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COL'PS DE POUSSIÈRES

183!^ — Étude du phénomène, — Les poussières fines de houille constituent un grave danger en elles-mêmes et, de plus, pour l'appoint qu'elles ajoutent aux ellets destructeurs du grisou. Cette influence paraît avoir été signalée pour la première fois par Robert Bald, en 1828. L'importance de leur rôle a été démontrée en 1845 par Faraday et Lyell {*), et, en France, par M. l'inspecteur général des Mines Du Souich, en 1853 (*). La question a été traitée

(*) Bull, Soc. d'eue, 3*, V, 34, note 1. — Philoiophteal Magazine, XXVI, 16. [*) Rapport sur l'accident du puits Charles, à Firminy

depuis lors par un grand nombre d'ingénieurs, et a fait robjetde nombreux mémoires {*). Elle a été reprise en 1881 à la Commission française du grisou, au moyen d'une importante série d'expériences dues à MM. Mallard et Le Chatelier. Le mémoire publié pai ces savants ingénieurs (') a jeté une grande lumière sur cette question. Depuis lors, la Commission prussienne du grisou a procédé à de nombreuses expériences sur le même sujet ('). La Coramission belge (*), la Commission saxonne ('), et en dernier lieu une Commission spéciale instituée en Angleterre (^), ont également étudia le rôle des poussières de charbon.

On sait depuis longtemps que des matières combustibles de natures très diverses sont susceptibles de faire explosion lorsqu'elles sont à l'état de poussière très fine, en raison de la valeur considérable que prend alors le rapport de la surface exposée à l'action de l'oxygène, à la masse qui subit cette oxydation. Des moulins à farine (^), des fabriques d'amidon ('), de garancinc^, de

(*) Abel, Annalesy 7-, XX. — Vital, Annales, 1875, 186. — Desbief et Chansselle. Bull, min., 2«, lY, 205. — Baretta, CRM, 1882, 108. — Relation du coup de poassièrs de Bézenet {CRM, 1882, 157). — Delafond, Pièces annexées, etc., 2* fasc., p. 7 i6l.- Galloway (Annales, 7*, XI, 229; Bull, min., 2«, VI, 799; VII, 617; IX, 1B7; Bull. Soc denc, 3*, V, 33; Annales des travaux publics de Belgique, XL; Proceedingi ofike royal Society, n» 168; 1884, n"» 232). — Hall et Clark, Bull, min., 2«, VII: Transat HEI, XXV, 244; Chesterfield and Derbyshire Institute of mining civil mechmical Engineers, avril 1878. — Harreco et Morison, Annales, 7% XY, 374; Nortli of Engiami Institute, XXVIH. —Annales, 8% VIII, 620; XIX, 398. — Bull, min., ^. XIV, 135,190. 589; 3% I, 311. — CRM, 1885, 37, 94, 151 ; 1891, 150: 1895, 121, 169. — Rev. mir. d. m., 2-, XVIII, 404; XIX, 420, 457. — Génie civil, VIII, 298; XVII. 343; XXY,576: XXVII, 298. — Daniel. Les Explosifs industriels, le Grisou, les Poussièrtt éi houille, în-8o. — Halleux. Les gaz occlus dans les poussières de charbon. Annales it* mines de Belgique, 1896, I, 73. — Colliery Guardian, 1" mars 1895 et suiTints.

(«) Annales, S; I, 5; IX, 639.

(=») AnnaUs, 8-, VIU, 600; IX, 594 et 639. -- Rev. univ. d. m.. 2*, XVIlï, «9. - Gluckauf, octobre 1884, >'« 81.

(*) Annales des travaux publics de Belgique, XLVII.

(«) Annales, 8', XI, 279.

(«) AguUlon, Annales, 9», VII, 535. — Chabaud, Bull, min., 3*. VI, 507. - CRI 1894, 219. — - Rev. univ. d. m., avril 1895.

C) Bcrthelot, Bulletin de l'Association scientifique de France, n' 564, p- 510. - Transact NEI, XXYI, 194. — LaWTence Smith, Comptes rendus de CÂcadémie ia sciences, LXXXVII, 121. — Joutmal de physique et de chimie, mai 1878. — i^ Mondes, 11 juillet 1878. — Morosso, Annales de chimie, iV, .173. — Génie civil, 188?. 282. — Bauhinc et Macadam, Bull. Soc. d'eue, 12 juillet 1878.

