CHAPITRE IV DIFFÉRENTS MODES DE REPRODUCTION
Sommaire. — Apparentement : bot, règles; croisement : utilité, règles; métissage : avantages et inconvénients; appatronnement : avantages et inconvénients; consanguinité : avantage et inconvénients.
Le choix des reproducteurs étant fait, on les accouple pour avoir des produits ; et, suivant la manière dont il est fait et le but qu'on se propose, l'accouplement a reçu les noms d' appareillement. de croisement, de métissage, d' appatronnement, de consanguinité.
Art. I. — De l'Appareillement.
Définition. L'appareilleraent est l'union d'un mâle et d'une femelle de même race, assortis de manière à corriger les défauts de l'un par les qualités de l'autre.
Rut Ce système de reproduction est le plus souvent employé et le plus sûr. On s'en sert pour régénérer les races abâtardies et les préparer au croisement, pour améliorer les races nobles, etc. Et, par lui, on arrive toujours à de bons résultats, sans jamais faire d'école; mais on marche lentement, n^gie». L'appareillement doit être fait d'après certaines règles, dont voici les principales :
Il doit y avoir à peu près égalité de taille et d'ampleur des Jjpgj* formes entre les deux reproducteurs. En effet, si on donne à une petite jument un étalon de taille élevée, le fœtus se développe mal et irrégulièrement; les os et les membres prennent du volume au détriment des parties molles et des cavités splanchniques. Par contre, si la mère est beaucoup plus grande que le père, le fœtus se développe à son aise, mais le jeune sujet reste toujours petit. Il faut donc que, sous le rapport de la taille, il y ait un certain rapprochement entre le père et la mère.
Quand on veut élever la taille , c'est à la nourriture qu'il faut s'adresssr plutôt qu'aux reproducteurs : ce sont les aliments qui grandissent les animaux et leur donnent l'étoffe que Ton demanderait vainement aux reproducteurs seuls. Encore faut-il tendre graduellement à ce résultat et s'arrêter à temps , car le volume du cheval ne peut, dans chaque localité, dépasser certaines limites. Il tend sans cesse à se mettre en rapport avec le climat et la fertilité du sol, parce que l'évolution des organes dépend surtout des principes nutritils qui servent à leur alimentation.
Lorsque deux animaux présentent le même défaut, quoi- É^rd5e* qu'à un faible degré, il ne faut pas les accoupler ensemble, reP£{jel'expérience ayant appris que le produit qui naîtrait de cet , ■i»nl appareillement hériterait presque toujours du défaut de son d*f»ot père et de sa mère , et le présenterait à un plus haut degré.
C'est par des défauts opposés qu'on corrige les défauts : £ ainsi, un rein long se corrige par un rein court ; une tête des5*fM. forte par une tête légère ; un chanfrein busqué par un chan- contraires, frein camus ou droit ; un pied petit par un pied grand, etc.
Encore faut-il éviter qu'il y ait excès de différence, sans É,Titer
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quoi on n'obtiendrait plus la fusion des lormes ; car, la na- contrite», ture ne faisant jamais de saut, on n'arrive que progressivement et lentement au but qu'on se propose d'atteindre. C'est par de légers contrastes, habilement ménagés, que Ton obtient de bons résultats, et c'est en agissant lentement et
auts
progressivement qu'on parvient à fixer les effets obtenus. Des oppositions violentes de formes, de taille, d'âge résultent des êtres décousus, qui n'offrent dans leur ensemble que désordre et discordance.
Les oppositions violentes sont avantageuses, au contraire, quand il s'agit de combattre des défauts organiques ou des vices de caractère. Ainsi , il n'y a jamais inconvénient à donner à une jument délicate sur la nourriture, un étalon qui se nourrit bien et mange beaucoup , un cheval trèsdoux à une jument méchante.
Robe Bien qu'en accouplaut un cheval blanc ou gris avec une jument d'une autre couleur, et réciproquement, on n'obtienne pas des produits de robe pie, il est bon cependant d'appareiller convenablement les robes, pour ne pas s'exposer à avoir une de ces nuances mélangées qui sont fort peu appréciées. Il faut surtout éviter d'unir des sujets ayant de grandes balzanes, beaucoup de ladre ou de larges marques blanches à la tête, parce qu'ordinairement ces particularités se retrouvent chez le produit, et dans des proportions plus considérables.
