DURÉE DES CABLES
730 — La durée des câbles doit être discutée à la fois aux deux points de vue, respectivement opposés, de la répartition de leur prix d'achat sur un tonnage aussi important que possible, et, ^'àutre part, de la sûreté du personnel, en même temps que des entraves que subit le service en cas de rupture. Il est inutile d'ajouter que la question de sécurité doit nécessairement primer toutes les autres.
11 n'est pas possible de poser à cet égard de règles absolues. On voit, dans une atmosphère humide et viciée, des câbles mis hors de service en moins d'un an. Dans un air pur et sec, ils atteindront facilement dix-huit mois. On a signalé des durées de deux et trois ans, sous le contrôle d'une surveillance attentive. A conditions égales, la carrière des câbles ronds peut dépasser d'un quart, ou de moitié, celle des câbles plats.
Quand on a lieu de penser que l'existence d'un câble est arrivée à plus de la moitié de sa durée, on procède quelquefois à son retournement, en le renversant du haut en bas. L'extrémité supérieure est en effet plus fatiguée que l'autre, puisqu'elle supporte, outre la cage, la totalité du poids du câble. De plus, elle s'applique sur les bobines avec de moindres rayons de courbure, tandis que la portion inférieure vient se superposer sur les premières épaisseurs. Cependant il convient de dire que l'utilité de cette pratique est révoquée
(i) Écho de* mines, 1877, 599. — Bévue industrielle, 1881, 330, 243, 279.
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en doute par un grand nombre d'ingénieurs. Elle est, en outre, naturellement impossible avec les câbles diminués, dont le gros bout doit, de toute nécessité, rester à la partie supérieure.
On a également préconisé le changement de côté pour Tenroulement, de manière que la face supérieure du câble passe en dessous, afin d'égaliser, entre les deux moitiés de l'épaisseur, les effets de Tassouplissement. Cependant cette dernière interversion ne paraît guère avoir été appliquée, que lorsque le câble s'enroulait mal d'un côté.
Dans les machines ordinaires, l'un des câbles s'applique dans le même sens, à la fois sur les molettes et sur les bobines; le second, au contraire, s'enroule successivement dans deux sens opposés (fig. 519). Ce dernier sera naturellement le plus fatigué par cette épreuve plus prononcée de sa souplesse. On a soin, pour ce motif, d'intervertir au bout d'un certain temps, les rôles de ces deux câbles. On a signalé, de ce chef, des augmentations de durée de 20 à 40 7o P^ur Taloès, bien que cette conclusion ait été ailleurs absolument révoquée en doute. En ce qui concerne los câbles métalliques, on est plus uniformément d'accord pour admettre une prolongation, qui a semblé varier, suivant les cas, de 10 à 33 "/o*
Le câble se fatigue beaucoup par sa partie inférieure, qui plonge dans lea eaux acides. En outre la patte^ qui l'unit à la cage d'extraction, subit directement l'allongement dû aux à-coups. On doit recommander avec insistance à cet égard de fréquents coupages à la patte, qui suppriment périodiquement celte partie si éprouvée. On y trouve en outre l'avantage de changer Vélevage, c'est-à-dire le point d'enroulement sur les molettes qui correspond au moment précis de la mise en tension, laquelle fatigue beaucoup cette partie, en raison des coups de fouet ou coups de molette (n° 756). Il sera bon d'enlever ainsi à la patte 1 à 2 mètres dans le premier tiers de la durée, 1 à 3 mètres dans le second tiers, 2 à 5 mètres pendant le troisième. Ce raccourcissement est d'ailleurs compensé au moyen d'une provision de câble, emmagasinée sous le nom de fourrure dans l'enroulement sur les bobines (n* 756). Les tronçons ainsi détachés sont essayés, soit à l'état de câble, soit par leurs fils élémentaires, de manière à fournir de temps en temps des données sur l'état de conservation de l'ensemble.
28 EXTRiLCHON.
731 — Le câble s'allonge de 4 à 6 7o dans les premiers jours de sa mise en charge. Ensuite sa longueur reste à peu près constante pendant longtemps. Vers la fin, il éprouve un allongement «itraordinairement rapide : jusqu'à 3 % ^ 12 heures. Cet indice est le précurseur d'une catastrophe imminente, si l'exploitant, mnsi averti qu'il a dépassé les limites de la prudence, n'arrête pas le service sur le moment même.