{*) Journal de pharmacie, 4*, X, 61.

(9) CRM, 1878, 245.

poudre de lycopode (*), de fleur de soufre ('), de pyrophore de Homberg ('), etc., ont été le théâtre de déflagrations de ce genre.

Des phénomènes analogues ont été directement observés sur le pulvérin de charbon lui-même, par MM. Petitjean (*), Babilot(*), Veillonf*). Le 24 avril 1889, au puits Branccpethf), une explosion, qui fit six victimes, se produisit pendant le nettoyage d'une trémie ordinairement remplie de charbon broyé, dont les parois étaient tapissées de poussières extrêmement lines de houille. On connaît encore, sous ce rapport, les procédés de Crampton, et de Whclpley et Stores (") pour le puddlage au poussier de charbon, ainsi que les propositions de machines motrices à poussière de charbon (*).

Certains accidents de mine ont été rapportés à cette cause d'une manière indubitable, car on a vu directement la poussière s'enflammer. Le grisou n'avait jamais été observé sur le môme emplacement, et n'y a pas été revu dans la suite ; la flamme était rouge, et celle du grisou est bleue; elle avait brûlé les ouvriers principalement dans la partie inférieure du corps, et carbonisé le pied seulement de fils à plomb employés pour donner un alignement; tandis que la flamme du grisou passe par-dessus la tête, quand elle ne remplit pas toute la section de la galerie. Ce n'est, à la vérité, que dana des circonstances relativement rares, qu'un ensemble aussi concluant de preuves a permis d'affirmer l'absence du grisou; mais la possibilité d'un coup de feu uniquement dû ^ des poussières ne s'en dégage pas moins avec certitude.

11 est également indubitable que les poussiers viennent très fré* quemment mêler leur action, dans une mesure variable, à celle du grisou, au milieu des explosions dues principalement à ce gaz. On

(*) Borgnis, Traité complet de mécanique appliquée aux arU^ 197.

:'! Fissandier. Les poussières (Bull, de V Association scientifique de France^ ii**646. p. 307;.

P) CHM, 1879, janvier, 5.

i*) Burat, Les houillères en 1872, p. 188.

l'i CRM, 1879, 5.

(«) CRM, 1878, 246.

(■) Rev. univ. d. m., 3-, XIX, 204.

(*l ^nna/cs, 7*, Vn, 176.

(^) Dumas (Comptes rendus de V Académie des sciences, LXXXVH, 121), Journal of Franklin Insiitute, 1871. — Annual Report of the Chiefof the United States Bureau ofSteam Engines for 1876. — Engineering and Mining Journal, XXI, 13.

en peut citer pour preuve les dépdts de coke friable qui tapissent souvent les boisages, indiquant que les pulvérins ont subi une distillation et une aggloin^ération.

L'action des poussières peut, d'après cela, être envisagée dans trois conditions bien diiTércntes : d'abord lorsqu'elles sont seules, en Tabsence complète de grisou; en second lieu, quand elles se trouvent en présence d'une dose de ce gaz, incapable parelle-méffle de déterminer une explosion; et, cnfm, loi'squ'ellcs sont mélangées à une proportion de grisou directement explosible.

Dans le premier cas, il est établi que les poussières de houille sont capables de s'enflammer à elles seules, en Tabsence de grisou, et qu'elles constituent un danger spécial, indépendant de celui qui est dû à ce gaz.

Si quelques auteurs sont arrivés autrefois sur ce point à des résultats négatifs, c'est que certains pulvérins sont inflammables, tandis que d'autres, tels que ceux des houilles anthraciteuses, ne le sont pas. En général, on n'a pas obtenu d'inflammation dans les expériences faites avec des charbons contenant moins de 20 \ de matières volatiles; mais on n'a pu établir, à cet égard, aucune règle précise permettant d'apprécier l'inflammabilité des poussières d'après leur composition chimique; il est certain, d'ailleurs» que l'état physique, la ténuité, la pureté, la porosité influent beaucoup sur la facilité d'inflammation.

Les expériences de MM. Mallard et Le Chatclicr ont montré qu'un certain volume de flamme reste nécessaire pour provoquer l'inflammation. Les poussières les plus fines sont Tes plus inflammables; mais, en pratique, cette influence se trouve masquée par cette circonstance, que les grains les plus gros tendent à so déposer les premiers, et qu'après un certain parcours, c'est toujours à peu près le même calibre qui reste seul.

