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INCENDIES

f 350 — Causes d'incendie. — Les incendies souterrains peuvent être dus à la malveillance, à la maladresse, ou à un accident, tel que la chute d'une lampe ou d'une flammèche sur la paille de l'écurie, la rupture d'un conducteur électrique (*), un coup de mine débourré, un soufflard allumé par une explosion de grisou, les étincelles d'un foyer d'aérage ou d'une chaudière intérieure mal disposés.

Nous avons vu (*) que les mouvements généraux de la masse du terrain peuvent, dans certains cas, déterminer des frottement capables de mettre le feu à des houilles particulièrement inflammables (').

Une des causes les plus fréquentes d'incendie réside dans le combustible lui-même, quand il est, par sa constitution, susceptible de s'échauffer spontanément. L'oxydation des pyrites en peut être l'origine, mais non d'une manière exclusive ; car certaines houilles non pyriteuses sont également sujettes à Tincendie (*).

(M Champy, Note sur Tincendie du puits Herménégilde (Silésie autridiienDe'. i^ 14 janvier 1896. Annales, 9% XI, 219.

(•) Tome I. p. 563.

(5) CHM, 1882, 69, Durand.

(♦) Durand. Note sur les incendies des houillères (Bull, min., 2*, XI!, 43). — Com-

ACCIDENTS WVERS. 787

Les pyrites sont ]<l*ailleurs presque inaltérables par Tair sec, et ne s'oxydent guère qu'en présence de Thumidité. Les hydrocar bures que peut contenir la houille ont également une part dans ces inflammations (' ) .

Pour que celles-ci se produisent, le contact de Tair 'est nécessaire. La faculté que possède le charbon d'absorber les gaz semble, en effet, la cause principale des combustions spontanées. Ce phénomène entraine par lui-même une élévation de température, qui favorise la combinaison des carbures et de l'oxygène absorbé, et vient s'ajouter à la chaleur dégagée par cette action chimique. On a énoncé que la présence de l'oxygène dans la composition chimique du charbon serait capable d'activer l'inflammation. Certains combustibles en renferment jusqu'à 17 Vo (')•

C'est parmi les menus, ainsi que dans les charbons et schistes charbonneux qui se sont éboulés ou qui ont joué sur des remblais, que ces faits se produisent le plus fréquemment, spécialement avec les houilles à longue flamme.

1861 — Effets des incendies. — Quelques incendies souterrains ont une durée séculaire. On voyait encore, en 1861 , à Planitz (Saxe), unfeuqu'Agricola signalait déjà, au seizième siècle, comme durant depuis un temps immémorial. Dans d'autres cas, au contraire, une existence éphémère s'accompagne d'une extraordinaire activité. A la mine de Johnston, près Paisley, une gerbe de feu, présentant tout le diamètre du puits, s'élevait à une vingtaine de mètres de hauteur. Certains incendies à ciel ouvert prennent un développement considérable. Le volcan d'Aubin couvre environ 700 mètres carrés.

bustion spontanée du charbon, Bev. univ. d, m., 3*, XI, 217. — De Calelin. Combustion spontanée des pyrites, CRM, 1887, 153. — Drillon. Incendie dans les mines de pyrites. Ibidem^ 1886, 116. — Durand. Incendie souterrain de minerais pyriteux. Ibidem, 1886, 102. — Périssel. Incendie des pyrites de Kef-oum-theboul. Ibidem, 1886, 121. — I^anton. Combustion des pyrites. Ibidem, 1886, 213. — Combustion spontanée du charbon <lans les soutes de navires. Génie civil, XVII, 407. — Williams. Pires in anthracite coal nûoes. Transaction* americ. min.^ IH, 449. — Rothwell. Pires in mines. Ibidem, IV, 54,

(*) Pattinson, Transacl. NEI, XXV, 118.

(*) Blackwell, Transact. NEI, X, 168.

Quand le feu est intérieur, ses effets se traduisent à la surface par la fonte immédiate de la neige au moment de sa chute, unp végétation plus active, quelquefois même une flore caractéristique des pays chauds. Le terrain arrive à présenter les caractères du métamorphisme. L'argile plastique se change en une sorte de porcelaine. Le retrait la divise en prismes hexagonaux. Divers cristaux se forment dans les fissures de la roche (*). Des sources minérales s'en échappent, et quelques-unes ont acquis une certaine notoriété dans la thérapeutique ('). Des émanations gazeuses, dénature très complexe ('), se font jour de divers côtés. A l'intérieur, une odeur sui generis, appelée par les houilleurs le goût fin^ avertit l'exploitant qu'un incendie se prépare.

