‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 22 sur 139 · DE L'EAU · texte numérisé non relu

DE L'EAU

L'eau étant la seule boisson dont le cheval fasse usage, nous n'aurons à nous occuper ici que de ce liquide. Pour être bonne, l'eau doit être limpide, aérée, fraîche

caractèra en été, tiède en hiver, d'une saveur vive et agréable ; elle i eao potibi». ne doit être ni fade, ni salée ; elle doit bouillir sans se troubler, ni former de dépôt, cuire les légumes secs et les viandes sans les durcir, dissoudre le savon sans former de grumeaux ; elle ne doit occasionner ni trouble, ni pesanteur dans les digestions.

Altérations de l'eau. — Tels sont les caractères de l'eau potable, mais elle est susceptible d'éprouver de nombreuses altérations, suivant la nature des sols qu'elle a traversés et celle des vases qui ont servi à la contenir. On doit considérer comme suspecte, l'eau qui a de Y odeur, de la couleur, de la saveur, qui est trop froide ou trop cfiaude, qui ne contient pas d'air, qui est trop pure ou renferme des matières salines en très-grande quantité, couleur. L'eau qui présente une nuance de coloration est altérée, soit par des matières terreuses, qui la rendent trouble et indigeste, soit par des débris de plantes ou d'animaux, qui peuvent donner lieu à des accidents graves, produire même des épizooties.

L'eau stagnante, chargée de matières animales, offre les caractères et les dangers des eaux de mare et de flaque, dont nous parlerons ci-après. Elle peut être rendue potable par la distillation ou la filt ration. La filtration de l'eau s'o- • père au moyen du sable et du charbon. À cet effet, on remplit un tonneau de couches successives de charbon et de sable, que l'eau doit traverser. Or, en traversant ces substances, l'eau se débarrasse des corps étrangers et sort à peu près pure. Malheureusement, ce procédé, simple et économique, est d'une application, sinon impossible, au moins très-difficile en campagne, en route et dans les circonstances où l'on est exposé à faire usage d'eau impure.

L'eau chargée de matières terreuses doit être filtrée ou tout au moins décantée après un repos de plusieurs heures, odear. L'eau qui impressionne l'odorat n'est pas potable, car elle est ou minérale, ou altérée par des matières organiques.

Cependant l'absence d'odeur n'est pas toujours un signe certain de la bonne qualité d'une eau. Les eaux séléniteuses sont indigestes, quoiqu'inodores. Les matières organiques, quand elles ne sont qu'en petite quantité dans l'eau et non encore putréfiées, n'en modifient pas non plus l'odeur et la sapidité ; néanmoins, elles donnent lieu à des accidents graves : on leur a vu produire des dyssenteries et des diarrhées rebelles. L'eau qui a de l'odeur ne doit être donnée, comme boisson, qu'après avoir été filtrée.

L'eau qui a une saveur quelconque doit être suspecte. Il sa»eor. faut en excepter cependant celle dont la saveur piquante est due à l'acide carbonique ; celle-ci peut être donnée sans inconvénient comme boisson. A Vichy, et autres endroits, où il y a des eaux acidulés gazeuses, les hommes et les chevaux en font usage, et n'en sont pas incommodés.

L'eau qui ne produit pas sur les organes une sensation Tempéra, agréable de frakhcur, en été, et de chaleur, en hiver, peut être nuisible au cheval. Les eaux de fleuve, de rivière, de fontaine présentent, le plus souvent, la température la plus convenable. Celle de lac, d'étang, de mare, de marais, surtout s'ils sont peu profonds, subit plus facilement les effets des variations atmosphériques; elle est, en général, chaude en hiver et froide en été. L'eau des puits est trop froide en été. L'eau des sources a une température égale dans toutes les saisons.

Pour être légère et d'une digestion facile, l'eau doit con- k*u

p ri v é o d'&ir

tenir de l'air et de Yacide carbonique. L'air que l'eau renferme n'a pas la même composition chimique que celui de l'atmosphère : il a 32 parties d'oxygène poui 100, ce qui rend l'eau légère et digestible. L'acide carbonique ne se trouve jamais qu'en faible quantité dans l'eau.

