DES CLIMATS
Sommaire: 0é6mtion, diviaion. — Climat de la France. — Climat de l'Algérie. — A« climat^mPDt des chevaux français da.isles corps, de» chevaux français en Algérie, d..s chevaux ori.ntaux en France.
On entend par climat une étendue plus ou moins grande b^nition. du globe dans laquelle la température et les autres conditions atmosphériques sont à peu près identiques et produisent des effets semblables sur les animaux.
Les climats ont une action très-marquée sur les formes extérieures, le développement et les qualités des chevaux. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les races orientales, élevées sous un climat chaud, à celles qui vivent dans une des contrées de l'Europe où règne un climat froid. Mais le cachet particulier que les climats impriment aux chevaux n'est pas le résultat d'une seule influence; il est dû à l'action combinée du sol, de l'atmosphère, des aliments, des boissons, de la culture des terres, etc.
On divise les climats en chauds, froids et tempérés, Dm»ioo.
Climats chauds. — Les climats chauds s'éttndent entre les tropiques et depuis les tropiques jusqu'au 35° de latitude australe et boréale. Ils comprennent l'Arabie, la Perse, la Sy- • rie, presque toute l'Afrique, etc. Dans ces régions du globe, la température moyenne annuelle est toujours au-dessus de -+- 20° cent. Du 4pr janvier au 34 décembre, le soleil y lance des rayons perpendiculaires, qui répandent des torrents de chaleur et de lumière; mais, entre le jour et la nuit, il y a de grandes différences. Ces climats n'ont que deux saisons : le saison humide et la saison sèche. La première est l'époque des pluies; elle commence en mai et dure six mois environ. La seconde se fait remarquer par des chaleurs excessives et l'absence de pluies.
Les êtres organisés des pays chauds ont un cachet particulier. Les plantes y arrivent à un haut degré de développement , et se font remarquer surtout par l'abondance des principes aromatiques et excitants qu'elles renferment; elles fournissent les aromates les plus odorants et les poisons les plus subtils. Les chevaux des pays chauds sont de petite taille, i m46 en moyenne, mais ils sont pleins de race, de distinction, d'énergie et sont doués de facultés intellectuelles plus grandes que partout ailleurs : témoins les chevaux arabes, syriens, persans, turcomans, barbes, etc.
Climats froids. — Les climats froids s'étendent du 55° de latitude vers les pôles , et comprennent l'Ecosse , le Danemark , la Suède , la Norwège , la Russie septentrionale, etc. Les froids sont intenses dans ces contrées. Il n'y a que deux saisons : un été et un hiver. L'été n'a guère plus de trois mois et, pendant sa durée, il n'est pas rare d'y rencontrer des chaleurs aussi fortes que dans les pays chauds. L'hiver dure de huit à neuf mois. Il pleut souvent dans ces contrées, et cependant la quantité d'eau qui y tombe est moins considérable que dans les climats chauds. Dans le nord, l'évaporation est lente, le sol reste humide toute l'année et se couvre de plantes herbacées qui renferment peu d* principes nutritifs.
Les animaux domestiques de ce climat ne présentent pas cette distinction , cet éclat du pelage que Ton admire dans les zônes tropicales ; ils sont de petite taille. Ceux qu'on y importe succombent ou dégénèrent. Les chevaux y sont peu nombreux, chétifs, et de petite taille.
Climats tempérés. — Les climats tempérés régnent entre le 35° et le 55° de latitude australe et boréale; l'Europe presqu 'entière, avec ses tles et la partie septentrionale de l'Afrique en font partie. Dans cette zône, les saisons sont bien tranchées, variables, et le passage de l'une à l'autre est graduel et insensible. Les oscillations de température du matin au soir, d'un jour à l'autre, de mois à mois, de saison
à saison, ne manquent ni de fréquence, ni d'amplitude; elles font éprouver aux animaux des modifications variées qui tournent à leur avantage ou à leur détriment.
C'est dans ces contrées qu'on rencontre les plus belles prairies et les plus gras pâturages; qu'on récolte les céréales qui conviennent le mieux à la nourriture du cheval; que sont les animaux domestiques les plus grands et les mieux conformés, ceux qui répondent le mieux à nos besoins.
Chacun de ces climats peut être constant, variable ou excessif. Les climats constants offrent dans le cours de Tannée peu de différence entre les miniraa et les maxima de chaleur et de froid. Ces différences deviennent sensibles dans les climats variables. Elles sont excessives dans les autres.
Climats de la Franck.
La France appartient aux climats tempérés; toutefois, son climat n'est pas uniforme. Elle a le privilège de réunir des climats divers dont le type existe dans les pays voisins. On y distingue cinq régions climatoriales, savoir : 1° le climat vosgien ; 2° le climat séquanien; 3° le climat girondin; 4° le climat rhodanien; 5° le climat méditerranéen.
i° Climat vosgien. — Le climat vosgien ou du Nord-Est comprend tout le pays situé entre le Rhin, la Côte-d'Or, les sources de la Saône et la chaîne de montagnes qui s'étend de Mézières à Auxerre 1 .
Ce climat est le plus froid de la France. Sa température Tempéramoyenne annuelle est peu élevée (+ 9°6); les hivers y sont plus rigoureux (0°6) que dans aucune partie de la France ; tandis que les étés y sont plus chauds (-+- 18°6), à latitude égale, que dans les régions occidentales, et presque aussi doux qu'à l'embouchure de la Loire.
1 Départements compris dans le climat du Nord- Est: Ardennes, Côted'Or, Haute-Marne, Meurthe, Meuse, Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Haute-Saône, Vosges.
il 5
piuiet. La quantité absolue de pluie qui tombe dans ces contrées (669 millim.) est plus considérable que dans la partie contiguë du climat séquanien, le Sud-Est et le Midi, mais moindre que dans la vallée du Rhône. Elle est autrement distribuée aussi entre les saisons que dans les autres divisions climatoriales de la France, le Nord-Ouest excepté. Dans le climat vosgien , il pleut plus en été qu'en automne.
v^t.. Les vents dominants sont ceux du Sud-Ouest et du Nord- Est ; ils soufflent à peu près aussi souvent l'un que l'autre dans le cours de Tannée. Les orages y sont fréquents, en été, mais à peu près inconnus en hiver.
