‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 67 sur 139 · D'ESSAI. — MONTE · texte numérisé non relu

D'ESSAI. — MONTE

Sommaire. — Chaleurs : époque, signes, durée, intensité , moyen» employés pour les provoquer; boute-en-tmin et étalon d'essai : usages; monte : âge auquel «lie peut avoir lieu, saison, heure, première saillie après le part; préparation d»? lu jument, hygiène de l'étalon, nombre de juments qu'il peut saillir, monte en liberté, monte en main.

Nous traiterons dans ce chapitre des chaleurs, du bouteen- train, de Y étalon aV essai et de la monte.

Art. I. — Des Chaleurs.

Définition. On appelle chaleurs les désirs vénériens temporaires qu'éprouvent les chevaux.

Époqne. Ces désirs ne se manifestent qu'au printemps, chez les individus qui vivent à l'état sauvage. Il en est à peu près de même chez ceux qui , à l'état de domesticité , restent sans cefse dans les pâturages et auxquels l'homme ne donne ni soins, ni nourriture. Le printemps est aussi la saison des amours chez les sujets que nous soignons et que nous nourrissons constamment à l'écurie, mais ceux-ci éprouvent le désir de s'accoupler à toutes les époques de l'année, si on les soumet à quelques préparations.

En France, l'époque des chaleurs varie, du Nord au Midi, d'un mois environ; c'est du irr avril au ier juin qu'elles sont le plus intenses. En Algérie, elles commencent en février et finissent en mai.

signe*. Les signes que présentent les animaux en chaleurs varient dans les deux sexes.

L'étalon est agité et inquiet ; a l'œil vif et brillant ; les oreilles hardies et toujours en mouvement; court dans les prairies ou s'agite sans cesse dans son box; frappe du

pied et hennit souvent ; ses testicules sont durs et sensibles; il entre fréquemment en érection, et rend par le canal de l'urèthre du fluide prostatique et quelquefois même du sperme; boit beaucoup, mais mange peu. Quelques sujets, ceux de race anglaise surtout, deviennent d'un caractère difficile, méchants, et cherchent à mordre.

La jument en chaleurs est inquiète, triste, moins impressionnable à l'action des agents extérieure. Plus fréquemment, elle est dans un état de surexcitation prononcée qui la porte à s'agiter, à se tourmenter, à trépigner, à gratter, à regarder autour d'elle; sous la pression des sangles et la piqûre de l'éperon, elle se campe, urine, rue ; le contact des effets de pansage produit sur sa peau une action désagréable qui la porte à s'y soustraire. Dans tous les cas, elle hennit en voyant passer un cheval, et se campe souvent pour uriner; ses organes génitaux sont le siège d'un éréthisme qui les rend rouges , chauds , tuméfiés , provoque de fréquentes contractions, ce qui donne lieu à l'écoulement, par la vulve , d'un liquide visqueux et gluant.

La durée des chaleurs, dans chaque jument, est va- i)«r^. riable. Elle est de 24, 36, 48 heures chez l'une, de 8 à 15 jours chez une autre ; puis elle disparaît pendant 20 ou 2"> jours pour revenir ensuite.

Il en est de môme de leur intensité. Chez quelques ju- interné, ments, le paroxysme amoureux échappe à l'observateur le plus exercé; tandis que, chez d'autres, il est porté au plus haut degré d'action.

L'étalon est en chaleurs plus longtemps que la jument, et, quand il est dans de bonnes conditions d'âge et de santé, bien nourri, il est en état de s'acquitter de ses fonctions, tous les jours, tant que dure la monte.

Bien des moyens ont été employés, par les anciens hippo- MoyeBi logues, pour faire naître les chaleurs et les conserver; * tous sont à peu près abandonnés aujourd'hui. Le seul réel- ,£^,'1^ lement rationnel et utile consiste à mettre la jument en con-

tact avec l'étalon, et vice versâ; à les soumettre à un exercice et à une alimentation convenables.

Art. II. — Du Boute-en-train. — De l'Étalon.

Définition. Le boute-en-train est un animal mâle ou femelle, destiné à provoquer les désirs de l'accouplement dans un individu du sexe opposé.

La jument boute-en-train n'est guère employée que dans le cas où un étalon se prend de passion pour des femelles de telle ou telle robe, et reste insensible à celle de toute autre nuance.

