‹ Cours d'exploitation des minesChapitre 96 sur 131 · II · texte numérisé non relu

II

770 AÉRÂGE.

lement. Avec les explosifs brisants, dont la détonation est instantanée, le même fait ne peut plus se produire ; mais il importe que la température des gaz dégagés reste aussi peu élevée que possible. afin de diminuer leur influence au point du vue de la distillation el de la déflagration du pulvérin. On obtiendra ce résultat en faisant usage des explosifs de sûreté, à basse température de détonation, qui sont destinés aux exploitations grisouteuses('). Aussi la régie mentation appliquée en France aux mines à grisou a-t-elle ék^ étendue f) à celles dont les poussières sont inflammables (T. K N- 223)-

Le bourrage nécessite également des précautions spéciales, eu vue de diminuer la probabilité d'un débourrage. On en exclura les poussières charbonneuses, et toute matière soupçonnée d'en contenir (T. 1, N» 176).

Les bourrages à l'eau ou avec des matières aqueuses, qui ont été préconisés, sont insuffisants pour éviter dans tous les castes inflammations.

Ces précautions ne dispensent pas d'ailleurs d'éviter les amas de poussières dans le voisinage des fronts de taille, quand on emploie des explosifs, ou de les arroser abondamment. Enfin l'on proscrira autant que possible les coups de mine à la sole, qui sont les plus dangereux.

g 4 'YETAiSE

1339 — Mesures préalables. — Un certain nombre de mesures peuvent être prises à l'avance et à loisir, en vue d'améliorer, pour le moment d'un sinistre, les conditions dans lesquelles de^ia s'opérer le sauvetage.

Nous avons déjà signalé diverses dispositions qui ont été proposées ou mises en pratique dans le but de faciliter le rétablisse-

(^) Simon, Essais faits aux mines de Liévin sur les explosifs de sâreté [Antuih, e'- XVIII, 598).

(*) Circulaire mînislcrielle du !•' août 1890 [Annales, Partie administralÎTe» ^'' IX. 370)

nienl de Taérage normal après un coup de feu (N* H 68). Il est également nécessaire de pouvoir activer la production du courant, notamment en cas d*avarie du ventilateur. Je rappellerai, à cet égard, les deux principes fort simples que nous avons déjà rencontrés, à savoir l'établissement d'un bassin de retenue sur le puits d'entrée (N° 1252), et de tuyaux de vapeur avec souffleur, à la base du puits de sortie (NM249).

On doit établir des échelles dans les puits, lors même que le service normal de translation du personnel s'effectue par les cages. Les échelles verticales, si pénibles à la vérité pour les conditions ordinaires (N"" 930), risqueront moins d'être emportées par une explosion, que celles que Ton dispose, avec raison, dans une position inclinée.

On a recommandé d'établir en dépôt à Tintérieur, près du puits, tout ce qui peut être nécessaire au moment du sauvetage, et difficile à descendre; par exemple des brancards, des pharmacies portatives combinées en vue de pareilles circonstances (*), etc.

On a également conseillé de désigner systématiquement aux homues les places de refuge jugées les plus avantageuses, de manière à pouvoir, sauf les contre-indications du moment même, diriger les opérations de sauvetage vers ces rendez-vous donnés à Tavance. On a élé jusqu'à proposer d'y installer des dépôts de vivres, périodiquement renouvelés, et même des téléphones, pour pouvoir se mettre en rapport avec les ouvriers qui auraient trouvé un asile en ces points. Ces piécautions seraient malheureusement impuissantes contre le danger de l'asphyxie, mais ses effets ne sont pas toujours inévitables; et d'ailleurs beaucoup d'autres genres d'accidents que les coups de feu peuirwt avoir pour effet d'isoler momentanément le personnel souterrain des secours de l'extérieur.

1340 — Sauvetage. — Lorsque le désastre est accompli, le

[M On trouvera le catalogue de ces pharmacies, dans le recueil des pièces annexées aux procès-Tcrbaux des séances de la Commission du grisou (2* fasc, 173). <— La composition des boites de secours et l'état des médicaments qui doivent se trouver près des mines sont indiqués dans une circulaire ministérielle du 5^ janvier 1885 [AHiuile$» Partie administrative, 8% H, 79).

premier soin à prendre est de rétablir l'aéragc, en activant le ventilateur, s'il a été préservé, ou en employant les moyens qui ont iV indiqués pour le cas contraire.