Les eaux privées de ces deux gaz, comme l'eau distillée, l'eau de pluie, celle qui provient de la fonte des neiges et de la glace, celle des puits très-profonds, qui n'en renferment pas assez, sont lourdes et indigestes. Elles ne doivent

être employées, comme boisson, qu'après avoir été exposées au contact de l'air atmosphérique, agitées et brassées. Pureté. Il ne faut pas confondre la pureté de l'eau avec sa transparence. L'eau pure, chimiquement parlant, est celle qui, comme l'eau distillée, de glace, de neige, de pluie, ne contient pas de sels et ne renferme que très-peu d'air. Loin d'être la meilleure, cette eau est fade, pesante à l'estomac, prédispose aux indigestions, et ne pourrait servir longtemps à la consommation.

Pour être potable, l'eau doit renfermer certains sels qui, comme ie chlorure de sodium et le carbonate de chaux, font partie des solides et des liquides animaux. Ces sels contribuent à la formation et au renouvellement du corps. Un jeune animal puise, dans l'çau qu'il boit, la majeure partie des matières salines qui entrent dans la composition de ses os 1 (Boussingault). L'eau doit contenir aussi des traces d'iode : celle qui n'en renferme pas occasionne le goître. Eaui crues. Mais si les sels qui précèdent rendent les eaux potables, il en est d'autres qui nuisent à leurs qualités ; tel est le sulfate de chaux (plâtre). Les eaux qui en renferment de grandes quantités sont appelées eaux dures, crues, séléniteuses.

Les eaux crues se reconnaissent aux caractères suivants : elles décomposent le savon en formant des grumeaux de savon calcaire insoluble, précipitent abondamment par le sous-acétate de plomb, et ne peuvent servir ni au blanchiment, ni à la cuisson des- légumes. Comme boisson, elles sont lourdes, indigestes et susceptibles de produire des concrétions intestinales. Pour les rendre potables, on a conseillé de les agiter, de les faire passer dans des con-

' Dans l'espace de trois mois, un cochon a emprunté a l'eau qu'il buvait trois quarts de livre de carbonate de chaux, et dans le cours d'une année, l'eau de fontaine qui abreuvait un troupeau de bétail , a fourni pour son accroissement un poids de 1,000 kilogrammes de carbonate de chaux, de magnésie et de chlorure de sodium. (Bdussinganlt.)

duits inclinés, d'y mêler du carbonate de soude à la dose de trois grammes par litre d'eau.

Variétés. — Les différentes espèces d'eau dont le cheval peut faire usage comme boisson , sont : l'eau de pluie, de glace, de neige, de source, de rivière, de lac, de mare, d'étang.

L'eau de plme est la plus pure de toutes, quand elle a été e«i déploie, recueillie en rase campagne ou en mer, dans des vases à large ouverture et quelque temps après le commencement. Celle qui tombe d'abord se charge de matières étrangères que les couches inférieures de l'air atmosphérique tiennent en suspension, et qui en altèrent la pureté. Cette eau est peu aérée, fade, indigeste, et cause des coliques.

L'eau de pluie, qu'on renferme dans des citernes, s'altère au bout d'un certain temps, perd son oxygène et acquiert des propriétés malfaisantes, surtout si elle a été recueillie après une longue sécheresse, parce qu'elle a entraîné des débris organiques, qui n'ont pas tardé à en déterminer )a corruption. Pour que l'eau de pluie se conserve pure dans les citernes, elles doivent être grandes, imperméables, profondes, fraîches et avoir leur fond garni d'un lit de sable ou de charbon. L'eau des citernes doit être renouvelée tous les ans, sinon elle s'altère et acquiert des propriétés nuisibles. Cette eau est d'un usage journalier, pour les chevaux, en Orient et dans tous les pays où les eaux de rivière et de source font défaut.

