain que l'effet de ce courant en retour ne saurait ^tre de reprendre les morceaux qui se sont déposés à la partie inférieure pour les remettre par-dessus. Mais, indépendamment des morceaux qui ont trouvé leur équilibre dans ce dépôt, il existe des particules absolument ténues, que Ton désigne ordinairement sous le nom de mourres. Théoriquement, ces poussières devraient être éliminées, puisqu'il est entendu (n® 1506) que Ton traite des matières préalablement classées; mais nous avons vu (n** 1298) qu'il ne saurait en être ainsi rigoureusement ; et, de plus, lors môme qu'elles eussent été toutes supprimées, a priori, il se reformerait •encore de nouvelles matières fines, par l'usure due à la friabilité des charbons que Ton soumet à ce traitement.

En raison de la valeur considérable que prend le rapport de leur surface à leur volume, rapport qui est proportionnel à l'inverse du diamètre, ces corpuscules obéissent, avec la plus extrême facilité, à l'action impulsive de l'eau. Ils se glisseront, par suite, avec elle dans tous les interstices, à travers lesquels elle effectue sa retraite. Les uns restent alors dans le charbon, en empêchant de le démourrer. Les autres achèvent de traverser le dépôt, et passent audessous de la claie, dans la cuve, au fond de laquelle ils se déposent, sous le nom de limons.

La production de ces derniers sera donc surtout facilitée par la nature grenue de la charge, qui procure des canaux plus largement ouverts pour cette circulation. On y verra naturellement dominer les schlamms les plus inférieurs, c'est-à-dire les plus terreux, qui se trouveront, en raison de leur situation dans la stratification générale par équivalence, les plus rapprochés de la claie. Sous ce rapport, la formation des limons sera une cause de purification du combustible et d'atténuation de sa teneur en cendres. L'on doit, dès lors, la considérer comme une circonstance favorable.

Mais si la pureté des fines augmente, en raison d'une friabilité particulière de la houille, ordinairement plus marquée que celle des charbons barrés, cet effet deviendra, au contraire, préjudi-

ciable, et l'on devra regarder comme utile, jusqu'à un certain point, l'empâtement de la charge par des poussières, qui tendent à boucher tous les canaux ; bien qu'il puisse sembler paradoxal de voir, dans la présence de ces fines, un prései'vatif contre la filtration des limons. Eh outre, on a cherché à constituer, pour ce cas, des bacs sans retour d'eau.

1321 — Nous ferons d'abord remarquer, à cet égard, que le lavoir Marsaut ne présente pas cette circonstance. La charge y descend, en effet, sans cesse; et le liquide, loin de prendre des mouvements descendants, reste stagnant, sauf de légers déplacements ascensionnels (n^* 1319).

Pour diminuer le recul de l'eau dans les bacs à pistonnage, on a d'abord employé le piston creux, à clapets s'abattant vers le bas. Ces soupapes s'appliquent sur leur siège, pendant le mouvement descendant ; mais, à la montée, elles retombent, et le piston, percé d'une large ouverture, peut reprendre son niveau initial, sans solliciter l'eau à rétrograder, avec la môme énergie qu'il a mise à la pousser en avant.

Cette solution n'est cependant qu'approximative. On a cherché 5 l'améliorer, en employant, pour la commande, des organes de transmission qui agissent inégalement dans les deux sens (*). On donne ainsi le coup dur en descendant, aOn d'attaquer la charge avec ensemble, et l'on relève plus doucement, pour diminuer la succion.

Mais la véritable solution de la question consiste dans l'emploi du clapet de retenue^ qui laisse passer l'eau foulée par le pistonnage, en s'opposant absolument à tout retour en arrière. Le bac se trouve alors transformé en une véritable pompe.

1322 — Il est clair que lorsque l'on est arrivé à supprimer, ou tout au moins, à restreindre le recul d'eau, il faut remplacer, dans le compartiment de pistonnage, le liquide qui a été refoulé dans la cuve. A cet égard, deux types peuvent se présenter.

Ou bien la même eau accomplit un circuit quelconque, pendant lequel elle s'épure plus ou moins, en déposant, dans certains com-

(') Haton de la Goupillière {Traité des mécanismeê, 72).

CRIBLAGE A LA CUVE. 749

partiments, les troubles dont elle s'est chargée, de manière à en débarrasser la charge (*).