Le feu se développe, dans certains cas, avec une impétuosité qui empêche les secours d'être efficaces, et entraine la perle d'une partie du personnel. L'incendie des cadres du puits de Hanenstein(\ a déterminé lasphyxie de la totalité des ouvriers. L'embrasement de massifs considérables de boisages, au Comstock, a occasionné, en 1875, la mort de plus de 50 hommes.

Le 31 mai 1892, une catastrophe plus meurtrière encore causa la perte de 319 ouvriers, sur 835 qui se trouvaient dans les mines de plomb argentifère de Przibram (Hongrie). Cinq puits, profonds de 910 à 1 100 mètres, desservent ces exploitations, dans lesquelles sont tracés 52 étages successifs. La plus profonde de ces fosses, dite Mariaschacht, contenait 800 mètres cubes environ de bois. tant pour son revêtement que pour le guidage de l'appareil d'extraction et les supports de la fahrkunst. Un incendie y prit naissance à hauteur du 29* niveau, par l'effet d'une mèche de lampe allumée qu'un mineur y avait jetée. Le feu gagna très rapidement dans le puits, et les gaz de la combustion envahirent en peu de temps les galeries d'exploitation, en asphyxiant les ouvriers (*).

(*) Stanislas Meunier, Sur un verre cristalUfèi^e des houillères embrasées de Commentry. Comptes rendus ^ XCIX, H 66.

(') On voit de telles sources à Cransac.

['] Ils ont été étudiés avec détail par M. Mayenson [Comptes rendus de tAcedéfSit des sciences^ LXXXVI, 491).

(*) Tome I, p. 448.

(S) OEsterr. Zeit., XL, S79, 303; XLI, Supplément du N« 6. et p. 116.

Lors de Tinccndip souterrain de la mine de diamants de De Reer*s (Afrique australe), 412 hommes ont péri, dont 42 blancs et 570 nègres. Dans cette épouvantable catastrophe, quelques mineurs seulement ont pu se sauver, en battant en retraite devant le feu, et faisant sauter des barrages à la dynamite {*).

Des accidents très graves peuvent éti^ le résultat d'incendies qui seraient par eux-mêmes de peu d'importance. Le 5 septembre 1889, à la mine de Mauricewood (Ecosse), l'inflammation d'une toile d'aérage gagna la partie voisine de la galerie; par suite d une disposition vicieuse du courant, les gaz irrespirables passèrent facilement du retour d'air dans la voie d'entrée, et 65 personnes, sur 65 qui étaient descendues, périrent asphyxiées (*).

1352 — Mesures préventives. — Il faut, avant tout, dans les gîtes susceptibles de s'échauffer, s'attacher à enlever complètement le charbon, les menus, et même les schistes inflammables du toit, du mur, ou des nerfs. La méthode d'exploitation comporte alors, autant que possible, le remblayage ('). Elle doit être instituée de manière à fatiguer le combustible aussi peu que possible, et pendant le minimum de durée (*). La méthode verticale forme la dernière expression de cet ordre de préoccupations ('). Dans la méthode horizontale, si Ton passe sous le remblai en suivant l'ordre descendant (*), la terre grasse formera un excellent rempart contre les feux supérieurs. Avec l'ordre ascendant, en montant sur le remblai, on doit rechercher les matières qui donnent le moins de tassement, afin de ne pas ébranler les tranches supérieures, en les prédisposant à l'incendie. Si l'on écarte lemploi du remblai, et que l'on procède par foudroyage du toit en tranches inclinées, il est bon de rentrer le plus tôt possible sous les éboulements, afin de les rafraîchir par une nouvelle tombée, et d'éviter d'avoir le feu sur la tète (^). Lors-

(>) Génie civil, 26 janvier 1880.

(*) AguiUon, Annale», 8% XVII, 548.

(') Dorion, Les remblais et les feux aux houiUères de Dombrowa [Génie civil, XXVII, 394, 405).

(*) Tome I, p. 603.

;*) Tome I, p. 620.

(•) Tome I, p. 551.

{'') Tome I, p. 503.

790 AÊRAGE.

qu'un quartier sVchaufle, on le recoupe par quelques larges voies d air, afin d'en modifier la température. Il faut surtout éviter, autant que possible, l'accès dei'air dans les vieux travaux (NM178), de peur d'y favoriser la fermentation.

