SÉCRÉTION DU SABOT
Sans cesse en contact avec le sol, le sabot du cheval éprouve, quand il n'est pas ferré, une usure incessante par suite de son frottement contre les corps étrangers. Or, pour en réparer les pertes, la nature devait placer, et a placé, en effet, un appareil de production de la corne qui fonctionne sans relâche. Cet appareil, c'est le tissu réticulaire, dont nous avons donné la description.
Les fonctions de ce tissu ont été mises hors de doute par les expériences faites sur les animaux vivants et les faits pathologiques. Ainsi, lorsqu'on enlevé un lambeau de corne, au bout de 48 heures on voit suinter à la surface du tissu réticulaire, mis à nu, une couche de corne fluide à l'état naissant, qui acquiert une consistance pâteuse, ensuite se fige sur les parties dénudées, et ne tarde pas à y former un revêtement solide et à rétablir la continuité du sabot. Le même effet se produit sur toute l'étendue du pied, lorsque l'ongle a été arraché par une violence quelconque.
sécrétion Mais les diverses parties de la botte cornée ne sont pas de u paroi. pr0(^uj^es par le même organe. La paroi a pour appareil sécréteur le bourrelet périoplique, le bourrelet principal et le tissu podophylleux.
Le bourrelet périoplique sécrète la partie la plus superficielle de la paroi, la couche mince qui la revêt, et lui donne l'aspect lisse et luisant qu'elle présente.
Du bourrelet principal émane la corne, d'apparence fibreuse, qui constitue la plus grande partie de la paroi et est placée entre le tissu kéraphylleux et la corne périoplique.
Le tissu podophylleux produit le tissu kéraphylleux et la couche de corne qui l'unit à la corne médiane sécrétée par le bourrelet.
Ces trois couches de la paroi sont unies entre elles d'une manière si intime qu'elles ne forment qu'un tout. Mais, pour que cette union soit aussi grande, il faut que les trois espèces de corne, se réunissent à l'instant de leur production et avant de s'être solidifiées. En effet, si une cause quelconque vient à isoler le bourrelet du tissu podophylleux, les deux cornes qui en émanent, se concrétant avant de se réunir, restent désunies, témoin ce qui a lieu dans la fourmillière. Le même effet se produit si le bourrelet périoplique est séparé du bourrelet principal, d? ï*iï£. La corne de la sole est sécrétée par la membrane veloutée
qui tapisse la face inférieure de l'os du pied. Cette vérité est démontrée par la dessolure, opération qui consiste à enlever la sole en totalité ou en partie. Immédiatement après l'ablation de la corne, on voit apparaître à la surface du tissu réticulaire un suintement qui ne tarde pas à se solidifier et à prendre la nature et l'aspect de la corne.
La sole et la paroi s'unissent ensemble de le même manière que les trois parties qui composent cette dernière , et forment ainsi un tout d'une solidité que rien ne peut détruire pendant la vie.
La fourchette est sécrétée par la membrane veloutée qui sécréuoo recouvre la fourchette de chair, et cette sécrétion se fait par u fouïhet»*. un mécanisme en tout semblable à celui que nous venons d'exposer en parlant de la sole. Mais la corne de la fourchette se trouve recouverte par une production cornée provenant du bourrelet périoplique, et qui lui est si intimement unie que les deux cornes semblent ne constituer qu'un seul et même corps.
Renouvellement de la corne.
Une fois produite , la corne s'accroît par la superposition de couches à la surface de celles qui existaient déjà. Les couches de nouvelle formation chassent insensiblement les anciennes vers la partie inférieure, pour remplacer celles que l'usure a fait disparaître. C'est par ce mécanisme que le sabot se renouvelle sans cesse à sa partie supérieure, tandis qu'il s'use inférieurement et que chaque molécule est éliminée à son tour *.
1 On s'est demandé si la corne croit également sur tous les points do la paroi ou si la pousse en est plus forte sur un point que sur un autre. La plupart des auteurs, et nos expériences et notre observation personnelles sont en rapport avec cette manière de voir, admettent que la sécrétion de la paroi est égale dans toutes ses régions, et que djux parties de corne sécrétées, le même jour, l'une en pince, l'autre en talons,
Mais l'ongle ne pousse pas avec une facilité égale chez tous les sujets ; son activité sécrétoire varie suivant les races, les individus, l'exercice, la nourriture, l'état de santé ou de maladie, etc.
Races. Chez les chevaux de sang, la corne se régénère plus facilement que chez les sujets de race commune. Les sabots des chevaux arabes et barbes se renouvellent en cinq ou six mois, tandis que ceux des chevaux français de race commune mettent de sept à huit mois.
indindna- Certaines prédispositions organiques facilitent la pousse de la corne. Chez tel cheval, il faut renouveler la ferrure tous les mois, et même au bout de trois semaines, sous peine de voir la régularité des aplombs détruite ; tandis que chez tel autre, dans le même espace de temps, c'est à peine s'il s'est formé assez de corne pour que le maréchal puisse brocher les clous dans une corne neuve.