L'eau de neige et celle de nlace présentent les mêmes in- Ean de neige convénients que l'eau de pluie; déplus, elles ne contien- eldeglaccnent pas assez d'air, immédiatement après leur passage de l'état solide à l'état liquide, et sont d'une température trèsbasse, qui peut produire des affections intestinales graves. Avant de les donner au cheval, il faut les battre longtemps en plein air.

Les gens du monde considèrent l'eau de source comme Eau étant toujours potable; cette opinion est trop absolue. Les dewmn*'

qualités de cette eau varient à l'infini ; elles sont subordonnées à la nature géologique des terrains qu'elle a parcourus. Les eaux qui ont traversé des terrains contenant des minerais de fer, de cuivre, de plomb, etc. sont nuisibles, et ne peuvent être utilisées comme boisson. Celles qui surgissent des sols calcaires ou de plâtre sont saturées de ces sels, et, par conséquent, lourdes et indigestes. Les meilleures ont roulé sur des lits de sable ; elles sont excellentes, surtout après avoir été agitées et exposées à l'air. On ne peut donc rien préjuger sur la qualité des eaux de source ; il y en a de bonnes et de mauvaises : c'est à l'analyse chimique et à l'expérience à prononcer.

D en est des eaux de rivière comme de celles de source ; leurs qualités ne peuvent être appréciées que par voie d'observation et d'analyse. Celles qui roulent sur un lit de sable, de cailloux, de roches calcaires sont légères et de bonne qualité. Dans leur mouvement continuel, elles dissolvent beaucoup d'air , et se débarrassent d'une partie des sels qu'elles contenaient à leur source.

L'eau qui coule sur un sol terreux tient en suspension une grande quantité de matières minérales, qui en altèrent la pureté. Beaucoup de rivières, en France, et la plupart de celles du Tell algérien, présentent ce genre d'altération.

Les eaux des rivières qui passent auprès des grandes villes et en reçoivent les déjections, souillées par elles, sont moins potables en aval qu'en amont de ces villes. Elles doivent être filtrées avant d'être données comme boisson.

Après les pluies d'orage et les crues, les eaux de rivière se chargent d'une grande quantité de matières organiques qui nuisent à leurs qualités.

Les rivières bordées de frênes et de lilas ont quelquefois leurs eaux altérées par des cantharides qui, vivant dans le feuillage de ces arbres, tombent dans l'eau. Celles qui sont bordées de lauriers-roses, comme cela a lieu fréquemment en Algérie, sont souvent altérées par de l'acide prus-

sique que les fleurs et les feuilles de cet arbuste renferment; elles sont la cause, en automne surtout, de coliques et d'autres affections des organes digestifs.

En Algérie, en Espagne, en Italie, l'eau des rivières et des fontaines est souvent altérée, surtout en avril et mai, par des myriades de sangsues, filiformes, qui vivent dans leur intérieur. Ces annélides, très-voraces, sont humées par les chevaux, et, au moment où l'eau traverse la bouche ou l'arrière-bouche, elles s'y fixent et y vivent pendant un. certain temps au détriment des chevaux. D'autres fois, elles s'introduisent dans les cavités nasales et s'implantent sur la pituitaire.

Une fois fixées, les sangsues quittent difficilement le lieu où elles se sont établies, lors même qu'on y fait des injections d'eau salée, d'eau vinaigrée, d'une décoction de tabac, etc. Le meilleur moyen pour les faire disparaître consiste à les saisir avec un chiffon ou avec des pinces.

L'eau de puits sert souvent à abreuver les chevaux de Eau de Puiu. l'armée. Les qualités et la composition de cette eau sont en rapport avec la nature des couches géologiques qu'elle a traversées ; par conséquent, il y en a de bonne et de mauvaise. L'eau de puits est stagnante, peu aérée, chargée de matières étrangères, surtout de sulfate de chaux qu'elle enlève au sol et à la maçonnerie; elle est peu salubre, d'une saveur douce, froide en été, et occasionne souvent des coliques.