1368 — Des mesures spéciales seront également prises au jour, sur les haldes. On n'y doit entasser le charbon que sous une épaisseur modérée. A Commentry, l'on n'a jamais d'incendie pour des dépôts de menu moindres que 2 mètres. Le feu s'y met invariablement, si la hauteur dépasse 4 mètres (').

On ménage des chemins d'air dans la masse au moyen de caniveaux construits avec du gros, ou en y insérant des lignes de fascines. Ces dernières présentent l'inconvénient de s'oblitérer en cerlains points, ce qui arrête la vitesse rafraîchissante, sans toutefois supprimer l'accès de l'air oxydant. Nous avons vu (N* 837) que l'on a employé, pour soutenir les estacades de Trieu-Kaisin, des colonnes creuses, percées de trous, à travers lesquels on force de Tair comprimé, de manière à rafraîchir les entassements de combustible.

M. Poesch (*) fait de même circuler dans des caniveaux, couveHs "cn planches imparfaitement jointes, la vapeur d'échappement des machines. Elle éloigne l'air oxydant, et maintient un certain de^ré d'humidité, qui empêche le charbon de s'effriter et de s'échauffer.

On sait combien les soutes des navires à vapeur, ou des bateaux charbonniers, sont exposées à réchauffement et à l'incendier*). Mais les précautions à employer, pour ce cas spécial, excèdent les limites de notre cadre.

1354 — Lutte contre le feu. — Lorsque l'incendie est déclaré (*), on lutte directement contre lui par la méthode AeYarra-

(*) Fayol {Bull, min., 2*, VUI). — Clérault (Annales, 7% X, 62ft, BuUelinj.

(«) CEilerreichitche Zeitëchrift f. U. u. H., i88i, n- 22 et 23. — GAii^ ciri/, V, 181

(') Bull, min., 2% VVII, 286. — CRM, 1879, 09, 177. — Génie civU, XYII,^?" Transacl. NEI, XXV. 151.

(*) On peut consulter avec fruit, sur cette matière, la notice de 31. Sesterowski (Bull, min., 2% VH. 839), et surtout rexcellent mémoire de M. H. Fayol pourl'efflpkH des appareils de sauvetage et des bandages de toile permettant de se porter en *^

chage. On emprunte le secours de lances d'eau sous pression, qu'il est ordinairement facile de se procurer dans la profondeur. Ce travail est l'un des plus pénibles que puisse présenter l'art des mines; mais il donne une chance d'arriver à détruire les foyers, au lieu de se borner à les circonscrire. On avance peu à peu, en procé* dant avec des barrages successifs, et, autant que possible, par recoupes étroites, plus faciles à barrer. Si le feu gagne en hauteur, on Tattaque de préférence par-dessous. L'incendie vient toujours au-devant du courant d'air qui l'alimente d'oxygène. 11 progresse beaucoup moins dans le sens de la marche des fumées.

Ces attaques réclament un bon aérage pour l'hygiène des hommes, dont la fumée rend la situation intenable ('). On diminuera souvent la durée totale de l'opération, en commençant par employer un certain temps à l'amélioration des conditions locales de la ventilation; car le travail des ouvriers s'en ressentira ensuite d'une manière marquée. 11 ne faut pas, d'ailleurs, envoyer un excès d'air inutile, qui aurait pour eflet d'activer Tincendie. Pour se débarrasser partiellement des fumées, on a quelquefois la ressource de donner des coups de sonde à partir de la surface, en y réglementant l'écoulement des gaz à l'aide de registres, de peur de surexciter la combustion. M. H. Fayol a également utilisé les trous de sonde pour procéder à ïembouage des parties embrasées, en y déversant des eaux boueuses à partir d'un niveau supérieur. Le liquide éteint le feu en se volatilisant, et l'argile reste pour boucher les fissures. La Commission anglaise des accidents de mines a recommandé l'adoption de ce dernier procédé. Aux mines de Saint-ÉIoy (Puy-de-Dôme), où chaque sous-étage de 7",50 est pris par trois tranches de 2",50 en remontant, on conserve en deuxième tranche, au milieu des remblais, une galerie d'observation, grâce à laquelle on peut immédiatement embouer tout point de la tranche inférieure qui prendrait feu. Cette opération, pour être eRicace, doit toujours être pratiquée de haut en bas (*).

{BulL min., 9*, VHI). — CHM, 1886, i02, 116, lil, 140, 213. ^ Mémaire$ de la Société da îngéniim'9 aUemands, ^ mai 1K86.

