DES ALIMENTS
►édition. Les aliments forment une des parties les plus importantes de l'hygiène du cheval, aussi consacrerons-nous à leur étude quelques détails. Nous les examinerons d'abord en ce qifils ont de commun, puis nous nous occuperons de chacun d'eux en particulier.
Art. I". — Des aliments en général.
Si le mot aliment était pris dans son acception étymologique1, il servirait à désigner tout ce qui contribue aux phénomènes de la nutrition. A ce titre, l'air serait le premier et le plus important des aliments, car il joue un rôle capital dans les fonctions de nutrition ; il en est de môme de l'eau qui entre dans la composition de tous les organes et forme les 6/JO du poids du corps.
Mais le mot aliment a une acception plus restreinte ; il ne désigne, aujourd'hui, que les substances qui, introduites dans les voies digestives, y subissent des changements qui les rendent propres à être absorbées et à servir ultérieurement aux fonctions de nutrition, origine. Dans les premiers mois de son existence, le cheval se nourrit d'une substance animale, le lait de sa mère. Après le sevrage, les aliments dont il fait usage sont tous de nature végétale ; mais les végétaux qu'il mange, l'eau qu'il boit renferment, indépendamment de certains principes organiques, des matières minérales, telles que du sel marin, du phosphore, du soufre, du fer, etc., qui font partie intégrante des solides et des liquides du corps du cheval. Le sel marin est très-répandu dans les liquides, le phosphate de
♦ Aliment, de alere, nourrir.
chaux dans les os, le fer dans le sang. Les substances minérales sont nécessaires aux phénomènes de la vie plastique. Quand elles font défaut ou qu'elles sont insuffisantes, la nutrition est incomplète et l'économie entière souffre. Ainsi, s'il est vrai que le cheval se nourrit de végétaux, il est incontestable que les minéraux concourent aussi à la formation de son corps.
Les aliments ont des caractères essentiels qui les dis- caractère* tinguent des autres substances. Ils se rapprochent plus ou moins, par leur composition chimique, de la nature du corps des animaux. Introduits dans le tube digestif, ils apaisent la faim, s'ils sont solides, et étanchent la soif, s'ils sont liquides ; ils cèdent à l'action des forces digestives et se séparent en deux parties : une, inerte, qui est rejetée du corps comme inutile ; l'autre, alibile, qui est absorbée et passe dans le torrent circulatoire. Arrivée dans le sang, la partie alibile rend à ce liquide les principes qu'il a cédés aux organes, relève les forces de l'économie, et sert aux phénomènes de nutrition et à la production de la chaleur animale.
Les végétaux dont le cheval se nourrit habituellement compeition. ont une composition chimique très-complexe ; tous néanmoins sont formés, en dernière analyse, au moins d'oxigène, d'hydrogène et de carbone ; un grand nombre contiennent, en outre, de l'azote, et quelques-uns renferment encore du soufre et du phosphore.
L'étude de ces corps simples oflre peu d'intérêt au point de vue de l'Hygiène, aussi les passerons-nous sous silence ; mais leur association, en des proportions variables, donne naissance à des composés, appelés principes immédiats, dont la connaissance est de la plus haute importance et dont nous devons nous occuper tout d'abord.
Les principes immédiats ont été divisés, d'après le nombre des corps simples qui les forment, en principes immédiats azotés et en principes immédiats non azotés.
Les premiers, composés d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d'azote, comprennent le gluten, Yalbumine, la légumine, la fibrine, la gélatine ; les seconds, formés seulement d'oxygène, d'hydrogène et de carbone, sont : la fécule, le sucre, la gomme, les matières grasses, la pectine, les résines, le ligneux.
1° Principes immédiats azotés. — Gluten. — Le gluten est la pâte grisâtre, élastique, tenace, d'une odeur fade, qu'on obtient par le lavage lent de la farine sous un fiîet d'eau. Il existe dans un grand nombre de grains et de graines, et en particulier dans ceux des céréales et des légumineuses; on le trouve aussi, mais en moins grande quantité, dans les parties vertes des plantes.
Ce principe immédiat est plus riche en azote que les autres : par cela même, il est plus nutritif et se rapproche davantage des aliments tirés du règne animal. Le gluten contribue beaucoup à donner aux aliments qui en contiennent, leurs propriétés alibiles, et on considère, en général, que le pouvoir nutritif d'un fourrage est en raison directe de la quantité de gluten qui entre dans sa composition.