Ou bien, on alimente incessamment d eau pure, et le liquide définitivement éliminé traverse de grands bassins d'épuration, où Ton reprend, après clarification, les schlamms charbonneux. Ces bassins sont alors au nombre de deux, afin que Tun d'entre eux puisse toujours fonctionner, tandis que l'autre est mis à sec pour le curage. Le bac constitue alors, à proprement parler, le lit d'un véritable cours d'eau. Au contraire, avec les précédents, on opère avec une portion de liquide toujours la même, et l'on se borne à renouveler les pertes, dues à l'imprégnation des charges que l'on retire mouillées.

13123 — Lavoirs continus. — A un point de vue très différent du précédent, les bacs à piston se rangent encore en deux catégories : les lavoirs continus ^ ou discontinus.

Ces derniers, qui sont les plus anciens, exécutent des opérations successives et distinctes. Leur jeu est intermittent. On y verse une charge, on lui imprime un nombre suffisant de coups de piston, on arrête le jeu de cet organe, on fait écouler l'eau, et Ton partage, avec des raclettes ou des tranchoirs, la charge stratifiée, de manière à séparer les diverses sortes, qui sont versées dans des récipients distincts.

Dans les lavoirs continus, l'action ne s'arrête jamais, si ce n'est lorsqu'il y a lieu à quelque réparation. Les matières y sont déversées sur un point, convenablement choisi, à l'état de courant continu, alimenté par un distributeur approprié. Elles se classent et se stratifient, en recevant un certain nombre de coups de piston pendant leur traversée de l'appareil, dont la durée varie avec la longueur de ce dernier. La sorte la plus légère franchit un déversoir immergé sous le plan d*cau, et se rend dans le compartiment qui lui est destiné. La catégorie la plus lourde glisse sur le fond, passe sous un seuil, et arrive ainsi dans un autre récipient.

('] Cette réapparition du même liquide dans la cuve prend ellc-mèmc le nom de retour deaut ce qui peut prêter & queltjue confusion avec le recul de Veau qui s'opère à ti'avers la charge. 11 semble donc préférable d'affecter exclusivement, & ce dernier effet, l'expression de tuccion.

Des étévatcurs, analogue aux norias, plongent respectivement dans ces deux enceintes. Leurs godets à claîres-voies laissent Cllrer le liquide, une fois qu'ils sont émergés. Ils remontent les matières à un niveau supérieur, pour les livrer à de nouvelles opérations, ou les déversent sur des couloirs, qui les chargent dans les trémies destinées à les recevoir définitivement.

Dans'd*autres cas, on se sert de roues à palettes, qui écrément la superficie incessamment renouvelée, dans les deux compartiments de séparation. Elles remontent les fragments sur un petit coursier, et les jettent au dehors, avec un peu d'eau. Ces matières tombent alors dans une auge transversale, qui borde toute une série de lavoirs, et dans laquelle une vis sans fin, en tôle, détermine une translation générale jusqu'à l'extrémité, où s'opère le chargement. Il est bon alors, au lieu de donner aux palettes toute la largeur du compartiment, de partager celle-ci en plusieurs travées, en plaçant ces palettes partielles en retraite les unes par rapport aux autres. De cette manière, on détermine, dans le liquide, un clapotis général, qui perd moins d'eau, que les vagues périodiques produites par le premier dispositif.

La continuité présente évidemment de grands avantages, qui ont I)rocuré, à ce genre d'appareils, une grande expansion. Il n'en est pas moins vrai que l'on obtient, en thèse générale, un résultat plus net, et mieux fini, avec le lavoir discontinu, dans lequel on n'abandonne une chhrge, qu'après avoir poussé son traitement jusqu'au point le plus favorable, sans troubler cette opération par l'arrivée incessante de nouveaux matériaux (').

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BJkCH A PISTOIM — TYPES SPECIAUX

f 3;24 — Pour donner un corps à ces généralités, je décrirai ici sommairement un certain nombre de bacs à piston, choisis parmi ceux qui présentent une grande importance industrielle, ou, tout au

(») CRM, 1879, 39, Barelta; 71, Wéry.

Fig. TW. Lavoir CrarUa.

CRIBLAGE A LA CUVE. 751

moins, quelque idée originale, et qui mérite d'être signalée en passant (').