Dans lss quartiers de cavalerie, l'eau de puits est quelquefois altérée par les matériaux de construction de ces réservoirs, ou par les infiltrations provenant des latrines ou des dépôts de fumier. Si les matériaux de construction des puits sont solubles dans l'eau, ils lui cèdent des sels qui la rendent indigeste; aussi ne devrait-on employer que des pierres siliceuses, jointes avec du ciment hydraulique.

Trop rapprochés des dépôts de fumier ou des latrines, les puits peuvent devenir le réceptacle des eaux putrides qui

da Auquel

en proviennent par infiltration au travers des couches de terrain; de là l'altération de leurs eaux.

En Algérie, et dans les pays où les puits n'ont pas de margelle et ne sont pas couverts, les vents amènent dans leur intérieur de la poussière, des débris de végétaux, de3 matières animales qui en altèrent la qualité et leur donnent des propriétés délétères s'ajoutant h celles que nous venons de mentionner.

Eam de. iac. Quand les lacs et les élanys sont grands et profonds dans d«. étlng.. toute leur étendue, et que les eaux y sont sans cesse brassées par les vents, elles sont de bonne qualité. Lorsqu'au contraire ils sont petits, hors de l'action des vents, elles présentent les propriétés des eaux stagnantes. Eam Si les marais, les mares, les /laques n'ont qu'une couche e mince d'eau, elle renferme, en été, tous les éléments pernicieux résultant de la stagnation des eaux et de la fermentation putride des matières organiques. L'usage de ces eaux rend la digestion pénible, occasionne des coliques, etc. 11 est cependant digne de remarque que dans quelques contrées de la France, les chevaux sont abreuvés toute l'année avec des eaux de cette nature* sans que leur santé semble en souffrir; mais ils sont petits, communs et dégénérés.

Effets de l'eau potable. — L'eau remplit, dans l'économie, des fonctions aussi importantes que les aliments, et, comme eux, elle peut donner lieu à de graves accidents, si elle n'est pas sagement administrée. Pour être sans influence fâcheuse, l'eau doit être prise en quantité modérée, n'être ni trop chaude ni trop froide, être donnée en temps opportun, et le nombre des repas doit être réglé suivant les saisons et la nature des services du cheval.

Ration Quantité. — Prise à la température ordinaire et selon les besoins de l'économie exprimés par la soif, l'eau humecte les parois des membranes avec lesquelles elle est en contact, étanche la soit , dissout les principes solubles des aliments et leur sert de véhicule. C'est elle qui fournit au sang sa

d'entretien.

partie liquide, et aux organes des sécrétions les fluides qu'ils produisent; aussi voit-on, très-peu de temps après l'introduction de l'eau dans le tube digestif, cet organe redoubler d'action et la sécrétion urinaire et la sueur s'accroître. L'eau transporte aussi dans l'économie les principes salins qui servent à la formation des tissus.

La quantité d'eau nécessaire au libre exercice des fonctions et a la conservation de la santé ne saurait être déterminée d'une manière absolue. Elle varie suivant les âges, les saisons, les climats, les tempéraments, les habitudes, le genre de nourriture, etc. Il y a, en Europe, des chevaux qui boivent de 30 à 40 litres d'eau par jour, en été, et ont besoin d'être abreuvés trois fois au moins en vingt-quatre heures. Par contre, on trouve, dans le Sahara algérien et les déserts de la Syrie et de l'Arabie, des che- 4vaux qui se contentent de quelques litres de lait de chamelle, ou d'eau, dans le même laps de temps et par les plus fortes chaleurs de l'été. Dans toutes les saisons, les Arabes ne font boire qu'une fois par jour, vers les deux heures, en hiver, après le coucher du soleil, en été. Quelques tribus du désert d'Arabie et de Syrie, du Sahara n'abreuvent même leurs chevaux qu'une fois en 48 heures, par les chaleurs les plus fortes de l'été, sans que leur santé en souffre.