11 est bon, autant que possible, de ne pas renouveler on même iemps les deux câbles d'un puits d'extraction, mais de faire chevaucher la durée de chacun d'eux sur celle du second. De cette manière, on possède toujours un câble plus neuf que l'autre. C'est à celui-là que l'on confiera de préférence les manœuvres les plus délicates. 11 est seulement bien essentiel de ne lui accorder cette confiance qu'après un délai de quelques semaines, suffisant pour qu'il ait fait ses preuves.
Le travail utile d'un câble résulte à la fois du nombre de cordées et de l'importance de l'enlcvage. Il s'évalue, soit en milliards de kîlogrammètres, soit en milliers de tonnes élevées à 100 mètres, pendant la durée totale de son service. Quelquefois on n'y fait figurer que la houille. Dans d'autres cas, on y comprend en outre, avec raison, le poids mort de la cage et des wagonnets, celui de l'eau, des hommes, etc., ce qui peut modifier complètement le résultat du premier point de vue (*). Il serait important que l'on eût toujours, à cet égard, le soin de spécifier avec précision Tinterprétation des chiffres indiqués. Le travail utile d'un bon câble en aloès atteint au moins 200 à 500 mille tonnes élevées à 100 mètres. Il
(^) L*extraction elTectuée par la Société des mines de Lens, en i 882-83, s'est décomposée de la manière suivante : '
Charbon 1067 297 tonnes
Ouvriers 56207 tonnes
Tcires 127 530 —
Escaillage. 53101 —
Fumiers 920 —
Vieux bois 1 393 —
Eau 18.') 886 —
427 048 tonnes 427 048 — Total 1404345 tonnes
arrive plus rarement à 400; on a cependant cité le chiffre de 500. En ce qui concerne l'acier, la statistique de Tannée 1879 pour le bassin de la Ruhr a donné, pour les câbles ronds, une moyenne de 41 milliards de kilogrammètres , et un prix de revient moyen de OS09 par million de kilogrammètres, chiffre qui s'est abaissé, dans des cas exceptionnels, à 0',03 et môme à 0S02.
732 — Il est bon d'associer les responsabilités de l'exploitant •<ît du fabricant de cûbles. Le projet s'établit sur les données fournies par le premier, d'après les études spéciales et Texpérience 4icquise par le second, contrôlées par une discussion commune. On doit recommander encore l'usage de visites périodiques hebdomadaires, ou au moins mensuelles, dont nous avons déjà parlé <n* 724), eflectuées, à moins que la distance s'y oppose, par le fabricant ou ses délégués, sans préjudice de celles dont reste chargé l'agent de la mine qui a la responsabilité des câbles. Un registre îspécial sera ouvert pour y consigner toutes les circonstances de la fabrication du câble, et y mentionner ensuite toutes celles qui viendront à se produire pendant le cours de son emploi, particulièrement les ruptures de fils. Il sera, de cette manière, toujours possible de retrouver, à chaque instant, les éléments d'une appréciation plus certaine que ne le permettraient, sans cela, de simples souvenirs, plus ou moins obscurs ou contradictoires.
II est peu d'industries pour lesquelles il soit plus indispensable •de pouvoir se reposer sur la confiance que méritent des fabricants ayant fait leur preuves, et soigneux de leur renommée. Des fraudes <îoupables ont été parfois signalées, avec des provenances d'ordre Inférieur, par suite de l'introduction, difficile à vérifier, de textiles de natures inégales, ou môme d'anciens déchets, dans la partie éloignée des extrémités où peuvent être effectuées les prises d'échantillons. Mais, en dehors de pareils abus de confiance, on ne peut méconnaître que la solidité d'un câble, et, par suite, la vie des hommes, dépendra au pi^emier chef des soins et de Texactitude qui auront présidé à sa fabrication, qualités qu'un examen ultérieur ne saurait mettre en évidence d'une manière suffisamment positive.