Lavoir Graffîn. — Le lavoir Je la Grand'Combe (*) présente une sole carrée (fig. 780) de l^.SS de côté, formée de deux Umis métalliques , entre lesquels se ti-ouve emprisonnée une couclic de gravier, destinée a amortir le recul de l'eau et des mourres, au moment où remonte le piston, qui est commandé par un excentrique. Cet organe imprime un mouvement doux, quoique irrésistible, bien en rapport avec la résistance offerte par le gravier, qui en régularise l'effet. La claie supérieure présente une certaine inclinaison, à partir de la trémie de chargement. II suit de cette diminution progressive d'épaisseur, que l'eau se dérobe plus facilement à l'autre extrémité, lors du retour du piston, d'où la production d'une sorte de vague, qui aide, ainsi que la pente elle-même, à la propulsion de la masse, de la lêtc vers le pied du bac. Cette progression favorise

(') Indépendamment des appareils dont la descripUon trouve ici sa place, je cilerai cneore les lavoirs suivants : lUrard, qui a donné, en 1X51, l'impulsion décisive au lavage des houilles; Annate», 5% IX, 147; Bull, min., 1". Il, 5: Boutan, III, 1011. — Bcrnai-d (Affaire des lavoirs Evrard et Harsaul, id. VU). — Brunton lAnnala, i; Ht, 527, Burlon). — Detuurbay et Scheuren (JIAiioiret de la Société du iugéuirur» civil; 3* sûrie, IS- année). — Forey. — Lavoir àsclilammsde lamine de Heiniti (^nnaJet, 7', II. UOJ. — Huet cl Geyier (Robert. Bail, min., I", XV, 610: Muet et Ge;ler. Préparalio» dtt miiirrai*. in-8°. Paria, 1888, p. 15). — Uejmcr et Coppée (Bull, min., î\ ÏIIJ, 45t).— Pluinb (Sauvage, Annalei, 7', VU, 2i*). — Ractmadouï, qui a été le pi-euiîor en dalc, en ISIO; Durât {Épuration de la houille, in-4*, 1881, p. 13). — Itenodieret Porchère {Bull, min., 2-, 1, 495: CRU. 1878, 314, 235; 1879. 38, 71). — Revollier, ReirolL (Aiina/et, T, II, 133}. — Riviéi-c {CRM, février 1878, 21). — Schucb ferma nn et Ki-eraer {CliM, ISSl, 80). — Sievers {Annalei. T. Il, 135). — Ulr.iJ (Oppennanii, Annala. 7-, Jl, 274).— Ilubermann. Uberden Anlrieb der Setzmascbinetikolben {Deiy-und llûlltnmaanitcfte» Jahrbueh. XXVllI. 1).

(*) Marsaut {Bull. min. 2-, VIEI, 458). — Boutan {Trailé d'exploitation de Gallon, III, 750).

l'arrivée d'une nouvelle quantité de matière à laver, par la trémie qui la verse près du fond. Le schiste s'y trouve, par conséquent, tout porté, et les pulsations que subit le mélange, pendant son trajet longitudinal, n'ont qu'à faire remonter le charbon à la surface. La même vague favorise également le sauf, que ce dernier doit effectuer par-dessus le seuil terminal. Il tombe ainsi dans l'auge transversale, qui dessert une batterie de semblables bacs, et dans laquelle une vis sans fin détermine la translation des matières. Quant au schiste, il s'accumule progressivement sur le fond du bac. Lorsque l'on juge qu'il a acquis une épaisseur suffisante, on arrête un instant le fonctionnement, on écréme le charbon de la partie supérieure, et l'on enlève les rochers à la pelle. Le pistonnage est lent, à cause de la résistance qu'oppose le gravier. On ne donne que 12 coups par minute, mais on porte leur amplitude à 0",25. On traite ainsi, en 10 heures, 12 à 20 tonnes de menus, de 20 millimètres au plus, que l'on réduit, d'une teneur comprise entre 1 6 et 25 7o de cendres, au chiffre de 5 à 1 1 7o- La consommation d'eau est de 5 à 6 mètres cubes par jour, et la force motrice, d'un demi-cheval environ.

1325 — Lavoir Sheppard. — Dans cet appareil (*), employé à

Dowlais (fig. 781), le piston A se meut dans le compartiment B. Il chasse l'eau sous la claie G, en y classant les matières. La pente générale les fait couler peu à peu, depuis le point de chargement situé à gauche, vers les seuils de décharge. Le charbon lavé franchit le déversoir E, pour tomber dans l'auge inférieure.