Ë.ptce. Le climat vosgien offre de grandes ressources agricoles.
*q°ine.. Qn v cuitiYe> en grand, les prairies naturelles et artificielles, l'avoine, les plantes sarclées et industrielles, etc. La population chevaline y est nombreuse, mais sans homogénéité. Elle se compose de chevaux allemands , suisses , belges , comtois, percherons, etc. On ne trouve dans les départements compris sous le climat du Nord-Est que deux races équines, qui méritent d'être citées : celle de la Franche- Comté et celle des Ardennes.
situation 2° Climat séquanien. — Le climat séquanien ou du Nord- Ouest règne dans toute la partie de la France comprise entre la frontière du Nord, depuis Mézières jusqu'à la mer, les contreforts du plateau s'étendant de Mézières à Auxerre et le cours de la Loire et du Cher Ce climat est bien distinct de celui des Vosges, mais il se confond insensiblement avec celui du Sud-Ouest, compowuon. La température de ce climat est plus douce, plus constante, plus uniforme que celle du climat du Nord-Est.
1 Départements compris dans lo climat du Nord-Ouest : Aisne, Aube. Calvados, Cher, Côtes-du-Nord, Eure, Eure-et-Loir, Finistère, llle-et- Vilaine, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loire», Loire-Inférieure, Maineet-Loire, Manche, Marne, Mayenne, Morbihan, Nièvre, Nord, Oise, Orne, Pas-de-Calais, Sarthe, Seine, Seine-et-Marne, Seine-Inférieure, Seineet-Oise, Somme, Yonne.
La moyenne annuelle est plus élevée (-f- 11°). La différence entre les chaleurs moyennes de l'hiver et de l'été est peu prononcée, et l'est d'autant moins qu'on s'approche davantage de la mer. Cette uniformité de la température est due au grand courant océanien qui réchauffe les hivers et rafraîchit les étés. Les hivers (+ 4°) tiennent le milieu entre les hivers rigoureux du climat vosgien et ceux, très-doux, du Midi de la France. Les étés sont moins chauds (H- 18°) que dans l'Est et le Midi.
Le climat du Nord-Ouest est très-pluvieux, surtout dans riuie». les contrées qui touchent à l'Océan. Dans la Manche, les Côtes-du-Nord , le Morbihan, il tombe 0" 800 d'eau par an, et 0m 900 dans celui du Finistère. Dans l'Ouest de la région, la plus grande quantité d'eau pluviale tombe en automne, tandis que, dans l'Est, c'est en été. Le nombre des jours de pluie est, en moyenne, de 140.
Le climat séquanien est le plus riche en prairies et en Entées cultures de la France; on y trouve les belles vallées de la Normandie, de la Touraine, de l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou, de l'Ile-de-France, etc., qui produisent et élèvent beaucoup de chevaux , et les meilleurs pour la plupart des services de l'armée, du luxe, du gros trait. Les races à citer plus particulièrement sont : l'anglo-normande, la boulonnaise, la bretonne, la percheronne, la vendéenne, etc.
3° Climat girondin. — Le climat girondin ou du Sud- situation. Ouest embrasse cette vaste contrée de la France qui s'étend de la Loire et du Cher aux Pyrénées et au climat méditerranéen au Sud, et au climat rhodanien à l'Est 11 participe des caractères des régions qui l'environnent, mais il tient
1 Départements compris dans le climat du Sud-Ouest : Allier, Ariége, Aveyrou, Cantal, Charente, Charente-Inférieure, Corrèzc, Creuse, Dordogne, Haule-Garonne, Gers, Gironde, Indre, Landes, Haute-Loire, Lot, Lot-et-Garonne, Lo*ère, Puy-de-Dôme, Besses-Pyréuées, Saône-et- Loire, Deux-Sèvres, Tarn, Tarn-ct-Garoane, Vendée, Vienne, Haute- Vienne.
plus des climats du Nord-Ouest et du Sud-Est que de celui du Sud.
Tempera Sous le climat girondin, la température moyenne de l'année est plus élevée (-|- 42°6) que dans les contrées déjà examinées, mais moins que dans la Provence. Les étés y sont très-chauds, les hivers froids (-h 5°), longs, et présentent des variations plus grandes que sous le climat méditerranéen, ce qui nous explique pourquoi les oliviers et les plantes qui les accompagnent ne viennent pas dans le Sud-Ouest de la France.
pinie». Les pluies qui tombent dans le climat girondin sont abondantes (0" 586), et leur distribution a lieu de la manière suivante : l'automne est la saison où il pleut le plus ; vient ensuite l'hiver, l'été, enfin le printemps.
venu. Les vents dominants sont ceux du Sud-Ouest et du Nord- Est, du Nord-Ouest et du Sud-Est. Les orages y sont plus communs que dans les autres départements de l'Ouest, moins que dans ceux de l'Est; la plupart éclatent en été.
r. »Pècw Les richesses agricoles des départements compris dans le
équ.net. cjjmat giron(jin ne peuvent être comparées à celles des départements du climat séquanien. On y trouve cependant encore de très-bons éléments pour la production et l'élevage du cheval de selle. Les races équines de la Navarre, du Limousin, de l'Auvergne, de la Gironde sont estimées à juste titre.
situation. 4° Climat rhodanien. — Le climat rhodanien ou du Sud- Est règne dans toute la vallée de la Saône et du Rhône, depuis Dijon et Besançon jusqu'à Viviers (Ardèche). Il comprend aussi le massif des Hautes-Alpes et la Savoie1. Tempéra- La température moyenne annuelle (-H i 1°) en est semblable à celle du climat Nord-Ouest. Les hivers y sont froids, moins
ture.