(*) On doit ndonter les vagues de mau^-ais âir oceasionnéefl par la chute du toit, que ne soutiennent plus les eadres embrasés.

(*) GuiUiaumat, Bull, min., 3% III, 1407.

1355 — Si le feu prend beaucoup de développement, et marche plus vite que l'arrachage (*), on n'a d'autre ressource que de chercher à étouffer l'incendie. Il faut, pour cela, cernerle foyer le plus près possible, par des barrages bien étanches en moellons f ), ou mieux en briques, en cherchant minutieusement, et aveuglant les fissures ('). Nous avons vu que, pour faciliter celte opération, il peut être utile d'avoir un ventilateur réversible, afin de renverser à volonté le courant d'air (N° 1174). On se sert également des appareils respiratoires (N*" 1345), pour se porter en avant au milieu des fumées. On peut même dire que c'est là leur application la plu$ efficace. Les hommes agissent, dans ce cas, avec plus de sang-froid et de méthode, qu'au milieu du trouble d'un sauvetage, et de Tinconnu qui plane alors sur la situation. Je rappellerai encore, à cette occasion, l'avantage que Ton trouve à disposer, au milieu de Taménagement général, des maîtresses- voies au rocher (*), ou dans une couche distincte, moins inflammable.

Les barrages sont ordinairement des murs épais. On se défend pourtant du feu, au besoin, pendant un temps assez long à Taidede remparts provisoires: sauf à établir, en arrière, des défenses plus durables, telles que des remblais en terre, ou de simples portes que Ton sera prêt à étancher, si le premier barrage vient à crever. Celui-ci est alors formé de planches de peuplier, clouées horizontalement sur des montants, et recouvertes d'un lut argileux. On soulage ces ouvrages en y ménageant des tampons mobiles, de manicn' à injecter de l'eau par ces trous, quand la paroi devient chaude à la main. La nature du toit apporte, suivant les cas, une gène ou un secours notable. Un toit casuel tamise l'air en se tassant. Un toit friable arrive mieux à l'étanchéité.

(*) Syroczinski {Rev. univ. d. m., 1~, XXXIX, 575).

(•) Si le barrage se construit dans une galerie maçonnée, il faut couper le nrarailleraent et liaisonner l'ouvrage avec la roche, sans quoi des fuites s'établiraient derrit're le revêtement.

(') Il peut être bon, avec les précautions convenables, de laisser provisoircmeni au sommet une petite ouverture, pour éntcr que les gaz chauds n'acquièrent une tension capable de faire sauter l'ouvrage. On la bouche quand ce danger paraît écarté.

Si, au contraire, Tair a tendance à traverser le barrage pour alimenter lefoTer. on aveugle soigneusement les fuites que révèle le sifnement du fluide.

(*) Tome, I, p. 612.

La chaleur des feux peut faire distiller la houille, et provoquer des dégagements de gaz combustible, dans des quartiers où le grisou ne se montrait cependant pas habituellement. Il est alors nécessaire de s'astreindre à ne visiter les barrages qu'avec des lampes de sûreté. De graves accidents ont été dus à l'oubli de cette précaution (*).

H est nécessaire de ne pas faire passer contre les barrages un courant d'air grisouteui. On a vu par l'accident du puits de la Manufacture (N* 1330) qu'à cet égard il ne faut pas compter sur leur étanchéitéy lors même qu'ils ont été construits avec soin.

Quand on doit fermer un puits, afin de circonscrire un incendie, on a soin de ménager, à travers la plate-cuve, un siphon pour éviter l'accumulation des eaux. Au moment où elles atteignent un niveau capable de noyer la partie supérieui'e du siphon, celui-ci, se trouvant amorcé, dégorge d'un seul coup, au-dessous du diaphragme, tout ce qui se trouve au-dessus de son propre orifice.

Lorsque l'incendie a été cerné. Ton exécute, sur les gaz qui s'en échappent, des analyses destinées à indiquer les progrès de l'extinction, ou de l'embrasement, soit des bois, soit du massif.

1366 — Si la lutte devient trop difficile, pour maîtriser un incendie qui gagne malgré tous les efforts, on peut encore tenter de faire la part du feu, en déhouillant, à une distance suffisante, une tranche horizontale, ou une masse verticale, selon la méthode d'exploitation employée, et les remplaçant par un remblai argileux et étanche (*).