Age On doit aussi appareiller les animaux d'après leur âge, et ne pas compter sur ce fait, avancé par certains physiologistes, que, pour avoir des produits mâles, il suffit de donner à un étalon adulte une jument jeune ou vieille, et, pour avoir des pouliches, une jument adulte à un étalon jeune ou vieux, combattre ^es défauts à détruire doivent être attaqués dans un cer- ,M<àïir.to tem or^re» leur disparition ne pouvant s'effectuer que d'une manière lente et graduée, et successivement. Il faut s'occuper d'abord du défaut capital , et ne passer aux autres que quand on en a obtenu la disparition. En agissant autrement, en cherchant à en faire disparaître plusieurs à la fois, ou en s'occupant tantôt de l'un, tantôt de l'autre, au lieu de réussir, on augmente souvent la détérioration des races qu'on a en vue d'améliorer.
Art. II. — Du Croisement.
Le croisement est l'accouplement d'un maie et d'une fe- Définition, melle de même espèce, mais de race différente, dans le but de créer une race nouvelle, ayant les qualités et la conformation de la race croisante '.
Le croisement est un mode de reproduction souvent em- u tinte, ployé pour améliorer les races, et qui amène des résultats bien plus prompts que l'appareillement. Par lui, on arrive, en peu de temps, à rehausser les qualités d'une race secondaire, et à lui donner les qualités qu'elle ne possédait pas. Ainsi, des juments de choix, mais de race commune, croisées avec un étalon de pur sang, donnent des produits qui, en s'éloignant du type de la mère, prennent peu à peu les qualités et les formes du père. En continuant le croisement pendant un nombre de générations variable, on peut môme changer les caractères de la race croisée, à tel point qu'il n'existe plus de différence entre la race croisée et la race croisante. Mais il est digne de remarque que, si on cesse le croisement et si on néglige d'avoir recours, de temps en temps, au sang améliorateur , insensiblement la race croisée dégénère et finit par retomber dans son état d'infériorité primitive.
On se sert avec beaucoup de succès du croisement pour Pour corriger
, ... , le» défaut
corriger les défauts de telle ou telle partie du corps. La tête locaux, busquée, donnée par les étalons danois à la race normande, tend à disparaître depuis que l'on introduit, en Normandie, des étalons de pur sang anglais, à tête carrée.
On peut employer le croisement, avec non moins de suc- pour
certains défauts de caractère. En donnant à une jument méchante un étalon très-doux, il est rare qu'on n'obtienne pas un produit qui tient du père par le caractère. En croisant
1 On appelle race crottée, la race qu'on ?eut améliorer, et race croisante, celle qui est employée à produire l'amélioration.
ispositions aux maladies, défaut.
. de caractère.
des juments prédisposées à la fluxion périodique avec des étalons sains, la prédisposition diminue insensiblement , et finit par disparaître, pour tierar Le croisement est tout aussi utile pour élever la taille :
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mais, dans ce cas, il faut l'employer comme auxiliaire de la nourriture , car la taille et le développement des formes sont toujours en raison directe de la quantité et de la qualité des aliments.
Régie.. Mais hâtons-nous de dire que, si un croisement judicieux est fécond en bons résultats, un croisement mal dirigé a des conséquences funestes. La fluxion périodique, les tares osseuses des membres, etc., sont devenues communes dans certaines localités, depuis qu'en y a introduit des étalons entachés de ces maladies. Or, pour donner de bons résultats, le croisement doit être fait d'après certaines règles que voici : ÉTiur H faut, avant toute chose, que la race qu on veut croiser contnûtet. soit en état de l'être : si elle est trop dégénérée, on doit d'abord l'améliorer par de bons appareillements, sous peine de n'avoir que des produits décousus. De l'union de juments lourdes, massives, communes, avec des étalons de noble race, naissent des produits décousus. En donnant à un étalon de pur sang une petite jument défectueuse, abâtardie, on obtient un produit qui a tous les défauts de la mère sans avoir les qualités du père.
Mais les contrastes donnent de bons résultats, quand il s'agit de corriger des défauts de caractère ou de structure intime des organes, ou bien d'introduire des qualités morales. Ainsi, il n'y a jamais d'inconvénients à donner à une jument méchante un étalon très-doux, à croiser celle qui est très-irritable avec un étalon calme et d'un bon tempérament, à unir une jument qui se nourrit mal à un étalon qui possède à un haut degré la faculté d'assimilation des aliments, introduis L'amélioration d'une race doit se faire par l'introdeamaie». duction des mâles de la race croisante. Le père, en effet, est le type de l'espèce; il est plus robuste et plus fort, pos-
sède mieux les caractères de la race, résiste mieux aux intempéries et exerce une action plus puissante sur le produit de la fécondation que la mère. D'autre part, dans la reproduction, la mère n'a que l'influence de l'unité de nombre; tandis que celle du père se compte par 40 , 50 et même 60. Un étalon donne en moyenne , en un an , de 40 à 50 produits. Pour obtenir ce résultat, il faudrait au moins 60 ou 70 juments.
