‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 3 sur 139 · DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES

Sommairé: Ages: période d'accroissement, période statioouaire , période de décroissance. Sexes : différence* eutre le cheval entier et la jumcnl, entre le cheval entier et le cheval bougre ; avantages et inconvénients des chevaux entiers, des chevaux hongres et des jument*; Tempéra' .iients: tempérament* simples : sanguin, nerveux, lymphatique ; tempérament a composés, tempéraments innés, tempéraments acquié.

De nombreuses différences existent entre les chevaux : les unes tiennent à l'âge, au sexe, au tempérament, aux habitudes, à l'hérédité ; les autres à l'action prolongée des modificateurs hygiéniques, aliments, nourriture, écuries, harnachement, etc. Les premières feront l'objet de ce chapitre, les autres seront étudiées ensuite.

Art. Ier. — Des Ages.

On donne le nom d'âges aux mutations diverses que pré- Définition, sente le cheval pendant le temps qui sépare la naissance de la mort naturelle.

Ces mutations, progressivement amenées par le temps, Division, partagent la durée de la vie en trois périodes, savoir :

1° Le jeune âge, ou la période d'accroissement;

2° L'âge adulte, ou la période station naire ;

3° La vieillesse, ou la période de décroissance.

Chacune de ces périodes a des caractères distinctifs et dif- Limite*, férentiels bien tranchés, lorsqu'on les examine au milieu des diverses époques qui correspondent à chacune d'elles. D est impossible, en effet, de confondre un poulain de deux ans avec un cheval de sept ans, et celui-ci avec un autre âgé

de seize à dix-huit ans. Mais si l'on suit, pas à pas, la succession lente et graduelle des phénomènes qui caractérisent les âges, on s'aperçoit qu'il est difficile de les séparer les uns des autres. Ainsi, entre le poulain et le jeune cheval, les nuances sont presque insensibles ; il en est de môme entre le cheval de quatorze ans et celui de seize ou de dix-sept ans. Dorée. L'étendue des âges et la rapidité de leur succession varient suivant les climats, le genre de nourriture et toutes les circonstances qui influent sur la durée générale de la vie, soit qu'elles en diminuent, soit qu'elles en étendent la limite.

Dans les pays chauds, la période d'accroissement est moins longue que dans les pays tempérés et surtout que dans les climats froids. Les chevaux orientaux sont plus tôt faits que ceux du Midi de la France ; ceux-ci arrivent plus promptement à leur développement complet que ceux de la Normandie.

Plus la nourriture est abondante et tonique, plus le développement est rapide. Dans la même contrée, le cheval qui mange de l'avoine est apte à rendre des services six mois et même un an avant celui qui est nourri à l'herbe exclusivement.

Le travail modéré hâte le développement et la rapidité de la succession de la première à la seconde période. L'excès de travail ou l'inaction la retarde.

Rapports Les différentes phases de la vie ont avec les tempéraments "êu's4*** des traits communs qu'il est impossible de méconnaître. Le lemePnu! " poulain est d'un tempérament lymphatique , a les chairs molles et abreuvées de fluides blancs. A 1 âge adulte, le tempérament réel du sujet se dessine , et il le conserve pendant toute cette période. Enfin, dans la vieillesse, nous voyons revenir le tempérament lymphatique.

Période d'accroissement. — La période d'accroissement s'étend depuis la naissance jusqu'à six ou sept ans, suivant les contrées. Elle se subdivise en deux phases : le poulain et \e jeune cheval.

Le poulain ne faisant pas partie du personnel des chevaux de l'armée, et, du reste, ce qui y est relatif devant être traité longuement au livre des Haras, nous nous abstiendrons d'en parler ici.

Jeune cheval. — Cette époque commence à quatre ans et se termine à six ou sept, suivant les contrées et les races. C'est alors que le cheval complète son développement et entre dans l'armée.