1 Départements compris dans le climat du Sud-Kst : Ain, Hautes- Alpes, Ardèche, Drome, Doubs, Isère, Jura, Rhône, Savoie, Haute- Savoie.
cependant que dans le Nord-Est, et les étés s'y font remarquer par une chaleur considérable (-|-2i05).
La quantité de pluie qui tombe dans ces contrées est plus grande que partout ailleurs (0" 946) ; elle tombe surtout en automne et au printemps.
Les vents du Nord et du Sud dominent dans ce bassin ; veou. puis viennent ceux du Sud-Ouest. Les orages y sont trèsfréquents.
Ce climat offre peu d'importance au point de vue de la E.p6ce production chevaline ; il n'a aucune race qui mérite d'être citée. Les chevaux qu'il possède y sont importés, pour la plupart, et viennent un peu de partout.
5° Climat méditerranéen. — Le climat méditerranéen situation, ou du Midi embrasse la partie de la France, non comprise dans les quatre autres
Ce climat, le plus chaud de la France, jouit d'une tempéra- Température annuelle moyenne (-h \ 5°) supérieure à celle de tous les autres. Les hivers y sont doux (+- 6°5), surtout dans le Var et les Alpes-Maritimes, et les étés (4-22°6) très-chauds.
Les pluies sont abondantes dans le climat méditerranéen et tombent principalement en automne et au printemps. L'été est d'une sécheresse excessive.
Les vents dominants, comme force et comme fréquence, venu, viennent du Nord-Ouest dans la partie orientale, de l'Ouest dans la partie occidentale. En été et en automne, les orages y sont plus fréquents que dans le reste de la France.
Ce climat est loin d'être bien doté pour la production et e»i>*<» l'élevage des chevaux, aussi en possède-t-il moins que les *qu"e' autres. Ceux qu'on y voit viennent du Limousin, de l'Auvergne, de la Bretagne, du Perche, des Ardennes, etc. On n'y trouve qu'une race indigène, celle de la Camargue, et encore est-elle impropre aux services de la cavalerie.
1 Départements compris dans In région du Midi : Basse» - Alpes , Alpes- Mari limes, Aude, Corse, Hérault, Gard, Pyréuées-Orientales, Bouche*-du-Rhône, Var, Vaucluse.
Climat de l'Algérie.
Le climat de l'Algérie est chaud pendant six mois de l'année, tempéré au printemps et en automne, froid pendant un mois et demi environ; mais il offre des différences dans les trois grandes divisions territoriales : Littoral, Tell et Sahara, que le sol africain présente.
Littoral. Sur le littoral, la température est douce toute l'année; il n'y règne ni grands froids, ni chaleurs excessives, et la température moyenne est de -h 18° cent. Les chaleurs les plus fortes ont lieu de juin en octobre, et rarement elles font monter le thermomètre au-delà de -h 34°. Les froids les plus intenses s'observent quelquefois en décembre, le plus souvent en janvier ; ils font descendre le thermomètre à +5° ou -+- i°, très-rarement à 0° et au-dessous.
Dans cette partie du territoire algérien, la température est uniforme, et les transitions d'un jour à l'autre ne sont que de deux ou de trois degrés. Les différences du jour à la nuit sont plus sensibles; on constate alors des variations de température de 15°, 20° et même 25° centig.
Les vents qui régnent sur le littoral sont variables. Ceux du Nord, de l'Ouest, du Nord-Ouest soufflent pendant plus des deux tiers de l'année. Du mois de mai au mois de décembre , ils sont violents et amènent la pluie ; le reste de l'année, ils sont doux et frais. Leurs effets sont en rapport avec leur état hygrométrique et thermométrique. En hiver, ils occasionnent souvent des inflammations des organes respiratoires. En été, au contraire, ils forment des brises qui se lèvent tous les matins et tempèrent agréablement les chaleurs de cette saison. Les vents d'Est et du Sud viennent de l'intérieur; ils soufflent en automne, en été et au printemps , pendant la nuit surtout. En hiver, ces vents sont froids et secs ; en été, ils sont secs et chauds. Le sirocco est brûlant, chargé d'électricité, et soulève des nuages de sable fin. Quand il souffle, ce vent élève considérablement la tem-
pérature atmosphérique, et, sous son influence, le cheval, comme l'homme, est dans un état de prostration qui le rend incapable de faire un service actif.
Du mois de juin au mois de septembre, le ciel est sans nuages; pas une goutte de pluie ne vient tempérer l'action d'un soleil brûlant. En octobre, les pluies commencent à tomber, mais elles sont de courte durée et peu abondantes. En novembre, elles deviennent plus fréquentes et durent plus longtemps. En décembre, janvier et février, elles sont très-fréquentes et torrentielles. En mars, avril et mai, elles diminuent insensiblement et sont de plus en plus rares.
Dans le Tell, la température est plus élevée, en été, de 3° à 4°, et souvent le thermomètre monte à -h 36° et môme à 38°. En hiver, c'est le contraire ; aussi n'est-il pas rare de voir de la glace et de la neige sur les plateaux de Frendah, de Thiaret, de Saïda, de Dala,de Boghar, de Constantine, etc. Au printemps, la végétation y est en retard de vingt jours environ sur celle du littoral. Les variations thermométriques du jour à la nuit, d'un jour à l'autre, y sont plus grandes que sur le littoral.
Les vents du Nord , de l'Ouest et du Nord-Ouest se font moins sentir dans ces contrées, tandis que le sirocco y est plus fréquent et plus fort.
Les pluies y sont abondantes.
Dans le Sahara algérien, les chaleurs sont excessives en s«h«ra été, et les froids intenses en hiver. Le thermomètre, en juin, juillet, août et septembre, monte souvent à -h 40% et en hiver, il descend à plusieurs degrés au-dessous de zéro. Les différences du jour à la nuit sont très-grandes. Les vents qui viennent d'Europe se font peu sentir dans ces régions; le sirocco, au contraire, y souffle souvent et avec violence. Les pluies y sont abondantes dans la saison ; mais viennent les chaleurs, elles disparaissent complètement.