,al«Sof du ^a corne se renouvelle plus vite chez les sujets qui ont les sabots bien proportionnés, sains et bien entretenus, que chez ceux qui pèchent par un ou plusieurs défauts de conformation.
Nourriture. La nourriture exerce son influence sur la production de l'ongle, comme sur celle de tous les autres tissus animaux : abondante et de bonne qualité , elle donne lieu à une sécré-
arrivent, le même jour, en contact avec le sol et disparaissent en même temps par l'usure naturelle.
Néanmoins, certaines circonstances peuvent faire varier les rapports et donner aux talons une prédominance marquée sur la pince. Ainsi, lorsque le sabot a dépassé sa longueur normale et que l'excès de longueur ne disparaît pas, soit par l'usure, soit par l'instrument tranchant, la croissance des talons l'emporte tellement sur celle de la pince qu'au bout d'un an, il n'y a plus de différence entre la hauteur de ces deux régions. Le même phénomèue s'observe aussi dans certains cas maladifs : la fourbure, par exemple. En diminuant la résistance que la corne oppose, on peut aussi faciliter l'accroissement du sabot dans une partie donnée. C'est même sur ce principe qu'est basé cet axiome de maréchalerie : que, pour faciliter la pousse de l'ongle, sur un point, il faut y parer souvent la corne.
Usure régulière.
df sauté.
tion active du sabot; parcimonieuse et de mauvaise nature, elle ralentit la production cornée d'une manière sensible et la rend moins bonne.
Le travail influe aussi sur la production de la corne. Un Tr.».n. exercice régulier la favorise, le repos la ralentit. Chez les chevaux de troupe, le tissu réticulaire n'a jamais plus d'activité sécrétoire que dans la saison des manœuvres, pendant les routes, en expédition. Par contre, jamais cette sécrétion n'est plus lente que lorsque les chevaux ne travaillent pas.
Lorsque la corne disparaît d'une manière régulière, soit par usure, soit par l'action du boutoir, sa production est plus active que s'il en est autrement. Ainsi, un pied ferré tous les 30 ou 40 jours, pousse autant en 3 ou 4 mois, que le fait en 6 ou 7 celui qui n'éprouve aucune déperdition.
L'état général de santé ou de maladie se fait sentir sur Etat l'appareil kératogène tout aussi bien que sur les autres sécrétions de l'économie. Lorsqu'une affection générale survient chez un cheval, la corne non-seulement est sécrétée en moins grande quantité, mais ne présente plus les mômes propriétés qu'elle avait auparavant. Pendant la période d'acclimatement, les jeunes chevaux sont atteints d'altérations du sabot; ces lésions ne sont jamais plus prononcées ni plus communes que chez les chevaux qu'on conduit de France en Algérie, et réciproquement.
Structure de la corne.
On a cru, jusque dans ces dernières années, que la corne de la paroi et de la fourchette était composée de poils réunis par une substance cornée, qui transformait le tout en une masse compacte et continue, et que celle de la sole était constituée par des lames cornées, superposées, se détachant avec, le temps, par écailles. Des expériences microscopiques récentes nous ont appris que partout la corne est formée de tubes cylindrique?, juxtaposés, parallèlement placés, sans s'imbriquer ni s'anastomoser, et maintenus aggloii 22
mérés par une substance cornée, homogène, qui en forme un tout compact, parfaitement continu à lui-même et trèsrésistant.
Ces tubes, de forme cylindrique, sont pleins dans toute leur étendue, si ce n'est à la partie supérieure où ils présentent un évasement en entonnoir pour loger les villo— sités des surfaces kératogènes. Ils s'étendent du bord supérieur de la paroi à l'inférieur, de la face supérieure à la face inférieure de la sole et de la fourchette. Les tubes de la paroi sont plus étroits que ceux de la sole et plus larges que ceux de la fourchette.
Propriétés physiques de la corne.
La corne est une matière solide, dure, résistante, un peu plus pesante que l'eau. Exposée à l'humidité, elle se ramollit et se gonfle; tandis que, dans un air chaud, elle se dessèche et se durcit. La corne est mauvaise conductrice du calorique : il ne faut pas moins de 4 minutes d'application d'un fer chauffé au rouge cerise, sur la face externe de la sole ou de la muraille, pour que le thermomètre, appliqué à leur face interne, accuse la transmission de la chaleur à travers leur épaisseur. La corne est très-combustible : jetée sur des charbons ardents, elle brûle en répandant une forte odeur empyreumatique.