La quantité de poussière a, dans le phénomène, une part importante. 11 faut qu'elle forme un nuage suffisamment épais, sans quoi la sphère de déflagration d'un grain n'est plus capable d'atteindre les autres. M. Gallovvay indique, à cet égard, la proportion d'un kilogramme par mètre cube d'air. Mais cette densité dépend encore de la qualité des échantillons. La Commission Iielge a obtenu des

chiiïres ne dépassant pas 100 on 200 grammes par mètre cube. D'ailleui's les poussières» une fois soulevées, se déposent avec une grande rapidité, et il ne reste plus en suspension, ainsi que nous venons de le dire, que les parties les plus ténues; ce qui, en diminuant la quantité, restreint progressivement les facilités d'in- Hammation.

En fait, la proportion de poussières qui se maintient normalement dans Tair d'un chantier est insuffisante pour constituer un mélange combustible. Il est nécessaire, pour que Tinflammation soit possible, qu'une action mécanique soulève momentanément une quantité importante de pulvérin.

1883 — Dans ces conditions, en Tabsence de grisou, la flamme d'une lampe à feu nu peut donner une langue de feu isolée; mais les accidents qui ont été attribués à cette cause, au milieu des travaux souterrains, ont toujours présenté peu de gravité.

Il n'en est pas de même pour ceux qui résultent de coups de mine ayant débourré. Cette circonstance parait être le moyen le plus efficace de communiquer le feu aux poussières. Dans la portion de galerie atteinte par les gaz brûlants qui s'échappent alors violemment du trou de mine, le poussier déposé sur le sol, ou dans les anfractuosités des parois, se trouve soulevé et s'enflamme. La distillation plus ou moins complète des matières mises en suspension produit une masse gazeuse qui prend feu, et dont le volume s'accroit considérablement par la dilatation due à la température. La flamme atteint dès lors une distance d'autant plus grande que l'action mécanique qui a soulevé le pulvérin a été plus violente, et que cette poussière elle-même est plus inflammable,- suivant sa nature physique ou chimique (*). Les coups de mine les plus dangereux sous ce rapport sont ceux qui sont situés à la sole des galeries ou dont la direction vient la rencontrer près du front. Le nombre des coups débourrant à la fois, l'importance de la charge d'explosifs qu'ils contenaient, exercent aussi une influence certaine sur les résultats produits.

(*; Bfallard et Le Chatelier, Annales, 8', IX, 64i.

762 AÉRAGI;:.

La présence de poussières dans la bourre elle-même suffit pour accroître d'une façon notable la longueur des flammes d'un coup de mine faisant canon. M. Simon a constaté qu'avec du poussier des mines de Liévin, la flamme pouvait ainsi atteindre 20 mètres, en l'absence de toutes poussières dans le voisinage (*)•

Mais le feu peut se communiquer à des distances bien plus considérables, lorsque la sole de la galerie est recouverte de pulvérin, que le débourrage du trou de mine met en suspension. La longueur (les flammes peut même dépasser de beaucoup la région immédiatement atteinte par Taction des gaz de la poudre. Il arrive, en effet, que les poussiers soient soulevés de proche en proche. sur un certain parcours, par le coup de vent qui résulte de leur déflagration au moment du débourrage. Toutefois, cette influence décroit assez rapidement, et la flamme s'éteint finalement à une distance limitée du chantier. Il ne semble donc pas que la propagation puisse ôtre indéfinie, dans une mine de quelque étendue dont toutes les galeries seraient très poussiéreuses.

MM. Mallard et Le Chalelier, en analysant les expériences de la Commission prussienne du grisou, ont indiqué qu'avec les poussières de la mine Pluto, et pour un. coup unique débourrant sous une charge de 230 grammes de poudre noire, la longueur maxima des flammes paraissait limitée à une soixantaine de mètres. Dans des conditions particulièrement dangereuses, cette distance peut ôtre sensiblement plus grande : lors du coup de poussières qui est survenu aux mines de la Machine (Nièvre), le 18 février 1890, et dans lequel 45 ouvriers ont été tués('), un homme a été brùlc à 180 mètres du chantier, où deux pétards, chargés de poudre noire, avaient débourré à la fois. Le 13 novembre 1895, il s'est produit à la mine de Camerton (bassin de Bristol) un accident du même genre, auquel a paru étranger le grisou, et après lequel on constata des traces du passage des flammes à 250 mètres de leur point de départ (''). Ces inflammations sont accompagnées d'une

(») CRM, 1888, 15.