Nous pensons cependant qu'on peut fixer la ration jour* nalière d'eau, pour le cheval de troupe français, de 12 à 20 litres, suivant les armes, les saisons, le genre de service, etc.

Prise en quantité excessive , l'eau s'accumule dans le cœ- de u n«tion. cura, dont elle distend les parois qui font eflort sur le liquide; de là des souffrances, des coliques, et quelquefois même la rupture du viscère, surtout si le cheval est lancé à une allure rapide immédiatement après avoir bu. L'usage habituel de l'eau en trop grande quantité fait perdre l'appétit au cheval, donne lieu à des sueurs abondantes, amène la mollesse et l'inertie des organes de la locomotion et prédispose aux coliques.

iMQfB«anc« L'insuffisance de la ration d'eau occasionne aussi des ac-

ia ration, ci dents graves. Le tourment de la soif est un de ceux que le cheval supporte le plus difficilement. Il est d'abord caractérisé par une sensation de sécheresse et de chaleur des muqueuses et de la peau ; les sécrétions sont moins abondantes ; l'animal témoigne de l'inquiétude et de l'agitation. Si cet état se prolonge, il maigrit, son abdomen se retrousse, il tombe, au bout de peu de jours, dans un état de faiblesse qui le rend incapable de porter son cavalier.

Eau fraîche. Température. — L'eau agit sur le cheval surtout par sa température. Celle qui paraît chaude en hiver et froide en été désaltère le mieux et est la plus agréable à boire. L'eau qui marque de + 12° à H- 13° est dans ces conditions; elle calme la soif en humectant les organes et en changeant ^ leur état ; elle relève les forces de l'estomac et restaure l'organisme entier par une sensation instantanée de bien-être.

Eau froide. Si elle s'éloigne de la température précitée, l'eau donne lieu à des accidents graves. A la température de + 5° à -f i 2°, elle calme facilement la soif, mais peut avoir des conséquences fâcheuses. Après sa déglutition , l'estomac et surtout l'intestin sont le siège d'une sensation de froid qui se propage bientôt à toutes les parties du corps, la circulation se ralentit, la chaleur générale s'abaisse, la transpiration diminue. Il résulte de là un malaise, indiqué par des tremblements, des horripilations, la petitesse du pouls, de légères coliques et le refus d'aliments. Chez les sujets forts et bien constitués, une réaction ne tarde pas à se faire, et comme elle dépasse, en intensité, la cause qui l'a produite, l'économie rentre dans son état normal. Mais chez les sujets faibles, l'usage de l'eau froide peut donner lieu à des affections graves des organes digestifs ou respiratoires. Les Annales de la médecine vétérinaire renferment plusieurs cas de congestions pulmonaires et intestinales, etc., occasionnées par l'introduction d'eau froide dans les organes digestifs, surtout quand les chevaux sont en sueur.

Lorsque la température de l'eau est très-basse, elle agace t è4Ffau.(! les dents et produit, dans l'estomac et l'intestin, une sensation de froid excessif qui se transmet rapidement à toutes les parties du corps ; elle détermine des coliques et des affections des poumons, etc. Dans la campagne de Russie, la neige et la glace fondues, employées comme boisson, hâtaient la mort, par congélation, des chevaux (Larrey).

Toutes choses égales , l'ingestion de l'eau froide est plus dangereuse, quand le cheval est à jeun que s'il a pris une partie de sa ration d'aliments; lorsqu'il boit tout d'un trait que quand on a soin de lui couper l'eau ; si son corps est couvert de sueur que s'il n'a pas chaud.

Manière d'abreuver les chevaux. — On prévient les effets de l'eau froide en y ajoutant de l'eau tiède, et, à défaut, du son ou de la farine, en la brassant au contact de l'air, en l'exposant au soleil , en y mêlant du sel , du vinaigre. Mais ces moyens ne sont pas toujours d'une exécution facile, surtout quand on a à faire boire un grand nombre de chevaux. Aussi, dans l'armée, a-t-on dû employer d'autres moyens pour prévenir les effets fâcheux de l'eau trop froide. Ces moyens consistent à déposer l'eau dans des réservoirs où elle se met à l'unisson de la température des écuries avant d'être présentée aux chevaux. Du 1er novembre au 4" avril, les chevaux sont abreuvés dans les écuries, et du 4" avril au 1" novembre, hors des écuries, à moins que le temps ne s'y oppose.