L'emploi du boute-en-train maie est plus fréquent. On se seit ordinairement d'un vieil étalon ou d'un étalon froid et de peu de valeur. On le place dans un box séparé de celui qui loge la jument, mais communiquant par une fenêtre ouverte, et on les laisse ainsi en présence pendant une heure ou deux. Mais le plus souvent il ne fonctionne qu'un peu avant la saillie. On met alors la jument et le cheval en présence, en ayant soin de les séparer par une cloison d'un mètre de hauteur, et disposée de manière à préserver le boute-en-train des coups de pied de la jument.

L'étalon d'essai a pour mission de flairer la jument, de la sentir, de faire connaître si elle est prêle, c'est-à-dire si elle peut être saillie, si elle n'est pas encore disposée, ou si elle a été fécondée par un précédent accouplement.

11 faut avoir soin de donner de temps en temps une jument à l'étalon d'essai et au boute-en-train, afin d'entretenir leur disposition et de prévenir une trop violente irritation des organes de la génération.

Art. III. — De la Monte.

Définition. En Hippologie, le mot monte ou saillie a deux acceptions : tantôt il désigne le coït, l'acte de la copulation ; tantôt il est employé pour désigner le temps où les sexes se recherchent et se rapprochent pour s'accoupler.

L'accouplement peut s'effectuer, avec fruit, à deux ans, a™ anqaei dans l'espèce chevaline ; mais c'est dans l'âge adulte que les «voir fieu. deux sexes sont le plusjpropres à la monte et à transmettre à leurs produits les qualités qu'ils possèdent. Avant cinq ans, les étalons donnent rarement de bons produits , et après quinze ans, leurs facultés prolifiques baissent. Il est cependant digne de remarque, comme nous l'avons dit, page 41 8, que l'on rencontre encore un grand nombre d'étalons et de juments qui, passé cet âge, engendrent de bons produits, et que beaucoup de chevaux, qui ont brillé sur les hippodromes, descendaient de pères âgés. Ces exceptions nombreuses font que les Anglais livrent à la reproduction les chevaux tant qu'ils donnent de bons produits. Leur exemple est bon à suivre : on ne doit réformer les étalons et les juments que quand ils ont cessé de bien produire.

Le printemps est l'époque de la monte, et la saison de saison, l'année où elle offre le plus de chances de réussite. En France, la monte commence, dans les établissements de l'État, le 1er mars et finit le i" juillet. En Algérie, elle commence en février et finit en juin.

On peut faire saillir sans inconvénient à tous les mo- Heure, ments de la journée ; car l'heure est à peu près insignifiante, et n'exerce aucune influence sur la réussite de cet acte. L'accouplement le plus fructueux est celui qui s'effectue dans toutes les conditions fixées par la nature. Cependant mieux vaut conduire la jument à l'étalon le matin, peu de temps après le lever du soleil, ou le soir.

Le temps qui doit s'écouler entre la mise-bas et la pre- Quand faot-ii

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mière saillie doit être peu considérable, 1 expérience ayant ujumem

appris que l'accouplement n'est jamais plus fructueux que aprè* ep"l?

dans le cas où il s'effectue peu de jours après la naissance

du poulain. Dans quelques contrées, on conduit la jument

à l'étalon après 3 ou 5 jours. Nous préférons attendre du 7'

au 9e jour, ainsi que cela se pratique dans les établissements

de reproduction de l'État.

^ Nombre On ne peut ériger en principe quel est le nombre de saillies nécessaires pour que la fécondation ait lieu : telle jument retient après la première, telle autre demande à être sautée plusieurs fois. Dans les stations de l'État on accorde quatre sauts à chaque poulinière.

Deotièoc Quant au temps qu'on doit mettre entre la première *aaL saillie et la seconde, il n'est pas fixe non plus, et varie suivant les pays. Ici, la jument est saillie le matin et le soir, et vice versâ, c'est-à-dire à huit ou dix heures environ d'intervalle; là, on laisse s'écouler trois ou quatre jours; dans la plupart des contrées et dans les stations de l'État , c'est du septième au neuvième jour que se fait le deuxième saut.

Les Arabes font saillir souvent leurs juments deux fois dans la même matinée. Nous les avons imités souvent pendant que nous étions attaché au Haras de Mostaganem ; nous les imitons encore quelquefois depuis que la direction du Haras de l'École de cavalerie nous est confiée, et nous nous en trouvons bien, surtout pour les juments froides et pour celles qui ont un excès d'ardeur. Mais la double saillie dans la même matinée, n'est pas utile pour les juments qui sont bien disposées et retiennent facilement.

Préparation Les juments qui travaillent tous les jours et ne reçoivent

lajnment. pas une nourriture trop abondante, entrent naturellement en chaleurs, et n'ont besoin d'aucune préparation pour être livrées à l'étalon. Il suffît de leur faire faire, avant la monte, une légère promenade qui, en produisant l'expulsion des matières fécales et des urines, met les organes génitaux dans des conditions plus favorables pour accomplir leurs fonctions.