Acclimatement.
Après avoir parlé des climats en général, nous allons faire connaître l'influence qu'ils exercent sur les chevaux.
Le cheval est doué delà merveilleuse faculté de vivre sous les climats les plus différents. Il résiste aux chaleurs excessives de la Nubie, de l'Abyssinie, de l'Arabie, tout aussi bien qu'aux froids rigoureux des régions septentrionales de l'Europe. On le trouve presque partout où l'homme civilisé . a établi sa résidence ; mais, quand on le transporte du pays qu'il a habité longtemps, dans un autre dont le climat est différent, il s'opère en lui des changements sensibles, et plus ou moins prompts, suivant la différence des conditions extérieures que lui font l'air, le sol, les eaux, la stabulation, etc. Ce sont ces changements qu'on désigne sous le nom d'acclimatement ou $ acclimatation.
L'acclimatement est une question de la plus haute importance, car il prend une large part dans le développement des maladies qui sévissent sur les jeunes chevaux de l'armée. Aussi examinerons-nous successivement : i° l'acclimatation du cheval français dans les corps, en France ; 2° l'acclimatation du cheval français en Algérie ; 3° l'acclimatation du cheval barbe en France.
1 o Acclimatement du cheval français dans les corps
en France.
La plupart des chevaux, en passant des mains des éleveurs dans les rangs de l'armée, éprouvent souvent, par le seul fait de leur déplacement, et toujours ensuite sous l'influence du nouveau lieu dans lequel ils sont conduits, des changements de régime, d'habitude, de travail, etc., des modifications qui sont en grande partie la cause des nombreuses maladies qui déciment les jeunes chevaux dans les dépôts de remonte et dans les corps, peu de temps après leur achat.
Mais chez tous les sujets, le travail d'acclimatation ne se fait pas sentir au même degré : la manière dont le cheval a été élevé, la préparation qu'il a subie avant la vente, l'Age auquel il arrive dans les corps, les conditions hygiéniques auxquelles il est soumis dès son arrivée dans l'armée , sont autant de causes qui en modifient les effets, et dont nous allons indiquer le rôle.
Modificateurs climatériques. — La durée et les chances .sy«t*me
d'élevage
de l'acclimatement sont très- variables, suivant la manière dont les chevaux ont été élevés.
L'acclimatement est toujours long et donne souvent lieu à des maladies graves, chez les chevaux élevés, en liberté, dans les marais ou dans les contrées de grands pâturages, comme les marais de Saint-Gervais, de Rochefort et de Ma rennes, les environs d'Alençon, etc. Les différences notables qui existent entre les conditions hygiéniques au milieu desquelles ces chevaux ont été élevés et celles où ils sont placés dans l'armée, rendent facilement compte de ce qu'on observe alors. Ainsi, depuis le jour de leur naissance jusqu'au moment de !a livraison à la remonte, ces chevaux ont vécu au milieu des prairies, à l'état sauvage, exposés aux intempéries de toutes les saisons, sans recevoir ni avoine, ni soins de propreté, ni nourriture sèche, et loin du contact de l'homme. Sous l'influence de ce genre de vie, ils sont devenus sobres, rustiques, mais d'un caractère peureux, quinteux et irritable.
En arrivant dans l'armée, tout change : on les prive de leur liberté; on leur donne une nourriture sèche ; on ne les promène qu'une fois par jour au plus ; on les tracasse souvent par suite des exigences du service, etc. De là des changements brusques, préjudiciables à leur santé. Mais il est bon de faire observer qu'une fois acclimatés, ces chevaux sont rustiques, sobres, résistent bien aux fatigues et font un bon service.
Les chevaux élevés dans les riches prairies artificielles de
la Normandie, etc., habitués à recevoir d'abondantes rations de sainfoin, de trèfle, de luzerne, ne trouvant à l'armée nue la stricte ration du jour au lieu du superflu de la veille, souffrent de la faim, et sont arrêtés dans leur développement. De là des troubles fonctionnels graves, qui rendent l'acclimatement long et dangereux.
Inversement, les chevaux élevés dans des contrées pauvres, qui ont souffert de la faim et des intempéries, comme la plupart de ceux de l'Auvergne, des Ardennes, de la Bretagne, ont moins à redouter les changements de régime, de climat, etc. Ceux-ci, recevant, dans les corps, une nourriture meilleure et des soins mieux entendus que chez les éleveurs, grandissent, s'étoffent, prennent des poils Ans et luisants, et toutes les apparences de la force et de la santé. Leur acclimatement est facile, et rarement il donne lieu à des maladies graves.
Préparation. De toutes les causes qiii influent le plussur l'acclimatement, la préparation à la vente est sans contredit la plus puissante. Les sujets, préparés par une nourriture tonique, passent, pour ainsi dire, sans éprouver de modifications sensibles, de l'hygiène qu'ils avaient suivie jusque là à celle qu'on leur donne dans les corps. Il n'en est pas de même de ceux qu'on a enfermes dans des écuries basses, humides et chaudes, et que l'on a nourris avec des aliments cuits, donnés en abondance ; que l'on n'a sortis que pour les mener à l'abreuvoir, etc. Presque tous ceux-ci contractent des affections de poitrine, qui se compliquent souvent d'altération du sang et en font périr un grand nombre. Cl.inaU. Moins il y a de différence entre le climat dans lequel le cheval a été élevé et celui sous lequel on le conduit, moins l'acclimatement est long, pénible et dangereux. Ainsi, le cheval navarrin, qui est dirigé sur un régiment en garnison dans le Midi, souffre peu de l'hygiène du cheval de troupe. Par contre, celui qui est envoyé dans le centre et surtout dans le Nord de la France , est considérablement
éprouvé, tombe malade et reste longtemps avant d'être en état de rendre de bons services. Pour le cheval du Nord, l'acclimatement est moins pénible et moins dangereux, quand il va dans le Midi que lorsqu'il est dirigé sur toute autre contrée.