Légumine. — La légumine ou la caséine végétale est un principe solide, blanc, amorphe, en masse diaphane et brillante lorsqu'elle est sèche, et présentant l'aspect de l'empois d'amidon lorsqu'elle est humide. On la trouve dans toutes les parties des végétaux, surtout dans les grains des légumineuses. Les foins de trèfle, de luzerne, de sainfoin en contiennent plus que ceux des prairies naturelles , et c'est principalement à la présence de ce principe qu'ils doivent leurs propriétés plus nutritives.
La caséine existe en abondance dans les liquides animaux, surtout dans le lait. Unie au beurre, au sucre, à différents sels, et après avoir fermenté, elle forme le fromage.
Albumine. — Ainsi nommée à cause de sa ressemblance avec le blanc d'œuf, qui en est presque entièrement formé,
l 'albumine est incolore, visqueuse, filante, sans odeur et d'une saveur fade. Soumise à l'action de la chaleur, elle se coagule à + 70° centigrades; il en est de même, quand elle est mise en contact avec l'alcool. Leau la dissout en totalité.
L'albumine existe dans toutes les parties des végétaux, principalement dans les graines émulsives et la sève. Les aliments les plus substantiels : blé, avoine, orge, fèverolles, foin des prairies artificielles, en contiennent beaucoup. Mais l'albumine est bien plus abondamment répandue dans les substances animales que dans les végétaux : le lait, le sang, la lymphe, en contiennent de grandes quantités.
Fibrine. — La fibrine est peu répandue dans le règne végétal, tandis qu'elle est très-abondante dans les solides et les liquides animaux. On la trouve, en fortes proportions, dans le sang, et elle forme la base des muscles.
Gélatine. — Ce principe immédiat sert de base aux tendons, aux ligaments, aux os et à tous les tissus blancs des animaux. E joue un rôle très-important dans les phénomènes de la nutrition des carnivores et des omnivores; tandis qu'il est sans usage pour les herbivores, par cela même que les végétaux n'en contiennent pas.
2° Principes immédiats non azotés. — Fécule. — La fécule ou l'amidon est une substance blanche, sèche, pulvérulente, insoluble dans l'eau froide, soluble dans l'eau bouillante avec laquelle elle forme une gelée par le refroidissement, et dans l'eau froide, après avoir subi la fermentation ou la torréfaction.
Ce principe immédiat est plus abondamment répandu que les autres dans les aliments dont le cheval se nourrit. On le rencontre particulièrement dans l'avoine, l'orge, le blé et le maïs ; les pommes de terre, le topinambour, la châ- • taigne, etc., en contiennent de grandes quantités; les tiges
et les feuilles de la plupart des plantes en renferment aussi, mais moins.
Les aliments riches en fécule sont d'une saveur sucrée et
agréable, d'une digestion facile ; mais ils poussent plus à la production de la graisse qu'au développement des muscles et des os, et, par conséquent, ils ne donnent pas au cheval l'énergie et la vigueur dont il a besoin.
Sucre. — Le sucre entre dans la composition de la plupart des végétaux : les racines de la carotte et de la betterave; les tiges de l'orge et du maïs en renferment beaucoup ; il existe dans de bonnes proportions dans les grains, les graines et les foins.
Les aliments sucrés sont d'une digestion facile et trèsrecherchés des chevaux ; mais ils poussent plus à la graisse qu'au développement musculaire. S'ils sont aqueux, ils donnent du lait en abondance et de bonne qualité, aussi conviennent^ils surtout aux juments nourrices.
Gomme. — Les gommes sont des substances solides, incristallisables, insipides ou très-fades, solubles dans l'eau, qu'elles rendent mucilagineuse. Les gommes entrent dans la composition de beaucoup de substances alimentaires; elles y existent à l'état de dissolution et forment le mucilage, principe fade, douceâtre, relâchant et peu nutritif, qui communique aux végétaux les propriétés dont il jouit. En petite quantité et associé aux autres principes, le mucilage augmente la propriété alibile des aliments ; tandis qu'à haute dose, il les rend peu nutritifs et d'une digestion difficile, témoins la mauve, la guimauve, les feuilles de figuier de Barbarie, qui sont relâchantes à un haut degré.