Le schiste, en s'accumulant sur la claie, passe par F dans l'auge supérieure. Les matières sont retirées de ces deux compartiments par des

Fig. 781. Lavoir Sheppard (diagramme schématique).

élévateurs e, /*, immergés, jusqu'au plan d'eau du lavoir, dans

(*) Harvey. On Coal-washing (ProceeJings oftke Institution of civil Engineen, LXX).

CRIBLAGE A LA CDVË. 755

des gaines latérales où s'exécute leur mouvement. L'eau, proi jetée par le pistonnage, passe également au déversoir E, et remplace, dans l'auge inférieure, celle que le piston rappelle, en remontant, à travers les clapets D, largement ouverts afin d'amortir, autant que possible, la succion à travers la charge. Leur effet a paru assez satisfaisant, pour permettre de supprimer le clapet de retenue, établi autrefois dans le passage qui fait communiquer le compartiment de pistonnage avec la cuve, en vue de supprimer tout recul de l'eau. On arrive ainsi à passer, en 10 heures, 300 tonnes d'un charbon un peu gros, et débarrassé de ses poussières. On ne change l'eau que lorsque l'on nettoie l'appareil, toutes les semaines, ou tous les mois, suivant la nature du combustible.

1326 — Lavoir à couronne Evrard. — M. Maximilien Evrard a imaginé un appareil de criblage d'un type absolument spécial, et qui se distingue, en outre, par des dimensions tout à fait exceptionnelles. Une grande couronne circulaire de 10 mètres de diamètre, formée d'une tôle perforée, tourne lentement autour d'un axe légèrement dévié de la verticale. Ce plateau se trouve donc lui-même incliné d'un angle égal sur l'horizon. Sa rotation est facilitée par un système de galets, analogues à ceux des plaques tournantes. 11 est plongé dans l'eau, de telle sorte que la charge émerge pendant un tiers environ de la rotation. Un piston central imprime, au liquide, une centaine de pulsations pendant la traversée. Les matières sont données par un distributeur, et immergées immédiatement après par la rotation. Elles se classent dans le trajet. A l'autre extrémité, des palettes écrément les produits et les déversent dans les couloirs respectifs, qui les conduisent aux wagons préparés pour les recevoir. Cet appareil méritait d'être cité pour sa disposition originale, mais il est d'un entretien très coûteux, et ne s'est pas répandu (*).

(')Il a été construit à Épînac, sur un axe incliné; et à I\oche-]a-Moliëre, avec un axe vertical pour plus de simplicité. On reprend alors sous reau, & l'aide de dragues, les matières classées.

754 PRËPARATIUN MÉCANIQUE DES MUTERAIS.

13%7 — Lavoir à vapeur Evrard. — I>e même ingénieur esl l'auteur d'un autre appareil de lavage, établi sur des dimensions considérables ('). Il se distingue immédiatement de tous les autres bacs à piston, par une différence analogue â celle qui sépare, des pompes ordinaires, les pompes à action directe (n* 967). Le piston y est, en effet, supprimé, et son action remplacée par le contact direct avec la vapeur, dont les admissions périodiques viennent comprimer la surface de Teau.

Le système se compose {fig. 782) d'une cuve de lavage ronde ou i-ectangulaire, ouverte par le haut, et présentant 5 à 6 mèti-es carrés

l') Bull, min.,1", K; ï*. H. Mi; ï; VI, «». - Bull. Soc. rfe,»:., jantier 1875.

CRIBLAGE A LA CUVE. 755

<\e section sur 7 à 8 mètres de profondeur, sans toutefois que ces dimensions aient rien d'absolu. Une cuve de pistonnage, de même section, mais de moindre hauteur, et fermée a la partie supérieure, communique avec la précédente. Il suffit donc d'admettre la vapeur au sommet de cette enceinte, pour refouler Teau qu'elle renferme, vers la cuve de lavage. Dans ce mouvement, le liquide traverse la claie placée à 2 mètres du sommet de cette cuve, ainsi que la charge, d'environ 4 tonnes, qui s'y trouve placée. L'opération est conduite de la manière suivante.