L'âge auquel le cheval arrive dans les corps a aussi sa Age, part d'influence, dans la question qui nous occupe. L'époque de la vie la plus favorable à l'acclimatement est lorsqu'il est sur le point d'avoir acquis tout son développement. Plus tôt, le cheval ayant non-seulement à s'entretenir, mais encore à grandir et à s'étoffer, le travail d'acclimatement se fait plus fortement sentir. Presque tous les chevaux reçus dans l'armée avant 5 ans tombent malades, tandis que ceux achetés après cet âge, s'habituent facilement à l'hygiène régimentaire.
Le tempérament est loin d'être sans influence sur l'issue TemP*raet la durée de l'acclimatement. Le cheval lymphatique ou très- irritable souffre plus que celui qui est sanguin. Les tempéraments primitifs sont plus fortement éprouvés que hs tempéraments composés.
L'époque de l'année à laquelle le cheval est acheté et la 'Vy^ constitution atmosphérique -égnante ont une grande in- de" 80 aU* fluence sur le nombre, la nature et la gravité des maladies qui sévissent sur les jeunes chevaux. Quand les achats ont lieu au printemps et que les animaux sont conduits au dépôt de remonte ou au corps, par un beau temps, les maladies sont peu nombreuses. Il n'en est pas de même si on les met en route par le froid, la pluie, l'humidité : alors la plupart tombent malades.
Nous ajouterrns enfin que les conditions hygiéniques que Condition» les jeunes chevaux trouvent en arrivant à l'armée con- bIf?,*n,q""tribuent à rendre l'acclimatement plus ou moins facile. Favorables, elles diminuent les chances de maladies et leur durée; fâcheuses, elles tendent à les faire éclore plus vite, et leur donnent une gravité insolite. C'est surtout quand il
y a encombrement dans les dépôts ou dans les corps, que les jeunes chevaux tombent malades, et qu'on voit apparaître les affections avec altération du sang qui les déciment.
Maladies. — Les maladies qui se déclarent sous l'influence de l'acclimatement sont, en première ligne, celles des organes respiratoires : la gourme, l'angine, la pneumonie. Simples et sporadiques dans les circonstances les plus heureuses, ces affections prennent souvent une gravité insolite et se compliquent d'altération du sang. Les maladies intestinales et celles de la peau sont communes. Le pied est le siège de troubles maladifs qui amènent des cercles, le resserrement des talons, l'encastelure, des bleimes, etc.
Durée. — Le temps que les chevaux mettent à s'acclimater est variable, et cela se comprend sans peine pour peu que l'on se rappelle ce que nous venons de dire sur les modificateurs climatériques. Chez quelques sujets, la révolution s'opère en trois mois, et les effets en sont à peine sensibles; tandis que chez d'autres, elle n'est complète qu'après un an, quinze mois même. Les chevaux, pendant tout ce temps, conservent des symptômes qui indiquent qu'ils ne jouissent pas d'une bonne santé.
Prescriptions hygiéniques. — Les chevaux, sous l'influence de l'acclimatement, réclament des soins hygiéniques particuliers et de tous les instants.
vuile A leur arrivée aux corps, les chevaux de remonte doivent * r.rrhrée. ôtre vi8ités par les vétérinaires, qui feront entrer immédiatement à l'infirmerie ceux qui présenteront quelques symptômes de maladies. On divisera les autres en plusieurs catégories suivant leur âge, leur provenance et leur embonpoint. Dans cette répartition, on aura soin, autant que possible, de ne pas éloigner les chevaux élevés ensemble ou habitués à vivre côte à côte, l'expérience ayant démontré qu'ils souffrent considérablement de cet isolement.
Alimenta-
Les jeunes chevaux doivent être soumis à une hygiène de transition qui les rapproche le plus possible de la nourri ture
qu'ils avaient et des conditions dans lesquelles ils étaient avant leur achat.
Il faut substituer un ou deux repas de barbotage à un pareil nombre de repas d'avoine. Au lieu du barbotage, dont les chevaux se dégoûtent facilement, mieux vaudrait donner des carottes.
Le régime de transition doit durer plus ou moins longtemps suivant l'état de? jeunes chevaux et les conditions antérieures. Un mois, six semaines suffisent généralement. On diminue ensuite progressivement le nombre des repas de barbotage, et on augmente d'autant ceux d'avoine.
Utile au début, le barbotage trop longtemps continué affaiblit et nuit à la santé des chevaux ; il favorise la production de la graisse au détriment du développement des muscles et des os, et, par conséquent, de la force et de l'énergie. Il faut donc en cesser l'usage aussitôt que les chevaux peuvent s'en passer, et les mettre à une alimentation tonique. Si on le peut, il faut même augmenter la ration d'avoine. Nous insistons sur ce point, parce que généralement, dans les corps, on soumet les jeunes chevaux, pendant trop longtemps, à un régime rafraîchissant
Le foin et la paille doivent être distribués mélangés pendant les premières semaines de l'arrivée des jeunes chevaux aux corps, pour habituer ceux qui n'ont pas encore mangé de la paille à en faire usage. Sans cette précaution, ils la laissent de côté. Dans quelques dépôts de remonte, on ne donne pas de foin aux chevaux ; cette pratique est irrationnelle, car beaucoup de ces animaux n'ont eu chez les éleveurs que du foin pour nourriture. Or, leur supprimer cet aliment, c'est les soumettre à une transition brusque qui ne peut être que fâcheuse pour eux.