(») Laurent, Annales, 8% XIX, 396. — C/lJlf, 1890, 37.

(') AfCuUlon, Annales, 9«, VH, 552. — Watleyne, Annales des travaux publics de Belgique, XLI.

Tormation de croûtes de coke sur les boisages ; les grains s'agglutinant par suite de leur distillation partielle.

Quant à la vitesse d'inflammation des mélanges d'air et de poussières au repos, elle est très faible. Avec le lycopode, elle parait être d un décimètre par seconde. Elle semble inférieure à un centimètre pour le charbon. Mais la véritable propagation s'effectue par l'action mécanique qui accompagne le phénomène, beaucoup plus que par les effets de la conductibilité et du rayonnement. Elle résulte surtout de l'agitation et de la dilatation des gaz brûlés. M. Simon (') estime que la vitesse, dans les conditions de ses expériences, s'est élevée au moins à 15 mètres par seconde.

Les inflammations de poussières peuvent produire des effets mécaniques, par suite de la dilatation considérable qu'éprouve la masse de gaz enflammée. Mais le coup de vent qui prend ainsi naissance ne provoque que des résultats généralement faibles, et en tout cas bien inférieurs à ceux qui résultent d'une véritable explosion de grisou.

1334 — En résumé les coups de feu auxquels donnent naissance les poussières de charbon, se distinguent des explosions de gaz inflammable en ce que leur propagation n'est pas illimitée dans toute l'étendue d'une mine poussiéreuse, et par le peu d'importance relative de leurs eflels mécaniques. C'est en ce sens qu'il parait difficile de les qualifier d'explosions. 11 n'en est pas moins certain qu'ils peuvent être la cause d'accidents très graves, comme celui de la mine de la Machine, que nous avons signalé plus haut. En dehors des brûlures qui atteignent les ouvriers jusqu'à une certaine distance du point de départ de l'inflammation, ces coups de feu présentent un danger particulier, que l'on ne retrouve pas avec les explosions de grisou seul. C'est la production d'oxyde de carbone, qui résulte de la mise en suspension dans Talmosphère d'une quantité de combustible supérieure de beaucoup à celle qui peut (Hre brûlée par l'oxygène de l'air. Comme une proportion de ce gaz toxique moindre que 1 % suffit pour donner en peu de temps la

{') Cftilf, 1888, i8.

764 AÉRâGE.

mort, les ouvriers qui travaillent sur le parcours de sortie du courant d'air sont empoisonnés par Toxyde de carbone, sans avoir le temps de s'échapper.

Les Commissions prussienne et anglaise sont arrivées à des conclusions plus pessimistes que celles que nous venons d'exposerf |: mais il parait difficile d'admettre avec elles que les pulvérins puissent provoquer des explosions, au vrai sens du mot, accompagnées de violents elTets mécaniques, et s'étendant indéfiniment tant que les galeries sont suffisamment poussiéreuses.

1335 — La seconde question consiste à savoir si une proportion de grisou, inexplosiblc par elle-même, peut devenir dangereuse en raison de la présence des poussières.

M. Galloway, et après lui sir Frederick Abel, ont répondu par l'affirmative. Ce dernier a même avancé qu'en présence de certains poussiers, comme celui de la mine de Lycett, une proportion de 1,5 7o de giûsou pourrait suffire à rendre le mélange explosif.

D'après les expériences de MM. Mallard et Le Chatelier, faites avec le gaz d'éclairage, cette conclusion parait exagérée. Ces ingénieurs ont pourtant reconnu que les poussières, combustibles pai' elles-mêmes, s'enflammaient avec plus de facilité en présence d'une petite quantité de gaz que dans l'air pur. Les coups de mine, débourrant dans une galerie poudreuse, produisent en eflel

{*■) Voici les conclusions contenues dans le rapport de la dernière Commission anglaise, daté du 13 juin 1894 [Annales, 9» VII, 5M); elles visent en même temps les mélange? de poussières et de grisou dont il va être question :

« 1* Le danger d'explosion dans une mine contenant du grisou, même en faiUt* quantité, est considérablement accru par la présence des poussières ;