Dans la mine de lignite de Trifail (Styrie), on exploite par trsinches horizontales et par foudroyage, attendu que l'on ne dispose que d'un remblai insuffisant. Mais, pour se garer des schistes du toit, qui sont inflammables, et se séparer du feu, s'il vient à y prendre naissance, on commence par accumuler, près du toit, tout

(») Fayol [Bull, min., 2% VHI, 183).

Le 4 février 1895, une explosion, résultant de rinflamination des produits de la distillation du charbon au contact de la flamme d'un incendie, tua 28 ouvriers et en blessa grièvement 8 autres au puits Saînte-Eugénie>4es mines de Blanzy.

'*] J. Dorion, Les remblais et les feux aux houillères de Dombrowa (Génie civil t9 et 26 octobre 1895).

704 AËRAGE.

le remblai dont on dispose, après quoi le reste de la tranche est pris en laissant tomber le plafond.

1357 — Extinction en grand. — Lorsque l'ingénieur se Toit défini livement vaincu dans la lutte qu'il a engagée contre les progrès du feu, il ne lui reste plus qu'à abandonner la mine, et à procédera l'extinction en grand de l'incendie. Cette opération peut être tentée de diverses manières.

La première méthode est celle du calfeutrage complet. On Ta employée en 1874, à la mine de Wynnstay (pays de Galles). Après avoir bouché tous les puits, on attendit le coup de grisou qui devait fatalement se produire, lorsque, par son dégagement progressif, le gaz aurait formé, avec l'oxygène enfermé dans les travaux, un mélange explosible en présence du feu. Il eut lieu, en effet, au bout de 72 heures, et déboucha tous les puits. Mais on put les refermer, sans avoir dorénavant de nouvelles explosions à redouter, en l'absence d'oxygène. Au bout de quati^ mois, on rentra dans la mine, en remplaçant les lampes par un jeu de réflecteurs, et recourant à une série d'artifices remarquables, dont la description noos entraînerait ici trop loin (*).

1358 — Le second moyen est l'emploi de l'acide carbonique. On y a eu recours, pour cette même mine de Wynnstay, dans laquelle on a lancé environ 6000 mètres cubes de ce gaz, en vue d'étouffer la combustion.

On s'est servi du même procédé à l'Agrappe (Couchant dcMons) en 1844, à Astlcy (Ecosse) en 1849, à Blackbroock près Liverp(K)l. à Westminster près de Brynle, à Clarkmannan en 1831 (')•

On obtient ces dégagements d'acide carbonique par l'action de Tacide chlorhydrique sur le calcaire, ou plus simplement en allumant des foyers de coke.

1350 — La vapeur d'eau a été employée de son côté. Elle

(4) BulL min.. 2% IV. 657, Gonthier. — CHM, 1875, décembre, 4. - /rw «^ ^'^ Inêtiiute, 5 mai 1875.

{») Glover [TrartêacL NEI, XXV. 122).

agit, d'une part, pour abaisser la température, puisque la sienne ne peut dépasser 100 degrés, point fort inférieur à Tétat thermique du charbon en ignition; et, en second lieu, pour former un milieu impropre à la combustion. Cette méthode a fonctionné, pendant 70 heures, à Saint-Mathieu (Loire) en 1857, et, durant près d*un an, dans les mines d'anthracite de la Wilkesbare (').

1300 — Enfin un moyen radical consiste à noyer la mine, en laissant monter les eaux si leur affluence est suffisante, sauf à les épuiser ultérieurement. C'est ce qui a été fait dans la troisième couche du bassin de la Loire.

D'autres fois, on a détourné tout exprès des cours d^eau, pour les faire entrer dans les travaux. A Catercrofl, près de Bolton, on a engagé dans la mine la rivière Douglas; à Doubler (Charleroi), les eaux de la Sambre; à Idria (Carniole), la rivière Idrickza ('); dans la mine d'anthracite de Lykens Valley, la rivière Bear-Cruck; dans l'exploitation de lignite de Castelnuovo (province d'Arezzo), le torrent Biccheraio, en 1880. Les chantiers de Commentry ont été volontairement inondés en 1819, 1840, 1844, 1853. Ceux d'AImaden furent noyés en 1758, pour mettre fin à un incendie qui avait duré deux ans et demi.

La question n'est, du reste, pas toujours définitivement résolue par le seul fait de l'immersion. Il est arrivé, en effet, dans mainte occasion, qu'après avoir retiré les eaux, on a vu l'incendie se ranimer de lui-même. Cette circonstance s'est présentée notamment à la Malafolie (Firminy), après dix-sept ans de séjour du liquide, dans une mine de la troisième couche de la Loire, que Ton n'a pu réussir à exploiter que par une méthode descendante, en baissant progressivement le plan d'eau, au fur et à mesure du déhouillement. Il en a été de même dans les ligniles de Castelnuovo, où Ton a dû finalement adopter l'exploitation à ciel ouvert.