1 Si l'on donne un repas d'avoine, ce doit être le malin; ai l'on en donne deux, leur distribution aura lieu le matin et le soir.
l^es denrées de dist ribution et de substitution doivent être de premier choix, vert. Le vert, dans la saison, convient aux jeunes chevaux en travail d'accli maternent, surtout si Ton y joint de l'avoine. Écurie». Les chevaux de remonte demandent à être placés dans des écuries spacieuses, bien aérées et bien exposées. On doit éviter de les y réunir en trop grand nombre et d'y maintenir une température trop élevée, toujours nuisible aux chevaux, surtout à ceux habitués à vivre en plein air. Pour ces derniers, il est bon de laisser les fenêtres des écuries ouvertes jour et nuit, afin que l'air se renouvelle facilement, mais en ayant le plus grand soin d'éviter les courants d'air, si funestes aux jeunes chevaux. On ne doit fermer les fenêtres que l'une après l'autre, et lorsqu'ils sont habitués à vivre dans un air confiné.
soin» Les jeunes chevaux doivent être confiés à des cavaliers intelligents, aimant le cheval, et traités avec une douceur toute particulière, surtout quand ils ont été élevés en liberté.
Pan.agC. H ne faut pas soumettre à un pansage méthodique les jeunes chevaux qui n'ont jamais senti le contact des effets de pansage. On se contentera d'abord de les bouchonner, puis de les brosser, et on n'arrivera à user de l'étrille qu'après les avoir habitués aux effets de pansage précités.
PromeDi,<ie. Les jeunes chevaux demandent à être promenés, au pas, deux fois par jour. Quelques temps de trot, quand la route le permet, ne peuvent que leur être salutaires. Mais il faut avoir grand soin de prévenir les écarts, les sauts de gaîté et tout ce qui pourrait donner lieu à de violents efforts musculaires; il faut éviter de les rentrer à l'écurie étant en sueur, et avoir la précaution, au retour de la promenade, de les bouchonner et de les couvrir, si la constitution atmosphérique est froide et humide.
Ferrur*. L'hygiène des pieds doit être l'objet d'une attention toute
particulière. Les sabots seront graissés trois fois par semaine, et la ferrure sera surveillée attentivement.
Les bains, dans la saison, produisent, surtout dans le b™*. Midi, de très-bons résultats.
La saignée, dont on faisait un si fréquent usage, il y a saigné, quelques années, n'est indiquée que pour les chevaux pléthoriques; elle est nuisible à ceux préparés à la vente par des aliments cuits donnés en abondance, etc.
2<> Acclimatement du cheval français en Algérie.
L'acclimatement des chevaux et des mulets français est plus long, plus pénible et plus dangereux en Algérie qu'en France; cela se comprend sans peine, pour peu qu'on réfléchisse aux différences existant entre l'état de l'atmosphère, le genre de nourriture, de travail, etc., de l'Algérie et de la France.
Modificateurs. — Les conditions individuelles ont une condition» influence marquée sur la marche et l'issue de l'acclimate- ,ndmdMUe, ment. Les animaux élevés sous un climat se rapprochant de. celui de nos possessions algériennes, ou qui y ont été soumis pendant longtemps, comme les races chevalines et mulassières de la Navarre, de la Sardaigne, de l'Espagne, souffrent peu du changement de climat. Par contre, celles de l'Ouest et du Nord delà France sont éprouvées rudement, surtout si la transition est subite. Nous avons été à même de constater ces différences sur une grande échelle lors des importations diverses qui eurent lieu de 1840 à 1845.
Il est digne de remarque que les chevaux d'un tempéra- Tempérament lymphatique, aux chairs molles, souffrent moins de l'acclimatement, en Algérie, que s'ils allaient dans un pays froid. La chaleur et la lumière donnent à ces sujets l'activité qui leur manque sous un climat froid. Les tempéraments sanguins et nerveux y sont prédisposés aux affections aiguës du système circulatoire ou nerveux. Les tempéraments mixtes s'y acclimatent promptement.
a^. L'Age le plus convenable pour l'importation est entre 5 et 6 ans. Plus jeunes, les chevaux sont trop faibles pour résister aux influences fâcheuses du climat et pour lutter contre les effets de leur développement. Ils se trouvent dans des conditions défavorables dont les conséquences sont d'autant plus grandes qu'on est presque toujours dans l'obligation de les mettre en service dès leur arrivée. Trop âgés, ils ont de la peine à se faire au nouveau climat.
saiion. L'époque à laquelle les chevaux arrivent, en Algérie, a aussi sa part sur l'issue de l'acclimatement. La saison la plus opportune est de novembre à janvier. Cette saison n'est dangereuse que pour les animaux détériorés par des maladies antérieures , et ceux-là ne doivent pas y être envoyés. Alors il n'y a pas de chaleurs excessives, une période de six mois, très-favorable, s'ouvre pour les non-acclimatés, et on peut leur donner du vert, qui convient parfaitement pour atténuer les effets de l'acclimatement. Si, au contraire, les débarquements ont lieu à la fin de mai, les chevaux, exposés brusquement à de fortes chaleurs et à une nourriture échauffante, souffrent considérablement et pendant longtemps.
Lurite. Le lieu où les animaux sont conduits à leur arrivée joint son influence à celle des causes précitées, et contribue aussi à modifier la marche et l'issue de l'acclimatement. Le littoral est favorable, parce que la température y est douce, uniforme et tempérée par les brises de mer qui soufflent tous les jours d'une manière régulière. L'intérieur , et surtout le Sahara, si chaud en été et si froid en hiver, sont moins favorables.
soin, Les soins hygiéniques que les animaux trouvent en débarhygiéniqnc. qUant et pendant les six mois qui suivent, ont aussi une influence puissante sur la durée et l'issue de l'acclimatement. Il est long et les pertes qu'il occasionne sont grandes, si les animaux sont entassés sous des hangars, battus par les vents, exposés, le jour, aux ardeurs du soleil, la nuit, aux rosées; si leur nourriture est de mauvaise qualité, et
peu en rapport avec l'état de leurs organes digestifs; si les soins de propreté leur manquent, comme cela eut lieu bien souvent dans les premières années de l'occupation. Des conditions contraires produisent des résultats opposés.