Au commencement de cette période, le cheval présente c«r«etèr«. encore les caractères du poulain. Les formes sont arrondies par la prédominance du système lymphatique et du tissu cellulaire. La charpente osseuse n'a pas la densité qu'elle aura plus tard, et leséminences sont à l'état d'épiphyses. La corne manque de consistance. Les muscles n'ont pas acquis tout leur développement et toute leur énergie ; ils sont flasques et mal séparés les uns des autres. Les mouvements sont lents et souvent le jeune cheval se berce , se coupe, forge et tombe sur les genoux. Le travail de la dentition provoque vers la téte un état fluxionnaire qui y produit un empâtement général et prédispose aux engorgements de l'auge. Les fonctions de nutrition sont très-acti\es, moins cependant que dans les années précédentes. Aussi la nourriture doit être abondante et substantielle.

Le jeune cheval a des mouvements impétueux et désordonnés , il court, saute, bondit et se livre à des écarts qui, très-souvent, dépassent la somme des résistances que peuvent leur opposer les tissus. De là des tiraillements des tendons et des ligaments, des froissements articulaires, des déchirures du périoste, qui donnent lieu à des efforts des articulations et plus souvent à des molettes, à des vessigons, à des suros, à des jardons,à des éparvins, etc.

C'est à la fin de la période d'accroissement que le cheval arrive à son complet développement, lequel a lieu entre cinq et six ans dans les races orientales et dans celles du Midi de la France, et entre six et sept dans les races du Nord. Alors

il s'opère une transformation qui donne au cheval le cachet physique et moral qu'il conservera toujours. Le corps n'est plus empâté ; la croupe s'allonge ; le garrot s'élève ; les muscles prennent plus de volume et de densité ; les os sont plus consistants, et leurs épiphyses se changent en apophyses; les allures sont plus rapides et les mouvements plus puissants et plus réguliers.

Hyçiène. Le jeune cheval doit Être soumis à une hygiène particulière. Il faut lui donner une nourriture abondante, substantielle et tonique, et éviter de le soumettre à un régime débilitant. Le vert, dans la saison, lui est favorable, dans le Midi surtout, mais il doit être associé à l'avoine, en France, et à l'orge, en Algérie.

Il faut le loger dans des écuries bien^érées, et se garder de le laisser dans une atmosphère trop chaude où l'air ne se renouvellerait pas sans cesse et largement. Une températurc trop élevée le rend douillet, le pousse à l'engraissement et altère sa santé. Mais il faut éviter de l'exposer aux courants d'air qui ont sur lui une influence pernicieuse.

Le dressage des jeunes chevaux commence au début de la période qui nous occupe; il doit être fait avec de grands ménagements et une douceur e xtrême , sinon ils se tarent promptement. Avant de mettre les jeunes chevaux en service, on attendra qu'ils soient à peu près complètement formés. C'est avec beaucoup de sagesse que les règlements militaires ont fixé à cinq ans le moment où l'on doit les faire travailler, car, commencé plus tôt, le travail porte ses effets sur l'appareil de la locomotion d'abord, amène des tares molles et dures, et, s'il est poussé au-delà de certaines limites, il étend son action sur les centres nerveux et les viscères. Les vétérinaires ont plus d'une fois attribué au travail prématuré certaines tares, qui, après avoir mis le6 chevaux hors de service, en ont nécessité la réforme. Jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à la période stationnai re, les chevaux seront donc traités avec ménagements, et ces ménagements

devront être continués plus longtemps pour les chevaux du Nord et de l'Ouest que pour ceux du Midi; pour les chevaux nourris à l'herbe que pour ceux élevés avec des grains. On ne doit pas perdre de vue que le cheval du Nord est d'un développement tardif, et n'est fait qu'à sept ans, et quelquefois même un peu plus tard.