Mais quelle est la race à laquelle il convient de s'adresser choisir u pour croiser nos races françaises? Est-ce au pur sang arabe améliorante, ou au pur sang anglais? Ni à l'un, ni à l'autre d'une manière absolue ; car si le cheval anglais convient dans les contrées où la nourriture est abondante, où le climat, le sol, les agents atmosphériques, etc., se rapprochent de ceux de l'Angleterre, où l'on peut donner aux produits issus de son croisement les soins qu'ils réclament, le pur sang arabe doit être préféré partout ailleurs.
Quel que soit le pays d'où l'on retire la race améliorante, uchouir
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les sujets importés doivent être en rapport de taille, de con- «nfonMUon formation, d'aptitude avec les juments, ou l'on s'expose à à améliorer, n'avoir que des produits décousus et inférieurs à ceux de la race indigène. Il faut suivre à cet égard les règles indiquées en parlant de l'appareillement.
Les sujets améliorateurs doivent être choisis parmi ceux Lacnouir de race ancienne, bien établie et pure de toute mésalliance. ilToKnaité. Un père d'origine récente est moins apte à donner à ses descendants ses qualités, à contrebalancer l'influence du climat, de la nourriture et celle de la mère, que celui qui est de vieille race.
Il est de règle aussi, dans le croisement, d'exclure de la Eiciure
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reproduction tous les métis mâles, parce qu'ils ne possèdent qu'une partie des qualités de la race améliorante, ou de ne les employer qu'avec des juments communes, et d'unir les femelles de chaque génération nouvelle à des étalons de la race pure.
Garantie» Pour obtenir de bons résultats, il ne suffit pas de s'adres-
à demander . ... .
am étalon», ser à une race ancienne , il faut encore choisir les sujets parmi ceux qui ont fait leurs preuves en donnant de bons produits, et ne pas s'en rapporter exclusivement, comme cela se tait trop souvent, à la conformation extérieure, aux formes qui sont loin d'être toujours un signe certain des qualités des reproducteurs.
Art. III. — Du Métissage.
Définition. Le métissage est Faction qui, dans l'accouplement de deux individus de race différente, a pour objet d'obtenir, soit une race nouvelle, soit un produit intermédiaire offrant des caractères, une aptitude, une utilité qui n'appartient ni à l'une ni à l'autre des deux races génératrices.
Le métissage peut s'effectuer entre individus de race différente, importés dans un pays, ou entre deux individus dont l'un est indigène et l'autre étranger. Dans tous les cas, il est soumis aux règles du croisement.
Le métissage est une opération très-avantageuse pour créer des races; mais difficile, délicate, et qui, mal menée, peut avoir les conséquences les plus fâcheuses.
Art. IV. — De l'Appatronneme:st.
Délation. Ce mot, introduit depuis peu dans le langage hippique par M. Gayot, est employé pour désigner l'union de deux individus, maie et femelle, de race pure, possédant au plus haut degré les qualités qu'on désire introduire dans une race. BUt. L'appatronnement a pour objet d'empêcher tout mélange, de combattre toute tendance à la dégénérescence et de maintenir les races au degré de perfectionnement acquis. Il repose plus sur la connaissance des beautés que sur celle des défauts, des qualités que des vices. Pour en remplir le but, les reproducteurs doivent réunir toutes les perfections, absolues ou relatives, à l'exclusion de toutes les défectuosités.
Art. V. — De la Consanguinité.
La consanguinité (breeding in and in, production en Définition, dedans des Anglais) est l'union des sexes entre proches parents; c'est l'accouplement entre le père et la fille, entre le fils et la mère, entre le frère et la sœur.
La consanguinité est un mode de reproduction dont les Avantage». Anglais ont su tirer un parti avantageux dans certains cas. Us s'en sont servis pour fixer des caractères fugaces, des formes nouvelles, des qualités en quelque sorte accidentelles. C'est par elle que Backwell, Colling et autres agronomes célèbres ont créé ces belles races de bœufs et de moutons que l'Europe entière admire. Backwell s'est aussi servi de ce moyen pour former l'ancien cheval noir de l'Angleterre, remarquable par le développement de sa charpente et surtout de ses muscles.
En France, la consanguinité existe pour l'espèce asinedu Poitou, depuis bien des années. Elle a été conseillée pour le cheval par M. Huzard fils, et mise en pratique par M. Gayot, au haras de Pompadour, pour créer la race chevaline angloarabe pure.
Mais, si ce système de reproduction, bien employé, peut donner de bons résultats, son emploi intempestif ou son abus a des conséquences funestes. Il conduit tout droit, et par la voie la plus courte, à l'exagération des défauts, à la perte des qualités, à la dégénération rapide delà race. Aussi ne faut-il s'en servir qu'avec beaucoup de réserve et de ménagements.