L'abreuvoir à l'écurie comporte l'usage de tonneaux et de AJ.jj™Jr seaux. Les tonneaux sont en bois, contiennent de 300 à 400 litres, sont défoncés à l'une de leurs extrémités et pourvus d'un robinet. Ils sont placés, dans les écuries, sur des tréteaux en bois, à 0™ 32 au-dessus du sol.

Ces tonneaux sont remplis d'eau le matin pour le soir, et le soir pour le matin. Pendant son séjour dans leur intérieur, l'eau prend une température douce et se met en rapport avec celle de l'écurie. A l'heure de l'abreuvoir, chaque cavalier ouvre le robinet, fait couler l'eau dans un seau et va 11 14

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la présenter aux chevaux qu'il panse, et ceux-ci boivent sans quitter leur place.

ATtotage». En abreuvant ainsi les chevaux , on évite les refroidissements dépendant des transitions brusques de température, les effets de l'eau froide et les accidents qui en sont la suite.

incouré- Mais les animaux boivent moins qu'aux abreuvoirs extérieurs. Il peut même arriver que des cavaliers négligents ne donnent pas à boire à des chevaux, et que ce fait passe inaperçu, malgré la surveillance la plus active des officiers de semaine. Ajoutons que le temps qu'on y consacre est plus long que celui qu'on emploierait à faire boire au dehors ; que l'eau des tonnes est peu aérée et tient en dissolution des gaz qui la rendent indigeste.

Abreuvoir Quand les chevaux boivent dehors, les abreuvoirs sont sineur. ^g ^g ^ écuries, et consistent en de longs réservoirs découverts, en pierre ou en bois, dont la contenance doit ôtre calculée de manière à y abreuver facilement les chevaux. Les abords doivent en ôtre faciles et non glissants.

DimeatîoDt. Lour bord supérieur s'élèvera à i mètre au-dessus du sol et sera en surplomb d'un cinquième de la hauteur par rapport à la verticale , pour que les chevaux puissent en approcher plus aisément. Leur profondeur sera de O™ 33. Leur largeur, au fond, différera selon la position des abreuvoirs : si l'on ne peut y abreuver qu'un rang de chevaux, elle sera de 0m30; si l'abreuvoir est accessible des deux côtés, elle sera de 0B50. Quant à leur longueur, elle sera telle qu'avec les autres dimensions, ils puissent contenir l'eau nécessaire pour abreuver tous les chevaux des écuries, à raison de 8 à 10 litres par cheval.

Si les abreuvoirs ne contiennent pas assez d'eau pour faire boire tous les chevaux, les premiers les vident, et l'on est obligé de pomper l'eau à mesure que les autres s'y présentent ; d'où il résulte qu'en été, les chevaux prennent de l'eau trop froide, et, en hiver, de l'eau qui ne contient pas assez d'air.

Les abreuvoirs doivent être remplis quelque temps avant Précautions, d'y conduire les chevaux, pour que l'eau puisse absorber l'air qui lui manque. A cet effet, en été, on les remplira assez tôt pour que l'eau perde de sa fraîcheur par son contact avec l'air atmosphérique, et pour qu'elle se sature d'air. En hiver, la température de l'eau des puits étant ordinairement plus élevée que celle de l'air extérieur, c'est au moment de faire boire les chevaux qu'il faut remplir les abreuvoirs. Sans cette précaution, l'eau se refroidit trop et peut avoir les conséquences que nous avons indiquées plus haut.