Période stationnaire. — Cette période commence à six canctèru. ans dans les pays chauds, à sept ans dans les contrées tempérées, et se prolonge jusqu'à quatorze ou quinze ans. Le cheval y arrive par une gradation tellement insensible, qu'il est impossible de dire quand flnit le premier âge et quand commence le second. C'est seulement par l'ensemble des phénomènes propres à cette période que l'on sait que le cheval y est parvenu. Alors, il a acquis toute sa taille; le corps a pris du développement ; la graisse et la sérosité qui baignent ou remplissent les aréoles du tissu cellulaire ont diminué de proportions, ce qui donne à tous les tissus un caractère de consistance et de fermeté remarquables. Tous les appareils organiques, arrivés à leur complet développement, se consolident, se fortiGent et augmentent d'épaisseur. Les organes locomoteurs sont dans les meilleures proportions. Les os ont augmenté de volume et durci. Les muscles sont devenus épais, forts, fermes, très-rouges, consistants, presque entièrement dépourvus de graisse, bien séparés les uns des autres, et se terminent par des tendons secs et bien développés. C'est pendant cette période que le cheval a le plus de force et de vigueur; qu'il supporte le mieux les fatigues, les privations et les intempéries ; qu'il est le plus apte à se reproduire; qu'il convient le mieux pour tous les services et, en particulier, pour ceux de l'armée.

C'est aux chevaux de cet âge surtout que s'appliquent les Hygiène soins hygiéniques que nous indiquerons dans les chapitres suivants.

Période de décroissance. — La période de déclin com- caractère», mence à quatorze ou quinze ans. D'abord le cheval prend

du ventre et de l'embonpoint ; les muscles sont moins bien dessinés ; les mouvements deviennent plus difficiles ; il y a de la raideur dans le jeu de ses articulations ; la digestion se fait mal ; la circulation est moins active. Après dix-huit ou vingt ans, l'encolure maigrit, le dos et le rein s'ensellent, les forces baissent, etc. Dans l'armée, on n'attend pas que le cheval soit arrivé au dernier degré de décrépitude sénile : on le réforme auparavant.

njîi*ne. Dans la période de décroissance, il faut diminuer le travail, redoubler de soins, donner une nourriture d'une digestion facile.

Art. II. — Des sexes.

Des différences marquées existent entre les deux sexes, tant sous le rapport des qualités que sous celui de la conformation extérieure. Pour bien les saisir, il faut les examiner chez le cheval entier et la jument.

canctènît. Le caractère ofTre des différences sensibles, même dès les premiers mois de la vie. Le poulain est brusque dans ses mouvements; la pouliche, moins pétulante et plus douce. Examinez dans les pâturages un groupe de jeunes animaux des deux sexes, du même âge, et vous verrez que les mâles sont agressifs, audacieux, ont une tendance à la domination, un penchant marqué au combat et à la violence ; tandis que les femelles sont douces, timides et subissent la loi. Cette différence persiste toute la vie. Parmi les animaux vivant à l'état sauvage, c'est toujours un mâle, le plus fort et le plus courageux de la troupe, qui en est le chef, gouverne, impose ses volontés et fait la loi.

sobriét*. La jument est plus sobre, et supporte mieux la faim et la soif que le cheval. Les Arabes savent cela mieux que personne ; aussi la préfèrent-ils au cheval pour les expéditions qui exigent des marches longues et pénibles, de grandes privations.

sens. Les sens sont peut-être un peu moins parfaits, un peu

moins développés chez la jument que chez le cheval ; cependant on ne saurait lui refuser une grande délicatesse dans ceux de la vue et de l'ouïe.

La jument a moins de fond que le cheval, parce que sa Fond, poitrine est moins ample et que les viscères qu'elle contient sont moins développés.