On ouvre le robinet de vapeur, pour mettre la cuve de pistonnage en pression, et relever l'eau, d'un mètre à peu près, au-dessus de la claie. On y fait alors tomber la charge à travers une grille, pour la mieux diviser, afin qu'elle se mouille convenablement. On imprime ensuite un certain nombre d'impulsions au liquide, de manière à le faire remonter à travers le charbon, soit d'un mouvement progressif et toujours de même sens, bien qu'intermittent, soit d'un mouvement alternatif, dans lequel, toutefois, l'ascension l'emporte en définitive sur la descente, suivant l'allure qui semble préférable. Lorsque l'eau est parvenue à la partie supérieure de la cuve, on ferme l'admission, et l'on met à l'échappement. Pour recueillir les produits, on admet la vapeur dans un troisième récipient, appelé cuve de pression. Elle y exerce sa tension sur la surface du liquide, qui la transmet au piston de l'élévateur. Celui-ci enlrve alors la claie jusqu'à la partie supérieure, en déversant, dans un décanteury l'eau qui se trouve soulevée, en raison de l'imperméabilité de la charge, surmontée d'une couche de limons, qui ont été lavés par le courant hors de la charge, et s'y déposent, en partie, pendant le temps d'arrêt que l'on ménage dans ce but. La charge est alors découpée en tranches, à l'aide d'un racloir,comme nous l'avont déjà vu dans une autre occasion (n° 1315). Avec les dimensions qui ont été indiquées, la production peut atteindre 200 tonnes par jour(').

f 3!28 — Bac de Moresnet (*). — Après ces appareils, spécia-

(*) Cet appareil a été installé à Hontcel-Sorbiers, Givors, la Ghazotte, Roche-la- Holière, {*) Natrot, Annaieê, G*, XU.

lemcnl deslinés au lavage des combustibles, je décrirai, comme exemple d'application aux minerais métalliques, le bac à piston continu, à deux tamis, de la Vieille-Montagne (fig. 7Sô et 784).

Fig. TS^, T81. Bac

La lavée est donnée à l'aide d'une li^^mie, dans ta travée de droite. Elle y subît un premier clussemenl. Le plus lourd Tonne une couche sur le fond, et s'écoule uniformément, par l'orifice affleurant à la claie, el le tuyau de plomb qui s'y rattache. Le débit est réglé à l'aide d'un petit registre placé à l'extrémité, el d'après le degré d'inclinaison que l'on donne au tuyau. Une seconde inatièitriclte eonsliluc un horizon intermédiaire, el alimente le second ori- Jice, [ilaeé à un niveau supérieur au premier. Le surplus franchit le seuil, proportionnellement au temps, et s'élale sur le second tamis. Il y foime encoi-e, sous l'influence du pistonnage, deux couches de moins en moins riches, que l'on évacue de la même mamèa'; et le stérile s'écoule enfin par-dessus le dévci"soir.

Le piston est actionné par un excentrique, dans un compartiment voisin, lequel est muni d'im clapet de fond, destiné à expulser, de temps en temps, les schiamms qui s'y accumulent.

Les orifices ouverts dans la paroi présentent le défaut d'exercer, par le fait de cet écoulement, un appel dissymétrique sur les diverses couches. On a cherché à y remédier, au moyen des cloches d'évacuation (fig. 785). La sortie des matières de la surface

CRIBLAGE A LA CUVE. 757

s'effecluant toujours ea déversoir, celle de la couche inférieure se produit alors d'une manière régulière, à travers le tube annulaire, dans lequel elles s'engagent pardessous , en s'y élevant sous la pression de la charge, à peu près comme le font, dans des vases communiquants, deux liquides de densités différentes. La matière lourde finit par atteindre la fenêtre, qui lui donne issue dans le tube d'évacuation. Les tuyaux sont à coulisse, pour per- Fig. 780. cioche

' * d'évacuation.

mettre de régler les niveaux, et, par suite, l'écoulement, ainsi que la durée du séjour des matières, en vue de concilier le degré d'activité désirable, avec le bon finissage de l'enrichissement.

±3Z9 — Crible du Hariz à fond filtrant ^ lavoir à feldspath. — Bien que, dans l'appareil précédent, l'action soit rendue symétrique pour toutes les directions, autour du centre de la claie, il subsistera encore une certaine inégalité, dans l'appel exercé à diverses distances, et, par suite, des perturbations suivant la hauteur. Pour les faire disparaître, il suffirait (en se plaçant, pour un instant, à un point de vue abstrait), d'imaginer que l'on multiplie indéfiniment ces cloches, dans toute l'étendue du tamis. Il est bien évident, à la vérité, que si l'on venait à la réaliser, une telle complication dépasserait de beaucoup l'avantage obtenu. C'est pourtant à un mécanisme d'évacuation tout à fait identique que Ton est arrivé, en constituant Tun des appareils les plus simples, les plus élégants, et les plus efficaces de la préparation mécanique : le crible à fond filtrant^ souvent appelé crible du Hartz (*).