En France, les chevaux sont rarement exposés à faire Eifcu

i. . , i •n » • , . .1 , \ , de l'eau tiède,

usage d eau tiède. En Algérie, il n en est pas de même; là, pendant les fortes chaleurs de l'été , ils boivent souvent de l'eau de mare ou de ruisseau dont la température se rapproche trop de celle de leurs organes. L'eau qui n'est pas assez fraîche a des inconvénients. Elle ne désaltère pas, frappe d'atonie la muqueuse de l'estomac, rend la digestion languissante; absorbée, elle ramollit les tissus et exerce une action sédative sur le système nerveux. L'usage prolongé de cette eau a une large part dans la production des affections qui se déclarent à la suite des expéditions d'été et d'automne. Son influence pernicieuse n'a pas échappé à la perspicacité des Arabes, qui, pour l'éviter, ne craignent pas, même après une longue étape, de faire faire à leurs chevaux une heure de marche pour les abreuver à une source d'eau pure et fraîche.

On peut prévenir les effets de l'eau qui manque de fraîcheur en y mêlant du vinaigre, du sel, du son, de la farine, qui en neutralisent plus ou moins les effets.

Distribution des repas. — Quand doit-on faire boire? a jeun. L'expérience a démontré que l'eau prise à jeun donne lieu fréquemment à des coliques et à d'autres maladies intestinales. L'eau ingérée quand l'estomac est dans un état de vacuité, ne séjourne pas dans ce viscère; elle passe dans l'intestin grêle et arrive , au bout de quatre à cinq minutes

environ, dans le cœcum. Dans son trajet, l'eau enlève aux organes, avec lesquels elle est en contact, une partie de leur calorique, et produit ainsi une sensation de froid que les chevaux éprouvent généralement après avoir bu , et qui se traduit à l'extérieur par des frissons, l'horripilation, etc. Mis en action peu de temps après, le cheval sue facilement, est mou, et si on continue cette pratique, il maigrit, s'épuise et tombe malade.

pendant îc Si l'estomac est plein d'aliments, l'eau les délaie, les étend, en entraîne une partie dans l'intestin avant qu'elle ait subi l'action du suc gastrique, etnuitàlachymification. D'autres fois, elle fait gonfler les aliments, dilate l'estomac outre mesure, cause des indigestions, des coliques, le vertige et quelquefois môme la rupture du viscère qui la contient.

AT.nt Ce n'est donc ni à jeun, ni quand l'estomac est plein

« repa'* d'avoine ou d'autres aliments, qu'il faut faire boire les chevaux. La meilleure règle à suivre, pour éviter les accidents précités, consiste à donner d'abord une partie du foin et de la paille, à faire boire une ou deux heures après, et à distribuer l'avoine aussitôt que les chevaux ont bu.

Les chevaux de tioupe boivent deux fois par jour, à chaque pansage, et reçoivent l'avoine après. (Décision ministérielle du 12 juillet 1856.) Ils boivent à l'écurie du 1er novembre au 1er avril, et hors de l'écurie du 1er avril au novembre, à moins que le temps ne s'y oppose. Ces mesures hygiéniques sont des plus rationnelles, et nous n'avons rien à ajouter, si ce n'est qu'on ne devrait faire boire qu'à la fin du pansage, distribuer l'avoine immédiatement après, et laisser les chevaux prendre tranquillement leur repas.

Avant de faire boire les chevaux, et pendant qu'ils boivent, il est bon de prendre quelques précautions. Précntitinns à A la suite des travaux qui ont nécessité un déploiement

pendre. ^ forces considérable et provoqué la sueur, comme les manœuvres, les évolutions, les promenades au trot et au galop, etc., il serait contraire à la santé des chevaux de les

faire boire en rentrant à l'écurie. On doit attendre qu'ils soient plus ou moins complètement refroidis.

Il faut avoir soin de couper l'eau aux chevaux, c'est-à-dire de les empêcher de l'ingérer d'un seul trait, et les forcer à mettre plusieurs temps d'arrêt en buvant. Cette précaution est nécessaire, surtout si les chevaux sont poussés parla soif, s'ils sont en sueur, si l'eau est froide et l'estomac vide.

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