CHAPITRE V] CONCEPTION, GESTATION
Sommaire. — Conception : conditions favorables, signes. Gestation : signes, soins à donner à la mère el au produit, durée.
Nous nous occuperons dans ce chapitre de la conception et de la gestation.
Art. I". — De la conception.
La conception est l'acte vital duquel résulte, par suite du Définition, coït et du contact des spermatozoïdes et de l'ovule, un nouvel être qui se produit dans le ventre de la jument.
Pour que la conception s'opère, il n'est pas indispensable conditions que la jument soit en chaleurs ; cependant l'observation dé- fsToHtent. montre que cet acte se produit d'autant plus sûrement qu'elle est mieux disposée. Aussi ne doit-on la donner à l'étalon que quand elle est prête. Autrefois, dans les Haras, et encore aujourd'hui dans les campagnes, on se livrait à des pratiques absurdes dans le but de favoriser la conception. Il faut tout simplement reconduire la jument à l'écurie après le saut, et l'y laisser dans le calme et l'obscurité pendant quelques heures.
Art. II. — Dk la gestation.
Définition. On appelle gestation, grossesse, plénitude, le temps pendant lequel le germe fécondé reste dans l'utérus.
Les signes qui annoncent la gestation passent généralement inaperçus pendant les cinq premiers mois ; néanmoins, on peut inférer que la jument est pleine, si les chaleurs ne reparaissent pas après la monte, si elle refuse l'étalon et ne rentre plus en chaleurs, si son ventre augmente insensiblement de volume, si elle boit et mange plus que d'habitude, si elle perd de sa vivacité et de sa pétulance , si elle a un penchant à l'inaction et au sommeil, si elle trotte lourdement et cesse de gambader et de sauter dans les prairies. au mi*>me A partir du 6e mois, les signes de la grossesse commenmow* cent à devenir sensibles. Généralement alors, on peut sentir les mouvements du fœtus en plaçant la main à la partie inférieure du flanc droit, et en appuyant assez fortement pour opérer un léger refoulement du côté gauche; dès que la compression cesse, pour l'ordinaire, le fœtus, revenant à sa place, fait éprouver à la main une légère commotion, qui annonce sa présence.
au huitième ^ mesure que la gestation avance, les mouvements du moi* jeune sujet deviennent de plus en plus apparents. Vers le 8e mois, on les voit distinctement, quand la jument est couchée sur le côté gauche, quand elle mange ou mieux encore après qu'elle a bu. L'introduction, dans l'intestin, d'une grande quantité d'eau froide, contrarie le fœtus, et le fait se livrer à des mouvements désordonnés qui trahissent sa présence. A cette époque, la nutrition prend plus d'activité, et l'embonpoint augmente manifestement, le ventre grossit et s'avale, les flancs se creusent légèrement, les muscles de la croupe s'affaissent, l'arrière-main acquiert plus d'ampleur.
Au diiième ^ers lft fin de gestation, tous les symptômes qui précèdent augmentent. Le ventre prend un giand volume, les
muscles de la croupe s'affaissent, la hanche et la queue semblent devenir plus saillantes, la marche est lente et lourde. Enfin, trois semaines avant la mise bas, des œdèmes se forment sous le ventre, et quelquefois même à la face interne des cuisses ; les mamelles se gonflent et, un peu plus tard, elles laissent échapper un liquide lactescent.
Tels sont les signes de la grossesse dans les circonstances Exwiptiun*. ordinaires ; mais ces signes ne sont pas toujours aussi apparents, et n'ont pas une valeur aussi certaine. Ceux qu'on observe avant le 6e mois sont équivoques, et ne conduisent à rien de positif. En effet, la cessation des chaleurs s'observe souvent chez des juments qui n'ont pas retenu; par contre, on les voit persister chez d'autres qui sont pleines depuis 7,8,9 mois: celles-ci recherchent l'étalon et le reçoivent sans se défendre. Quelques juments ne donnent jamais le plus léger signe de chaleurs, malgré tout ce qu'on fait pour les provoquer.
Le développement du ventre fait défaut chez les juments de race, dont le ventre ne grossit, ne s'avale que du 10e au \ V mois. Inversement, chez les juments qui portent tous les ans, le ventre conserve toujours un développement tel qu'il n'est pas possible de reconnaître la plénitude.
La seule manière de s'assurer de la grossesse consisterait à fouiller la jument par le rectum, opération qui n'est pas sans danger, même quand elle est faite par une main exercée.
La jument en état de gestation réclame des soins qui doi- soin., vent varier suivant l'espèce à laquelle elle appartient et le service qu'elle fait.
La jument d'espèce commune traverse, pour ainsi dire, R**» toutes les phases de la gestation sans s en apercevoir et ne réclame que quelques soins particuliers. Il faut augmenter la nourriture; diminuer un peu le travail; éviter les fortes secousses, les heurts contre les objets extérieurs, les efforts violents; lui donner plus d'espace à l'écurie, et cesser de la faire travailler un mois ou deux avant la mise bas.
J^ntqui Dans les pays de grands pâturages, comme le Nord et leipâtuMse». l'Ouest de la France, la jument qui ne sert qu'à la reproduction, après avoir été saillie, retourne aux pâturages, où elle reste sans inconvénients. Aussitôt la mauvaise saison arrivée, on la rentre à l'écurie, jument qui La jument de selle, toujours nourrie à l'écurie, doit être a récrie, l'objet de plus de soins et traitée avec plus de ménagements. Pendant les 20 ou 30 jours qui suivent l'accouplement, il faui s'en servir avec beaucoup de précautions, cesser les exercices violents, éviter toute cause qui occasionnerait une contraction violente des parois abdominales et pourrait donner lieu à l'avortement, plus fréquent alors qu'à toute autre époque de la gestation. Elle peut travailler, avec des ménagements, jusqu'au 9e mois de la plénitude; mais il est imprudent de continuer le travail plus longtemps, et de ne pas se borner à des promenades journalières.
Nourriture. La jument pleine a besoin d'une nourriture de bonne qualité, substantielle, capable de la nourrir convenablement ainsi que son produit; mais pas assez abondante pour amener l'engraissement, cause fréquente d'avortement et toujours nuisible au développement du fœtus. Cette nourriture doit être bien choisie, judicieusement administrée, et varier tant dans sa nature que dans ses préparations. Il est bon aussi d'en relever la saveur par l'usage de quelques condiments, surtout du sel de cuisine. La nourriture qui convient le mieux aux poulinières consiste dans l'association des aliments secs au vert, aux carottes, aux machs.
Ration. La ration ne doit pas être la même à toutes les époques de la gestation ; elle sera plus forte au début et à la fin qu'au milieu, et cela se comprend sans explication. Elle variera suivant la taille et les conditions extérieures dans lesquelles les juments sont placées1.
Les juments doivent être abreuvées deux fois par jour;
1 La ration des poulinières du Haras de l'École de cavalerie a été fixée à b k. foin, 8 k. paille, 3 k. 8 avoine, hors de la saison du vert;
mais il faut éviter de leur donner de l'eau en trop grande Bon^n». quantité à la fois, le matin, à jeun, surtout quand elle est froide.
La durée de la gestation n'est pas la même dans tous I,uréeles cas. D'après les statistiques publiées, la durée maxima a été de 419 jours (13 mois 29 jours) ; la durée minima, de 287 jou rs (9 mois 1 7 jours), et la durée moyenne, de 335 jours (H mois). Les relevés statistiques que nous avons recueillis, en Algérie et en France, portent à 340 jours (ii mois 5 jours) la durée moyenne de la gestation *.