« 2° Une explosion de gaz dans une mine grisouteuse peut être accrue et tW^A* niment étendue par les poui«sières soulevées par l'explosion ;

« 3» Le» poussières seules, en l'absence de toute trace de gaz, peuvent causer une explosion dangereuse si elles sont allumées par un coup de mine ayant fait canon ou par toute autre cause violente d'inflammation. Toutefois ce résultat ne peut se prc^duire que dans des conditions exceptionnelles, qui ne peuvent vraisemblaUeinent ^ rencontrer que dans de rares occasions ;

€ 4" Les poussières sont inflammables et partant dangereuses à divers degrés; mai» 9n ne peut dire avec certitude qu'il y ait des poussières ne présentant aucun danger:

t 5" Il ne parait y avoir aucune probabilité qu'une explosion dangereuse de poussières seules puisse jamais être produite dans une mine par une lampe à feu nu ou une flamme ordinaire, s

un jet de feu très allongé; une certaine quantité de gaz brûlera donc au voisinage de cette flamme, si l'air contient du grisou. Cette combustion supplémentaire, qui prendra d'ailleurs d'autant plus d'importance que le mélange grisouteux sera plus voisin de sa limite d'inflammabilité^ favorisera la distillation du pulvérin. La vitesse d'inflammation se trouvera augmentée, et, en somme, les effets de la déflagration des poussières, déjà dangereux lorsque celles-ci sont seules, pourront être aggravés par la présence d'iine quantité de grisou insuffisante pour rendre l'air inflammable. Mais il ne semble pas que Ton puisse, dans ces conditions, obtenir de véritables explosions, au sens que nous avons attaché à ce mot: Nous signalerons d'ailleurs que, dans les expériences de MM. Mallard et Le Chatelier, les poussières qui s'étaient à elles seules montrées non inflammables, ont conservé ce caractère en présence d'un mélange non explosif de gaz d'éclairage et d'air.

1338 — 11 reste à envisager, en troisième lieu, le rôle des poussières dans une atmosphère assez grisouteuse pour être inflammable par elle-même. Leur intervention est incontestable en ce qui concerne beaucoup de grands accidents de grisou. On en trouve la preuve dans les fumées abondantes qui s'échappent par les puits, et dans l'existence de croûtes de coke, atteignant pour certains cas li millimétrés d'épaisseur.

Ces dépôts sont l'effet naturel de la distillation du pulvérin, échauffé par la combustion du grisou en même temps que par la sienne propre. D'après des expériences comparatives portant sur les quantités de matières volatiles renfermées dans le coke et dans les poussières qui lui ont donné naissance, la perte de gaz, qui est assez variable, s'élève à un quart environ comme moyenne.

Les poussières de houille aggravent donc les conséquences d'une explosion de grisou par leur inflammation et leur distillation. Elles accroissent le volume des gaz dégagés ; elles contribuent à élever la température de la flamme, et par conséquent à augmenter la dilatation mécanique et la violence du choc. Mais leur effet le plus grave consiste à développer en outre la quantité des produits^ asphyxiants. L'oxyde de carbone, qui prend naissance en présence

:îlt6 AËRAGE.

de la grande quantilé de poussières soulevées ainsi que nous l'avons expliqué, conlinue ses ravages lors même que l'aclion d\iiiinique est déjà éteinte{').

Divers faits semblent môme établir que la distillation, la combustion et l'agglomération du coke tendent à se continuer api-ès fdl^losion, pendant un délai plus ou moins prolongé.

1337 — Sfegmn» préventives. — Les prt^caulions à prendre contre les poussières se rédùsent à un petit nombi'e de préceptes.

C'est d'abord le fra/aya*/e des chantiers. On lui reproche cependant d'avoir précisément pour résultai de remettre on suspension les poussières qui s'étaient déposées, ce qui est psrLîculièreiDenl dangereux lorsque cet enlèvement précède l'allumage d'un coup <1e mine. Il est vrai que cet effet dure peu. car ta précipitation de b plus grande partie est rapide, et le reste du nuage, ainsi qu'il a été dit, n'est plus ensuite susceptible d'inflammation. Il serai! d'ailleurs facile de s'assujettir à laisser un intervalle de Icups notable entre cette opération et la mise du feu. Un balayage fondamental des voies de roulage, pratiqué tous les deux mois par exemple, supprimerait, sans grand embarras, une quantilé considérable de pulvérin.