Matières grasses. — Les grains, les graines, les tiges de la plupart des végétaux contiennent des matières grasses ; le foin en renferme environ 5 parties pour 400, l'orge 2, 76, l'avoine 5, 50. Donnés seuls, les corps gras sont d'une digestion difficile et peu alibiles; tendis qu'associés à d'autres substances, ils contribuent beaucoup à former une bonne nourriture. Or, dans les tiges et les autres parties des végétaux, on les trouve toujours unis à la gomme, ou à l'albumine. C'est à de fortes proportions de matières grasses que
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la graine de lin doit la propriété d'engraisser promptement les chevaux.
Résines. — Beaucoup de végétaux contiennent des résines ou des huiles essentielles qui les rendent toniques ou excitants, (les principes ne sont pas nutritifs; ils agissent comme des condiments naturels, excitent la muqueuse du tube digestif et les glandes qui y sont annexées, et activent l'action des forces digestives. C'est à la présence d'une résine ou d'une huile essentielle que l'avoine, la carotte, etc. doivent les propriétés toniques dont elles jouissent, et les foins du Midi et des contrées montagneuses d'être plus recherchés des chevaux que ceux du Nord et des contrées basses et humides.
Ligneux. — Le ligneux est la partie du végétal dans laquelle sont renfermés les principes nutritifs; c'est lui qui en forme, pour ainsi dire, la charpente et la trame. Le ligneux est insipide, inodore et à peu près complètement réfractaire à l'action des forces digestives ; néanmoins, il joue un rôle important dans les phénomènes de la nutrition. Sans être assimilable, le ligneux, par son association avec les éléments alibiles, favorise leur digestion et l'émission totale de leurs principes nutritifs. Sans lui, les aliments entretiendraient mal le cheval, qui a besoin de prendre une nourriture volumineuse pour lester et remplir son intestin. Après l'absorption des principes alibiles, le ligneux est rejeté à l'extérieur, et forme la plus grande partie des matières fécales.
Division des aliments. — D'après la nature des principes immédiats qu'ils renferment et le rôle qu'ils jouent dans l'économie, les aliments ont été divisés en aliments azotés et en aliments non azotés.
Les premiers, contenant des principes immédiats azotés, servent surtout à l'assimilation et réparent les pertes que l'économie animale fait sans cesse; de là le nom d'aliments plastiques qu'on leur donne souvent.
Les seconds, composés de principes immédiats non azotés,
fournissent les matériaux à l'aide desquels se produit la chaleur animale ; d'où leur est venue la dénomination d'aliments respiratoires, sous laquelle on les désigne.
Mais les aliments ne sont propres à nourrir convenablement le cheval et à le conserver en santé, qu'autant qu'ils contiennent des principes azotés et des principes non azotés. Ceux qui ne sont formés que des uns ou des autres sont impropres à l'entretien de la vie ; ils ne sustentent que certaines fonctions, et les autres fonctions ne trouvant pas, dans ces aliments, les matériaux nécessaires à leurs besoins, les empruntent à l'économie elle-même : d'où souffrance, maladie et mort ensuite.
Des expériences nombreuses, et souvent répétées, ont mis hors de doute les propriétés nutritives de ces deux classes d'aliments. Ainsi, des chiens nourris avec des substances non azotées : sucre, huile d'olive, gomme, beurre, etc., ont succombé au bout de 30 jours ; des oies, qui recevaient pour toute nourriture du sucre, de la gomme, de l'amidon, sont mortes du quinzième au seizième jour.
Il n'y a que les aliments complets qui puissent entretenir la vie et fournir les éléments nécessaires au renouvellement et à l'accroissement des parties constituantes du corps, les matériaux des sécrétions et ceux des phénomènes chimiques, qui produisent la chaleur animale. Or, la nature nous fournit des types d'aliments complets dans le lait, l'avoine, l'orge, le foin, les fèves, etc., où le cheval trouve tout ce qui est nécessaire à son existence.
Pour que la santé ne soit pas altérée, il ne suffit pas que les aliments contiennent des principes azotés et des principes non azotés, il faut encore que les uns et les autres s'y trouvent dans des proportions convenables. En effet, si les matières azotées l'emportent de beaucoup sur les autres, et vice versé, la santé en souffre, et, au bout d'un certain temps, on voit des maladies se déclarer, comme nous le verrons en parlant des foins des prairies artificielles.
SECTION II