On se rend compte du personnel engagé, d'après le relevé des lampes à la lampisterie, et Ton connaît déjà ses postes de travail dans la mine.

Les ingénieurs descendent avec ce qui reste de personnel. Sïl est nécessaire, on fait appel à celui des exploitations voisines, en réquisitionnant au besoin, aux termes du décret du 3 janvier 1815. Si la circulation des cages guidées est devenue impossible, on leur substitue une benne libre, qui se glissera plus facilement au milieu des guidonnages déviés.

On avance dans les travaux d'après les progrès de Taérage, en déblayant successivement les galeries, de manière à les rendre praticables, et on rétablissant les portes et les barrages essentiels à la ventilation. On peut se servir de lessive de soude, d'eau de chaux, ou de chaux caustique en poudre, pour absorber I acide carbonique de capacités limitées. On peut également pénétrer dans les milieux irrespirables, nu nfioyen d'appareils spéciaux dont nous nous occuperons bientôt (X° 1343).

Si le sens de l'aérage a été renversé par l'explosion, il y a lieu d'apprécier, d'après ce que Ton connaît de la situation des portes. et des points où ont dû probablement se réfugier les horaraes. de la marche à suivre pour rentrer dans les travaux, et de Topporlunité qu'il peut y avoir à insister pour maintenir le môme sens de ventilation, si les moyens dont on dispose s'y prêtent, ou au contraire à lutter pour rétablir le courant dans sa direction premièri\

Rien n'est plus propre à exciter l'admiration que le courage, le dévouement et le mépris complet du danger, que montrent d'oiiiinaiie les mineurs dans ces circonstances critiques. Leur abnégation est entière, et l'on peut tout attendre d'eux pour essayer de porter, au milieu de celte dévastation, de dernières et bien faibles chances de salut.

1341 — On a souvent à traverser des régions obstruées par les éboulemenls, lorsque Ton marche à la recherche des survivant^

llOire I>E FEU. T73

d'un coup de feu. Les proci-dés à suivre en pareil cas sonl ceux que nous avons indiqués pour le percement des galeries et des puits au milieu des terrains êboulewx {T. I, p. 551 et 586). Nous rcviendi-ons d'ailleurs plus loin sur ce sujet {N* 1564). On évitera, dans de pareils chantiers, l'encombrement du personnel, qui est toujours plus préjudiciable qu'utile à la rapidité du travail. Il convient donc que le nombre des travailleurs ne soit pas exagéré sur un même point; mais, en mi^mc temps, ftn les changera fréquemment, afin qu'ils puissent fournir le maximum d'efforts pendant la durée du poste.

134% — Les blessés et les asphyxiés reçoivent les soins nécessaires, \ cet égard, une instruction administrative du 17 février

Pig. 80Ï. — Traniport des Me^M.

1815, préparée par le docteur Salmadc('). indiquait aux exploitants les premières mesures ii prendre. Ce document ne se trouvant plus en rapport avec les progrès accomplis par la science médicale, l'Académie de médecine, après avoir adressé un questionnaire aux docteurs attachés aux diverses mines de France, a préparc une instruction plus étendue, concernant tous les genres d'accidents souterrains. M. le docteur Proust lui a présenté cette rédaction dans sa séance du 15 mars 1881 ('). Ce travail ne pouvant, pour

(') Salmade, liistniclion sui' les accidpiitgmiiquelsi [*) Cirtuliire rainislériellc du 31 jantier 1883 [Anni

774 AËRAGE.

conserver l'harinonie de ses proportions, accorder aux explosions de grisou que des développemenls limités, M. le docteur Begnard n'a pas cru faire, avec lui, double emploi en publiant, à la demande de la Commission du giisou, un manuel dt^taillé de tout ce qui concerne les soins à donner aux victimes des coups de feu^'i. Ces prescriptions médicales ne sauraient évidemment être analys^les ici. Il sera nécessaire, pour tout exploitant, de posséder un ou plusieurs exemplaires de ces documents sur chacun de ses puib. Le transport des blessés se fait d'abord à bras (fig. 803), jusqu'au point le plus rapprociié où puisse arriver le brancard-civirrei'i,

que l'on glisse sous le blessé, enlevé par des bretelliers (fig. Soi/. Ce brancard est disposé de manière h pouvoir prendre la position verticale, sans trop d'inconvénients pour la victime, au passap' dans les puits, si leurs dimensions l'exigent (fig. S05). l.e raaWe arrive ainsi jusqu'à son lit d'hôpital. Des bretelliers l'enlèvent de nouveau (llg. 806), on relire le brancard, et le blessé est déposé définitivement sur le lit.