Le hennissement est plus faible et beaucoup moins fré— Henniti*quent chez la femelle que chez le mâle, par cela même que les voies aériennes présentent chez celui-ci plus d'étendue et, partant, plus de puissance pour l'expulsion de l'air. Cette faculté qu'a le cheval entier de hennir souvent n'est pas sans inconvénients : en campagne, il a plus d'une fois fait reconnaître la présence d'une cavalerie. Aussi préfère-t-on, pour les reconnaissances de nuit, les juments ou les chevaux hongres aux chevaux entiers.

La jument a la peau plus fine et plus souple, les poils moins i»oiu. longs et moins abondants, les crins plus fins et plus soyeux que le cheval.

Sous le rapport des formes extérieures, les différences ne Forme* sont pas moins sensibles. La jument a la charpente osseuse ei r,enr**' et le système musculaire moins développés et moins puissants que le cheval ; les tendons moins gros et moins forts ; les os moins compactes, à saillies moins accusées ; la tête plus petite ; l'encolure plus grêle ; la poitrine plus étroite ; en un mot, tout son avant-main est moins développé. Elle a, au contraire, l'arrière-main plus puissant, le bassin plus large, la croupe plus élevée, la jambe mieux musclée que le cheval. Il existe aussi une différence très-grande dans la partie inférieure des membres : la jument a le tendon, le paturon, le boulet et le pied moins développés que le cheval.

Le cheval hongre par ses qualités morales et sa confor- cheTai mation, se raproche de la jument.

Il va dans l'armée des chevaux entiers, des chevaux hon- composition gres et des juments.

Les chevaux entiers servent à monter la cavalerie algé-

ATanuget rienne, les chasseurs de la garde impériale, le manège de

pré.ententie» l'Ecole de cavalerie, et plusieurs régiments de Cavalerie lèche* aiu

gère de France. Ils appartiennent à la race barbe, excepté ceux de l'Ecole de cavalerie qui, pour la plupart, sont de race navarrine.

Les chevaux entiers sont élégants, rapides à la course, gracieux et mieux conformés que les chevaux hongres. Ils sont rustiques, sobres, résistent bien aux fatigues et aux privations et sont rarement malades. Ils sont précieux, en campagne surtout; aussi serait-il à désirer que toute notre cavalerie légère fût montée en chevaux de cette nature, soins L'hygiène de ces chevaux n'exige rien de particulier. Il particuliers, seulement éviter toute communication avec les juments, et les accidents auxquels la vivacité de leur caractère peut donner lieu.

Chevaux Les chevaux hongres forment la majeure partie de la popu- ,longr<,,, lation équine de la cavalerie, de l'artillerie et des autres armes. C'est surtout à cette catégorie que se rapportent les détails consignés dans les chapitres suivants sur l'hygiène du cheval de guerre.

Les juments sont dans une proportion un peu moins forte que les chevaux hongres, font un service aussi bon, et les statistiques officielles attestent qu'elles ne sont pas plus souvent malades, et que leur mortalité n'est pas plus considérable. Il y a cependant des juments (juments pisseuses) qui présentent le grave inconvénient de manifester des signes de chaleurs trop prononcés. Les unes s'arrêtent à la moindre pression des jambes, et se campent pour uriner. D'autres deviennent très-irritables : à l'écurie, elles ruent, donnent des coups de pieds de devant, mordent et ne supportent que difficilement le contact des effets de pansage; dans les rangs, elles sont sans cesse en mouvement, ruent et y mettent le trouble et le désordre. Chez quelques-unes, la surexcitation de l'appareil génital dégénère en un état maladif (nymphomanie),qui reparaît tous les mois ou à des époques plus éloi-

gnées, et rend la jument peu propre aux services de l'armée.

Les juments pisseuses, seules, exigent quelques soins hy- soi», giéniques particuliers : une nourriture rafraîchissante, beaucoup d'exercice, l'exposition au grand air, l'emploi de la brosse en chiendent et du bouchon de paille pour le pansage. Quand la maladie arrive à un certain degré d'intensité, il faut les réformer, car elles sont alors, pour les corps, un embarras, et même la cause d'accidents graves et fréquents.

