CHAPITRE III CHOIX DES REPRODUCTEURS
Sommaire. — Choix de l'étalon ; symétrie des formes, pédigrée, performance; Choix de la fument : caractères particuliers.
Ce que nous venons de dire sur l'hérédité et sur le rôle des reproducteurs, doit faire comprendre combien il importe de bien choisir les animaux qu'on livre à la reproduction.
Ce choix doit être fait d'après le genre des produits qu'on veut obtenir ; il faut prendre aussi en considération le climat, la nourriture, le mode d'élevage, etc. Mais il n'entre pas dans le plan de ce livre d'étudier la question sur une échelle aussi vaste ; nous nous bornerons à indiquer la conformation extérieure et les qualités que doivent présenter des reproducteurs destinés à faire des chevaux de selle, aptes surtout aux services militaires, et les défauts qui sont de nature à les en faire exclure.
Choix de l'étalon.
L'étalon doit être l'idéal de la perfection; aussi, quand on le choisit, ne saurait-on s'entourer de trop de garanties et trop exiger de lui. Il faut qu'il présente trois ordres de conditions : de la symétrie dans les formes; qu'il appartienne à une race noble et ancienne 1 ; qu'il ait donné des
1 Les Anglais donnent le nom de pédigréê à la généalogie du cheval ; ils appellent performance, les preuves de vitesse qu'il a données sur les hippodromes.
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preuves de fond et de vitesse dans plusieurs circonstances.
symétrie La première condition que doit présenter un étalon, c'est
formes, une bonne santé et l'absence de toute maladie héréditaire. Pour ne pas s'être conformé à cette règle, on a entaché îa plupart de nos races de vices transmissibles par voie de génération, notamment de la fluxion périodique, du cornage, des tares dures.
L'étalon doit avoir de bons aplombs, qui sont des gages presque certains de solidité, et une harmonie parfaite entre les principales régions du corps.
Taiiie. Sa taille sera proportionnée à celle des juments, et variera suivant le climit et le genre de nourriture. Ce serait s'exposer à avoir des produits décousus que d'introduire dans des contrées pauvres, montagneuses, où tous les animaux sont de petite taille, des étalons grands et très-étoffés. Ce serait faire fausse route aussi, que de placer dans des contrées riches, où les juments sont grandes, des étalons de petite taille ; cependant les inconvénients qui résulteraient de l'oubli de cette règle auraient des conséquences moins fâcheuses.
Age. L'âge le plus convenable pour la reproduction est de 5 à 15 ans. Si on y livre le cheval auparavant, il s'épuise, et ses produits sont ordinairement peu vigoureux, peu énergiques, prédisposés au tempérament lymphatique. On n'a pas d'exemple de cheval remarquable, issu d'un étalon âgé de moins de 5 ans. Les vieux étalons peuvent donner encore de bons produits, si l'on n'abuse pas de leurs forces. Les annales des Haras attestent, en effet, que des pères âgés ont donné des produits fameux. Ainsi le père d'Éclipsé avait 14 ans, celui d'Elis 16, celui de Whaslibon 17, celui de Wishir 22, quand ces chevaux célèbres furent engendrés. The prime Warden et Caravan ont donné leurs meilleurs produits après 20 ans. Mais ce ne sont là que des exceptions, et il reste démontré par l'expérience, que c'est de 5 à 15 ans que les étalons sont le plus aptes à engendrer.
Robe. H faut rejeter de la reproduction les chevaux à robes
pâles, lavées, qui sont l'apanage du tempérament lymphatique. On ne doit admettre qu'à titre d'exceptions ceux qui ont du ladre, du blanc à la tête et des balzanes; car ces particularités se transmettent par voie de génération, et ont de la tendance à s'agrandir des ascendants aux descendants.
Le tempérament sanguin et nerveux est le meilleur. Le Températempérament nerveux pur est trop irritable et le lymphatique trop mou.
Il faut que le cheval ait un degré d'embonpoint convenable, Em boopoim mais il ne doit pas être trop gras. Un embonpoint prononcé indique une constitution lymphatique ou un anima] poussé en nourriture; dans tous les cas, un géniteur peu énergique et souvent improductif. Trop de maigreur est un indice de maladie ou d'épuisement.
L'étalon destiné à produire des chevaux de guerre doit charpente, avoir la charpente osseuse solide; les articulations larges; les saillies osseuses bien accusées; les muscles bien développés, dessinés en relief sous la peau, bien séparés, fermes surtout, et terminés par des tendons forts et bien détachés.