Le transport des cadavres exige des précautions spéciales lorsqi'i'

07). — Pc Place, Emploi de l'air pur dans les premiers socours i donner aui ispli'i"- (Cfl.W. l«ffll. 10).

•:'l l'i'eiiiiei-ssoiiisa dotirier aiii omTlcrs blessés n la suite des eiplosioiis de r'*'"- Pi/vrs amiej^n-s. elc, 2* fasc. p. ICI à 226,

i-ds du docteur [IJciitlhiut. du docteur Vidal, du doclcur Dujol.

COUPS DE Fi:u.

Fig. nos. - Transport (!■

Ï7S . AËRAGE

\a décomposition est déjà commencée ('). On doit toujoure chasser l'air frais vers les coips, de manière que les ouvriers qui cherchenl à les atteindre, n'en reçoivent pas les émanations. Les hommes afTeclés à ce transport sont munis de gants trempés dans une dissolution d'acide phéniquc. Les cadavres, préalablement poudrés de chlorure de chaux, et arrosés d'acide phéntque, sont recouverts d'un linceul imbibé de cette même dissolution, dont on les enveloppe, en évitant leur contact direct. Ce linceul est attaché aui deux extrémités, et le corps est placé dans un cercueil préparé d'avance. Les ouvriers sont munis d'un masque de colon, imbibi' d'eau phéniquée, cl ne servant jamais deux fois.

ArPAKEILS BESPIRATVIKES

1343 — Un grand nombre d'inventeurs (') ont, à diverse* époques, imaginé des appareils destinés h permettre do p^nélm dans les milieux impropres h. la respiration. Quelques-uns de ces systèmes sont employés en France; on ne les rencontre pres<|iie jamais dans les mines anglaises. Leur emploi doit toujours ftre considéré comme dangereux, bien que parfois inévitable. On ne doit pas trop s'éloigner de la base d'opérations située dans l'air pm. Il faut se ménager une retraite facile, et avoir toujours une benne prête pour enlever au jour les hommes évanouis.

(') CRM, 1877, soûl, 5.

(*) Brsne (Sei'io, Leîlfadrn vir lieegbauhmde. II, 581). — Bi'viiaen. — nelaïuii!'

[Antialet, \", X). — Fleuss [Piècet auarxêtt. 2* fatr., 210). — Giliberi '..(muto.

(C.V. 131, —Butl. min.. I~. Xll. 183,— Guèrard. HygUnt- publiçve. iii-g-, l8Ri -

llumboMI (Héron de Vit1i>rasse. Allai de la riehene miafrale. I, 136,. -- ini\

(i;«rln /««. cilato). — Léard (Expoîilion de 1878). — Malilpi- et Eschenlisch ;Dp»silréii

— l'ilili-e des Rosici-s (Mucquai-I, Journal de* rniHet, 111, llttj. — ^tibtrK

cilato, 11. 3C6]. — Sthow. — Schulii (Un. time. d. m,. * I, ISI--

•idem, 117). -~- Slenliouae (De Ptacc. Noie sur les couditioni àf lo rï«- ^'■

y. Ilj. — Tyndall lllatnii de la Goupilltéi-c, AniiaUt, 1; XVllt, ÔS^'-'

;iu, te lauvetage m Franre et à t'étranger, Paris. Baudry. IKHi, M'- '

lom, Ëquipenieiit de sauvetage, Annalei, 8°, XVII, 303. — Dn a^pborc!,

pour lovi, 5 avril 1873. — Sclnvarin. Itev. unir. d. m.. S*. VII, 601: W'.

ischer. Hier Itettun^ apparate [Jahrbueh de Saxe. 1888). — Appjml

de Karwin !t jaquetle cl surpression iiiléi-icure

La discussion de lors les types qui ont été proposés nous entraînerait beaucoup trop loin. Je me contenterai de déiri-ii'c ici ceux qui sont le plus usités en France :

rcil Rouquaîrol-DenayrouzeC) et le système FayolC), ainsi que celui qui a été créé par M. le docteur Paul Itcgnard, pour la Commission du grisou {').