Il n'en est pas de même des juments nerveuses, irritables, abondamment nourries en avoine, et de celles d'un tempérament lymphatique eûrès-froides.

Les premières doivent y être préparées par un régime rafraîchissant , vert ou barbotage, et par de longues promenades ; être présentées à l'étalon à jeun et après un exercice

de trois à quatre heures, au pas et au trot. Le régime et l'exercice diminuent l'irritabilité de ces juments et les rend plus aptes à recevoir le maie. Si elles sont par trop irritables, il est bon d'avoir recours à la saignée.

Les juments d'un tempérament froid exigent une nourriture plus abondante en grains, et demandent à être présentées plusieurs fois de suite aux agaceries du boute-en-train .

Pendant la monte, l'étalon réclame une hygiène paiticu- ^ffi*** lière. Sa nourriture doit être substantielle, de bonne qualité e a°" et copieuse en avoine. La ration ordinaire est alors insuffisante, et doit être augmentée en raison du nombre de saillies qu'il fait chaque jour. Certains propriétaires donnent du blé ou des féverolles, dont les propriétés excitantes sont plus nuisibles qu'utiles, et prédisposent aux maladies inflammatoires. Dans les établissements de l'État, on augmente la ration d'avoine ou d'orge d'un kilogramme par jour. Si les étalons fonctionnent beaucoup, et s'ils sont nourris abondamment en grains, il convient de leur donner, à midi, un repas de barbotage ou un peu de vert pour tempérer les effets du régime excitant.

Les étalons ne doivent faire la monte, ni à jeun, ni peu de temps après le repas. Il est de bonne pratique de donner le matin , deux ou trois heures avant la saillie, une petite ration d'avoine ou d'orge. En agissant ainsi , on rend l'étalon plus énergique , et on prévient bien des accidents causés par le coït.

Après la saillie, l'étalon sera conduit dans son box, où on le laissera tranquille et dans un demi-jour. Une heure après, on le fera manger et boire.

Pendant la monte, les étalons doivent être promenés tous les jours au grand air, et pendant une heure et demie au moins. Le repos leur est nuisible ; il favorise la production de la graisse et les rend inféconds. Non-seulement l'excès de repos est fatal pendant la monte, mais encore après. Aussi est-il de bonne hygiène de promener beaucoup

le9 étalons, de les faire travailler, pour les rendre plus prolifiques.

Les étalons doivent être pansés avec un soin particulier, s'ils vivent en box ; s'ils sont en plein air , le pansage n'est pas aussi nécessaire.

Nombre Quel est le nombre de juments que doit saillir un étalon, dquenpeôtU peudant une saison de monte? L'Administration des Haras nn îuion. la porté à 45 en moyenne, tant en Algérie qu'en France. Mais il ne doit rien y avoir de fixe à ce sujet. Le nombre sera subordonné à l'âge, au tempérament, à l'habitude, au genre de service des étalons. «On peut sans inconvénients, dit M. Gayot, donner à l'étalon une jument toutes les fois qu'il est prêt à la satisfaire; lui en donner deux, trois, quatre, si elles se présentent dans la môme journée ; autant le lendemain, si les circonstances le veulent ainsi , et puis le repos, que les circonstances elles-mêmes exigent. Mais il faut avoir soin de s'arrêter dès que le cheval met de la lenteur à remplir ses fonctions, et ne pas oublier que l'abus du coït est une cause d'épuisement et d'impuissance. » Les étalons rouleurs, qui saillissent jusqu'à deux cents juments dans la saison, prèsque toujours plusieurs fois chacune, et qui font, dans la même journée, 4 et 5 sauts, sont souvent inféconds.

Différentes espèces de monte. — La monte se pratique de deux manières, en liberté et en main.

Monts en liberté. — La monte en liberté s'effectue sans la participation de l'homme. Elle a lieu dans les haras sauvages, dant les pâturages, quand les chevaux et les juments paissent ensemble et sans entraves. C'est elle qui réussit le plus souvent, parce que les animaux ne s'accouplent que lorsqu'ils se conviennent et qu'ils en éprouvent le besoin ; mais elle a des inconvénients tels qu'on lui préfère le mode suivant.

Monte en main. — La monte en main est la seule en usage dans les établissements hippiques de l'État et même chez les particuliers. Quoique moins souvent fructueuse que

la précédente , on la préfère cependant parce qu'elle permet de diriger les accouplements comme on l'entend, de ne donner aux étalons que le nombre de juments qui convient à leur âge et à leurs forces, etc.