Elasticité do pied.
Les auteurs sont loin d'être d'accord sur le mécanisme de l'élasticité du pied; mais la théorie qui domine encore aujourd'hui est celle de Bracy Clark. Voici en quoi consiste cette élasticité :
Lorsque le membre arrive à terre, la pression que produit le poids du corps fait exécuter à l'os du pied deux mouvements : un en avant, dans la direction des feuillets kéraphylleux, l'autre de bascule en arrière et parallèle à la direction du plan de l'articulation.
Le premier ne produit qu'une dilatation à peine sensible et limitée à la région du biseau ; l'autre est l'agent principal de la dilatation de la boîte «ornée.
Par suite de ces mouvements, ce sont d'abord les fibrocartilages latéraux qui, en pénétrant plus avant dans le sabot, au moment où l'os du pied s'y enfonce sous la pression du corps, forcent le bord flexible du biseau à céder sous leur action propre, et en produisent ainsi l'écartement.
Vient ensuite l'action du coussinet plantaire qui, fortement comprimé entre l'os du pied et la sole, tend à gagner, sur les côtés, l'espace qu'il perd en épaisseur, et à opérer, en dedans des fibro-cartilages latéraux, un effet dilatateur qui se transmet aux parties postérieures de l'ongle.
Enfin, les parties sous-jacentes, sole, barres, fourchette, surchargées du poids, qui leur est transmis par le coussinet plantaire, entrent en jeu, et c'est sous l'influence de leur action surtout que s'opère la dilatation de la botte cornée. Voici le mécanisme de chacune de ces parties.
Lorsque le poids du corps repose sur la face supérieure de la sole, elle s'affaisse, et, par suite de ce mouvement, ses deux branches s'écartent, sa circonférence s'élargit en raison de l'abaissement du centre; de là le rejet en dehors du bord inférieur de la paroi qui lui fait continuité et la circonscrit.
Le mouvement des barres est analogue à celui de la sole. Lorsque le poids du corps fait effort sur leur partie supérieure, elles s 'affaissent et tendent à devenir horizontales, c'est-à-dire à se rapprocher par leur bord supérieur et à s'écarter par leur bord inférieur. Or, de ces deux mouvements en sens inverse, celui de rapprochement est limité par la fourchette, située entre les bords supérieurs des barres auxquels elle est continue; tandis que celui d'écartement des bords inférieurs se communique à la paroi, et tend à produire la dilatation de concert avec la sole.
La fourchette contribue aussi à la dilatation du pied. Lorsqu'elle est fortement comprimée entre le sol et le coussinet plantaire, elle se porte sur les parties latérales, et fait effort sur le bord supérieur des barres, qui transmettent son action à leur bord inférieur et aux arcs-boutants, et ainsi s'ajoute, dans les parties postérieures du pied, un nouvel effort de dilatation. La fourchette a encore pour effet d'amortir la percussion produite sur le sol. En vertu de son élasticité propre, elle fait l'office d'un coussin inerte qui, placé entre la terre et les parties vives, contribue à atténuer les effets des chocs, de concert avec le coussinet plantaire.
Les talons ont aussi leur part dans la dilatation du sabot : ils se renversent en bas et en arrière.
Telle est, d'après la théorie la plus généralement professée encore aujourd'hui, et la participation et le mode d'action des diverses parties du pied dans la production de l'élasticité 1 .
1 Mais cette théorie n'est pas admise sans conteste. Parmi les auteurs et les praticiens qui en admettent le principe, la plupart, tout en reconnaissant que le pied est élastique, professent que les différentes pièces dont le sabot se compose ne jouent pas les unes sur tes autres d'une manière aussi appréciable, et que l'élasticité ne se passe que dans les parties contenues et surtout en talons et en biseau.
D'autre*, avec Lafosse, disent que le pied est flexible, et que cette flexibilité est une propriété inhérente à la substance même de la corne, qui la rend apte à céder sous les pressions aux points où elles s'exercent, à s'adapter aux inégalités du sol et à servir de coussinet protecteur aux parties profondes.
Ceux-ci, avec Perrier, professent que le pied est le siège de deux mouvements successifs : l'un de dilatation, l'autre de resserrement de l'ongle. Quand le pied arrive sur le sol par la pince, le poids principal s'exerce sur les parties antérieures de l'ongle, la sole s'abaisse, ce qui produit l'écartement de ses branches. Le pied se resserre dès que les pressions ont dépassé, en arrière, le centre des quartiers et qu'elles s'exercent sur les parties postérieures de l'ongle. D'où il résulte que le même poids est tout à la fois force dilatante et force contentive.
Enfin, d'autres refusent au sabot la faculté de se resserrer et de se dilater.
Or, toutes ces dissidences d'opinion prouvent que le véritable jour
SECTION II