Art. III. — Des tempéraments.

Les tempéraments consistent en des différences indivi- Définition, duelles, dues à la prédominance d'un appareil organique ou d'organes importants, capables de modifier d'une manière sensible l'économie, mais compatibles avec la santé.

Les tempéraments se reconnaissent aux formes extérieures, à la densité des tissus, à la couleur de la robe, des poils, de la corne, etc. Leur étude est de la plus haute importance, en raison de l'influence qu'ils exercent sur la valeur, l'intelligence, le caractère, la durée des services et de la vie du cheval.

Les tempéraments sont simples ou composés, innés ou Div«ion. acquis.

Tempéraments simples.

Formés par la prédominance d'un seul appareil organique, Définition, les tempéraments simples sont au nombre de trois, savoir : le sanguin, le nerveux et le lymphatique.

Tempérament sanguin.

Le tempérament sanguin est caractérisé par le développe- Définjtion. ment et l'énergie considérables des poumons et du cœur, l'activité très-grande de l'hématose, l'abondance et la richesse des réseaux capillaires sanguins dans toutes les parties du corps, la mobilité et l'impressionnabilité du système sanguin.

Les chevaux de ce tempérament ont la peau fine et souple ; cartcu™.

les poils courts, luisants et de couleur foncée : le bai et l'alezan foncés, le rouan et le gris pommelé sont les nuances les plus ordinaires de leurs robes , rarement leur manteau est de teinte claire ou lavée; les crins fins et peu abondants; la corne sèche, dure et liante ; le pied bien fait et de moyenne grandeur; ils sont vifs, pétulants et jouissent de bons mouvements; leur intelligence est marquée par un certain jeu des yeux et des oreilles ; la poitrine, belle dans tous ses diamètres, renferme un poumon vaste et un cœur volumineux : aussi l'hématose s'accomplit-elle largement, et le sang est-il chassé avec force dans toutes le3 parties du corps. Ils ont les muscles saillants, durs et bien séparés; les tendons fermes et bien détachés ; les os denses et peu volumineux; le tissu cellulaire rare, et un embonpoint médiocre, variété*. Certains chevaux, à tempérament sanguin, acquièrent un développement considérable du système musculaire. Cette particularité, portée à son plus haut degré, adonné lieu à la création inexacte du tempérament musculaire, qui n'est pas plus une variété spéciale du tempérament sanguin que ne le serait le volume exagéré des différentes parties du système osseux. Le développement excessif des muscles, dans ce cas, tient à une affiuence plus considérable de sang dans ces organes par suite d'un exercice plus énergique et plus fréquent.

Chevaux Le tempérament sanguin se rencontre chez beaucoup de qadî!é?nt chevaux de noble race, nourris avec du grain ; il est plus commun dans les pays chauds et tempérés que partout ailleurs. Les chevaux arabes, barbes, navarrins, bretons, anglais le présentent souvent.

Ajutage*. Les chevaux de ce tempérament supportent bien les fatigues, les privations et les intempéries. Les froids secs les rendent forts et vigoureux ; les froids humides les impressionnent moins que ceux d'un tempérament nerveux ou lymphatique. Ils s'acclimatent facilement dans les corps, et se font très-vite à notre hygiène régimen taire. Ceux que l'on

conduit de France en Algérie, ou d'Algérie en France s'acclimatent promptement aussi.

Les sujets de ce tempérament s'usent et se tarent moins PréduPo»ipromptement que les autres. Ils fournissent moins d'indis- au^Xue». ponibles et de malades, quand ils sont dans de bonnes conditions hygiéniques; mais une nourriture trop abondante et des chaleurs excessives les prédisposent aux congestions de l'intestin, des poumons et du tissu réticulaire du pied.

L'Hygiène hippique militaire convient bien aux tempéra- Hygiène, ments sanguins, surtout si l'on a soin de changer, en hiver, une partie de la ration de foin pour de l'avoine, et de tempérer, en été, les effets des chaleurs, en donnant un ou deux repas de barbotage par semaine, et d'éviter de les laisser trop longtemps au repos.