La monte en main doit se faire dans un lieu solitaire, l.>0 éloigné du bruit et de tout objet pouvant attirer trop forte- °«*f!uiî011 ment les regards de l'étalon, et lui faire oublier le but de sa présence ou amoindrir ses désirs. Il n'est pas rare, en effet, de voir des chevaux énergiques rester longtemps près de la jument qu'ils doivent saillir, et dont les désirs vénériens disparaissent sans pouvoir se rallumer, parce que leur attention est captivée par de nombreux spectateurs, le bruit, etc.

Le sol du lieu où se fait la monte doit être ferme, uni et Disposition non glissant , pour que les étalons y prennent un point d'appui solide. D doit être horizontal sur une partie de son étendue et incliné sur une autre, afin que l'on puisse remédier aux inégalités de taille des reproducteurs. Ainsi, quand on veut mettre en présence des animaux de taille à peu près égale, on les place sur la partie horizontale ; si, au contraire, un des deux reproducteurs est plus grand que l'autre, on fait faire la monte sur le plan incliné, en ayant soin de placer le moins grand à la partie supérieure.

Dans le cas où il y a grande disproportion de taille en faveur de la jument, on fait creuser un fossé dans lequel on met les deux pieds de derrière de celle-ci ; tandis que ceux de l'étalon s'appuient sur le terrain environnant.

La jument doit être amenée dans la cour de la monte en mot<™ bridon ou en caveçon. Là, on lui met aux jambes de pîuV^ntlïr derrière des entraves, d'où partent des courroies en cuir qui Ujon,ro1 vont se boucler à une bricole placée à l'encolure, et que l'on peut allonger ou racourcir à volonté, au moyen des trous dont elles sont percées On roule ensuite autour de la queue une courroie pour maintenir les crins et la ramener sur le côté droit du corps. L'extrémité libre de cette courroie s'en-

gage sous la bricole, du côté droit de l'encolure, et est tenue par un aide.

Si la jument s'agite trop, si elle cherche à ruer, on lui met un serre-nez; mais il ne faut recourir à ce moyen barbare qu'à la dernière extrémité, et se hâter de l'enlever dès que l'étalon est entré en fonctions. Précautions La jument ainsi préparée, un palefrenier amène l'étalon,

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pour amener en caveçon, et mieux en bridon, lentement, pour qu il ait le temps de voir la jument et de se préparer à la saillir. La plupart des étalons, au sortir de l'écurie, sautent, se cabrent, poussent des pointes ; le palefrenier bornera autant que possible leurs efforts musculaires, en faisant usage de saccades ; mais il doit agir avec modération, et ne jamais oublier qu'un coup de caveçon ou de bridon, donné trop fort ou intempestivement, peut avoir des suites fâcheuses, et même faire renverser le cheval.

Précautions à Lorsque l'étalon est prêt, c'est-à-dire en érection et à poïréiïier portée de la jument, on le laisse monter; puis, aussitôt qu'il de lieu. a enlacé le corps avec ses membres antérieurs, un palefrenier saisit le pénis, loin de la tête, et en facilite l'introduction dans le vagin. Cette opération, utile pour abréger la durée de la saillie, évite les erreurs de lieu, dangereuses dans certains cas. Si l'étalon est un peu petit, si ses jarrets sont faibles, on le fait soutenir par des palefreniers, qui agissent aux fesses et aux coudes, signet Lorsque l'éjaculation est finie, ce que l'on reconnaît au qaiqaèiral relâchement subit de toutes les parties du corps de l'étalon, co.te»t ioi. à un £tat d'abattement, à un frémissement de la queue, on fait avancer la jument de quelques pas, pour permettre au cheval de descendre sans se mettre sur les jarrets. On désentrave ensuite la jument, et on lui fait faire un temps de trot afin de prévenir les contractions des muscles des parois abdominales et des organes génitaux, contractions qui, en produisant l'expulsion des urines, pourraient déterminer aussi celle de la semence, déposée dans le vagin. Mais il faut s'abstenir

des pratiques absurdes, recommandées par les anciens hippiatres, consistant à frapper la jument, à lui arroser la croupe avec de l'eau froide, à la passer à l'eau, etc.

Après la saillie, l'étalon et la jument seront reconduits sointti dans leur box, et laissés dans le plus grand calme et dans le * repos le plus absolu, pendant une heure au moins. C'est dans ce moment que les spermatozoïdes marchent à la rencontre de l'ovule, et que s'accomplit l'acte de la fécondation.

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