Imaginons que l'on veuille traiter une matière calibrée avec soin, et dont je désignerai le diamètre par n millimètres. On formera le fond du bac (fig. 786, 787) d'une tôle perforée, dont les trous présentent un diamètre un peu plus grand, par exemple n -f- 1 millimètres, pour fixer les idées. Dans ces conditions, il est clair que la

(») Landrivon. Cribles à feldspalb [Bull, wim., 2', XU, 593). — Crible de Saint-Éloy [CRM, 1881» 220). — Malrot, AfterseUmaschine (/Inna/e*, 6% XII, 355). — Pernolel [Annales, ?•, H). — Derg-und HûUenmànnùche Zeilung, décembre 1867.

7ÔK PRÉPARATION MÉCANIQUE DES HlHERAiS.

charge entière filtrerait immédiatement, surtout en présence de l'eau, et sous l'influence des secousses- Maison a soin de Iransfoi^ mer ces Irons innombrahles en autant de soupapes d'évacuation. A cet elTet. avant de verser la chai'ge sur la claie, on recouvre celle-ci d'une couche mince de grenailles, trop grosses pour pouvoir la traverser, el présentant, par exemple, un diamètre minimum de n + 2 millimètres, ainsi qu'une densité légèrement supérieure à celle de la sorte la plus lourde. Nous désignerons ces gi'ains sous le nom de clapets, pour les distinguer de ceux qui constituent le minerai. Cela posé, il est Facile de concevoir la manière dont les choses se passeront.

Lors du coup de fouet, imprimé sous la claie par l'action du pistonnage, les clapets se soulèvent pour livrer passage à l'eau. Avec eux, se trouve enlevée toute la charge. Cet ensemble retombe aussitôt, pour se soulever de nouveau, de manière à proi sala Giirante duirc Ic classemcut, dans les conditions (coups iransveniio). ordinaires du bac à piston. I.es clapets,

en raison de la supériorité de leur densité et de leur diamètre, continueront à occuper le fond. Seulement, la précision de la levée el de la chute de ce rideau ne saurait être telle, que les derniers gi-ains de la charge, formant en quelque sorte sa pellicule la plus inférieure, ne se glissent au milieu des clapets, de manière à aborder eux-mêmes les trous. Mais cela ne saurait arriver en aucune façon.

FIg. 787.

CRIBLAGE A LA CUVE. 759

en raison de leur éloignement, pour les éléments destinés aux couches supérieures, qui sont versés d'une manière continue dans cette région 2|vec l'ensemble des matières, et ne peuvent, d'après leur équivalence, traverser l'épaisseur de la charge, pour pénétrer dans ces profondeurs. Dès qu'un gi'ain de minerai a réussi à se glisser jusqu'à la grille, il chavire à travers un des trous, et tombe dans le fond de la cuve. 11 s'opère ainsi une filtration continue (*), portant exclusivement, je le répète, sur la sorte la plus riche et la plus concentrée. Au contraire, les stériles, qui se réunissent à la surface, sont évacués, comme à l'ordinaire, en déversoir. Lorsqu'une quantité suffisante de bon à fondre se trouve accumulée dans la cuve inférieure, on soulève, à l'aide d'une tige, la soupape de fond, et Ton donne une chasse pour la recueillir, après quoi Ton restitue une quantité de liquide équivalente. Dans certains cas, cet orifice reste ouvert en permanence, et réglé avec précision, de manière à expulser les matières d'une manière continue, en perdant le moins d'eau possible. La consommation dépasse alors un tiers de mètre cube par minute.

Tel est le jeu de ce remarquable appareil, qui constitue un excellent finisseur. Portons maintenant notre attention sur les diverses parties qui le composent.