!') Ànnaleê, 7% VH, 226. —Det Monde», XLVH, 310. — bon, etc., 10 janvier 1875. i^l Héron de ViUefosae. HicheM»e minérale, 331.

ÉBOLNLEHENTS

1361 — tboulemeni en grarnL — Le danger de réboulemenl se présente tout naturellement à la pensée, lorsqu'il s'agit de pénétrer dons rinlérieur de la terre. Nous reconnaîtrons en effet (N'* 1377) que c'est à lui que doit être reportée la plus grande pari, dans la mortalité occasionnée par les accidents dont les mines sont le théâtre. On peut à cet égard distinguer deux degrés de gravité, à savoir : Téboulement circonscrit d'un point en particulier, ou l'effondrement total d'une mine.

L'histoire a, sous ce rapport, enregistré le souvenir de mémorables catastrophes. La mine de cuivre de Fahlun (Suède) est pratiquée dans une masse couchée de pyrite cuivreuse, insérée dans le micaschiste. En. 1687, tous les travaux s'éboulèrent à la fois. On retrouve encore aujourd'hui, comme traces de ce désastre, deux abîmes, en forme d'entonnoirs, réunis dans une vaste excavation qui présente environ 360 mètres de longueur, sur 120 de largeur, et 60 de profondeur. Depuis cet événement, on a cherché à reprendre une partie des anciens piliers ainsi bouleversés, en pratiquant au milieu de ce chaoi des chambres d'éboulement (*); en outre, une exploitation régulière s'est rétablie au-dessous. En 1876, uo nouvel éboulement s'y est produit dans la partie profonde.

La mine d'Altenberg (Saxe) exploite une masse analogue à un elvan, entièrement imprégnée d'étain oxydé. Le plus grand désordn^ présidait à son aménagement, et 21 compagnies distinctes creusaient, chacune de son côté, sans entente commune, lorsque, le 24 janvier 1620, tout le monde heureusement étant sorti, la mine entière s'écroula sur près d'un kilomètre carré, et jusqu'à la profondeur de 340 mètres, laissant un abîme, encore visible, d'environ 130 mètres de profondeur. On a, depuis cette époque, glané, comme à Fahlun, dans la partie disloquée, au moyen de chambres d'éboulement.

(*) Tome I, p. 512.

ACaDENTS DIVERS. 7«7

On peut citer encore d*autre$ exemples de semblables cataclysmes. En 1740, la mine de Stahiberg (pays de Siegen) s'est entièrement eiïondrée. Le Rammelsberg (Harz) a été, dans le quatorzième siècle. le théâtre d'un écrasement général, à la suite duquel la mine est restée fermée pendant un siècle. Un affaissement de 60 mètres s'est produit dans Texploitation de Fleckgruvan (Norberg, Suède). La mine de mercure d'idria (Carniole) a perdu par l'éboulement, en 1552, un étage qui a conservé le nom de Todtenteufe (étage des morts), en engloutissant 50 piqueurs. La mine de fer de Nagot, située près de celle de Rancié (Ariège), s'est éboulée dans le quatorzième siècle, ensevelissant tout le personnel. Elle a été abandonnée à la suite de cette catastrophe. Les mines de la Crangne (Rancié) en 1819, de Geyer (Saxe), de Schlackenwald (Bohême), l'exploitation de mercure de Huencavelica (Amérique) , ont subi de grands effondrements. La mine de soufre de Lercara (Sicile) a enseveli 37 mineurs en 1860, et 19 en 1871.

De graves accidents du même genre se sont produits dans des carrières à piliers tournés. Nous citerons Téboulement des exploitations de tuffeau de Vieux-Ports (Indre-et-Loire) en 1880, et celui des carrières de Chancelade (Dordogne) en 1885. Les chambres souterraines des ardoisières des Fresnais et des Grands Carreaux, près d* Angers, se sont effondrées en 1862 et 1868 (*); le dernier de ces accidents a bouleversé environ 450 000 mètres cubes de roche, et disloqué à Textérieur une étendue d'un hectare. L'ardoisière du Pont-Mal embert, qui s'est écroulée le 15 mars 1892, recouvrait d'une voûte sans soutien une étendue horizontale de 3000 mètres carrés.