Lss qualités et les défauts se transmettant par voie de gé- oua>»tr>. nération, on ne devrait jamais admettre pour la reproduction des chevaux méchants, vicieux, sauvages, indomptables, ruant, mordant, manquant de docilité, d'un caractère tracassier; tandis que la sobriété, la rustické, la résistance aux fatigues, sont des qualités que devraient présenter tous les reproducteurs.
Voilà pour l'ensemble de la conformation, passons aux détails.
La tête doit être légère et se rapprocher le plus possible de conformation
i „ i , ' ' i extérieure.
la conformation que nous avons donnée comme type de beauté.
L'encolure variera de formes suivant les services auxquels les produits sont destinés. Une encolure de cygne convient aux chevaux de manège; une encolure droite, aux chevaux de course; une encolure rouée, à ceux destinés à l'armée.
La poitrine sera belle dans tous ses diamètres ; le garrot élevé et prolongé bien en arrière; le dos et le rein courts, larges, droits et bien attachés; la croupe longue, bien musclée et bien dirigée; l'épaule longue, oblique, bien musclée et douée d'une grande liberté de mouvement; l'avant-bras long et bien musclé; le genou large; le canon court; le tendon sec, gros, bien détaché; le paturon court et large; la couronne large d'un côté à l'autre, et surtout exempte de formes; le pied bien proportionné, exempt de maladies et de vices de conformation ; la corne, ni molle ni cassante; la jambe bien descendue et surtout bien musclée. Le jarret doit offrir, non -seulement de belles conditions de force et de solidité, mais surtout être exempt de tumeurs dures.
Les bons reproducteurs ont les testicules gros, peu descendus, recouverts d'une peau lisse et luisante ; le gauche un peu plus volumineux que le droit. Us ont le pénis plutôt petit que gros et de forme conique ; le fourreau médiocrement développé, pédigrée. Dans le choix des reproducteurs, il faut prendre leur généalogie en grande et sérieuse considération. Plus un cheval descend d'une race ancienne et pure, par son père et sa mère, plus sûrement il transmet ses qualités et ses défauts; plus, par conséquent, il y a des chances d'obtenir des produits qui lui ressemblent, performance. Une noble origine et des formes symétriques ne suffisent pas pour faire juger complètement un étalon. Il faut encore qu'il ait fait preuve de vitesse et de fond. En France, on apprécie trop souvent les étalons seulement d'après leur conformation extérieure, et on donne à la beauté et à la pureté des formes une importance plus grande qu'on ne le fait en Angleterre et surtout en Arabie. Les Arabes estiment le cheval d'après les services qu'il rend , la manière dont il supporte les privations et les fatigues dans les expéditions longues et pénibles, d'après sa docilité et la perfection de
son dressage. Les Anglais le soumettent aux épreuves de l'hippodrome ; c'est en n'employant à la reproduction que des chevaux de bonne origine et ayant fait leurs preuves, qu'ils ont créé leur précieuse race de pur sang.
Choix de la jument.
Tout ce que nous venons de dire en parlant de l'étalon relativement aux maladies, aux qualités, à la taille, au tempérament, aux aplombs, aux proportions, aux systèmes osseux et musculaire, à la robe, à l'état de santé, est applicable à la jument ; nous n'avons donc à signaler ici que les traits particuliers à celle-ci.
Une encolure légère, un garrot un peu bas, un rein légè- ctract^ rement long, s'il est bien attaché, ne sont pas des défauts ParUculierB assez grands pour faire exclure de la reproduction la jument qui les présente.
L'arrière-main doit être plus développé et plus élevé que chez le cheval ; la croupe présentera tous les signes qui indiquent un grand développement du bassin, pour que le fœtus se développe à son aise et complètement. Quand la jument a le bassin étroit et court, le fœtus est gêné, et son accroissement est irrégulier; les parties dures, seules, se développent normalement, tandis que les parties mofles et les cavités splanchniques, ne pouvant vaincre la pression produite par les organes de la mère, languissent et restent étroites. La poulinière à croupe étroite souffre plus de la gestation que celle dont le bassin est spacieux ; car le fœtus, se portant en avant , gêne les mouvements de la respiration et du cœur. Elle a aussi plus de peine à mettre bas.
La jument ne présente jamais autant d'ampleur dans les rayons inférieurs des membres que l'étalon, par la raison qu'un des traits particuliers des femelles, c'est d'avoir les membres et les pieds plus grêles que les mâles.
Pour être bonne nourrice , pendant la gestation comme pendant l'allaitement, la jument doit avoir de bons organes
digestifs. Celle qui digère mal, fournit peu de sang au fœtus et peu de lait au nouveau-né.
De même que dans l'étalon, il faut exiger la perfection des organes génitaux, et se méfier des juments nymphomanes, qui sont souvent stériles.