Tempéra ments nerveux.

Le tempérament nerveux dépend, non pas des proportions Définition, trop prononcées de telle ou telle partie du système dont il porte le nom, mais de la sensibilité générale des sujets qui sont irritables dans toutes les parties de leur corps. Ne voyons-nous pas, en effet, des chevaux et surtout des juments de race, dont le crâne est étroit, présenter cette pétulance de mouvements, cette impressionnabilité extrême, ces contractions spasmodiqnes des organes génitaux qui dénotent un tempérament nerveux? Par contre, n'existe-t-il pas beaucoup de chevaux orientaux qui, avec un système nerveux cérébro-spinal très-dé veloppé, ne sont cependant pas d'un tempérament nerveux? Néanmoins, on ne peut nier que, chez beaucoup de chevaux de pur sang anglais ou qui en descendent, le tempérament nerveux ne se remarque avec le développement du crâne et de tout le système nerveux de la vie animale.

Les chevaux d'un tempérament nerveux ont la peau fine, caractère», souple et sèche ; les poils rares, courts et soyeux ; les crins fins et peu abondants; les sabots petits, secs et cassants; les

muscles peu développés, mais denses et bien séparés ; les tendons parfaitement dessinés ; les os petits et très-denses ; l'apparence extérieure anguleuse et bêche ; les yeux vifs, trèsmobiles, ainsi que les oreilles et les lèvres; les mouvements, brusques, saccadés et d'une énergie qui contraste avec leur constitution physique.

La plupart de ces animaux sont timides et inquiets, cherchent à mordre ou à frapper leurs voisins, et sont sans cesse en action, même à l'écurie. Les objets extérieurs les effraient et attirent constamment leur attention. Pour les éviter, ils se livrent à des mouvements désordonnés qui rendent leur service désagréable au cavalier, tout en usant les organes qui les composent. 11 y a des jument» tellement irritables qu'elles ne peuvent supporter l'action des effets de pansage, et chez lesquelles la pression des jambes et des sangles donne lieu à des contractions spasmodiques des organes génito-urinaires, qui produisent l'émission, par jets, d'une petite quantité d'urine ou de mucus vaginal. ncoDté- tempéraments nerveux sont généralement d'un ap-

nienu- pétit très-délicat et et refusent les aliments et les boissons qui ne sont pas de très-bonne qualité. Les constitutions atmosphérique? chaudes et chargées d'électricité accroissent leur susceptibilité nerveuse, et les froides humides altèrent leur organisation. Les mouvements désordonnés auxquels ils se livrent, eu pure perte, au début des marches et des charges, ne tardent pas à fatiguer, à user leur puissance locomotrice; aussi à la fin d'une manœuvre un peu longue, d'une charge, etc., ils sont épuisés par la fatigue, et on ne les retrouve plus. Or, cet état de choses se répétant chaque jour, ils portent au bout de peu de temps des traces ineffaçables d'usure, et sont hors de service. Après une chasse, une razzia, etc., quelques-uns sont courbaturés à tel point qu'ils ne prennerît, pendant plusieurs jours, qu'une faible quantité d'aliments, et sont hors d'état d'être remis en service. Les tempéraments nerveux conviennent peu pour les ser-

vices de l'armée, notamment pour ceux de la troupe. Les militaires chargés de les soigner n'ont ni le tact, ni la patience qu'il convient d'employer avec aux. Au lieu de les traiter avec méqagement, ils les brusquent, les maltraitent, ce qui exaspère leur irritabilité, aigrit leur caractère et finit par les rendre méchants, puis féroces, de timides et sensibles qu'ils étaient. Alors, on ne peut les approcher sans de grandes précautions ; à l'écurie, ils ruent, mordent, frappent des pieds de devant ; dans les rangs, ils portent le désordre et sont la cause d'accidents souvent graves.