L'un des plus récents désastres présentant un caractère de généralité, est celui de la mine de Varangéville (Meurthe-et-Moselle) (*). On y avait introduit les méthodes de havage du sel gemme par l'eau ('). Bien que le liquide fût recueilli avec soin, des infiltrations avaient fini par délayer les marnes du mur. Depuis un certain temps, quelques signes menaçants s'étaient manifestés. La hauteur

(») BuU. min,, 3v IV, 824 et 848.

(*) Annales, V,\y. 613 (») Tome I, p. 166.

798 AfiRAGE.

des galeries «Tait diminué sur certains points : mais on avait allribué cet efTet au foisonnement des marnes. Des crevasses s'élaicnl produites de divers côtés. Enfin, le 31 octobre 1873. les piliers massifs s'enfoncèrent tous Ji la fois, et l'on vit k la surface, en une demi-minute, une étendue d'environ 550 mètres sur 300 s'afTaiswr de 5 mètres (fig. 814) ('). Les marnes délayées refluèrent dans le puits, sur une hauteur de 20 mètres, et l'air ainsi comprima

Kig. Bll. — Éboulemenl de V»rinpi*ïil(e,

lança la cage à travers la toiture. C'était heureusement jourdc [Kiyc, et peu d'hommes se trouvaient dans l'intérieur. Aucun ne fut perdu; néanmoins il y eut 17 ouvriers blessés, mais pour 1> plupart à rextérieur.

Loi'squc l'exploitation a lieu, non par piliers abandonnés, mais avec remblayage complet, on constate parfois des afTaisseinenl^ subits sur une grande étendue des travaux. Ce fait s'est produit le

(') lui kUves A di'signent des crevasses béantes, un peu en àe^ de liptomhi)' l'eicavgtian soûle n'a me ; B un eihaussement en doi d'Ane: n des veines d'irgik qui croisent la ili-aiiûcaiion.

ACaDENTS MYERS. 799

15 janYier 1888('), et le 5 mai 1894('), pour la couche des Littes, à Moatrambert (Loire).

f 36S — On a cité des exemples de tremblements de terre ressentis dans les exploitations du nouveau monde ('). M. de la Torre(*) a décrit celui qu'il a éprouvé, en novembre 1852, dans une mine de cuivre de Cuba. Au milieu d'un bruit formidable, la terre ondulait« lançant les hommes d'une paroi à l'autre des galeries* faisant craquer les bois, éteignant les feux, redoublant l'infiltration des eaux. Le phénomène dura au moins quatre minutes.

Tout au contraire, on peut voir l'intérieur épargné lorsque la surface est ravagée. M. Domeyko, levant des plans à 200 mètres de profondeur, dans la mine d'argent de Charnasillo, n'observa aucune agitation de ses appareils, tandis que sa maison s*écroulait au-dessus de sa t6te('). Un phénomène analogue a été observé dans la concession de l'Escarpelle (').

1863 — Sauvetage. — La véritable influence des effets de Téboulement sur la mortalité souterraine provient beaucoup moins de ces grands événements, essentiellement rares, que des accidents locaux, malheureusement trop fréquents, dans lesquels un ou plusieurs hommes peuvent se trouver engagés (').

Les moyens de préservation, à cet égard, se réduisent à la bonne entente de la méthode d'exploitation, et aux soins que Ion doit apporter dans les soutènements ('). 11 convient de fournir, à discrétion, les bois au piqueur, et de stimuler sur ce point son indif-

(*) Primai. Annales, 8*, XIV, 520.

{*] Coste, AnnaUs, 9% VU, 309.

(*) Mémaireê de Boussingault. in-S^. If, 30.

[*) Zurcher et MargoUé. Volcans et tremblement de terres 232. — Yirlet d'Âoust, Tremblements de terre dans les mines [Société de géographie, 17 juillet 1885, 16 juillet 1886. — Bulletin de la Société de géologie de France, 3-, Xilî, 447).

i'] Daubrée, Revue des Deux Mondet, 1885. — Bulletin de V Association scientifique deFrancCy avril 1885, p. 51.

(«) Virlet d'Aoust, Comptes rendus, CI, 487.

[^) De Saint-Léger. Sauvetage de deux ouvriers engloutis par- téboulement d'une mamière (Annales, 4% XVII, 173).

n Note sur un éboulement [Annales, 6*, XIX, 103). — Cambessédès. Accidents par ihulementj Paris, Bernard, 1800.

férence, qui le porte à employer de préférence son temps à des travaux plus directement rémunérés. On va même jusqu'à lui imposer des distances de boisage réglementaires, indépendantes de son appréciation pei^onnelie.