Appareil Rouquairol-Denayrouze. — L'aérophore Rouqnairol-Dcnayrouze repose sur l'emploi de l'air comprimé. Un ferme-bouche (fig. 807) s'applique sur les lèvies, où il est maintenu au moyen de deux petites saillies en caoutchouc, que Ton serre entre les dents. Une pincette comprime les narines, et ferme ^solument ces voies respiratoires. La respiration est alimentée par un réservoir d'une vingtaine de litres, que l'ouvrier porte sur son dos.(fîg 808). On le construit en tôle d'acier, capable de résister à une pression de 50 atmosphères. Cette énorme tension est distribuée it la bouche du mineur par un régulateur (ûg. 809). avec une force élastique à peine supérieure à celle de l'atmosphère.

L'air arrive du réservoir h travers le Ai.raminou'il'uairai-itaiiflïrDiiie. tube A, cl pénètre, par la soupape G, dans

la chambre du modérateur. Il se rend de là au ferme-bouche, placé du cùté C. Le clapet B est sollicité, sur ses deux faces, par les pressions antagonistes du iiiservoir et de la chambre. Leur dilfé-

(') Dcnnyrouic. Dos Aéi'opliores, Pnris, 1872. — lloi-eau. Appai'cil lloin|uaïrol, in-8', 1805. — Butl. miii., !•, II. 139. 735. — Complet lendut de rAcailt'mie de» trieiicet, UXXI. 130!. — Itabets {Hei; uhIv. d. m., 1", XWiri, Ii7: 2-, 1. U5;. — Aiwalei dei tranaiu: public» de Belgique. XXXll, 303. — Zeiltchrifl HIIS. XV[, 7m.

[•) AnnaUi. 7-, VII, 171. — Bull. mi»., i; ri. 73?., De Place; 1-. V. «27, Baure. — CRM, 1875. décembre. 3. — Piieet aimej^ée; clc, I" /îuc., 45. -^ liullelin de l'Auitciation Françaiie pour l'avancement de* tcieiicrt, Oongi'Ës de Lv<in, 1873. — lien. unh. (/. m. S-, l.lfl.

(3) piècei amiei^ei, i-fatt:. 2l'i.

rence se trouve contre- balancée par l'influence inverse des surfaces, à savoir : celle de la soupape B, du cOté du réservoir, et. de l'autre côlr. une superficie égale de la même soupape, à laquelle s'ajoute celle des diaphraj;mes D qui. refoulés parla tension ambianle de cdl« chambre, renvoient cet effort, au moyen des bielles E et de la tige F. pour lenrr en respect le clapet B.

Dans ces conditions, la

plus faible pression siiRîl.

à l'intérieur de la clmmbre, pour en fermer l'acct^, en refoulani

l'air des réservoirs.

Lorsque, au cotilrairo. celte tension Icnd k dïspârailrc par l'aclc

de la respiration, la soupape cède, et laisw

passer des boulTées d'air qui entretiennenl

cette dépression.

Le fluide, ainsi raréfié, est aspiré par les poumons à travers une anche ti'ès li^ gèi-e. placée sur le tvbe respù'atoire qui fsl adapté au ferme - bouche ; taudis qu'une seconde anche, s'ouvrant en sens foiitraire, sert à rejeter dans l'almosphèr'C \e> produits de la respiration. Des lunel'es garnies défendent les yeux, autant que possible, contre le picotement produit par la fumée.

FiR. 810.

1344 — Appareil Fayol. — L'emploi de l'air comprimé est évidemment rationnel, comme permdlaiil d'accumuler, sous un même volume, une plus ample provision d'air respirable: mais les appareils qu'il alimente sont lourds, if sujets à se déranger. On comprend combien, dans des circoii- Blances critiques et troublées, la simplicité est désirable. Pour ce molif, M. Henri Fayol a rejeté le principe de la compression foivii'

COIPS DE FEU.

dans ses appareils, qui se rattachent à deux types bien distincts : l'un fixe, l'autre portatif.