Les chevaux de race noble, surtout ceux de pur sang sujeu anglais, jouissent souvent de ce tempérament ; tandis que prédupoîi». les chevaux de race commune le présentent rurement.

Les tempéraments nerveux sont prédisposés aux maladies Prédi»Po«des organes respiratoires, digestifs, et notamment à celles du système dont ils portent le nom : tétanos, vertige, immobilité.

Les chevaux de cette constitution organique demandent à Hygiène, être traités avec une douceur extrême, et montés par des cavaliers habiles. — Ils exigent des soins de pinsage particuliers et la suppression de l'étrille. — Ils doivent être logés dans des écuries où règne toujours une température douce. — Il faut leur réserver des aliments et des boissons de premier choix, et substituer souvent un repas de barbotage à un repas d'avoine ; les couvrir, quand ils sont exposés aux vicissitudes atmosphériques. — 11 est bon d'éviter de les ferrer à la forge, car le bruit des marteaux sur l'enclume, et la vue des objets qui ne leur sont pas familiers les irritent.

A ces conditions, les tempéraments nerveux rendent des services pendant longtemps et ne sont pas plus exposés aux maladies que les autres. Mais tout ce cortège de soins hygiéniques est d'une application très-difficile, sinon impossible, dans les corps.

Tempérament lymphatique.

Le tempérament lvmphatique consiste dans la prédomi- Définition, u 2

nance de développement et d'action du système dont il porte le nom.

Caractère*. Les caractères eAtérieurs qui décèlent ce tempérament sont faciles à saisir: des lormes lourdes et empâtées; une peau épaisse et peu souple ; des poils longs, abondants et de couleur claire ou lavée; des crins gros et épais; trèssouvent du ladre et du blanc à la tête; de grandes balzanes ; des pieds larges, plats ou combles, à corne molle ; des chairs flasques et abreuvées de sérosité ; des interstices musculaires peu prononcés ; des membres infiltrés et chargés de crins ; des muqueuses apparentes décolorées; des mouvements lents ; un regard fixe et morne.

Chez les chevaux lymphatiques, les ramifications périphériques des nerfs sont comme noyées dans les tissus blancs, qui abondent sous la peau ; aussi sont-ils difficiles à ébranler et réfractaires aux excitants. La poitrine est étroite, la circulation peu active , l'hématose ne s'accomplit pas avec énergie, le sang est moins riche en globules et en matière colorante que chez les sujets sanguins; tandis quel'eau s'y trouve dans des proportions plus fortes. Ces chevaux sont froids, mous et suent facilement ; ils n'exécutent qu'avec peine des mouvements prompts ou des courses rapides, et bientôt ils sont fatigués. Chevaux Le tempérament lymphatique est plus commun dans le préïeitent. Nord et dans l'Ouest de la France que dans le Midi, chez les sujets élevés dans les prairies que chez ceux nourris à l'écurie avec du grain. Les climats froids et humides y prédisposent, tandis que les climats chauds et secs produisent l'effet contraire.

iocooTé- Les chevaux de cette nature résistent mal aux fatigues, mtaiM. aux privations ei aux intempéries. Les travaux pénibles des manœuvres, des expéditions ne tardent pas à apporter des désordres dans leurs organes locomoteurs, et bientôt des tumeurs dures et molles se forment sur les rayons des membres et autour des articulations. Si à ces causes se joignent les effets d'une nourriture parcimonieuse ou de mauvaise

qualité, des écarts de régime, des vicissitudes atmosphériques, bientôt l'économie tout entière est en proie à l'imminence morbide. Ces natures résistent mal aux froids secs et aux chaleurs humides, mais la constitution atmosphérique humide et froide est celle qu'ils redoutent le plus. Sous son influence, leurs membres s'engorgent et se couvrent de crevasses, d'eaux-aux-jambes, puis la morve et le farcin surviennent.