Il doit être également interdit, sous des peines sévères, de dormir à la taille ; car alors les signes précurseurs de la chute du toit passent inaperçus.

On surveille les fissures au moyen de plaques de suif ou de plâtre (appelées témoins) qui se rompent pour le moindre mouvement. On procède d'après leurs indications, suivant les cas, au soutènement de la partie qui menace, ou à son décalabrage.

1304 — Quand un homme est pris dans rébouleroent('),on cherche de préférence à parvenir au-dessus de lui, en se boisant dans le solide, et pratiquant un grillage au-dessus de la partie disloquée, de manière à pouvoir la vider. Si Ton attaque, au contraire, leséboulis par-dessous, sans protection, Ton risque de les voir couler consécutivement, comme dans une chambi'e d'éboulementiV Cependant il est inutile d'avertir qu'il peut y avoir, sous ce rapport, des contre-indications. Il est plus rapide, quoique moins sûr, de chercher à se glisser jusqu'au prisonnier à travers l'effondrement, en employant, s'il se peut, des tubes télescopiques ou despoussages; mais on risque de compromettre par là ses dernières chances, et de faire prendre de nouveau des hommes. Il est généralement préférable de foncer un puits latéral, à une distance suffisante pour la solidité, sans exagération toutefois, afin de ne pas allonger inutilement le rameau de jonction et la durée de son percement.

Pour le sauvetage de puisatiers ensevelis sous des terrains sablonneux ou ébouleux, on a souvent obtenu un avancement rapide et sûr en appliquant certains procédés de fonçage et de percement employés par le Génie militaire, soit dans les puits ('), soit pour les

(') De Djéry, Le sauvetage des ensevelis vivants. Revue icientifique, 18 mars 189^i p. 334. — Léon Lévy, Note sur un procédé d'exécution de travaux de sauTeUge, Annales t 8*, XI, 117.

(«) Tome I, p. 512.

('} École de Mines des écoles régimentaires du Génie, Paris, Quantin, 1879, p. 46- Bevue scientifique, 18 mars 1803.

galeries (\). Ces systèmes exigent, pour la fourniture des bois et leur mise en œuvre, plus de dépenses que ceux qui sont généralement usités dans les mines ; mais une telle question perd ici toute importance. Les puits à la Boule, et les galeries hollandaises se recommandent notamment par leur simplicité et leur solidité (*).

On a quelquefois réussi à prolonger la vie du prisonnier, pendant le temps nécessaire au sauvetage, en lui faisant passer des liquides nutritifs, au moyen de tubes que Ton trouvait moyen de faire parvenir jusqu'à lui. On ne doit, à cet égard, jamais se décourager* L'exemple le plus mémorable, sous ce rapport, est celui du puisatier Giraud, qui a résisté pendant trente jours, et a été retiré encore vivant, bien qu'il soit mort ultérieurement des suites d'une pareille épreuve. Le puisatier Prévost, enseveli à une profondeur de 25 mètres» a pu être sauvé au bout de vingt jours.

En 1878, le puits Sainte-Eugénie (Montceau-les-Mines) s'éboula partiellement (^), et les schistes lisses encaissants, glissant en raison de leur pendage de 45 degrés, vinrent l'encombrer sur une centaine de mètres de hauteur, pôle-méle avec les débris de la maçonnerie et du guidage. Pour pouvoir traverser ce chaos» on commença par achever de remplir le vide du puits jusqu'à la partie solide, à l'aide de cendres et de crasses de fourneaux; puis l'on reprit le fonçage à travers cette masse, en soutenant, à l'aide de tirants, la partie supérieure du muraillement. Pour s'enfoncer, on pratiquait un fossé circulaire, suffisant à l'insertion d'un cercle de fer, formé de quatre quadrants à talons réunis ensemble. Ces cercles étaient colletés au ferme contre la roche, et agrafés aux précédents. De l'un à l'autre, un garnissage en planches, en forme de tonne, maintenait le terrain. Lorsque l'on parvint au solide, on y posa un cadre colleté et encastré, sur lequel on éleva un cuvelage en maçonnerie, à l'intérieur du revêtement précédent, qui fut noyé dans une masse de béton.

(*) École de Mines, 40. 86. — Anmles, 8% XI, 117.

{*) École de Minet, 85.

(') Burat, Court d exploitation det mines, 449.

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