Une des causes les plus puissantes de la mortalité des che- . £we
* * de la mmr
vaux et des mulets nouvellement arrivés en Afrique, se trouve dans le temps qui s'écoule entre le moment de leur débarquement et celui de leur mise en service. Lorsque, peu de jours après leur arrivée, et môme avant que leur acclimatement soit complet, les animaux sont envoyés en expédition, ils tombent malades, et leurs maladies se compliquent souvent de l'altération du sang ; ils meurent après un court séjour à l'infirmerie.
Effets. — La révolution qui a pour but d'imprimer à un animal étranger les caractères de l'indigénat algérien, s'accomplit par l'affaiblissement des actes de l'hématose et de la nutrition, et par l'exaltation physiologique de la transpiration cutanée et des fonctions du foie. L'appétit diminue, les organes digestifs ne sont plus assez actifs pour extraire des aliments tous les principes qu'ils renferment, l'hématose n'est pas aussi complète qu'auparavant, la nutrition est' moins active, la peau donne des sueurs abondantes qui épuisent les chevaux, le foie sécrète abondamment. De là l'appauvrissement des matériaux organiques, notamment du sang, et la maigreur.
Durée. — Le temps pendant lequel les chevaux et les mulets sont sous l'influence de l'acclimatement varie. Dans les circonstances les plus heureuses, ils sont acclimatés au bout de trois à quatre mois; ils peuvent alors être mis en service, et suivre, en expédition, les chevaux et les mulets indigènes ou acclimatés ; tandis que, dans les conditions contraires, ce n'est qu'après un an, et plus, que la révolution est complète.
Maladies. — Les maladies auxquelles l'acclimatement n 6
donne lieu sont , en première ligne, les affections des organes digestifs, notamment celles du foie, qui s 'hypertrophie en raison du surcroît d'activité dont il est le siège. Puis viennent les afTections des voies respiratoires et celles qui tiennent à l'appauvrissement du sang, comme la morve, le farcin, etc. Les maladies du sabot sont très-fréquentes : l'action du soleil ardent et du sol brûlant fait naître une inflammation du tissu réticulaire qui amène des cercles, le resserrement des talons, l'encastelure et rend la corne dure et cassante. L'œil aussi est gravement affecté : il est atteint d'ophthalmies, d'amaurose, de cataracte. Les mulets sont souvent frappés de paralysie, si on les charge fortement.
Prescriptions hygiéniques. — Les indications hygiéniques à mettre en pratique, pour atténuer les effets de l'acclimatement, sont les suivantes. Il faut :
choii Choisir de préférence des animaux nés et élevés dans le " Midi de la France, et à défaut, ceux qui y ont fait un assez long séjour pour s'y acclimater.
^ Époq?^ Diriger les convois de telle sorte que les débarquements se ' fassent en novembre et en décembre.
Laisser les nouveaux débarqués dans les villes du littoral, pendant tout le temps de l'acclimatement.
Loger les animaux dans les meilleures écuries, et surtout éviter de les y entasser et de les y laisser se coucher sur le pavé ou dans la boue, comme cela a eu lieu pendant longtemps.
Aliment*- Surveiller attentivement la nourriture qui doit être toujours de qualité choisie, et consister en orge et en foin. La paille, quand on peut en donner, produit de très-bons résultats. Un repas de barbotage, au début de l'acclimatement, est nécessaire. Il faut éviter de rendre la ration trop copieuse, car un régime trop excitant ou trop nutritif est une infraction aux lois de l'acclimatement. Quand les chevaux commencent à présenter des signes indiquant que l'acclimatement touche à sa fin, il faut prévenir l'épuise-
tion.
ment des forces, le relâchement des tissus, par une nourriture copieuse, de bonne qualité et tonique.
Mettre les animaux au vert, dans la saison, en leur don- vert, nant une partie, sinon la totalité, de la ration d'orge. Ce régime leur convient parfaitement.
Eviter de leur donner de l'eau en trop grande quantité ; car l'ingestion dune ration trop copieuse aurait le double inconvénient de frapper d'atonie les organes digestifs et de provoquer une sécrétion trop abondante de sueur. Il faut éviter aussi, autant que possible, de donner à boire de l'eau dont la température serait trop élevée, et y mêler un peu de farine.
Promener les animaux deux fois par jour, aux heures les plus convenables : en été, le matin, avant les chaleurs, ou, le soir, lorsqu'elles ont diminué ; en hiver, dans le milieu de la journée. Les promenades auront lieu au pas ; et en rentrant à l'écurie, les chevaux seront bouchonnés.
Faire de bons pansages pour maintenir la peau dans de Pan««ge. bonnes conditions physiologiques.
Les bains de mer, dans la saison, sont très-salutaires.
De toutes les précautions, la plus importante consiste Mi*e à ne mettre les animaux en service qu'après qu'ils sont acclimatés.
Surveiller très-attentivement l'hygiène des pieds et des iiygi*ne
des yeui.
yeux.
5° Acclimatement du Cheval oriental en France.
Le cheval qui passe d'un climat chaud dans un climat tempéré paie aussi un tribut à l'acclimatement. Ainsi l'arabe, qui quitte les déserts de l'Arabie ou de la Syrie, le barbe, qui abandonne l'Algérie, subissent, en arrivant en France, les conséquences de l'indigénat.
Ces chevaux arrivent, en France, avec un pouvoir insuffisant de calorification ; il faut donc que leur respiration s'active. Or, comme le carbone et l'hydrogène éliminés par
la respiration sont fournis par les aliments, il s'ensuit que le besoin de nourriture augmente avec l'énergie de l'hématose. Leurs fonctions digestives et respiratoires, qui languissaient dans les contrées qu'ils habitaient, s'éveillent avec force ; ils éprouvent un appétit qui leur était inconnu, et s'ils trouvent à le satisfaire, ils ne tardent pas à ofTrir les attributs de l'état pléthorique et à engraisser. Par contre, les fonctions de la peau et du foie, si actives dans les pays chauds, diminuent considérablement, et l'écouornie n'élimine plus par ces deux voies qu'une faible partie des éléments du sang.