Ce dernier {fig. 810) présente la forme d'une sorte desoufflet carré, qui pèse 8 kilogrammes et peut renfermer 180 litres d'air. 11 suffit, pour le gonfler, d'enlever la bonde qui le ferme et de soulever sa face supérieure. Le poids de celle-ci crée ensuite une légère pression, qui vient en aide à la respiration de l'ouvrier, pour la manœuvre des soupapes. M. Fajol a en outre amélioré la construction do ces dernières , en leur eommuniquant une grande légèreté.

Cet appareil présente 1 avantage de faire corps avec l'ouvrier, et de le laisser libre de se porter à une distancedu point dedépart.

(|iii n'est limitée que paila prudence et la durée de la provision d'air. En revanche, il gène beaucoup les mouvements, et la possibilité de se glisser ail milieu des décombres, On a donc cherché, au

780 a£ragf:.

moyen d'un autre dispositif, à dégager le mineur de cet assujetlissemenl, en lui fournissant une communication continue avec Tair pur.

1345 — A cet eflet, Touvrier est muni d'un simple tube de caoutchouc fixé à sa ceinture. Ce conduit aboutit au ferme-bouche, et porte les deux anches respiratoires. Le sauveteur traîne derrière lui ce tuyau, en s'avançant au delà du barrage qui sépare, de l'atmosphère méphitique, la travée que Ton a pu déjà conquérir et alimenter d'air frais (fig. 811). On lui envoie cet air à travers le tube au moyen de la pompe Rouquairol, à laquelle M. Fayol a aussi substitué un petit ventilateur plus simple.

Pour le cas où ce dernier viendrait à se déranger, on dispose un reniflard sur la partie du tuyau qui se trouve dans ralmosphère saine. Cette soupape, qui s'ouvre du dehors en dedans, est ordinairement fermée par la légère surpression intérieure. Mais si le ventilateur s'arrête, celle-ci disparaît et se trouve remplacée par un certain degré de vide, que produit l'aspiration du mineur. Leclape! s'ouvre donc, et laisse pénétrer l'air, qui, bien que plus difficilement dans ces conditions, continue à entretenir la respiration, loul au moins pour assurer le retour.

Ajoutons que Ton emploie également le simple tube ouvert à l'arrière, sans appareil d'alimentation. La simplification se trouve alors poussée aussi loin que possible, mais la respiration devient sensiblement plus pénible.

Lorsque plusieurs hommes doivent travailler ensemble, ils ont chacun leur tube. On trouve souvent plus simple de brancher tous CCS conduits sur un même réservoir, qui est porté près de ra\aneement, et que l'on alimente directement au moyen d'un tuyau unique, aboutissant au ventilateur. On ne doit pas toutefois perdre de vue que cette multiplication des tubes crée alors un réel danger. Ils peuvent s'enlacer et s'étrangler mutuellement, en coupant ainsi les courants alimentaires.

Avec ces appareils, la durée du travail ne se trouve plus déterminée a prioriy comme pour le système à pression d'air. Elle n't^l limitée que par la fatigue qu'éprouvent les hommes dans ces condilions précaires. On arrive, avec leur secours, à établir un nouveau

corps DE FEU. 781

barrage à 20 ou âO mùircs, quelquefois même, k la rigueur, à 50 mètres du premier, et à sVn faire une nouvelle base d'optiralions permettant de pousser en avant.

134S — Appareil Begnnrd. — M. le docteur Paul Regnard s'est proposé d'affranchir le sauveteur, dans une large mesure, des sujétions de temps et de distance c|uc lui imposent les appaivils précédents. D'après un principe qui nvnit été déjà mis en avant, bien

qu'avec moins de précision ('), il cherche à rcvivilicr indéHniment l'air respirabic, qui a perdu ses piopriétés en passant par les poumons. On agit, pour cela, chimiquement sur les produits de la respiration, au moyen de réactifs très simples, dont l'approvisionnement assure le fonctionnement pendant un temps assez notable.