Ce procodé soulève des difïicultés lorsqu'il doit s'(^tendrcà plusieurs kilomètres de galeries. Mais il sera utile en tout cas de s'a^ siyettii* à enlever les accumulations importantes de poussières.

\.'arrosage parait plus pratique, et s'est répandu dans un ^nd nombre de mines. Il a pour but de paralyser moment anémenl les propriétés des pulvérins. Maïs il doit Otre abondant, si on veut le rendre véritablement eflicace. La Commission prussienne du grisou est arrivée à cette conclusion que les poussières doivent, pour devenir inoffensives, être imbibées d'eau dans la proportion tb deux tiers de leur poids, de telle sorte que l'on puisse en faire exsuder le liquide si l'on en comprime une poignée. Sans arriver à cette saturation, qui serait pourtant utile dans le voisinage imnié-

('! U pisou seul, lie se Irouvanl pas en cicéa relativement à l'oijpène de l>ir. "f Lt que lie l'acide cai-lx)niqiic, gai beaucoup moins dangereux au poinl de ^ i*' ïiie (Le Clialclior, Le grUoa. %<&),

diat des coups de mine (*), il semble que l*on puisse s'opposer efficacement à la propagation d*unc inflammation, en maintenant simplement le pulvérin dans un état d'humiditc suffisant pour qu'il s agglomère sous la pression de la main.

L'arrosage peut être réalisé par deux systèmes différents. Dans l'un, on fait circuler à travers les galeries des récipients d'eau montés sur des trucs. Mais il importe alors de ne pas se contenter d'humecter la sole ; il faut atteindre le toit et les parois. On a proposé, à cet égard, un appareil qui porte à Tarrière une brosse, animée d'un mouvement de rotation par une connexion avec Tun des essieux ; le liquide arrive à travers de petits trous à la base des crins, puis il est projeté sur toutes les parois par la force centrifuge. L'arroseur Ross(') comporte un récipient dans lequel Teau se trouve soumise à une pression d'air, à l'aide d'une pompe actionnée, soit à la main, soit par le mouvement des roues. Un tuyau en forme de cercle et percé de trous entoure ce réservoir, de manière que le (luide s'échappe dans toutes les directions.

L'autre système consiste à installer à l'intérieur une canalisalion d'eau sous pression ('). Ce liquide peut être utilisé au moyen de lances d'arrosage, munies de tuyaux souples* que Ton fixe aux raccords établis de distance en distance. Les ajutages doivent diviser le courant en gouttelettes, au lieu de lancer un jet isolé. Ces canalisations servent également à disposer dans les galeries des pulvérisateurs fixes, réduisant le fluide en une buée très fine qui maintient l'atmosphère des travaux constamment humide. On évite ainsi qu'un aérage actif vienne à dessécher les poussières, en les rendant plus mobiles et plus facilement inflammables. Ces deux modes ont été appliqués à la fois sur une très grande échelle dans

I*) La loi anglaise sur les mines de 1887 indique comme mesure à prendre avant le tirage des explosifs dans les endroits secs et poussiéreux, l'arrosage du sol, du toit et des parois des galeries dans un rayon de 18 métrés. — Parent, Emploi des pulvérisations pour modifier l'état hygrométrique au point de vue des poussières {Génie civil, i98j. — Mony, Humecteur d'air [Ibidem, XVII, 343). — Les installations d'arrosage des poussières en Allemagne, Rev. univ. d. m., 3«, XXXYIII, 121.

.*, liCproux, Buil. Soc, d'enc, 4*, X, 1316.

5) Annales, 8-, XVIH, 722. — CRM, 1894, 222. — Bull. Soc, d'enc, 4*, X, 1315; 5% 1, 1002. — Bull. min.. 3% X, 181. — Colliery Guardian, 28 juin 1893. — Zeittchrifl BHS, XLHF, 1" livr.

768 AËRAGE.

la mine allemande de Maybach. Mais les pulvérisateurs y sonl maintenant presque tous abandonnés pour Temploi des lances. Un réseau de 56 kilomètres de tuyaux, en fer étiré, distribue dans les travaux le liquide d'un réservoir de 318 mètres cubes, placé à 150 mètres plus haut que le niveau moyen des galeries. Les prises d'eau sont espacées de 50 mètres; elles atteignent le nombre de 545 dans les galeries, et de 232 près des fronts de taille. L'installation a coûté 200000 francs environ, et les frais d'entretien et de main-d'œuvre s'élèvent annuellement à 12500 francs, soit à plus de 4 centimes par tonne, outre l'amortissement (*).