1330 — Le choix des clapets doit être fuit attentivement. Le plus simple est de prendre de grosses grenailles de la substance riche elle-même, c est-à-dire, par exemple, de galène, pour le lavage d'un minerai de plomb. On apporte ainsi, par l'identité des densités, le plus de délicatesse possible, pour permettre au minerai de se glisser au milieu des clapets. En même temps, le diamètre supérieur de ces derniers leur assure une équivalence suffisante, pour les maintenir sur la claie, et les empêcher de remonter. Le plomb de chasse convient bien aussi, par sa forme rigoureusement sphérique, qui fournit un véritable clapet en postillon (n* 921), et assure la fermeture des trous.

(*) Cet efTet est si nettement accusé, qu'il détermine la production d'une véritable foixe^ d'une succion, d'un appel, ti*és légers sans doute, mais que l'on ressent facilement en immergeant la main dans la charge, pendant le ptstoiinage.

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Pour le lavage de la houille, on a employé les matières les plus diverses de densité un peu supérieure à celle du schiste : de petits galets de rivière, le basalte, la fluorine, la barytine, le quartz, le feldspath. Cette dernière substance domine exclusivement en Allemagne (*), et a motivé, pour ce genre d'appareils, la dénomination de lavoirs à feldspath. Leur jeu ne diffère de celui des cribles du Hartz ordinaires que par celte circonstance, que la matière utile s'échappe en déversoir et le stérile par le fond, à Tinvei-se de ce qui a lieu pour les minerais métalliques.

Le feldspath se recommande par sa forme cristalline, à arêtes dures. Celles-ci servent de charnières, pour permettre aux clapets des mouvements de bascule, qui découvrent les ouvertures, sans qu'il soit pour cela nécessaire que ces corps s'enlèvent entièrement au-dessus de la claie. On a même soin de renouveler les cristaux, dès que leurs arêtes s'arrondissent. Depuis l'introduction de cet artifice, on a complètement renoncé à l'emploi des petits galets de rivière, dont la forme arrondie est tout l'opposé de la précédente. Mais des essais, faits en France, semblent indiquer une réelle supériorité en faveur de certains quartz très communs, qui se clivent en tables, et s'usent encore moins que le feldspath.

L'épaisseur de la couche de clapets est d'autant plus grande, que l'on cherche à gêner davantage, et, par conséquent, à ralentir l'éva cuation, en prolongeant la durée du traitement pour perfectionner l'enrichissement. Cependant elle ne dépasse jamais 2 centimètres pour les grenailles métalliques et 8 centimètres pour le feldspath. On la réglera, dans chaque cas, par tâtonnements.

1331 — Un second point très essentiel consiste dans la fréquence et la nature des secousses. Leur nombre varie depuis 60 ou 80 coups par minute, pour de gros sables de 2 millimètres, jusqu'à 200 ou 300, et même, exceptionnellement, 400 coups, pour des schlichs voisins des schlamms.

Un lavoir à feldspath peut, à raison de 100 ou 150 coups, passer

(*) I.e feldspath des lavoirs allemands est tiré, presque universellement, d'un filon de Norwége. Sa densité varie de 2,54 à 2,62.

CRIBLAGE A LA CUVE. 761

de 6 à 8 tonnes par jour, avec une consommation de 20 mètres cubes d'eau. On arrive ainsi à des teneurs en cendres de 10, et même parfois 5 7o- Mais ces chiffres sont essentiellement relatifs. 11 n'est évidemment pas au pouvoir de Tapparcil le plus perfectionné, de réduire la proportion de la matière terreuse finement disséminée, qui est incorporée à la houille, si telle est la nature du combustible. Quant à la partie stérile, qui est distincte du charbon, et peut, en principe, en être séparée, il y aura lieu d'examiner si l'insistance qu'il sera, pour cela, nécessaire d'apporter dans le traitement, n'est pas de nature à entraîner des pertes de produits mixtes, dont la valeur intrinsèque dépasse la plus-value, ainsi réalisée pour la sorte marchande.

L'amplitude des oscillations varie, dans les mêmes circonstances, de 10 à 5 millimètres, et se réduit môme, pour les substances les plus fines, à un simple tremblement. On peut faire varier cette excursion, sur un nïême appareil, an moyen d'un artifice très simple, qui consiste à commander le piston, non pas avec un excentrique ordinaire unique, monté directement sur l'arbre, mais à l'aide d'un système de deux excentriques, dont Tun porte le noyau de l'autre, et que l'on peut caler dans des situations arbitraires. L'excursion résultante peut être ainsi réglée à volonté, entre un maximum et un minimum, qui sont la somme et la différence des deux excentricités.

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