L'appareil est portatif (fig. 812). il comprend un sac A en caout-

i') Appareil Schuitz, riaction de t'acidc acélique nui' le permangaiiale de potasse. — Appareil Scliwaiin, emploi du peruivde de bai'vuiii bydriitË, ou de J'uiy^'ùne contprirné [hn. miv. de w., 1: Vil, COI).

U"! AKHAGE.

chouc, que Ton remplit d'oxygène à 1 aide du robinet B. Un bouchon C» ordinairement fermé, que l'on ouvre au moment d'opérer le sauvetage, permet la rentrée de Tair autour de l'outre, pendant que celle-ci se videra progressivement d'après 1 écoulement de son oxygène. Ce dernier gaz se rend, par le robinet D, dans le compartiment E, au fur et à mesure de l'appel qui est exercé sur lui, comme nous le verrons. L'espace £ est rempli de pierre ponce imbibée d'une dissolution de potasse caustiffue» que l'on verse par la tubulure F, à l'instant où l'on veut se servir d^ l'appareil. Ce compartiment se trouve en relation avec le ferme-bondée G, au moyen d'un double tube muni de deux soupapes II, I, et d'un robinet J. On ouvre ce dernier au moment où commence la respiration.

L'air afflue par II au ferme-bouche, tandis que les gaz évacués eu I se rendent à la base de la ponce alcaline. Ils doivent, par suite, traverser cette masse dans toute sa hauteur, pour revenir remplir le vide que 1 appel des poumons crée à la partie supérieure. Pendant ce trajet, l'acide carbonique est nettement absorbé, el la vapeur d'eau fixée en grande partie. L'azote seul arrive en haut. Il ne saurait donc combler le vide créé par une nouvelle inspiration. Aussi cet appel fera t-il arriver quelques bulles d'oxygène à travers le tube D, en quantité exactement équivalente à l'oxygène dispanu ce qui rcconstityc l'air respirable dans les conditions normales. Pour tenir compte, cependant, des petites perturbations que ces complication^ peuvent apporter au volume du gaz intérieur, une poche K en caoutchouc s'enfle-ou se dégonfle, de façon à maintenir tout l'ensemble à la pression atmosphérique.

1347 — La manière de se servir de cet engin est la suivante. On envoie de l'oxygène, par la tubulure B, au réservoir A, en maintenant fermés C et D. On prépare une solution de potasse concentrée, que l'on renferme dans un flacon placé à proximité, afin de ne pas la laisser séjourner à l'avance au sein do l'appareil, en corrodant le métal et saturant une partie de son propre pouvoir absorbant.

Au moment du sinistre, on ouvre la tubulure F, et l'on verse la liqueur alcaline. Puis on referme F, on ouvre C et D, et l'on charge

COITS DE FEU. 785

tout rensemblc sur le dos du sauveteur. Celui-ci met en place son ferme-bouche, ouvre le robinet J, et commence à respirer.

Après la fin des opérations, on doit avoir soin de chasser tout ce qui reste de réactifs, afin de n'employer, dans une occasion ultérieure, que de l'oxygène et de la potasse de la pureté desquels on soit absolument sûr, et que Ton s'occupera immédiatement de reconstituer. Pour effectuer cette expulsion, on ouvre à la fois les tubulures F et L, puis on lave la pierre ponce à l'aide d'un courant d'eau.

Cet appareil se trouvant à la pression de l'atmosphère, on peut se contenter de le construire en fer-blanc, ce qui le rend à la fois économique et léger. Il permet de rester beaucoup plus longtemps dans les milieux méphitiques. L'auteur annonce une durée d*une heure et demie, tout en conseillant de se limiter beaucoup plus, par prudence.

Le système Fleuss perfectionné, de Sarrebrùck{*), est fondé sur le même principe et parait bien étudié au point de vue pratique. On emploie comme absorbants la soude caustique et l'étoupe. Un cylindre métallique peut contenir de l'oxygène à 15 atmosphères. Cet organe parait susceptible de fonctionner pendant deux heures consécutives.

11 faut également citer, dans cet ordre d'idées, le pneumalophore de M. de Walcher-Uysdal, répandu en Autriche; il contient 400 centimètres cubes d'une solution de soude, et une réserve de 60 litres d^oxygène, comprimé à 100 atmosphères, qui suflit à alimenter la respiration pendant une demi-heure à une heure. L'ensemble ne pèse que 4 kilogrammes et demi, et coûte 80 francs environ (*).