Il s'opère ainsi un renversement d'activité fonctionnelle entre la peau et les poumons, et le tube digestif, qui amène des modifications notables dans l'économie. Sous son influence, le cheval oriental acquiert un excédant de forces organiques; son sang prend de la plasticité et porte aux organes une stimulation désormais dangereuse, car les réparations dépassant les pertes, il en résulte un surcroît de nutrition qui amène l'embonpoint et môme une sorte d'obésité.
Maladies. — Les changements survenus dans l'économie par suite'de l'acclimatement amènent des modifications organiques profondes, et donnent lieu à des maladies qui ne tardent pas à éclore, sous l'influence de certaines causes individuelles ou extérieures. Celles qu'on observe en première ligne sont les affections des organes respiratoires : sur les jeunes chevaux, la gourme; sur les chevaux faits, la bronchite, l'angine, la pneumonie, la pleurésie. Les pieds de devant sont souvent le siège de modifications très-remarquables. Dès le premier mois de l'arrivée de ces chevaux, . le tissu réticulaire se modifie ; la sécrétion de la corne se ralentit, le sabot se resserre et s'altère, et se couvre de cercles qui disparaissent lentement et, tant qu'ils durent, ils exercent une compression forte sur les parties profondes, d'où résulte une boiterie qui, d'ordinaire, n'est apparente
que si le cheval fait son appui sur un terrain dur. Chez certains chevaux, les lésions du sabot sont plus graves : le pied se dessèche par défaut de sécrétion et de nutrition, il se resserre en talons et en quartiers, et finit par s'encasteler complètement.
Modificateurs. — Chez tous les chevaux, le travail de con.iiutioo. l'acclimatement n'a pas les mômes effets. En général, les sujets d'un tempérament sanguin et nerveux, à poitrine large, souffrent peu ; tandis que ceux qui sont lymphatiques, à poitrine étroite, grêles de membres, sont fortement éprouvés par le climat.
L'âge le plus favorable pour l'acclimatement est de 5 à Age. 7 ans. Les vieux chevaux, bien conformés et bien conservés, souffrent, mais moins que les jeunes, qui supportent mal les effets du froid et contractent des gourmes malignes, des maladies de poitrine, etc.
L'époque la plus favorable pour l'importation est le prin- saiwn. temps. Les chevaux qui arriventdans cette saison ont devant eux une période de six mois, pendant laquelle le climat de la France diffère peu de celui de l'Algérie, en mars, en avril et mai, et est très-favorable à leur indigénat; tandis que ceux débarqués en automne sont rudement atteints. Les froids humides de cette saison agissent fortement sur eux et déterminent des modifications qui se traduisent par l'horripilation, les frissons, les flancs levrettés, le tremblement musculaire des membres. Ces chevaux contractent vite des maladies des organes respiratoires.
Le point de la France où ces chevaux sont conduits n'est Localité, pas non plus sans action. Dans le Midi, ils souffrent peu du changement de climat ; sous le ciel brumeux et froid du Nord, c'est le contraire.
Durée. — Dans les circonstances les plus heureuses, les chevaux sont acclimatés après quatre mois, tandis que, dans les conditions opposées, ils restent sous une influence maladive pendant huit, dix et même douze mois. Tant que dure
la révolution, ils sont mous, faibles, se font traîner à la promenade, suent après le moindre exercice, ce qui dénote que l'économie entière est en proie à un trouble d'une ou de plusieurs des fonctions principales.
Prescriptions hygiéniques. — L'hygiène de ces chevaux est la suivante :
choix Choisir les sujets, est la plus importante de toutes les indo. iujeu. (jjcatjong jj faut |ajsserî en Algérie, les chevaux à poitrine
étroite, à membres grêles, trop jeunes et incomplètement développés, qui rendront de bons services dans le pays où ils sont nés, et ne trouveraient en France que des causes de maladie.
de^'arSïée ^r(*onner ^ importations de manière à opérer les arrivées dans la saison la plus convenable, c'est-à-dire en avril et en mai. Si les arrivées avaient lieu en hiver, au lieu de diriger les chevaux immédiatement sur les garnisons du Nord, mieux vaudrait les laisser pendant quelques mois dans le Midi, où ils s'acclimateraient plus facilement. Écuries. Placer les chevaux dans les meilleures écuries. Sous le prétexte de les soumettre à une température plus douce, il faut éviter de les tenir dans des écuries trop fermées ; car ces chevaux, habitués à vivre dehors, ont besoin d'un air très-pur; toute altération de ce fluide leur est plus préjudiciable encore qu'aux chevaux français. S'il fait froid, mieux vaut les couvrir que de maintenir dans les écuries une température élevée, qui a l'inconvénient d'amener promptement l'altération de l'air et de les rendre plus accessibles aux causes morbifiques.
Nourriture. Le rôle des vétérinaires doit surtout avoir pour objet de modérer l'afflux du sang dans les viscères, en provoquant, par de bons pansages et des couvertures, la transpiration cutanée, qui diminue brusquement pendant que celle des poumons augmente; en luttant contre les exigences d'un appétit soudain, et en maîtrisant l'action des forces assimilatrices.
Surveiller d'un manière toute particulière l'hygiène des Hygiène pieds. Les pieds étant le siège d'un travail morbide très- dc" p,<5d*' remarquable pendant la période d'acclimatement, il faut les graisser plusieurs fois par semaine et les ferrer avec le plus grand soin.
Donner des bains d'air aux chevaux en les attachant au B&int d ur. piquet ou à la corde, hors des écuries, toutes les fois que le temps le permet, et les y laisser le plus longtemps possible.
Promener les chevaux deux fois par jour, au pas et môme Promenade, au trot. En rentrant de la promenade, on les bouchon nera, on leur épongera les yeux et les naseaux , et on les couvrira, si la température est froide.
SECTION V