Par contre, les tempéraments lymphatiques se trouvent bien d'une température chaude et sèche. La chaleur semble donner à leurs organes le stimulus qui leur manque ; aussi, en été, jouissent-ils d'une bonne santé et sont-ils plus gais que dans les autres saisons.

Pour neutraliser les fâcheuses influences du tempéra- iiy^ne. ment lymphatique, il faut donner une nourriture tonique, dont l'avoine doit former la base ; — s'abstenir de l'usage du vert et de fréquents barbotages, même en été ; — éviter d'exposer les chevaux découverts à la pluie et aux brouillards; — dans le traitement de leurs maladies, se garder d'abuser des moyens qui ont pour effet de débiliter, d'appauvrir l'organisme.

2° Tempéraments composés.

Les tempéraments primitifs n'ont pas toujours des carac- Définition, tères aussi francs, aussi tranchés que nous venons de l'exposer. On les voit souvent se réunir deux à deux, trois à trois, et donner lieu à des tempéraments mixtes ou composés, qui présentent les attributs de ceux qui les forment. Le tempérament nerveux s'unit tantôt au type sanguin, tantôt au type lymphatique ; quelquefois même les trois variétés se confondent dans un seul individu : c'est ainsi que l'on voit des tempéraments lymphatique et sanguin, nerveux et lymphatique, sanguin et nerveux, etc.

En se réunissant ainsi, les tempéraments ne se neutralisent pas complètement. L'un d'eux conserve sa supériorité

sur l'autre, mais tous deux sont distincts. Ainsi, dans le tempérament canguin et nerveux, l'influence nerveuse n'exclut pas une certaine activité des fonctions digestives et l'accroissement des globules dans le sang. Quelquefois cependant les traits des principaux tempéraments sont tellement mêlés, confondus ensemble, équilibrés, qu'il n'existe pas, à proprement parler, de tempérament déterminé. Ce cas est celui d'un grand nombre de chevaux qu'il faut bien se résigner à laisser en dehors de toute classification, contréwoù Les tempéraments composés se rencontrent plus souvent ,niet trouve. ^ ^ types primitifs et sont préférables. Le tempérament lymphatique et sanguin constitue, pour ainsi dire, le fond organique des races de certaines contrées, notamment de celles du Nord et de l'Ouest de la France, qui n'ont pas encore été croisées avec le pur sang anglais. Ces chevaux conviennent surtout pour la cavalerie de réserve, les dragons et l'artillerie, et se trouvent bien de notre hygiène de troupe.

Le tempérament sanguin et nerveux est très-commun dans les races méridionales ; la plupart des chevaux orientaux en présentent les caractères. Les sujets de ce tempérament sont propres surtout à la cavalerie légère et à la cavalerie de ligne. L'énergie de leur innervation, l'excellente composition de leur sang, leur sobriété, leur rusticité, leurs mouvements étendus et gracieux, leurs nutritions contenues dans de justes limites, en font d'excellents chevaux de guerre.

Le tempérament lymphatique et nerveux est rare chez le cheval, un peu moins chez la jument. De toutes les associations de tempéraments, voilà la plus mauvaise, celle qui convient le moins aux chevaux de l'armée.

3° Tempéraments innés et acquis.

Lçs tempéraments simples ou composés sont tantôt innés, tantôt prennent naissance sous l'influence des conditions

hygiéniques au milieu desquelles sont placés les chevaux, de la nourriture, etc. Ainsi, tel cheval né dans le Midi de la France avec les attributs du tempérament nerveux, introduit jeune dans le Nord, aura à cinq ou six ans un tempérament nerveux et lymphatique. Tel autre, né dans le Nord, avec des prédispositions au tempérament lymphatique, pourra acquérir les caractères du tempérament sanguin, s'il est transporté jeune dans le Midi, et s'il y est convenablement nourri.

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