1348 — Appareil Bouchez, — Nous mentionnerons encore des propositions dont le but spécial est de prémunir les ouvriers contre l'asphyxie, dans les mines à dégagements instantanés.

Avec le système Bouchez, le chapeau du mineur est garni d'une coiiTe, ordinairement repliée, qu'il déploie en cas de danger, en la serrant autour de son cou pour empêcher l'accès de l'atmosphère

(*) Bcilom, Annales, %% XVII, 565.

(*; F. Laur, Écho des mines et de la métallurgie^ 21 mai*s 1807.

irrespirable, après avoir saisi entre ses lèvres la tubulure d'une sorte de biberon. Celui-ci lui permet de respirer, aux dépens d'une provision d'oxygène renfermée dans une capacité que Ton peul limiter à un litre, si Ton juge cette quantité suffisante pour regagner le puils.

M. Dclaville-Leroux a proposé, en outre, de comprimer cet oxygène à 1.1 atmosphères, pour en augmenter la quantité, en adjoignant un régulateur de pression analogue à celui qui a été décrit ci-dessus (N° 1343).

Nous devons présenter, en terminant, une remarque générale, commune à tous les appareils de sauvetage. L'un des principaux écueils auxquels est sujet leur usage, naît de la rareté même de cet emploi. Au moment décisif, les organes fonctionnent mal, et les hommes manquent d'aptitude à s'en servir. On doit donc recommander, comme indispensable à cet égard, une surveillance périodique de ces engins par un agent directement responsable, contrôlé de temps en temps par l'ingénieur lui-même. En outre, des compagnies d'ouvriers spéciaux, que recommandent pour ce choix l'expérience et le sang-froid, doivent, à des intervalles réguliers, être exercées à ce genre de manœuvres.

1349 — Éclairage dans les milieux irrespirables. — L'atmosphère impropre à la respiration de l'homme l'est, par cela même, à la combustion des lampes. De là une question spéciale, qui se rattache naturellement à la précédente.

Dans l'appareil portatif de M. Fayol, un tube fait communiquer le réservoir d'air avec une lanterne, où brûle une grosse bougie. 11 en est de même pour le système portatif Rouquairol-Denayrouze, dont la lampe est alimentée aux dépens de la provision d'air. Avec le type fixe, on peut, à l'aide de tubes dérivés, relier les lampes, suivant les cas, au tuyau que traîne derrière lui chaque homme, ou bien au réservoir unique sur lequel ils se branchent tous. Mais ces ressources manquent pour le tube respiratoire simplement ouvert à l'extrémité, sans ventilateur, ainsi qu'avec Tappareil Itegnard.

La meilleure solution consiste dans l'emploi des lampes élec-

Iriques. On a autrefois essayé, à cet égard, l'appareil Dumas- BenoH(').II se compose (fig. 815) d'une cartouchière fixée au corps, à faide d'une ceinture, et renfermant un élément de Bunsen et une bobine de RuhmkorfT. Des tils conducteurs les relient à un tube clincelant de Geisler, que l'on porte à la main pour s'éclairer. eLdans l'intérieur duquel l'étincelle, en traversant ce milieu très raréfié, se transforme en une sorte de nappe lumineuse. Hais les

lampes portatives à incandescence peuvent aujourd'hui rendre de meilleurs services. Plusieurs des types que nous avons cités |N' 1275) sont susceptibles d'être utilisés dans des circonstances exceptionnelles. On n'a plus, en effet, à se préoccuper ici, au même degré que pour le service courant, du poids de l'appareil. La question du prix de revient est également à écarter. 11 serait utile que toutes les exploitations possédassent quelques-unes de ces lampes. Elles seront, bien entendu, a piles primaires; le chargement des accumulateurs nécessitant, non seulement un matériel spécial, mais aussi une attente de plusieurs heures qui est inadmissible.

;'] Pimn. Sole sur la lampe électrique Dumas et Benoît {ÀttnaUt. 6*, IV, 455). — Limpe pholo-éleclrique Dumias [Bull, min., 1", IX, 5, 113, IIS, 131). — Guéraril. llTgiioe publique, tS65.

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