On a également essayé des injections de vapeur dans Tair des galeries. Mais si la canalisation est étendue, il en faut de grandes quantités, et les condensations sont considérables ; ce système présente d'ailleurs l'inconvénient d'échauffer beaucoup ralmosphère.

Par la dessiccation, les poussiers reprennent leur état naturel après avoir été mouillés. Tout au plus observe-t-on une légère consolidation, qui cède au moindre effort. On a proposé, pour en accroître l'importance, de mélanger à l'eau des matières agglutinantes, telles que l'argile, la chaux, le sel(').

On a essayé aussi Taddition du chlorure de calcium, ou d'autres matières très hygroscopiques, en vue de résister à la dessiccation opérée par le courant d'air, et de dispenser, s'il est possible, de l'arrosage, dans un milieu suffisamment humide. Ces essais paraissent avoir peu réussi. Cependant, à Lycett, pour une mine tris poudreuse ('), on a obtenu de bons résultats de l'emploi du sel marin. On a par là purilîé l'atmosphère, incessamment chargée de pul vérin, et rendu le séjour de l'intérieur plus salubre aux ouvriers.

Mais ces matières ne paraissent pas devoir être bien efficaces au point de vue des inflammations de poussières. S'il est aisé d'en

(*) Aux mines de Campliauscn et de Kreuzpraben (Sarrobriîck', en ai*ix)sant toutes le» lieures les fronts ainsi que les costresscs sur 15 nuNtres en arrière, et en nmiplétani ces dispositions par l'emploi de pulvérisateurs dans les plans inclinés, on compte suruiif dépense de 0",015 par tonne pour un quartier pmduisant 30000 tonnes par an [ÀHnah des travaux publies de Belgique, XL VII. — Annaleê, 8*, IVIII, 725).

* Dull. (tu miniitdre des travaux publia, avril 1882, 336.

('j dénie civil, II, 427.

COUPS DE FEl'. 7ft9

répandre à terre, on ne peut guère les fixer sur les bois, où se trouve le pulvérin le plus fin et le plus dangereux.

1838 — En môme temps que Ton cherchera, par les moyens précédents, à supprimer après coup les poussières que produit Texploitation, il sera évidemment rationnel de chercher à restreindre, autant que possible, cette production elle-même, en évitant les transbordements, les traînages par paniers, la descente du charbon dans les cheminées, en arrosant le dessus des berlines loi^qu'elles quittent les tailles. Dans certaines houillères anglaises , on a le soin d'élever sur des colonnes les eslacades qui servent au roulage et au culbutage à Torifice du puits d'extraction, afin que les poussières soient enlevées par les vents, et qu'un air plus pur s'engouffre dans la mine au-dessous de ces planchers, sans y entraîner une aussi forte proportion de pulvérin^

On cherchera de même à écarter les causes d'inflammation des poussiers dont on n'aura pu éviter la production. On substituera des lanternes aux lampes à feu nu, pour les chantiers où l'abatage en masse soulève un nuage de poussière, parfois irrésistible pour la respiration elle-même, au point d'obliger les hommes à aller, de temps en temps, chercher un air plus pur dans les galeries.

Par-dessus tout, on apportera le plus gi'and soin à réglementer le tirage des mines, qui paraît avoir été jusqu'ici la cause la plus efficace des accidents de cet ordre.

Les mesures à prendre à ce sujet sont les mêmes que celles qui onl été indiquées pour éviter les inflammations de grisou. Un moyen radical consiste à supprimer l'emploi des explosifs. 11 a été parfois appliqué. Le plus souvent c'est par un choix raisonné de la composition de ces agents, que l'on s'efforce de restreindre autant que possible les chances d'inflammation. On s'abstiendra d'abord, dans les mines dont les poussiers sont inflammables, de faire usage de poudre noire ou d'autres explosifs lents. On sait en effet (T. I. y 220) que les coups de mine chargés avec ces matières peuvent débourrer avant qu'elles ne soient entièrement brûlées. La combustion des fragments projetés continue au milieu du nuage de poussières mis en suspension, et celles-ci s'enflamment alors faci-

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